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LA PROVENGE
DU PREMIER AU DOUZIÈME SIÈCLE
MACO?!, fHOTAT FHKRBS, IMI'HIMKrMS
MÉMOIRES ET DOCUMENTS
PUBUés PAR LA SOCIÉTÉ DE l'ÉCOLB DBS CHARTES
VIII
LA PROVENGE
DU PREMIER AU DOUZIEME SIECLE
ETUDES
D'HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE POLITIQUE
PAR
Georges DE MANTEYER
ANCIBN MBMBRB DB L^éCOLB PRANÇAI8B DB ROMB
PARIS
LIBRAIRIE ALPHONSE PICARD ET FILS
Libraires des Archives nationales et de la Société de TÉcole des Chartes
82, RUB BONÂPÂRTB, 82
1908
Eugène LeloiNG.
JDC
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A LA MÉMOIRE D'AUGUSTE MOLINIER
MAÎTRE ET AMI TRÈS REGRETTÉ
G. M.
LA PROVENGE
DU PREMIER AU XII« SIÈCLE
CHAPITRE PREMIER
LA PROVINCE ROMAINE
(Vers 120 av. J.-C. — 536 apr. J.-C.)
I
La province proconsulaire et prétorienne
(Vers 120 av. J.-C. — Vers 267 apr. J.-C.)
La circonscription du pays de Provence résulte de plusieurs
remaniements : il faut les énumérer.
C'est aux environs de Tan 120 avant J.-C. que fut créée la
province romaine de la Gaule ultérieure ou transalpine. Cette
province, gouvernée par un proconsul, comprenait, en attendant
les colonies à venir, des peuples fédérés et des peuples sujets. La
métropole grecque, Marseille, et les Voconces étaient fédérés. De
Marseille dépendaient les îles et les points du littoral ouverts au
commerce. Ony remarquait les villes grecques de Nice, sur le rivage
des Vediantii^ei d'Antibes, sur le rivage des Decta/es ; le port placé
sous Voppidum d'/Egitna et sur le rivage des Oxybii (port Jouan
sous la Cine ?) ; les comptoirs grecs de la Napoule, de Cavalaire,
Mém. et Doc. de l'École des Charleê. — VII. 1 ~ v*'
2 LA i»uoven<:k nr premier ai* xir siècle
do Lcoubr, de Taroiito, <lt» (A»yroslo i»l do (^issis sur lo rivage
dos C(tnimf)ni, de Kos sur celui des .l/*;i//7// .?;, la ville grecque
d'Aide sur celui des Vulnv, A Marseille se rattachaient aussi
plusieurs comj)toirs dans lintérieur, chez les ('avares : sur le
Uhone, Avignon et sur la Durance, (^availlon. Depuis la cam*
pa^ne de loi-, le territoire des Drrintos et une partie de celui des
().ri/ifii dépendaient des (irecs. Les principaux peuples sujets de
lo province étaient les (Inminnni, Aihiri, SnHuvii, Vulf/ienfes^
Mcmini, (lavari, Trirustini, SoijitrrHauni, AUnhnnjes, I/clvii^
Vfflar Arecnntiri, Volvîv Torfnsnfjrs et, en partie seulement, les
lUiteni, La route d'Italie en Kspa^ne, par le littoral, était ainsi
assurée à Home. La colonie romaine de Narhfuine fut fondée en
118, comme capitah» de la [>rovince: elle était reliée à l'Italie par
le j)osie d'Aix et couvert à l'ouest par celui de T(»ulouse.
Survint Clésar (pii, fçouvernant la Transalpine avecllllvrie et la
Cisalpine, annexa par ses con(piétes le reste des (laules harhares
à la Transalpine ' l''*^ janvier *)S- JT) mars \\ . Avant de mourir,
il avait uni la Transalpine à rKspa«i^ni» eilérieure. Vav les soins
de son lé«rat, le pontife Ti. (^laudius Xero sept. lt>-mars 'ii\
il renforva la colonie de Narhonne avt»e des Nélérans de la X**
léj^ion : il fonda les colonies nouvelles de l'r/jiis pdur la \*1IP,
d* Arles pour la VI'', d'Orange pour la II" et de Vienne on ne sait
pour lacjuelle ^ Le nouveau régime reposait désormais sur des
bases inébranlables : toutefois, le dictateur n'eul pas le temps de
préciser les détails de son organisation adminislraliNC. O fut
Auguste qui accomplit cette œuvre. A la lin de 27 avant ,!.-(-.,
séparant Tanciennc Transalpine à la fois de IKspagne et des
Gaules récemment con(|uises par César, il la constitua province
impériale prétorienne et ce fut la province narbonnaise. Il en dimi-
nua quebpie peu Tétendue primitive. D'une pari, il unit les Ilolvii
à rAquitaine; de l'autre, il laissa à la Cisalpine Niée et .Vntibes,
villes (pii avaient dii y être annexées et enlevées à Marseille en
49, lors de la chute de cette cité devant César, lin 22 avant J.-C.,
Torganisation de la Narbonnaise était considérée connue aeconi-
1. Kmilc .JuW'ion, Ln fomintion (le Lyon ^ Lyon, A. Slorck, iSlM, pp. iiO-5;l.
LA PROVINCE ROMAINE 3
plie ; la province cessa d'être une province impériale pour deve-
nir une province sénatoriale, mais elle resta de rang prétorien.
La Narbonnaise et les trois Gaules ne se reliaient encore à la
Cisalpine et k l'Italie que par la voie aurélienne, le long delà mer ;
Auguste chercha à multiplier les communications et à les assurer
en soumettant les Alpes. En 14 avant J.-C.,un certain nombre
de peuples ligures et gaulois, vaincus, perdirent leur indépen-
dance : le principal d'entre eux paraît avoir été celui des Caturifjes
(Ghorges et Embrun). Leur énumération est donnée, d'ailleurs,
par l'inscription placée sur Tare triomphal qui formait le trophée
de cette campagne et qui fut élevé à la Turbie (27 juin 7-26 juin
6 av. J.-C). Les Brodiontii (la Bléone, Digne), Nemaloni
(l'Asse, Senez?), Gallitœ^Triullati^ Vergunni (le moyen Verdon,
Vergons), Equiluri (l'Ysse, Thorame), Nematuri, Oratelli (la
Vésubie,Utelle?),.Vcrw5/(Vence), Velanni (l'Estéron, Glandève?)
et Siietri (Grasse, Sartoux ?) composèrent une province impé-
riale dirigée par un préfet puis, à dater du second siècle, par un
procureur. L'emplacement de ces divers petits peuples n'est pas,
pour quelques-uns, déterminé d'une manière satisfaisante. Qu'il
suffise de dire que la circonscription primitive de cette province,
très restreinte, connue sous le nom d'Alpes Maritimes, embras-
sait à peu près, sur le versant occidental des Alpes, le territoire
des futures cités de Cimiez, Vence, Senez, Castellane et Digne :
le chef-lieu en était Cimiez.
Un chef alpin, Donnus, s'était allié à César en 58 pour lui per-
mettre de gagner la Transalpine comme l'avait fait Pompée à tra-
vers ses montagnes, par le mont Genèvre : en reconnaissance, César
lui avait octroyé le droit latin. Le fils de C. J. Donnus, M. J. Cot-
tiuSjdut soumettre son pays volontairement au protectorat d'Au-
guste au moment de la guerre alpine. Mais, par faveur spéciale, en
raison des souvenirs de César, ce royaume fut laissé à vie à son chef
soumis (jui le gouverna désormais avec le titre romain de préfet.
Cottius donna son nom au pays dont il était le chef : ce sont, dès
lors, les Alpes Cottiennes dont la capitale est Suse. L'arc de Suse
(27 juin 9-26 juin 8 av. J.-C.) en indique l'étendue. Il permet de
l LA I'HOVKM:!-: DI* PKKMIKK Al' XII* SIÈCLE
voir comnionl la soumission de (-ollius à l'autorité romaine
venait d'être réeoinprnsée. Sur cet arc fi^uivnt six ou sept peuples
également nientioniirs sur celui de la Turhie. Il en résulte que
le roi (Aïttius joi*i^nail désormais aux états de son père, notam-
ment aux Scf/usini 'Suseï, liriari, Tvhurii, Savinrafes^ Veni-
sufui^ lemcrii et Quarialcs (Jueyras . le territoire des peuples
suivants, conquis en l'an II, cVst-â-dire celui des Mcdulli
Mauiienne', daturitjrs Kndïrun, (^horj^esi et, par conséquent,
des liritjiani i Hrianvon sur la I>urance\ ceux des .SW/orii, ou
Sofjiontii h* lUiëch, Si*i^ollier, Si*^ovcr. Sisleron, Sij^once?», Ada-^
natcs 'le Bes, Ainac, et la Blanche, Sevfie ? , Vesuhianî^ ou
Esuhiani [ ITha ve ? ■, Vcnminii ( îuillaumes? ;, lùjdinii [h\ Tinée ?).
Sachant où passait la li^Mie des diuianes (|ui séparaient des
Gaides l'Italie et la (Cisalpine, on connaît la limite tracée aux
pavs alpins sur le versant oriental des Alpes : du fait que cette
lii^ne passait sur le versant oriental, on tire hi conséquence
lo<;i(|ue (pie ces pavs lij^uraient avec hi Xarbonnaise et les trois
(îaules, hors de l'Italie et de la (lisalpine. Otte li^nie traversait
la Dora riparia h Malano vers I)rul>ia«;lio, la \'araita à Piasco,
ht Stura vers Bor«;o San Dalma/./i». Par contre, K»s Alpes Grées
et Pennines, ou plutôt PuMiines, ne dépend. lii'ut pas des (laules.
Quehjues rectifications de frontière se produisirent, avant la
lin du I'*'' siècle après ,I.-(^, au i)rolit de la Xarhonnaise. Les
Hrlvii^ (prAui^uste on avait drtachés au profit de 1 Aipiitiiine,
lui tirent rett»ur : de même Niée et Antihes (pie (ii'sar en avait
détachées au prolit de hi Li^^irie (lisalpiiie. (ialha, en tiS ou Gî),
lui annexa les liotliofifiri l)ij::ne et les Arnndri la Vance, Gap,
et le Vanvon? ', deux peuples limitrophes ([uil enleva à la pro-
1. Pline, 1. III. ii ^H. I/eiuphuvnuMil «K-s Aranflri >rinl»li* exaclemeot
corros|Hin<lre à la partie orieiitaledii «liorèst» de (ia|>. 11 «Inil ooiiiprendre
aunonl-esl, le ha*»>in «le la Vanoe, polil rour'> liran ijui a ilomié ^on nom à
Avançonet qui rejette dans la i)uranrf sur la ii\o dii^hâ MaK'ol icnniniune
de Jarjayes . Ausud-e>l. il doil C(nn|iR'ndiv r-MK-nit'id Ir l^;l^'^in du Vançon,
autre cours d'eau, aflluent de la Durante, <|ui ^*v jette ^ur la vï\o gauche et
sur la commune de Volnnno. Kntiv la Vam «• ci le Vîuirmi, >e Irouvo la
Sassc. Fait curieux, «à ])ro.\iniité de la \anre >e Iidunc l.i localité de
LA PROVINCE ROMAINE 5
vince des Alpes maritimes. Dès 64, forcément, il en avait été de
même des Soffiontii ou Segovii, placés plus à l'ouest. Avant 79,
il en fut de même pour les Sue/W (Grasse?), au témoignage de
Pline. Quant à Marcus Julius Gottius, ce prince avait eu son fils
(]aius Julius pour successeur en ii, date à laquelle Glaude,
selon Dion, augmente l'étendue de sa domination. En 61, le
roi G. J. Gottius mourut; au témoignage de Suétone, Néron
annexa son royaume et, pour la plus grande partie, en fît une
province spéciale. BussuUus, que l'inscription des Escoyères
montre préfet des Capillati (Ubaye ?), Adanates (Ainac et
Seyne?), SavincafeSy Quariates (Queyras) et Brigiani (Brian-
çon), se trouvait à la tête de cette province. Elle paraît
avoir quitté, pendant quelque temps au moins, le nom de
Gottius pour s'appeler la province des Alpes Atrectiennes, du
nom de la gens Atrectia. Vers 140, du temps de Ptolémée, les
Suetri avaient fait retour aux Alpes Maritimes et, sans doute
aussi, une partie tout au moins des Caiuriges (Ghorges). Les
Théus, tandis que sur le haut Vançon se rencontre le hameau de Théous
(commune d'Aulhon^. On peut en rapprocher, au nord-ouest du diocèse de
(iaf), la localité de Taoux, sur le terroir d'Aspremont. Au nord-est, le point
frontitM'c entre les Avantici et les Caiuriges pourrait bien cire marqué
par le lieu dit Fein, un peu k l'est de Gapiau, sur la commune même de
Chorges. Au nord-ouest, le point frontière entre les Avantici et les
Socjovii (?) se trouvait, on le sait, sur la voie, à six milles de Gap. Le
domaine de Quint manjue encore aujourd'hui le 5® mille où se terminait,
vers Sauvotcrre, la banlieue de Gap ; près de là, sur Tanciennc voie
romaine, subsiste une borne sijynée d'une croix (David Martin, Tumuli de
Corréo et du Guïre, Bull, de la Soc, d^Etudos des Hautes-Alpes, 3« série,
n« 13, Gap, Jean et Peyrot, 11)05, pp. 80-103; voir le plan hors texte
entre les pages 96 et 97). Un mille plus loin, la station ad Fines devait se
trouver sur la commune actuelle de La Roche-des-Arnauds, où existe « Le
Clôt aux Fins », sur la rive droite du rif de TArc, selon M. F. Nicollet,
professeur au lycée d Aix (lettre du 15 octobre 1905). Au sud, les limites
des Avnnticl sont celles du diocèse de Gap entre Di^ne à l'est. Riez au
sud et Sisleron à l'ouest. Les SVr/oriV (Sig^oyer-M ilpoil, Sigoyer-sur-Tal-
lard) ou Sofj ion t ii {S'i^oil'icv, Sisteron, Sigonce) doivent correspondre à la
partie occidentale du diocèse de Gap (vallée du Buëch) et au nord du
diocèse de Sisleron. Quant aux Bodiontici^ c'est la vallée de la Bléone.
Lefi Edenaics (Ainac?) doivent comprendre la vallée du Bès et peut-être
celle de la Blanche (Seyne).
6 LA PROVENCE DL' PKEMIKK AU Xll** SIÈCLE
Alpes Col tien nés, fjj^ouvernées désormais par un procureur qui,
vers le temps dWntonin ( 138-1 (il ), fut à un moment donné
L. Dudistius Novanus, se trouvaient groupées avec les Alpes
Graies. Cinquante ans plus tard, sous Septime Sévère et Cara-
calla (197-211), les Alpes Cottiennes sont, au contraire, unies
avec les Alpes Maritimes.
II
La Xarhonnaisr et lu Vin n noise
(Vers 2<)7-i:;0)
La seconde moitié du m*" siècle amena un remaniement com-
plet de la Narhonnaise et son premier démembrement : cela se
constate au concile d'Arles tenu en 31 1'. I/orif^^ine de ce
démembrement, consacré par la réf(»rme administrative de
Diodétien et de Maximien, doit remonter à Poslume et aux
empereurs {gaulois (257-273). On sait que la Xarbonnaise fut
dévastée par les Alamans, descendus, depuis Avenches (|u'ils
ruinèrent, le long de la vallée du Rhône. La plupart franchirent
les Alpes pour se jeter sur Tltaiie et furent détruits par
Gallien h Milan, après avoir été jusqu'à Havenne; <[uelques-
uns restèrent sur la rive gauche du Hhône où Poslume les
réduisit à merci, en s'emparant de leur chef, Oocus, près d'Arles-.
Postume, qui défendit les Gaules (2'')7-2()7), et ses successeurs
(267-273) se séparèrent des empereurs italiens. Us possédaient
la rive gauche du Rhône, Talfaire d'Arles sullit à le pnmver ;
mais ils n'empiétèrent jamais sur l'Italie et on i)eut se demander
même s'ils occupèrent les Alpes. 11 y a apparence pour la néga-
tive ; les empereurs italiens durent posséder, non seulement
i. L. Duchosne, Fastes episropau,r, 1. 1. p. f>l>.
2. G. Bloch, Les orujines ; ta Gaule indt^pendante et ta Gante romaine,
Paris, Hachette, 190i, pp. 256-257 (Eni. Lavisso, Histoire de France, t.I",
vol. m.
LA PROVINCE ROMAINE 7
ritalie, mais aussi les provinces alpines qui relevaient des Gaules.
Les premiers documents, qui permettent de constater le démem-
brement de la province Narbonnaise en deux provinces nouvelles,
montrent que l'une continua à se dénommer province narbonnaise
en conservant Narbonne comme métropole, tandis queTautre,
démembrée de la première, recevait le nom de province vien-
noise parce que Vienne devenait sa capitale. La Narbonnaise ainsi
diminuée gardait le territoire de toutes les cités placées sur la rive
droite du Hhone, sauf celui des //e/ri7( Aps . La Viennoise qu'on
en démembrait comprenait, sur la rive droite \qs Helvii (Aps), sur
la rive gauche les Allobroges (Vienne avec les vici de Genève
et de Cularo), les Voconces (Die et Vaison), les Seffovellauni
(Valence), les rricas/m/(Saint-Paul), les Carari (Orange, Avignon,
Cavaillon), les Mernini (Carpentras), les Desuviates (Arles),
les Commoni (Toulon) et Marseille, avec le port de Nice qui en
dépendait : Vienne était la métropole de cette province. Le
choix de cette cité, la plus septentrionale de toutes et la plus
voisine de Lyon, s'explique par sa situation : elle était à
portée du centre politique de Tempire gaulois. L'annexion des
Helvii à la Viennoise s'explique par la proximité de Vienne et
Téloignement de Narbonne. Le territoire entier des AUobroges
jusqu'à Genève dépendait de la Viennoise, tandis que celui
des Voconces était scindé : cela s'explique encore par le
fait de la proximité plus ou moins grande du pouvoir de l'empire
gaulois, qui se basait sur la ligne du Rhin et abandonnait l'Ita-
lie. Ainsi, plus on descend la vallée du Rhône, plus on se
rapproche de la voie aurélicnne qui gagnait l'Italie, plus la
Viennoise diminue de largeur*. Cependant, elle arrivait jusqu'à
la mer, puisqu'elle comprenait Arles et Marseille : ce fait est très
important, car les cités de l'ancienne Narbonnaise placées sur
la rive gauche, qui demeuraient en dehors de la Viennoise, se
trouvaient ainsi séparées de la nouvelle province Narbonnaise
1. Par Marseille et Toulon, elle s'étend un peu plus à l'est sur le littoral;
mais le territoire exijçu de ces ports ne pénètre guère dans les terres.
8 LA PROVENCE Dl' PREMIER AU XU^ SIÈCLE
réduite. Cette sc^poration prouve clairement que ces cités orien-
tales n'obéissaient pas aux empereurs gaulois et qu^elles dépen-
daient des emi^ereurs italiens. Si elles avaient obéi aux premiers,
ces cités isolées de Narbonne auraient été incorporées dans la
Viennoise : elles comprenaient le territoire des Arantici (Gap),
celui des Ser/ovii ou Sot/ion tii frajj^ment de la future cité
de Gap placé h Touest des Arandci et future cité de Sisteron),
le territoire des Vuhjientes (Apt\ celui des Salluvii (Aix),
ceux des Albici (Riezi, des Commoni (Fréjusi et d'An-
tibes. Tel est le démembrement de la Narbonnaise en Vien-
noise et Narbonnaise, survenu probablement dès le K'j^ne de
Poslume (237-2G7} et consacré par la n'»ft»rme de Dioclétien.
Après la réunion des Gaules au reste de TKmpire (273), il ne
semble pas que les cités orientales de la Narbonnaise, séparées
de Narbonne par la Viennoise, aient été rattachées alors à la
Viennoise. Ces cités placées sur la rive gauche du Rhône
paraissent avoir été remises sous la dé|H?ndance de Narbonne.
En ce qui concerne les Alpes, sur le versant occidental, la
province des Cottiennes était réduite presque à rien au profit des
Maritimes. Dès Marc-Aurèle (!<)!-! 801, la province des Alpes
Pœnines avait été groupée avec la province des Alpes Grées
(Tarentaise) * ; dès liO, la province des Alpes CiOltiennes Tétait
également avec celle-ci*. Si, au début du m* siècle, les (Cottiennes
1. L. Duchcsae, Fustos^ l. I, p. 70.
2. L'itinéraire de 333 ^Dosjnnlins, firof/rnphio de i.i Gaule^ l. IV, p. 35 ^
prouve que les Alpes Cottiennes élai»Mil rncorc comprises alors dans
les Gaules, puisque, se rendant en Italie, le voyajreur marque seulement
après Suse la mention : Inde ineipit Itaiia. (-el ilinrraire prouve aussi le
rattachement des Alpes (Cottiennes aux Alpes Po-nines ; car, entre Kmhrun
et Rame, le manuscrit de Vérone du ix» siècle donne : Ifulr incipiunl
Alpes Penninœ cl le manuscrit de Paris du x»* sircle : Indo incipiunt Alpe»
Cottiœ,
Précédemment, vers le milieu du ii' siècle, le texte de Ptolémée, tel
qu'on le possède, attribuait Knii>run, Hriançon et Suse aux Alpes (irées,
Mommsen a émis ro|»inion <pie c'est là une erreur de copiste \CnrpuM
Inscriptionurn latinaruni, t. V, p. 810:. 11 est plus naturel tie penser
qu'on a le choix entre deux hypothèses: ou bien le j^roupi-mcnt des
Alpes Cottiennes avec les Alpes Grées était un fait accompli dés
LA PROVINCE ROMAINE V
abandonnent momentanément les Grées pour se grouper avec les
Maritimes, cela ne dura pas. On les unit de nouveau avec les
Grées et les Pœnines. Ce fut fait, en tout cas, avant la réforme
de Dioclétien qui rattacha ce groupe des trois provinces Alpines
au diocèse des Gaules, capitale Trêves. La province des Alpes
Cottiennes ainsi groupée avec les précédentes ne comprenait
plus, sur le versant occidental des Alpes, que le territoire de
Briançon et la Mauricnne, comme dépendances de la cité de Suse.
C'estsans doute sous Septime Sévère et Caracalla (197-211), quand
Tunion éphémère des Alpes Cottiennes avec les Alpes Maritimes
cessa, que les Cottiennes abandonnèrent aux Maritimes ce qu'elles
possédaient encore des Caluriges (Embrun) avec les Adanates^
les Egdinii, les Veaminii et les Vesubiani. C'est alors, probable-
ment, que les Bodiontici (Digne) et les Avantici (Gap) firent retour
de la Narbonnaise aux Alpes Maritimes, afin d'en compléter
l'agrandissement. La cité de Cimiez restait toujours la métro-
pole de cette province.
Le versant occidental des Alpes échappe presque complète-
mentaux Alpes Cottiennes; l'extension de cette province se porte
sur le versant oriental. Ptolémée en fait dépendre, dès 140, les
I^pontii avec Domodossola. Plus tard, au détriment de la Ligu-
rie, cette province embrassera Pollenzo et Gênes.
La préfecture des Gaules, organisée par Dioclétien et Maximien,
se composait de quatre diocèses, dont deux pour les Gaules. Le
préfet, résidant à Trêves, dirigeait lui-même le diocèse des
Gaules dont dépendait la province des Alpes Pœnines, Grées et
Cottiennes. Le diocèse, dit des Cinq Provinces, confié à un
vicaire qui résidait à Vienne, se composait des provinces d'Aqui-
taine, de Novempopulanie démembrée de la précédente dans la
répoque de Ptolémée et h!mbrun en dépendait encore; ou bien ce
groupement était chose faite, en tout cas, lorsque le copiste du texte
de Ptolémée opéra son travail et cette correction qu'il y apporta
fut faite par lui en connaissance de cause. II ne faut pas parler d'erreur
ici. Les Alpes Cottiennes existaient toujours ; seulement, elles étaient grou-
pées avec les Grées et les Pœnines, de sorte qu'on les mentionnait, soit
sous leur nom propre, soit sous la rubrique des Grées ou des Pœnines.
10 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
première moitié du m* siècle, de Xarbonnaise, de Viennoise,
démembrée de la précédente au milieu du m* siècle, et des Alpes
Maritimes ainsi a^^randies aux déptMis des Cottiennes. La Vien-
noise devient alors une provinie consulaire: mais les autres* de
ranjf prétorien, sont gouvernées chacune par un simple prœses.
Enfin, dans la seconde moitié du iv** siècle, c'est-à-dire entre
37i et 381, sous Gratien, se produisirent deux nouveaux
démembrements : l'Aquitaine et la Xarbonnaise furent dédou-
blées, ce qui porta le diocèse de cinq à sept pn>vinces'. La Xar-
bonnaise 11^ se compose tout simplement des cités orientales de la
Xarbonnaise primitive séparées de Xarbonne depuis le milieu
du n*^ siècle par la Viennoise : comme métropole, c'est Aix qui
est la cité choisie.
1. Mpr Duchesiie a mis en liiinièri' les fails suivanls. Kn 358 le De syno-
dis (le suint Hilaire ne maniue (iii'uno Narhonnaiso ; pour So*.* et 361,
Aminien Murcelliu nVn mentionno ({u'uno ; le 12 juillet it7î, lo concile de
Valence s'adresse encore fratrilniii per (ialliasrt V pror/VnwVi.s. Le 5 sep-
tembre 381 hî concile d'Aquilée s'aiiresse *'pisrnitis /*roiwVir. Viennenitiê et
Sarbononsium prim^ et necunthv'Av l*»" octobre 31H'i, le concile de Nîmes
s'adresse à son tour '?piscnpis por (iulli.ia **t 17/ provinvins. La création
des Aquitaine II et Narboiinaise 11 est donc circonscrili* par ces docu-
ments irréfutables entre le 12 juillet 37i cl le .'i septenibre 381 sous Gra-
ticu (L. Ducliesne, Fiistra *^piHr(tpnu.i\ t. 1, p. 01», n«)le 1 ; J.-H. Alhanès,
Gnllia Christiana /ior/x,t///i.i, Marseille, n" 10, col. 7-8 . La liste de
Vérone (2'J7) cite déjà la II* Narbonnaise ; le bréviaire de Hufus
Festus \'MV,h cite de son côté la II' Aquitaine : <*es deux compilations sonl
donc en contradiction avec les sources littéraires et la série des conciles.
La conclusion qui s'impose, c'est que, sur ce point, la limite de Vérone et
le bréviaire de Hufus Keslus ont été interpolés après 37», pour être mis à
jour; s'ils ne l'étaient pas, il en résulterait cpie le texte du concile de
Valence a été corrom[)u. ce (pii est moins vraisemblal>le, et en même
temps que la II** Narbonnaise créée avant 2'.»7 aurait disparu avant 3r»8
pour reparaître avant 381, ce cpii complique bien les choses. Mgr
Duchesne, après avoir (rite les textes décisifs yt. 1, p. »'»*•, note 1 , tend
cependant à suivre Hufus Festus ,1. II, |)p. 7-8'. Le com-ib' de Turin tenu
le 22 septembre '31>8?| se composait sans doute surtout d'éxètjues lombards
peu au courant des affaires de Provence. Kn effet, ils parlent des églises
in secunda provinvia Xnr-honrnsi positir, mais ils déclarent t[u'ils i^Miorent
absolument la jjrandeur de la province d'Arles et ils s'adressent encore
friUribu».,,ppr GalUas et (fiiinr/ue provincius ronutiiufi^. Le protocole des
évoques de ce concile était en retard .. Fedele Savio, <ili .intirhi vrsrovi
d'Ilalia, Torino, 1899, pp. 55o-0Ii8 ; E.-Ch. Babut, Le concih' dr Turin, Paris,
Picard, 1904, pp. 223-225).
LA PROVINCE ROMAINE H
A la même époque. Embrun*, devenu cité, remplace Gimiez
comme métropole des Alpes Maritimes : la Notice constate ce
changement.
La province des Alpes Cottiennes cesse alors d'être groupée
avec les Alpes Grées et Pœnines ; elle cesse de dépendre du diocèse
des Gaules pour être rattachée, en même temps qu'Aoste et tout le
versant oriental des Alpes, au diocèse d'Italie, capitale Milan :
la Notice Vy fait figurer.
Vers 392, en présence de l'invasion menaçante, le préfet des
Gaules se replia du Rhin sur Arles, cité qui depuis Gonstantin
(25 juillet 306, f 22 mai 337) était une résidence impériale;
il dirigea désormais par lui-même les VII provinces et parait, si Ton
en croit un texte du vi** siècle, la vie de saint Amator
d'Auxerre (-|- l**"" mai 418), avoir fait reporter son vicaire en
avant, de Vienne sur Autun, pour surveiller les X provinces des
Gaules.
Cet événement '^ est la cause pour laquelle Arles est devenu
1. Kn 333, ni Chorges,ni Embrun n'étaient des cités. Chorges Tétaitprécé-
deinmoiil, jusque sous Dioclétien et Maximien (284-305), comme le
prouvent doux inscriptions. C'est seulement au iii* siècle que le nom du
chef-lieu : Caturifjomagus dut disparaître devant le nom du peuple,
(latur'uje», qui a donné le Chorges actuel. En 333, Embrun n'était pas
encore une cité ; cette localité le fut bientôt, et avant l'époque où Marcel-
lin en devint le premier évoque (362-370).
2. L'atelier monétaire d'Arles fut ouvert en 313. Constantin y séjourna
et donna à cette cité, en septembre ou octobre 326, le surnom de Co/i8-
fnnfina au moment où Constantin II devenait son fils aîné, par suite de
la disparition de Crispus. Arles se para de ce titre jusqu'à la mort de
(Constantin II en 340 (J. Maurice, Communication à la Soc. des Antiq. de
France, séance du 30 mars 1904, Bull, de la Soc. nal, des Antiq, de
France, 2« trimestre 1904. Paris, C. Klincksieck, pp. i 69-172). Valenti-
nien II est le dernier empereur qui ait résidé à Trêves, avec Arbogast;
il abandonna Trêves pour les VII provinces €t fut tué à Vienne (mai 392).
("est vers ce moment que la résidence du préfet dut être fixée à Arles.
En tout cas, le fait était accompli avant le concile de Turin qui se tint le
22 sef)lembre [398 ?J, c'est-à-dire après la mort de saint Martin
(f 8 novembre 397) et du vivant de Félix de Trêves, quand celui-ci allait
aljandonner son siège (voir E.-Ch. Babut. Lp concile de Turin, Paris,
Picard, 190'fj. L'opinion de M. Babut est que ce concile se tint seulement
12 L\ PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
depuis la capitale de la Pn>vence, au détriment de Vienne ; il
influa bientôt, coiiinio on peut s\v attendri*, sur la hiérarchie ecclé-
siastique qui, précisément alors, conmuMice à s'org^aniser partout.
A la lin du iv** siècle, l'épiseopat des VII provinces avait pris
Thahitude de soumettre ses alTaiies contentieuses k Milan« capi-
tale de la préfecture d'Italie et résidence impériale actuelle *:
Trêves était bien le chef-lieu de la préfecture des (iaules, mais
dans une situation tnip éloi^i^née et excentn<{ue |K>ur répiscopat
du dioeèsiî méridional. Dès le concile de Turin, vers 398, Arles
voulait supplanter Vienne. Pour y mieux arriver, Arles se mit à
soutenir que son éplise avait été fon<lée avant toutes les autres
dans les Gaules parTrophime, disciple immédiat de saint Pierre.
De fait, Arles n*élait pas, depuis vin^t ans, devenu le siège
métropolitain de la préfecture (pie, par privilège apostolique
du 22 mars il 7, son évêque Patrocle fut reconnu, non seulement
en HT. Collr opinion a été conlrodilt' par M^^r Duchosiio dans la /lerue
historif/iir. La phraso : f7>Mro/>/jc (iulli.iruin t/tii Fflici comtnunicMni
I»roiivo, avec son conlrxU*, i\\\o Félix dr Trêves êlail oncore en vie. Ce
concile se préoccup(? ilc ré^'lcr la nouvelle ?»ihiation de la Viennoise par
une transaction enire les prélenlion»^ nouvelles de l'évèipie d'Arles et les
droits anciens de l'évêque de Vienne. (lelle transaction suppose le préfet
installé ù Arles. Lu constituti(Mi du 17 avril tlS rendue sur In demande
du préfet Ajçricola pour organiser à Arles lassendilée annuelle des VU
provinces, entre les ides d'août et les ides de septeinl)re, ne fait cjue se
conformer au précédent, créé entre it)l et »o:i par le préfet Félroniiis,
précédent <pie le j^ouvernenienl arlésien de rusurpaleur Constantin .407-
411) avait laissé tond)er en désuétude. Le texte de cette constitution
laisse bien entendre <pu' Pétr<Miius résidait déjà à Arles L. Duchcsne,
Fastes, t. 1, p. It>3 et note 1 .
Dans la supplitpie des 11» évè<|ues en faveur d'Arles, adressée au [>ape en
4.*iO, il est fait menticiU de Constantin le (irand, qui «lonna son nom h cette
cité où il résida ; puis <ui rappelle les privilégies accordés |)ar Valentinien
et Ilonorius Mij^ne, Pair, ht., t. LIV, p. 87',» . Or, llonoriu»i est Lautcur
de la constitution de UK; tpiant à Valentinien, étant donné son uhandon
de la rési<lence de Trêves pour la \ allée du Hhône, il semble que le
rap{)el de son nom, plus de cimpiante ans a|)rès,dans ce mémoire arlésien,
est bien un indice de plus (|u'il faut lui attribuer le transfert de la pi-é-
fecture des Gaules, laquelle actuellement y est tixée, comme les évèques
le notent.
1. L. Ducbesne, Fastru, t. I, p. 90-91.
LA PROVINCE ROMAINE 13
primat des provinces de Viennoise, des deux Narbonnaises et des
Alpes Maritimes, mais même vicaire du siège apostolique vis-à-
vis de l'épiscopat entier des Gaules *. Il est clair que Tautorité
ecclésiastique de Téveque d'Arles était calquée à peu près sur
l'autorité politique du préfet des Gaules qui y résidait désormais.
Cette prééminence absolue et nouvelle était tellement con-
traire aux traditions établies dans les églises des deux diocèses
impériaux qu'elle ne put durer. Le papeZosime qui Tavait établie
mourut h la lin de 418; son successeur ne la ratifia pas. Celui-ci,
par lettre du 13 juin 419, s'adresse à tous les évêques constitués
dans les Gaules et dans les Vil provinces, sans passer par Tinter-
médiaire de Tévêque d'Arles qu'il se borne à nommer le premier 2.
Cela prouve que le vicariat général des Gaules, concédé en 417,
venait de disparaître. Puis, par mandement du 9 février 422, le
même pape soustrait expressément la province de Narbonnaise I'*
à toute ingérence ou prééminence du siège d'Arles ^. Ce mande-
ment fut confirmé le 26 juillet 428 ^ ; toutefois, le siège d'Uzès qui
faisait partie de la Narbonnaise I*"® demeura soumis aux évêques
d'Arles. En fait, on trouve, dans les conciles régionaux de 439
(Riez), 4 il (Orange) et 442 (Vaison), la preuve évidente de l'au-
torité primatiale exercée par le siège d'Arles sur les pro-
vinces de Viennoise, de Narbonnaise 11*^ et des Alpes Maritimes.
Seuls, les sièges de Marseille en Viennoise, d'Aix et de Nice
en Narbonnaise 11*^, se prévalaient des traditions antérieures à
417 et du nouvel esprit qui animait le saint-siège depuis 419
pour s'abstenir d'y paraître : cet état de choses dura de 419 à
413. En 4iS, irrité contre Ililaire, évêque d'Arles, à qui il
reprochait une activité dénuée de circonspection, le pape va,
1. L. Duchesne, Fnsies, t. I*-', pp. 8i-85; JafTé, n« 328.
Ce priviU^ffO est fait au détriment de révè(|ue de Vienne pour la Vien-
noise sauf Marseille, au détriment de l'éve(|ue de Marseille pour la Nar-
bonnaise 11'* et au détriment de Tévètiue de Narbonne pour la Narbon-
naise V' ilhid,, pp. 101-102, 105).
2. Duchesne, Faute», t. I,pp. 107-109; JafTé, n» 349.
'A. Ihid., p. 109;.lafTé, n» 3G2.
4. Jbid., p. 110; Jairé,no369.
14 LA PKOVENCE DU PREMIER AU Xll** SIÈCLE
par une mesure personnelle, jusqu'à dépouiller le siège d'Arles
de toute autorité métropolitaine sur la Viennoise : il consti-
tue alors les sièges métropolitains de Viennoise, de Xarbon-
naise II** et des Alpes Maritimes indépendants, en faveur des
évéques de Vienne, d'Aix et d'Kmbrun ^ comme son prédéces-
seur lavait fait en i22 pour la Xarbonnaise T^. Cette déchéance de
Tévéque Ililaire fut ratiliée par rescrit impérial du 8 juillet iio '.
Mais la mise à néant du siège d'Arles créait une situation
encore plus excessive que celle résultant de son élévation subite en
417 au-dessus de l'ensemble des Gaules : cela ne pouvait durer.
Il fallait une solution moyenne, qui répondît à la réalité des
faits, en satisfaisant les sentiments opposés des pays gnmpés,
Tun autour d'Arles, l'autre autour de Vienne.
III
La Provence gothique et la Viennoise hou njuiij nonne
(i50-:>3G)
On a vu plus haut que le démembrement, sur la rive gauche du
Rhône, de la Narbonnaise en Viennoise et en Xarbonnaise pro-
prement dite, avait, au milieu du iir siècle, été amené très proba-
blement par l'existence momentanée de deux dominations poli-
tiques différentes. Ce fut encore, au milieu du v*" siècle, un fait de
cet ordre qui amena la solution souhaitée : seulenient, à la place
des empereurs, ce furent les barbares qui fournirent les éléments
de la transaction. Leur marche se suit pas à pas en Viennoise.
En 4iO, les Alains s'étaient installés dans le territoire de la
cité de Valence ; en 443, les Burgondes avaient occupé à leur
1. Duchesno, F.isfps, t. 1, pp. il4-H"); Jaffé, n*» 407. Pour Vienne, le
mandement du 5 mai 4.'iO le prouve (J.TlTé, n*^ 450' ; pour Embrun, riiistoire
d'ingenuus exerçant ses droits à Nice le prouve aussi.
2. Ibi(L^ p. ii6, donne I:i date du 0 juin. Voir Alhanès, (iallia novi^i-
si/naf Arles, col. 33-34, n° ;i7.
LA PROVINCE ROMAINE 15
tour la Sapaudia ou Savoie ^, c'est-à-dire une partie du terri-
toire des diocèses de Genève et de Grenoble.
Telle était la situation lorsque Tévêque d'Arles Hilaire mou-
rut le 5 mai 449 ; quelques semaines après, il était remplacé
par Ravennius et celui-ci, jugeant que les mesures personnelles
prises contre son prédécesseur ne pouvaient le concerner, saisit
la première occasion pour exercer en Viennoise les droits de
métropolitain en sacrant un évêque de Vaison. L'évêque de Vienne
ayant protesté, dix-neuf évéques prirent parti pour Arles, soit
sept de Viennoise, trois de Narbonnaise II*', quatre des Alpes
Maritimes, un de Narbonnaise I'® (Uzès) et quatre de sièges qui
n'ont pu être identifiés : ils supplièrent le pape de reconnaître
le privilège de 417. La décision de Léon, datée du 5 mai 450 2,
fut que le siège de Vienne jouirait des droits métropolitains dans
les cités viennoises de Valence, Grenoble, Genève et dans les
Alpes Grées (Tarentaise) ; tout le surplus, c'est-à-dire le reste
de la Viennoise, la Narbonnaise II®, Uzès et les Alpes-Maritimes,
devra dépendre du siège d'Arles. Cette décision, on le voit,
consacrait tout simplement la séparation en deux parties iné-
gales de la Viennoise, telle qu'elle résultait de la situation poli-
tique ; elle rattachait à Vienne les églises occupées par les bar-
bares et à Arles celles plus nombreuses qui obéissaient encore aux
fonctionnaires impériaux. A vrai dire, les VII provinces du dio-
cèse existaient encore pour le protocole; l'intitulé du mande-
ment de 419 s'adresse encore expressément à leur épiscopat ^,
1. Chronique de 452 (3/o/i. Germ. hist,, Auct, Ant.,i, IX, p. 660);
L. Duchesne, Fastes, t. I, p. 78, note 1.
2. L. Duchesne, Fastes, t. I, p. 121 ; JafTé, n*» 450.
3. Chacune des souscriptions épiscopales placées au bas des conciles
d'Orange (8 nov. 441) et de Vaison (13 nov. 442) est précédée de l'indica-
tion protocolaire, qui constate celle des VII provinces à laquelle la cité
appartient. Cependant, en 441, au lieu d'être précédée de la mention régu-
lière : Ex provincia Viennensi, ou Ex provincia 05, la souscription de
l'évoque de Voconces (Die) est précédée seulement de la mention abrégée:
Ex provincia. De même, en 442, pour l'évêque de Carpentras. Soit deux
exceptions sur 22 mentions de la province Viennoise (Duchesne, Fastes,
t. I, pp. 347-349). Cesexceptions se produisent pour la Viennoise; elles nese
16 LA PBO\X>CE DU PREMIER AC XU* SIECLE
Mais, en fait, les papes ne distin^aient plus nettement que la
Narbonnaise T' \ sur la rive droite, et la Viennoise • sur la rive
gauche, parce qu'elles étaient les deux pro\'inces principales.
En ce qui concerne la rive ^uche. dans la série des mande-
ments qui ont été cités. la Narbonnaise II* est mentionnée pour
la dernière fois en ilT : en il9, i28. 4i5 et 130« elle parait
sous-entendue ou comprise dans la Viennoise. Il en est ainsi
des Al[)es Maritimes, dès 117. et. pareillement, des Alpes Grées
en 430. Quelquefois, figure seul le terme de provincia; il
parait tout englober, comme celui plus explicite et équivalent de
provincia Vienncnsis, et on pourrait déjà le traduire par le vocable
moderne de Provence ^. Ce terme embrasse donc, en réalité,
de 422 à 430, les trois provinces du diocèse, placées sur la rive
gauche du Rhône \ et, en plus, les Alpes Grées. Depuis 450, le
terme de Provincia se restreint au territoire dépendant à la fois
produisent jamais pour les aiiiros provinces, requiert h remarquer. On peut
donc en liivr un indice nouveau du lanjrajn» alors courant, employé quel-
quefois parinallenlion.au lieu des formules traditionnelles. Ces exceptions
pourraient évidemment être le fait ti'une erriMir matérielle imputable soit au
scribe du manuscrit, soit 5 l'éditeur: mais, dans ce cas, il est singulier
qu'elles se produisent uniquement ,H projKis de la Viennoise.
1. Mandements de 417. 422 et 428.
2. Mandements de 417, i28. 44r» et 450.
3. En raison de son apparence vague, ce terme de Protincin, dans les
mandements de 419 et de 450, a naturellement emlwrrassé les historiens
(Duchesne, t. I, pp. 108 et 122 :.* On ne voit |>as lK»s bien ce que saint Léon
entend ici par province »>. Pourtant, si la chancellerie papale remployait,
c'est qu'il ôtail clair et compris. Dans le premier mandement adressé
suivantla terminolojîie officielle et traditionnelle à répiscojKit des Gaules et
den VII provinces, le paj>edit en lanj^age courant que le jugement de Tévêque
de Valence, /)rf*//i< dola rire (fauche, aura lieu intha provinciam, ce qui équi-
vaut à iNTHA PHOvi\<:iAM ViKNNENSKM ct cc (|u'on pcut traduirc, dès celle
épo(|ue, par les mots : dans la Provence. Dans le second, se constate
l'éijuivalence des termes provincia et provincia Viennensis, c'est-à-dire de
la province Viennoise et de la Provence : le fait (jue ce substantif est
devenu alors un nom propre de pays s'explique d'autant mieux qu'il carac-
térise les dernières provinces conservées par Home, au delà des Alpes.
4. Il faut y joindre les dépendances de la Viennoise sur la rive droite
c'est-à-dire une partie de Vienne, une partie de Valence et Aps; il faut y
joindre aussi Uzès dépendant de la Narbonnaise I'*".
LA PROVINCE ROMAINE 17
des fonctionnaires impériaux et de l'évêque d'Arles : le terme
jusqu'alors équivalent de provincia Viennensis est réservé aux
cités dépendant de Vienne. On a désormais d'un côté la Pro-
vence et de lautre la Viennoise. En même temps qu'il séparait
ainsi la Provence de la Viennoise, le pape reprenait la tradition
de 417 en employant l'évêque d'Arles, hors de Provence, comme
intermédiaire vis-à-vis de Tépiscopat entier des Gaules. Il l'em-
ploie, non seulement en matière de discipline, mais en matière
de foi. Quarante-quatre évéques, réunis en concile pendant l'hiver
de 450 à 451 , donnèrent au pape leur appui par cet intermédiaire et
l'évêque de la métropole naissante d'Embrun, Ingenuus, placé par
le privilège de 450, sous la primatie d'Arles, fut chargé de porter
la réponse à Rome. Sur ces 44 adhésions, 18 au moins ne peuvent
être identifiées : les 26 restantes en comprennent 8 de la pro-
vince d'Arles, 4 des Alpes-Maritimes, 2 ou 3 de la Narbonnaisell®,
2 delà Narbonnaise !*"« (Narbonne et Uzès), 2 de l'Aquitaine 1'°
(Auvergne et Velay), 2 de l'Aquitaine II*^ (Bordeaux et Angou-
lême), 2, semble-t-il, de laNovempopulanie(Couseranset Béarn),
1 de la Lyonnaise I'® (Langres), 1 de la Lyonnaise III® (Tours)
et 1 de la Sénonaise (Auxerre). Les seules provinces qui ne soient
pas représentées sont la Lyonnaise II*' et la province de Vienne.
Pour celle-ci, son abstention volontaire se comprendrait à la suite
de la décision qui venait de la restreindre en faveur d'Arles ; quant
à la Lyonnaise II**, son éloignement suffirait à expliquer l'absence
de tout représentant. A un autre point de vue, il est remar-
quable que tous les évêques identifiés appartiennent à des cités
restées jusqu'alors romaines, exception faite pour ceux de l'Aqui-
taine II® et de la Novempopulanie qui dépendaient déjà des Wisi-
goths depuis 419. Aucun ne vient des pays occupés par les Bur-
gondes ou par les Francs, ou parles Alamans K
Peu après se produisit la dernière modification apportée à la
circtmscription des provinces qui gravitaient autour d'Arles, sur
1. Exception à faire, peut-être, pour Auxerre, en ce qui concerne ces
derniei-s. Voir la liste des souscriptions dans Duchcsne, Fastes, t. I, p. 350,
qui n'en identifie que quatorze.
Mém. et Doc. de VÉcole des Charles. — VII. 2
18 LÀ PROVENCE Dt* HŒMIEK AU XII*' SIÈCLE
la rive gauche. Jusqu'alors, Nice était une enclave qui dépendait
de Marseille ; on sait que Tévêque de Marseille, comme celui
d'Aix, s'abstenait généralement de paraître aux conciles arlésiens.
Cette attitude de réserve devait être mal vue d'Arles et d'Em-
brun. A la demande de l'évéque voisin de Vence et de ses com-
provinciaux, le pape Léon consentit à unir le siège de Nice au
siège de Cimiez, qui dépendait des Alpes-Maritimes. Sans doute,
l'évéque d'Embrun Ingenuus obtint cette décision du pape quand
il alla lui porter, en 451, le texte du concile des 41 évèques,
tenu, sur sa demande, par les soins de son primat. L'évéque
d'Aix, Auxonius *, soutenant l'évéque de Marseille ainsi lésé,
1. Jusciu'î» présont, personne ne paraît avoir claircnicnl distingué Auxo-
nins, évè(|ue d'Aix ( V31-ir»3),(rAuxanins, le dernier évêque dWps (463-475).
Le j)remier fijçure en 431 au 4" rang, en 403 au 12'' : il ne fijçure pas aux con-
ciles ordinaires. Le second figure en 4r)3 au lO** rangel en 474-475 au 8*, tan-
dis <|ue le nouvel évè(|uetrAix, Basilius, y parait au 17' ranp. Mgr Duchesne
{Fastes^ l. I, pp. 317, 3*'»0-3"»l^ omet Auxonius dans la liste d'Aix, p. 272, et
déclare ne pouvoir en déterminer le siège, j). 287. En réalité, si les évê(|ues
de Nice s'abstiennent d'aller aux conciles arlésiens, à l'exemple de ceux de
Marseille, lesévècpies d'Aix en font tout autant. L'intervention de l'évéque
d'Aix, en faveur de Marseille, s'expliipiedonc tout naturellement, soit parles
liens anciens «jui unissaient Aix à Marseille, soit par l'importance du sit^ge
d'Aix, métropole de la Narhonnaise II'*. Albanès yGallia (^hristinrin /lormima,
t. 1, col. 20-31 ; reconnaît fort bienunévéque d'Aix dans Auxonius; mais il le
nomme Auxanius elle confond ainsi avec l'évêiiue d'Aps, ce qui lui fait
prolonger à tort son épiscopat jusipi'en i7"», du vivant de son successeur
Hasilius. Cette erreur l'oblige h croire (|ue la souscription de Basilius au
document de i-7'», y a été apposée postérieurement par cet évèipie. L'abbé
Albanès a été victime delà quasi-homonymie d'Auxonius et d'Auxanius.
M. Habul(A<' Concile Je Turiiiy p. 23'i-2't2i propose avec raison de voir dans
Remigius (300- V08 et 412- VIO; le prédécesseur d' Auxonius sur le siéged'Aix,
et sans doute le premier évé(jue de celte cité créé sous l'influence arlé-
siennc au détriment de Marseille vers 392. Sous le règne de l'usurpateur
Constantin, Hemigius fut violemment remplacé par le fameux Lazare qui,
de son vivant, n'était pas encore un saint, et qui était soutenu par Mar-
seille. Le 3 octobre 417 (JafTé, n" 337 , Hemigius se querellait pour des
«juestions de limites avec Proculus de Marseille et Domnin. Ce Domnin,
disciple de Marcellin et honoré î\ Digne, fut dès 3Sl le premier évêque de
Grenoble et de (ienève. La (pierelle prouv»» (|ue le diocèse de Hemigius
s'étendait non seulement sur Aix, mais sur Sisteron et Cap, ([ui n'avaient
pas encore d'évêques propres. Par suite, il est naturel que Hemitjius^ ou
LA PKOVINCE ROMAINE 19
Vénérius, ne manqua pas de protester. S'étant rendu à son tour à
Rome en 462, il lit rapporter cette décision par Hilaire, succes-
seur de Léon. Les deux sièges, marseillais de Nice et embrunais
de Cimiez, étaient de nouveau séparés. L'évéque d'Embrun
Ingenuus, ne voulant pas accepter ce revirement, ordonna, comme
métropolitain des Alpes-Maritimes, un évêque à Nice ; puis il se
rendit une seconde fois à Rome, en 465. Par un troisième man-
dement, en date de 465, le pape restitue Nice à Embrun en lui
unissant définitivement Cimiez *. C'est que les absents ont géné-
ralement tort, à Rome comme ailleurs. De ces alternatives, on
peut conclure que, si les deux métropolitains d'Aix et d'Embrun
avaient eu possibilité de se trouver ensemble à Rome, au lieu d'y
venir Tun après l'autre, Rome n'aurait jamais rien changé à
l'état de choses existant. Cependant la série des mandements
contradictoires n'aurait pu se prolonger sans tourner au ridicule
pour le siège apostolique et il convenait de prendre un parti défi-
nitif : le troisième fut le bon.
Les barbares ne tardèrent pas à envahir ce qui restait des
Gaules romaines et de la Provence. En 456 ou 457, les Bur-
gondes progressaient de Grenoble et Genève sur Die et les cités
voisines, avec l'appui des Goths, qui venaient d'occuper pacifi-
quement Arles en 455. En 474, ils opérèrent leur dernière
marche en avant sur Vaison et Avignon ; ils s'arrêtèrent k la
limite formée par la Durance. En même temps, vers le nord, ils
occupaient Lyon vers 470, Chalon en 474 au plus tard et Langres
vers 479. D'autre part, les Wisigoths, cantonnés dans la Novem-
populanie et l'Aquitaine II® dès 419, entrèrent momentanément
à Arles en 455, s'emparèrent de la Narbonnaise P*" en 462,
ravagèrent vers 470, sans s'y arrêter, Arles, Riez, Avignon,
Orange, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Valence et Aps, s'empa-
rèrent de l'Aquitaine l'^'^en 475. En 476, ils franchirent le Rhône
pour pénétrer à demeure dans Arles, qu'ils n'avaient eu que
lierneJius soit resté honoré de tout temps h Gap. Le martyrologe hierony-
mieu le marque au 3 février.
1. Duchesne, t. I, pp. 287-288; JafTé, n» 562.
20 LA PROVENCE Dl* PREMIER AL' XII^ SIÈCLE
momentanément en 433, et, vers 180, ils avaient fini d'occuper la
rive droite de ce tleuve en emportant Viviers *. A partir de
486, moment où les Francs s'emparèrent du dernier i>a3S gallo-
romain occupé par Syagrius. il ne reste plus qu'une garnison
impériale à Suse : elle y demeurera jusqu'en 373, ressortissant à
l'Italie.
La circonscription des métropolitainsde Vienneavait été modelée
en 430 sur l'étendue de la domination bui^onde. Au fur et à
mesure que cette domination progressait, les évoques de Vienne
1. 410 (llydatii cliix)nicon ; Mon. (lerm. hist. Auct. Antiquiss.^ t. XI^
pp. 13-30. — Prospori Kpitoma (-lironicon; ihifi.^ l. IX, p. 469. — Chro-
nioa Gallica, 452 ; ihid., l. IX, pp. r»i<i-*iii*J .
VM'k << Consulo suprascriplo lovalus osl Aviliis imperator in Gallias. El
injjfressus osl Thoodorions ivx ijollioriim Aivlalum ciini fratribus suis in
pace » [Marii episcnpi Aventicensis Chrunu\i, 4,"»5-.")8i ; Mon. Germ. hisi.
Auct. AnlûfuUs.^ t. XI; C.hronica minons 18l>2, [>. 232),
VÔC}. a Ko anno Hurjruinlioiios parloiii Gallia^ occupavoniiil lorrasque cum
Gallis sonaloriliiis (liviscninl >» Marii episcopi Aventirensis Chronica ;
ihid.^ p. 232. (\»l événoiiUMit osl rapporlô on 4a7 soulomonl par un autre
autour Prospori oontinualio llavnionsis; ihid., l. IX, pp. 298-339).
462. (Ilydalii clironioon; -i(;<*/. .{ntif/uiss., t. XI. pp. 13-36 .
Vers 470 , Ducliosuo, t. Il, p. 1.^6 ; pour los Golhs en Provence Sidonii
fJpist., lil>. VI, n'»XIl; .Von. (ivnn. hist. Auct. Antîtjuiss.^ l. VIH, pp. 101-
102).
47 1 (Viotorii A({uitani Cursus pasohalis, ms. Golhanus, n° 7!» : Mon,
(irrm. hist. Aurf. Anti(/uiss.^ t. IX, pp. 728-729 .
47.*). Ducliesno, l. II, pp. 12-13 ; Yvor, Eurii\ roi des W'isigoths ^Kludes
(riiisl.du nioyou-àjj^o, dédiées à Gabriel Monod, Paris, .Moan, 1896, pp. 11-46).
47<). (Prospori Gonlinualio IlaN uiensis : .Vo/i. Gorm. hist. Auct. Anti-
f/uiss., l. IX, pp. 298-339).
Vers 479 (l)uohosno, t. H, pp. i:i6 et 183.
Vers 480. Kn otMpii couoorno lo Vivarais, on ^ait qu'il appartenait en 496
l\ Alaric II (l)uchosiu», l. 1, p. 133, noie i : lo 2'' évôtpiodo Viviers, Lucianus,
(jni mourut on 4-87 ot avait siô^é sepi ans .480-487), passait pour avoir vécu
sous Alaric 11 (i-8t-507). Collo domination n'étant pas indiquée pour ses
prédécessours, il y a liou do croire ipi'ello s établit au moment où il était
évoque et cola cadre avec ce quoi» sait par ailleurs, l'Auver^jne étant devenue
wisijrolhicpic vers 473 et Arlos sans doute en 470 Yver, p. 39). Peut-être
rétablissement des \Visij>:oths cadre-til avec l'abandon d'Aps pour Viviers:
or, le dernier évoque d'Aps Auxanius, élu vers 433, mourut peu après 473.
Vers 480. Knce qui concerne Arlos ot la Provence au sud de la Durance
^Vver, Euric, roi des Wisiyolhs).
LA PROVINCE ROMAINE 21
cherchèrent donc à s'agrandir d'autant. Ainsi, Die ayant été
occupée en 457, la première vacance du siège se produisit en 463 :
aussitôt Mamert, de Vienne, accourut pour ordonner le nouvel
élu. Mais, depuis 450, la papauté était redevenue favorable au
siège d'Arles qui jouissait de la prééminence primatiale sur toute
la Provence et d une sorte de contrôle patriarcal sur toutes les
Gaules, conformément au privilège de 417. Aussi, Tentreprise
de Mamert fut-elle mal vue. Le pape voulut que Tordination faite
par lui fût conlîrmée par le siège d'Arles et Mamert fut invité à
ne pas récidiver. Un concile national fut tenu h Arles vers 474-
475, comme celui de 450-451, sous lautorité patriarcale de
Tévêque qui occupait ce siège ; les évêques de Marseille et d'Aix
y figurent. Saint Avit, plus heureux que Mamert, obtint dWnas-
tase II que sa province s étendît jusqu'aux nouvelles limites de
la domination burgonde, c'est-à-dire jusqu'à la Durance (496-
498). Son succès ne fut pas de longue durée; dès lan 500, Sym-
maque revint à la délimitation de 450 *. Quand les Ostrogoths
eurent remplacé les Wisigoths au sud de la Durance, Tévêque
d'Arles fit confirmer encore une fois cette délimitation ; de plus,
il fit reconnaître son droit patriarcal sur les Gaules et sur l'Es-
pagne ^. Cependant, malgré ces dernières décisions qui lui étaient
contraires, l'évêque de Vienne profita de l'état politique pour
conserver ses droits métropolitains jusqu'aux frontières bur-
gondes. En effet, au concile wisigothique d'Agde, en 506, les
seules églises provençales représentées sont celles qui se trouvent
situées au sud de la Durance. L'évêque de Viviers n'y figure pas,
ce qui prouve que cette dernière cité avait passé des Wisigoths
aux Burgondes, entre 496 et 506. Par suite, au concile burgonde
d'Albon, en 517, figurent toutes les églises provençales placées au
nord de ce même cours d'eau et, en plus. Viviers. A cette époque,
de 480 à 523, la frontière politique coïncide pour la première
fois à peu près avec la distinction naturelle de la Provence en
1. Duchesne, t. I, p. i32; JafTé,no»753 et 754.
2. Ihid., p. 132; JafTô, nO'» 764-705.
22 LA PROVENCE Dr PIIE3I1FR Al' XIl' SIÈCLE
Haute- Provence et Basse-Provence * : cette limite naturelle de la
Durtince servira plus tan! «le base aux partages du xii' siècle et
le comté de Provence proprement dit ne la dépassera pas.
Kn .j23, l'état de choses fixé depuis 180 prit tin. Les Oslrogoths,
alliés des Bui^ondes, obtinrent d'eux la cession de toute la
Haute-Provence, sauf Die et Viviers. La Provence de i50 se
trouvait donc reconstituée, à deux cités pK*s. Les conciles tenus
parTévêque d'Arles en 321, 327, 529 et 333 permettent de s'en
rendre compte. I^ métropole de Vienne, qui avait progressé avec
les Burgondes, recula ainsi avec eux, ne conservant que les
cités de Viviers et de Die, comme l'indique le concile arlésien
de 334. Ces deux cités, elle les conservait, en fait, comme elle
avait conservé, en fait, de 300 à 323 les cités provençales au
nord de la Durance; mais cette déj^endance, conforme à la
situation politique, était toujours contraire au droit. En effet, le
mandement de 300 qui faisait revivre la délimitation de 430
avait annulé expressément celui d'Anastase II favorable à
Vienne.
En droit, suivant les décisions de 430 et de 300, Viviers et
Die relevaient donc toujours d'Arles. Au concile de 794, la
1. [.a Provonco se divisait jadis péojîniphi(|uonienl en trois zones : 1® la
Basse-Provenco, le loii«;dii 'itloral, avec Venco, Saint-Paul, Grasse, Antibes,
Fréjus, Saint-Tropez, Brig-noles, llyères, Tonlon, Marseille et Berrt*; 2o la
campag-ne de Provence, entre le littoral et la Durance, puis le Venlon,
avec Tarascon, Arles, Sainl-Hemy, Salon, Aix, Saint-Maximin, Barjols,
Draguignan; 3° la Ilaule-Provence, au nord de la Durance et du Verdon.
Telle est du moins la répartition adoptée par (léranl Valk H^rttrincU Supre-
marum Gallia* Pra:»fecturaruin una : vulj^ariter Ciouvernenient de Pro-
vence... |fin du xvii« siècle] carte in-folio). Suivant cette carte, les séné-
chaussées de C^astellane, de Dipne et la partie de celle de Sisleron placée
entre la Durance et le Verdon faisaient alors partie de la Ilaute-Provence ;
mais Guillaume de l'isle 11075, f 172») faisait de son côté remonter plus
haut la campaf^ne. au détriment de la llaute-Provence, en y comprenant la
vij;uerie de Mousliers, <|ui dépendait de la sénéchaussée de Digne \Carte
de Provence et des terres adjaceiiles a Amsterdam chez Jean (lovens et
Corneille Mortier... [1730 ?] carte in-folio. Anciennement, (juand la Pro-
vence était plus étendue au nord, la Durance juscpi'à Embrun et non pas le
Verdon séparait la Provence en deux parties à peu près égales : cela cor-
respondait alors à la Provence wisigothique et à la Provence burgoude,
ÏJ^ PROVINCE ROMAINE 23
querelle reprit entre Vienne et Arles à ce sujet : les évéques
présents ne purent que s*incliner devant les actes de 417, 450
et 500, soigneusement conservés par l'église d'Arles au nombre
de ses privilèges. En fait, Tinfluence de Vienne se faisait toujours
sentir dans ces deux cités qui lui étaient voisines. Toutefois, au
début du X® siècle, elle reconnaîtra encore que ces cités étaient
arlésiennes ^ ; c'est que Nicolas I^', le 12 mai 864, et Jean VllI, en
mai 878, maintenaient encore la division de 450.
Au concile de 794 , les métropoles arlésiennes d'Embrun et d' Aix ,
comme la métropole viennoise de Tarentaise, demandèrent à être
définitivement reconnues : on a vu que, dès le milieu du v*^ siècle,
celle d'Embrun, sous Ingenuus, avait donné des signes d'oi^a-
nisation et que celle d'Aix, héritière des traditions de Marseille,
se manifestait par son abstention aux conciles du primat. En 811 ,
la Tarentaise et Embrun sont définitivement au nombre des
métropoles; en 878, Aix aussi *. Bien entendu, le métropolitain
d'Arles gardait sur Aix et Embrun une prééminence primatiale
\. Bibl. nat., ms. lat. 1452. Ce manuscrit contient un exemplaire do la
collection canonique oITerle en 774 par le Pape Hadrien h Charlemagne :
cet exemplaire a été transcrit avant 869 (t^ i96 v») et appartenait à cette
époque à l'église de Vienne. 11 est suivi d'un exemplaire de la Notice qui
certainement a été transcrit à Vienne, car il mentionne la sujétion à Vienne-
de la province des Alpes Grées et Pœnines (Duchesne, t. I, pp. 208-209)
Les Viennois y reconnaissent parfaitement que Viviers et Die font parlie
de la province d'Arles. Plus tard, vers 913, Tauteur de la première série
des faux privilèges de Vienne y transcrivit ou fit transcrire ;> 202) une
pseudo-awc/orito« destinée à prouver la sujétion de la Maurienne à Vienne.
Suit, au f° 202 verso, 1*"' colonne, le début d'un précepte de Hodolphe, roi de
Jurane, qui a certainement élé écrit par Garnier, notaire de la chancellerie
viennoise, orij^ inaire de la Bourgogne allemande (907-913) et dont on possède
un précepte autographe i4 avril 913). On peut donc se demander si ce Gar-
nier n a pas élé l'auteur ou le complice des faux destinés à faire de Vienne
un siège primatial pour l'ancien diocèse des VII provinces, sauf celle d'Arles,
et pour celle des Alpes Grées. Le manuscrit, peu après la confection des
faux, fut donné à l'église du Puy par son évèque Adalard (f° 2recto). Le ms.
nouv. acq. lat. 1460, un peu plus tardif, contient une nouvelle transcription
viennoise de la Notice^ qui se décide h séparer d'Arles les .cités de Die (;l
Viviers pour les annexer h Vienne (Duchesne, t. I, p. 210, note 2).
?, Dqchesue, t. I, pp. 135 et 136,
içii *^ Tv.hZiii-^ir: ^zx-.--.T^ âi \' -:-^îr rt . «iao* le> conciles des trois
|/ro\iriC'-^ ppjvrrris'-il':^. ^u x:^** sicvlr. Tant que ces sièg^es ont
exista, ^.frlui d'Ari*^ d î-trir le prvrmirr r^n^. A la vrrité, rassem-
h\rf jruénl^ drrs Etàt> d-r Pn:«Tence se tenait dans les der-
uur^ temps à L^nil>=-s*:, rn pr>rsence de l'homme du roi, c'est-à-
dirr d*- l'intendant, et sous la pivsiden*:-e de rarchevê^jue d'Aix,
pp rnier procureur- n«: du pï^ys. qui jouissait de cette préroga-
liv.' c»*mme suppléant le s^juveniin et le ^t-iuvemeur absents *.
M;ji** ce choix de I archevêque d'Aix au lieu de l'archevêque
d'Arles s'explique par des faits particuliers : la cité d'Arles
étant villt^ ini{>ériale et le tern^ir d'Arles étant placé dans le
district des terres adjacentes. c'éUiit Aix.à S4in défaut, qui était
d»'V<-nue la capitaK* oflicirlle du comté de Provence.
C«' que les évéques niétro|>olitains d'Arles, primats de Pro-
vence, f>erdirenl tout a fait, «.e fut le |)atriarcat des Gaules. Ils
le |>«'rdirent au milieu du vr siècle. Les évéques métropolitains
do Lyon, primats de l'ancien diocèse romain des Gaules, leur
succéd<'n-nt dans ce rôle patriarcal qui mettait son titulaire au
premier ranjr de lépiscopat tout entier. Ce privilè^re était, d'ail-
leurs, purement honorifique. Des r»l9, Tévêque de Lyon souscrit
le premier. Kn 552 c'est celui d'Arles qui reprend cet honneur :
rm voit que Lyon le disputait à Arles depuis peu. En 570,
l'évéque Nizier parait à Lyon avec le titre de patriarche : puisa
M/icon. de même, en 585 *. son successeur Priscus. L'évéque
dWrles |>erdait du terrain. Pour la dernière fois, Virj^ile re^^^ut
riionneiir traditionnel du vicariat dans les Gaules par mandement
du 12 «lont 595 '. Le premier ran^ passe décidément, apK»s lui, à
Lyon.
C'est la riomination franque. récemment établie en Provence,
qui «'t'iit la cause de ce chan^^ement d'influence. En 531, lesfds de
Clovis sVîf aient emparé du royaume de Bour«co^ne qui, au sud,
nV-tendait sur la rive franche, jusqu'à Valence, Die, Grenoble et
i. A'-h.'ir'l, firof/rafthie flfl In Prnrenco, l. I; Aix, Calmon, 1787, p. 241.
■t, hiM'hesiie, I. I, p. 2."»2,
LA PROVINCE ROMAINE 2S
jusqu'en Tarenlaise K Ce royaume survécut, d'ailleurs, aux Bur-
goudes qui l'avaient créé : le mérovingien, qui le gouverna,
régna comme roi de Bourgogne. Mais, sur la rive droite. Viviers
en fut démembré : cette cité, au lieu de continuer à dépendre du
royaume de Bourgogne, se trouva rattachée avec l'Auvergne au
royaume franc d'Austrasie.
' \. 534. « Rcgos Fraiicorum Chihleberlus, Chlotariiis ctTheudeborlusBur-
^undiam ohtinnorunt et fug-nlo Godomaro rege rognum ipsius diviscrunt »
(Miirii ejmcopi Aveniirensis Chronica ; Mon. Germ. hist. Aucl, Aniiquhs,,
t. XF; Chronica minora, 1803, p. 235).
CHAIMTHK II
LA PROVKNr.K FIIANULE ET SES PVTRICES
I
Lu Pmvcnce frHucn-auron/natc rf la Provence franco^
Loun/iiif/ nonne
i:î«i-07îr)
En IVM\ \ la Provence passa, à son tour, des Ostrogoths aux
Francs : la répartition fut la même. Toute la rive gauche fut rat-
tachée au rovaume de Ho:irgogne; mais la cité d'Uzès, sur la rive
droite, se trouva jointe à Viviers et à l'Auvergne austrasienne.
Gontran, roi de Bourgogne ^rîtJ 1-^)92 , obtint en îJTtî de TEmpire
et des Lombards la c<»ssion des pavs alpins les plus rapprochés
de son rovaume. Il annexa ainsi Suse, Brianvon et la Maurienne
(jui dépendaient des Alpes (lottiennes, Aosle cpii complétait les
l. Pnx'opii Ilistoriaiuin lil)ri VIII ; I, r. I.'i; III, c. X\: (^.nrp. acripl. IlUt.
%3.,t. XVI, pp. 71-73, 'tir,-il7.
Marorlliiii Cliroiiiroii, ;;:\ii; Mon.(ior/n. fiist. Aurl. .[ntiifuisit.,i. XI, p. lOi.
IVM). « Th(Mul(>l»orliw rrx Fraucoruin Italinm inj^^ressus Li^urinm .Kini-
liaiii(pjtMlrvar>lavil ■• //>/</., p. '2'M't . Piiisipu* Tlii'uMlt'luTl péiiôlre [Jar la Lijru-
rio (Ml Italio, «'t'sl «pi'il poss«Ml;iil drpui*^ peu la ProMMirc.
■»3l). •< Tlicudihortus Fraiicorinn n»\ niin iiia^MUM'XtMrilu atlvcnious Ijjru-
riain lotaimpir dcpniMlal .Kiniliaiii ( MMiiiaiu oppulum in litus TvrrluMii maris
siluin (»v(»rtil ac pravlal... parisiviis cum Ht'lisari») atl (iallias ivvcMlilur ••
(Marcelliiii V. C. tomilis chronicoii. Atldit.tnn^ntum .Mi.V.'iiN; Mon. (ierm,
fiisl. Aiirf. Antiffiiiss., [.Wjlhronicu minttni. vol, II, IHi»3, n. 101»),
LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATR1CES 27
Alpes Pœnines déjà entre ses mains K Mais, par contre, TAus-
trasie, qui possédait Viviers et Uzès, voulait avoir un accès à la
mer. Pour cela, dès le début de son règne, Contran avait dû lui
céder les territoires d'Avignon, d'Aix et la moitié de celui de Mar-
seille *. Désormais, il y eut une Provence bourguignonne et une
Provence austrasienne : Grégoire de Tours nomme celle-ci la
Provence marseillaise, par opposition à la Provence arlésienne.
Il serait plus exact de la dénommer auvergnate qnaustrasienne,
car cette part de la Provence se reliait directement à l'Au-
vergne par Uzès et Viviers. L'Auvergne, de son côté, dépen-
dait du royaume d'Austrasie ; mais elle en était séparée par la
Bourgogne. L'Auvergne et la Provence auvergnate formaient donc
un territoire d'un seul tenant dont le centre politique était forcé-
m?nt l'Auvergne, pays plus considérable et plus rapproché de
TAustrasie : la partie de la Provence qui lui était jointe en for-
mait la marche^ c'est-à-dire Textrémité la plus éloignée ^. La
Provence burgonde était gouvernée par un haut fonctionnaire
auquel on donne soit le titre franc de duc, soit plutôt, en raison de
l'empreinte romaine gardée par ce pays, le titre impérial de
patrice. La Provence austrasienne en avait un de même rang. A
l'égard de celle-ci, la prédominance auvergnate se révèle nette-
i. «In compositionc Auguslam et Sccusiam civitates cum integro illorum
lerrilorio populo el partibus Guntcchramno Iradiderunt » (Fredegarii
Cshron., 1. IV, cap. 45 ; Mon, germ. hist. Script, rer. merov.^ t. II, p. 143).
2. Duchesne, t. I, pp. 81 el 82, noie 1.
3. 581. « Eo aono Mummolus palricius cum uxorc et fîliis et multitudine
familiœ ac divitiis multis in marca Childiberli régis, id est Avinione, confu-
gil » (Marii episcopi Aventirensis chronica, 455-681; Mon. Gerni. hUtor.
Auctor Antiquiss.^l. XI; Ctironica minora, 1893, p. 239). Mummole, patrice
de la Provence bourguignonne, se réfugie ainsi dans la Provence auver-
gnate et austrasienne, qualifiée de marca pour la première fois. La Pro-
vence auvergnate était la mnrche de l'Auvei'gne el de TAustrasie comme
la Provence bourguignonne était la marche de la Bourgogne francjue.
585. « Igitur Guntchrammus rex... omnem ei provinciam Arelatensem
commisit... Anno quoque duodecimo Childeberti régis [587], Nicecius
Arvernis rectur Massiliensis provincie... est ordinatus. » (Greg. Tur., //w/,
Franc, VÏII, 30. 43 ; cf. II. 32 ; IV, 5, 44, IX, •? ; X, ?5),
28 LA i»Rovi:Nr.E or imikmier ai* xir siècle
meut. Los patrioes de lu Provence marseilliiise, Gontran-Boson
en .'JSi, Nizier en .'587, venaient (l'Auver*çne. Saint Prix, évéque
dWuverpne, fut massacré à Volvic, le 2.*) janvier 076 ; il était
allé célébrer avec C.hildéric II, roi dWustrasie, les fêtes de Pâques
à Autun Tannée précédente '. Son assassinat fut une vengeance
provenant de ce que Childéric, peut-être sur Tavis de Tévêque,
avait mis à mort Hector, son patrice de Provence. L'évêque tué
fut remj)lacé par Avitus II et le propre frère d'Avitus II, nommé
Bonnet, fut nommé j)atrice de la Provence austrasienne. Ces
faits sullîsent à prouver Tintluence auver^^nate.
I^i Provence austrasienne se composait ainsi de Viviers,
d'Uzês, d'une part du terroir d'Avip^non, de tout le pays d*Aix
et de la moitié de celui de Marseille. 11 est clair que le roi de
Bourgo^^ne avait tenu à se réserver le territoire du grand port
d'Arles, capit<ile de la Provence. De plus, il n'avait voulu céder
qu'une moitié de celui de Marseille, comme accès à la mer.
Mais, pour relier à la rive droite du Rlione le littoral cédé, il
avait dii donner la banlieue d'Avignon et Aix : Arles se trou-
vait donc isolé du reste de la Provence bourguignonne.
S; ^''^ — Les terres adjacentes, enclaves de Li Provence
bnurf/uif/nonne.
Le territoire d'Arles, dans l'organisation administrative de la
Provence, telKM|u'elle dura jus(|u'à la Hévolution, faisait bien par-
tie de la province de Provence, mais non pas du « pays et comté»
de Provence. La province, dont la capitale était Arles, compre-
nait non seulement le « pays et comté », dont le chef-lieu était
Aix, mais encore les o terres adjacentes >» \ Or, à première vue
\. I)ucho**nc, t. 11, p. 37.
2. Li\ proviiico comprenait, au xiir' siôrlo, les comtés do Nice, ileDioiselde
Forcalquicr, le (^omtnt Vcnaissin, chcf-litMi (^arpentras, la principauté d'O-
ranj^'O, l'étal d'Avi^^ion, les terres adjacentes et le comté do Provence, chef-
lieu Aix. Le Comtat, la principauté, Avij^non et Nice ayant passé sous une
LA PROVENCK FRANQL'E ET SES PAïRICES 29
on ne distingue pas la raison pour laquelle, à Tépoque moderne,
les terroirs d'Arles, des Baux, de Salon et de Marseille faisaient
partie de ces terres. L'origine et l'explication de cet état de choses
doivent remonter à la séparation de la Provence en Provence
bourguignonne et Provence austrasienne, c'est-à-dire au temps de
Contran. En effet, les Baux, Salon et Arles étant désormais séparés
du reste de la Provence bourguignonne, leur terroir se trouva dans
la position d'une terre adjacente ; ainsi, plusieurs siècles plus tard
Grignan et Mondragon le devinrent, en raison de la domination
papale sur le Comtat. Si donc le terroir de Marseille a été rangé
comme celui d'Arles parmi les terres adjacentes, c'est qu'il était
de même séparé par la Provence austrasienne du reste de la
domination bourguignonne : on sait que le roi de Bourgogne en
avait cédé la moitié. Pour se rendre compte des limites exactes
de la Provence bourguignonne, il faut consulter une carte de
la province dressée avant la Révolution. Celle qui est due
à Guillaume de l'Isle, plus détaillée que les précédentes, peut
suffire * : elle donne à la fois les limites des diocèses provençaux
et celles des circonscriptions administratives qui y correspon-
daient plus ou moins. Les 21 diocèses du comté et des terres
domination étrangère, le Diois et une partie du comté de Forcalquier ayant
été annexés au Dauphiné ne firent plus partie de la province (jue de nom :
elle continua à comprendre les terres adjacentes et le comté. Les terres
adjacentes formaient trois groupes : 1° Arles, les Baux, Salon, Marseille et
leur terroir; 2° le comté de Grignan, avec Chantemerle, Colonzelles, Mont-
ségur, Réauville et Salles; la terre d'Allan; la baronnie de Mondragon;
30 la préfecture de Barcelonnette et de sa vallée. Les terres adjacentes,
comme le comlé, ressortissaient au parlement de la province et à la géné-
ralité; mais le comté était administré par les procureurs du pays, tandis
que les terres adjacentes étaient administrées directement par Tintendant
de la province. Si Barcelonnette fait partie des terres adjacentes, c'est en
raison de sa longue dépendance des comtes de Savoie ; si Grignan, Allan
et Mondragon en font également partie, c'est parce que le Comtat Venaissin
devenu étranger les séparait du Comté de Provence.
1. (^arte de Provence et des terres adjacentes. Par Guillaume de Tlsle
de l'Académie Royale des sciences à Paris. Amsterdam, chez Jean Cdvens
et Corneille Mortier. Géographes. 592 ™°» de large et 471 ™™ de haut. On peut
contrôler les limites données aux vigueries dans cette carte par un document
officiel : Affouagemcnl des villes et lieux du pays et comlé de Provence
30 LA PROVENCE DL PREMIEK AU Xll*' SIÈCLE
adjacentes* se répartissaient, dans le comté, en 10 sénéchaus-
sées 2, 22vijjueries •* et 2 vallées^; dans les terres adjacentes,
suivant les Pmcédiiros faites en 1728, 1730, 1731 et 1733, et les Délil>éra-
lions prises dans les Assemblées générales des (Communautés, et suivant,
les réductions el susjyensions de Feux accordées par les Assemblées sui-
vantes, et notamment par TAssemblée de Messieui*s les Pix)cureurs du Pays
nés et joints des mois de Mai, Juin et Juillet 177t), ratifiée par l'Assemblée
générale des Communautés publiée le 7 Décembre suivant. A Aix, (-hez
Esprit David, Imprimeur du Hoi, du Pays et de la Ville, 1777, in-4 de 42 pp.
La ville d'Arles était atTouagée pour 2(MJ feux; celle d'Aix, capitale du i>ays
et oomlé, était laissée à 93 feux en raison de ses privilèges.
1. Die (Grignan et Salles : Rémuzat), Saint-Paul - Allan ; Réauville, Chante-
merle, Colonzelle, Monlségur;, Orange (Mondragon) ; Carpentras (Aurel,Saull
Monieux, Saint-Lambert, Bezaure, Murs); Cavaillon = Cordes, Goult, Beau-
mettes, Mérindol) ; Avignon (rive gauche de la Durance); Arles (rive gauche
du Uhone et Camargue); Marseille, Toulon, Aix, Fréjus, Grasse, Venee,
(sauf Bouyon, «Château Far.ion»», c'est-à-dire le clos Martel, le Broc, Carros
el Galtières), Senez, Glandèves sauf Péone, Beuil, Uigaud, Pugel-Théniers
en partie, Ascros, Pierrefeu. Malaussène, Hevest, Bonson, Gilette, Tourelle,
Toudon, les Ferres, Conségudes, les deux Hociuestéron, Sigale, Aiglun elle
Mas:; Embrun 1 vallée de Barcelonnetle el rive gauche de la Durance depuis
Pontis, sauf Hochebrune el Beaufort), Digne, Biez, Gap (rive gauche de la
Durance, sauf fraction do la commune de Tallard; en plus, sur la rive
droite: Esparron, Barcillonnette el Vitrolles; fraction de la commune de
Sisteron |»lacée sur la rive gauche du Buëch et Mison ; Eygalayes, Sederon et
Barret-de-Lioure, Lemps, La Charce, Pommerol, (^ornillon et (-ornillac),
Sisteron sauf Curel et le petit Diocèse, mais cependant Saint-May, Apt
(sauf Bonnieux'. Les diocèses <le Viviers, d'Uzès el de Nice ne donnaient
rien au comté ni aux terres adjacentes. Par Fart. X du traité du 24 mars
1700, la Provence perdit, au diocèse de Glandèves, (luillaumes, Daluis,
Auvare, Saint-Léger, la Croix et Puget-Roslang, la Penne, Saint-Antonin,
Cuébris et Bo(piestéron (rive gauclie). Elle ac<iuit, au môme diocèse, Aiglun,
Bocpiestéron (rive droite), Conségudes, les Ferres et, au diocèse de Vence,
Bouyon, le Broc, Carros, Galtières.
2. Aix, ForcaI([uier, Draguignan, Digne (l"»3r)), Ilyères (1542-1618, 1619-
16'*2, 1665), Grasse (1574), Brignoles (1575-1."»75, 157S), Sistert)n, (^astel-
lane (1639), Toulon (1618-1610, HU2). Sur les sénéchaussées, voir V»«de
Gérin, Xotire nnr les aéfu^rhauHSt^es de Provence, suivie de la liste des
sénéchaux et de celles des lieutenants généraux et particuliers. Avi-
gnon, Seguin, 1889. Il y a eu d'abord un grand sénéchal, puis le 26 jan-
vier 1307 trois sénéchaussées, six en mars 1535, sept en 1542, huit en
1574, neuf en 1575, onze en 1639 et douze à partir de 1665.
3. Aix, Tarascon, Forcalcjuier, Sisteron, tirasse, Ilyères, Draguignan,
Toulon, Digne, Saint-Paul, Moustiers, (^aslellane, Apt, Saint-Maximin,
Brignoles, Barjols, Annot, Colmar*^, Seyne, Lorgnes, Aups, Guillaumes.
4. Val -de- Barre me et Val-de-Sault. La vallée de Sault contribuait avec
LA PROVENCE FUANQUE ET SES PAïRlCES 31
en 2 sénéchaussées, 2 vallées et 2 baronnies'.Il a été dit que
TAustrasie avait reçu une part du territoire d'Avignon, celui d'Aix
avec la moitié de celui de Marseille, afin d'accéder à la mer^.
Ceci posé, quand on a la carte de Guillaume de Tlsle sous les
yeux, il devient à peu près évident que la Provence auvergnate
a été exactement composée alors de TEtat d'Avignon, sur la
rive droite de la Durance, des vigueries de Tarascon et d'Aix,
sur sa rive gauche, auxquelles il faut très probablement joindre
celles de Saint-Maximin et de Brignoles. En elTet, TEtat d'Avi-
gnon, placé hors du Comtat Venaissin, ne comprenait sur la rive
gauche du Rliône et la rive droite de la Durance que les terroirs
d'Avignon et de Morières. Au nord de la Durance et à l'est du
Rhône, le reste du territoire de l'ancienne cité, c'est-à-dire du dio-
cèse d'Avignon encore existant à l'époque du géographe consulté,
faisait expressément partie du Comtat Venaissin. Les biens de l'ar-
chevêché formaient seuls exception, en raison de ce que l'arche-
vêque avait le privilège de l'immédiateté. Sur la rive gauche de la
Durance, la viguerie de Tarascon comprenait la circonscription
du diocèse d'Avignon, auquel se joignaient le surplus du ^terri-
toire de la commune de Tarascon, les communes de Maillanne,
du Masblunc et de Mollèges qui dépendaient du diocèse d'Arles.
Deux enclaves extérieures se rattachaient k la viguerie de Taras-
con : la première comprenait la commune actuelle de Cornillon, où
se trouvent Cornillon proprement dit qui dépendait d'Arles, et
Comphoux qui dépendait d'Aix. La seconde comprenait le terroir
d'Albaron, sur le petit Rhône et dans la Camargue, qui dépendait
du diocèse d'Arles. Quant à la viguerie d*Aix, elle ne comprenait
qu'une partie du diocèse d'Aix : en effet, sur la rive droite de la
Durance, seul le terroir de Pertuis en dépendait. Les vigueries
la viguerie (J'Apt ; la vallée de Cornillon, comme Lemps, Sederon, Eyga-
layes el Barret, dépendait de la viguerie de Sisleron ; Les Omergues, de
la viguerie de Forcalquier.
1. Sénéchaussées d'Arles et de Marseille : vallées de Barcelonnette et
d'Entraunes; haronnies de Grignan et de Mondragon.
2. Duchesne, t. I, p. 82, note 1. — Gregorii Tur., Ilisl. Franc, IV, 44; VI,
2, 11, 31 et 33; IV, 30; VI, 1, 43, 45; Gloria conf. 60.
32 LA PROVE.NCK Dl' PRKMIER AU XU« SIÈCLE
d'Apt et de Forcalquier se partageaient le reste, la première du
Puget k Villelaure, la seconde de la Tour d'Aiguës * à Sainte-
Tulle '. Sur la rive gauche de la Durante, la viguerie d'Aix ne
comprenait pas davantage tout le diocèse. Les vigueries de Bar-
jols, de Brignoles et surtout de Saint-Maximin s'en parta-
geaient une notiible portion 3. Par suite, en quittant la Durance
à Test, les localités extrêmes englobées [>ar la viguerie d'Aix
du nord au sud étaient Saint-Paul \ Hians, Artigues, Puylou-
bier et Trets ; là, sa limite rejoignait à angle droit la limite
méridionale du diocèse. A l'ouest, au contraire, la viguerie d'Aix
suivait exactement la frontière du diocèse du nord au sud par
Mallemort, AUeins, Aurons, Pélissanne et Lançon. Elle englo-
bait donc les enclaves du Vernègues, dépendant du diocèse
1 . Les localilés de la Tour d'Aif^uos, Cabrièrcs d'Aipues et Peypin
d'Aif^ues liront leur surnom du fait qu'elles dépendaient de la cité et du
comlé d'Aix. L'acle de Saint-Victor, n° 400, daté de iOr»0-10f)4, porle: EgoUgo
Fiilconisdo Ttirri doAquis.W ne faut donc pas écrire : la Tour d*Aijçuès, mais
))i<Mi la Tour d'Aij^ues. Le pays d'Aix, c'est l'Aixciset non pas Tu Aiguës»,
nom qui n'existe pas. l'n acte de Monlmajour daté à peu pri»s de la même
é(>oque que celui de Saint-Victor, c'esl-à-dire de mars 1032, sufGl aie prou-
ver : in comilatu Af/uense seu Assuemto \^Chîin\.Q\oii^ Ilisl, de Monlmajour^
Hrv. (le Provence, l'"'" année, p. 120 . Dès le "1% juin 840, les chartes de
Saint-Viclor donnent in pstgo Af/uense seu Exuense (Cart, de Sainl^Victor
n" 28).
2. Jusqu'au xii** siècle, au moins, Sainte-Tulle a dépendu du diocèse
d'Aix; plus tard, celle localité a été rattachée au diocèse de Sisleron.
3. La vi^Mierie de Harjols comprenait surtout des localités tirées des
«liocrses de Fréjus et de Hiez ; d'Aix, elle n'avait ({ue Cadarache, Vinon,
(iiuîiHservis, UrueAuriac et Châleauverl.
I.a vi^cuerie de Hrijj^noles était tirée des diocèses de Fréjus, Toulon
et .MarseilU?, mais surtout du diocèse d'Aix dont elle avait Correns, le Val,
iJri^MioIrH, (iauq>s, Hessc, Garéoult, La Hoquehrussane et la Celle. A Mar-
M'ille, <'IIe em|>runlail Méounes, Sij^nes. A Toulon, elle prenait Néoules.
\ Fnjus, Fiassans. Cahasse, Carcès, Montforl et Vins. Enfin la vig-uerie
d<î Saint-Maximin était tirée presque entièrement du diocèse d'Aix, auquel
l'Ile joignait quelques localités du diocèse de Marseille. Aix lui fournissait
.Ma/;Hij,MH's, nf)ugiers, Tourves, Sainl-Maximin, Bras, Seillons, Saint-Mar-
tin, Ksparron, Ollières, Pourrièn's et Pourcieux.
Marseille fournissait Sainl-Zacharie, Nans, le Plan d'Aups et Riboux.
4. En partie seulement, car la fraction de Cadarache sur cette commune
appartenait, semble-l-il, ù la viguerie de Barjols.
LA PROVENCE FRANQLE ET SEA PATRICES 33
d*Arles, et de Saint-Cannat dépendant du diocèse de Marseille.
A partir de Lançon, se manifeste une tendance contraire à
celle qu'on a observée au nord et à Test de la viguerie : au lieu
de laisser en dehors de ses limites une fraction notable du dio-
cèse, elle empiète sur le diocèse voisin d'Arles, avec le but évi-
dent d'embrasser Tétang de Berre et d'atteindre le golfe de
Fos, c'est-à-dire Tembouchure du grand Rhône. Pour cela, sa
limite abandonne, à partir de Lançon, la direction nord-sud; elle
tourne à Fouest en suivant les terroirs de Grans, Miramas,
Istres et Fos. La viguerie, entre Lançon, Grans, Miramas et
Saint-Chamas, contenait, on Ta vu, une enclave de Tarascon qui
comprenait Comphoux et Gornillon.
Le terroir dlstres dépendit finalement du diocèse d'Aix, mais la
création de cette enclave doit remonter h 1054 seulement. De
plus, au début du xii® siècle, Arles et Aix se contestaient Gornil*
Ion et Miramas * ; ces dernières prétentions d'Aix sont forcément
postérieures à la création de Tenclave d'Istres. Avant 1054, toutes
les localités qui bordent Tétang de Berre dépendaient du diocèse
d* Arles, même Saint-Ghamas. Gette paroisse dépendait tempo-
rellement du comté d'Aix; au point de vue spirituel, elle rele-
vait, comme les autres, de Téglise d'Arles *^. L'évêque d'Aix
n'avait donc rien autour de l'étang, à mi-chemin d'Aix et d'Arles :
il s'en plaignit et c'est pour cela que l'archevêque d'Arles, en
1054, lui concéda Istres.
En somme, le diocèse d'Arles, si réduit qu on le veuille, a
toujours compris le littoral depuis Fos jusqu'à Garry et, depuis
1054, il s'est réservé le pourtour méridional de l'étang de
1. Albanès, Gatlia christiana novissima. Arles, n® 389, col. 164-103.
Lalran 7 avril [1123J. « (^alistus... arcliiepiscopo Agicnsi... occasione
duarum ccclesiarum de Castro Miramas et de Cornelione... si auteiu prae-
dictasduas eccicsias de tua esse diœccsi asseris, cum Arelalensi archiepis-
copo, qui casdem similiter vendicat, inde contendcs... » (Ghantelou,
Hist, de Monlmajoury Rev, hislor. de Provence, 1'''^ année, p. 237).
2. Arles, l"" mars [969], « castrum vetustissimum incomitatu Aqueuse...
Sauclum Amantium...» {Gall. noviss, Arles, n° 271, col. 116-117). H dépen-
dait dès lors de l*archevèque et de Téglise d'Arles.
Mém. et Doc. de l École des Charles. — Vil. 3
34 LA PROVENŒ DL PKKMllJt AU Xll^' SIÈCLK
Berre, depuis Marligues jusqu a Berre, en abandonnant, à litre
d'enclave, le pourtour septentrional de cet étang au diocèse
d*Aix. Ainsi la viguerie d'Aix empiétait sur le territoire arlé-
sien pour obtenir l'accès de la mer et du Rhône. Au sud, cette
tendance de la viguerie à empiéter hors du diocèse est encore
plus manifeste : elle englobe, toujours pour accéder à la mer, les
trois quarts du diocèse de Marseille. A l'occident, ce ne sont que
quelques localilés, pour lui permettre de voisiner avec la rade de
Marseille: le Rove, sur le littoral, puis les Pennes, Saint-Victoret
et Septèmes. Mais à Torient, la viguerie d'Aix absorbe à peu près
tout le diocèse de Marseille, sauf les localités de Saini-Zacharie,
Nans, le Plan d'Aups et Hiboux quelle laisse à la viguerie de
Sain t-Maxi min ; sauf aussi celles de Méounes et Signes qu'elle
laisse à la viguerie de Brignoles. Elle empiète même sur le
diocèse de Toulon à qui elle emprunte les localités d'Evenos,
Ollioules, Sanary et Bandol. A partir de Trets, dernière
localité du diocèse d'Aix, la limite de la viguerie passe en
elTet par Auriol, Gemenos, Cuges, le Castellet, le Bausset,
dans le diocèse de Marseille, et Evenos, Ollioules, Sanary
dans le diocèse de Toulon. Par Ollioules, elle voisinait avec la
baie de la Seyne et Toulon à Test ; elle aboutissait à la mer par
les baies de Sanary et de Bandol.
Ainsi Marseille ne conserve que sa banlieue : seules les
localités qui actuellement sont placées sur le territoire de sa
commune continuent à en dépendre. La viguerie d'Aix s'éten-
dait donc sur le littoral du golfe arlésien de Fos au port mar-
seillais de Niolon ^ puis du port marseillais de Cassis au port
toulonnais de Bandol et Sanary. Par contre, elle abandonnait tout
ce qui dépendait du diocè.se au delà de la Durance, sauf Pertuis.
Cette circonscription répond merveilleusement aux besoins qui
tirent se constituer la Provence auvergnate au profit de TAus-
trasie. La banlieue dWvignon, qui plus tard formera l'Etat pon-
tifical d'Avignon, jointe à la partie de son diocèse placée sur la
1. Sur la cominuue du Rove.
LA PROVENCE FRANQl'E ET SES PATRICES 33
rive droite du Rhône, permettait aux Austrasiens de franchir
ce fleuve et d'en dominer le cours. La viguerie deTarascon avec
la station d'Albaron enclavée en Camargue leur permettait de
descendre le Rhône jusqu'en face d'Arles, puis de relâcher
le long du petit Rhône, avant d'aboutir à la mer. La viguerie
d'Aix laissait de côté le territoire placé au delà de la Durance
qui ne leur était d'aucune utilité, sauf la station de Pertuis placée
sur ce cours d'eau ; elle faisait d'eux les maîtres absolus de
Tétang de Berre, les voisins de l'embouchure du grand Rhône
et du port de Marseille dont ils occupaient la rade en partie ;
enfin, elle leur donnait la baie de la Ciotat et le voisinage de
Toulon. Les cités de Marseille et d'Arles devenaient des enclaves
bourguignonnes, des « terres adjacentes » de la Provence qui
demeurait à Contran K Pour bien apprécier ce partage de la
Provence amené par le souci d'ouvrir à l'Austrasie la voie
commerciale du Midi, il faut se rappeler que les principaux
bureaux de douane étaient, pour le commerce, Toulon, Marseille,
Fos, Arles, Avignon, Soyons, Valence, Vienne, Lyon etChalon *.
§ 2. — Les jK>sles militaires auvergnats aux frontières,
La domination austrasienne, exercée par l'intermédiaire de l'Au-
vergne, n'est pas sans avoir laissé des traces. Mont-de- Vergues,
élévation placée à l'extrémité du terroir de l'Etat d'Avignon, vers
l'orient, est le souvenir d'un montem Alvernicum 'K Plus bas,
dans la viguerie d'Aix, à proximité de la terre adjacente la plus
orientale, se trouve le Vernègues qui répond à un castrum Alver-
1. Le terroir de Salon n'est pas une enclave : il se relie directement entre
Grans (viguerie d'Aix) et Eyguières (viguerie de Tarasconi, au terroir de la
commune d'Arles et autres terres adjacentes arlésiennes.
2. Marculfi, Formuiarum supplementum, n" 1 . — Mon. Germ. histor. Leguin
Sectio V, Formulap,, éd. Zeumer, 1886, p. 107.
3. Guérard, CaW. de Saint-Victor, n» 431.
IM} LA PROVKNCE DV I»REMIKR AU XIl*^ SIKCLK
nicum *. Ce sont lh,sans aucun doute, deux postes placés sur les
frontières de la Provence austrasienne et chargés de veiller sur elles.
L'un, sur la rive droite de la Durance en face de Cauinont et
de Gavaillon, couvre Avignon et domine la voie de Milan à
Arles. L'autre , sur la rive gauche en face de Salon et d'Arles,
couvre Aix à l'occident et domine la voie aurélienne. Il serait
nécessaire de reconnaître un troisième établissement de ce
genre pour couvrir Aix h l'orient et à proximité de la même
voie : le système défensif des voies de terre serait ainsi com-
plet. La localité de Vauvenargues se trouve bien sur les limites
de la viguerie h Test : elle n'est pas trop éloignée de la voie en
question. Mais son site n'est pas dominant et, phonétique-
ment, elle répond à une vallis Vcranica 2; il parait impossible
de dire que ce Veranica dérive de V Alvernica voulu. A défaut
de Vauvenargues, une localité attire l'attention. Ce sont les
Vernes, castrum de Vernis, dans la commune d'Artigues, sur la
frontière orientale de la viguerie d'Aix, au point où celles de
Barjols et de Saint-Maximin y touchaient elles-mêmes, la pre-
mière par Ginasservis et la seconde par Esparron. On pourrait y
joindre le moulin de Vergue, dans la commune de Peyrolles et
sur la rive gauche de la Durance, en face de la Bastidonne et
de Miral>eau où aboutissait la viguerie de Forcalquier. On pour-
rait, à ce compte, y joindre aussi la Verne, dans la commune de
(^oUobrières et la viguerie d'IIyères, à l'extrémité du diocèse de
Toulon, vers celui de Fréjus. Ces trois localités compléteraient
h; système, exactement sur les limites où elles se trouvent :
mais, pour elles, il y a incertitude parce que ces trois derniers
noms peuvent, au lieu de rappeler l'Auvergne, indiquer tout
bonnement l'existence d'aulnes disséminés dans les quartiers
humides du pays.
La Provence auvergnate doit avoir embrassé les vigueries de
Saint-Maximin et de Hrignoles puisqu'elles étaient formées, en
1. ihiciavd, (larl, fie Saint 'Victor j n'» 'ilD.
2. //>/(/., n»- 2H(), 233, 050.
LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICES 37
majeure partie, de localités aixoises. Elle ne doit pas avoir
embrassé celles de Toulon et d'Hyères. En effet, Tévêque de
Toulon assista au concile de Paris en 573. Si ces dernières en
ont fait partie, c'est qu'elles y ont été jointes après cette date.
Ainsi, de la Durance à la mer, la frontière orientale de la
Provence austrasienne a dû être formée, du nord au sud, dans
la viguerie d'Aix, par les localités de Saint-Paul, Rians et
Artigues, dans la viguerie de Saint-Maximin par celles d'Espar-
ron, Saint-Martin, Seillons, Saint-Maximin, Bras, dans la vigue-
rie de Brignoles par celles du Val, de Correns, Montfort, Garces,
Cabasse, Flassans, Besse, Camps, Brignoles, Néoules, Méounes
et Signes, dans la viguerie d'Aix, par celles d'Évenos, Ollioules
et Sanary. Ces localités appartenaient au diocèse d'Aix, de Saint-
Paul à Correns, à celui de Fréjus de Montfort à Flassans, à celui
d'Aix de Besse à Brignoles, à celui de Toulon pour Néoules, h
celui de Marseille pour Méounes et Signes, enfin à celui de
Toulon d'Evenos à Sanary.
§ 3. — Les saints auvergnats protecteurs des frontières et
les légendes provençales.
L'influence de l'Auvergne sur la Provence austrasienne ne fut
pas toute militaire, cela va de soi. Mgr Duchesne, puis Dom Ger-
main Morin se sont occupés des légendes saintes de Provence ^
que le martyrologe transcrit officiellement vers 1120 pour l'église
cathédrale de Toulon ignorait encore ou voulait ignorer.
On sait que ces légendes, dès 1190, groupaient Lazare le ressus-
cité, ses sœurs Marthe et Marie de Béthanie, avec Marie de
1. Duchesne, Fastes épiscopaux^ t. I, 1894, pp. 310-344; Georges de
Manteyer, Les légendes saintes de Provence et le martyrologe d\A ries- Toulon
(vers H20), ^fél. d'arch, et d'hist., t. XVII, pp. 467-489.' Rome, Cuggiani,
1897 ; Dom Germain Morin, Saint-Lazare et Saint-Maximin ; recherches
nouvelles sur plusieurs personnages de la « tradition provençale » (Mém, de
la Soc, nat, des Antiquaires de France^ t. LVI, Paris, 1897, pp. 27-51.
38 LA PROVENCE I)C PREMIEU Ai: Xir SIÈCLE
Magdala, Sidoine Taveuglo-né, etc. *. Elles confondaient les deux
Maries. Kn roalité, ce groupement était récent : les provenances
étaient diverses. La sépulture de Lazare, évêque d'Aix, ordonné
vers 108, au détriment de Remy, par Proculus de Marseille, se
trouvait à Sainl-Victor de Marseille. Voici pourquoi : ayant
dû se démettre, vers 412, de son évéché, il s^était rendu en Pales-
tine où on le trouve en 415; puis il était venu se retirer auprès
do son consécrateur et il était mort dans cette retraite ^. Quand
les bénédictins de Tabbaye firent dédier leur église par Benoit IX,
le 15 octobre lOiO, en présence de tout Tépiscopat provençal, ils
déclarèrent que leur monastère, fondé près de Marseille à
l'époque d'Antonin, était illustré non seulement par saint Victor
et ses compagnons, mais encore d'une manière spéciale par Her-
mès et Hadrien, auxquels il fallait joindre Lazare le ressuscité ^.
Evidemment, Tépitaphe du Lazare, qui était venu de Palestine
k Marseille vers 416 et dont ils possédaient la tombe, leur avait
donné Tidée de l'identifier avec le ressuscité. Cette épitaphe note
que Lazare avait été évêque; ils en firent le premier évêque de
Marseille où il reposait ^.
1. Guy de Bazochos, chantre de la cathédrale de Chftlons, en 1190, s*em-
})ar<|iia pour aller en Terre-Sainte : passant à Marseille il y recueillit la tra-
dition : « Ad hanc urbeni postascensionem Domini sub persecutione judaTca
divina providentia Iransfretantes applicnisse lej^untur bealus ex discipulo-
nini numéro Maximinus, sanctus qucxpie Lazaruspost quatriduuma Domino
suscita tus, sed et Maria Ma^dalena cuni Martha vencrandc sorores ipsius
et (piem Dominus illuminavil ex sputo CJdonius nomine, cecus natus. E
(piibus S. Maximinus primus Acfuensis provincie metropolitanus. Sanctus
Lazarus... .> iXeues Arrhit\ 1890, t. XVI, p. 104).
2. Lazare avait d'abord été condamné au concile de Turin vers 398,
comme calomniateur de Tévêque de Tours Brice (Mandements du 21 et du
22 septembre 417. — Migne, t. XX, col. 05^, tUil).
Ilic jacet bouc memorie papa Lazarus qui vixit in timoré Dei plus minus
annos LXX et recjuievit in pace. (Albanès, (wali. Christ, noviss., t. I, 1895.
Aix, col. 27-29\
:L Albanès, (rallia C/wistiana novissima. Marseille, col. 55, n« 104.
k. A la suite de celte identification du Lazare de Saint-Victor avec le
ressuscité, l'éj^lise cathédrale de Marseille ne manqua pas de demander àFab-
baye une |)arcelle du corps, (blette parcelle fij»:ure au nombre des reliques
que révoque Haimond renferma dans une chasse avec le corps de saint
LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICES 39
A la même époque, Tabbaye de Vézelay dans le diocèse d'Au-
tun se restaurait sous la direction de Cluny. L'abbé Geoffroy,
installé en 1037, et ses moines se persuadèrent de leur côté qu'ils
possédaient sainte Marie Madeleine : la chose était reconnue dès
le 27 avril 1050 K Mais il fallait expliquer comment ils avaient
acquis des reliques aussi vénérables. L'Orient jusqu'alors en
revendiquait la possession : en effet, elles avaient été transférées
d'Ephèse à Constantinople en 899 par l'empereur Léon VI, en
même temps que celles de son frère Lazare amenées de Larnaca
en Chypre 2. Les moines de Vézelay n'ignoraient pas cette double
translation assez gênante, mais ils se prévalurent de l'ignorance
du public de leur pays assez naturelle sur ce point. L'alternative
extrême qui s'offrait à eux était de prétendre qu'ils étaient aller
chercher le corps de la sainte en Orient, ou bien que Marie-
Madeleine était venue tout exprès de Palestine en Gaule pour
mourir à Vézelay. L'un et l'autre leur parut excessif. Réflexion
faite, ils s'arrêtèrent à un mpyen terme moins compromettant en
créant une tierce station sur la route intermédiaire ou en l'uti-
lisant : ils se bornèrent à assurer que la sainte avait fait presque
tout le chemin, jusqu'à Saint-Maximin en Provence où elle était
morte, et qu'eux-mêmes avaient pu en faire opérer la translation
de Provence à Vézelay, sous le roi Carloman et du temps de
l'évêque d'Autun Augier. Qu'on veuille bien se rappeler ici que
Carloman a régné de 879 à 884, que le pontife en question, sacré
en 875, est mort en 893 ^ : à quinze ans près, cette prétendue
translation coïncide avec la translation réelle d'Ephèse à Cons-
tantinople. Evidemment, elle était calquée sur elle de manière
à paraître quelque peu antérieure et, par conséquent, préférable.
Cannai le 15 août H22 (Albanès, GalL Christ, novûsima.' Marseille, n« 139,
col. 64-65).
1. Duchesne, t. I, p. 317. Ajouter le privilège d'Etienne IX pour Cluny
du 6 mars 1058 : « Abbatiam Viziliacensem ubi sancta Maria Magdalene
requiescit tibi conccdimus in possidendum.» (Pa/r. /a/., 1. 143, col. 883; JafTo,
2« édition, n<» 4385).
2. Duchesne, t. I, pp. 314-315 et note 1.
3. Duchesne, t. II, p. 182.
40 LA PHOVKNf:K DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
Les chanoines d'Autun étaient sans doute heureux de voir Made-
hûne dans leur diocèse ; mais ils eussent préféré la montrer chez
eux plutôt (jue d'aller en pèlerinape k Tabbaye où on prétendait
Ta voir. N'a vaut pas Madeleine que Ton confondait avec Marie de
Bélhanie, réjçlise cathédrale ne pouvait moins faire que d'avoir le
frère de celle-ci, c'est-k-dire Lazare. Par un heureux concours de
circonstances, cette égalise était dédiée à saint Nazaire. C'était
presque une homonymie : il était tout indiqué d'établir une confu-
sion ou tout au moins un rapprochement entre les deux bienheu-
reux. L'église, ayant été rebâtie, fut consacrée par Innocent II en
113! : finalement en Hi7, le 13 des calendes de novembre ^ le
corps d'un évé([ue d'Autun fut découvert et il servit à faire l'in-
vention dos reliques de saint Lazare, le patron ambitionné. I^s
chanoines d'Autun ne se souciaient guère du corps de Lazare
transféré de Larnaca à Constantinople en 899; pour finir, avant
H 90, les pens d'Avallon produisirent le leur, soi-disant transféré
de Marseille à A vallon par le duc de Lyonnais Girard (853, -J- 873)
et dont quelque chose subsistait à Marseille, en 1190, selon
Ilicahrd Fitz Neal '. Le ressuscité avait donc désormais quatre
squelettes bien complets et bien distincts qui s'offraient à la
vénération. En 1482, on dira à Autun que le corps de saint l^zare
avait été apporté de Marseille par l'évèque Girard (968-976) et
que les Provençaux en avaient conservé seulement la mâchoire '\
Il fallait une compensation à la Provence. Le sanctuaire de Made-
leine à Vézelay ayant réussi à s'imposer, les Provençaux eurent
connaissance des légendes bourguignonnes qui les concernaient.
Puisqu'on leur adirmait que Madeleine était venue mourir chez
eux et que son corps était resté parmi eux j usqu'à la fin du ix*^ siècle,
ils devaient forcément regretter que des Bourguignons le leur
1. Alhanès, Gall. Chrisf. norm., Marsoillo, col. T»-*), n° 4.
2. ILid., col. 0, II» :. ; Mon, (lerm. hinl. Script., t. XXVll, p. 115.
3. [Faillon', Monii monts inâdits sur Tapontolnt de sainte Marie-Madeieine
en Provenait. II, tHiS, col. 1201-1292. n« 230 ; Ilist. de l'éf/lise d Autun
Aului), Dojussieu, 1771, pp. 88-00.
LA PROVENCE FRANQUE ET SES .PATRICÊS 41
eussent enlevé K En 1190, ils croyaient encore à cet enlèvement.
Guy de Bazoches, chantre de Châlons, passant à cette date par
Marseille, déclare que les corps de Lazare et de Madeleine sa
sœur avaient été transportés à Avallon par le duc Girard ^. Peu
à peu, les Provençaux furent d'accord pour dire qu'ils possédaient
toujours la sainte; enfin, le 9 décembre 1279, l'invention du corps
de Madeleine fut faite à Saint-Maximin. Des squelettes, on en
trouve toujours : cependant il manquait une jambe à celui-ci ^. Pris
d'inquiétude devant la concurrence qui s*éveillait, les gens de
Vézelay avaient fouillé de leur côté en 1265; leur squelette à eux,
authentiqué par un pseudo-mandement de Charles le Chauve du
style le plus extraordinaire, était accompagné de cheveux de
femme et cela, pensaient-ils, devait lever tous les doutes en leur
faveur. Cependant le cardinal-légat, qui, en 1267, assista à la
translation solennelle de cette Madeleine de Vézelay, était devenu
pape, sous le nom de Martin IV. Le 24 septembre 1281, il donna
nettement tort aux Provençaux en approuvant le culte de
Vézelay *. Son successeur, Boniface VIII, par une attitude con-
traire, prit ouvertement parti en faveur des Provençaux. Pen-
dant près de cent cinquante ans, les papes avaient reconnu
Madeleine à Vézelay ; désormais ils la reconnaîtront à la
Sainte-Baume. L'influence politique des Angevins explique
ce changement favorable à la Provence, comme l'influence
de Cluny, jadis plus puissante, avait favorisé Vézelay. Le
11 juin 1281, trois mois avant la décision défavorable de
Martin IV, le prince de Salerne, à Aix, montrait le cr^^ne de
Madeleine et sa mâchoire aux archevêques d'Arles, d'Aix et
1. Dès la seconde moitié du xi« siècle, il existe dans Avig^non une église
dédiée à sainte Marie-Madeleine : on ne peut dire si clic fut élevée avant
ou après la propagation des légendes de Vézelay.
2. « Sanctus Lazarus primus Massîlicnsium episcopus est cfTectus. Scd,
post longa temporum spacin cum gloriosa sororc Maria per prefatum Rur-
gundie principcm Gerardum apud Avalonem caslrum suuni est indc
transvectus. » (Neues Archiv^ XVI, 104).
3. Duchesne, 1. 1, p. 333.
4. Faillon, t. II, col. 7C1-764, n» 63.
42 LA PROVENCE DU PKEMIER AU XII* SIÈCLE
d'Embrun *. En avril 129?}, après la mort de Martin IV, il se con-
tenta de porterie crâne à Boniface VIII, i>our gagner celui-ci à sa
cause : le pape (^aetani s'empressa de prévenir le prince qu'on gar-
dait au Latran, non pas la jamhe qui manquait, mais la mâchoire
de Madeleine. Au témoignage de Philippe de Cabassole, il la lui
oITrit et elle s'adapta fort bien '. A partir de ce moment, personne
ne parle plus de la mâchoire provençale trouvée en 1279 el
montrée en 1281. Si cette mâchoire du Latran avait été apportée
de Vézelay par Martin IV, il faut avouer que l'aventure est plai-
sante. Elle pourrait provenir d'ailleurs encore : c'est ainsi qu'on
prétendait, dans un monastère de Chàlons, conserver la langue
de Madeleine dans un excellent état de conservation •*. Les Pro-
vençaux avançaient que le corps avait été transféré d'un sarco-
phage pn»cieux dans un autre plus ordinaire de la même crypte,
par crainte des Sarrasins, sous le roi Eudes. Le procès-verbal,
retrouvé le 9 décembre 1279, mal lu ou incorrect, notait Tan-
née DCCX ^ et le (5 décembre, pour la date de cette translation
primitive. Il serait exact de dire, peut-être, que les arrangements
préparatoires et la rédaction de ce procès-verbal sur un parchemin
tombant de vétusté avaient été opérés trois jours et non pas cinq
siècles avant l'invention ménagée au prince de Salerne, c'est-à-dire
le 6 décembre 1279 et non pas le (î décembre 710. En Provence,
l'évocation des Sarrasins s'imposait ; mais celle du roi Eudes
1. " Nïjvrrilis «nuxl... ipso princops nobis osltMidil... caput hoato MariîP
M.i^'clalciiîi' cuiu iiuMilo sou niaixlibula inforiori ab invicem separata... »
. Kaiilon, t. Il, roi. HCh'î-HOC», n" 8;i». La note a (\o la col. KOi rend bien compte
(le I ombarras où ce loxlc clair met réditour.
2. « Hc\... Hoiiiaiii vcuit... cum.. occurrcivl... ut ivx caput tune scriniis
pr>ijlifox tnandibnlatii in LaU»ranonsi sacrario se liaborc suis semionibus
aniniianMit... addilur (b'nuim iiiandibula conformis capiti.... ipsani voro
ni;mdil)ulain... Houifacius rc«;i suscipiouti hilariltM' ol dcvote liberaiilor
coiihilit. Kl ipso... uioiijistcrio monialium de Prnlbano cam... assif^navil ••
(//>/>/., t. Il, col. 7<U :o'n.
.'<. «' Ac si luinca vivcnl(M»xtracta ». iJ. Foirandi, Disquisitio reliquinrin,
p. IW.)
i. Il faut rcstilu<»r cvidomnionl DCCCXC ou quelque cbose d'appro-
cbanl ; les Sarrasins et Kudos réunis y obligent.
LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICES 43
révèle une main proprement angevine. Ce procès- verbal de 710
vaut le certificat de Charles le Chauve, trouvé à Vézelay. Le
S mai 1280, jour fixé pour l'élévation du corps, on mit au jour
un second authentique moins compromettant mais plus vague.
Celui-ci peut se comparer, comme valeur, à Tépitaphe sculptée,
disait-on, de la main même de saint Pierre sur la tombe de sa
fille Pétronille *. On sait que le roi Eudes a régné, non pas en
Provence, mais en France, de 888 à 898. Comment ne pas
noter que cette pseudo-translation est ainsi reportée exactement
à la même époque que la pseudo-translation de Marseille à
Avallon, que la pseudo-translation de Saint-Max imin à Vézelay
et que la translation authentique d'Ephèsc à Constantinople;
le synchronisme de ces quatre translations est criant. Les gens
de Vézelay au xi® siècle prétendaient déjà que la translation
orientale n'était pas authentique, puisque la leur, qui naturellement
était la bonne, avait eu lieu au même moment et même un peu
plus tôt, sous Tévêque d'Autun Augier. Au xu* siècle, les
gens d'Avallon confondent Vézelay par le même procédé en
disant que la translation avait été faite de Marseille chez eux
encore un peu plus tôt par le duc Girard. Au xni® siècle main-
tenant, ce sont les Provençaux qui rétorquent l'argument de
Vézelay et d' Avallon en affirmante leur tour que les translations
à Vézelay et à Avallon sont un mythe pour la raison péremptoire
que leurs ancêtres, au moment où elles auraient eu lieu,
avaient soustrait la sainte aux Sarrasins. Sur Léon VI, s'étaient
greffés l'un après l'autre, Carloman, Girard et Eudes. A malin,
malin et demi.
Ces déformations successives et semblables permettent à
elles seules de rétablir la vérité. Selon le proverbe italien, le
bugie hanno le gatnbe cor te. Quatre translations simultanées
du même corps auraient donc eu lieu : d'Ephèse à Constantinople
1. « Corpus S. Petronillae Petri apostoli filiae... in cujiis marmoreo sar-
cophage ipsius apostoli Petri manu scuiptum legebatur : AVRE^'E PETRO-
NILLAE DILECTISSIMAE FILIAE « (J. Ferrandi,/)w7UMi7io reliquiaria,
p. 205, d'après Sigebert, Chron., 767).
4i I*A PUOVKNCK Dr PREMIKU AT Xll** SIÈCLE
Kolis I/»on VI, de SainUMaximin à Vézelay sous Carloman, de
Marseille h Avallon par Girard, à Siiint-Maximin même d un
sarcophage dans l'autre sous Eudes. Cest trop de trois : une
si»ule est possible. Or, celle d'Hphèse est mentionnée immédia-
tement, dès le x** siècle; celle de Vézelay ne Test pas avant la
seconde moitié du xr siècle ; celle d'A vallon ne Test pas avant la
(in du xii** siècle, celle de Saint-Maximin ne Test pas avant le
9 décembre 1279. La conclusion s'impose : seule, celle de Léon VI
est acceptable. Quant aux j^ens de Vézelay, au xi* siècle ils connais-
saient forcément cette translation authentique, puisqu'ils la visent
sans la nommer. De même, ceux d'Avallon au xu*" siècle et de
même ceux de Saint-Maximin en 1279 connaissaient la pseudo-
translation de Vézelay. Donc, ni les uns ni les autres n'étaient
sincères en calquant une nouvelle translation supposée sur la
précédente.
Jus(|u\'i présent, on n'a pas trouvé trace de l'Auvergne en
tout cela ; mais l'invention de 1279 fait noter la présence dans la
crypte d<î Saint-Maximin du corps de saint Sidoine. Son sarcophage
serait devenu celui de Madeleine lors de la pseudo-translation pro-
vençale du IX** siècle. Du moment où on a cru en Provence que
Madeleine avait vécu ii la Sainte-Baume et qu'elle était inhumée
<lans la crypte des saints Maximin et Sidoine, il avait paru tout
naturel de reconnaître en Maximin, titulaire du lieu, le premier
évérjuedu diocèse où se trouvait cette crypte et le compagnon de
Madeleine. Par suite, Sidoine, identitîé avec l'aveugle-nédès 1190,
était devenu, non moins naturellement, le successeur de Maxi-
min et h» deuxième évé([ue du même diocèse. C'est ainsi que
Lazare, enseveli à Marseille, avait été pris pour le premier évêque
de c<*tte cité, du moment où on l'avait identifié avec le res-
suscîité.
I*'n réalité, saint Sidoine était titulaire de plusieurs églises en
Provence dès le xi'* siècle tout au moins. La première est, au
diocèse de Toiilou, à peu de dislance de celui d'Aix. Elle est
placée dans la viguerie d'Hyères, mais dans une localité limi-
tr(»phe de la viguerie ai.xoise de Hrignoles, et elle paraît par un
LA PROVENCK FRANOL'K ET SES PATRICES 43
acte de donation daté de 1060 '. Cest Téglise Saint-Sidoine du
Puget dont une partie est alors donnée à Saint- Victor. La
deuxième se trouvait sous le château de Barayol, dans le Val, à la
limite du diocèse de Fréjus vers celui d'Aix et à la limite de la
viguerie de Brignoles vers celle, bourguignonne, de Barjols. Elle
était dédiée en Thonneur de N.-D., de Saint-Jean-Baptiste et de
rÉvangéliste, de saint Etienne, premier martyr du Christ, et
de saint Sidoine. Rebâtie par Balde,elle fut consacrée le 10 janvier
1068/9 parGuillaume, évêquede Carpentras, et Guillaume, évêque
de Toulon, au nom de Rostang, archevêque d'Aix 2. Enfin, Téglise
de Saint-Maximin possédant deux autels secondaires, le premier
était consacré à saint Michel, le second, c'est-à-dire probablement
celui qui se trouvait du côté de Tépître, à saint Sidoine ^. Pierre,
archevêque d'Aix, donna cette église à saint-Victor, le 5 juillet
1093. Saint-Maximin se trouvait, on le sait, dans le diocèse d'Aix
et dans la viguerie de ce nom, aux confins de la viguerie bour-
guignonne de Barjols. Cette dédicace d'un autel secondaire à
Sidoine est vraisemblablement la raison pour laquelle, en 1279,
1 . 1060. « dono... partemmcam... in VI ecclesiis...hocest : in ccclesiasancte
Marie de Descensa et in sancto Sidonio et sancto Laurentio et sancto Mar-
tino ad Gateiras et sancto Johanne... que omnessuut in territoriode Poieto
et de Pelrafoco... et in sancta Maria de Colobreria... » {Cart, de Saint-Vic-
tor, t. I, p. 473, n« 470; cf. t. II, p. 923). Ce sont les églises N.-D. (com-
mune deCarnoules ?), Saint-Sidoine (commune du Puget?), Saint-Laurent
(commune Cuers;, Saint-Martin ^commune Cuers:, Saint-Jean (commune
Pierrefcu), N.-D. commune Collobrières), Puget-Ville, caut. Cuers, arr.
Toulon, Var;Pierrcfeu,cant. Cuers.
2. iOjanv. 1068.9, ind 6. «Devotadei famula, nomine Balda...rehediûca-
vit ecciesiam in comitatu Aijuensi, sub castello... ParacoUus... conditam
in honorem Dei genitricis Marie vel S. Joannis Baptiste sive Evange-
liste necnon et S. Stephani prolliomartyris Christi atque sancti Sydonii...»
(Chantelou, Hist. de Montmajour. — JRev. hist, de Provence, l""* année,
pp. 187-188). Barayol est sur le terroir de Carcès, au diocèse de Fréjus et
dans la viguerie de Brignoles. Le Val (cant. et arr. Brignoles, Var), au
diocèse d'Aix, dépendait de Barayol.
3. 5 juillet 1093. « Item ecciesiam sancti Maximini cum altaribus sancti
Micahelis et sancti Sedonii... in terrilorio castri Rodanis, in loco qui voca-
tur Vallis sancti Maximini... » {Cari, de Saint-Victor, t. I, p. 247, n« 222).
Sainl-Maximio, arr. Brignoles, Var.
46 LA PHOVKNCE Dt PREMIER AL' XIl^ SIÈCLE
on voulut reconnaître son corps dans un des sarcophages de la
crypte; car, à celui de saint Michel il fallait bien renoncer. Si
on voulait trouver le corps d'un saint dans toutes les églises
qui lui sont consacrées, la multiplication serait un peu forte. On
le fit pour saint Sidoine à Saint-Maximin en 1279, parce quil
était titulaire d'un autel secondaire ; on aurait pu le faire aussi
au Val et encore mieux au Puget où il figurait comme seul patron
de Téglise *. Dom Germain Morin a démontré que ce saint
Sidoine, honoré ainsi dans les diocèses d'Aix et de Toulon,
n'est autre que Sidoine Apollinaire, devenu évoque d'Auvergne
vers 470 après avoir été préfet de Rome et patrice en 468 *-.
L'identification s'impose absolument : le Propre du diocèse d'Aix
et Tabbé Albanès sont témoins que la fête du Sidoine dWix se
célèbre le 23 du mois d'août •*. Or, Sidoine Apollinaire est mort
le 21 août 479, date fournie par son épitaphe. Son anniversaire,
qui correspond sans doute à la date de son inhumation, est fêté
le 2*1 août dans le martyrologe hiéronymien *.
Tout cela se corrobore du fait important que, parmi les
cinq églises élevées sur le plateau du Vernègues ou dans le
terroir (jui en dépendait, la plus ancienne ou la plus importante
après celle de N.-D. était celle dont il reste encore un tas de
pierres appelé la chapelle de Saint-Sens. Saens, ou Sens, est
une forme dérivée de Sidonius. Au xi** siècle, on avait déjà
1. Dès lo (U'hul (lu ix»* siècle, lo pouillè de révèché de Marseille, rédigé
en Hi:< et 81i, penntH de relever le nom de Sidonius porté par deux hommes
et celui de Sidnnia par deux femmes, soit un colon h Lambesc dans le dio-
crse d .\ix,une femme à ("Jiaudoldans le diocèse de Digne et les deux autres
dans le diocèse de Fréjus à Sillans [Cart. de Saint-Victor, t. II, pp. 634,647,
o:i4).
2. Duchesne, t. 11, p. 3k
3. 23 aoiil : « Sidonii arcliiepiscopi Acpiensis duplex majus {Officia propria
ecclesie et dicrcesis A(piensis... Acjuis Sexliis, apud loannem Tholosanum
et Steplianum David MDCXXVIl ; voir celle mention au Calendarium en lête
et l'oirice, p. 85 89;. Cf. Albanès, Gnllia Christiana novissima, t. I, Aix,
col.Sr». Montbéliard, 189">.
't. «XI. KL. Sept... AHvi:nMjs Sci Sidonii q)i... » (loh. Bapl. de Rossi et
Ludov. Duchesne, Mnrtyroloyium hierunymiannm,\). 'lO^J: Cod,Bern,), Cf.
Duchesne, t. II, pp. 34-3:>.
LA PROVENCE FKANQUE ET SES PATHICES 47
oublié quel était le patron rcel de cette chapelle, puisque le
rédacteur arlésien d'un acte du xr siècle est réduit à en calquer
le nom latin sur la forme vulgaire courante et Tattribue à un
pseudo-martyr, saint Sinnius *, par analogie probablement avec
les Sisinnius cités hors des Gaules par le martyrologe hiérony-
mien. Les tombes assez nombreuses creusées sur le plateau supé-
rieur et recouvertes de dalles peuvent être de 1 époque franque.
La constatation qui s'impose est que le culte auvergnat de
Sidoine fut transporté en Provence antérieurement au xi® siècle.
Ce culte se rencontrant aux frontières sud-est du diocèse d'Aix
et dans le poste auvergnat du Vernègues, poste placé entre les
diocèses d'Avignon, d'Aix et d'Arles, il est tout indiqué que le
transport de ce culte se soit fait dans la Provence austrasienne,
pour protéger ses frontières, quand elle se trouvait sous l'in-
fluence de l'Auvergne. Certes, les patrices austrasiens ne prove-
naient pas tous d'Auvergne et ces grands personnages ne
devaient pas tous s'intéresser personnellement à la diffusion du
culte des saints. Mais cette probabilité même sert à préciser
les choses : parmi les patrices de la Provence austrasienne, il y
en a eu au moins un d'origine auvergnate incontestable, c'est le
patrice Bonnet. Saint Prix, évêque d'Auvergne, ayant été assas-
siné le 25 janvier 676, en représailles de la mort du patrice Hector,
ce fut Avitus, 2« du nom, frère de Bonnet, qui fut élu pour lui suc-
céder sur le siège pontifical. De son côté, Bonnet, que le roi avait
auprès de lui comme grand échanson, puis comme référendaire, ne
tarda pas à être envoyé en Provence comme patrice. Ce Bonnetétait
lui-même un homme pieux. En effet, Avit étant mort en 691 après
avoir fondé à Volvic un monastère sur le tombeau de saint Prix,
ce fut lui qui, renonçant au monde, devint k son tour évêque
1. Reynaud, Le Vernègues et la chapelle de Saini-Césaire (Congrès archéo-
logique de France, XLIIl* session : Arles. Tours, P. Bousercz, 1877,
pp. 657-671, notamment p. 658, et pièce n<» III, aux pp. 670-671). 11 existe
encore une chapelle Saint-Sidoine à rextrémité du diocèse de Vaison, dans
la commune de Beaumont sur le Venloux : on ignore à quelle date elle
remonte.
iS LA PHOVKM'.i: hl' PKKMIKK Al' \ir SlKi.I.E
d'Auvergne en remplacement de son frère. Qui plus est, ce ne
fut pas un évêque <le relij^ion médiocre: car, ayant abandonné
Tépiscopat vers 700 et ay.nnt quitté TAuver^ne, il mourut à
Lyon et se trouve vénéré comme saint le 15 janvier *. Que ce
hienheureux se soit occupé, quand il était patrice de la Provence
«justrasienne, d'y introduire le culte de saint Sidoine Apollinaire,
le fameux évêtjue d\\uver*^ne, ce fait parait bien probable.
delà nt? veut pas dire qu'il y «lit opéré la translation de son
corps. A cetle épcKjue. en Occident, on vénérait encore les saints
au point (|u'on n'osait guère toucher à leurs ossements. Le
siège apostoli([ue maintenait ce respect avec force contre les
demandes indiscrètes des barbares et des princes orientaux '-. Ce
n'était pas en Provence et en Auvergne, où l'empreinte romaine
subsistait le plus fortement, <{u*on aurait tenté d'y contrevenir.
Si l'on laisse de côté les trans|>orts ordonnés chez eux par les
Mtîrovingiens con(|uérants et quelques tentatives isolées ^, c'est
\. l)iir!i(*siie, l. Il, pp. 37-38; Acta Sanctorum Januarii, {.II, pp. 351-352.
'Z. I.irUnr (lu p.'ipr sjiinl Gréj^oire : •• Coj?nosoal tranciuillissima domina
(pii.'i Hoin.'iiiis coiisurhido non est, (piando sanctorum reliquias dant ut
(piid<piiiin t:iiij;eiv pr;i^>nin:int de corpore; sed tantummodo, in pyxide
\n.twU'\\m iiiiltilur atipir ad sacratissinia corpora |)unitur. Quod levatum in
e<r|i«si;i ipi;i' *'sl d«'di(*anda del>ita cum vtMieratione reconditur et tanta^
prr lior ibidem virlules iînnt acsi ilhie specialiter eorum corpora dcferan-
tiir in Hoin.iiiis nauKpie vel totius Occi<lontis omnino intolorabile est
:ilipicsa(:rilc;riiin si siinclorum corpora tanj^ere quisquam forlasse pra'sumat
rpiod, si |>r:f'sumpsrrit.r(*rtuni est (piia !ia*c temeritas impunita nullomodo
n'iii;iiii'l»if " .loaiinis Kerrandi Anioiensis e Sot-ietate Jesu theologi, />wc/ui-
#f/7/o rrliffiiîurt.i siif tic siisj)irit*n(Iaot susprctn eururudem nument reliquin"
nnn i/u:r in tliiwrsis rrrh'siis se/'rantur rnulfitiniine nitnc primùm prodit,
l.ii^duiii, siiinplilms Laurcntii Anisson el Soc. MDCXLVII, pp. 127, 128;.
3. (irr^'oirr de Tours cite une femme do Maurienne qui voulut se pro-
euM'i* une pîirlie du corps <le saint Jt»an (//m/., p. 2î»2}. Au sépulcre du
s.iinl, on lui dit«pnM'ela était impossible. Au bout d'une semaine de prières
obslini-es, un dui^'t se présenta à elle sur l'autel par miracle. Avec une
lui t«Hicli;intr, elle l'emporta en Maurienne dans une lioîle d'or. Trois
•'•\i'wjiii«s voisins v<Mdanl se le parlaj;er ne purent y réussir. Par un nou-
\e;in miracle, ils en obtinrent chacun une «goutte de sang. Enfin, ayant
voulu eidrvcr b* doi;;! i\ la Maurienne pour le porter à Turin dont cetle
valb'-r drpi'ndjiil. l'arcliidisicre de Turin eut à peine porté la maio sur le
nliïjuaire d(U' «pi'il Tut saisi de la lièvre et expim, de sorte que personne
LA PROVEKCK FHANQLK ET SES PATRICES 49
seulement à Tépoque de Texpansion carolingienne en Italie que
Home fléchit devant les désirs de ses nouveaux maîtres*. Les
pays qui avaient trop de saints en donnèrent systématiquement à
ceux qui, jusqu'alors, nen avait pas eu assez.
Au vr siècle, puisqu'on n osait pas toucher aux corps saints,
à plus forte raison aurait-on répugné ii les dépecer. Quand on
voulait dédier un autel, le propriétaire de Téglise nouvellement
construite s'adressait au pape pour qu'il enjoignît à Tordinaire
de lui procurer des reliques du saint en l'honneur de qui
l'autel devait être dédié ^. Mais, certainement, ces reliquiœ ou
n'osa plus y toucher (M^t Alexis h'iWiei^ Méinoires mir lespremiers évéques
du (Jior. (le M.utrionne, pp. 6 -7 ; Greg.Tur., De Gloria Martyr,, lib. l,cap.XIV).
i. «< Ex eo tempore quo Franci Longobardosbello victos ox Italia deiecc-
ninl. cff'pit introduci mos ut ctiam per occidentom ossa et corjwra marty-
rum Iransferrentur aliù »» ^J. Forrandi,p. 213; cf. Azor, Inst. inor., l.I, 1. 9,
c. 8. (j. Il, Romw, 1000;.
2. u Domino sanctoct hcatissimo i)atri patrum ill. pape ill.famulus ves-
ler... Ad augmentum... in predio... juris mei basilicam snmpto proprio me
suggeix) construxisse (juam in honore sanclonim ill. et ill. marlyrum desi-
dero consecrari... Quapropler queso aposlolatnm vestrum ul, dalis precep-
ionibus vestris ad ill. virnm venerabilem civilalis ill. anlislitem qualenus
su[)ramemoratam basilicam debeat... consecrare... Pari prece deposco ul,
datis aflatibus veslris ad ill. virum venei*abilem ill. civilatis episcopum
((uatenus possit mihi reli(piias supramemoratorum sanclorum solemniler
conlradere... (Th. K. ab Sickel, Liher diurnus romanorum pontifie uni...
Vindolionro, apud C. Geroldifdium, 4889, pp. 9-10, n^ X. Pelilio dedica-
tionis oratorii). — Par la formule XI, liesponsuin oraturii dedieandi, le
pa|>c donne ses instructions à révtMjue du diocèse pour dédier la basilique
dont il s'agit. Il termine en disant :u sanctuaria vero suscepla sui cum reve-
rentia collocabis » (iTxV/., pp. 10-11, n« XI}. — La formule XII, Hesponsuni
de speranda sanctuaria, est celle [)ar la(|uelle le pape s'adresse à révêïjue
dans le diocèse duquel se trouvent les tombeaux dont le constructeur a
demandé des reliques : « 111. sanctuaria beati ill. oblata petilione sibi pos-
tulat debere concedi qualenus in ejus nomine basilicam propriis constructam
sumptibus possit sollemniter consecrari et ideo fraler karissime — te...
convenil obœdirc >» [Ihid., p. 11, n" XII). — La formule, XIII, De dandis
sanetuariiSy a pour objet de faire déposer sous Taulel de la basili(pie les
reliques reçues : «..in oratorio ab ill. constnicto quod... in honore beato-
rum ill. et ill. dicitur consecratum, beati marlyris ill. accepta sanctuaria
dilectio tua... constituât »> (//>!>/., p. 41, n*> XIII). — La formule XIV, De
danda bénéficia sancti anf/eli, prévoit le cas d'un autel dédié à l'archange .
.« ill. ut bénéficia beati archangeli oblata petilione sibi postulat debere con-
Mém. et Doc. de VÉcole des Chartes. — VIL i
no LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
sancfunrin cfun saint ne doivent pas être confondues avec son
corps. Les formules offîeielles du Liber Diurnus ne laissent
aucun douti» à cet éfi^ard. C'étaient, le plus souvent, des frag-
UK'nls d'élolTes de prix <|u'on faisait venir du pays où le corps
du saint reposait réellement. Ces étoffes, ou objets analo<^ues,
avaient et»» placées pendant quelque temps au-dessus de son tom-
beau et cette proximité momentanée suffisait pour leur com-
muni(|uer toutes les vertus que le corps lui-même était capable
d(» posséder. Quand Tautel devait être dédié à un saint ange,
l'absence forcée de corps ne parait pas avoir modifié essentiel-
lement la procédure : ne pouvant avoir de reliques proprement
dites, on se procurait par analogie des bénéficia qui rappelaient
Tesprit céleste. Dès ((ue ces reliquiœ ou ces bénéficia étaient en
la possession du propriétaire de Téglise nouvelle, l'évêque du
diocés(», en qualité de inandaUûre du pape, se trouvait tenu de
It's déposer sous Tautel et de consacrer Téglise. Maintenant,
dans les cas exceptionnels où un corps saint se révélait en quel-
(pi(» pays, on bâtissait une église et on y élevait un autel pour
le recevoir. Mais alors il va de soi c|ue les reliqiiiœ ne sont
plus en (|uestion et la formule parle nettement du corpus. De
plus, dans ce cas, la disposition matérielle de Tautel se com-
cfdi, <|u.'iUmuis in ojus iiominc oralorium...i)ossiL..consocrari. Et ideo, fra-
t(»r karissimc...t(»...c()nvonil olxvdirc [îbid., p. 12, n<» XIV). — I^ formule
XXn, Itt'in ri'sin)nsuni, précise co (juo sont lessanciuaria des apôtres: « basi-
licain «piaiii diU'clio lua in honore boalonun aposlolorum ill. et ill. nupor
fahricasstM'oniMUMnorat faiMiltattMn trihuimusdedicandi...in qua etiam bene-
diclioncni de sanchiariis aposloliois, id est palliola dooorum confessionibus
piovi<linms collocand.i... .. ihùl.,\). !(>, n" XXII). — La formule XXVI, De
n'ntfnh'fultt t'itrpnro sanrtorum, iv^^lo (Milin le cas oxcoplionnel où il s'apil
d'une basili(pie «pii conlien<lra un corps saint récemment trouvé dans les
envin)ns. Le Li/n'r diurmiH ne prévoit pas cpie ce cas puisse se produire
pour un sin)()lc particulier ; sa formule s'adresse en effet à un prince :
«III. lilius n»)sliM-... iudicavil in partibus ill. corpus beati ill. noviter fuisse
reperlum el ill. «^loriosus ;>^tMHtor ejus in basilicam cpiam noviter edificavit
eundeni corpus sl.iluit c;)llocanduni petiitcpio ut eadem ecclesia sollem-
nil(îr (lel)(»al consecrari. Idcocpie, fraler karissime, si... nuUum... corpus
ibidem constat bumaluni... eandem eccle>iam, convocatis aliis... coepisco-
|>is nostris tibi vicinantibusslude sollemnitcr dedicare... »> {Ibid., pp. 18-19,
n" XXVI .
LA PROVENCE KHANQUE ET SES PATRICE8 51
plique de la construction du tombeau. Le corps est placé dans
une crypte souterraine et close qui le protège réellement contre
toute approche indiscrète. L'autel est disposé dans Téglise
ouverte, exactement au-dessus du sarcophage inaccessible où
repose le corps. La crypte, ainsi mise à Tabri, communique verti-
calement avec une chambre, ménagée sur le sol de l'église et
sous Tautel, par un petit puits à ouverture circulaire dénommé
umbilicus qui y débouche au niveau du sol. Une fois par an, on
ouvrait l'orifice de ce puits et Tofficiant y plaçait un encensoir
dont les charbons ardents faisaient fumer lencens ; cet encensoir
y restait jusqu'à Tannée suivante. Non loin de l'orifice de cet
ombilic et à son niveau, dès le iv* siècle, on avait pris l'habitude
de creuser dans la dalle horizontale du sol une niche rectangu-
laire. Cette niche communiquait indirectement, par-dessous,
avec le puits; mais elle en était séparée par une grille ou cataracta
et elle servait à recevoir les étoffes ou objets destinés à être dis-
tribués plus tard comme reliques du saint. Ce dispositif de l'om-
bilic dans la dalle subsiste encore maintenant à Rome dans les
basiliques patriarcales de Saint-Pierre et de Saint-Paul où il
remonte au début du iv® siècle : au lieu d'une seule cataracta^ ces
tombes illustres en supportent deux, qui durent y être creusées
après coup, dans le courant du iv*" siècle, et c'était une grande
faveur que de recevoir des reliques provenant de la grille la plus
rapprochée de l'ombilic *. Ce dispositif s'est retrouvé en 1873
dans l'église romaine des Saints-Apôtres, à l'autel des apôtres
Philippe et Jacques (361-574) : il existait également à Rome
dans l'église des Saints-Côme-et-Damien (326-530). A Ra venue,
des autels, qui remontent au même siècle, offrent la même
disposition; notamment, celui de saint AppoUinaire in classe.
Entre 1087 et 1089, se construit encore ainsi le tombeau de
I. H. Grisar, Le tombe aposloliche al Vaticaiio ed alla via Ostiensc
{Analecla roniana, dissertnzioni, testi, monumenti delV nrle rujunrdanli
principalmenie la storia di lionia e dei papi nel medio pvo. Volume
primo, Roma, Desclée Lefobvre e C', 1899, n« VI, pp. 259-306, e tav.
VII, VIII}.
.■>2 LA PBOVENŒ DL' PREMIER Ai: XII* SIÈCLE
saint Nicolas, à Hari. Le puits et la prille placés sous Tautel
étaient eux-mêmes protéjcés contre un accès trop facile. A cet
elîet, l'autel formait la table suj>érieure d'une arca, ou chambre
vide, dont les quatre parois se composaient de dalles verticales
et dont la base coïncidait avec la dalle du sol percée par Torifice
du puits. 1/ensemble de la chambre pouvait également se trou-
ver taillé dans un monolithe. A la paroi antérieure et verticale,
cm se bornait à ménager une ouverture assez étroite et à ferme-
ture mobile, par où les lldèles pouvaient prier en apercevant
Torifice du puits dans Tintérieur de la chambre *. Si l'autel ne
recouvrîiit qu'un cénotaphe, c'est-à-dire un simulacre de tombeau
où se trouvaient, à défaut du corps, déposées de simples reliques,
la crypte et le puits devenaient inutiles. On se bornait à déposer
dans VarcH, sous l'autel, les linges qui étaient les reli(|ues du
saint, ou bien encort» les Jtoneficia de l'ange. Ces reliques possé-
daient, sel(»n la doctrine de l'Église, les mêmes vertus que le
corps : quelquefois même, elles valaient davantage. On prati-
(juait donc une fc nos foll a pour pouvoir prier en leur présence.
Les textes font connaître deux exemples certains de cette
coutume.
Le corps de saint Klienne était enseveli à Jérusalem; on en
tirait naturellement des rclif/uifc en grand nombre pour
suflire à son culte très répandu. Le H. P. Ferrand observe à
son sujet <|ue, si ce grand saint faisait d'innombrables miracles
dans les pays d'occident où se trouvaient de ses reliques,
jamais il n'en avait fait îi Jérusalem où cependant il était
enterré. Cela, sans doute, pour justilier la parole que personne
n'est prophète dans son propre pays -. Le R. P. Ferrand aurait
pu dire, avec autant de justesse, (jue les miracles du Christ suffi-
saient à Jérusalem. Il existait donc des reliques du premier mar-
tyr un peu partout; il y en avait dans les Gaules et en Italie,
1. II. (ii'isar, ÎI priinilivo allaro dolla rhiosa romana tlei santi (XHi
AposloH Annit'rfn, n» XIV. L\in:isliisis c /'.j/jo.s/o/c/o/i r/i /?oma, pp. 595-626,
ji <>, pp. Clîl-Jiif .
'2. J. Fcriaiuli, iJîsf/iiisiiiitn'lif/tiurin. p. k ÎN.
LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICKS 53
il y en avait dans Tîle de Minorque, il y en avait en Afrique.
La relique d'Ancône était particulièrement vénérable : c'était,
selon saint Augustin, Tune des pierres qui avaient servi à lapider
Etienne *. A propos des reliques d'Afrique, Augustin note que
les prières et les offrandes s'adressaient au saint per feneslellam
memoriœ ad inieriora loca sanctarum reliquiarum *. Ce texte est
aussi clair que possible, sachant le sens précis que le terme de
relif/uiœ possède -^ sens qu'il gardera encore à l'époque de
la rédaction du Liber Diurnus. En même temps que saint
Augustin ^, Evodius, un autre évêque d'Afrique, pjirle de la
vogue des reliques de saint Etienne'*. Or, saint Augustin, devenu
évêque de Bône en 395, est mort le 28 août 430 : quant à saint
Evodius, devenu évêque d'Uzal en 397, il est mort le 16 octobre
421. On sait que l'invention du corps de saint Etienne se fit
pour la première fois le 3 août 415 et qu'il fut transféré en 460''.
Ainsi, les écrits d'Augustin et d'Evodius relatifs à saint Etienne
se placent entre 415 et 424. A cette époque, il existait donc des
autels à fenestella sur de simples reliques.
Un siècle plus tard, en 519, on voit le futur empereur Justinien
demander au pape Hormisdas quelque parcelle du corps des saints
apôtres Pierre et Paul destinés à l'autel d'une basilique nouvelle
qu'il érigeait à Constantinople en leur honneur. Rome repousse,
bien entendu, sa demande ; mais elle lui concède des reliques, c'est-
à-dire des étoffes précieuses qui auront été déposées par grâce spé-
\, J. Ferrandi, p. 112; d'après saint Augustin, Serm, 32 de divers.
2. II. Griser, Analecta^ p. 273; d'après saint Augustin, De miraculis
S. Stephani, 1. 2, c. 12 (Migno, t. 41, p. 840).
3. « Plerumque, in ipsis quoque palrociniis martyrum sic esse sentimus
ut non tanta per corpora sua quanta hcMieficia per roliquias oslendant alque
iilic majora signa faciant, ubi minime por somelipsos jacent ? » [S. Greg.
magn., lib. 2; Dialog., c. 38 ; J. Ferrandi, p. 448).
4. J. Ferrandi, p. 313, d'après saint Augustin, Confcss.j lil). 9, cap. 7; De
civit.^ lib. 22, cap. 8; lAiW., pp. 488-t89, d'après saint Augustin, Serm. 29,
30, 31.
5. Ibid.^p. 155, d'après Evodius, De rnirac. S, Slephani^ lib. l,cap. 2.
6. Ul. Chevalier, Répertoire den sourcoa historiques du mogen-âge, Bio-
bibliographie, 1903-1904, col. 871, 14tl, 1375.
')i L\ PROVKNCE nr PRKMIKR Al* Xll*^ SIÈCLE
ciale, h celte intention, sur la {grille la plus rapprochée du puits
communiquant, sous lautel, avec la confession des deux saints ^
Lesreli(|ues envoyées et la basilique dédiée, on voit trente ans plus
tard, c'est-à-dire le 5 février î)')^, à propos d'une nouvelle affaire,
le pape Vigile parler de faire déposer à Tautel de cette basilique
byzantine et sur sa grille, comme à Tendroit le plus vénérable
de Constantinople, un écrit qui l'intéressait^. Il existait donc à
Hyzance sur le simulacre du tombeau des apôtres, exactement
comme à Home sur leur tombeau véritable, un autel surmontant
une chambre et, au fond de cette chand)re, c'est-à-dire au
niveau du sol, une niche grillée où se déposaient les objets à
sanctifier au contact des reli(|ues. Pour accéder à cette grille, il
fallait bien une fenestella à Hyzance aussi bien (|u'à Rome.
La conclusion est que, si, aux v** et vi'* siècles, la fenestella
implique forcément un autel surmontant des reliques, seul ïoni-
biliCy faisant communiquer une crypte avec la chambre deTautel,
suppose Texislence forcée du corps saint lui-même. La grille peut
exister avec de simples reliques comme avec le corps.
Ceci dit, on peut examiner ce qui subsiste à l'heure actuelle de
l'église primitive de Saint-Maximin. L'église basse est mainte-
nant surmontée d'un édifice rebAti à la fin du xui** siècle. On y a
conservé quatre sarco|)hages qui paraissent remonter au iv*
siècle et quatre dalles, de facture plus barbare, qui dénotent le
VI* siècle environ par leur style '^ L'inscription qui décore l'une
d'elles est manifestement en latin de basse époque. On peut penser
qu'une église a été bâtie vers le \i^ siècle dans cette localité et
qu'on y a utilisé, soit immédiatement, soit successivement quatre
sarcophages de l'école arlésienne déjà vieux de deux siècles.
Deux de ces sarcophages mesurent, l'un, 2 '" 50 *, et l'autre,
t. H. Grisar, Annlovtn, p. 271 ; d'après Kpiatl. letjaturum ad Hormisdam
papam (Mi^no, t. 03, col. 47 i.
2. Ihid., p. 28V; d'après Mij^ne, l. (><.), col. :»:», et JalTé, n«931.
3. L. ol Ph. Roslan, Mo/nimruts icninKjniphuiuoA de Véglise de Saint-
Mnximin ( Var) ; Monuments et sarrophnge^i de la eri/pte. Clialon-sur-Saône,
J. Dejussieu, 1862.
4. //>iV/., pp. 8-11, pi. IV, V et VI.
LA PROVENCE FRAXQUE ET SES PATRICES 55
2 mètres de long ^ Celui-ci est coiffé d'un couvercle légèrement
débordant, long de 2 "» 12, sur le milieu duquel est percée une
fenestella. Avec ce couvercle, le sarcophage mesure 1 ™ 28 de
haut. Le plus grand, dont la longueur est de 2 •" 50, a perdu son
couvercle : il est donc dinîcile de dire s'il avait jadis une fenes-
tella. Récemment, on a cru cependant retrouver, sur Tune de ses
parois, une fenestella bouchée -. Quant aux deux derniers sarco-
phages, mesurant Tun 2 mètres ^, et Tautre 2 *" 20 ^ de long, ils
sont encore coiffés de leur couvercle et ils paraissent ne jamais
avoir eu de fenestella. Restent les quatre dalles ^. La première,
large de 0"66, représente le sacrifice d'Abraham. Elle devait
mesurer 1 mètre de haut ou un peu plus : mais le sommet en est
cassé. La seconde représente Daniel, dans la fosse aux lions,
élevant ses mains vers Dieu : elle a 1 "* 03 de haut et 0 ™ 83 de
large. La troisième mesure 0 "» 80 de large et 1 *" 20 de haut, sans
compter 0 "* 30 engagés à la base dans la maçonnerie où elle
est fixée : elle représente une jeune fille, les cheveux dénoués sur
les épaules, en posture d'orante. Comme le type eût été insufR-
sant à indiquer la pensée du sculpteur, celui-ci l'a surmonté d'une
légende. C'est une représentation de la Vierge Marie, servant
dans le temple de Jérusalem. Enfin la quatrième dalle, dont le
sommet manque, représentait une orante ordinaire. De ces quatre
dalles, l'une éveille l'idée du sacrifice et trois celle de la prière.
Il est incontestable qu'il faut reconnaître en elles les quatre
parois verticales de la chambre d'un autel, encastrées sans doute
au début dans quatre colonnes d'angle. Cette chambre devait
donc mesurer environ 1 mètre de long, 0 ™ 80 de large et
1 ™ 20 de haut, sans compter la table supérieure de l'autel qui
débordait. Au-dessus de l'une de ces parois, probablement sur celle
du sacrifice d'Abraham, devait être ménagée une fenestella.
i. L. et Ph. Rostan, pp. 19-23, pi. X, XI, XII et XIII.
2. Joseph Bérenger, Les traditions prot'cnçnles. li^ponse aux arguments
de M. Vabbé Duchesne, membre de l'Institut. Marseille, impr. Marseillaise,
1904, pp. 144 et 190.
3. L. et Ph. RosUn, Ibid., pp. 12-14, pi. VII.
4. Ibid., pp. 15-18, pi. Vin et IX.
5. Ibid., pp. 3-5, pi. I, Il et III.
/
S() LA PUOVKNa: du PRKMIKR al- Xll** SIKCLK
Comme les deux sarcophages à fenestella ont été cerlainement
aussi des autels, on voit qu'il reste dans Téf^lise actuelle deSaint-
Maximin trois autels mis en usaj^^e au vi' siècle. Les deux sarco-
phages sans fenostellîi ne peuvent être autre chose «jue des tom-
beaux d'évèques dWix, sinon de grands fonctionnaires et pro-
priétiiircs laïques, (jui ont voulu se faire enterrer dans cette église.
Le sol de la crvpte a certainement servi de cimetière à des morts
moins importants de la même époque, puisque, en 18;>9, on en a
trouvé trois sous le pavé; deux en pierre et un en grandes
briques ^
En somme, le *} juillet 1093, 1 église de Saint-Maximin conte-
nait trois autels : c'est-à-dire ceux de saint Michel et de saint
Sidoine avec celui du patron principal '*, Par conséquent, il ne
faut pas être trop surpris de retrouver encore maintenant tn)is
autels du VI** si-;cle dans cette église. Les plaques doivent prove-
nir de Tautel de Saint-Maximin, le sarcophage dont la fcneslelU
a été bouchée doit représenter celui de saint Michel, et le sarco-
phage à fencstella ouverte doit représenter celui de saint Sidoine.
Tous trois ont dû contenir les relû/uife et les bénéficia (|u'il était
d'usage de placer alors sous les autels.
A vingt kilomètres de là. le culte de la Madeleine s'était
établi à la Sainte-Baume; il se peut que la plaque de la
Viei*ge Marie ait fait penser que le tombeau de Marie-Madeleine
se trouvait dans l'église où exisUiient ces sarcophages. De là à
prétendre que son cor|)S avait été transféré dans le sarcophage de
Tautel dédié à saint Sidoine, il ny avait qu'un pas. Mais en 1093,
cela n'était pas encore admis. En somme, les prétentions du clergé
de Provence furent tardives et modestes. Tardives, puisque
l'église de Saint-Maximin, en 1093, ne prétendait pas encore
av(»ir le tombeau de sainte Madeleine : qui dit tombeau de saint
dit autel. Modestes, car, après tout, ce clergé n'avait qu'à se baser
littéralement sur le témoignage des pierres pour dire que la
I. L. et Pli. Hoslîiiup. 8, n. '2.
'2. (larl. (!(.' Saint- Virlnr, n" 'Z'1'2.
LA PROVENCE FRAKQUE ET SES PATRICES 57
Vierge Marie, mère du Sauveur, était venue mourir en Provence,
pour ajouter que Lazare était pape à Marseille au moment où
Pierre était pape à Rome.
Ce n'est pas tout : en effet, outre les légendes saintes de Pro-
vence qui viennent d'être passées en revue, il reste celle des saintes
Maries et celle de sainte Marthe. Tout à Test de la Camargue,
sur le bord de la mer, vers Tembouchure actuelle du petit
Rhône * et k Touest de Tétang Impérial, il existe un village
dont l'église, comme tant d'autres, était dédiée h Notre-Dame 2.
Quand les légendes de Vézelay eurent reçu leur diffusion en
Provence et qu'on y eut admis, par conséquent, la venue de
Marie -Madeleine, on chercha à préciser Tendroit où elle avait
pris pied. Tout d'abord, en raison de Lazare qu*on supposait
évêque de Marseille, on pensa que Madeleine et ses compagnons
avaient abordé à Marseille même. En 1190, Guy de Bazoches
relève cette croyance. Puis les idées se modifièrent et, en 1212,
1. Ce serait sous le règne de François !«'' ({ue le petit Rhône aurait pris
son écoulement actuel aboutissant aux Saintes-Marics (Gauticr-Descoltes,
Élude sur la formation de la Camargue, à propos de V inscription des
Saintes-Mariés, Congrès archéologique de France, XLIII* session : Arles.
Tours, Bouserez, 1877, pp. 331-300, et 2 pi. hors texte. Voir p. 343).
2. [920-961]. (* Brève de terris (juas Manasses archicpiscopus in dominio
suo tenuit... omnes piscarias... fiscumde Ratis... silvam cum ecclesia sancte
MariedeRatis. ..»>(Albanès, Gall. Christ, novissima. Arles, col. 409-i 10, n°261).
Février 1061/2. « Ego Raiambaldus archiepiscopus et Fulco fraler meus...
donamus... canonicis...aliquid de nostrisbenefîciis... in comitatu Arelalensi
et in insula Camaricas, hoc est ecclesia sancle Dei genitricis semperque virgi-
nis Marie de Ratis et ecclesiam sancti Martini (Chantelou, Hist, de Mont-
majour, Rev.hist. de Provence, l'« année, pp. 174-175).
[Février 1061/2 ?].<( Ego Bertrannus cornes et mater mea Stéphanie simul-
que conjux mea Matildis... reddimus... [ecclesiam J sancta» Dei Genitricis
virginisque Maria» de Rads... canonicis »> [Ibid., p. 219).
[1074?] « nos sanctae Arelatensis matris ecclesia? filii donamus... beatae
Mario; et bcato PetroMontismajoris... ecclesiam sancta» Maria? de Ratis... tali
conditione ul unoquoque anno,in festivita te omnium sanctorumtrigintasoli-
dos Melgorienses... persolvant et duas candelas in consecralione ipsius
ecclesiae béate Mariœ et alias duas in ejus Assumptione, videlicet melio-
res »> [ibid.j pp. 217-218). Dès l'époque de l'archevêque Raimbaud, les moines
de Montmajour réclamaient d'ailleurs des droits sur cette église (ihid.,
pp. 147 et 197). — Cf. le testament de saint Césaire (Albanès, Gall. noviss.
Arles, n» 131).
J)8 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll* SIÈCLE
Gervais de Tilbury s'en fait Técho. On pensa dorénavant qu'elle
avait dû remonter le Rhône vers Arles et Avignon : aussi, l'église
de Notre-Dame, placée alors à l'entrée du Rhône de Saint-
Ferréol ', parut être le point où avait accosté la barque qui
l'amenait d'Orient. Le bras du Rhône de Saint- Ferréol était navi-
gable encore au xii*^ siècle. A dater du moment où cette identi-
fication fut faite, le titre de l'église en question tendit à passer du
singulier au pluriel : ce ne fut plus l'église de sainte Marie, mère
du Christ, mais l'église des saintes Maries. Cette église est men-
tionnée dès le milieu du vi* siècle sous le nom de Notre-Dame de
liatis. 11 faut remarquer que les étangs de Malagroy, de Monro, du
Fournelet, de la Dame, du Lion et Impérial, lesquels dépendent du
grand étang du Valcarès, sont parsemés d'îles grandes ou petites.
Quand l'île est grande, comme l'île de Mornes, il n'y a rien à
remarquer; quand l'île est petite, un peu à l'écart et isolée, bien
en vue, elle reçoit le nom imagé de radeau. Or, les « radeaux »
sont surtout nombreux dans l'étang Impérial qui avoisine Notre-
Dame de ratis : il est probable que le diminutif « radeau » a rem-
placé dans l'usage le terme de « rad », « rau », conservé dans
la dénomination de l'église Notre-Dame des « raus » *. De tout
temps, on a navigué par radeaux sur la Durance et il en a été
de même sur le Rhône, plus spécialement peut-être sur le Rhône
t. Le Rhône de Saint-Ferréol, ou l)rassiore de la Cape, fut abandonné
par le courant au milieu du xin* siècle et fermé en 1440. Il est représenté
actuellement parla roubine do la petite Monlloii{> «jui part du grand Rhône,
sur la rive droite, à côté du Fort de Paquos, traverse la Camargue, entre la
Grand' Mar et Télang de Valcarès, puis tombe dans le lit encore apparent
du Hhônr do Saint-Ferréol, suivant la levée de terre. Il aboutissait h la
mer tout près des Saintes-Mariés à l'est, au grau des Arts [Gautier-Descotles,
pp. 345-347).
2. Radeaux Redonière, Resson, de Mergues. Cf. Curies de V intérieur ^ xxi-34
et xxi-35. Le latin rali» aura donné le bas latin *ratus^ i, en vieux français
rô, puis le diminutif *ratcllus^ (jui est l'origine du provençal radelh, du
français radeau Guslav K6rting, Laleinisch-romanisches Wôrierbuch,
Paderborn, Ferd. Schôningh, 4891, col. 004, n" 0080, et col. 003, n« 6091).
— Cf. l'île des Rats, dans le Rhône, en face du confluent de l'Aigu es (commune
Piolenc) et d'Orange. Si vadum a donné y né en français, gua dans FAr-
dèche et l'Isère, gradus a donné gré en français, gras en pmvcnçal ordi-
LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICES K9
Sainl-Ferréol : cela explique que le nom de radeau ait été donné
aux petites îles de Tétang voisin et que le voisinage aussi ait servi
à dénommer l'église. Cette église avait été bâtie sur une dépen-
dance du fisc royal, elle avait été donnée par saint Césaire à lar-
chevêché. Au x® siècle encore, elle faisait partie de la mense archi-
épiscopale d'Arles. En 1061, l'archevêque Raimbaud en fit don à
la mense du chapitre ; de son côté le comte de Provence aban-
donna à cette mense ses droits sur Téglise. Finalement, du
temps de Tarchevêque Aicard, le chapitre concéda Notre-Dame
« des raus » à Montmajour. Il n'est jamais question jusque là
que de Notre-Dame, et non pas des Saintes Maries : les pan-
cartes confirmatives d'Eugène III, d'Innocent III, d'Alexandre IV
ne parleront jamais jusqu'au milieu du xiii** siècle, en se répétant,
que de l'église Notre-Dame de la mer*. Mais, entre H90 et
1212, c'est-à-dire entre l'époque de Guy de Bazoches et celle de
Gervais de Tilbury, la tradition s'était établie, aux dépens de
Marseille, que Madeleine avec ses compagnons y avait débarqué,
que six d'entre eux y avaient reçu leur sépulture, parmi lesquels
nairc et grado en italien ; on n*a qu'à consulter une carte pour voir qu'en
basse Provence et spécialement à l'embouchure du Rhône, gradus a
donné grau : donc, si *raius s'était conservé et n'avait pas été remplacé
par son diminutif *r»i^e//w«, il y aurait donné rau. Voir de Fos à Pafevas
toutes les embouchures ou ouvertures dénommées les graus du Galejon,
de Gloria, de Pégoulier, de Giraud, de la Dent, de Saint-Bequin, de Beau-
duc, des BatayoUes, du Rousty, des Arts, d'Orgon et du Roi.
Groupant N.-D. de raiis avec l'Ile de Ré et le pays de Retz, M. Camille
Jullian s'est demandé si ces noms n'indiqueraient pas des landes garnies
de fougères. Il se peut bien que des fougères croissent dans ces loca-
lités : mais, ce qui les caractérise avant tout, c'est leur proximité de la
mer. D'ailleurs, la fougère se dénomme en latin rw/a, en provençal rude :
pour y répondre, il faudrait que les textes parlent de N.-D. de rulis et ce
n'est pas le cas, puisqu'on a la forme de ralis (G. Jullian, Notes gallo-
romaines, !'« série, Bordeaux, Fei*et, pp. 336-337,342-343).
1. Avril 1152. « in Arelatensi parrochia... ecclesiam sancte Marie de Mari »
(Chantelou, p. 250). — 29 novembre 1204. « in comitatu Arelatensi... eccle-
siam sancte Marie de Mari cum omnibus pertinentiis suis » {ihid., p. 290).
— 17 mars 1258. « ecclesiam sanctœ Maria? de Mari cum omnibus perti-
nentiis suis » ((/>t(/., p. 355).
60 LA PROVENCK DU PREMIKR AL" XII* SIÈCLE
deux Maries K Comme il ne peut èlre c|ueslioii ni de la Viei^e,
ni de Madeleine, ces deux Maries sont Marie, fille de Jacques, et
Marie Salomé •. Ce nouvel itinéraire, en remontant le Rhône,
conduit vers Arles et vers Avignon ; il montre que la légende
des saintes Maries dépend dahord, comme celles de Saint-
Maximin, des légendes de Vézelay relatives à Madeleine et aussi
de celle plus tardive de sainte Marthe. L'église actuelle doit dater
duxiTsiêcle et elle futhàtie en pierres de Beaucaire^ A ïarascon,
également sur le Hhùne, se trouvait en elTet une autre église destinée
à devenir célèbre : c'est celle dédiée à sainte Marthe. Cette église
était placée dans un bourg important, sur la voie de Milan en Espa-
gne, au point où celle-ci franchissait le Rhône • ; elle existait dès le
x** siècle. Au xi", elle figure prmi les biens de la mense du chapitre
d'Avignon, et au premier rang •'. Vézelav et Autun avant déclaré
«voir Marie-Madeleine et I^xare, morts en Provence, les gens de
Tarascon durent penser bientôt que, si la Bourgogne ne revendi-
quait pas Marthe avec son frère et sa steur, c'est que le corps de celle-
ci était resté en terre de Provence. A ce compte, il devait forcément
se retrouver dans l'église qui, chez eux, lui était dédiée. De fait,
rinvention des reliques de I/izare ayant été faite à Autun le
2i) octobre il 47, celle des reliques de Marthe eut lieu en 1 187, à
Tarascon. A cette occasion, on rebâtit son église qui fut dédiée le
1''* juin ilî>7. Cette coïncidence d'une construction nouvelle et
d'une invention de reliques locales est un fait fréquent et naturel:
on l'observe à Tarascon, comme on Ta observé à Autun, à Vézelay
et à Saint-Victor. La création d'un culte nouveau, ou la recrudes-
1. Ducliosiir, l.l,p. 329. note 1.
•2. Dès !(» -22 (H'UAno lOlK), los chartes de Saiiit-Viclor doniKMit un exemple
(In nom <lc Saloinr poiié par la foinme de Pons Maiiiior, à Ollières et Bel-
rodèiie, c'esl-à-tlire près de Sain! Maximin, dans le diocèse d'Aix [Cnrt.
Sninf- Victor, H*» 138 .
3. (ianlier-l)es<M)ttes, Etiido sur la for mut ion de la (lamargue^ k propos
tic VinHvriptum des SninfcH-Mnrirs {iAm\rivs arché(>U)fîique de France.
XM1I« session : Arles, p, 347).
V. On doil noter <pie Sainl-Maximin et le Val où se tronvaienl un aulel
et une éfçlisc «lédiés à sain! Sidoine sonl deux localités siluées éj^alcmenl
sur la voie aurélienne de Home en Kspajifne.
!i. Avignon, 1.*') seplendire[ 1095 J. Privilège d'Urbain II (JafTé, 2* éd., n° 5a78).
LA PROVENCE FKANQLE ET SES PATRiCES 61
cence d'un culte ancien, amène forcément un essort matériel : elle
le seconde, s'il existe déjà. Sainte Marthe étant mise au jour, il
fallut écrire sa vie pour la faire connaître aux fidèles qui venaient
la vénérer. L'auteur de ce texte ne se contenta pas des légendes
créées h Vézelay, répandues à Marseille et à Aix. Ce n'étaient plus
seulement Lazare et ses deux sœurs, Maximin et Sidoine qui étaient
venus d'Orient à Marseille : on leur adjoignit une vingtaine de
personnes, parmi lesquels quatorze évoques, de manière à ratta-
cher directement aux disciples du Christ Torigine des églises
d'Arles, de Narbonne, de Toulouse, de Limoges, de Saintes, du
Mans, de Bourges, de Tours, de Lyon, de Besançon, d'Orange,
de Périgueux, du Puy et de Paris. Tout Capharnaiim se trans-
portait en Provence. Comme le remarque Mgr Duchesne, ces
divers évêques ont vécu réellement en divers siècles, du n® au
vu® ^ Le but à atteindre, c'était que désormais les Gaules
entières dussent s'intéresser à Tarascon, où reposait Marthe. Taras-
con dépendait du diocèse d'Avignon : on pourrait être un peu sur.
pris de ne pas voir le premier évêque du diocèse figurer au nombre
de tous ces compagnons de la sainte. Voici pourquoi : c'est
qu'elle-même se réserva de prêcher l'évangile dans Avignon, où
elle fit des miracles. On raconta plus tard qu'elle bàtlt l'église
cathédrale sous les auspices de la Vierge encore vivante : à cette
chaire il ne manquait qu'un évêque, la main de Dieu lui-
même vint la consacrer. A force de l'entendre dire, les papes
finirent par le croire : Sixte IV en est témoin 2. Dans ces
conditions, l'absence du premier évêque à côté de Marthe s'ex-
plique bien clairement. C'est Marthe qui en tient lieu : elle vaut
mieux. Quand elle mourut, le Christ lui-même vint l'ensevelir,
avec l'aide du premier évêque de Périgueux. Grâce à ces prodiges,
i. Duchesne, l. I, p. 327.
2. 1475. M Cum itnque, sicut accepimus, Ecclcsia Avenionensis, ordinis
sancti Auguslini, quîje inter cœteras cathédrales ecclesias illarum partium
claret, a beata Martha Jesu Chrisli hospita, ad laudem ejus et gloriosie vir-
^ints, manu Dei, utfama est et antiquorum habet relalio et aliquonim roma-
norum pontificum lilter;e attostantur consecrala existil » (Fr. Nou-
çuier, liisl. c/MriV//io/i, pp. 7 et 11).
62 LA PROVENCIi: DL PRKMlEll AU XII® SIÈCLE
le bourg de Tarascon pouvait traiter la cité d* Avignon comme une
mère-église traite sa lille. 11 n'en faut pas plus pour établir que
Tautour de la vie était avant tout un tarasconnais de Tarascon. Le
culte de sainte Marthe se dévelop|>e ainsi à dater de 1187.
Cependant, quoique son église ne soit citée qu'à partir du x* siècle,
il est bien probable quelle existait sous ce titre dès le vn*" siècle.
En effet, le nom de Marthe ligure sur Tépitaphe, conservée à
Arles, d'une femme morte à Tage de trente-cinq ans, le 25 sep-
tembre d'une année qui n'est datée que par la VP indiction. L'ab-
sence ilu consulat ou du post-consulat permet de penser que cette
épitaphe ne peut guère être antérieure au vn* siècle : d'autre
part, sa rédaction doit être antérieure au viii*. Le nom de
Marthe était porté au début du ix* dans le pays arlésien d'Ar-
gence placé sur la rive droite du Rhône, en face de Tarascon *.
1. I1I<: IN I»A<:K llKliVIFSCIT.It.M.MAltTA yV.lC VIXIT PL.MS. ANN. XXXV. OBIIT SVU
n.vii.KAi.. <)<:toh. im>. m (Muséo d'Arlos ; Joseph liéronper. Les traditions
/)/•(> l'mç.-i/f'. H, p. 171 ■• — 7 iiovcmbri» 82i. Kchaiij^i» iMilro Nolon, archevtMpu*
<l'Ar!os, cl It» comlo Lovl)iilfo : «< iii pajj^o ArolaU'usi», infra agro Arprn-
U'a... 1(1 simililor, iiifra ArjjjtMiloa, donat... Leybulfus... iiiler Iria loca
(pii vocaiitur (iauj^iaco. EvtM'iciis ol Occisionein... t*t illa lerra ad Occi-
sioiu'in osl iiilcr roiisorlt's... ah alio fionl«» Icrra saiicle Marie L'colico.
Kl... Lovhulfiis... iii... villa (lampopuplioo,.. iiilor consorles : ab uiio
laloro vinoaiii... occlosie saiicti Polri, ab alio laleiv Goiidesindam, ab
uno fronU» mcipsuin doiiatorem et liorrdes Doda, ab alio fronte Marlha
ol lu'ri*di»s Marliiium vtd ox ajçi*o commune ill. Moris, Edm. Blanc,
(^urt. (h Lorins, pp. ^ort-ioS, n" 217 . Le villa^^» de Ctinipopiiplico no
piMit s'idiMitifuT ; il élait placé dans le canton d'Ar^^nce. Aujourd'hui,
lo ^çrand et le petit Ar^ence sont simplomonl deux quartiers de la
commune de Founpies, sur la rive droite du petit Rhône. Jadis, le
canton <le ce nom com[)renait probablement tout le pays arlésien de
la live droite, de Founpies à Meynes, puis(pie les confronls d'Orrwio-
nv.m sont, d'autre part, les terres de N.-D. d'Uzès. Lo nom do Marthe est
donc celui d'une propriétaire» do lorrain en face do Tarascon, on 824. (iC
nom étant [)eu répandu, on peut penser (pu\ lors de sa naissance, elloravail
tiré de la patronne do Tarascon. Le pouillé de l'ovoché de Marseille, dressé
en 813 et 81 1, indiipio cinij femmes portant ce nom : la première dans les
dépendances de la villa de Land)esc, au diocèse d'.\ix; la seconde au diocèse
d'Aix, dans une villa Vinjoni}< lo Vor^^on, comm. Aix*?) dont dépendaient
,1(1 Fonte Kon l rousse ?), /^i .'ic//! /.<< (Hians?) et (lannijoltia iGaragoby, comni.
Sainl-Paul-lès-l)urance?) : les trois (UMuièivs au (liocèst* do Fréjus, dans
les villas <lo Harjols/.'} et do Sillans i?) [tlart. de Sainl-Viclor, i. H, pp.
LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICE8 63
11 Télait aussi, d'ailleurs, dans les dépendances de Tévêché de
Marseille. On serait porté à en trouver Torigine, comme pour
celui de saint Sidoine, dans Tinfluence du patrice auvergnat
Bonnet, alors qu'il gouvernait la Provence austrasienne. Son
frère, Tévêque Avitus, deuxième du nom (676-691), avait fondé
un monastère à Volvic sur le tombeau de son prédécesseur
saint Prix (-{• 25 janvier 676) *. Jusqu'alors saint Aus-
treraoine, le premier évêque d'Auvergne, avait reposé à
Issoire ^ : la troisième vie de ce saint, dont le texte se rencontre
dans un manuscrit du xi® siècle ^, dit que l'évêque Avit le fit
porter d' Issoire à Volvic. Cette première translation ne peut être
attribuée à Avit 1*' qui siégeait pendant le dernier quart du
VI* siècle, mais forcément à Avit II puisque Volvic ne fut fondé
que par celui-ci, après la mort de saint Prix. A la vérité, ni la
première ni la deuxième vie d'Austremoine ne précisent ainsi la
translation d'issoire à Volvic ; mais elle eut lieu forcément entre
676 et 863. En effet, à cette dernière date, Austremolne fut trans-
féré une seconde fois et de Volvic à Mozac '* : d'autre part, Avit II®
635, 640. 651, 652, 653). Le Cariulaire de Saint-Victor mentionne aussi
une Fous Marthe^, près de Salernes, au diocèse de Fréjus (Car/, de Saint-
Victor y n*** 508 et 520). Au diocèse d'Avignon, dans la commune d'Orgon,
la carte indique le lieu dit Font-de-Marthe. Dès le x* siècle, le nom de
Marthe se rencontre dans le comté d'Uzùs (Chartes de Gluny, n'» 817).
1. Duchesne, t. II, p. 38.
2. Ihid., p. 33; Greg. Tur., Franc. Hist.^ I, 30; De Glor. confess.^ 29.
3. Bibl. Vatic. Reg. 486. Il est facile de voir que ce manuscrit est du
XI" siècle et non pas du ix^, comme une erreur, probablement d'impression,
l'a fait dire aux Bollandistes (Acta SS. NovenibriSyi. I,p. 61). La 3® vie de
saint Austremoine qui y figure emprunte un exemple à la vie des saints :
« Quia vero exemplo Marthœ in actuali vita diu Christo régi libenti animo
ministraverat, cœpit coixletenus meditari de laudabili studio Maria?...» (Ibid.,
p. 66, 2* col.) et plus loin : « Imitari satagebat Martham ut nequaquam negli-
geret Mariam » {Ibid,^ p. i79). Déjà, dans la vie de saint Amator, évoque
d'Auxerrc (f l*''mai 418), qui fut écrite à la fin du vi« siècle par un évêque afri-
cain du nom d'Etienne, sur la demande de son successeur Aunachaire
(Duchesne, t. II, pp. 427 et 440), on invoque la résurrection de Lazare et
on parle de Marthe {Acta SS. Mai, t. I, Palmé, p. 58) ; mais ce qui est sur-
prenant, ce n'est pas de pouvoir noter ces allusions aux deux saints en
question, c'est de ne pas en rencontrer bien davantage qui les concernent
dans les textes hagiographiques.
4. La translation eut lieu sous l'évêque Adcbert et l'abbé de Mozac Lan-
6i LA PKOVK.NCE DU PRKMIKR AU XH* SIÈCLE
ayant fondé Tabbayo de Volvic, il est tout nalinvl qu'il ail ou
aussitôt la pensée de réunir Austremoine et Prix. Quoi qu'il en
soit, lors de la première translation opérée d'Issoire à Volvic,
les porteurs du corps eurent la pensée de coui)er leur route en
se reposant dans un couvent de relif^ieuses dédié à Marie-Made*
leine et à sa sœur Marthe '. Ils y furent, entre parenthèses, fort
mal revus et même mis à la porte ; ce (jui amène le moine de
Mozac, auteur du récit, à faire le {grincheux et à tracer de ses
scrurs en religion un portrait pou flatteur. Ces malheureuses se
virent, naturellement, punies de leur manque de respect envers l'il-
lustre Austremoine : elles moururent de lièvres et de dysenteries
opiniâtres. Quand bien même il ne faudrait voir dans le récit tardif
de cette translation que Técho de la situation existant, au plus
frid. \sV (iîillia Chrintiana (t. Il, col. 3.*'»i ivièvo doux abbés de co nom. lo
proinior on 7t>V au toni[>s do la translation on (|uoslion, lo second connu
en HOi par un acte du (larlulaire do Briontle. Il ost évi<lonl (ju'on a calcjué
le psoudo-Lanfrid do 7(>l sur colui do Hr»t, ou récipnxiuoniont. Voir, sur
Lanfrid, le .\Vmi?s .ln7i/t\ l. XIX, p. 2», ol t. XVIII, p. 572. Los trois vies
d'AusIrcnioiiic ont été composées à Mozac l'une après l'autre (l)uchesne,
l. II, [). 119). Ce monastère, dédié à saint Pierre et à saint Caprais \(iall.
ChrÎHt.^ l. 11, col. 3,'il), aurait été fon<lé par Pépin lo Bivf ol, avant lOOr», il
fut uni à (^luny. Dans saint (laprais, il faut reconnailiv siins doute saint
Ciprais h')noré h A^(»n » Duchesne, l. II, pp. Ii»-l»*i.
Slozac, cant. et arr. Itiom. Puy-(Ie-l)ome. (^nrte du service flo rintàrieur^
xviii-2.*i. Un récent mémoin» de M. L. Lovillain {La trnnnlation (Ips reli-
f/ues de Huint Auntremoine à Mozac et lo diplôme do Pépin II d\\(|uitaino,
HO'.i ; l.r Mol/en Ai/e^ lUO't, pp. 281 -337 1 prouve (pie lo précepte attribué à
Pépin, lils <le Louis lo Pieux (inli. Christ., t. Il, col. 108-1091, est en
réalilé <1(» Pépin. neveu do (Ibarles le Cbauve, et qu'il fut fait à Clormont le
1''' février XG3, en présence (rA<lo, ou .Vdebert, évè(pio do Clormont i802-
8r>i;, chancelier de Pépin, du sous-diacro Joseph, notaire do la chancol-
lerio royale, el de Lanfroi, abbé do Mozac. Selon les documents hagiopra-
pliitpies, ces trois personnages ayant également assisté à la translation
(pii eut lieu à la tin do janvier, la translation do Volvic à Mozac se date
donc de la (in de janvier H03.
1. •< Levantes itujuo sancii marlyris glebam...perveniunt, comilantoDeo,
in (piodam, non dicam puellarum sed pullarum, monastorio; ({uia nigridinom
(piam habilu gestabant, comitante diabolo, in corde gorebant ; ibiquc
diviM'hinlnr hospitandi gratia. Ipsum (puxpie monastorium constructum
fueral in honore peccalricis Maria» et Marthtr sororis. Tum illo cholydrus
<pii Adam... députerai. ., inimittendo se in aliquarum sororum cordibus, lin-
gua vii)erea... •• (Arta SS. Xoi'emhr., t. I, p. 78 .
LA PROVENCE FRANQIE ET SES PATKICES 65
tard pendant le xi^ siècle, au moment où Austremoine reposait à
Mozac, il n en est pas moins établi qu*il existait alors entre
Issoire et Vol vie un monastère déjà ancien de filles dédié aux
saintes revendiquées plus tard par Saint-Maximin et Tarascon.
Probablement, il s'agit de Tabbaye de Chamalières * : si Ton par-
court la liste des abbayes relevées par les auteurs du Gallia dans
le diocèse de Clermont, celle de Chamalières est en effet la seule,
soit comme ancienneté, soit comme situation topographique, qui
puisse convenir. Elle fut fondée, paraît-il, vers 665, par Genesius,
du conseil de Tévéque saint Prix (-f 25 janvier 676), avec celle
de Saint-Pierre-de-Beaumont, près de Clermont, sous la règle des
saints Benoit, Césaire et Colomban 2. L'évêque fondateur y ins-
talla Tabbesse Gundilana. L'église de Chamalières fut plus tard
dédiée à Notre-Dame. Si elle Tétait d'abord à une sainte Marie,
on pourrait y reconnaître l'emplacement du couvent mal vu de
Mozac.
Ce doit donc bien être le patrice Bonnet qui a introduit dans
la Provence austrasienne les cultes auvergnats de Sidoine
Apollinaire, des sœurs Marie-Madeleine et Marthe, comme aussi
ceux de Maximin, de Marcelle et des Innocents ^ : ces cultes se
i. Issoire, Puy-de-Dôme.
Volvic, cant. et arr. Riom, Puy-de-Dôme.
Voir les Caries du service de Vintérieur^ xvin-25 et xviii-26. En passant de
la première à la seconde de ces localités, les porteurs de saint Austremoine
ont pu, en effet, s'anvler à Chamalières (cant. et arr. Clermont-Ferrand).
Dans cette commune se remarque le lieu dit Saint-Mart. Ce nom
parait provenir, selon M. A. Vernière, de Martius qui vivait au vi*^ siècle et
qui était honoré en Auvergne (Lettre du 21 septembre 1905).
2. Gall. Christ. y t. Il, col. 321-324. On a la vie de saint Prix par un
contemporain (Duchesne, t. II, p. 38 ; Acta SS. ianuarii^ t. III, p. 243;
Neues Archiv, XVIII, 629).
3. Dom Morin a rencontré le culte de Sidoine et des deux Innocents à
Aydat, celui de Maximin à Billom, celui de Marcelle à Chaurial; celui de
Marthe et de Madeleine, qui a échappé à ses recherches, se i*encontrant
aussi à Chamalières, on voit bien quetouies ces localités sont dans l'ancien
diocèse de Clermont ; on voit que le culte de Sidoine, en particulier, est
forcément d'origine auvergnate et que les autres ont dû être propagés en
Provence de la même manière que le sien.
L'église de Billom honorait saint Cerneuf ou Sirénat, saint Ju vénal et
Mém. et Doc. de VÉcole des Chartes. — VII. 5
66 LA PKOVENCË DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
trouvaieiil {groupés à Avdat, à Chamalières, à Billom et à Chau-
riat, c'est-à-dire dans la vallée de l'Allier et à Test de Clennonl.
A Tarascon s'élève une église dédiée à sainte Marthe, à Avi-
gnon une église de la Madeleine. Dans le diocèse d'Aix, au Val,
puis entre ce diocèse et celui de Toulon, au Puget, s'élèvent deux
autres églises à Sidoine. Eniin, une chapelle est dédiée à ce
saint au Vernègue, entre les diocèses d'Avignon, d'Aix et
d'Arles.
Dès le début du ix** siècle, au plus tard, ces noms de Sidoine
et de Marthe commencent à se disséminer de la Provence aus-
irasienne dans les dépendances marseillaises, aux diocèses d'Aix
et de Fréjus.
Quand Vezelay revendiqua le corps de Marie-Madeleine, cette
ahhave prétendit l'avoir enlevé à la crypte de Saint- Maximin
où était également honoré Sidoine : la raison peut en être que
des traces réelles du culte de la pécheresse existaient en Pro-
vence, traces dont l'origine serait auvergnate et remonterait à la
fin du VI" siècle. L'existence d'une église à Avignon qui, dès
sniiit Maximin. Claiido Chastellain nianiue ce Maximin de Billom au 2 jan-
vier; André du Saussay et Joan van Bolland, au 23 février (G. Morin, .S\Tm^
Lnz.'irPy pp. 10-20 do l'oxlrait). Si l'on se reporte au marlyrolope hiéro-
nymion, au 23 février, on n'y trouve pas de Maximin, mais seulement un
saint de Pannonie dont (fuehjues reli({ues pouvaient se trouver îi Bil-
lom:» Vil .KL. mar. lu Pannoniis iwilalis sanelorumScneroti... InÂsia Sino-
nis... Senerlis.., »>(éd. Uossi et Duchesne, p. [24]). Au 2 janvier, à la suited'un
saini rvê(pn\ (lenom analo^^ue, honoré à Antioche, et quia pu comme Sene-
rolus donner naissance;! Sirénal, setrouvenn Maximien, dans lequel on i>eut
reconnaître le Maximin dont les relitpies voisinaient à Billom avec celles
dt* Sirénal : *« 1111 .NON. lAN. Anihiochin Siridonî episcopi Maxi-
miani l'italis »(//)/>/., p. j4M. A Aix, c'est le 8 juin qu'on fêtera saint
Maximin et le H avril, sa translation (Of/iri,i propria ecclesisv et diœcesi-
Atfuermin, Af/uÎA Scrtiis np. lonnn, T/iolosununi et Sfcph. /JariV/. MDCXXVII,
pp. 1-2, 3-27^
Aydat, cant. Saint- Amant -Tallende, arr. Clermont-Ferrand, Puy-de-
Dùme.
Billom, arr. Clermont-Ferrand, Puy-de-Dome.
f'.hamalières, cant. Verlaizon, arr. Clermont-Ferrand, Puy-dc-DAme.
Cliauriat, cant. Vertaixon, arr. Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme.
LA PROVENCE FRAN^L'E ET SES PAÏRICES 67
le XI* siècle, lui était dédiée, ne. s'explique guère autrement : Tin-
fluence de Vézelay ne peut avoir été si prompte dans le pays, à
moins qu'elle n'y ait été propagée par Ciuny et que la Madeleine
d'Avignon ne soit l'œuvre des Clunisiens dans la seconde moitié du
XI® siècle. Dès la lin du xi*' siècle aussi, on trouve le nom de
Salomé porté près de Saint-Maximin où Vézelay venait de localiser
la Madeleine : le culte des Maries a donc dû s'y éveiller, bien
avant d'être transporté à l'église de la Camargue.
Telles paraissent avoir été les influences auvergnates : aux fron-
tières de la Provence austrasienne, à proximité des voies, se dres-
sent le mont de Vergues et le Vernègue, postes militaires. Aux
frontières également et à proximité des voies, s'établit le culte de
sainte Marthe dansTarascon, celui de saint Sidoine au Vernègue,
dans le Val et au Puget : le premier au nord-ouest dans le dio-
cèse d'Avignon, le second au sud-est et au nord- ouest du dio-
cèse d'Aix. Si Arles et Marseille sont restées terres adja-
centes hors du comté, c'est à leur séparation du reste de
la Provence bourguignonne par la Provence austrasienne qu'elles
le doivent.
On ne saurait trop y insister : la seule tradition qui
dominait en Provence au vi^ siècle, relativement aux origines
du christianisme dans ce pays, c'est qu'il avait été évangélisé
par Trophime venu de Rome comme disciple de Pierre.
Le 19 mars 416, Rome déclare par l'organe du pape saint
Innocent: « prapsertim, cum sit manifestum in omnem Italiam,
Gallias, Hispanias, Africam et insulas interjacentes neminem
instituisse ecclesias nisi eos quos venerabilis apostolus Petrus
aut ejus successores constituerunt sacerdotes K » C'est dire que
le patriarcat du siège apostolique s'étend réellement sur toutes
les égliçes d'Occident, sans exception ; en ce qui concerne plus
spécialement la Provence et les Gaules, dès le 22 mars 417, le
pape saint Zosime précise : a sane, quoniam metropolitana»
1. Migne, t. XX, col. 552.
68 LA PROVE;NCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE
Arelalensium urbi vêtus privilejj^ium minime deroj^andum est ad
quam primiim ex hac sede Trophimus summus antistes ex cujus
fonte toUu Gallia^ fîdei rivulos acceperunt, directus est '. » En
ioO, la requête provençale au pape saint Léon exprime cette
tradition comme bien connue de tous : « omnibus ctenim regio-
nibusGaUicanisnotum est, sed nec sacrosancta»ecclesiie Romana^
habetur inco^nitum quod prima inter Gallias Arelatensis civilas
missum a beatissimo Petro apostolo sanctum Trophimum haberc
meruit sacerdotem et exinde aliis paulatim regionibus bonum
lidei etreligionis infusum ', » Marseille, Aix. Narbonne et Vienne
s'abstiennent encore de souscrire: mais, dès i63, Marseille et
Aix prennent parti pour Arles contre Vienne •*. Kn 521, 32Î) et
;)IJ*{, Maxime d'Aix assiste aux conciles arlésiens dont le dernier
se tint à Marseille même ''. Dès lors, au plus tard, la tradition
arlêsienne parait admise de la Provence entière. Enfin, le 12
août ?)î)î), le pape saint (îrrgoire écrit à son vicaii*e Vigile,
évêque dWrles : « quia cunctis liquet unde in Galliarum regioni-
bus lides sancta prodierit, cum priscam consuetudinem sedis apos-
tolica» fraternitas vestra repetit, cjuid aliud quam bona soboles ad
sinum matris recurrit •'? » En résumé, Rome émet en 11 G ses pré-
tentions i)atriarcales sur tout l'Occident. Dès 417, Arles déclare
avoir servi d'intermédiaire, par Trophime, entre Rome et toute
la Provence. Dès ioO, la province d'Embrun se rallie à cette
tradition. Dès 521-, celle d'Aix également. En 5113, au plus tard,
toute la Provence y obéit. (]ette tradition arlésienne et romaine
est incompatible avec Tapostolat de Lazare, Madeleine et Marthe.
La résistance de Marseille et d'Aix prouve d'ailleurs ([u'elle ne
remonte pas aux temps primitifs. En réalité, le nom d'Eutychès,
père de Volusianus, à Marseille *', ceux de Trophime à Arles, de
1. Mi^^fiu», l. XX, col. 6ii-(>'to; Albanès, (lali. (éhrist, noviss, Arles, i\° 37.
2. Ihnl., l. I.IV, col. 870 ; Alhanès, //>/c/., n" T»:».
'.\. Durlicsiic, f'.is/fs, I. I, p. X\0.
i. //i/V/., p. 272. Lt» coucilo de Marseille est ihi 2t» mai 533 [ibid.y p. XW).
"». Mij^nc, 1. li.WVlI, col. 7Ho-787 ; Alhanès, Gall. tJirisf. novi»s. Arles,
G. Volusianus, fils (rEulychès, cl Fortunal soufTrireut le martyre, sans
LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRTCES 69
Demetrius à Aix, à Sisteron et à Gap, de Pothin et d'Attale à
Lyon, d'Aschandios et de Pectorios à Autun * parlent très clai-
rement. Ils sont unanimes à indiquer que le christianisme vint
aux Gaules d*Asie, en remontant le Rhône. Au second siècle, les
Syriens et les Grecs ne manquaient d'ailleurs pas sur le siège
apostolique : mais le pontife romain ne devait être, semble-t-il,
en Provence et dans les Gaules, que l'ouvrier de la troisième
heure. Attale était de Pergame; Irénée venait de Smyrne. Ces
églises d'Asie étaient celles que Paul avait fondées en 56 et que
Jean, après lui, développa. De Pergame à Smyrne, entre Lesbos
et Chios, comme de Smyrne à Ephèse, entre Chios et Samos,
s'étendait la côte lydienne d'Asie 2. Il ne faut pas être trop sur-
pris, en somme, que. dès la fin de la première heure ou dès le
début de la deuxième, les ouvriers du Christ soient venus direc-
tement à Marseille du pays de Phocée travailler la vigne du père
de famille. Beaucoup plus effacée qu'à Lyon, la conscience de
ces origines orientales demeurera pourtant à Marseille et à Aix ;
à défaut du souvenir trop oublié de leurs premiers apôtres réels,
les noms de Lazare et de Maximin, de Madeleine et de Marthe
serviront à faire revivre les traditions propres de ces églises,
quand elles pourront réagir contre la domination exclusive
d'Arles. Lazare parait à Marseille quand, au xi* siècle, les
vicomtes de cette cité obtiennent une autonomie presque com-
plète. Maximin et Madeleine paraissent à Aix quand, à la fin du
XII* siècle, les comtes font de cette cité la capitale du pays de
doute, à Marseille, sous Marc- Au rèlc, en i 77 ; leur épilaphe latine a été
retrouvée en 1837 au bassin du Carénage où paraît avoir existé un cimetière
chrétien. M. de Rossi a jugé que Taspect de la pierre rappelle l'époque de
Hadrien et des premiers Antonins (117-189). En voir le fac-similé dans
Bérenger (Les traditions provençales, pi. hors texte entre les pp. 170 et 177).
1. L'€»pilaphe grecque d'Aschandios due à. Pectorios a été trouvée en 1839
à Saint-Pierre-rEstrier, près d'Autun. Elle peut être de la fin du second
siècle (Otto PohI, L'inscription aulunoise de llchlhys^ trad. par J. Déchelette.
Autun, Dejussieu, 1901, avec fac-similé hors texte).
2. M. Duchesne a dit de la province d'Asie : t Nul pays n'a plus d'impor-
tance dans l'histoire chrétienne primitive jusqu'à la fin du second siècle »
(Let origines chrétiennes. Leçons d'hist. ecclésiast. professées à l'Éc. super,
de théologie de Paris, l'« partie, nouv. éd., Paris, filanc-Pascal, p. 39).
70 LA PnOVENCE Dr PREMIER AU Xll* SIÈCLE
Provence, laissant Arles, cité impériale, sous la garde de son
primat. C'est ainsi que la politique fait évoluer les légendes : sous
leurs aspects changeants, la vérité n*est plus nette. Celle-ci ne
peut mieux plaire aux hommes, seml>le-t-il, qu'en demeurant
sous les voiles dont le goût ou l'intérêt de chacun d'eux la pare.
II
La Provence franque et les derniers pairices
(079-731)
A partir de 679, la dualité des deux Provences s'eiîaça peu à
peu : en effet, le même souverain fut désormais roi des Francs
austrasiens et des Bourguignons. La Provence fut de nouveau
administrée par un seulpatrice, commeavantla création delà Pro-
vence austrasienne et suivant le système de l'empire romain trouvé
en vigueur par les Barbares au \^ siècle. On connaît la plupart de
ces patrices K Ils tendaient à s'arroger des prérogatives sou-
veraines qui réduisaient, sur certains points, la domination
franque k un simple protectorat. C'est ainsi que, pour le mon-
nayage, on cessa de frapper au type impérial, sous Héraclius (610-
641) et au moment précis où les traditions romaines faisaient place
à Constantinople aux usages grecs. Alors, les patrices émirent l'or
à leur efïîgie et l'argent à leur monogramme dans leur atelier de
Marseille, concurremment avec les rois des Francs. Les monnaies
impériales étaient remplacées par des monnaies royales et épisco-
pales, ou frappées par de simples monétaires locaux, dans le
royaume de France et de Bourgogne ; la Provence prouvait son
autonomie relative en frappant des monnaies^ qu'on peut appeler
1. En voir rénuméralioii <lnn« Kioixer ^Verfussnngsgeschichte der Pro-
vence, tnhionu annexé aux [)p. 2-i3-2.*»5 avec les loxtes réunis pp. 255-265).
2. Voir le tiers de sou d'or à IVirigio de Sirus : la fncc porte le buste de
pi-ofd du palrice lauré à soneslre, avec son nom en lé^nde SIRVS;la pile
porte, avec les lettres do l'atelier MA|ssilia], le type classique à la croix de
VICTORIA AVGGV,(iui, semble-l-il, est devenu VICTORIA PAT[ricii]. (Col-
lection de feu M. le Manpiis de Cilapiers]. Monnaies françaises, royales
LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICES 71
patriciales. On connaît un tiers de sou d'or du patrice Sirus, sans
doute de celui que les textes historiques appellent Siagrius
(•j- 629). Cet état de choses prit fin au viii*^ siècle : à cette époque^
les Provençaux hésitaient entre la demi-civilisation des Sarrasins
d*Espagne et la brutalité franque. Le maire du palais, Charles-
Martel, y mit bon ordre. Les Sarrasins étaient arrivés à Nîmes du
19 mai 725 au 18 mai 726; le mercredi 22 août 731, ils entrèrent
à Autun. Mais, en 732, ils furent écrasés à Poitiers ^ De 733
à 737, Charles passa les dernières années de sa vie à assujettir la
Provence, ce pays dont la splendeur ancienne attirait les con-
voitises de ses bandes. Le sang, le feu et le pillage, voilà ce que
les Francs apportèrent dans chaque cité pour Tempêcher de
se donner aux Musulmans, qui n'auraient pu se faire haïr
davantage. Les Francs se ressentaient encore trop de leur
origine : après trois siècles écoulés, ces barbares gallo-ger-
mains étaient dégrossis seulement à moitié par leur foi nouvelle
et par le pays plus doux où ils étaient venus se fixer. L'occu-
pation de Charles-Martel compte, en somme, au nombre des inva-
sions dont la Provence gallo-romaine eut à souffrir : cette contrée
avait eu moins à se plaindre des Goths ^. Piller ne suffisant
pas à ses fidèles, Charles-Martel leur distribua les terres des églises
dans la région, à titre de bénéfices. Le patrice provençal Mau-
ronte, plutôt que de se soumettre, s'était enfui dans les hauteurs
qui dominent le littoral^. Les princes Francs, victorieux, ne
devaient pas tarder à se revêtir du patriciat pour admi-
nistrer plus directement le pays. Un Gallo-Romain, originaire
et féodales. Vente... 29 avril... l*»" mai 1901. Paris, J. Florange, in-8 de
iv-34 pp. -f- 2 pi. hors texte, n® 73, et pi. I : vendu 50 francs. Cf. Bel fort,
n« 2729).
i. A. Steyert, Nouv. hist, de Lyon, t. II. Lyon, Bernoux et Cumin, 1897,
p. 86.
2. 508. Lettre du roi Theodoric (Cassiodori senatoris Varia?, lib. III,
n» XXXVIII; Mon. Germ. Auct. Antiquiss., t. XII, p. 98, 1894).
3. L'histoire des campagnes de Charles-Martel est décrite par un clerc
placé dans Tentourage de son frère Ghildebrand et sur Tordre de celui-ci
(Chronicarum qux dicuntur Fredegarii acholastici continualiones; Mon,
Germ. hisior,. Script, rer. meroving,, II, 1888, pp. 175-182).
72 LA PROVENCE DU PREMIER AL* XIl*^ SIÈCLE
des Alpes Coitiennes et dont la famille était ralliée à la domi-
nation franque, paraît avoir été muni le dernier de cette dignité.
Ce grand propriétaire, Abon, portait un nom franc : il en était déjà
ainsi, à la génération précédente, de son oncle Dodon qui tenait
le sien sans doute de sa mère à lui, Dodina, grand'mcre d'Abon.
Mais le père et la mère d'Abon, nommés Félix et Rustique, son
autre oncle Symphorien, sa cousine Honorée, son grand- pore
Morin prouvent tous ensemble, par leurs noms, que la famille était
bien de souche gallo-romaine. D'ailleurs, le testament d'Abon
indique qu'il suivait la loi romaine. En 726, le 30 janvier, assisté
des évoques Walchun de Maurienne, Ragnomar de Grenoble,
.^Eochald de Vienne, Leonius et Eusthacius, Abon était simple gou-
verneur de Maurienne et de Suse pour les PVancs * ; mais il n est
pas douteux qu'il soit devenu patrice de Provence, avant ou
après son testament daté du 5 mai 739. Les différents préceptes
royaux, qui confirment ce testament jusqu'au xi* siècle, ne lui
donnent pas cette qualité ; ils n'ont pas à la lui donner, parce
qu'il ne l'y prend pas lui-même et que, sans doute, il ne la possé-
dait pas alors '^ Malgré ce silence, il est certain qu'il l'eut à un
moment donné : un plaid, étranger k la Novalaise et daté du
23 février 780, rappelle un acte de l'administration d'Abon, en
qualité de patrice, du temps de Charles-Martel (722 octobre7i1 y,
i. 30 j;invi(M' 726 .C. CiiMîUa, Monumenta Novalicensia vetustiora^ vol. I,
Roina, 1H98, pp. 7-13;.
2. r» mai 739 ii/)ic/.,pp. 18-3S)-20 juin 770. Pivceplo confirmalif de Car-
loiuaii /^/f/., pp. 43-4<)'. — 25 mai's 773. Précoplo confirmalif do Charle-
majrno /7>/V/.,pp. 49-"»! . — 21 avril 972. Privilôjçcde Jean XIII fiAiV/,, pp. 111-
iW. — F(''vrirr 1014. Priviltyo de nonoil VIII. C'est le premier (|ui rt^con-
naisse la (pialité de ])atrice «à Abon i7>i(/., pp. 135-140).
3. Dif^ne, 23 février 780. u missi domni nostri Karoli reg-is Francorum et
Laii«^()l):n-donnn seu et palricii Homanorum iCart. de Saint-Victor^ n° 31).
D'ailleurs, il est bien possible que le monop*amme cruci<i^i^re .d'un
denier provençal frappa probablement h Arles doive se lire à la fois + A
Wi'lnle et -f- Xïiho Prou, Ci/, tlos monnaies de la Bibl. nal, : Monnaies
mrrovinifienm^a, \). 'XM\, n^* l<il3 et 101 1, planche XXIV, n® 11) suivant
l'exemple du mono^rramme éj^'alement crucij^fère d'un aulrt* denier qui se
reslilue + Xfùn/idius ibid., pp. 320-321, n» lt79, et pi. XXIII, no 29;.
CHAPITRE III
LA PROVENCE CAROLINGIENNE
(751-879)
I
Le roi'pairicc et les comtes
(751-840)
En 780, il ne pouvait plus y avoir de patrice provençal en Pro-
vence, car c'était le roi des Francs qui avait assumé personnellement
cette dignité. Le pape, en 754, lui avait remis le titre de patrice des
Romains, titre précurseur de Fempire. Dès 741, il Tavait offert à
Charles-Martel peu avant que celui-ci ne mourût. C*étaitle patriciat
correspondant au duché de Rome qu'il lui offrait : mais l'occasion
était bonne pour le roi d'y joindre le patriciat de Provence. Les
lois étant encore personnelles et non pas territoriales, le titre de
roi des Francs était bon pour gouverner les Francs ; mais il ne
valait rien, légalement, pour gouverner les Provençaux. Cela va de
soi. Charlemagne les gouvernait donc en qualité de patrice des
Romains *, en attendant de gouverner tous ses sujets, quelle que
fût leur nation'ilité, en qualité d'empereur. Le patrice-roi était
représenté par des comtes dans la Provence, comme dans la Bour-
gogne. Chacun d'eux, apparemment, administrait une importante
cité et surveillait tout le groupe des cités moindres qui en dépen-
1. 12mars 781, mars 190 {Saint- Victor, n»» 83 et 8).
74 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
dail. C'est ainsi que Charles-Martel avait placé, en 733, à Autun,
son frère Childebrand pour administrer cette cité et pour diriger
de haut toute la partie de la Bour^j^ogne rattachée directement au
royaume des Francs : c'est-à-dire Mâcon, Chalon, Auxerre, etc.
Childebrand ne porte cependant que le titre de comte. De même,
en 733, le comte Theudoin administre avec Vienne toute la Vien-
noise ; son collègue Ferry, qui s*unit à lui pour arrêter en Mau-
rienne Grifon, est comte de la Transjurane, c'est-à-dire de tous
les comtés bourguignons places, par rapport à la France, au delà
du Jura '. Les termes du chroniqueur indiquent qu*aucun autre
grand commandement n'existait entre le sien et celui de Vienne :
celui-ci par conséquent s'étendait bien à toute la Viennoise. En
831, le comte Abon qui rond Albon à Saint-Maurice de Vienne
devait être le successeur de Theudoin **. De même, il devait exister
à Arles un comte chargé de l'administration du pays de Pro-
vence. En 780, on trouve mentionné à Digne le comte Mar-
cellin, sans savoir s'il était titulaire de cette autorité 'K Au début
du ix*" siècle, ou à la iindu viii^, c'était le comte Loup, qui exis-
tait à Arles. En 824, il était remplacé par Leyboux, fils de
Gontieret mari d'Odda, qui était arlésien de naissance. En 843
et peut-être en 830, c'est le comte Albert qu'on verra paraître *.
1. 7!i3. « ad Theiidoono comité Vionncnso sou cl Frederico Ullraiurano.
coinilo... Maurienna urbeni super fluvium Arboris inlorfoctus «(C/iron/ca-
rum Frrt!e(/arii continuaiionea ; Mon. (rerm. hist. Script, rer. meroving,^ t. Il,
j). IS.'J). Dès 003-604, on rouconlre : c defuncto NVaiidalmaro duci, in pagtï
Ultraiorano ol Scotiiifforum, Proladius patrictus ordenatur » (Fredeg.,
Chnm., 1. IV, c. 24; Mon. Gerni. hist. Script, rer. mer., t. Il, pp. 130-131).
'2. Aix, 3 mars [H31]. Précepte do Louis le Pieux : « Ahbo comes qui et
vieum (|ui dicitur Eppaonis qui erat ex ralione sancti Mauricii, ex episcopatu
Vionnensi ubi nunc... Hernardus archiepiscopus prtesul... boneficiario
munere et iiostra largitiono habebal » {Cart. de Saint-Maurice de Vienne^
n" i4 ; llintor. de France^ VI, r»70).
3. l)ij;ne, 23 février 780. a Comes Marcellinus Grmavit • (Cart. de Saint-
Virtnr^ n" 3! ■.
't. Arb's, 7 iioveinl)reK24. h^chanj^o entre rarcheve<{uo d'Arles et u illus-
trrni viniiii Leybulfum comitom >» (Moris et Blanc, Cart. de Lérins,
II"* CA\X\ A \\\. —3 janvier iS2:i|. Aix-la-Ciiapelle. Précepte conGrmalif [ibid.,
LA PROVENCE CAROLINGIENNE 75
Leyboux, ayant opéré un échange avec Tarchevêque d'Arles en
824, le fait confirmer par l'empereur en 825, grâce à Tentremise
directe de Tarchichapelain. Rien n'indique alors, entre lui et le
souverain, l'existence d'un fonctionnaire supérieur chargé de la
Provence avec un titre autre que celui de comte. Le comte pou-
vait être suppléé par un vicarius^ viguier, pour la présidence du
tribunal de chaque cité, comme précédemment le patrice Tétait
par un vidame ^ Bermond, que le langage littéraire de Nithard ^
dénomme préfet de la province de Lyon, gouvernait en 817 la
région de Lyon, exactement comme Theudoin en 753 ou Abon en
831 gouvernaient celle de Vienne, comme Leyboux en 824 gou-
vernait le pays d'Arles.
II
I^s duchés carolingiens de Provence et de Lyonnais
(840?-879)
Avec Louis le Pieux, l'aristocratie gagne du terrain. Depuis
Charles-Martel jusqu'à lui, on a vu quatre comtes prééminents
placés, le premier à Autun, le second au delà du Jura, le
troisième à Vienne, puis à Lyon, le quatrième à Arles. Cette
répartition répondait à la division réelle de l'ancien royaume
n» CCXLVIII). — 16 mars [829], Tan 15. Donation par le comte Loybulf qui
|>arlc des biens de son père à Arles et du comte Loup iihid., n® CCXLIX).
2 juillet 845. « ante Rolhbertum vicarium de viro illustri Adalberto
comité et tam scavinis tam romanisquam salicis... temporibus Leibulfi comi-
tis... absque blandimento decomitibus vel vicariis Arelatensibus » .Saint-
Victor,n^ 26}. — [850] « ind. 13. Eldeberlus comes >» ibid., n» 291.
1. 23 février 780. « Ansemundo vicedomino Massiliense... Ansemundus
vicedominus per ordinationem Abbonis patricii condam » Saint-Victor,
n*31>
2. Xiihardi Histor.j 1. I, cap. 2 {Mon, Germ. in mum nchol,, p. 2^.
76 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
dos Bourguignons en quatre régions bien distinctes. Mais
ce n'était plus un patrice ou un comte qui se trouvait à la tête de
chacune. La première, avec Autun, correspondait à la région
nord-ouest rattachée au royaume des Francs ; la seconde se com-
posait principalement, au nord-est, du pays bourguignon où la
langue germanique restait dominante, par suite de Tirruption
des Alamans qui avait précédé la chute de Rome. La troisième
correspondait à la région bourguignonne de langue latine, restée
entre les deux précédentes : la quatrième enfin se trouvait
formée de la Provence plus particulièrement romaine. Si Ton con-
sidère ces quatre régions bourguignonnes, on voit que chacune
offrait sa physionomie spéciale et formaitun peuple distinct : Bour-
gogne franque, Bourgogne bourguignonne, Bourgogne allemande
et Provence. Dans la décadence carolingienne, de deux choses
Tune : ou bien un peuple est indépendant et il a son propre roi,
ou bien il est assujetti à un autre peuple et le roi de celui-ci
le gouverne par l'intermédiaire d'un duc. Ce duc, d'ail-
leurs, possède souvent par lui-même un comté — et le
plus important de tous — dans son duché, de sorte que la plupart
des actes le qualifient simplement comte. De plus, si son duché
se trouve sur les frontières du royaume, il porte également le
titre spécial de marquis. Chacun de ces trois titres, que peut
réunir le même homme, a sa raison spéciale d'être et on aurait
tort de les croire identiques. En 841, on voit mentionner
Guérin comme duc de Provence ^ Ce duc paraît avoir eu
d'abord la Bourgogne franque, car on le voit à Mâcon en82S, à
Chalon en 834 ; puis il y joint la Bourgogne bourguignonne et la
Provence qu'il gouvernait en 841 . Le traité de 843 lui fut défavo-
rable ; cela n'est pas surprenant, puisqu'il avait battu Lothaire à
Fontenoy. 11 dut se retirer dans la Bourgogne franque, son
pays d'origine, où il mourut en 853, abbé de Flavigny *. En 845,
1. H\i, Chronicon Aquitanicum; Mon. Germ. hisi. Script,, t. II, p. 2."»3'
Cf. Poupardin, Le royaume de Provence, p. 339, note 4.
2. 821). Échanp^o avec révtîcjuo de MAcon, en Maçonnais, Nivernais vl
Auverg^ne; le comte reçoit Cluny {GalL Christ., t. IV, inslr. col. 20ri-
LA PROVENCE CAROLINGIENNE 77
parait un nouveau duc d'Arles, c'est-à-dire de Provence, Fourrât
ou Fourras, qui cette année-là, se met à la tête d'un mouvement
de révolte contre Lothaire : la Provence cherchait à reconquérir
une autonomie plus complète, mais elle dut y renoncer ^ Fourrât
resta d'ailleurs à sa tête et se retrouve en 862 2. Le comte
d'Arles, Albert, en 845 et 850 était donc son subordonné, comme
le comte Aldric en 862. En même temps que Fourrât paraît en
Provence, on voit Girard paraître, dès 846, comme duc de Lyon-
nais, c'est-à-dire de la Bourgogne romane : il y reste jusqu'en
870 •^ Peut-être le comte Archimbaud, qui paraît le 17 août 842
et le 3 avril 844 en Viennois, avait-il été son prédéces-
seur : en tout cas, le comte Guierry, qui paraît en 853 égale-
ment en Viennois, a dû lui être subordonné ^. En 855,
le comte Hubert est nommé duc de la Bourgogne jurane, c'est-
à-dire de la Bourgogne allemande : en 864, il y sera remplacé
par Conrad ou Gondré II, comte d'Auxerre, dont la dynastie y
restera jusqu'à la (in '\ Enfin, dans la Bourgogne franque, la
dynastie carolingienne de Childebrand se maintient, après
Guérin, jusqu'en 879, malgré quelques dépossessions momen-
tanées.
Vers la lîn du règne de Charles le Chauve, Boson arriva à
réunir trois des duchés sur quatre. En 870, il reçoit le duché de
266). — Quierzy, 24 février 852 {BibL de VÉc. des Ch,, l. I, pp. 2i2-213).
Il avait épousé Aubaine. — 853. « obiil Wariiius comis » (Ann. Flavinia-
censés; ScripL^ t. III, p. 152).
1. 845. « Fulcradus cornes et ceteri Provinciales ab Illothario dcfi-
ciunl sibiquc potestatein iocius Provinciœ usurpant » (Ann, Berlin^ —
« lllulharius Folcratum ducem Arelalensem et relicjuos comités illarum
parlium rebellare molienles in dedilionem accepit et proul voluit Provin-
ciam oi-dinavit » [Ann. Fuld.).
2. 25 août 862. Précepte pour Orange [Ihbl. de VÉc. des Ch,, t. I, p. 495).
Cf. Poupardin, p. 6, note 8.
3. 846. CapUulare Lolarii {Mon. Germ. hist.^ t. II, p. 67\ Cf. Poupardin,
p. 12, note 7. — 870 (Ann. Berlin).
4. 17 août 842 {Cari, de Sainl-Maurice de Vienne, n° 126). — 3 avril 844
(ibid., n» 57). — 853/8 [ibid., n° 99).
5. 855 {Reginonis chron.^ 859). — 864 [Ann. Berlin; Mon. Germ. hisL
ScripL, t. I, pp. 466-467).
78 LA PROVE-NCE DU PREMIER AC Xll' SIÈCLE
Lyonnais, conquis sur Girard ; en 875, il reçoit par surcroît la
Provence ; enfin en 879 il succède aux cadets des Carolingiens
dans la Bourgofçne rran(|ue K Seule, la Jurane lui échappait.
Possesseur de trois duchés, Boson cherchait comment il pouvait
bien définir la grandeur nouvelle et imprévue de son ix>uvoir :
ce pouvoir, il le tenait de la grâce divine, mais quel pouvoir était-
ce au juste ? Hgo Boso^ Dei gratia, id quod sum '. Sa femmene
fut pas longtemps à le persuader que, sans doute, avec un cercle
ducal dor pur en télé et deux de rechange en mains, il possé-
dait assez de mêlai pour se fabriquer un diadème royal.
Ainsi, vers 810 et h la lin du règne de Louis le Pieux, on a vu
les comtes placés à la tête des quatre régions bourguignonnes
recevoir simultanément, à défaut du litre de patrice, celui de
due, que leur attribuent dès lors les sources narratives. Un demi-
siècle plus tard, nouveau progrès : les Carolingiens perdent tout
à fait pied en Bourgogne après la mort de Charles le Chauve et
les ducs montent sur le trône. Le 14 octobre 879, c'est Boson, duc
de Provence et de Lyonnais, qui est élu roi de Bourgogne- Pro-
vence ^, En 888, c'est Rodolphe, duc de Jurane, qui est élu à
son tour roi de Bourgogne jurane ^. Boson aurait voulu joindre
à sa couronne la Bourgogne franque ; mais les Carolingiens lui
firent lâcher prise et il ne put que la passer à son frère Richard.
Celui-ci continua à la gouverner comme duc, sous Tautorité des
rois de France. Les Carolingiens vinrent même à bout d'enlever le
Lyonnais et presque toute la Provence à Boson : mais l'évolution
survenue était plus forte qu'eux. Le royaume de Provence était
bien perdu désormais pour leur race. Leur défaut était d'être res-
4. 870 [Ann, Berlin). — 87ri (Heginon), —879 {Ann. Berlin).
2. 2Ii juillet 879 1 André Duchosne, //w/. de Vergy^ Preuves, p. 12). Auxvi*
sircle, llonri d'Albret, roi de Navarre (1516-1555), elses successeurs por-
Um'ouI sur leurs monnaies la devise analogue ifcRATi a dei svm id qvod svm
(F. Poey d'Avant, }fonnaies f(^odales de France, 2* vol. Paris, Rollin, 1860,
pp. 186-202, no» 3405- 3522).
3. Mantaille, 15 octobre 879 (Mon. Germ. hisL, Capitularia, t. II, p. 365).
4. Sninl-Maurioe, 888 Ann. Fuldenses el Ann. Vedaslini; Mon. Germ»
hisl. Script., t. 1, pp. 405 et 525).
LA PROVENCE CAROLINGIENNE 79
lés étrangers à ce pays dont Tindividualité était assez forte pour
aspirer à se gouverner lui-même. Quant au royaume de Bour-
gogne junine, plus éloigné, il ne fut même pas atteint momenta-
nément par les Carolingiens évincés.
En résumé, Autun, capitale du duché de Bourgogne franque, a
appartenu à la branche cadette des Carolingiens, sauf quelques
exceptions, de 733 avec Childebrand jusqu'en 879 avec Thierry ;
puis, de 879 à 960, à Boson et à ses collatéraux. C'est en 960
que les Capétiens y prirent pied par alliance K Le duché de Bour-
gogne jurane a appartenu de 855 à 864 à Hubert, puis de 864 à
1032 aux descendants de Conrad ou Gondré, comte d'Auxerrc,
qui se faisaient couronner à Lausanne en terre romande 2. C'est au
partage de Prûm, en 855, que le duché de Lyonnais et celui de Pro-
i Autun était la capitale de ce duché, comme Arles celle do Provonce.
Ce fut le simple château de Dijon qui remplaça Autun comme capitale
quand les Capétiens eurent le duclu'». Juscju'alors Autun était resté,
semble-t-il, la capitale traditionnelle du duché do Bourgof^no francpio. Le
point de départ de cet ancien état de choses pourrait remonter à répocjue
gallo-romaine. Quand le préfet du prétoire des Gaules s'était replié do
Trêves sur Arles, le vicaire des VII provinces s'était porté peut-être de
Vienne à Autun dont Tenceinto avait à peu près la même étendue (juc
celle de Milan. — 878. « dux Augustodunensium » (Ann. Vedaslini). —
[xi* siècle]. «^ Igitur, quoniam hac tempeslate capud ducalus Burp^uudiae
castrum Divionense repulatur et capud Divionis Ecclesia heatissimi pro-
tomarlyris Stepliani fore porhibetur... (Vita domni Gnrnerii prœposili
sancti Stepliani Divionensis ; Pérard, Pièces curieusps, p. 12:>).
1172. Précepte de Hugues, duc de Bourgogne : <' Ego Hugo dux Burgun-
dia*... piximisi me constructurum in mea curie apud Divionem ecclesiam...
in villa Divionensi... quoniam igitur ecclesiam islam ad honorem Dei et ad
tutamen animarum ducum Burgundiae et ad illustrationom domus illorum
non dubito pertinere ipsam tanquam ducatuscaputel turrim salutis ducum
cupio erigere... » (Jules d'Arbaumont, Essai historique sur la Sainte-Cha-
pelle de Dijon. Dijon, Lamarche, 1803. Pièces justificatives, n° II, pp. iO."»-
108:.
2. Vevey, 25 août tOii. Pi^ceplc de Rodolj)lie donnant le comté de
Vaud à Tévêché de Lausanne : « ob... loci... Lausannensis honoiiûcentiam
ubi pater noster nosque posl eum regalcm electionem et benodictionem
adepti Fumus... » (Fred. de Gingins-la-Sarra et Fr. Forel, Hecueil de chartes,
ttàtuU et documents concernant V ancien ôvêchâ de Lausanne. Lausanne,
G. Bridcl, 1846, pp. 1-2. ; Coll. des méin. et doc. publiés par la Sor, d'hist.
de la Suisse romande, t. VIL)
v^-iicvr fcVc.r:.: rir -.i^-* jK-îiT ij: prraiît-i>r foîs, formant ainsi le
: veuoi-r d^ Privri^c^ . Le d-iwLf dr Lv connais enveloppait la Pro-
vri^cvr a:i i;0!^i rt « 1 lOrst. Priami-* emeot. an sud de Lvon. ilen^lo-
r^:: irui r-ViT. -«li^. l» arori. la rv^on tioursruîgnonne de Viennoise
tr.ir:' '^j e!lr 0^i■;: rîr irlioiiîrt- f»ir la cc»n>titution apostolique du
3 mai ♦'•«i -. sauf Genrvr et la Tài>Ë-nlai$e rattachées àla Jurane.
ti* mcme temps, sur la rive droite du Rhùne. les pays qui avaient
formr drj»u:^ le vi* sicxle la Pixjvenoe austrasienne. Dans la Vien-
ne •! se. rentraient donc Vienne. Valence et Gnenoble: en 8W, on y
joi^Tiit la Tarentaise qui repnésentait rancienne province des Alpes
Grvrs. déclartv. rn i'»i». annexe de la Viennoise. La Maurienne,
Iffs valié^^s du Bhans"onnais et de Suse. qui représentaient une
partie des Alpes t^ot tiennes, avaient été enlevées à l'Italie et unies
à la Bouririvne |>ar Gv*ntran: or. avant d'être rattachées à l'Italie,
les Alpes Obtiennes étaient, en dernier lieu, unies aux Grées.
Rien de plus naturel, par conséquent, que de voir joindre
ces pays au duché de Lyonnais en même temps que la Taren-
tnse. plutôt qu'à celui de Provence \ Dans la Provence austra-
1. »*». Kaiio... Pp-tvincidin ol ilucjtum Luçdunensem •• Ann. Berlin.
2. L»* \t:iii:ii:*'*\v >**i:j«li»nnt\ outix* Li Piv»vence, à Louis lien Viennoise les
ro.'fiti'^ l>'iiirLMiij^n«»n«»<!f*ir*-ii »l)le inoîiî> Sormoreus , Valence rivopaiiclu» ,
Tulliii-*?. M-nirii'niii.' v\ T:irvntai>t», : il at(ril»uo à Lothaire II le reste du
'hirlu- 'le Lyouii.'ii*». M.ii«*ct' parla:^**, ôvidommenl, déjK*ce la Viennoise pri-
tiMv*' \tfnir .'iii^^rni'ntcr In pari «le Louis II qui aurait ôtê jugée insuflisante
si «'ll«* n'.'Mait <-ompris «pie la Provence. Puisque la citécle Grenoble et pro-
h.'iiilciniMit ri-||«« «le Vienne même sont partajrées entre les deux souverains,
f'f\:t |irr>ii\i» Mi'ii que les limites adoptées |>our le |vartajre ne sont |>as celles
'iij'liirlié d<* Lyonnaiset «le la Provence : le comté restreint de Gi*enohlefiil
d'.lhord du même tluelié, éviilemmenl, «pie son démembrement formé <lu
p.ivstle SiMïiiorens: le comté viennois de Tullins, démembré de Vienne
«iiln- \v 22 oitnhre HVM Desvr.Ju Cart. de Saint-Maurice de Vienne, n» G;
//iHf. th l'r.. Vin, :n» el le liî janvier Sr,S [>escr, Saint-Maurice, n» 188;
//m/, fh' Fr., VMI, 'VJl , fui aussi dabortl du même duché que le comlé
Hslri'iiil «II* Virrme. Dans le nouvel état de choses, on crée le démembix*-
fiM'iil \i«'iinois lie Tullins pour la même raison (jue le démembi-emeiil
j:i«'iiol»lois «h- SiTinonMiî» ; c'estafin «pie la fixmlièivnouvelleenti'c Vienne el
(iK'iiolilc iif |»a»,selnq» près ni de l'une ni <le l'autre de ces deux villes.
L«' possfssi'iir «le Vienne <loit donc avoir Sermorens comme le |>ossesseur
d«' (fi-<'nol>l<* rloil avoir Tullins.
3. héjji en 7!i3, cesonl les comtes de la Viennoise et de la Jumnc qui
LA PROVENCE CAROLINGIENNE Si
sienne, rive droite, figuraient Viviers et Uzès avec ce qui s'y
trouvait du territoire d'Avignon et d'Arles K Telles étaient
les dépendances méridionales du duché de Lyonnais 2.
Il ne faut pas être surpris si Lyon fut choisi de préférence à
Vienne comme capitale du duché; on a vu la prééminence
reconnue dès la (in du vi® siècle par les Francs et TEglise
à cette cité, ancienne capitale des Gaules romaines. Mais, après
la mort du roi de Provence, Charles, survenue le 25 janvier
863, la résidence du duc de Bourgogne bourguignonne ou de
Lyonnais parait transférée de Lyon à Vienne. C'est par suite de
ce fait que, plus tard, Boson et Louis l'Aveugle résidèrent à Vienne,
même quand ils possédèrent Lyon. L'assemblée de Mantaille où
fut élu Boson et celle de Valence où fut élu son fils se tinrent
également dans le Viennois, et non en Lyonnais ou en Provence.
C'est, d'ailleurs, Tarchevêque de Vienne, Audran, qui semble avoir
pris l'initiative de l'élection de Boson et qui, pour réussir, feignit
d'y être autorisé parle pape Jean VIII. Celui-ci ne manqua pas de
le lui reprocher 3, mais le fait était accompli.
s*unissent en Maurienne, pour arrêter Grifon : cela suppose que la Taren-
taise appartenait à la Jurane, comme Genève. Cela suppose aussi que Gre-
noble appartenait à la Viennoise. 11 n'est pas question du comte d'Arles :
donc la Slaurienne était bourguignonne et non pas provençale.
1. 22 décembre 862. Précepte de Charles, roi de Provence, pour Viviers :
c'est le duc de Lyonnais qui intervient {Hist. de Lang., t. II, Preuves, n° 162,
col. 336).
2. Saint-Étienne-de-Lugdarcs, en Vivarais et, par consécjuent, dans le
duché de Lyonnais, ne tire pas son nom de Lyon, mais probablement de
la localité dite Huédour. Le pays d'Huédour a pu être dénommé THuéda-
rès, d'où Saint-Étienne-de-l'Huédarès, par opposition à Saint-Étienne-de-
Vigan.
3. (( Sanctam nostram Romanam ecclesiam infamare non dubitas quod...
ipsius autoritatem habere te certifiées » (Patr. lai., t. CXXVI, col. 917 ; cf.
Jaffé, 2« éd., n«» 3374 et 3375).
Mém, et Doc. de l'ÉcoU des Chartes. - VIL
CHAPITRE IV
LK ROYAL'MR DE PROVENCE VIENNOIS
(879-yi8)
Lulle de Vienne contre Arlespour la primauté.
La cité (l'Arles, devenue capitale du diocèse des Gaules à la lin
du IV** siècle, avait naturellement oMenu la primatie au détriment
de Vienne, capitale de la Viennoise et du diocèse des VII provinces.
L'heure de la revanche allait sonner pour Vienne.
Depuis 8(i*<, sous son archevêque Adon, qui avait vécu en
Lvonnais comme moine. Vienne avait enlevé le duc à Lyon.
Maintenant, Vienne, grâce à son archevêque Audran, possédait
un roi de Provence. Après s'être fait désavouer par Jean
VIII, Audran, trouvant insullisante cette situation de fait, Ht
fabriquer, ou fahricpia, entre 878 et 88;?, des textes favorables à
Vienne aux dépens du siè«j^e primalial d'Arles et du siège métro-
politain de Tarenlaise ^ Après Audran, Alexandre, qui fut chan-
celier de Louis r Aveugle, en compléta la série vers 9! 2. On
peut dire que , corrompue par les visées politiques et la
proximité du pouvoir, l'église de Vienne sous Boson et Louis
i. Voir le iin'iiioiro de l>om Alexandre Grospollier, bibliothécaire
(11* Saiiit-Antoiiu' vu Viennois, inliUilé : Mrlnnijps d' hagiographie f/«iw-
phinniin\ notaniniiMit le ])ara«»raphe intitulé '.Chronologie épiscopalc et faux
privili'gcs tic l'iV/i^f i^ Kxlrail du Bulletin d'histoire ecclésiastique des dio-
cèses do Wiloncc, Gap, GrcnolUe cl Viviers, l. XX et XXI, 1900-1901 ;
in-8 de 80 pp. Voir les pp. 4i-7*'.
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 83
l'Aveugle n'est plus qu'une officine de faussaires : les arche-
vêques Audran et Alexandre la personnifient et doivent donc en
porter la responsabilité peu honorable. La vérité se déforme
entre leurs mains : le passé de leur église devient méconnais-
sable. Avant eux, le savant Adon avait cherché à en reconsti-
tuer Thistoire, mais il l'avait fait honnêtement. Pour contre-
balancer Trophime, disciple de Pierre, ils interpolent leur liste
épiscopale en imposant à sa tête les noms du disciple de saint
Paul, Crescent, et de Zacharie ; ils essayent de la faire
remonter au i®' siècle, alors qu'elle remontait tout simplement
à Martin et à la fin du iii^ siècle, c'est-à-dire à la création de
la province viennoise. Ils falsifient un exemplaire de la Notice
oilicielle des Gaules, de manière à s'arroger la primatie sur
tout l'ancien diocèse des Vil provinces, celle d'Arles exceptée,
qu'ils n'osent encore réclamer, et aussi sur la province des Alpes
Grées et Pœnines K Ils forgent enfin une suite de privilèges aposto-
liques de Pie I à Serge III (908), conformes à leurs prétentions.
Ils composent une notice spéciale pour prouver que la Maurienne
dépendait directement de Vienne et non de la Tarentaise -. Ils
vont jusqu'à se déclarer métropolitains d'Arles ^ et peut-être de
Lyon *. En somme, ces archevêques, qui se rendent coupables du
crime de faux en écritures publiques, ont d'aussi grandes ambitions
au point de vue ecclésiastique que Boson au point de vue politi-
tique. S'il est une excuse possible à leur faute, on la verra sans
doute dans la connivence de leur souverain ([ui y trouvait son
propre avantage. Ses ambitions à lui, Boson fut loin de les réali-
ser; il ne régna pas sur la Provence entière, puisque la province
des Alpes-Maritimes fut soumise, seulement après lui, à
son fils. L'église de Vienne demeura longtemps, de son côté, à
profiter des faux qu'elle venait de fabriquer. Vienne était incon-
testablement la résidence des rois de Provence, après être
1. Duchesne, Fastes, t. I, p. 209.
2. Mgr Alexis Billiet, Mémoire sur les premiers évt^ques du diocèse de
Maurienne, pp. 14-15.
3. Grospellier, p. 72, note 6.
4. Ibid.^ pp. 66-67.
8i LA PROVtINCK DU PREMIER AU XII*" SIÈCLE
devenue la résidence du duc de Lyonnais; mais c'était tout.
Lyon restait la capitale du Lyonnais ; Arles restait la capitale
non seulement du duché de Provence, mais de tout le rovaume :
son évêque était le premier de tous. Dès que Louis TAveugle
eut disparu, c'est une vérité traditionnelle que proclament, eux-
mêmes, les archevêques de Lyon et de Vienne, Amblard et Thi-
baud. Celui-ci, il faut se bâter de le dire, était un saint homme
différent de ses prédécesseurs *. Le souverain, qui résidait dans
la cité de Vienne, résidait aussi quelquefois dans Neuchàtel,
comme dans Aix-les-Bains et dans d'autres localités^; mais,
depuis le xii* siècle jusqu'à la fin, les empereurs iront encore
prendre à Arles la couronne de Provence à laquelle se sera jointe,
depuis 9i9, celle de Boui-gogne. Les faux composés sous Audran
et Alexandre n'avaient donc pas encore été pris au sérieux à la
lin du X* siècle. Les trois provinces d'Arles, d'Aix et d'Embrun,
telles qu elles composent le duché de Provence, donnent alors lieu
à des conciles de leurs évêques sous la présidence du primat
d'Arles. De même, les trois provinces de Lyon, de Vienne et de
Tarentaise, telles qu'elles composent le duché de Lyonnais, donnent
1. 950. «• Suinmorum summo, priniorum primo domno Manassa? metro-
politansp sedis Arclatcnsis archicpiscopo cum cœteris coepiscopis Lan-
drico Avonionensi, Odolberto Vallensi ol aliis Provinciae episcopis,
Emblardus Lu^^duiicMisis scdis arcliiepiscopus... ** (J. H. Albanès et Ul.
Chevalier, GalL Christ, noviss. : Arles. Valence, MCM, col. 108, n° 258).
[970-978]. « Aimo Valenlincnsis .sodis... ante... prceseotiam Goiidrandi
régis senioris noslri... quoniam .\relas caput est et esse débet islius
Cialliu?... ante pra^sentiam rectoris cjus déferre decrevimus » ; Thibaud,
arcli. de Vienne ; Amblard, areh. de Lyon ; Wido, év. du Puy ; Isarn, év.
de Grenoble ; (iéraud, év. de Genève \GalL Christ,^ t. XVI, Instr,,
col, 101-102. — Cart. de Satnl-lluyues,.,, p. 59. A xxv).
Bâle, 21 novouibre 1214. Précepte de Frédéric II : «... Cum urbs Arelaten-
sis caput Provincie et iiiiperii principalis sedes existai... « (Albanès, Ga//.,
Christ. novitiS.^ Arles, n*» S 20).
2. 24 avril 1011. Précepte de Rodolphe: « ... Viennammetropolinœ civi-
tatem » [(Ubrario e Promis. Documenti, pp. 15-16:.
2i- avril 1014. Autre précepte de Rodolphe : i< ... Aquis villam, sedem
regalem... Novum Castellum regalissimam sedem... >» (iÂi</., pp. 17-18).
Bâle, 23 novembre 1214. Précepte de Frédéric II : « ...Viennensis eccle-
sia... metropolitanus ejus.... (juia princeps nostri consilii est et archicancel-
lariusin regnu Burgundiie... » | Val bon nais], ^i>/. de Dauphiné, t. II, p. 46,
n°XLll.
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 85
lieu de leur côté à des conciles correspondants. Si fort peu ont
laissé des traces, l'institution en parait bien établie. Comme les
diocèses d'Uzès et de Viviers se trouvaient compris dans le Lyon-
nais, leurs évêques prennent part aux conciles du duché septen-
trional et non à ceux du duché méridional. Cependant, en droit,
pour les faussaires eux-mêmes de Vienne, Viviers dépendait tou-
jours d'Arles ; le premier exemplaire viennois de la Notice en
donne la preuve.
Louis d'Outremer reçut, du royaume de Provence, Uzès et
Viviers: ces deux diocèses, rattachés à la France, cessèrent donc
de relever du Lyonnais. Pour le Vivarais, ce ne fut qu'un acci-
dent momentané; mais, pour l'Uzège, la chose fut définitive K
Malgré cela, les évêques d'Uzès, tout comme ceux de Valence, de
Grenoble et de Maurienne, continuent à prendre part aux con-
ciles du Lyonnais tenus à la fin du x' siècle et jusqu'en 1023. Y pre-
naient part, de même, les suiTragants de Lyon, c'est-à-dire les
évêques de Mâcon, de Chalon et d'Autun, quoique leurs diocèses
fussent placés dans le duché de Bourgogne franque ^. Par contre,
ceux de Viviers, suiTragants d'Arles, bien que placés en Lyonnais,
paraissent s'en abstenir : s'en abstiennent aussi, tout naturelle-
ment, ceux de Die, puisqu'ils sont à la fois suiTragants d'Arles
1. Poupardin, p. 233, et notes 2, 3. Ajouter aux textes cités par Faulcur
la concession en précaire faite à Arles le 20 décembre [967] par rarchevêque
Hier. Le donateur concède des terres qui sont placées, les unes in comiiatu
Ucetico, les autres in regno Provincie, in comiiatu Arelatensi (Gall. Christ.
noviâs. Arles, col. i 14-115, n® 268). Uzès ne faisait donc plus partie de duché
de Lyonnais et du royaume de Provence. — En ce qui concerne le Vivarais,
rendu au royaume de Provence avant la fin du x« siècle, il redevint, bien
entendu, comme le Valentinois, partie intégrante du duché de Lyon-
nais, quoique son évêque continuât à dépendre, en droit, de l'archevêque
d'Arles. [^ octobre-31 décembre 998] : précepte de Rodolphe, confirmant
à Cluoy ses biens, placés les uns in episcopatu Lugdunensi,.. in episcnpatu
Viennensi... in epiêcopatu Valentinensi... in episcopatu Vivariensi, les
autres... in Proventia (Bruel, Ch, deCluny^ n® 2466\
2. [19 octobre] 994-r24 mars 993]. Concile de Saint-Romain-d'Anse
(Bruel, Ch. de Cluny, n« 2255 ; Cart. de Romans, nouv. éd., n^ 55 . — 1025.
Autre concile (M. C. Ragul, Car/, de Sainl-Vincent de 3/acon. M àcon, Pro ta t,
1864, pp. 304-305, no DXVIII. — G. de Manleyer, La paix en Viennois,
Grenoble, 1904).
8G LA PROVENCE DL PREMIER AU Xll*^ SIÈCLE
et placés dans le duché de Provence. En 1037, pour la première
fois, perce Tinfluence des faux de Vienne. On sait que dans un
second exemplaire delà Notice, revu et amélioré, les Viennois, plus
audacieux que dans le premier, s'adjuj^eaient Viviers et Die. La
proximité aidant, Tévêque de Die finit par se laisser persuader.
Le 2 octobre lO'H, à Romans, on voit donc fij^^urer Conon, titu-
laire de ce siège, dans une assemblée publique des comtes et des
princes de V^iennois et de Valenlinois : il y figure à côté des
évoques de Maurienne, de Grenoble, de Valence, de Belley et de
Sion, sous la présidence des archevêques de Vienne et de Taren-
taise *. Ce qui se produisait à Die veîiait de se produire à
Belley: ces sièges, suffragants d'Arles et de Besançon, entraient
ensemble dans Torbite de Vienne. Les Viennois ne pouvaient son-
ger à faire ratifier par Home la collection de faux qu'ilsavaient for-
gée vers 912. Certes, il est possible de surprendre la bonne foi du
siège apostolique et on n'a pas manqué de le faire souvent ; mais, si
le stratagème avait réussi, les archevêques d'Arles n'auraient pas
manqué de protester avec éclat en produisant leurs archives authen-
tiques et la chose eût fait scandale. Ne pouvant agir h Rome,
les Viennois ne devaient pas se faire faute de répandre autour
d'eux les textes sur lesquels ils s'appuyaient : le seul étonncment
qu'on aurait pu manifester dans leur région, c'est que, le temps
marchant et les papes se succédant, aucune confirmation ne fût
venue de Rome depuis le ix»^ siècle. Cette objection n'aurait paslaissé
que d'être embarrassante. Et, comme une faute initiale en entraîne
trop généralement d'autres, les successeurs des premiers faussaires
se trouvaient dans le cas de le devenir à leur tour. Pour cette
cause, Léger, vers 1060, mit leur œuvre h jour par un pseudo-
privilège de Léon IX (1048-1050) ^•. En 1088, Guy de Bourgogne
1. Cart. (le liomans, nouv.éd. , 1S971, pp. 80-94, n» 79.
2. il mai [1048-1050] (loh. a Uosco, Florisironais vêtus bibliotheca^Lierum
jcyston, p. 68; Duchesiu», Fattffs rpiscop:uiJ\ t. 1, p. 17.5). Dom Gi*os-
pellier croit que ce faux de Léon IX nVst pas dû h Lég:er, mais à Guy de
Bourgogne comme les suivants : mais, s'il l'avait fait, Guy de Bourgogne
Taurail attribué, prohahlomenl, h un pape plus rapproché de son pontiQcat
pour donner une valeur plus actuelle à la confirmation.
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 87
s*assit, à son tour, sur la chaire d'Avit et d* Adon : il renchérit
encore sur la trinité de faussaires quiTavaient précédé. Tous les
procès qu'on sait avoir été soutenus ou provoqués par lui, il se mit
en devoir de les gagner, en produisant des privilèges apostoliques
où le bon droit de Vienne apparaissait aux yeux des juges les
plus mal disposés. La chose se passa ainsi pour les difTicultés
relatives à l'abbaye de Saint-Barnard ; il en fut de même pour
le débat relatif au pays de Sermorens, contre Téglise de Gre-
noble et Tévéque saint Hugues. Ce n'étaient pas des privilèges
d'une antiquité vénérable que Guy forgeait ou interpolait:
c'étaient des décisions contemporaines de Grégoire Vil et d'Ur-
bain II, voire de Pascal II *. Le faussaire ne manquait pas
d'audace. Vis-à-vis de la chancellerie impériale, il paraît s'être
montré plus réservé : voulant affermir à nouveau la dépendance
directe de la Maurienne aux dépens de la Ta reniaise, c'est un
pseudo-précepte de Boson, assez gauche d'allure, qu'il inventa ^.
Du temps de Guy, se produisit une véritable révolution écono-
mique. Jusqu'alors la monnaie, à 5/6 de fin comme aloi, se com-
posait de deniers dont on taillait, semble-t-il, 2i0 au poids de la
livre d'origine romaine. Tout d'un coup, ou en peu du temps, le titre
s'abaissa à 2/3 de fin, en même temps qu'on se mit k tailler,
semble-t-il, 360 deniers au même poids que jadis. Par suite, le nou-
veau denier viennois ne valait plus que les 5/9, soit environ la moitié
de l'ancien. Cette «conversion» formidable se produisit à Vienne
après 1075 et, probablement, avant 1092; elle se produisit ailleurs.
Or, les derniers deniers de Tancien système font déjà suivre les
mots traditionnels de la légende VRBS VIENNA par ceux de
PRIMA GALLIARUM, puis par ceux de CAPUT GALLIE 3.
Ainsi, se décèlent lesambitionsde Vienne, qui cherche h supplanter
1. Pseudo-privilège de Grégoire VIÏ, 6 mars 1077 : Cum ex apostolicœ
(loh. a Bosco, Lœvum Xyston, pp. 71-73). — Pseudo-privilège d'Urbain II :
Nolumu9 laiere (ibid., pp. 74-75). — Pseudo-privilège de Pascal 11 :
Potestatem ligandi [ibid,^ pp. 76-78).
2. BibL de Carpeniras, ms. 74, f*>»48 vo-49 v<> (Lambert, Cafal. ,1.1, pp. 40-41 ).
3. H. Morin, Numismatique féodale du Dauphiné. Paris, Rollin,
MDCCCLIV. pp. 16-17, n«« 6 et 7.
88 LA PROVENCE DU PREMIER AU XI1<* SIÈCLE
Arles et Lyon. On connaît le type monétiiire de Léger, ou du moins
le premier employé par lui du temps de l'empereur Conrad, et il
était plus modeste. Ces derniers deniers du système ancien sont
donc, au plus tôt, de la fin du pontiiicat de Léger. Précisément, vers
1060, Léger avait forgé un privilège de Léon IX, ratifiant les pré-
tentions de son église, et ces derniers deniers en dérivent. Ils sont,
au plus tard, du début du pontificat de Guy (1088), puisque les
deniers du nouveau système paraissent à ce moment. Quand la
réforme monétaire se produisit, c'est-à-dire au plus tard vers 1092,
se présente une modification encore plus exorbitante de la légende.
Cest alors que paraît le fameux VIENNA MAXIM A GALLIA-
HUM K Le module des deniers diminuant, il faut se résoudre à des
sous-entendus, à des abréviations. Le motVRBS disparaît comme
inutile, on abrège GALLiarum; mais, s'il est un mot qu'on
n'abrège pas, c'estle superlatif. Cette légende, danssaprétentionde
suprématie sur Lyon et Arles, montre que les Viennois entendaient
enfin recueillir ouvertement le fruit des faux élaborés par leurs
archevêques Audran, Alexandre et Léger "^ Leur pontife actuel,
Guy, était bien Thomme voulu pour cela : puisqu'il occupait, à
son dire, le premier siège des Gaules, celui de Pierre seul pou-
vait lui faire envie. L'avenir récompensa cet ambitieux sans
scrupules. 11 devint pape, pour sa satisfaction personnelle et
pour la plus grande gloire de Vienne. Il est surprenant que le
1. Morin, pp. 21-27, n^* 8-24.
2. En ce qui concorne Lyon, les prétentions de Vienne pouvaient s'au-
loriser de son origine romaine : les colons romains qui fondèrent la cité
de Lyon avaient été destinés h Vienne. Ils remontèi-ent le Rhône jusqu'au
confluent de la Saône par suite de Thostilité des Allobroges. Les Viennois
purent donc se consoler plus tard en disant que Lyon devait sa naissance
aux colons de Vienne. Mais, au point de vue des origines chrétiennes, c'était
Téglise de Lyon qui avait fondé l'église de Vienne. Les pivtenlions vien-
noises s'autorisaient surtout du fait que la résidence du duc de Lyonnais,
en 803, avait passé de Lyon à Vienne. Cette cité, par suite, avait possédé
un roi et un cmpereur,au détriment de Lyon et d*\rles. En ce qui concerne
Arles, les prétentions de Vienne pouvaient s'autoriser de l'organisation
primitive de la Viennoise : Arles en dépendait alors et, avec Arles, les
autres provinces du diocèse gallo-romain des VU provinces. Mais, du jour
où le préfet des Gaules était venu à Arles, cela avait changé.
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 89
Sacré Collège n'ait pu mieux choisir: mais il fallait tenir compte
de la situation politique. Cluny était un puissant avocat pour cet
archevêque bourguignon qui avait su se mettre en valeur au concile
devienne (1112). L'élu, couronné à Vienne le 9 février 1119,
s*cmpressa de ratifier suivant toutes les règles, comme pape,
les faux qu'il avait commis et ceux plus anciens dont
il avait usé comme archevêque : le privilège qu'il expédia à
ce sujet est du 28 juin 1119. Comme s'il ne suffisait pas, il le
réédita le 25 février 1120 ^ Ces actes chargent gravement
sa mémoire. L'église d'Arles n'avait plus qu'à attendre des temps
meilleurs : il ne s'agissait d'ailleurs que d'une prééminence honori-
fique et purement nominale. Par ces privilèges, Calixte II compléta
ses largesses en détachant les diocèses de Viviers et de Valence
de la province d'Arles, celui de Maurienne de la province
de Tarentaise ; il les unit à la province de Vienne. Cela, il
avait le droit de le faire ; mais, moralement, il eût mieux
valu pour Vienne tenir cet avantage d'un autre pape. Ces
diverses décisions prises, Calixte gagna Tltalie au milieu des
encensoirs. Il eut soin de passer par la voie assez pénible
de Gap et de Turin plutôt que par la voie tout indiquée d'Arles et
Marseille : sans doute , il y eût été fraîchement accueilli et on
y eût brûlé moins d'encens.
La bulle du 28 juin 1119 enlevait à l'archevêque d'Arles
son autorité métropolitaine sur Viviers, au duché de Lyonnais, et
sur Die, au duché de Provence. Au point de vue politique, cela
ne changea rien. Viviers n'était plus provençal depuis qu'il
dépendait de Lyon. Die ne cessa pas de rester en Provence :
1. Maguelonne, 28 juin 1119. Bulle Etsi ecclesiarum omnium:.... «que per
autentica predecessorum nostrorum Silvestri, Nykolai, Leonis, Gregorii et
ceterorum pontiGcum romanorum privilégia... cidem çcclesie concessa est,
nos quoque, auclore I)eo, concedimus et presentis privilegii pagina confir-
mamus ut videlicet super septem provincias primatum obtineat... » (Ul.
Robert, BuUaire du pape Calixte II, l. I", pp. 36-38, n^ 25). — Valence,
25 février U20. Texte identique {ibid., pp. 214-216, n» 145).
90 LA PHOVENCE DU PREMIER AU Xll*^ SIÈCLE
Calixtc II n y pouvait rien. Le comté de Diois dépendait et con-
tinua à dépendre du marquisat de Provence K
II
Le comte Tliibcrt^ vicaire du roi dans le duché de Provence
(879-908)
Il importe de déterminer, autant que faire se pourra, la suc-
cession des ducs de Provence et des comtes qui possédèrent
Arles depuis la tin du ix** siècle juscju'au milieu du x*^. Malgré
r obscurité de cette époque, les préceptes royaux et les donations
des fidèles aux éf^lises commencent à se présenter en assez
grand nombre pour ajouter une série de dates et quelques faits
précis aux rares renseignements épars dans les sources narra-
tives.
A l'exemple de Vienne et de Lyon, la Provence avait élu à
Mantaille, le lî) octobre 879, son duc Boson comme roi ^. Tne
nouvelle génération tentait ce que le duc Fourrât avait essayé de
faire trente-quatre ans plus tôt. Ce qui avait échoué en 84*)
réussit en 879. Dans la décomposition carolingienne qui s'avançait,
ce fait était h prévoir. Depuis 870, Télu était duc de la Bourgogne
bourguignonne (Vienne et Lyon) ; depuis 875, il Tétait de Provence.
Enfin, depuis quelques mois à peine, il avait joint à ces deux
1. Saint-Saturnin, juillet 1189. Concession on fief par Raymond, mar-
quis de Provence, à Aymar de Poitiers de la domination du comté de Diois,
h charge de fidélité et d'hommage (Jules Chevalier, Essai sur Die, t. I,
pp. 4()8-469).
llO.'i. Traité entre Raymond, marquis de Provence, et le comte de For-
calquier : le manpiisat sVtond au nord jus(|u'à l'Isère et k fesl jusqu'au
col de (^abre, ce qui comprend le Diois (Arch. départ, des Bouches-du-
Rhône, B. 207).
2. Mantaille, \T^ octobre 871) îMim. Gcrm. hist. Lorfum sect, II. CapHu-
larin, t. II, n° 2Ht, pp. ;<»i;i-:ir.t>;.
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 91
duchés celui de Bourgogne française (Autun) *. Il voulut régner
sur ses duchés. Cette ambition hardie n'eut pas, cependant, tout le
succès qu'il pouvait espérer. En fait, il dut passer immédiatement
le duché de Boui^ogne française à son frère Richard plutôt que
de se le voir enlever par un étranger. Quant à la Provence, seules
les provinces d'Arles et d'Aix se rallièrent à Tusurpateur : celle
d^Embrun demeura fidèle aux Carolingiens^. Ceux-ci, mis subi-
tement d'accord par les événements, parvinrent au bout de deux
ans à le chasser de Vienne ^ et réduisirent son royaume à peu
de chose. Par suite d'un jeu de bascule bien équilibré, pen-
dant que Boson tentait cette expérience, son frère restait
soumis aux souverains légitimes : ce fut Richard qui se trouvait
chargé par eux de mettre Boson à la raison. Ainsi les succès du
cadet compensaient, autant que possible, pour sa famille, les
insuccès de Taîné. Pourchassé, Boson s était réfugié dans la
région montagneuse entre le Viennois ^ et la Provence, et, grâce
1. Voir ci-dessus, p. 78. II est intéressant de noter que dans la Legath
officielle des grands qui précéda le sacre et le couronnement, on assimile
encore Télu aux anciens patrices.
2. Aucun évêquc de la province des Alpes Maritimes ne figure è Man-
(aille. Les sièges de Senez, de Glandèves, de Nice n'étaient probablement
pas occupés ; mais, ceux d'Embrun, de Digne, de Vence l'étaient sûrement,
le frt^mier par Albert, le dernier par Utifred(Duchesne,f as/e*, t. I, pp. 282-
288). Cette abstention totale est une preuve. Dans la province d'Aix, les
évèques d'Antibes, de Fréjus et de Sislcron n'y assistent pas davantage ;
mais ces sièges devaient être inoccupés. Kn tout cas, la présence ô'^Edoldus
évêque de Riez, de Btnco évêque de Gap, enlève toute signification politique
au manque des évêques de Sisteron et, probablement de Fréjus, puisque
Riez et Gap se trouvent au delà de Sisteron.
3. 15 novembre 883, la 2« année de la destruction de Vienne (Chevalier,
Descr, du Cari, de Saint-Maurice, n° 108; Gall. Christ. y t. XVI, instr.,
col. 9.0» XII).
4. On possède un don fait par Odilon, comte de Diois, à Savenne (com-
mune Pont-de-Barret) daté d'un jeudi de mars [886] indictione XII, anno VII
régnante domino nostro Basane rege {Cart. de Saint-Cha/fre, n° LXI). L'in-
diclion est erronée. — II existe un Pey-Boson,/^(/ium Bosonis, sur la com-
mune Saint-Jean d'Herans [Cari, de Domina, n°* o, 6) : on ne doit rien en
conclure, car de nombreux Boson ont pu donner leur nom à ce lieu-dit.
A la même époque, de l'autre côté du Rhône, en Valcntinois, Boson
n'était plus reconnu: voir l'acte relatif h Cornas, dans lu vigueriede Soyons,
sur la ri ve droite, du samedi 26 mars [886] : « régnante Carolo rege anno 111° )^
(Cart. de Saini-Chaffre, n» CCCXXXIX).
92 LA PROVENCE DU PKEMIER AU Xir SIÈCLE
à des partisans fidèles, il mourut roi (11 janvier 887). En droit,
la Provence avait jîassé de Charles le Chauve (f 6 octobre 877'
à son fils Louis II (-{• 10 avril 879) ; après la mort de ce dernier,
le partage du mois d avril 880 Tavait attribuée au second de ses
enfants, Carloman ("{"12 décembre 88i).
De ce jeune roi, mort lui-même à dix-huit ans, on a quelques
deniers frappés à Arles, où Boson n'a d'ailleurs jamais frappé mon-
naie que Ton sache '. Le seul survivant des Carolingiens français
était son frère cadet, Charles, c'est-à-dire un enfant de cinq ans ;
les grands reconnurent comme héritier son oncle au cinquième
degré, Charles III le Gros, dans la branche allemande. De ce nou-
veau roi, on possède aussi de nombreux deniers frappés à Arles '-.
F'ait remarquable, les derniers deniers carolingiens, frappés à
Vienne et connus, sont plus anciens : ils portent le nom de Charles
le Chauve. Malgré Texpulsion de Boson et la prise de Vienne,
Charles le Gros paraît donc avoir concentré son monnayage à Arles •"*.
Plus tard, Louis TAveugle frappera bien monnaie à Arles et à Avi-
gnon * après les Carolingiens, mais il y conservera comme type le
monogramme de Charles le Gros, son père adoptif, ce qui n'aura pas
lieu d'une manière nette à Vienne oii il avait le précédent créé par
son père ^. De ces détails, ténus mais certains, on infère la preuve
que les Carolingiens vainqueurs de Boson étaient mieux vus en
Provence qu en Viennois. C'est naturel : presque toute la Pro-
vence avait élu Boson, heureuse d'être autonome. Mais le roi
de Bourgogne-Provence était viennois plutôt que provençal.
Vienne, héritière de Lyon en 863, cherchait à usurper le
passé d'Arles et sa prééminence. Dans ces conditions, le mécon-
tentement dut naître bien vite en Provence et les troupes
1. M. Prou, Catalogue dett monnaies françaises de la Bibliothèque natio-
nale. Les monnaies carolingiennes^ Paris, 1896, p. 120, n*** 863 à 868.
•2. Ibid., pp. 119-122, no» 862, 869-881. — Cf. Carf. de Saint- Maurice,
n** 108, pour rindiculion de son règne à Vienne, le lîi novembre 883.
3. Ibid., p. 117, n"» 844-8*."..
4. André Sleyert, Xouv. hisl. de Lyon. i. Il, p. 174.
5. Prou, p. 122, no» 882-883; pp. 117-118, u»* 847-850. A Vienne, on
brouille le monot^riunmo npros Charles le Gros.
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 93
de Carloman durent y être relativement bien accueillies. Boson
étant mort le H janvier 887*, on s'arrangea bien vite pour
transiger. Précisément, Charles le Gros était sans enfant légitime ;
la veuve de Boson lui amena son fils Louis quatre ou cinq mois
après etTempereur en fît son fils adoptif ^. Cet acte de condes-
cendance du souverain était rendu possible par le fait que la veuve
de Boson était princesse impériale, nièce au cinquième degré
de Charles le Gros. Les conséquences en étaient claires : dès la
mort de l'empereur, Louis devait représenter à la fois les droits
de son père naturel et ceux de son père adoptif. Il était appelé
légitimement au royaume de Bourgogne-Provence, avec l'expec-
tative de l'empire. Mais, Charles le Gros étant tombé gravement
malade, les peuples germaniques, mécontents, notamment on
peut le croire, de cette adoption d'un prince bourguignon, l'aban-
donnèrent à la fîn de novembre pour son neveu Arnulf de Carin-
thie. Le vieil empereur, dépouillé de tout, mourut à Neidin-
gen sur le Danube le 13 janvier 888 ^. L'empire manquait de
direct et légitime héritier, selon l'expression de Réginon. En
effet, Louis n'était que fils adoptif et Bernard fils naturel.
Chaque royaume s'occupa de se choisir un roi tiré de son
sein : la tête manquant, les membres se séparent.
Arnulf garde la Germanie, avec la suprématie ^, comme
successeur de Charles le Gros; Bérenger devient roi de Lombar-
die, Rodolphe roi de Bourgogne jurane, Eudes roi d'Aquitaine
1. Pierre-François Chifllet, Hist, de TournuSj Dijon, 1064. Preuves,
pp. 234-235; Gustav Richler, H. Kohi, Annalen der deutschen Geschichle,
II, i. Halle, 1885, p. 496, note a. — Juin 887 : « anno primo posl obitum
Bosonc et régnante Karolo imperatore » {Ch. de Cluny, n^ 30).
2. Kirchheim, pendant Tété de 887: « mortuo itaque Buosone, parvulus
erat ei filius de filia Hludowici italici régis : obviam quem imporator ad
Hrenum villa Chirihlieim veniens honorifice ad hominem sibi quasi adopti-
vum filium eum injunxit » (Ann, Fuld. conlinualio Ratisbonensis 887, ed, in
usum Bcholarunij 1891, p. 115).
3. Ann. Fuld,4:ontin, Ralisbon, 887 (ibid,, p. 116).
Pour rinlcrrègne en Bourgogne-Provence, voir Ch, de Cluny, n^» 32, 36,
37; Cari, de Saint-Barnard, 2« éd., n*» 4.
4. Eudes lui prête serment de fidélité en 888 (Favre, Eudes, p. 110) ;
Hermengarde, pour Louis, en mai 889 (Poupardin, p. 155).
9i LA PROVENCE DU PREMIER AU XI^ SIÈCLE
et de PVance-Neustrie, Guy roi en Bourgogne française. Il s'agis-
sait de savoir qui obtiendrait la France d'Austrasie. Guy s'ap-
puyait sur la Bourgogne française et comptait sur Tarchevèque
de Reims, Eudes s'appuyait sur la Neustrie et sur l'archevêque
de Sens, métropolitain de Paris : ce dernier prétendant l'em-
porta. Boson avait vécu dix ans trop tôt : l'époque est bien venue
maintenant où sur les couronnes ducales éclosent les lys royaux.
Pendant toute cette agitation, il s'écoula deux ans et demi entre
la mort de Charles le Gros et l'élection de Louis par les grands
de Bourgogne- Provence, suivie de son sacre : en effet, la céré-
monie eut lieu à Valence entre le 6 et le 22 juin 890 ^ Vienne
restait le centre du gouvernement et avait pris l'initiative de l'élec-
tion comme en 879. Les évêques, qui font rédiger le procès-
verbal de l'élection, s'appesantissent sur lesmalheurs causés au pays
par l'absence de souverain et les invasions des Sarrasins. Il est
difficile d'admettre que ces invasions aient été la seule cause d'un
interrègne aussi long. Probablement, il fallut d'abord liquider
l'aventure de Guy qui intéressait le duc de Bourgogne Richard;
puis la querelle d'Arles et de Vienne avait dû amener un
certain antagonisme de la Provence, de manière à retarder
l'entente nécessaire '^. De plus, il fallut le temps de se procurer
l'assentiment du pape et l'investiture de l'empereur ; enfin,
l'établissement des Sarrasins au Freinet l'aura déterminée.
Tout cela, les grands ne le disent pas, naturellement; les
protocoles ne disent jamais tout. L'assemblée reconnaît à
la jeunesse du souverain deux tuteurs : éclairé par les conseils
de sa mère, il trouvera sa force dans l'appui de son oncle, le
duc de Bourgogne française Richard. Ce n'était plus un oncle
ennemi, mais un oncle protecteur : tels sont les retours de la
1. Valence [6-22 juin] 800 (Mon, Germ, hisL, Capitularia, l. II, n<» 289,
pp. 376-377). Cf. Charles de Cluny, n°» 42, 45, 46. 48, 49, 57, 59, 61, 70,
78, etc..
2. Dès le milieu de 889, Ermcngarde possède l'inveslilure d'Arnulf et l'ar-
chevèque de Vienne obtient rcucycliquc papale adressée à répiscopat(Pou-
pardin, p. 155). Il s'écoule encore plus d'un an, cependant, avant Télec-
tion.
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 95
politique. Entre temps, les Carolingiens avaient ratifié les faits
accomplis : Toncle les ratifiait aussi. Le plaid de Varennes
montre comment fonctionnait le nouvel état de choses à la veille
de l'élection et du sacre *. C'est la reine régente qui gouverne
avec l'assistance des princes ecclésiastiques et laïques, pendant la
minorité de son fils. Tandis que rarchevéque de Vienne était allé
solliciter Tappui du pape, Tarchevêque d'Arles accompagnait la
reine-mère à la cour du roi de Germanie, pour lever tous les
obstacles à l'élection du jeune roi.
Dans cette assemblée de Varennes figure, à côté de Tarche-
vêque dWrles, le comte Thibert, Teutberlus. Sa souscription fut
apposée au plaid Tavant-dernière '-. Aucun acte connu ne lui
\. Le plaid concerne Gigny (cant. Saint-Julien, arr. Lons-le-Saunier),
el Baume, sa dépendance (cant. Voiteur, arr. Lons-le-Seunier). Il est
donc probable que la localité où il fut tenu se trouve actuellement dans
le département voisin de Saône-et-Loire; car, dans celui du Jura, aucune
ne porte ce nom. Mais en Saône-et-Loire, on en rencontre trop : ce dépar-
tement renferme une quinzaine de localités dénommées Varenne ou
Varennes. M. Steyert (Xour. hist, fie Lyon, t. II, p. 180} dit qu'il s'agit
de Varennes-Saint-Sauveur (Saône-el- Loire, cant. Cuiseaux, arr. Louhans),
localité placée à l'extrémité septentrionale du Lyonnais.
Le plaid est certainement antérieur à la date où Louis devint empereur :
il faut donc l'attribuer à l'an 890 qui correspond à Tindiction VIII. C'est la
seule date possible. Si l'on trouve dans le texte mention d'actes postérieurs,
cela prouve tout simplement que ce texte a été remanié après coup pour
former une notice destinée à figurer dans le Carlulaire de Gigny. Pareil
fait se rencontre fré({uemment. Si la date du plaid est dans le style pisan,
elle flotterait entre le 25 mars 890/889 et le 24 mars 890; probablement, il
aurait été tenu par la reine en revenant de la cour d'Arnulf h Vienne. Ce
qui le confirme, c'est que Louis n'y est pas encore qualifié roi. La reine est
accompagnée de l'archevêque d'Arles ; celui de Vienne était à Rome.
2. Les souscriptions du plaid de Varennes sont les suivantes :
S. Ermengardis reginœ Richardusgloriosus cornes f.
Uindo {sic) comes f.
Vigo [sic) comes f.
Ratterius comes f.
S. Rostagnus archiepiscopus Arelatensis Teubertus comes f.
S. Andradus (sic) sanctœ Cabilonensis eccle-
sise episcopus Ragenardus comes f.
S. Isac Gratianopolicensis episcopus.
% LA PROVENCE DU PREMIER AU XII*' SIÈCLE
donne le titre de duc et, cependant, son importance est prédomi-
nante. Plusieurs préceptes du jeune roi sont, de 896 à 900, obte-
nus par les évêques ou les abbés provençaux, par Tinterniédiaire
de ce personnage. En 896 *, son intervention concerne le comté
d'Apt. En 904 et le 21 avril '*, le souverain se trouvant à Arles,
(S. Gaichenon, Bibl, Sebus. Lugduni, M. DC. LX. Cenl.I, cap. XXVI.
pp. 60-61 ; Ilist, de Fr., IX, 663.)
D'une pari les souscriptions épiscopalcs, de l'autre les comtales. Il s'agit
de Rostainj;, archevêque dWrles, et d'Ardre, évêque de (".halon, dont le
prédécesseur Etienne siégeait encore le 18 mai 887 Duchesne, Fastes épis-
copaux, t. Il, p. 195). On ne saurait y voir un évèque de Cavaillon
(Poupardin, p. 153. note 2). Le comte correspondant. Renard, doit être
le comte de Chalon : dans ce cas, ce serait le père de Manassès I
comte de Chalon (804-918), de Renard vicomte d'Auxerre (909-925!,
de Walon évoque d'Autun (894-918) et de Mannon i910).
Si cette correspondance entre Ardre et Renard était établie — et elle
est probable, — on n^aurait pas de peine à admettre que le comte Thibert
correspond, dès 890, à rarchevè<|ue d'Arles, comme on le constatera plus
tard.
Toutes les probabilités portent à rétablir VV</o, au lieu de Vigo ; c'est
ce qu'on est oblif^fé de faire pour l'acte passé à Vienne en août [912]
(Descr. du Carf. de Saint-Maurice, n<» 9i ; Gall. Christ., t. XVI, Instr, col. 13,
n® XVII) et Gingins-la-Sarraz a eu raison de le reconnaître (Les Hugonides,
p. 34, note I94|. Cette restitution faite, on voit ici la première mention du
jeune comte de Viennois Hugues, dont le père, Thibaud, est mentionné en
juin 887 pour la dernière fois(C/i. de Cluny, n** 30) et qui, sans doute, venait
de mourir. Poupardin en convient (p. 205), mais alors il faut renoncer au
comte Guigue hypothétique pmposé par M. de Terrebasse (Poupardin,
p. 202, note 2). Quant à Vindo^ c'est Vuido qu'il faut lire.
1. 896. a industrissimus quidam fîdelis noster nominc Teutbertus illustris
comes » (Bouquet, IX, p. 676). Cet acte prouve que Thibert remplissait les
fonctions de comte d'Apt.
2. Arles, 21 avril 904. « Rostagnus metropolita et Teubertus comes, nos-
tram adeuntes excellentiam ... postulaverunt quatinus fideli nostro Magno,
abbati ecclesie... Marie et... Vicloris... in Massilia... concederemus jure
perpetuo... fiscum... Pinus... coujacentem in comitatu Massiliensi... una
cum terra comitali que ante portam castri fore videtur » (Cart. de Saint-
Victor, no 10 ; Ilisf de F/-., IX, p. 682). Il résulte de cet acte que Thibert
remplit les fonctions de comte de Marseille, puisqu'on dispose de la terre
comtale sur sa demande et que cette terre ne dépend pas d'un comté
étranger : du fait que l'archevêque se l'associe pour intervenir dans
Arles auprès du roi, il résulte aussi qu'il remplissait les fonctions de
comte d'Arles. Mais, puisqu'il remplissait les fonctions comtales à Arles, à
Marseille, à Apt, à Avignon et ailleurs, il faut bien qu'il tienne lieu de
duc en Provence.
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 97
c'est Thibert, conjointement avec Tarchevêque d'Arles, qui inter-
vient afin d'obtenir pour Tabbé de Saint-Victor une concession dans
le comté de Marseille. Le 17 septembre 903 *, il obtient pour
Tévêqucd'Uzès une concession dans le comté d'Avignon ; dans ce
même comté, il obtient un précepte en faveur de Tévêque d'Avi-
gnon le 19 octobre 907 2, Ce dernier fait se renouvelle encore le
16 mai 908 ^, En dehors de Provence, il se trouve avec Tarchc-
vêque d'Arles, soit à Varennes en 890, soit parmi les grands qui
procurent en 903 au comte de Valentinois AUeaume, Adalelmus^
la possession de ses biens à titre héréditaire ^. Cette interven-
tion répétée de Thibert dans plusieurs des comtés les plus impor-
tants de Provence, comme intermédiaire entre les évêques et le
roi, enfin sa présence à Arles en 904, à côté de l'archevêque et
auprès du souverain, sont des indices assez sûrs qu'il tint lieu de
duc en Provence, depuis 890 jusqu'en 908. En raison du fait que
Vienne était devenu le centre politique du royaume à partir de
863, il est tout naturel que les ducs de Provence soient
dès lors choisis à Vienne dans l'entourage du souverain. Pour
Thibert, en particulier, on sait qu'il avait été l'un des fidèles de
Boson et qu'il en avait reçu la terre de Mantaille en Vien-
nois, où l'usurpateur avait été élu roi '». L'existence de ce
1. Lyon, 17 septembre ÎH)3. « Tcutbertus comcs et Walo vir strcnuus,
noslri dilectissimi Gdelcs » (lUsl. de Fr,, IX, 082).
2. Vienne, 19 octobre [907 1. « sub introductu cujusdam fulelis nostri Teiid-
berti comitis » (Arch. de Vaucluse, G. 6, f*» 5; His(. do.Fr,, IX, 683).
3. Vienne, 16 mai [908]. u quidam spectnbilis vir et propincus noslcr nec-
non et carissimus nobis omnium Hugo comcs atquc eciam Teubcrtus fule-
lis noster »> (Arch. de Vaucluse G. 6, f» 6 ; Uist. de Fr., IX, 084).
4. 6 juin 903. « fidèles nostri Hostagnus... venerabilis archicpiscopus,
Berno episcopus, Liutfridus, Hugo atquc Teutberlus comitcs ilUistri ((^bc-
valier. Cari, de Stàint-André-le-BaSy Appondix, n° 12, p. 221 ; Doser, du
Cari, de Saint-Maurice de Vienney n® 195, p. 43).
5. [886-899]. ce villam Mantulam quam gloriosus rex Bosopiissimus senior
meus... prœcepto... magnitudinis suse mihi quondam contulcrat ad possi-
dendum, pro anima régis Bosonis... pricstanlissimo filio ojus Illudovico
domino et seniori meo, milii quoque et uxori meœ prœdictam villam a rcc-
toribus ecclesiœ Viennensis possidcre volo sœclusis hiercdibus mcis »
(d'Achery, SpiciL, t. III, pp. 302-363, iufolio).
Mém. et Doe. de V École des Charles, ~ VII. :
98 LA PROYCNCE Dl PRCMlbR AU Xll^ SIKCLE
lien entre Boson et Thibert invite k penser qu'il n'a pas dû
être duc de Provence tant que ce pays resta carolingien ; en
conséquence, il était bien possessionné en Viennois avant d'ad-
ministrer la Provence. Du temps de larchevêque Bernoin (886-
•j- 16 janvier 899), Thibert transféra Mantaille à Téglise de
Vienne et celle-ci lui en laissa l'usufruit en y joignant Albon,
Tortilianuni et Genissieux. G)nime accroissement de bénéfice,
Thibert reçut en 902, conjointement avec Bernard, l'abbaye
d'Ambierle ^ Louis accorda cette faveur à la demande de son
beau-frère Guillaume, marquis d'Auvergne, comte de Màcon,
palatin de Bourgogne, dont cette localité dépendait. Peu à peu,
Thibert vieilli s'efface devant la personnalité grandissante du
comte Hugues, qui lui succédera en Provence : il y parait pour
la dernière fois le 16 mai 908 et il dut mourir bientôt après. Un
acte du cartulaire de Saint-Maurice, daté du 13 avril [925],
montre le comte Siboud ou Sibeud, souscrivant la donation, con-
sentie par son frère Thibert, de biens a Mons et à <( Gien »
en Viennois, faite k leur proche le prévôt Sobon *-. La qualifica-
tion de comte donnée à l'un de ces deux frères, qui devait être
l'aîné, et l'homonymie de l'autre, c'est-à-dire du cadet, avec le
comte Thibert tendent à prouver qu'ils étaient ses enfants.
Ils étaient apparentés ou alliés à la famille des vicomtes de
Vienne dont Sobon faisait partie. On doit sans doute reconnaître
le donateur de 923 dans Thibert, qui approuve, le 28 septembre
[9421, une concession émanée de Sobon devenu archevêque de
Vienne * ; cette concession concerne l'église Saint-Nazaire de
Four. Ce Thibert, possessionné ainsi en Viennois de 925 à 912,
eut lui-même pour fils, de sa femme Aimenrada^ Arlulfus, ou
1. Vienne, 11 novembre ^002]. « Wilclmus inclylus dux et marchio...
poslulavit... fidelibus nosiris Bernardo... ac Teutberlo... de comitatu Liic-
dunensi... in pajifo Rodanensi )»^C.7i. de Cluny^ n<»78; Ilist, de Fr,, IX, 081-
()S-2i. Ambierle, cant. Saint-Ilaon-le-Chàlel, arr. Roanne, Loire.
2. ri. (Chevalier, Deacr. du Cart. de Saint-Maurice de Vienne, p. 33,
n° 131». — (^.nrt. Sainl-André-le-Das, Appendix n° 19*.
:\. Ihid., p. 31, no 110. — Cart. de Saint-André-le-Bas, Appendix n«
23*. — Four, cant. La Verpillière, an*. Vienne, Isère.
LE ROYAUME DE PKOVENCE VIENNOIS 99
ErlulfuSy et Sigibodus, Siboud *. Le premier, Arlulfiis^ pourrait
être la souche des vicomtes de Marseille ^. En tout cas, lui et
son frère sont propriétaires en Viennois, spécialement dans les
environs d'Annonay. Le nom Erlulfus, d'ailleurs, rappelle celui
d'Arloux, existant à Vienne en 883 et fils du vicomte Angelboud
(870-882) 3. Cette homonymie indique que le comte de Provence,
Thibert, pourrait être le fils de ce vicomte viennois. Quant au comte
Siboud, fils aîné de Thibert, on ne lui connaît pas de postérité à
moinsqu*il ne faille lui rattacher le comte Geilin (956-961), mari,
i. Mercredi de mai [954?], Tan 15. « Ego... Arlulfus... pro remedio anime
genitoris mei Teodbert et genitricis mee Aimenradanc et germanis mai
Sigibodo... de rébus meis, in pago Vienense, in agro Annonacense in villa
...Vinonia... Signum Arlulfi... Signum Isarni. Signum Wagoni. Signum
Poncioni. Signum alii Isarni...» [Cari, de Sainl-Barnard de Romans^ nouv.
éd., no 27; § CVIII).
« Filionostro... Anscherico... Siibodus genitor tuus et Agnes genilrix tua
... donamus.... hereditatc nostra... in pago Vienncnsi... ecclesia... saneti
Marcelli... et in Solencinatis... in Varriona... in Aticiago... in Pradolalis...
et ultra fluvium Rodani quidquid Deus mihi concessit... Signum Siibodi et
uxoris sue Agnes... Et ego Adalsenua... dono ad nepotem meum Ascherium
... Vernatis...» {Cari, de Sainl-Maurice, n° 87. — Cart. de Sainl-André-le-
liaSy Appendix, n<* 116*). Il s'agit notamment de Sainl-Marcel-lès-Annonay
et Atticieux (commune Saint-Jacques d'Atticieux) dans l'arr. de Tournou, de
Véranne dans Tarr. de Saiut-Étienne. Il faut restituer Siibodus au lieu de
Subodus.
u In agro Annonacensi, in villa... Monasteriolum Saiicti Marcelli... ad
portum... Sarreria... ego Aschericus, Saneti Mauricii canonicus... Signum
Siebodi... » (Cart, de Saint- Maurice, n° 87. — Cart. de Sainl-André-ie-Bas.
Appendix n® 115*). 11 s'agit de Saint-Marcel et de Serrières, dans l'arr. de
Tournon.
2. 18 août [955] Tan 14^^. Précepte de Conrad pour Arlulfus (Saint- Victor,
n« 1041 .)
3. Vienne, avril 870. Plaid devant le comte Girard, l'arche vêcjue Adon
et Angilbotone vicecomile et judices et vicariis{Ch. de Cluny, n°15). — Juin
882: ^S. Ingelbodo [Ibid., n« 26). — 15 novembre 883, l'an second de la des-
truction de Vienne. Don parErlulfeet sa femme Adoara^au mémoire de son
père Angelboton et de sa mère Anne... « in pago Viennense, in agro
Ebbaonense, in villa... Anarionis... [Cart. Saint-Maurice de Vienne^ n» 108,
Gall. Christ., XVI,9). Anneyron (Drôme, arr. V'alence, canl. Saint- Vallier),
dans le pays d'Albon, en Viennois.
100 LA PROVKNCK DU PREMIKR AU Xll** SIÈCLE
de Goteliiie et de liairnodis *, puis le comte Paton (968), dont
rautorité, à tous deux, parait s'être exercée priucipalemenl dans
1. [040050?^ « Dili|;endo et valde amabili seniori meo nomine Gillino
comitiet filio suo .Vinerio iiomiiio iii pafr<> Viennensi, in aj;ro C'iart'iise,
in villa... Santiniaco »[Carl. de. Saint-Barnard de Bonians, nouv. édil., n** 21).
Il s'agit d\ino donation faite au comte Giûlin et à Tun de ses fils, de biens
sis en Viennois, dans le pays de Clérieux, par un do leurs vassaux.
30 juin 1)50 :«< inpago Valentinensi, in vioaria Subdiouense, in aice... Cor-
natis, sivc Calliario, vir inclytus nomine Geilinus cornes cum conjuge sua
Gothelina (Ul. Glievalier, (^arl, de Saint -Cha/fre, n° 330;. 11 s'agit d'une
donation à Cornas, dans la viguerie de Soyons et le comté de Valentinois.
Cette localité, sur la rive droite du Hhônc, est h proximité du Viennois.
— Cornas, canl. Saint-Péray, arr. Tournon, Ardèche.
mars U61 : <« in pago quondam Lugdunensi quod nunc est in episcopatu
Valeniinensi Geilinus nobilissimus vir et potens... cum sua conjuge... Rai-
modi in loco qui dicitur Manso Caviliano... Canilis [ibid., n*' 3K»). Manso
Caviliano n'est autre que Mâche ville i^comm. Lamastrt\ arr. ïournon ).
Au 7 décembre, est marqué l'obit d'un comte Geilin, inhumé dans le mur
du cloître de Saint-Maurice de Vienne, apn*s avoir donné à la communauté
du chapitre cillas Cassaf/neluni et Marciacum (Obituaire de l'église de
Vienne. — Poupardin, p. 300). La villa Marciaco se trouvait prt's du cas-
trum Pincti(Curt, de Saint- And ré, n<» 200) et de l'église Saint-Marcel ^/Z>i</.,
n*^ 271). Or le casirum Pineti est sans aucun doute Pinet .commune Èyzin-
Pinet), puisqu*on trouve le lieu de Saint-Marcel dans la mémo commune. Il
faut donc chercher Marciacum dans ces parages rapprochés de Vienne et
non pas, comme on Ta fait, k Marcieu, canl. de la Mure, c'est-h-dire à Fex-
Irémité opposée du diocèse de Grenoble. D*autre part, Cassatjnetum doit être
dans les environs de Gênas (cant. Meyzieux) et de Mure (commune Saint-
lk>nnet-de-Mure, cant. Heyrieux), selon les indications fournies par le Carf.
de Saint'André-le-Bas (n^* 30 et 2H). Cet obit se rapporte, non pas au comte
Geilin de 950, mais au comte Geilin mari d'Ava, père de Tévèque Odon, qui
vivait le 18 mars 1058 (Ci/7. deSainl-Cha/frc. n^* 349 et 350). A cette date,
il donneà Saint-ChafTreSainl-Barthèlomy-de-Vals, Marnas et Buisson (cant.
Saint-Barthélémy), sur la rive gauchedela Galaure. L'obitdececomte Geilin,
<|ui vivait en 1058, se trouve au 5 décembre, dans l'obituaire de Saint-Paul de
Lyon (M.-C. Guigne, Obitnaritim ecclesiœ Sancti Pauli Lugdunensis, Bourg,
Gromier, 1872, p. 51) et au 7 décembre dans l'obituaire de la Primatiale
de Lyon (M.-C^ Guigne, OhituarianiLuf/dunensis ecclesiœ, Lyon, Scheuring,
1807, pp. 105-100 ; M.-C. Guigne et G. Guigne, Obituaire de réalise pri-
matiale de Lyon, Lyon, Vitte, 1902, p. 100.) La première date est celle de
la mort ; la seconde, celle de l'enterrement. Ce comte dominait la rive
droite du Hhone entre Lyon et Vienne. Il laissa à Lyon ses éperons dorés
qui valaient 1000 sous et un vase d'argent de 100 sous : mais ce n'était pas
un comte de Forez, car il fut inhumé à Vienne où il laissa, avec deux vil-
lages, un manteau de drap d'or orne de perles et vraiment splendide. Les
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 101
le Viennois, sur la rive droite du Rhône*. Dans la descendance
plus ou moins certaine du fidèle de Boson, cette branche aînée
etcomtale parait bien être devenue étrangère à la Provence. Elle
est fixée dans le Viennois de la rive droite, dans le pays même
d*où seront originaires les comtes d'Albon; mais ces deux
races voisines, peut-être alliées, sont certainement distinctes.
Tout au plus, la branche cadette de cette descendance, par
Arlulf, fils de Thibert, pourrait être revenue en Provence avec
le roi Conrad, au milieu du x® siècle, pour y occuper un rang
secondaire.
III
Hugues duc de Provence et marquis de Viennoise
(911-928).
Thibert fut remplacé en Provence par Hugues. Celui-ci est
aussi connu que son prédécesseur Test peu. Fils de Thibaud, qui
était devenu comte de Viennois sur ses vieux jours -, et petit-fils
actes qui pourraient concerner le comte Guillaume placé on 956 et 961 sur
la rive droite du Rhône sont les suivants : 28 mars 944. Plaid du marquis
Huj^ues pour Lyon {Ctuny, 656) ; [956-957J (//>/(/. 1016; ri2nov.-981-ll nov.
9821 {Ibid,, 1580).
Il faut ajouter que le marquis Geilin nommé par Tévêquc du Vclay
Gotescalc en 937-938 n'est pas davantage le comte viennois de 956, mais
Guillaume, marquis d'Auvergne et comte de Mûcon, fils dWcfredus {Cart.
de Saint 'Cha/fre, n® 53) : c'est ce marquis dont l'obit figure probablement
k Lyon au 28 juin (Guigue, Obiluaire de Lyon, 1867, p. 56; 1902, p. 44). On
sait que Geilinus n'est qu'une forme deGuillelmus : le comte de Provence,
Guillaume est ainsi nommé dans un acte de Montmajour (Chantelou, Hisl.
de Montmajour, Rev, de Provence, W année, Appendice, pp. 73-75).
1. Mardi 11 mars [968] Tan 27. Précepte de Conrad concédant en précaire
des terres de l'abbaye de Saint-André-le-Bas, in comiiatu Viennensi, in
agro Rogiacensi, in villa Sataralis et in Colonicas... signuni Eierado,
fignuni Patoni comité.,. {Cart. de Saint-Andrà-le-Bas, n^ 95). Il s'agit de
Sarras, canl. et arr. de Toumon, ou do Sc^cheras, dans le même canton ;
dans ce cas, il y aurait lieu de restituer : Sacaralis.
2. Juin 887. « inluster vir Teutbolt comité » (Ch. de Cluny, n* 30). — Cf.
Ann. Bertiniani et Ann, Fuldenses, 880.
102 LA PROVENCE DU PREMIEK AU XII* SIÈCLE
du fameux duc de Bourgogne jurane Hubert, sa mère Berthe —
une carolingienne * — dut lui donner Tambition de suivre
Texemple laissé par son parent Boson et d'être roi quelque part,
quand il le pourrait. Son père, qui vivait encore au mois de
juin 887, ne tarda pas à mourir: dès 890, au plaid de Varennes,
on voit paraître Hugues qui avait dû lui succéder comme comte
de Viennois *-. Cette situation, la naissance de sa mère, sa
parenté avec Louis le nouveau roi, dont il était cousin au
sixième degré, tout cela réuni présageait à sa jeunesse un grand
avenir. Pour le moment, c'étaient le duc Richard et le comte
Thibert qui jouaient les premiers rôles ; mais il était destiné k
leur succéder. Louis, ne se contentant pas d'être roi comme
son père Boson, voulut ceindre la couronne impériale à Rome
en héritier réel de son père adoptif, Charles le Gros. L'apothéose
fut courte : jamais la dignité de TEmpire rénové ne se trouva
si bas. Chassé d'Italie, Louis voulut y revenir malgré sa promesse;
on vit alors un bourreau mettre la main sur l'empereur pour
lui faire subir un supplice infamant. Sa nouvelle tentative sur
l'Italie manquée, Louis fut ramené dans Vienne aveugle ; le
comte Hugues, en qui il retrouvait sans doute le compagnon
de sa jeunesse, reçoit les marques de sa confiance et de son affec-
tion. Le jour de Pâques 17 avril 902/3, ce comte intervient avec l'ar-
chevêque de Vienne pour procurer au vicomte de Vienne ^ des biens
1. Fille (le Lothairc II et de Waldrade, née de 852 à 855 ou vers 800,
elle épousa Thibaud avant 880 ; elle en eut Hu^es, Boson et Thibcrj^e.
Elle épousa ensuite, avant UOO, Albert le Riche, marquis de Toscane,
dont elle eut Guy, Lambert et Ermenj^arde. Elle gouverna rilalie par
Tamour, dît Liulprand, cl mourut à Lucques le 8 mars 925 (//i«/. de /♦>.,
IX, p. 105 : Liudprandi Antapodosis^ Lib. III, § 18). Son épitaphe a été
pul)lice de bonne heure (F. Conlelorio, Mathildis comifissœ genealoffia.
InliMamn.T MDLVII. pp. 37-38).
2. Varennes 1^81)0-. « cuncti principes Ludovici... Ugo comes... » (///«/.
de Fr.^ IX, pp. (>(»3-()0t!. Il est le y des six laïques.
3. Vienne, M avril lK)2/3. «« Hagamfrcdus vencrabilis Viennensium archie-
piscopus nocnon et sacri palatii nostri notariorum nostrorum summus
alque illustris comes Uxi^o nosterquc propinquus... in pago Viennensi... •
(Ul. Chevalier, Dcscr. du Cari, de Sainl-Mauricey n® 193. — Éd. Cart, Saint-
André, Apj). IT).
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 103
en Viennois. Deux mois plus tard, le 6 juin, il ne paraît être
encore oflîeiellement que comte de Viennois, quand il inter-
vient avec d'autres personnages en faveur du comte de Valen-
tinois ^ ; de même en avril 907 et vers 908, quand l'archevêque de
Vienne déclare agir de son conseil et avec son aide ^. Mais sa puis-
sance dans le royaume entier ne tarde pas à se manifester : pour la
première fois, le 16 mai 908, il sert avec Thibert d'intermédiaire
entre un évêque provençal et l'empereur ^. Il s'agit de l'église
d'Avignon. Hugues ne reçoit que le titre de comte dans ce
précepte, — tout comme Thibert — ; mais celui-ci, dont on
appréciait jadis l'activité et le mérite par les termes élogieux
d*industrissimu8 et d'illustris cornes^ ou encore par celui de
dilectissimus^ se voit fort sèchement traité de fidelis nos-
ter, sans plus. Le contraste est d'autant plus vif que le notaire
Gamier, rédacteur du précepte, ne trouve pas d'épithètes assez
flatteuses pour honorer le favori dont la puissance commence à
dominer, soit qu'il les ait recueillies réellement de la bouche
impériale, soit qu'il cherche à les amplifier lui-même. Selon son
témoignage, Hugues, cet homme respectable, ce proche de l'em-
pereur, est chéri entre tous par le souverain. Dès lors, évidem-
ment, Hugues est le premier personnage du royaume : son
influence a remplacé celle du duc de Bourgogne Richard, oncle
du roi, et celle de Thibert. C'est fort naturel : comte de Vien-
nois, il se trouvait constamment auprès de la personne du sou-
1. C juin 903. «fidèles nostri Rostagnus... venerabilis archiepiscopus,
Borno episcopus, Liutfridus, Hugo alque Toutbertus, comités illustri »
(Ul. Chevalier, Descr, du Cart, de Saint-Maurice, n*> 195. — Éd. Cart. Saint-
André-le-Bas, Appendix n® 12). Thibert répond à Rostaing d'Arles, et Liiit-
frid à Tévêque Bernon.
2. [30 avril 907-novembre 908]. <• ego Alexandcr sacre sedis Viennensis
archiepiscopus...cum consilioet auxilio Ugonis incILti comitis... » ([Ul. Che-
valier], Cart. de Saint-Barnard de Romans, nouv. éd., n^ 6). — Jeudi, avril
[907] (Ul. Chevalier, Descr, duCarl.de Saint-Maurice, n'^ ^0; en extrait,
dans Cart de Saint- And ré-le-Bas. Appendice, n° 104*, §3).
3. Vienne, 16 mai [908]. « quidam spectabilis vir et propincus nosler
necnon et carissimus nobis omnium Hugo comes atque eciam Teubertus
fidelis noster » (Arch. de Vaucluse, G. 6, f^ 6: Hist. deFr., IX, 684).
loi LA PROVKNCE DU PREMIER AU XIl' SIÈCLE
verain dont il avait la garde. Huppes était homme à profiter de
la situation. Peu h peu, le comte de Viennois devint, dans Tordre
laïque, ce qu'était déjà Tarchevêque de Vienne dans Tordre
ecclésiastique. Celui-ci était placé à la tête de la chancellerie du
royaume; Ilujyues assuma la direction du pouvoir militaire. Cette
première intervention du comte de Viennois, hors du Viennois,
en 908, s'explique par le fait que la Provence venait, en 907, de
perdre son autonomie administrative. Les affaires de ce pays
étaient désormais sous le contrôle de Tarchichancelier et du
comte. Quand il eut atteint cette situation prééminente, il lui
fallut un titre légal qui y correspondît. Il Teut bientôt :
pour la dernière fois, il paraît à Vienne en août [912?] avec
la simple qualification de comte *. Dès le début de cette
année 912 ou la fin de 911, il est cité à un plaid impérial par
Tévéque de Valence, en qualité de duc et marquis. Le duc est
condamné par V ordre de Tempereur, du conseil des évéques et sur
le jugement des comtes qu'assistent les autres fidèles. Ces
termes précis et juridiques du plaid sont à noter : mais le
rédacteur de Tacte a soin de montrer, avant tout, le duc touché
par sa piété envers Téglise. Bientôt, le 4 avril [91 2j, interve-
nant en faveur de Téglise d'Avignon, en compagnie de Tarche-
véque d'Arles, il est qualifié de duc pour la seconde fois dans un
précepte royal *. Cette intervention simultanée de l'archevêque
et de Hugues, en faveur d'une église de Provence, prouve évi-
1. Vionno, dimanche 2, 9, 10, 2'A ou 30] août [012 j, Tan 12'. «cjro in Dei
nomine Ve^o(.s/c = Vcg^ojgralia Dei cornes... in comilalu Vienncnsi. in villa...
Trocilianus... Sijjniim Vegoni (.st> = Vcgoni) pfratia Dei comilis... »(U1. Che-
valier, Doser, du Cart. de Saint-Maurice, n® 9 t. — Gall, Christ., t. XVI,
Instr.,col. 13, n" XVH).
2. Vienne 'septembre 9 12/1, 22 févrierj 912, indiclion XV, Tan XI. « vcniens
vir venerabilis Hemegarius sanctaî Valenlinensis ecclesia» pra^sul... procla-
mans... Villam Novani... Hugo inclylus (lux ol marchio... Villam Novam
malo ordine tenebat... » (Gall. ChrisL, XVI, Inslr. eccl. Valenlinensis, col.
101, n*' 1). Présents : les archevêques de Vienne et d*Embrun, Tévêque de
Grenoble, les comtes d'Arles cl de Valence. Le texte du jugement est
rédigé sur l'ordre, non de l'empereur, mais de son archichancelier, c'est-»^-
dire de l'archevêque de Vienne.
[Vienne], 4 avril [912'. « Ugo dux et gloriosus cornes necnonct Boso fra-
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 105
demment que le comte de Viennois remplissait désormais les
fonctions de duc ou marquis de Provence. Thibert dont on ne
parle plus était, sans doute, mort dans l'intervalle, c'est-à-dire
entre le 16 mai 908 et le 4 avril 912, et le favori Hugues lui
avait succédé. Il est très probable que la concession du titre de
duc à Hugues coïncide avec cette mort.
Quand on examine tous les actes qui le concernent depuis
cette époque, si peu nombreux qu'ils soient, il semble bien s'en
dégager certains faits. On voit que les actes royaux le qualifient
tantôt comte et duc, tantôt duc et marquis, tantôt comte et
marquis ^ Les actes émanés des archevêques de Vienne le qua-
lifient tantôt duc, tantôt comte et marquis 2. Lacté passé à Arles
ter suus sivc domnus Rothstagnus archiepiscopus... » (Arch. de Vaucluse,
G. 6, ^ 7. — Hist. de Fr., IX, 685, n<» XVI).
A propos de la date des trois actes précédents, voir plus loin l'Appendice
spécialement consacré au mode de dater les actes du règne de Louis
TAveugle.
1. 4 avril [9121. « Ugo dux et gloriosus cornes... » pour Avignon... (//i8<.
f/eFr., IX, 685, n»XVI).
920. « Hugo inclitus cornes et marchio nosterque fidelis et propinquus...
aliquid ex rébus de comitatu ipsius que pertinent ad vicecomitatum... » en
Viennois... (Bruel, Ch. de Clany, n<» 223).
[22 janv. 919-9 juillet 926). « Ilugo inclitus cornes et marchio nosterque
fidelis et consanguineus... » en Viennois... (Ul. Chevalier, Descr. du Cart,
de Saint-Maurice, n° 197. — Cart. de Saint-André-le-Bas, App. n° 13*). Ce
précepte est postérieur au 22 janvier 919 : cf. Descr, du Cart. de Saint-
Maurice^ n« 40. — Saint- And ré-le-B an, -^PP* "" 104*, § 5).
[s. d.]. « inclyti ducisac marchionis nostri Ilugonis videlicet propinqui
Dostri... » |>our Valence (Hi»t. de Fr., IX, p. 685, n° XVII).
2. 23 juillet [922]. « Alexander... domnus Hugo comes et marchio nostram
expetit et mansuetudinem... » en Viennois... « S. Ilugonis duels ob cuj[us]
deprecatione[m] presens factaest prestaric conlacio... » [Descr. du Cart. de
Saint- yfaurice, n<* 121. — Cart. Saint-Andrâ-le-Iias, App. 18*).
[22 janvier 919?-9 juillet 926]. « Alexander... ad deprecationem et
salubrcm ammonitionem domni Ilugonis gloriosi ducis...» eu Viennois...
(Ul. Chevalier, Descr. du Cart. de Saint-Maurice, n" 05. — Cart. Saint-
André- le- Bas, Xpp. 15*).
A ces deux textes émanés de l'archevêque, on en peut joindre un troi-
sième de Tabbé de Saint-Barnard :
Romans, 14 juin [917J... « Fortunius abbas... consensu domni Ugonis
inclili ducis... « (Cart. de Saint-Barnard de Bomnns, nouv. éd., n<» 0).
Il y en a un quatrième émané d'Aymon. abbé de Saint-Martin d'Autun,
106 LA PROVENCR DU PREMIKR AU XII* SIÈCLE
par un particulier et relatif à des biens sis dans le comté d*Arles
le qualifie d'abord duc et marquis, puis comte et marquise Quant
à Hujjues lui-même, il se qualifie comte et marquis dans le dispositif
de ses actes relatifs au Viennois ; mais sa souscription porte, de
préférence, la seule qualité de duc '*. 11 s'agit de déterminer la
valeur propre des titres de duc et de marquis donnés ainsi
désormais au comte. A ne considérer que les actes émanés de
la chancellerie pontificale de Vienne, il semblerait que ces qua-
lités de duc et de marquis étaient considérées comme équivalentes
en fait, puisque le comte de Viennois les y reçoit Tune ou l'autre
alternativement. Ces actes ne les lui donnent jamais toutes deux
ensemble et cela tendrait encore à prouver l'équivalence de
fait, car il y aurait une redite inutile à les donner Tune et
l'autre dans le même acte, si l'équivalence est admise. Hugues
lui-même, dans l'un de ses actes personnels, se fait qualifier comte
et marquis dans le dispositif, mais il y souscrit avec la qualité
de duc : ce serait là un autre indice apparent que les qualités de
et relatif au Viennois : mercredi. 2 mars 926 : « Aimo... abbas... por consen-
siim et sunsioncm nobilis principis cl marcbionis Hugonis... accesserunt
Viennensis ccclosiœ filii et le^ati... niissi a domino Alexandro archiepiscopo
et canonicis ejus... ut villam Tortilianum... pcrmutarent... » (Cart.de SaÎFit-
Maurice de Vienne, n® 29 ; Mabillon, Diploni.^ 566 ; G. Ri voire do
la Hatio, Alhon et le concile d'Epaone ; lieoue du Dauphiné et du Vita-
mis, t. I, pp. 135-136, Vienne, 1877, in-8).
1. Arlos, 3 octobre 921. « Offo Riporlus hanc cartam commutationis
cum domno L'^one duce et marchione facore volui... in commitatu Arcla-
tcMisi, in valle Saxollica, in tcrminio de villa Juncarias mansiones Ires et
casales diriitos... donat l'ji^o cornes et marchio Riperto molinum qui est
de comitatu Arelatensi, in loco... a la Fossa in fluvio Alsini... »» (Authen-
ti(Iiie d'Arles, f" xxviii, n» XXVI ; Bibl. de Carpenlras, ms. n» 1856, ^
220 r" :Peircsc, licf/., LXXIV, vol. i).
2. ; Vienne^ 25 décembre [020]. c epo... Hugo cornes et marchio... »> (en
Viennois). « Signum Hugonis ducis... » (Ul. Chevalier, Car/, de Saint-André-
le-Ilift, n*' 124).
|25 octobre 912-mai 92i]. « Ego in Dei nomine domnus Ugo venerabilis
cornes et marchio... pro remedio anime uxoris mec nomine Ville reginc... »
en Viennois... « Signum domni Ugonis comitis et marcbionis... » [Cart,
de Saint-Pierre de Vienne, n° 96. — Ul. Chevalier, Cart, de Saint-André^
le-IiaR, A pp. n" H*;.
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 107
marquis et de duc étaient équivalentes de fait. Mais, dans un autre
acte, il reçoit dans la suscription et prend dans la souscription
les deux qualités à la fois. Donc, il est bien évident que, si ces
qualités étaient à peu près équivalentes, elles n'étaient pas iden-
tiques. L'autorité du marquis dans sa marche s'étendait sur
plusieurs comtés, comme celle du duc dans son duché : mais une
marche était moins importante qu'un duché et elle était autre
chose. Ainsi la qualité de duc, plus éminente, était forcément celle
des deux que Hugues devait joindre de préférence à son nom * en
faisant apposer sa souscription aux actes. Le protocole de Tarche-
vêque de Vienne et celui de Hugues examinés, reste à considérer
la chancellerie impériale : c'est là évidemment que doit se rencon-
trer le style officiel le plus rigoureusement précis. Puisque l'un
des préceptes et le plaid impérial donnent à Hugues les deux
qualités de duc et de marquis k la fois, c'est une confirmation de
l'indice qu'elles avaient chacune leur valeur propre. Cette valeur
propre à chacune se précise clairement quand on forme trois
séries des actes impériaux suivant qu'ils donnent au comte de
Viennois le titre de duc, le titre de marquis ou les deux à la
fois. L'examen du dispositif révèle que la première de ces séries
se compose de préceptes relatifs au pays de Provence. La
deuxième se compose de préceptes relatifs à la région vien-
noise ; la troisième enfin se compose d'un précepte et d'un plaid
relatifs au Valentinois, région intermédiaire entre les deux pré-
cédentes. Se reportant à la chancellerie du comte lui-même et
opérant un tri analogue des actes qui en émanent, il résulte de
cet examen que les actes, dont la suscription annonce le marquis,
concernent le Viennois. Le protocole officiel de la chancellerie
impériale et le protocole personnel du comte observent donc la
même règle. Quant à la chancellerie archiépiscopale de Vienne,
elle donne en Viennois au comte, tantôt son titre régulier de mar-
1. On a deux exemples d'actes où la souscription porto la (jualilé de
duc, quand le dispositif annonce le marquis ; par contre, on nVn a aucun
où la souscription porte la qualité de marquis, quand le dispositif annonce
le duc.
108 LA PROVENCE DU PREMIER Af XM^ SIÈCLE
quis, tantôt son titre préféré de duc : cette chancellerie est donc
moins stricte de forme. L'acte arlésien qualifie Hugues : duc [de
Provence] et marquis [de Viennoise]. Puis, comme Hugues
dispose d'un bien du comté d'Arles qu'il possédait personnelle-
ment sur la rive droite du Rhône, l'acte le qualifie : comte
[ d'Arles j et marquis [de Viennoise]. C'est là un simple acte
privé où il faut encore moins, en principe, chercher les
formes strictes. L'accord des chmx premières chancelleries
suffit à mettre en lumière le fait que le comte de Viennois
Hugues jouissait, depuis 911 ou 912, du titre de duc pour la
Provence et du titre de marquis \y>uT la Viennoise. Les actes offi-
ciels qui concernent le Valentinois annoncent la double qualité,
c'est-à-dire le duc [de Provence] et le marquis [de Viennoise]. Le
Valentinois, placé entre la Provence et la Viennoise, relevait donc
de l'un et de l'autre. H s'agit de préciser dans quelle mesure.
On sait que, depuis la division de la province romaine en Pro-
vence et en Viennoise, le Valentinois se trouvait être une partie
intégrante de la Viennoise, comme le Diois Tétait de la Provence.
Mais, le partage de 863 ayant ajouté une fraction de la Viennoise à
la Provence pour former le lot de Louis H, cette fraction se com-
posa des comtés de Tarentaise, de Maurienne, de Graisivaudan
(diminué de la Savoie et du Sermorens), de Tullins (démembré
de Vienne) et du Valentinois (moins celui de la rive droite).
Depuis lors le Valentinois de la rive gauche, sans cesser d'être une
terre viennoise, fut pratiquement uni à la Provence. Le précepte
de 903, en faveur du comte de Valentinois, n'est pas délivré jussa
impcriali; le plaid royal de 912, en faveurdeTévêque de Valence,
est dicté par le notaire viennois Thion, plutôt que par Garnier.
Ces deux faits semblent prouver que, de 899 à 907, ce Valenti-
nois, en droit, ne relevait pas directement de l'empereur, comme
en relevait la Provence, et que ses affaires passaient alors, comme
celles du Viennois, par l'intermédiaire de l'archichancelier.
Mais, puisque la chancellerie viennoise donne à Hugues la double
qualité de duc et de marquis dans les actes administratifs qui
concernent le Valentinois, ce fait prouve que la tradition créée
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 109
par les partages carolingiens était toujours vivante. Quand le
duché de Provence et la marche de Viennoise furent créés en
9J1 pour le comte Hugues, le Valentinois de la rive droite resta
partie intégrante de la marche de Viennoise, tandis que celui de
la rive gauche demeura joint au duché de Provence. Ce duché
comprenait donc la Provence proprement dite, dont la chancel-
lerie de 899 à 907 relevait directement du souverain, et, de plus
la terre viennoise du Valentinois de rive gauche dont ladminis-
tration passait toujours par l'intermédiaire viennois de 1 archi-
chancelier. Les préceptes adressés à Tévêque de Valence, dont
le diocèse comprenait les deux Valentinois, devaient donc bien,
pour se conformer à la réalité, qualifier Hugues à la fois duc pour
la rive gauche et marquis pour la rive droite. Ces préceptes
devaient aussi, comme ceux du Viennois, passer par la voie
hiérarchique de Tarchichancelier.
L'acte arlésien de 921 qualifie Hugues k la fois duc et mar-
quis, pour la même raison que les actes officiels relatifs au
Valentinois. En effet, cet acte concerne un immeuble dépen-
dant du comté d'Arles, à Jonquières, et Jonquières se trouve sur
la rive droite du Rhône. Si donc la Provence de la rive gauche
et le Valentinois de la rive gauche formaient le duché, la partie
des comtés d'Arles et d'Avignon sise sur la rive droite devait,
comme l'Uzège, le Vivarais et le Valentinois de la rive droite,
dépendre de la marche. En cela, les traditions du duché de
Lyonnais persistent.
Il est probable que les comtés de Tullins, de Graisivaudan,
de Maurienne et de Tarentaise, ces autres terres viennoises
jointes à la Provence en 863, ont fait partie de la marche de
Viennoise en 911, au lieu de suivre le sort du Valentinois de rive
gauche. Aucun précepte de la chancellerie impériale ne concerne
ces contrées à cette date et, ainsi, la preuve de ce fait manque.
Cependant, en raison de la prépondérance de plus en plus marquée
de Vienne sur Arles, la probabilité en est assez forte : dans
le cas contraire, la marche de Viennoise eût été bien restreinte.
Personne ne sera surpris de voir restaurer le duché de
110 LA PKOVËNCK DU PKEMIER AU XU^ SIÈCLE
Provence en faveur du comte de Viennois, mais rérection en
marche de la Viennoise elle-même, à la place du duché de Lyon-
nais, est une nouveauté. La marche est une frontière organisée
militairement contre les attaques possibles de l'étranger qui Ten-
toure au dehors. 11 importerait de dire si cette organisation du
royaume de Provence était dirigée contre le royaume de France,
contre celui de Lombardie, ou contre celui de Bourgogne jurane.
L'excellent travail de Desimoni donne des informations nettes
et précises sur l'organisation du royaume de Lombardie *. Tant que
l'unité de l'empire d'Occident a subsisté, tant que ce royaume a fait
corps avec lui, les seules marches dont on constate l'existence
sont celles qui garnissaient les frontières de l'empire. Ce sont
celles du Frioul à l'est contre les Slaves, de Spolète au sud
contre les dépendances plus ou moins directes de l'empire
d'Orient, de Toscane ii l'ouest contre la mer et les Sarrasins. Ce
sont là, proprement, les ti^ois marches impériales de Lombardie :
elles forment un système complet et continu, si l'on prend
garde à un fait évident que Desimoni ne parait pas avoir songé
à mettre en relief. Le duché papal de Rome est, en réalité, une
marche ecclésiastique dépendant de l'empire d'Occident entre
Spolète et la Toscane. Dans ce système, le royaume de Lombar-
die faisant corps avec l'empire, il ne pouvait y avoir de marche
au nord de ce royaume contre la frontière de Germanie. Le sys-
tème se raccordait au nord-est avec les marches germaniques et
au nord-ouest avec les marches romanes de Provence, de Gothie et
d'I^spagne. L'empire d'Occident se disloque à la mort de Charles
le Gros et le royaume de Lombardie se choisit un roi dont la
dépendance, vis-à-vis du roi de Germanie, n'est plus que nomi-
nale. Les marches d'empire deviennent marches royales :
elles subsistent, mais la dislocation qui vient d'avoir lieu rend
1. (lornelio Dosimoni. Suite marche critalia e nulle loro diramazioni
in mnrchesati, Lcltore ciiiquc al conim. Doincnico Promis. Seconda
edizionc accMvsciuta di altri sludi dollo slosso autorc e corredata di alcune
lavole gonoalojriche (eslrallo dap^li AtU délia Snciefà Lùjure di Sloria
palria, vol. XXVIII, fasc. 1, série lerza), pp. lil-150.
LE ROYALME DE PROVENCE VIENNOIS 111
leur système incomplet. Désormais, le royaume de Lombard ie
doit se couvrir au nord comme il Test déjà sur ses autres fronts :
il doit se couvrir contre la Germanie et contre la Bourgogne.
Voilà pourquoi Desimoni constate la création de deux marches
septentrionales dont les titulaires paraissent en 891 et en 892.
La première, qui est celle d'Ivrée, couvre le royaume contre
la Bourgogne jurane et Aoste ; la seconde, qui est celle de Brescia-
Modène le couvre contre la Germanie et Coire. Ce n'est pas tout.
Les rapports entre la Lombardie et la Provence étaient alors
fréquents; si les tentatives de la Bourgogne jurane pour
dominer la Lombardie furent de courte durée et peu heureuses,
en revanche celles de la Provence réussirent mieux. Après la
catastrophe de Louis T Aveugle, Hugues demeura plus de vingt
ans roi de Lombardie. Aussi, la marche d'Ivréc faisait tête
directement à Aoste et non pas à la Provence, quoique son
étendue englobât, paraît-il, tout le Piémont. Dès que l'influence
provençale disparait avec Hugues (-}• Arles, 10 avril 947) et son
fils Lothaire (•}• 22 novembre 950), la préoccupation nouvelle de
se couvrir mieux contre la Provence et la Viennoise se fait jour.
Ivrée reste en sentinelle devant Aoste : quant au Piémont et
à la Ligurie, face aux Alpes jusqu'à la mer, leur territoire s'or-
ganise en trois marches serrées Tune derrière Tautre, de manière
à s*opposer, par trois lignes successives, aux Provençaux qui
descendraient des Alpes ou à Tennemi qu'amènerait la mer. Ces
trois marches appuyées l'une sur l'autre sont celles de Gênes-
Milan, de Savone-Montferrat et d'Albenga-Turin. Voilà pourquoi
Desimoni en constate l'existence dès l'avènement de Bérenger, à
la fin de 930. Désormais les Alpes étaient bien gardées : les
hommes les plus prévoyants ne pouvaient se douter que quatre-
vingts ans plus tard, la Provence et la Lombardie seraient placées
sous le même sceptre et que, aussitôt après, les deux revers des
Alpes se trouveraient unis parle mariage imprévu, avec un comte
viennois, d'Adélaïde deTurin, deux fois veuve sans enfants d'époux
tirés de la Germanie. Ce qu'il faut retenir de tout cela, c'est que
le système défensif de la Lombardie contre la Provence n'a été
créé qu'en 950, à l'avènement de Bérenger.
112 LA IMiOVKNCK DL PREMIKR AL Xll*^ SIÈCLE
Si le royaume de Provence a constitué lui-même une marche
contre la Lombardie, il ne Ta fait, évidemment, qu'après avoir
perdu tout espoir de la dominer, ou bien pour répondre à une créa-
tion correspondante de la Lombardie contre lui-même. Il aurait
pu la créer en 903 après la catastrophe de Louis TAveugle,
mais on sait qu'il ne Ta pas fait : la raison en est sans doute
que les Viennois ne renon<;aient pas encore à passer les Alpes. Ne
Tayant pas fait en90o, on voit moins encore pourquoi cette marche
viennoise contre la Lombardie aurait été créée en 911. Si elle
lavaitété alors, la Lombardie n'aurait pas attendu 930, de son côté,
pour organiser la marche de Turin. En conséquence, ce n'est pas
contre la Lombardie que la Viennoise parait être devenue une
marche en 911 sous l'autorité du futur roi de Lombardie.
Ce ne doit pas être davantage contre le royaume de Bourgo-
gne jurane : car, à cette époque qui répond à la lin du règne de
Rodolphe l*^', les relations entre les deux royaumes paraissent
avoir été bonnes. C'est l'époque où le notaire Garnier, d'origine
probablement jurane, dirigeait la chancellerie viennoise : la sœur
du roi de Jurane, Adélaïde, était d'ailleurs la tante (Mir alliance
de Louis l'Aveugle. Entin le marquis de Viennoise, Hugues, allait
bientôt épouser la veuve du roi de Jurane.
Reste le royaume de France. On sait que Louis l'Enfant,
roi de France orientale et le dernier des Carolingiens de Test,
était mort en 911 *, probablement le 24 septembre. La Lor-
raine passa entre le 10 octobre et le 20 décembre à Charles le
Simple, roi de France occidentale *. Pendant que Conrad de Fran-
conie, élu comme roi au delà du Rhin, cherchait k reprendre la
Lorraine et se trouvait en Alsace, on voit le roi de Bourgogne jurane
Rodolphe venir à BAle en 912, sans doute pour avoir une entre-
vue avec lui ^, 11 est donc probable que la Bourgogne penchait alors,
1. Kiiln» le 10 juin et le 10 novembre, i)eut-ùtre le 2i septembre
,(j. Kiclitcr, Annnlen der Dciilsc/ivn Geschichte iin mUtelalter II Ablei-
iuncr, zweite halfte. Halle, 1887, pp. 538-539 : 911, note a).
2. //>«/., p. oiO, note c; Robert Parisot. Le royaume de Lorraine^ Paris,
1899, p. 583.
3. nichter, p. 542, note a.
LE ROYAUME DE î>ROVENCE VIENNOIS H3
plutôt du côté de la Germanie que vers Charles le Simple. Ainsi,
que le royaume de Provence se soit mis en garde lui-même contre
le royaume de France occidentale à la fin de 911, cela n'aurait
rien de surprenant, en raison de lexpansion récente de ce voisin.
Depuis la dislocation de Tempire, on observe d'ailleurs dans le
royaume de France occidentale ce qui s'était produit dans celui de
Lombardie. Le réseau des marches impériales se complète par des
marches nouvelles contre la Bourgogne et la Lorraine. Contre la
Lorraine, il suffit de nommer ici le comté de Flandre, à partir
de Baudouin II (879, -J- 10 septembre 918) *, et les marches
ecclésiastiques des évêques-comtes *. Contre la Bourgogne,
la partie orientale du duché de Guyenne, c'est-à-dire le comté
d'Auvergne, obéit désormais à un marquis; de même, le
comte d'Autun, qui remplit les fonctions de duc dans le duché
de Bourgogne française, est dénommé marquis, en raison de sa
situation. Le comte d'Auvergne Guillaume parait avec la qualité
de marquis dès le 11 novembre 902 •^. Le comte d'Autun,
Richard, de même, le 30 juin 905 '*.
Le système se complétera par les marches ecclésiastiques des
deux évêques-comtes de Gévaudan et du Puy, de sorte que la
ceinture du royaume de France sera formée par les anciennes
marches impériales d'Espagne et de Gothie, auxquelles se join-
dront celles de Gévaudan, de Velay, d'Auvergne et d'Autun,
pour aboutir, par Langres, Chalon, Reims, Laon, Noyon et Beau-
1. Baudouin II, dit le Chauve, succéda à son père en 879 (Léon Vau-
derkindere, La formation territoriale des principautés belges au moyen
«(/<?, t. !•'", seconde édition, Bruxelles, II. Lamerlin, 1002, p. 45 ; cf. pp. 42-
44). II mourut le 10 septembre 918, au témoignage de Folcuin qui écri-
vait vers 960 et qui Tappclle inclitus marchisus (Chronique de Folcuin,
dans Guurard, Car/, de Saint-Bertin, Paris, 1841, pp. 139-140, n^ LXXIII).
Markanivero ejus filii ejus inter se diviserunl {Ibid., p. 140, n^ LXXIII).
2. Ces marches ecclésiastiques ne s'organiseront définitivement (ju'à
dater du moment où elles deviendront nécessaires : c'est-à-dire,
à partir du moment où la France occidentale devra renoncer définitive-
ment à la Lorraine et se couvrir contre elle.
3. Bruel, Rec, des Ch, de Cluny, n<» 78.
4. J. Munier, Cl.Thiroux, Recherches d'Autun, Dijon, 1060, pp. 86-88.
Mém. el Doc. de VÉcoU des Charles, — VII. 8
iii LA PROVENCE DU PREMIER AU Xir SIÈCLE
vais, à la Flandre. Cela n'empêche pas Richard, marquis de
Bourfjopne française, d'être le propre oncle du roi de Provence :
d'ailleurs, sa marche est dirigée plutôt contre le royaume de
Jurane. Gela n'empêche pas davantiige Guillaume, marquis d'Au-
vergne, d'être le beau-frère dudit roi de Provence et de posséder
le comté palatin de Bourgogne, hors du royaume de France.
Puisque ces relations personnelles n'ont pas empêché Richard et
Guillaume de gouverner des marches créées en principe contre la
Provence et la Bourgogne, elles n'ont pas dû empêcher davan-
tage le royaume de Provence de constituer la marche de Vien-
noise à la (in de 9H, c^ un moment où l'expansion de la France
occidentale se faisait sentir dans Tancien royaume de Lotha-
ringie.
La marchede Viennoise, créée ainsi entre le 21 septembre 91 1 (?)
et le 22 février 912, comprenait sans doute tous les pîiys du
royaume de Provence placés hors du duché de Provence. A
peine le comte de Viennois Hugues était-il ainsi devenu duc de
Provence et marquis de Viennoise, c'est-k-dire, par le fait, une
sorte de vice-roi du royaume de Provence, que Rodolphe roi de
Bourgogne jurane vint à mourir le dimanche 23 octobre 912.
Hugues profita sans tarder de sa nouvelle et éminenle situation
pour conclure son premier mariage politique : en attendant
d'être roi, il épousa une reine. 11 était né, semble-t-il, vers 875 :
le roi de Jurane, élu en 888, avait dû naître lui-même après
850 K car son (ils Rodolphe II ne se maria qu'en 922. Il n'y
avait donc pas de disproportion d'Age clioquante entre Hugues
et la reine Wille, veuve de Rodolphe P** et mère de Rodolphe H,
en ce sons que, si elle était plus Agée que le duc, elle ne pouvait
l'être beaucoup plus. C'est en raison de cette union que Wille
vint mourir à Vienne et fut inhumée dans l'abbaye de Saint-
Pierre : le duc fait alors un don à cette abbaye, pour le repos
de son Ame, et le rédacteur de Pacte n'a garde d'oublier
l. Son oncle Hugues l'abbé est mort à Orléans le 12 mai 886; ses
onclos au !i* dojjfré, Guelfe, abbé do Sainl-Rniuier, et Conrad, comte de
Sens, sont morts le ii novembre 882 cl le 22 mars 882/3.
LE KOYALME DE PROVENCE VIENNOIS 113
son titre de reine ^ Ce mariage n'empêchera pas, plus tard, cet
homme avisé d*épouser pour la même raison politique la propre
bellc-fille de Wille, c'est-à-dire Berthe, devenue veuve, le 11 juin
937, de Rodolphe II. Personne ne semble avoir pratiqué avec
plus d'esprit de suite des mariages de raison, qui n'appor-
taient, d'ailleurs, aucune gêne aux exigences de son cœur : la mai-
son de Hugues offre des analogies incontestables avec le harem
bien organisé d'un riche pacha à trois queues. Il s y trouve toujours
une épouse et plusieurs femmes de choix 2. Les épouses contri-
buaient Tune après l'autre, par leur origine, à la grandeur de la
maison et elles se succédaient rapidement : on en compte au moins
cinq et chacune d'elles répond à Tinfluence politique prépondé-
rante du moment.
Par un changement bien naturel, à partir de l'instant où le
comte de Viennois Hugues devient duc de Provence et marquis
de Viennoise, ce n'est plus Vienne qui est son centre d'action,
mais la Provence et Arles. Dans Vienne, il n'était après tout
que le second ; dans Arles, il est le premier et c'est là ce qu'il
lui faut. Quand l'Italie se tournera vers lui, ce n'est pas le mar-
quis de Viennoise qu'elle verra en lui, mais le maître incontesté
de la Provence ^. Gomme tous les ducs, Hugues possède et
retient personnellement le comté ou les comtés les plus impor-
tants de son duché : suivant ce principe, le duc de Provence
1. Voir ci-dessus, p. 106, n. 2. Poupardin, p. 22i, n. 6, donne, entraîné
par Tabbé Ul. Chevalier, la date approximative do 910 h cet acte et c'est
une erreur certaine, puisque Rodolphe est mort le 25 octobre 912. 11 ne
réfléchit pas que Wille est forcément la veuve de Rodolphe, en raison de
son litre de regina. Le rédacteur de l'acte, en le lui donnant, n'a commis
aucune confusion et savait ce qu'il disait. En mai 924, Wille sera morte et
Hugues remarié avec Ermengarde (Cluny, no241). Plus lard, il aura Ililda,
puis Berthe.
2. Liudprandi Anlapod.y lib. IV, g 14. Il n'y a que des analogies, car,
selon Liudprand, Hugues ne tenait pas à la fidélité de ses nombreuses
maîtresses.
3. 92.5. *< Hugoni potentissimo et sapientissimo Provincialium comiti »
(Liudprandi Antapodosis, lib. III, § 12). — 926. « Hugo Arelatensium seu
Provincialium cornes » (ibid,, lib. III, § 16).
116 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll*' SIÈCLE
est aussi comte d'Arles, comme avant lui Thibert *. De même,
marquis de Viennoise, il retient personnellement le comté de
Viennois **. Auprès de Hugues parait son frère Boson, assez tar-
divement, ce qui implique une dilTérence d^âge sensible. Tous
deux avaient d'abord dans Vienne des biens contigus -^ et si, là,
leurs intérêts privés étaient placés côte à côte, au fur et à
mesure que la fortune de Hugues s'affirme, il est clair que la
situation politique du cadet complète et soutient celle de Tainé.
Dès 907 ou 908, ce Boson est comte comme Hugues * : on peut
se demander de quel comté. Dans l'acte important où il figure
paraissent quatre évêques et trois comtes : les évéques sont ceux
devienne, de Valence, de Grenoble et de Belley, les comtes sont
ceux de Viennois, de Valentinois et Boson. Ce n'est pas le seul
exemple d'acte où paraisse un nombre à peu près égal d'évêques
et de comtes, de sorte que les comtes semblent être titulaires des
mêmes cités que les évoques présents. A cette époque où le
pouvoir était partagé, pour ainsi dire, en commun dans chaque
cité par l'évêque et le comte associés, il n'y arienladesurprenant.il
faut donc que Boson ait été comte de Graisivaudan,de Savoie et
de Bugey pendant que son frère aîné possédait le Viennois et
peut-être le Lyonnais. Cette situation de Boson ressort nette-
ment de l'acte : de plus, elle répond admirablement à ce qui
vient d'être dit et k ce qui se vériliera deux fois encore en Pro-
1. Le texte de Liudpraud est assez clair : cependant il écrivait plus tard
et le précepte du l"*"* février 921 est délivré directement h Manassès, arche-
vêque d'Arles, sans l'intcrmédiairt^du duc (Ga//. noviss. Arles, n» 243). Une
partie des biens confirmés à réglise d'Arles se trouvaient hors du duché.
2. 020." llup^o inclitus cornes et marchio... aliquid ex rébus de comilatu
ipsius que pertinent ad vicecomitatum » (Bruel, Rec, des Ch, de Cluny,
n» 223).
3. Mai 02*. « Domno niagnifico Ugone et uxore sua Ermengert... domno
Ugonc comilc... domnus Hosus cornes.., » [Ibid,, n® 241).
4. [30 avril 907-novembre 908]... « Ego Alexander sancte Viennensis
ecclcsie huinilis episcopus... Homegarius sancte Valentinensis ecclesie
humilis episcopus... Isaac sancte Cîratianopolitane ecclesie humilis episco-
pus... Elisachar, humilis episcopus Bclicensis ecclesie... Signum -|- Hugo-
nis inclili comitis. Signum -|- Bosonis comitis fratris sui, Signum -|- alii
Bosonis comitis... »» {Cart, do Saint-Dnrnardy 2* éd., u*» G).
LE ROYADME DE PROVENCE VrENNOlS 117
vence et en Italie. Elle répond dès lors à la préoccupation de
Hugues qui complétera toujours sa situation personnelle par
celle de son cadet. A eux deux, ils tenaient ainsi la région vien-
noise, comme plus tard ils tiendront la Provence et la Lom-
bardie.
Dès que le comte de Viennois devient duc de Provence, il y
établit son frère à côté de lui. Le testament de Fouquier évêque
d* Avignon, daté du 2 mai 916, donne des indications précieuses
sur Toi^anisation du duché. Quand un siège épiscopal vient à
vaquer, Télu, sur l'invitation du comte de sa cité, se rend h
Arles : il y est sacré par le primat qui le prépose ainsi au dio-
cèse vacant. Puis, d'accord avec le duc, celui-ci fait admettre
le nouveau pontife à Taudience impériale. Le souverain donne
alors ordre de mettre Tévêque en possession de son évêché. Ce
mécanisme montre bien Tévêque et le comte, puis, au-dessus
d'eux, le primat et le duc exerçant d'accord leurs prérogatives
propres, au spirituel et au temporel, sous le contrôle du souve-
rain et, éventuellement, dupape. Ce testament montre que le comte
de la région d'Avignon n'était autre que Boson : sa souscription y
(igure. Le premier précepte connu, depuis la constitution du duché,
est précisément un précepte du 4 avril 912 concédé à cet évêque
Fouquier sur la commune intervention du duc Hugues, du
comte Boson son frère et de Tarchevéque d'Arles Rostaing. On
y voit réunis tous les personnages mentionnés dans le testament,
chacun d'eux dans l'exercice de ses prérogatives personnelles
auprès du souverain : il est probable que ce précepte a été écrit
au moment précis où l'évéque nouvellement sacré venait
demander l'investiture royale par l'intermédiaire du duc et de
l'archevêque ^
1. 4 avril [912], « Ugo dux et glorîosus cornes necnon Boso fraler suus,
sive domnus Rolhstagnus archicpiscopus pccierunt... ut quibusdam de
fîdelibus nostris Fulcherium vidclicet Advenionensis episcopum... auf^e-
rcmus... » (Vaucluse, G. 6, f® 7^.
Avignon, 2 mai 916. « Fulcherius humilis Ihesu Xpisli episcopus... siigge-
rente augustalis prosapiç principe Bosono, adii Arelalcnsem primatom
illustrem Rodhstagnum ut,., clero et populo... cxpostulantibus,... sedi pas*
118 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
Le précepte de 912 et le testament de 916, rapprochés,
prouvent donc que le duc de Provence Hugues, retenant pour
lui le comté d'Arles, donna aussitôt installé à son frère Boson
le comté d'Avignon. Ils occupaient donc, en Provence, par eux-
mêmes la vallée du Rhône: c'est-à-dire les comtés les plus
importants. Des préceptes ultérieurs du 18 août 918/7 et du
Il mai 919 * montrent encore Boson, frère du duc, dans ses
fonctions de comte d'Avignon. Le duc et le primat de Provence
ne se dérangent plus pour intervenir dans ces préceptes, comme
ils Tout fait en 912, au point de dé|)art du pontificat.
Quoique la Provence obéît à un duc, les évêques et les comtes
qui dépendaient de son autorité, continuaient à être directement
les fidèles de Tcmpereur au moins en théorie : ce fait important
est prouvé par le protocole usité dans la rédaction des préceptes.
Mais, d'autre part, les Miracles de saint Apollinaire indiquent
que le duc avait droit à Tescorte personnelle des évêques et des
comtes, quand il se rendait de Vienne vers Arles, ou d'Arles à
Vienne. L'évêque et le comte de chaque cité où il devait passer
raccompagnaient avec leurs milices jusqu'à la cité suivante '.
torcm prçQceret... Tandem, communi voto, socialo sibi Ilugoiie clarissiino
procero, iinporiali sum oxliibitiis prçsentiç. Cujus jiissu... Avinioocnsi
subnisus calbedre... tam spiriliialiler quani corporaliter... + Fulcherius
opiscopus... firmavi... Boso cornes fîrmavit. » (Vaucluse, G. 110, r* 39).
1. Vionno, 18 août 918/7. « Boso vcnerabilis cornes nosterque propin-
quus neciion et Folcherius presul Aveuiouensis obtimus » (Vaucluse, G. G,
f" 11).
Vienne, 14 mai [919]. « Boso inclitus cornes nosterque Gdelis et propin-
quus » (//>/(/., G. 0, f*» 9).
2. (t Ànno i^itur Incarnationis Dominice DCCIX.XI, defuncto sancte
Valentinensis ecclesia? episcoi)o, Remegarius, natione Francus, in eadem
ecclcsia rogralur episcopus... Anno itaque revol vente ordinationis ipsius
presulis, Ugo inclitus marcliio, qui tune rem publicam sub Ludovico inipo-
ralore rejrebat, Italiani provelicbatur. Ilio namque in suo auxilio episcopos
atque comités babebat, inler quos profatus episcopus fidelitate necnon et
servicioassiduus babebatur. Profîciscens igiturjamdictus episcopus Viennam
ut cum predicto duce deduceretur atque sic ad Valenciam remearet, contin-
git ut niutus qui ab illo per Iriennium pascebatur... ante ipsum veniret...
timens ne in abstinencia ejus... periret. Quod ut vidit inclitus dux..., postu-
lavit ut ipse episcopus ad domum sancli Apollinaris illum deduccret...
!
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 119
Le duché de Provence devait permettre à Hugues de réaliser
à nouveau le rêve du roi Boson. Depuis la dislocation de Tempire,
l^influence bourguignonne basée sur la marche d'Ivrée disputait
à rinfluence germanique, qui s'appuyait sur la marche de Frioul,
la domination du royaume de Lombardie. Ces marches italiennes
avaient été bien vite occupées par ceux qu'elles auraient dû arrêter.
Quoique les tentatives de Louis TAveugle eussent misérablement
échoué par son inintelligence, elles pouvaient être reprises par un
homme avisé. Le duc n'était pas seul, dans sa famille, à faire
des mariages politiques : sa mère s'était remariée avec Albert
marquis de Toscane, ce qui était un excellent point d'appui. Cette
mère prépara les voies à son fils. Dès 912, selon les Miracles de
saint Apollinaire, le duc essaya d'entrer en Italie. Constantin
Porphyrogénète et Liudprand ont garde souvenir de cette expé-
dition où le duc était accompagné par son frère Boson et
par Hugues fils de Taillefer. Mais l'échec fut complet :
Bérenger s*empara du duc et ne consentit à le relâcher
que moyennant le serment de ne plus remettre les pieds en
Italie de son vivante Hugues savait ce qu'il en avait coûté à
Benediciione autcm accepta prefatus dux ab cpiscopo, discessitab eo ; pre-
libatusquc presul reversus est... Valenliam, dcducens secum quod poslu-
latum fuerat a principe. Mox enim ut episcopus ingrcssus est œcclesiam
beali Stephani. . . in qua beatus. .. Apollinaris quicsccba t. . . mutus qui nunquam
locutus fuerat... prosecutus est Alléluia... Revertente domino principe ab
Arelatcnsc, ipso ei permcdiam civitatem occurrerct ac dicerot: « quia quic-
quid volo, gratias Dec loqui possum ». Undc... lintinnabulum quodcollo ejus
appcDsum fuerat ante sepulchrum beati Apollinaris dépendit... » (Ul. Che-
valier, Vie» de saints dauphinois : Miraoula sancti Appollinaris; Bull, d'hist.
eccl. et d'arch. relig., i5« année, 103" liv., pp. 38-40). Ce texte contient cer-
tainement des erreurs de date ; mais, le fond du récit parait sincère. Renié-
içaire était déjà évèque en 908 (Cart. de Saint-Barnard, 2« éd., n° 6). Peut-
être faudrait-il donc lire 906 au lieu de 912, pour la date de son élection.
Mais, dans ce cas, anno rcvolvente ordinal ionis correspondrait à 907 et non
plus à 912. Or, en 907, Hugues n'était pas encore duc et marquis. 11 faut
donc s'en tenir à 912 pour la date du miracle, plutôt qu'à 907.
1. Joindre, au texte de la note précédente, Liudprandi, Anlapod.^ lib. III,
§12, et Constantin Porphyrogé nul e. De adminislr. imper., c. 20. Poupardin,
p. 219, n. 1 , dit que le voyaye de 912 en Italie peut être un voyage pacifique:
ce n'est guère probable
120 I,A PROVKNCE DU PREMIER AU Xll* SIÈCLE
Louis TAvouj^lo, de no pas tenir sa promesse dans une circon-
stance identique, el, plutôt que d'entendre le Quousquc (anclem..,
de Bérenger *, il se le tint pour dit. L attente fut longue :
Bérenger ne devait mourir que le 7 avril 924 **. Mais, si le duc
de Provence avait promis de ne plus venir le combattre, rien ne
Tempèchait de lui susciter d*autres concurrents plus ou moins
éphémères. II y avait un prétendant bourguignon tout indiqué :
c'était le roi de Bourgogne jurane Rodolplie II, dont Hugues
avait épousé la mère. Entre un roi et un duc, la Lombardie
devait d ailleurs jeter les yeux plus volontiers sur le roi ^. Le
duc devait être bien aise de voir s'user avant lui ce concurrent
éventuel qui lui tenait de près et devant lequel il se voyait
obligé de s'effacer tout d'abord. La tentative de Rodolphe n'eut
guère [)lus de succès que celle de Louis TAveugle : ses préceptes
en Lombardie vont du 4 février 922 au 28 février 924 '*. Il
semble que la mort de Béranger aurait dû asseoir définitivement
son règne en Lombardie : c'est exactement le contraire qui se
produit. A peine Bérenger meurt, Rodolphe disparaît et c'est le
duc de Provence qui l'élimine. Cela se comprend : Bérenger
mort, aucun serment n'arrêtait plus le duc de Provence, il lui suf-
fisait d'éloigner Rodolphe. On peut bien s'imaginer que la vieille
maniuise de Toscane Bertlie ne fut pas étrangère h ce change-
ment imprévu ; mais elle était hors d'âge à sortir de la cou-
lisse et, ne pouvantplus agir elle-même, elle dirigeait les événe-
ments. Elle avait eu .soin de marier sa lille Ermengarde avec
1. Liiidprnndi Antapoil.^ lib. II, S 41.
2. Eriist Duniniler, Gesta Benmfjarii imperatoria. Halle, 1871, p. 10 ci
11° 3.
'.\, u Quo iompore nodulfusrex suporhissimis Burgundionibus iinpcrabaf.
Cui in aui^mcnliim potent'up hoc accossil ut potonlissiin'i Sucvornm ducis
Brucliardi filinin nomino Bertam sil)i conjuj^io copularet. Igitiir Italionsos,
nuntiis diroctis, hune vcnire, Borcn^arium voro expollerc peiunt » (Liud-
prandi Antapod.. lib. II, S 00, cd. in us. schol., pp. 48-49).
4. //>/r/., pp. 182-185. En 924, h» marquis do Viennoise et le roi de Jurane
agissent encore do concert pour iracpior les Hongrois... « ab Hu»;one de
Vionna... Ho<lulfus (^isalpina? rex Gallia? et Hujjo Vionncnsis... pricdicti
duces... ). (Flod., Ann., 92i; Script, ^ t. HI, pp. 373-374).
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 121
Albert marquis d'Ivrée, devenu veuf fort à propos, et elle tenait
ainsi dans sa main la moitié du royaume. L'amour alors menait
ritalie ; Ermengarde gouvernait adroitement par sa beauté. Ce
fut elle qui joua le malheureux Rodolphe et le fit disparaître une
nuit au profit du duc de Provence, son frère utérin à elle K Au
moment où elle allait triompher, la vieille marquise de Toscane
mourut, le 8 mars 925, à Lucques -, quelques mois trop tôt pour
voir enfin son fils ceindre la couronne de fer à Milan, le dimanche
9 juillet 926 ^. Liudprand trace le portrait du nouveau roi de Lom-
bardie ^ : intelligent et sensuel, Hugues était fait pour gouverner
1. « Defuncto Adelberto Eporegia? civitatis marchionc, uxor ejus Her
mengarda Adcibcrti prepolcnlis Tuscie marchionis et Bertae filia totius
Ilaliae principatum obtinebat. Causa autem polentiœ hujus bec eral, quo-
Diam... carnale cum omnibus... commcrcium cxercebat » (Liudpraudi, lib.
1II,§7, cf. §8-12).
2. Liudprandi Anlapod.^ lib III, § 18. Bouquet, ÏX, p. 105. Voir son épi-
taphe dans F. Contelorio, Mathildis comitissx genealogia. Interamnœ
MOL VU, pp. 37-38.
3. M Die sabati quod est decimo die mcnsis apreliis et fuit in eo diesecun-
dum Pasce, civitate Arlenda, migravit ab bac die... domnus Ugo rex ; abeap
regnatum annos. XX. expletos et mcnses. VIIII. et dies. III. (Cipolla,
Monum. Xovalic, I, p. 415 : L'éditeur introduit 5 tort dans le texte la leçon
ànnos XXIy alors que l'unité finale a été ajoutée après coup, comme il le
reconnaît lui-même dans la note c). Le 9 juillet 926, ayant été un dimanche,
est la date certaine. Les vingt ans se sont écoulés du 9 juillet 926 au
8 juillet 946, les neuf mois du 9 juillet 947 au 8 avril 947 (sans tenir
compte de la longueur moindre de février) et les trois jours, du 9 au 11
avril. L'erreur est d'un jour dans le calcul du scribe. Il faut noter que,
dans le calendrier, la date initiale du 9 juillet tombe le VII des ides et la
date finale du 10 avril, le IV des ides : du VII au IV, il y a un écart de
trois unités, el c'est là peut-être la raison de Terreur commise.
4. M Fuit autem rex Hugo non minoris scientia? quam audatiae, nec
infirmions fortitudinis quam calliditatis : Dei etiam cultor sanclteque rcli-
gionis amatorum amator ; in pauperum necessitatibus curiosus ; erga a*cle-
sias valdc sollicitus; religiosos phylosophosque viros non solum amabat,
venim etiam fortitcr honorabat. Qui etsi tôt virtutibus clarebat, mulierum
tamen illecebris eas fedabat... sicut vir prudentissimus, ubiubi lerrarum
cçpil nanties suos dirigere, multorumque regum seu principum amiciliam
qua^rere >» (Liudprandi Antapod,, lib. III, § 19, 21). Les Miracles de Saint-
Apollinaire le montrent recueillant un petit sourd-muet de cinq ans et le
gardant trois années auprès de lui.
122 LA PROVENCE DL' PREMIER AL' XII* SIÈCLE
ce pays ^ Son règne fut de vingt ans et, mieux encore que
Boson, il mourut roi.
Lors de Tavènement du duc au trône de Lombardie, son frère
Boson parait être resté tout d'abord en Provence pour l'admi-
nistrer en son nom. Cela dura jusqu'en 931, date à laquelle le
roi jugea bon d'appeler Boson en Lombardie et de lui donner la
marche de Toscane, en remplacement de leur frère utérin Lam-
bert, dont il n'était plus sûr et à qui il lit crever les yeux -,
L'entente entre les deux frères ne tarda pas à s'altérer : Boson se
livra, paraît-il, à des intrigues qui le firent emprisonner et dispa-
raître en 93G 'K Wille, sa femme, qui l'y avait poussé, était
sœur de Rodolphe II, roi de Bourgogne : on comprend donc
bien que l'initiative de ces intrigues soit venue d'elle. Probable-
ment, elle eût été heureuse de voir Rodolphe succéder à Hugues
en Lombardie. Le trait dominant de son caractère était la cupi-
dité : nue, elle trouvait encore moyen de dissimuler, aux agents
du fisc chargés de la dépouiller, l'objet le plus précieux de son
trésor, une ceinture rouge garnie d'or et de gemmes, à laquelle
le roi Hugues tenait par-dessus tout. Ces fonctionnaires étaient
des gens honnêtes qui détournaient les yeux ; dans les vête-
ments, ils ne trouvaient rien. Le regard effronté d'un valet put seul
surprendre au dernier moment le secret de la princesse en fixant
sa cachette inattendue *. Boson n'avait eu d'elle que quatre filles:
seule, l'aînée, Berthe, mariée deux fois, intéresse la Provence
i. Cotte manicro de voir date de 1897 et, depuis lors, Poupardin, p. 222.
l'a oxactomeiil adoptée on 1901. Elle no. pouvait trouver meilloui^î
fortuno.
2. [93 1]. « Bosoni fratri siio Tuscinp marcam contradidit et non multo post
L.unl)orlum luniino [)rivavit •> (Liudpraudi Anlapod.^ lib. III, ,^ 47i. Il ])arait
pour la |)reini«M'c fois avec le litre de marcjuis dans un précepte du
17 octobre 931 Forsc/iunr/cn, t. X, p. 300 ; cf. Poupardin, p. 230).
3. |93(r. a Per id tempus n*gis Huj^onis frater Boso, Willa uxore sua cupi-
dissiraa stimulante, adversus reg^em nova quiedam et perversa molitus est
ajj^ere. Quod IIiip:oiiem non latuit. Qua ex re captus, custodiœ est continue
tradilus... » (Liudprandi Antapod.y lib. IV, § 11 ; cf. Flodoardi, AnnaleSj
936).
4. //>/</., lib. IV, ^ H et 12.
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 123
Elle ne devait pas être atteinte par la disgrâce de ses parents
dont elle était sans doute alors déjà séparée : c'est elle à qui le
roi donnera la Provence, non seulement le comté d'Avignon
possédé par son père Boson, mais aussi le comté d'Arles retenu
par lui-même. Finalement, c'est auprès d'elle qu'il se retirera à
Arles en 946. C'est à cette nièce préférée qu'il léguera son tré-
sor * et son domaine privé soit en Gothie, soit en Provence -.
D'ailleurs, malgré l'ignominieux renvoi de Wille en Bourgogne
au roi Rodolphe II dont elle était la sœur, ce roi étant mort un
an après ("{"H juillet 937), Hugues par un double mariage poli-
tique épousera fort bien la reine Berthe, sa veuve, comme il
avait épousé sa mère Wille, et il donnera leur fdle Adélaïde de
Bourgogne à son fils à lui Lothaire, associé au trône de Lom-
bardie ^. Ces mariages prouvent que Hugues tenait avoir subsis-
ter de bons rapports entre les deux royaumes et à dominer la
Jurane ; il reste fidèle aux lois de sa politique matrimoniale et,
s'il eût assez vécu, comme jadis vivaient les patriarches de la
Bible, on peut croire qu'il eût épousé quelque jour, à vingt-
cinq lustres accomplis pour le moins, la veuve du roi de Bour-
1. Liudprandi, lib. V, § 31.
2. 26 février [960]. Donation par Berthe à Monimajour de riicritage de
son oncle : « ex rebus quœ mihi legibus obvenerunt ex parte avunculi
mei Ugonis régis [i^] in regno Gocio;, in cornitatu Sustanlionensi,... villam
... Candianicas... villam.. Bernatis... villaiu Porcianus... [2°J In rcgno
Provinciœ, in cornitatu Friuliensi, curtein Valignatis... in cornitatu Rogensi,
villas Crocium et Vermilium... in cornitatu Vapinchis, villas... Molion,
Dianovam, Callulus, Lunatcis et Caricampus... Marnenno... vallem Cor-
trinciam... in cornitatu Vasionensi, curtcm Cavegondis... in cornitatu
Atensi, in page Albionense,... in loco Sagatello... Monteaureo... villa...
Leuca, in cornitatu Orisionense, in villa Asclannis... in cornitatu Traccnse
dimidiam ccclesiam... villa; Trexiani, villas Paternam et Calesonem et
Macesoncm vallem... in cornitatu Diense, in valle Salavanis... {Jlisl. de
Languedoc j 2« éd., t. 5, n*» 107, col. 233-23 1). Los éditeurs ne savent pas
qui est le roi Hugues, car ils le gratifient du nom Ubonis et ridentitlent
dubitativement par leur note 2 avec Boson. Ils sont également incjuiets de
la signifîcation qu'il faut attribuer à ref/nuni Goc'iœ et ne pensent pas au
marquisat de Gothie, car ils font suivre Gociœ d*un point d'interrogation
inattendu. Ils se disent que Tracense est peut-être la forme vulgaire de
Tricastinense : c'est même sûr.
3. Liudprandi, lib. IV, § 13.
\2i LA PROVENCE DU PREMIER Al' Xll** SIÈCLE
gopne (Conrad, exactement comme il avait épousé les veuves du père
et du grand-père de celui-ci. Pour posséder Rome, il n avait pas
hésité à épouser sa propre belle-sœur, Maruccia : cette maîtresse
et mère de papes voulait être femme de roi. Evidemment, l'épis-
copat aurait dû frémir d'unions aussi enchevêtrées. Le pape
lui-même, fils de pape, ne pouvait que garder le silence devant
sa mère: mais il aurait pu fuir ^ Jamais TEglise catho-
lique, apostolique et romaine, n'a été plus romaine et moins
apostoliquequ*àce moment : la tiare s'égarait sur des têtes d'en-
fants, entre le château Saint- Ange et le Latran, dans les grandes
ruines désertes et beaucoup trop près de la cloaca massima.
Effrontément, le roi s'en tirait en prétendant que le pré-
cédent époux delà romaine, Guy, marquis de Toscane, n'était vrai-
ment pas son frère utérin à lui. Beaucoup ne demandaient qu'^i le
croire ; mais Dieu, par un duel judiciaire, prouva son mensonge*.
IV
/-e roi Hugues^ duc de Provence ^ elle trône vacant
(928-934)
Trois ans auparavant, le 5 juin 928, était mort Louis TAveu-
gle à Vienne : il faut voir ce que devient alors le royaume
de Provence.
Ce royaume se composait, on Fa vu, du duché de Provence et
de la marche de Viennoise depuis la fin de 911 ; le roi de Lom-
i . a Ipsiiis Marotiff? niium lohanncm noinine, qucm ex Serfçio papa mero-
trix ipsa {^l'iiuorat. papam conslituunt. Wido verù non multopost morilur...
Marozia... post Widonis inarili sui mortcm Ilii^^oni roffi diri^j^it cumque
invilat ut se adcal Romamque nohilissimam civilatcm sibi adsumat. Hoc
nutcm non aliter posse fieri testabatur, nisi eam rex Hugo sibi marilain
faceivl... ». [Jhid., lib HI, i$ 43, 44).
2. Ibi(L, lib. HI, g 47.
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 125
bardie, en montant sur le trône, était toujours resté duc de Pro-
vence et marquis de Viennoise. Il paraît à ce moment avoir
concentré de plus en plus la réalité de son pouvoir dans la Pro-
vence. En effet, Hugues conserve en 926, soit par lui, soit par
son frère Boson, les comtés d'Arles et d'Avignon : par contre,
tout en restant marquis de Viennois, c'est alors qu'il paraît céder
le comté proprement dit de Viennois à Charles-Constantin fils
devenu adulte de l'empereur K C'est sans doute aussi en partant
pour ritalie, c'est-à-dire en 926, que le frère de Hugues, Boson,
doit abandonner les comtés de Graisivaudan, de Savoie et de
Bugey dont en 907 il était titulaire. En effet d'autres raisons
amènent à fixer aux environs de 925 la date à laquelle Hugues
fils du comte de Troyes Garnier était devenu comte de Savoie 2.
Le roi et son frère ne se démunissent d'ailleurs qu'en faveur de
parents ou de clients sûrs; car, par sa mère Thiberge,cet Hugues
qui reçoit la Savoie était leur propre neveu. Comme la Savoie
est, ainsi que le pays de Sermorens,un démembrement du Graisi-
vaudan et que Boson devait être comte de Graisivaudan, il se
pourrait que Hugues lils de Garnier ait succédé à son oncle Boson,
non seulement dans la Savoie, mais aussi dans le Graisivaudan et
dans le pays de Sermorens. C'est là une simple hypothèse, mais
elle expliquerait fort bien la possession des grands biens de Hugues
fils de Garnier dans le pays de Sermorens-^ Déjà, quelques années
auparavant, c'était sûrement le duc de Provence qui avait pro-
curé l'archevêché d'Arles à son autre neveu Manassès '* ; plus tard,
1. En effet, Charles-Constantin est comte déjfi du vivant de son père
(Ch. deCluny, n® 247). 11 ne Tétait pas encore le 3 juin 9*23 {Clumj, 2t2); il
Tétait déjà le 25 décembre 927 (Ga//.CVir/«^,t.XVl ; Instr. eccl. Vienn. XX,
col. 15-16).
2. G. de Manleyer, Les origines de la mnison de Savoie, Rome, 1899,
p. 515 : « Il faudrait admettre que, entre le 25 décembre 920 et le mois
d'avril 027, il (Hugues fils de Garnier^ lequel était mort le 6 décembre
925) avait obtenu de Louis TAveugle la concession de la Savoie, sous Tin-
fluence toute-puissante de son oncle Hugues, (jui devint roi de Lombardie
le 9 juillet 926. »
3. /A/c/.,p. 491.
4. Jbid.y notes additionnelles, Paris, 1901, pp. 206, 272, etc..
126 LA movKNci: Dr i»ri:mier au xii^ siècle
le 21 juin 036, il cédera encore au nouveau comte de Savoie
son domaine d'Octavion en Viennois *. En somme, le roi de Lom-
bardic constitue héritier particulier en Viennois son neveu Hugues
lils de sa s(L'ur Thiberge, comme il constitue héritière en Provence
sa nièce Berthe, lillede son frère Boson. Le parallélisme des deux
situations est frappant.
Au moment de la mort de Tempereur en 928, le roi de Loni-
bardie était donc surtout duc de Provence, pays dont il possédait
les principaux comtés ; il gardait encore un contrôle sur le reste
du royaume en qualité de marquis de Viennoise, avec des comtes
à sa dévotion comme son neveu le comte de Savoie.
De toute manière, il était l'arbitre de la situation. Mais
il avait îi compter avec ses voisins, c'est-à-dire avec Raoul, roi
de France, et avec Rodolphe, roi de Jurane. Il accourut en Bour-
gogne et, probablement par l'intermédiaire de la vieille comtesse
Adélaïde, mère du roi de France et tante du roi de Jurane qui le
1 i juin se trouvait à Bougy, à moitié chemin entre eux, il eut
une entrevue avec Raoul. Les deux augures conclurent un par-
tage équitable.
Louis laissait au moins deux fils, Charles-Constantin et
Rodolphe. Le premier était comte de Viennois depuis 926; le
second, qui se trouve à Bougy auprès de sa grand'tante dans ces
conjonctures, avait une situation personnelle encore moins brillante
que Charles puisqu'il n*est même pas comte. Comme René Pou-
pardin vient de le conjecturer avec beaucoup de raison, le second
nom du comtede Viennois, (Constantin, qui est un surnom de bap-
tême, paraît prouver que sa mère était une viennoise de rang ordi-
naire'. Par consé((uent, il était bâtard "^ ou, tout au plus, en-
1. G. cleMaHloyor, Acs originestlola maison de Savoie, Home, iSOO, p. 489.
2. Poupnrdin, p. 210.
3. Ilicher disait : Concuhinali sterntnale usf/ue ad Iritavtim sordcbat {Flist.y
lib. II, c. 9H\ Il osl impossible do se fier, sans contrôle, aux racontars
lé{îondaircs do cet auteur, qui ressomblo si peu î\ son prédécesseur Klo-
doard par sa méthode. Tritavus. c'osl l'ascendant au 6' depré : Charles-
Constantin étant mort vers 9G0, cola reporte, pour le moins, au début du
IX* siècle. (Comment aurait-on pu connaître une généalogie qui se serait
perpétuée hors mariage régulier pendant deux siècles ?Hichcr se fait Técho
des potins qui couraient autour de lui et qui ne valaicntpas cher.
LE ROYAUME DE PROVENCE VÎENN0T8 127
fant d'une union pareille aux mariages morganatiques modernes.
Par suite, il ne pouvait régner, à moins d'un concours de circon-
stances très favorables. Si son frère Rodolphe eût été lui-même
issu d'un mariage régulier de l'empereur avec une princesse de
maison royale, il aurait certainement succédé k son père; mais,
comme on vient de le dire, la forme de sa souscription paraît
prouver qu'il n'était pas d'un rang supérieur à celui de Charles-
Constantin et qu'il n'avait même pas reçu de comté, alors que
le neveu de Hugues, étranger au Viennois, en était cependant
pourvu.
Dans ces conditions, c'était évidemment le plus proche agnat,
Raoul roi de France, qui était, comme cousin germain de Louis
l'Aveugle, l'héritier naturel de la couronne de Provence. Toutefois,
il ne pouvait convenir au roideLombardie, qui, en réalité, possé-
dait le pouvoir dans le royaume de Provence, de reconnaître le
roi de France comme roi de Provence et comme son suzerain. De
là, transaction. En premier lieu, les fils de Louis l'Aveugle sont
exclus du trône comme inhabiles à lui succéder et, par conséquent,
le trône de Provence reste vacant. En second lieu, le roi de Lom-
bardie cède au roi de France, plus proche héritier, la marche de
Viennoise et il garde pour lui le duché de Provence K
Que le trône reste vacant, cela est prouvé par tous les actes
privés qui continuent à mentionner le règne de Louis en Viennoise
jusqu'au 2 juillet 932 et en Provence jusqu'au 18 juin 934 2. Que
le roi de Lombardie ait cédé au roi de France la marche de Vien-
1. Aussitôt après le traité qui laissait le trône vacant et qui cédait la
marche de Viennoise au roi de France, on voit Huj^ues exercer les préro-
gatives de l'autorité royale dans le royaume de Provence, exaclement
comme s'il était le successeur de Louis rAveugle,et, cela, de préférence au
roi de France. En dehors des préceptes où il agit plutôt comme proprié-
taire que comme souverain, il renouvelle en effet nostra regali auctorilate,
sur la demande de Parchevèque Anchier et de Tabbé Gipier, la pancarte
fçénérale de Tabbaye de Saint-Claude. Ce précepte daté de Vienne, du [14 au
231 novembre [928], est un véritable acte souverain relatif au royaume de
Provence (D.-P. Benoît. Hist. de Vabbaye et de la terre de Salnt-Claudey
i. I, Montreuil, 1890, pp. 639-040).
2. Voir plus loin la preuve de ce fait.
128 LA PROVE.NCK DC PRE!tflER AU XII*" SIÈCLE
noise créée pour lui en 911, cela ressort expressément du texte
(le Flodoard '. La Provincia Viennensis, ce n'est pas le comté de
Viennois seul, c'est toute la région viennoise, c'est la marche
de Viennoise, c'est-à-dire le Vivarais et le Lyonnais comme le
Viennois proprement dit et le Graisivaudan. Cela n'empêchait
donc pas Charles-Constantin de rester comte du comté de Viennois:
mais, cessant de l'être sous l'autorité du marquis de Viennoise
Hugues, il le sera désormais sous l'autorité du marquis désigné
par le roi de France. En effet, si le roi de Lombardie ne pouvait
permettre au roi de Fnmce de devenir roi de Provence, le roi de
France ne pouvait s'abaisser à être personnellement un marquis
de Viennoise. Raoul venait k ce moment de se réconcilier avec
Herbert de Vermandois en lui donnant, pour son (ils Hugues
l'archevêché de Reims. Herbert qui accompagnait le roi en Bour-
gogne, afin de prendre part k l'entrevue avec le roi de Lombardie,
avait encore d'autres enfants k caser. Pour achever de contenter ce
puissant vassal, alors maître de la France proprement dite, Raoul
obtint du roi de Lombardie qu'il lui cédât la marche de Viennoise
pour Eudes fils aîné d'Herbert. On sait que les Sarrasins rava-
geaient depuis longtemps la Provence : les évoques dont les dio-
cèses étaient ruinés erraient et cherchaient à se faire héberger
ailleurs. Comme, d'autre part, le petit archevêque de Reims,
frère du nouveau marquis de Viennoise, n'avait que sept ans, il
fallait lui procurer un vicaire pour ses fonctions spirituelles. Son
père lui donna l'évêque d'Aix Odalric, k titre de coadjuteur : sur
la recommandation du roi de Lombardie, cela s'entend. Celui-ci
pratiquait le do ut des. Mais arrivé k Reims, l'évêque vagabond
dut se contenter d'une véritable portion congrue -. Cet évêque
1. 028. « llcribertus... cuni Rodulfo proGciscitur in Burgundiam obviam
Ilu*,'Oiii Italiaj rogi... Hugo rox liabens colloquium cuni Uodulfo dedil lleri-
berto comiliproviiiliam Vienuensom vice filii sui Odoiiis "(Flodoard, Ann.,
928).
2. 028. »< Odalricus A(iuensis quidam episcopus in œcclesia Remensi reci-
pilur ab Ilcriberto coniitc ad celebrandum episcopale dumtaxat ministe-
riuin vice Hugonis ipsius comitis filiiadhucparvuliconcediturqueipsi Odal-
rico abbntia tantum sancti Timotbei cum prœbeuda canonica » {Ibid,),
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENnOIS 1^9
Odalric est, comme rarchevêque d'Arles Menasses, un exemple
de Tinstallation en Provence, iau début du x® siècle, des familles
lorraines et bourguignonnes. D'origine lorraine, il était fils du
comte de Chaumontois Hugues et d'Eve, laquelle était parente
ou alliée de Févéque de Metz Adalhéron. 11 devait être jeune en
928, car sa mère vivait encore le 16 août 96') ^ Son frère, le
comte Arnoul, mourut prématurément, tué par les ennemis de
Téglise, et fut inhumé à Saint-Arnoul de Metz.
Quand la Viennoise échappa aux princes de Vermandois, Odalric
revint en Provence : il souscrit à Arles en juin 933, en sa qualité
d'évêque dWix, un acte de rarchevé(iue d'Arles -. Faute de mieux,
assis sur son siège provençal, il ne renonc^ait pas à Tespoir de
monter un jour en maître sur celui de Reims et il s'était ménagé
des relations dans cette métropole, car, le 31 mai 9i2, il y est
élu abbé •^ Il figure encore au concile de Verdun en 9i7 comme
archevêque d'Aix * ; dès 919, il est remplacé sur ce siège par
Israël ^. Enfin, à force d'attendre et après avoir vu éliminer les
princes de Vermandois, il parvient à être élu archevé()ue de Reims.
Il est intronisé à Saint-Remy entre le 8 septembre et le 1 i octol)re
962; il souscrit triomphalement en celte qualité la donation de
sa mère datée du 16 août 965 et il meurt le 6 novembre 969 ^.
1. Sur le j)ère d'Odalric, Hugues, comte de Chauinonlois, propriétaire à
Einville-au-Jard, voir les actes du 15 octobre 010, l'^^'' février OIS v[ 022
(Parisol, Le rot/ nu me de Lorraine, \)\). iVM), u'^ 0, 'iTl-.'iTii; Ilial. de Melz^
l. III, pp. o7-j8; Ilist.S.Arnul/iMettensis: Scri/,t., t. XXIV, p. :i:U)).Surla
mère dX.)dalric, Eve qui donne à Saint-Arnulf Lave en Meurtlie-et-Moselle,
voirractedu 10 août %5 {Gnll. Christ, t. X, Inst'r., col. i7-lSi.
2. Arles, juin [y33| cl non pas 923 lAlbanès, GalL novissiinay t. I, col. 42,
t. III : Arles, n» '2W,
3. Ann. Bened., IIÏ, 463, 489, 507, 522.
4. Verdun, vei*s le 15 novembre 947 {Gall. (^Jirisl.,[. I, 30 i; Albanès,
Gnll. Christ. y /lori'ss., t. I, col. 'i5, n. 3; Mansi, donc, 1773, t. XVllI, 417 .
5. Arles, 7 octobre [9't9, Tan XII. ((Miantelou, Ilist. de Montm.y'our ;
lier. hist. de Pror., l'« année, App. pp. 'lo-.ll).
C. VIII idus [nouembrisj. Decessit domnns Odalricus archi<*pisropus
qui dédit nobis Vindenissam fA'cc/*o/o//. ecclr^i. licmensis; Pierre Varin,
Arch. légiêlat. de la ville de lieims. Seconde partie : statuts, premier volume,
Paris, Crapelet, 1844, p. 98).
Mém. et Doc. de l'École des Chai les. — VII. 9
130 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll* SIÈCLE
Le traité de 928, entre les rois île Lombardieet de France, avait
été passé entre le 1 i juin et le 12 novembre *, probablement au
mois d'août *. Le roi de Lombardie était rentré à Taulomne en
Italie, par Vienne où il se trouve le 12 et Valence où il se
trouve le 25 novenibi*e -^ Mais, avec ce gros homme remuant
et hardi qu'était le comte Herbert de Vermandois \ les
choses ne pouvaient rester longtemps sur le pied où elles se
trouvaient. Dès Tannée suivante, ce comte attaque Boson, frère
du roi Raoul; en 930, le roi rétablit la paix entre son frère et
Herbert. Kn 931, nouveau revirement. Le roi de France et son
frère pour en Unir, tentent un grand effort : ils s'unissent,
enlèvent Reims à Herbert et Tassiègent dans Laon, de manière
à lui arracher des mains la France carolingienne. En 932, le comte
de Vermandois perd encore Saint-Médard de Soissons et voit
capituler son propre donjon de Saint-Quentin. Réduit à merci,
il se hâte d'aller chercher un abri et des secours en Germanie
contre le roi de France bourguignon qui venait de le mater '».
Dès qu'il fut maître de Reims, Raoul, bien entendu, lit élire un
nouvel archevé([ue sur lequel il pût compter et l'éveque-coadju-
teur Odalric rentra à Aix. Cette année-là, avant même d'aller
s'emparer de Reims, le roi met en demeure les comtes de la
marche viennoise et, à leur tête, le comte de Vienne Charles-
Constantin de ne plus reconnaître Herbert, ou son fils Kudes,
conmie marquis de Viennoise. Ce fut, en somme, le premier acte
d'hostililé du roi qui entrait en campagne contre Herbert. Il vint
à Vienne, lui-même, avant le 21 mars ^\ pour ce motif et Charles-
Constantin promit de lui être fidèle ". H lui fallait aussi
\. Ilist. tic France, IX, 000.
2. riodoard, Ann., 028 (éd. Lauer, pp. 45-54).
'.\. (Inrt, Sain t- Bar nard, 2* éd.,n®ll.
i. <• Krat onini crassitudinis niiniic » (Giicrard, Cari, de Sainl-Berliny
n"LXXII, p. 130).
5. Klodoard, Ann., 030-032.
C. Ilist. de FranrCy IX, 573.
7. 031. (« Hodulfus rox Viennam profoctus, Karlo Constanlino Lucdowici
orhi fdioquioam tenebut sul)jeclionem pollicilante, revertiliiretTuronum...
proficiscilur »> {Flod., Ann,i 931 ; éd. Lauer, p. 46).
LE ROYAUME DE PROVENCE VIEiNNOlS 131
compter avec le roi de Lombardie : celui-ci, en 928, lui avait
cédé la marche de Viennoise pour un de ses vassaux, à condi-
tion que le trône restât vacant : il ne lui avait pas cédé le
royaume de Provence, c'est-à-dire la souveraineté. Dans l'entente
de 931, entre Raoul et Charles-Constantin, Raoul n'est donc pas
reconnu formellement comme roi. Herbert se trouve écarte de
la marche et les comtes de la marche promettent de reconnaître
le roi de l'Yance dès que les circonstances le permettront ; plus
précisément, dès que le roi de Lombardie, auteur du traité de 928,
consentira par un traité nouveau et régulier à laisser le roi de
France s'établir comme roi de Viennoise. En attendant, les actes
privés continuent, sous le régime provisoire de cette entente de
931, comme sous celui du traité de 928, à mentionner le règnetou-
jours florissant de Louis TAveugle. Le dernier en date de ces
actes, pour le Viennois proprement dit, est du 2 juillet 932 '. Raoul
aurait pu attendre longtemps la bonne volonté du roi de Lombar-
die, car celui-ci n'avait aucun intérêt à modifier en faveur de la
France l'état de choses créé par lui en 928. Le roi de France
profita alors des embarras qui vinrent fondre sur le roi de Lombar-
die en 932 et 933 pour s'emparer par un coup de force de la marche
de Viennoise. Dès 932, il se rend maître du Lyonnais ; puis, du
Viennoisproprementditen933,aprèsle ISmars *.Eneiret, Hugues
qui était entré en roi à Rome, avec l'idée probable de recevoir
la couronne impériale du fils de Maruccia, s'était vu obligé de
quitter un peu vivement le château Saint-Ange et sa maîtresse en
sautant du mur d'enceinte vers les prati, dans un filet iendu, pour
fuir la révolte des Romains excités dans leur orgueil j)ar le jeune
Albéric imprudemment souflleté. Quand Hugues rentra chez lui,
1. « Uboldus rogatus scripsit... datavit VI nouas julii. aiiiio XXXII iinpe-
rii (loinni Ludovici imperatoris » [Cari. Saint-Barnnrd de lionuins, 2'' éd.,
n** 12). H s*agil là de l'ancicu notaire de la chancellerie impériale, cha-
noine de Saint-Maurice de Vienne.
2. î)33. « Vienna Rodulfo régi, tradentibuseam hisqui eain lenehant, dcdi-
lur») (Flod., 933; éd. Laucr, p. 55). Poupardin, p. 231, n. 2, observe que ce
fait est placé parFlodoard après la bataille de Merseboiirg, c'est-à-dire îq)rcs
le 15 mars. Pour le Lyonnais, Ch. de Cluny^ n°»239, 255, 257, 258, 442, 411.
132 LA PROVENCE DU PREMIEh AU XII* SléCLE
SOS lidèlos Lombards avaient profité de cette aventure pour con-
vier son prédécesseur Rodolphe II de Jurane à venir reprendre
le rovaume el il s'ajj^issait de parer aux événements '. Ce fut le
moment choisi par le roi Raoul pour s'installer en Viennois, par
trahison. Au milieu de ces diflicultés, Hugues ne pouvait, semble-
t-il, qu'accepter le fait accompli. Désormais, le nom de Louis
rAveu<^le disparaît des actes du Viennois : le trône cesse de
va([uer et Raoul Toccupe jusqu'à sa mort ( "{• to janvier 936). Par
suite, les actes y mentionnent son règne, non pas bien entendu
comme roi de France, mais comme roi de la marche viennoise,
k dater de sa prise de possession en 933 -,
Le (hichv de Provence au roi/riume de Bourgogne el en pos-
session du roi Hugues
(931-917)
Dès que le roi de Lombardie fut menacé de la concurrence du
roi de Jurane, il se hâta de le désintéresser d'une entreprise
aléatoire en lui donnant un gain immédiat et assuré : il dut
sacrifier le royaume de Provence où la marche de Viennoise
venait de lui échapper définitivement. L'expression dont se sert
Liudprand pour faire connaître la substance du traité offre la
plus grande précision : le roi de Lombardie cède, dit-il, à celui
de Jurane <« toute la terre » qu'il possédait au delà des Alpes avant
l. Liudpraml, Antnpod.. lib. III, S 4r», iC. i8.
'2. |inai î):^'» ..." aniio II rcf-nanlc Radulfo rojjro Vicnense » [Cluny, n*» i37\
'oololuc 0:^.") ... .' aniioll rcniiniilo Hadiilfo ro^^c VioniUMisi» «> ;(;/m/i?/. n»
WX . Cf. Poiipardiii, p. 'l'.W, noti' i. Ces <loii\ actes pmvioniiont du Viennois
propriMueid dif ; on (M1 a aussi pourle Lyonnais, ipiidépendai! de la maix-lie
Vienn(»is<' el «pii i)arail avenir élé occupé dès 932 effectivemeut par Raoul
[Cluny, n«'»239, 2o:i, 257, 2;i8, 411, 442.)
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 133
de ceindre la couronne de fer *. Si Ton se reporte à la période de
912 à 926 ainsi rappelée, on sait que Hugues était alors
duc de Provence et marquis de Viennoise : suivant le nouveau
traité dont parle Liudprand, le roi de Lombardie cède donc le
duché de Provence qu'il possédait encore et la marche de Vien-
noise qu*il ne possédait plus. Il ne la possédait plus, puis-
qu'il Tavait concédée en 928 quand le trône de Provence
était vacant, et puisque le roi de France venait d'y inaugurer
son règne. Hugues mettait donc aux prises, en bon politique, le
roi de France qui venait de l'occuper sans son aveu et le roi de
Jurane à qui il la cédait. En cédant le duché de Provence et la
marche de Viennoise, le roi de Lombardie ne cédait rien
des biens si considérables qui constituaient son domaine parti-
culier et privé en Provence et en Viennoise. On en connaît Texis-
tence aux comtés de Fréj us, de Riez, de Gap, de Vaison, d'Apt,
d'Orange, de Saint-Paul, de Die, de Vienne et de Lyon. Ce domaine
privé, composé de nombreuses villes et églises rurales, il continue à
en disposer, à titre de propriétaire. Selon une détermination déjà
constatée plus haut à propos des comtés qui lui appartenaient en
Viennoiset en Provence, dans la Viennoise il distribuera ce domaine
par des libéralités entre-vifs, soit en faveur de ses parents de Savoie,
soit en faveur des églises* ; mais, en Provence, il le conservera jus-
1. «<His temporibus Italienscs in Rurgundiam ob Rodulfum, ut advoninl,
mittiint.Quo<l Hugo rex ut agnovit, nuntiis ad eundem directis, omiuMii ter-
rain quam in Gallia anic regni susccptionem tenuit Ilodulfo dedil, al({ue
ab iK) jusjurandum, nealiquando iu Italiam veniivt, accepit. » Liudprand,
Antapod., lib. III, § 48).
2. Pavic, 8 mars 934. « Hugo et Lotharius gratia Dei reges... pro amore
Di»i... remedioque animarum nostrarum seu patris et matris nostre Teu-
baldi scilicet et Bcrte... >» donnent à Ciuny, dans le comté de Lyon, •< duas
curtes JL'nE proprietatis nostiivK... » [Cluny, i\^ 417,. (k'tte donation d'un
domaine privé tenu par les rois de Lombardie comme propriétaires fut
appn)uvée régulièrement par le pape Léon Vil en 937 .Ihid,, n® 478 et par
le roi de France Louis d'Outremer le 20 juin 939 ILid., n*» 499 .
Cet acte est antérieur au traité de 934, comme lesdonations en faveur de
Saint-Chef du 12 novembre 928 {Ilist de Fr., IX, 090 et en faveurde Saint-
Barnard du 25 novembre 928 (Car/, de Saint-Barnard, 2* éd., n® 1 1 ; mais
le suivant est postérieur.
Pavie, 24 juin 936. « Hugo et Lotharius gratia Dei reges... Hugoni comiti
131 LA PrtOVENCK DU PREMIER AU Xll** SIÈCLE
qu'il sa mort pour le (ransmeltropar teslamont à sa nièce, Berto ^
En cédant le duché et la marche, le roi deLombardie ne cède même
pas les comlés particuliers cjue ses proches continuaient à y pos-
séder. Ce domaine public, ses parents le conservent. En
somme, l'abandon fait à la Jurane avait uniquement pour
objet le duché et la marche, qui réunis formaient le royaume
de Provence. Elle avait donc uniquement pour objet, en fait,
l'autorité royale vacante depuis 928 et tous les droits découlant
de la souveraineté : notamment, le domaine public du lise, la
{^arde des é*^lises principales et la disposition des offices ou des
fiefs vacants. Les comtes, qui, dans les pays cédés, étaient en
possession d'un comté, chan{;eaient de seigneur et retrouvaient
un souverain.
Désormais, les rois de Bourgogne jurane étaient égtilement rois
de Provence.
Il importe de déterminer à quelle époque intervient ce traité
entre Rodolphe II et Hugues. Précédemment on a constaté,
grâce aux actes privés du Lyonnais et du Viennois, ([ue la
vacance du trône dans la marche prend lin ou moment où le
roi de France se fait reconnaître comme roi de Viennoise,
soit en Lyonnais en 932, soit dans le Viennois propre-
ment dit en 933. Par les actes privés du duché de Provence,
on saura donc à quelle date le royaume de Provence a été céilé
par le roi de Lombardie à celui de Jurane, ou plutôt <'i quelle
date celui-ci en a pris possession. En fait, les deux derniers actes
connus qui soient délivrés, le trône vacant, sont datés d'Arles en
juin 933 et le 18 juin 931 '. Après eux, on connaît un acte du
v[ k.irisHiino nostro iiepoli cpiiiiulam corlein noslram, infra ro^num Bur-
l^niiulio alipu? in coinitalii ViumuMitio adjaceatiun (jne uoiniiialur ElleviMisi\.
IH-: NOSTHO jriiii i:r noMiNio... \(lart. Saint- Maurice^ ii*» M, — Saint-Antlré-le-
Jii'ift, A)>|HMi(1i\ i'Z*).
1. Voir plus haut, p. 123, ii. 2.
2. Arles, juin [0:î3j, l'an XXXIII do Louis TAvou^lo : « Fnela... in Arclale
civitalc, publiée, in nions»' junio, anno XXXIII, ro{^nante Ludoico roj;o ot
iniporaloro, illio Howoni ivj^^is ». i/#a//. Christ, nnvin. : Arles, n*» 21 i, col.
yO-i()():. LVditoui- dalo à tort do 92:J, le texte ost explicite.
Arles, l«juin [OiViJ, Tan XXXI V de Louis rAvcugle : cFacta... in Arelatc
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 135
Diois daté du samedi l^' août et du règne de Rodolphe * : à sup-
poser que cet acte concerne Rodolphe II, et non Rodolphe III,
on peut le restituer au 1®' août [935]. Le traité intervenu entre
les rois de Lombardie et de Jurane, portant la cession du
royaume de Provence à ce dernier et la mise en possession du
duché de Provence, serait intervenu entre le 18 juin 93i et le
1" août 935, plutôt en 934 qu'en 935. A titre de contrôle, on
peut observer que Liudprand groupe, dans le même paragraphe,
ce traité avec Tannonce du fait que le roi de Germanie Henri,
ami de Hugues, jouissait alors en Italie de la plus grande répu-
tation parce que, guerroyant seul contre les Danois, il venait de
les soumettre à un tribut 2. Or, la campagne de Henri contre
civitate, publiée, XIV Kalendas julii, anno XXXIIII régnante et imporante
llludovico, fllio Bosoni régis » [Cari, de Saint-Viclor^ n» 1040. — GalL
novlis., Marseille, n^ 64). Les éditeurs datent à tort do 924 ce texte, qui est
cependant bien explicite comme lo procèdent.
1. Dono ad ecclesiam S. Mariae... in cpiscopatu Uzetico, in loco...
Casanova... unum mansum... in loco... Montemcalvi in cpiscopatu Dicnse...
Pacta iu feria III, kal. augusti luna prima, régnante Kodulfo rcge (Dom
Vaisscte, IIUL du Languedoc, 2« éd., t. IV, n^ XII, p. :i4, et t. V, 158, n*» 55,
§ IV. Cf. Poupardin, p. 231, note 4. Poupardin rétablit /ena VU, au lieu
de feria III),
Le samedi i*f août répond à la lettre dominicale D (jui concorde avec les
«nnées 918, 929, 935, 940, 996, 1002, 1013, 1019, 1024, 1030. D'autre
part, la lune, nouvelle au l**" août, répond au nombre d'or 8 qui ne concorde
avec aucune de ces années. Etant donnée cette difflcullé, il faut s'en tenir
à la concordance certaine du jour de la semaine avec le quantième, ce (jui
pour Rodolphe II suppose forcément Tan 935. Le nombre d'or 8 concorde
avec 919, 938, 957, 976, 995, 1014 et 1033. L'erreur dans le calcul de lu lune
•'observe fréquemment dans les actes do cette époque : le nombre d'or 19
répondrait à une lune nouvelle le 30 juillet, le nombre d'or 10 h une lune nou-
velle le 2 août et lo nombre d'or 5 h une lune nouvelle le 3. (]omme l'erreur
peut aller facilement jusqu'à deux jours, il convient do voir ([uelles années
tombent ces nombres d'or qui sont les plus approchants ])our In lune nou-
velle au i^'août. Le nombre d'or 19 tombe en 930, 949... 987, 1000, 1025 ;
le nombre d'or 16, en 927, 946,... 984, 1003, 1022 ; le nombre d'or 5, en
916, 935, 954... 992, 1011, 1030. Parmi toutes ces possibilités, les seules (|ui
coïncident avec les années où tombe la lettre 0 sont celles du nombre d'or
5 en 935 et 1030. L'acte est donc du samedi 1*^ août [03:>| s'il s'agit de
Rodolphe II, ou du samedi 1«' août [1030], s'il s'agit de Rodolphe III.
i. Conrad avait non seulement deux sœurs, Judith et Adélaïde, mais
onooro un frère, Rodolphe (Précepte du 8 avril 962; Cluny, 1127).
llMi LA PROVENCE DU PREMIER AU XU® SIÈCLE
Gorin, roi <les Danois, qui se termina par la victoire de Schles-
\vi*^, U; haptcine d.^s vaincus et la constitution de la marche jifcr-
nîani(|uo du Schlcswi^ eut lieu précisément en 93i : la nouvelle
de cette eainpa«,'ne retentissante et la gloire qu'elle acquit au
vain(|ueur ne purent se répandre pleinement en Lombardie avant
l'été ou Tautomne en 931 '. Il y a pour Liudprand coïncidence
absolui» avec la date du trait.» relatif à la Provence : c'est seule-
ment dans le para«;raphe suivant qu'il parle de la tentative d'Ar-
nulf duc de Bavière pour enlever la Lombardie k Hugues et
cette tentative se produisit en 935.
Moyennant la cession du royaume de Provence, Hugues exi-
geait de Rodolphe U ce que Béranger avait jadis exigé de Louis
l'Aveugle et de lui-même avec succès, c'est-à-dire le serment de
ne jamais plus venir en Lombardie. Le roi de Jurane tint ce
solennel engagement et il ne taixla pas à mourir i -{• 1 1 juillet 937),
ce (|ui était encore plus sûr pour Hugues. Fidèle à sa méthode,
le roi de Lombardie se hAtait en Jurane pour épouser la reine-
veuve à laquelle il ne laissait pas le loisir de pleurer son premier
époux et par surcroît il en donnait laiilleà son fils (12 décembre
937 i -. Son but n'était évidemment pas d'avoir une femme de
plus, mais de dominer la Jurane et de mettre la main sur l'héri-
tier du royaume, Conrad, un enfant qui ne pouvait avoir plus
d'une dizaine d'années, puisque son père s'était marié en 912 'K
1. M ... lltMiiricuin... ivj^^om forlissiinum... ciijiis ex hoc a]nKl Halos
inaxiino tint claukbat, (|iiod Danos... soins ipse dobollarot ac tril)u-
larios faccn»!...'» Liinlprand, Anfapod.^ lit). III, îj 48j. L'emploi dos mots
ïiN»: r Li ri' hn f i*i l'oniploi do debollarel... facrret^ h l'imparfait du subjonctif
an liiMi du plns-qin»-parfail, indique hx'»s clairement ([u'il s'aj^it d'un fait
«•onleiiiporain et non pas antérieur à l'épocpie du traité (pie concerne le
réeil de riiislorien. .Vu paraj^-raphe suivant, il passe à l'arrivée d'.Vrnaud
sir dued<» Bavière et de (^arinlliie ipii date de 93').
•J. Voir N's lextes relatifs à la eampa«,'ne contre les Danois dans Ricli-
{oi\Afui:ilrn des (ieuslchcn Ueichs. III ahteilunj?, ester band, Halle, 1890,
p. 20, luWe .1,
'.\. (Colombier, 12 décembre 938. Préceptes de constitution de dot pour
Merle, veu\e de Rodolphe II, et leur lille Adélaïde (ForschuiKjen z. il,
(icsch., t. I\, p. 30:i ; Cnd, dipl. Lanf/ob., n» DLII. — Cf. Poupardin, p. 23H,
note A \ — C^(dombier-sur-Mor|^es, canton de Vaud [Dict. postal de la
Suisse, Hern, 1890, p. 86).
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 137
Depuis le traité de 934 qui unissait le royaume de Provence à
la Jurane, cette mainmise était encore plus désirable pour
Hugues : si, par malheur, les petits Conrad et Rodolphe venaient
d'ailleurs à disparaître, le mariage du lîls de Hugues avec la fille
de Rodolphe II ne pouvait manquer de faire rentrer la Provence
et même de faire passer la Jurane par surcroît entre les mains
du roi de Lombardie. Par malheur, cette fois-ci, le politique fut
joué malgré toutes ses précautions. Cette union de la Provence,
de la Lombardie et de la Jurane pouvait être menaçante pour la
Germanie. Otton I*'', qui venait de monter sur le trône (2 juillet
936), laissa la veuve à Hugues ; mais il parvint ti se faire ame-
ner par surprise le jeune Conrad et il le garda auprès de lui K
C'était donc le roi de Germanie et non celui de Lombardie qui
jouait le rôle de régent du royaume de Jurane et de tuteur du
jeune roi. Il va de soi que, cependant, cette régence ne pouvait
s'étendre au delà de la Bourgogne jurane proprement dite. La
marche de Viennoise était restée au roi de France, Raoul, jusqu'à
sa mort (-j- 15 janvier 936). Après lui, Louis IV d'Outremer fut
sacré roi de France le 19 juin 936 : on observe alors la même
difFérence que, de 932 à 933, entre le Lyonnais et le Viennois
proprement dit. De suite, le Lyonnais reconnaît Louis d'Outre-
mer ^, comme le montre un acte du Cartulaire de Savigny :
quant au Viennois proprement dit, le trône y demeure vacant ^.
1. «... in Burgundiam proficiscilur habens socum Conradum filiiim
RodulG i-egis Jurensis qucm jamdudum dolo captum sibique adduclum
retincbat... » (Flodoard, Ann.,9M ; Script., III, p. 387). — « Hex autem dédie
in diem profîciens patcrno regno nequaquam est conlentus, sed abiil
Burg-undiam, regem cum regno in suam accepit potestatem. lliigonem
altcrum armis cdomuit, sibi subjectum fecit; cujus fibulam aureani rej^i
dono concessam gcmmarum varielate mirabilem videmus in altari proto-
martiris Stcphani rutilantem » (Widukind, lies geslœ saxonicœ, 1. Il, c. 35;
Script,, m, 447; Patr. lat,, t. 137, vol. 176).
2. Ch. deCluny, n»« 463, 482, 491 (938), 518. 531, 564, 701. — Cari,
de Savigny, n» 68 (mardi, 3 janvier [937J : quandoLudovicus rex Frauconiin
cœpit regnare), n° 33.
3. Vienne, juillet 937. « Dcum regnantem, regem espitanlem »> {Clunt/,
n« 476).
138 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE
On doit probablement en dire autant du Valentinois de rive droite
et duVivarais. Il fallut que le roi de France vînt de sa personne à
Vienne en 941 pour s'y faire reconnaître par les comtes et par
Charles Constantin à leur tête *. Pendant ce temps, il est évi-
dent que le duché de Provence, depuis la mort de Rodolphe II,
86 trouvait dans les mains du roi de Lombardie, au même titre
que la Jurane dépendait du roi de Germanie, o*est-à-dire au nom
du jeune Conrad. Mais le roi de Germanie ne se contenta pas
longtemps de dominer la Jurane seule au nom de son protégée.
Pendant Tété de 9i0, accompagné précisément de Conrad -,
il vient soumettre la Bourgogne, se porte jusqu'à la Seine et
réduit Hugues le Noir à Tobéissance ^. Hugues le Noir était à
lo fois duo de Bourgogne française dans le royaume de France,
comte de Lyonnais dans la marche de Viennoise et marquis de
Bourgogne (Besançon) dans la Jurane; il est certain que de 937
à 940, il avait été, partout où il lavuitpu, ouvertement favorable
au roi de France et contraire au roi de Jurane que couvrait I égide
de la Germanie. A dater de 940, il est obligé de rester soumis à
Conrad dans son comté de Bourgogne, comme il Tétait dans son
duché et en Lyonnais au roi de France : sa situation était com-
plexe, le roi de Germanie l'oblige simplement à la neutralité.
Après avoir fait reconnaître Conrad en 940 dans le bassin
du Doubs, c'est-à-dire dans le comté de Bourgogne dépendant de
Hugues le Noir, le roi Otton complète son œuvre en 912. Cette
année, en septembre ou octobre \ il se rencontra sur la Meuse,
probablement à Voyse, avec le roi de France, et les deux sou-
1. 9il. u Ludoviciis rox a Karlo C4ons(antino in Vienna recipitur ot Aqui-
tniii ad oiim viMiiiiiil illiimquo suscipiunt » (Fiodoard, Annalea, 041;.
2. Entre lo 13 juillet et lo ITi Heptombre (Hichter, p. 45, note de 940'.
a. OU). « Et pustea Ilug, filiu» Riehartli venit n (Ann, ^i/iffc//.,040). —
« !Iuf>:oneni alteruin arniis edomuit ac «ibi siibieotum fecit >» (Widuk., II, 35).
— (t Cnstrn(|iie inctatus supra Set]uanain, obttides ab Ilu^j^ne nigro accepil
cum juramento noesset noeumenio IIu^)ni vol Ueriberto qui se aubdidcrant
oidem Olhonis n^Klod., Ann., 040). (!f. Hichter, p. 44, note.
4. Hichtor, [>. V7, n. do 042.
0i2. «t LudowiouH rex Othoni régi obviam proftciscltur et amicabiliter
se muluo suscipientos amicitiam suani ûrmant conditiouibus » (Flod., Ann.},
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 139
verains réglèrent leurs différends par un traité durable. Le
royaume de France occidentale abandonnait la Lorraine au
royaume de France orientale, c'est-à-dire à la Germanie, et, de
plus, la marche de Viennoise au royaume de Bourgogne jurane K
En retour, celui-ci laissait au royaume de France les comtés
d'Uzège et de Vivarais, sur la rive droite du Rhône. Ces clauses
qui concernent le royaume de Bourgogne et de Provence, on les
chercherait vainement dans les annales ; elles rcssortent du
mode de dater les actes privés. L'histoire de cette époque s écrit
en utilisant les sources diplomatiques qui précisent et complètent
les indications générales données par les sources narratives.
En Lyonnais, donc, le dernier acte qui conserve l'indication du
règne de Louis d*Outremer émane du comte Hugues, c'est-à-dire
du prince qui était duc de Bourgogne française et marquis de Bour-
gogne en Jurane : cet acte est daté du jeudi 2 1 avril [9i2J , Tan VP de
Louis ^. Le premier acte émané du môme comte, qui innove en
Lyonnais, le règne de Conrad, date du 23 avril 1)43 3. En Vien-
nois, le premier acte qui mentionne le règne de Conrad émane
du vicomte de Vienne Ratburn, et se trouve daté du samedi
!•' octobre [942], Tan IV« du règne *.
Dans le Valentinois de la rive droite, le dernier acte mention-
nant le règne de Louis d'Outremer est de l'an VII**, c'est-à-dire
1. C'est-À-dire le Lyonnais, le Viennois, le Graisivaudan, le Valentinois
4o la rive droite et le Vivarais,
3. Cluny^ n*» 544... « ego Hugo l)ei nutu cornes Domini noslri Jcsu
Christi et servus..» in pago Lugduncnse,.. » Don de Romans, Ain, arr,
Trévoux, Dans cet acte. Tan de règne est donc compté h dater, non pas de
Tavônement (15 janvier 936) mais du sacre (19 juin 930) de Louis d'Outre-
mer : M. Giry n'avait pas eu occasion de le ren>ar(iuer {Manuel do ilipL^
p. 729}. Le 8 décembre [9i2], on ne mentionne plus lo règne de Louis
(Càrl, de Savigny, n« 100).
3. Cluny, n»' 427, 628. Don de Bouligneux, Ain, canl. Villars, arr.
Trévoux.
Cf. C^rt. deSavigny, n°» 40, 46, 55, 57, 62, 65.
4, Saoïedi, 1"" octobre [942]... « in pago Vienonso in villa... Landadis...
die sabatokalcndisoctubris annos lUl régnante Gonrado rege » [Cluny^
«•» 546J,
140 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
d'un mardi d'avril 942 ou 943 *. Le Lyonnais et le Viennois
venaient, sur la rive gauche, de passer du roi de France au roi de
Jura ne : mais les comtés d'Uzège et de Vivarais, sur la rive
droite, restaient au premier d entre eux. On a des actes pas-
sés dans ces deux comtés et datés de son règne, puis de celui
deLothaire ', Le Valentinois et le Viennois de rive droite ont suivi
1. Manli d'avril '0A2j. « iii villa... Chaliaiio, in vicaria Subdionense... in
mense aprili, fcria lll», anno VII"*», remuante Ludovico rege... » [Cari. Saint-
Cha/fre, ii" C-CCXXVlir. Cotte date est comptée à partir de ravènemeril
an 15 janvier 03r> ; si elle Tétait à dater du sacre, au 19 juin, il faudrait
rétablir avril '9i3|. Le n° CCCXXX porte, de son côté,.. «* in pago Valenti-
nensi, in vicaria Subdionensi, in aice de villa Cornatis sive Calliario... »
L'identification de (Ihaliano ou Calliario (?) s'impose donc avec le hameau
de (Ihalian (commune Saint-Homain de TAir), limitrophe au terroir de Cor-
nas : dans la commune de Cornas elle-même coule Icruisseau de Chaliac (?j,
qui provient du hameau Feuilles xxi-29 et xxii-29, qui donnent la forme
Chahan pour le hameau et Chaliac |>our le ruisseau). Ces localités se trou-
vaient bien dans la viguerie de Soyons (cant. Saint-Péray, arr. Tournon,
Ardèche) et, par consé({uent, en Valentinois.
2. Pour rUzèfje, il suffit de citer : [951-952;... « in pago Uzelico, in valle
Vuarnense in villa Alberna... Actum Uzetico civitate, anno XVI, régnante
llludovico rege »[CUiny, n^HlT). Ce pays reste désormais acquis au royaume
de France. L'acte relatif à l'Uzège, passé à Arles au mois d'août Tan XLVlll
du règne de Conrad, mentionne ce régne, parce qu'il est écrit en Provence
[Gall. noviss., Arles, n» 290).
Pour le Vivarais, on possède deux actes datés du règne de Conrad :
c'est exceptionnel. Le [)r(.»mier, du 27 septembre Tan XXXI, concerne la
donation à (]ruas de biens sis à Baix. Cette donation eut lieu à Cruas,
c'est-à-dire en Vivarais: elle fut écrite en présence de l'archevêque
d'Arles par le moine arlésien Nortald, qui reparait h Arles le 26 novembre,
l'année suivante (Albanès, Ga//. noviss,^ Arles, n«273). Le second concerne
Kompon placé entre le ruisseau de Monteillel au nord, le Hhône h l'est
et rOuvèze au sud; cette localité, avec Lavoulte, forme la limite du
Vivarais au nord sur le Rhône et elle est limitrophe des localités valen-
tinoises de Saint-Laurenl-du-Pape, Beauchastel sur la rive droite, Livron
et Loriol sur la rive gauche. Peut-être cette situation sur les confins est-
elle cause ((u'on a mentionné le règne du roi de Bourgogne et non pas
celui du roi de France. Les donateurs, Silvion et sa femme Wille, sont
d'ailleurs des Viennois et les plus anciens représentants de la maison de
Clérieu. '^970, 979 ou 9S1J. .< Silvius et uxor mea Guuilis... et filius nosler...
Willelmus... in [)ago Vivariensi in agro Albanense, in monte... Rumpone..,
a solis orlu... Rodano, a solis occasu rivo... Cambaico, ab aquilone rivo...
Montelisio de alio latus ad vento aqua... Obvisio... régnante Chonrado
rege anno XL )i (Cluny, n"^ 1434). Tous les autres actes paraissent unanimes
lÊ tiOl^AU^IE DÉ PllOVÈNdE VIENNOIS 14l
à ce moment le sort du Valentinois et du Viennois de rive gauche.
Par contre, le Lyonnais de rive droite a suivi le sort de i'Uzège
et du Vivarais ^
à indiquer le règne des rois de France, jusqu'au début du xi' siècle : [045-
946). « in pago Vivariensi in villa Albanense... anno X rognante Ludovico »
(Cari, de Saint-Cha/fre, n» CGCV). [948-949]. — « in pago Vivariensc, seu
Albense, in aice Legernatcnse... anno XIII régnante Ludovico rege » (Clunt/,
n«725). — Mardi, de juillct[956], « in villa Arlis,in pago Vivariensi, in vicaria
Mariatensi... mense julio, feria III, rognante Lothario rege anno II » (Cart.
de Saint'Cha/frey n° CCLXXVII). — Jeudi de janvier [963J. « in pago Viva-
riensi, in vicaria Pratelliensi,in villa... Escolenco... feria V, mense januario
[anno] IX régnante Lothario rege » (//>ic/.,no CCCXII). — 985... « Anno ab
incarnatione... DGCCGLXXXVindictione XIII, rognante Lothario... Becolo...
in pago Vivariensi...» (Ibid., n» CCCLXXVIII). — Cf. Ibid., n»* CLXI et
ceci II. — mercredi de juin [979 ou plutôt 986]. « in ])ago Vivariensc, via-
cccasto Sancti Albane, in villa... Crecxlago... feria IIII, mense junio, anno
quando Loiccus cepit regnare... » {Cari. Sainl-Barnard, 2« éd., n^ 46). —
Crcyssac, samedi [18] février 1021. « in pago Vivariensi... ad Capellam...
mense fcbruario,diesabbathi,Iuna ILannodominicieincarnationismillesimo
XXI régnante Roberto Francorum rege (CaW. Sainl-Chaffre, n° CCCLXXXII).
Au début du xi* siècle, certains actes ne mentionnent plus le règne :
« in pago Vivariensi, in agro Calanconensi, in villa... Ciliacho... Ego Pon-
cius presbiter scripsi [Cari. Sainl-Barnard, 2« éd., n^ 70 :cf. n°» 189, 190) ;
il s*agit de Silhac. — De même les n°" 66, 67 relatifs à Saint-Félicien.
Enfin, le Vivarais fut rattaché au royaume de Bourgogne dont il dépendra
au xii« siècle : — juin [vers 1020]. « in pago Vivariensi, in villa Meissano....
mense junio régnante Roduifo rege »... {Cluny, n° 2745. — Cf. le 1998 qui
ne peut être cité parce qu'il concerne, non seulement le Vivarais, mais aussi
Saint-PauI-Trois-Châteaux.[12 août 1052] :« ecclesia sancti Feliciani... Data
per manus Palri sancte matris ecclesie Vienensis cancellarii, mense augusto,
feria IIII, luna XII, Heinrico secundo augusto (Ibid., n° 103). — Vendredi
22 février [1073], « in villa de Commoraz et in mandamonlo de Hocha
Maura... Data per manus Villelmi, ad vicem cancellarii, feria VI, oclavo
kalendas martii, luna XI, régnante Heinrico rege II nondum imperalore »
[Cari, de Sainl'Barnard, 2« éd., n° 161). Il s'agit sans doute de Rochomaurc
en Vivarais, quoi qu'en pense M. Mazon (A. Mazon, Quelques noies sur
Vorigine des églises du Vivarais, t. I, Privas, 1891, p. 203), et non pas de
Roquemaure au diocèse d'Avignon.
1. Pour le Viennois de rive droite, les actes suivants, relatifs au pays
d'Arras et dWnnonay qui en dépendaient, suffisent à le prouver.
Mardi d'août [943], « ego Boso inclitus comes... in pago Viennensi, in
agro Aradicense, in villa Arratica... anno primo rognante Gondrado rege
[Cari. Sainl'Barnard, 2« éd., n°14).Il s'agit d'Arras. il mars [943 ou 945?].
— « ego Ismido... in pago Viennense, in agro Arratico, in villa Limanno...
anooIIIL régnante Gondrado rege » [Ibid.y n°18). — Mercredide mai [954.?]
142 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE
Des actes privés du Lyonnais et du Viennois qui précèdent, il
ressort que la transmission de ces pays consentie par le roi de
« in paj^o Vienensc, in ajjro Annonaccnse, in villa... Vinonia... anno XV
rognanto Gondrado rej^c » [ILid.j n® 27 \ — 22 mars [1062^ : «< in pajjo
Viennensi, in ii^ro Anoniacensi, in villa... Navaz... Domino régnante
cl regc oxpectante » (ILid.^ n** 121). A celle épo<|ue, Henri n'clail pas
cncoi*c reconnu comme i-oi de Bourgogne (G. de Manleyer, Les orig. de ia
Mainon de Savoie, 1899, p. 409, noie 3).
Il en esl de même pour le Pailharès. Samedi de janvier [951 ?] : « in
pagoViennonsi... Mizosco...annoXVregnanleCorradorege » (//>iV/., n® 20).
— Manli 23 février [958]. « in pago Viennensi, in agro Paliaraconse, in
villa... Mizosco... régnante Gondrado rege » (Ibid,, n° 33). — Vendredi
!••' avril [959]. « in pago Viennense, in agro Palliarense, in villa Gevi-
niano... régnante Gunlardo [$ic) rege « (Ihid,, n® 34).
H en esl de même pour la parlie du pays de Tournon qui dépendait du
Viennois et non pas du Valenlinois. Vendredi 29 janvier [997] : « in pago
Viennense, ïornonense in agro, in villa... MeduUo... régnante Rodulfo rege»
{Ihid., n» 01). Il s'agit de Muzols (?).
Pour le Valenlinois dérive droile. Lundi 30 juin [956 ou 962j : « in pago
Vjilentinensi, in vicaria Subdionense, in aice de villa... Cornatis sive Cal-
liario (on Caliano)... Geilinus comes... rivulo Cerano... regnanleConrado
rege » (Cart. Snint-Chaffre, n° CCCXXX). Cf. ci-dessus, p. 140, n. 1. — Samedi
25 avril |97t|. « in villa Planis, in arce Soionensi... regnanle Conrado
rege anno XXXVI » {Ibid., n» CCCXXXIV). — [999-100]. « supradicla
vicaria... villa Belmente... regnanle Radulpho rege anno VU» (//>/(/., n°
CCCXXXVI, cf. ïio CCCXXXVII).
Pour le Lyonnais de rive droile. Lundi de mars [961] : m in pago quon-
dam Lugdunensi quod nunc esl in episcopatu Valenlinensi, Geilinus,..
manso Caviliano... regnanle Lolhario » {Ibid., n° CCCXLV). Il s'agil de
Macheville (jui, placé dans l'évcché de Valence, dépendait cependaul du
Lyonnais; c'esl sans douleen raison de cette dépendance politique que le
règne de Lolliaire esl mentionné. Le Cartulaire de Chamalières men-
tionne régulièrement le règne de Lolliaire pour les localités de la pro-
vincia Lucdunensis et celui de Conrad pour celles de la provincia Vien-
nensis [Cartulaire de Chamalif^res-sur-Loire en Velay, prieuré conventuel
dépendant de l'ahhaye de Saint- Chaffre, publié par A. Chassaing, avec
introduction el tables par A. Jacotin, Paris, 1895, in-S® de xiv-204 pp.)-
Voir Ibid,,n° 120: dimanche de septembre [909?] « anno XXX regui régis
Conradi... in territorio Viannensi, in villa... Mons Cornaton ». — Ibid.^
n» 127: mercredi de mai [908]. « anno XIIIl regni régis Lolerii... in
<iu(nlani pagoLucdunensis provincie... Aurigum ». — /Z)iV/.,n° 128 [967-978].
« Anno XIllI regni régis predicti... in provincia Lucdunensi, in territorio
de Jares, in... villa... Chalniis. » La communication de celle édition
récente du Cartulaire de Chamalières esl due à la bonne amitié de M.
Noël Thiollier.
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 143
France au roi de Jurane s'est opérée entre le 21 avril et le
i«' octobre 942. On savait déjà que le traité entre Louis d'Ou-
tremer et Otton était intervenu en septembre ou octobre : désor-
mais, on pourra préciser et dire qu'il fut passé probablement au
début de septembre 942. L'acte du samedi i^'^ octobre 942
prouve aussi qu'un scribe de Vienne faisait remonter le règne
de Conrad, non pas à Tépoque tout à fait récente où il avait
reçu effectivement le Viennois, mais au moment de son accession
au trône en 937. C'était conforme à l'esprit du traité de 934
intervenu entre le roi de Jurane et le roi de Lombardie. Cette
ère du 11 juillet 937, il faut le dire, est exceptionnelle en Vien-
nois. D'autres scribes prennent le début de l'ère du règne en
940, c'est-à-dire à l'époque où Otton avait soumis Hugues le
Noir au jeune Conrad ^ La plupart, se conformant au fait réel
1. Il ne peut s'agir de citer ici que les seuls actes où existe la concor-
dance certaine entre le jour de la semaine et le quantième: les autres
n'offrent aucune base positive :
1« Ère de 940 : « Ego Islenus presbiler rogitus scripsi die vcneris XIII
kalendas madias, anno XI. régnante Gondrado roge » (Cari. Saint-Bar nard,
2' éd., n» 23). Cet acte remonte au vendredi 19 avril [950], an XI"; il
suppose que Conrad était le 19 avril 940 dans Tan I*'' de son rogne. — Ego
Vuillelmus subscripsi, dadavi die sabato .VI. idus k. (sic) julii nnno
XXX™» régnante Gonrado rege » (ïbid., n® 38). Cet acte est du samedi 10
juillet [969], an XXX« : il suppose que Conrad était le 10 juillet 940
dans Tan I**" de son règne.
2<*Ère de942 : «Factadonacione istaferia IIII. m. nonasjanuarii annoXlIII.
régnante Gondrado rege... Ego Ebopresbiter scripsi »(//>/(/., n^ 25). Cet acte,
du mercredi 3 janvier [955], anXIV«, suppose que le roi était le 3 janvier 042
dans Tan I«' de son règne.
Dans ces deux ères, comme point de départ, il ne faut tenir compte
que du millésime : on ignorait, au bout de queUiue temps, à Vienne,
le jour et le mois de la prise de possession de Besançon en 040 et
du Viennois en 942. En réalité, dans Tère de 940, il aurait fallu faire
tomber le 18 avril de Tan I"*" en 941 et, dans 1 ère de 942, il aurait
fallu faire tomber le 3 janvier de l'an I" en 943. Se rattachent à l'ère des
942, forcément, les actes suivants. — « Ego Boso diaconus hancprestariam
scripsi, datavi IIII kalendas octobris. anno II vocato roge Gondrado (Cari.
Saint-Maurice de V'ic/i/ie, n» 110. — Éd. Cart. Sainl-André-ie-Bas, Appon-
dix no 23*). Cet acte est du 28 septembre [943] et non pas de 93S comme le
dit l'éditeur. — «iVnno II régnante Chuonradoroge Vienuensc)•(Ca/7.Sa//I/-
All(/^rf-/e-Ba«, n« 98). Cet acte est de la fin de 943 ou du début de 944 et
144 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
et non pas ou droit, ne le prennent qu'en 942, c'est-à-dire au
moment où le Viennois fut effectivement cédé à Conrad.
A peine la marche de Viennoise lui eut-elle été cédée par le
roi de France qu'on le voit quitter la Germanie et le roi Otton
son protecteur pour venir se montrer à ses nouveaux sujets.
Sans doute, il attei«;nait alors sa majorité. On le voit tenir une
assemblée générale où assistent, non seulement les évéques et
les comtes, mais tous les vassaux de la couronne, grands et
petits *. Il seml)le que les fonctions de marquis de Viennoise
soient remplies désormais par le comte de Lyonnais Hugues le
Noir, également duc de Bourgogne : les comtes de Maçonnais,
de Viennois et de Forez l'entourent dans une affaire concernant
le vicomte de Lvon *-. En tout cas, Charles-Constantin demeure
toujours, au rang des simples comtes, comme comte de Vien-
nois. Il est peu |)rol)able que le roi de Bourgogne, après avoir
revu l'hommage du Viennois, soit également en 943 venu tenir
sa cour en Provence. Sans doute, il y régnait depuis qu'il était
roi; mais il n'y pou%ait guère paraître tant que le roi de Lombar-
die vivait. Celui-ci avait bien abandonné le duché en 934; mais
ses proches tenaient toujours le siège primatial d'Arles, les
comtés d'Arles et d'Avignon. Du moment que le roi de Bour-
gogne s'appuyait sur la Germanie, celui-ci ne pouvait compter
sur le bon vouloir de la Provence.
non pos dr 038-930. On y voit que le roi de Bourgogne jurane est qualifié
roi do Vi(Minoise, comme précédemment Tétait de 933 à 942, le i*oi de
Franco. Cf. ci-dessus, p. 132, n. 2.o Adalardus prcshitcr scripsit, dictavit,
dio niarlis monso augusti, aiino primo régnante Gondrado rego » [Cart,
Saifil-Jiarnanl, 2'' éd., n° 14). Cet acte est d'un mardi d août [943].
1. 28 mars (?) 0'è3. Plaid royal en faveur deCluny : « Chuonradus... rex...
in pago Vicnnonse... Carolus consanguineus noster...
Humberlus prirsons fuit ac omncs vassi dominici majores et minores »
(CI un y, n» 622). Cf. n" 031.
2. 28 mars 944. « antc... domni Ilugonis gloriosissimi marchionis... de
Ademaro Lugdunonsi vicecomile ex Tosciaco... S. Hugonis comitis et
marchionis. S. Adomari vicecomitis. S. Leolaldi comitis. S. Caroli comitis.
S. Vuilclmi comitis... >. {Cl., 050). Pour sa qualité de duc de Bourgogne fran-
çaise, voir le précepte de Louis d'Outremer, du l»*- juillet 946 (Ibid., 688
et 689).
LE IlÔYAUMEÎ DE PROVENCE VIENNOIS H^
Voyant que son règne déclinait et que le pouvoir passait peu
à peu au marquis dlvrée Béranger, le roi de Lombardie Hugues
se décida en 946 à quitter la Lombardie avec tous ses trésors
pour venir finir ses jours en Provence, auprès de sa nièce, Berthe K
Il laissait en Italie, sous la direction de Béranger, son lils
Loihaire, associé à la couronne depuis 931. Cette retraite prouve
bien qu'il restait le maître de la Provence. Le roi Hugues devait
être alors septuagénaire et fatigué de sa vie bien remplie. La
mort pouvait venir : elle vint le prendre à Arles le samedi
saint 10 avril 947 2. H léguait à sa nièce son trésor et
son domaine privé en Gotbie et en Provence ^. Son lils, Lothaire,
ne tarda pas à mourir lui-même à Turin le vendredi 22
novembre 950 ^. Le marquis Béranger se saisit de sa veuve
Adélaïde et, comme Lothaire ne laissait d'elle qu'une fille, il se
fit couronner roi de Lombardie, le dimanche 15 décembre, avec
son fils Albert ^. Adélaïde était cette sœur du roi de Bourgogne
Conrad, que Hugues avait fait épouser à son fils le 12 décembre
937. Comme Béranger la maltraitait, le roi de France orientale,
Otlon, résolut de descendre en Italie pour la délivrer, l'épouser
1. « Rex Hugo... relicto Lolhario et, siinulala pace, Berongarii fidei tra-
dito, in Provinciam omui cum pccuiiia properavit... (Liudprand, lib. V,
.? 31).
2. « Die sabali, quod est decimo die mensis aprelis et fuit in eo die secun-
dum Pasce, eivitate Arlenda, migravit ab hac die domnus Ugo rex ; abead
rcgnatnm annos XX expletos et menses VIIII et dies III Cipolla, Moruim-
.Vora/ic, I. p. 415).
3. €< Vocanle Domino brevi rex Hugo viam est carnis universie ingressus,
Borla» nepti sua» Bosonis Arelatensis comilis vidu;e pecunia derclicla »
(Liudpr., lib. V, § 31). Cf. Donation du 20 février 0(>() par Berthe do l'héri-
tage qui lui venait de son onele (//i«/. Lanfj., 2« éd., l. V, n® 107}, col. 233-
234). Cf. ci-dessus p. 123, n. 2. Les villas du roi Hugues, qui se trou-
vaient réparties, au royaume de Provence, dans les comtés de Fréjus 1 ,
Riez (2), Gap (7), Vaison (1 , Apt (3), Oranjre li, Trois-Cliâteaux <i. et Die i ,
étaient surtout nombreusesdans celui de Gap: on croit y reconnaître Méol-
lion comm. Cham|K>léon\ Molion ; Chi\'i\\o\^ Ci llii lu s; les Luntds, Lm/m//»/.s,
et le Chanipsaur, Caricampus. En effet, pour ce dernier vocable, (J.iri
donne « Tsaum dans le dialecte local ;d'où'< Tsantsaur »»,Champsaur.
4. Cipolla, t. I, p. 145.
5. ILid.
Mém. et Doc. de l'École des Chnrles — VII. 10
116 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
et devenir ainsi, lui-même, roi de Lombardie. Il accomplit ce
projet pendant Tété de 951, après le 28 juillet, et se trouve à
Pavie le 23 septembre K En décembre, il épouse Adélaïde- et
retourne en Germanie au printemps de 952, de manière à célé-
brer Pâques en Saxe : le 11 février, il est encore à Pavie, le
15 à Corne, le l*^' mars à Ziirich, le 12 à Erstein, près Strasbourjj^,
et le 29 avril à Magdebourg.
Ces dates précises de ^expédition d'Otton en Lombardie sont
à noter ; ciir, pendant qu'il était ainsi occupé en Italie et que son
protégé le roi de Bourgogne ne pouvait compter sur son appui,
le roi de France occidentale ne restait pas inactif. Avec le pro-
jet déclaré de se rendre en Guyenne, Louis d'Outremer, au début
de rannée 951 ''\ se mit hâtivement à la tête de son armée : il
descendit sur la frontière méridionale du duché de Bourgogne, qui
n^levait de lui, c'est-à-dire vers Mâcon. A son approche, se pré-
1. liichlor, |). Gl, note.
2. Kn lr>ul cas, avant lo 0 février 952 (Ibid,^ p. 02, note).
.'{. îKil. <« Ludowiciis rox A([uitaniani ciim exercitu pctiit ; sed, antequam
«'jiihUmu in^rcdorotur provintiam, Karliis Constantinus Vicnna? princeps cl
Strph.ums Arvornorum prœsiil ad cuin vonienles siii cfGciunlur»(Flodoard,
Anmtlrs^ \Ki[). — yîil. « Jussiis er^o ab rej^o, in A(piitaniam exercilum repi
parai. Qiio in Urvvï collecto, causis rernm exi^>ntibus ad intcriorcs Bur-
l^iMulijp parlos rox sccuni oxercitum diriç^it. Ciini erpo in agro Malisco-
niMisium cislra ii|^ori'l, occurril oi Karolus Constantinus Viennai^ civiUitis
princt'ps ojustpie cflicitur lidom jurejurando pactus. Hic ex reg^io qiiidem
f^tMicro natns crat, sed concubinali stemniatc us(pie ad tritavuin sordcbat,
vir f^randeviis et multis bollorum casibus sîppissimc attritns et qui in
siipt'ri()ri!)ns juralaruni tuniullibus felici conjp*essu insi^nis multoties eni-
tiiil, Aiïiiit ctiani Slophanus Arvernorum prcsul ao régi sese cominisit. Nec-
noii cl a Willehno Atpiitanorum principe lepati industrii afTucre pro suo
principe ex fidi» li:d)cn(la sacramenta daluri. Qnibus postquam jussa rej^alia
data sunl, rcx in urbeni Vcsontium... cuni duce exercitum deducil. Atcpie
ihi Lcloldus cjusdcm urbis princeps ad ejus niilitium sacramento transit.
Qnibus féliciter aUpie utiliter habitis, cum autumno maturantc... rex... in
acnlani febrein decidit... dux ab eo jussus exercitum reducit. Letoldus
vcro princeps... régi famulatur. Al... convaluit. Transactisquc diebus tri-
ginla posi corporis repara tionem cum l..etoldo principe in Franciam redit >»
(liictier. Hisfori.'iruni, lib. II, î^ OS, {){)). \a\ (pialité de princeps Viennx civi-
tafia pour (iharles-Constantin, comme celle de (Vesontii) urbis princeps
pour Liétaud, écpiivaut, dans la langue de rbistorien, à celle de contes.
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 147
sentèrent devant lui les ambassadeurs du due de Guyenne, qui
se déclarèrent prêts à lui donner satisfaction : mais la Guyenne
n^était pas le seul but de Texpédition royale. Louis d'Outremer
tentait de regagner ce que le roi Otton lui «avait fait perdre dans
le royaume de Bourgogne, soit en 940 avec Besançon, soit en
912 avec la marche de Viennoise. En effet, àMâcon se présente
le comte de Viennois, Charles-Constantin, qui, trahissant Conrad,
se déclare le vassal de Louis d'Outremer. Puis, le roi, au lieu de
rentrer en France, se dirige par la Bourgogne sur Besançon, où le
comte Liétaud, suivant l'exemple de Charles-Constantin, aban-
donne Conrad pour passer au service du roi de France. Il faut
noter que Liétaud était à la fois comte de Maçonnais dans le
duché français et comte de Besançon dans le royaume de Bour-
gogne : en ces deux qualités, il était vassal du duc de Bourgogne
Hugues le Noir, qui allait mourir le 18 décembre 952. On com-
prend maintenant pourquoi Louis passe par Mâcon avant de se
rendre à Besançon : il ne s'y rendait qu'à coup sûr, assuré de
Téloignement d'Otton et de l'impuissance de Conrad. A l'au-
tomne, le roi Louis prend la fièvre à Besançon : le duc ramène
Tarmée en France ; puis le roi lui-même, gardé par Liétaud, se
rétablit. Un mois après son rétablissement, il regagne la Fiance
avec Liétaud. S'il regagne la France <\ ce moment et si Liétaud
juge utile d'abandonner Besançon pour l'accompagner, ce n'est
pas uniquement parce que ce dernier veut faire honneur au roi ;
c'est parce que tous deux avaient vent du prochain retour
d'Otton en Germanie et que ce retour devait inquiéter le comte
félon. En effet, au lieu de gagner directement la Germanie au
printemps de 952, Otton va se détourner par Ziirich et l'Alsace,
en plein hiver, aux mois de février et de mars.
Il est évident que cette expédition avait été préparée sur les
conseils du duc de Bourgogne française Hugues le Noir. Un
acte passé à Lyon, en 944, fait penser qu'il occupait «ilors le Lyon-
nais comme marquis de Viennoise : en cette qualité, il dut
déterminer le comte de Viennois Charles-Constantin à trahir
Conrad. De plus^ il était certainement seigneur du comte de
148 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll*" SIÈCLE
Besançon et son marquisat, dans le royaume de Bourgogne,
s'étendait sans doute jusqu'au Doubs : en cette qualité, il dut
avoir encore moins de peine à persuader le comte de Mâcon et de
Besançon de se joindre à lui contre Conrad K Mais cette
revanche de Louis d'Outremer contre les événements de 940 et
de 942 fut éphémère. Il resta maître de Besançon pendant
quelques mois en 951, Charles- Constantin l'y accompagna et,
pendant ce même temps, le règne de Conrad dut subir une éclipse
1. Iliiprues le Noir était duc de Bourgogne française : voir le précepte de
Louis d'Outremer du l»»" juillet 946 [Cluny, n" 688 et 689}. II fut également
comte, puis manjuis, en Lyonnais dans le royaume de Bourgogne : voir le
précepte de Louis l'Aveugle daté de Vienne en 900 : « quidam inclilus
conu\snomineHugorilîusHicardicomitis...decomitatuLugdunensi »(C/.,70|.
Voir aussi le plaid du 28 mars 941 (Cluny^ n^ 656). Enfin il était manpiis à
Besançon, dans ce même royaume : voir Tobit du 18 décembre 952 dans le
Kiilendnrium Vesonlionrnse (Dunod, Ilist. de l'église de Besançon^ t. 1,
Besançon, 1750, Preuves, p. xxxi). Sa domination à Besançon résulte tout
aussi bien des textes qui concernent l'expédition d'Otton en 970 : si Otton
se le soumit alors, ce ne pouvait être comme duc de la Bourgogne fran-
çaise, mais comme maître de Besançon (Cf. Cluny, n®» 397, 398, 408, 499,
5it, 027, 028). Le comte de Vienne Charles-Constantin parait soumis h
Ilugnos le Noir dans le plaid du 28 mars 944 [CAuny, n® 656), exactement
comme Tétaient les comtes de Forez, au i*oyaume, et de M&connais, au
diiehé de Bourgogne.
Liél.nid, fils d'Aubry, était comte de Maçonnais, dans le duché de Bour-
gogne française, et à ce titre vassal de Hugues le Noir [Cluny, n® 976 ; cf.
no* 4.^2, 022, 025, OU, 055, 056, 680, 688, 689, 728, 729,753, 764, 768, 797.
9S0, 1037, 10t4. Munier, Thiroux, Dijon, 1660, pp. 125-127). Il était aussi
comte de Besançon, dans le royaume de Bourgogne, et à ce litre égale-
ment vassal de Hugues le Noir: voir, indépendamment de Richter, l'acte
de février 94'* passé à Besançon {Cluny^ 655) ; voir l'acte de [968], Tan XII
de Conrad, où Je comte de Maçon donne à l'église de Besançon « pro remédie
anima' mea^ at(pie senioius mki incliti Ilugonis ARcnicoMiTis necnon et
genitoris mei Alberici et genitricis mea» Avelana» »(Dunod, Hist, du second
royaume de Bourgogne^ t. Il, Dijon, 1737, p. 107). Après sa défection
(le 951, il juge prudent de rester en France quelque temps: il Ggure h
Laoti le 20 octobre 955, sous le titre de L, Burgundite contes qui rappelle
sa domination à Besançon (dluny, n® 980). Puis, il parait avoir fait sa paix
avec Otton et (Conrad, si on en croit l'acte où il figure avec l'appellation :
donini Lcutoldi impcraiorii coniitis (Ga//. Christ, j t. IV, Instr., n« X.VI,
col. 279:. 11 ne tarda d'ailleurs pas à mourir. Son frère Humbert est la
tige des sires de Salins (Ga//. Christ., IV, Instr., col. 275, n«» XVI, XVII;
Guichenon, BiU, Sebus, cent. I, cap. XXIII, pp. 53-54 ; Cluny, 655).
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 149
en Viennois. Les actes privés prouvent que, si elle eut lieu, elle
fut aussi courte que Toccupation de Besançon. Charles-Constan-
tin, qui s'était réfugié en France, rentra finalement à Vienne
avant 958, sous la domination de Conrad qui demeura définitive ^
Tel avait donc été le sort de la marche de Viennoise depuis la
mort du roi de Provence Louis l'Aveugle jusqu'à rétablissement
définitif de Tautorité du roi de Bourgogne jurane Conrad, c'est-
à-dire de 928 à 952. Le trône était demeuré vacant de 928 k 933,
entre la Lombardie et la France ; la marche s'était trouvée dans la
dépendance des princes de Vermandois de 928 à 931 , puis du roide
France de 931 à 933, pendant que le duché de Provence obéissait
au roi de Lombardie. Le roi de France avait été roi de Viennoise, de
1. On a un acte de Charles-Constantin, daté du règne de Louis d'Ou-
tremer et approuvé par ce souverain, par lequel il donne à Cluny Commu-
nay en Viennois: « data... in mense januario régnante Ludovic© rcge anno
XVI qui... preceptum jussit Gcri et sigillo suo insigniri » (Cluny ^ n° 797)
Si Ton compte Tère de Louis h dater de son avènement le 15 janvier 936,
l*acte en question est du [15-31] janvier [951] et c'est Topinion de
M. Bruel. Si Ton compte Tère du règne à dater seulement du sacre le
19 juin 936, Tacte sera du [1-31] janvier [952], Cette seconde opinion est
la bonne, car Louis d'Outremer était encore à Pouilly-sur-Loire le
3 février {Cluny , n® 763) et Charles-Constantin ne vint se soumettre à
lui qu'à son arrivée à Mâcon. Liétaud était lui-même à MAcon le
12 février et le 2 avril (Cluny, n° 799). La date de janvier [952] s'impose,
en prenant l'ère au sacre. L'acte prouve que le comte de Viennois accom-
pagna le roi de Mâcon à Besançon ; puis, il rentra avec lui et Liétaud de
Besançon en France à l'automne de 951 et il y passa l'hiver. On a vu
que Liétaud était encore à Laon le 20 octobre 955 : l'entreprise du roi
ayant échoué, il est naturel que Charles-Constantin ait suivi l'exemple de
Liétaud et ait attendu de négocier sa grâce avant d'oser revenir chez lui.
U était rentré avant mai 958 (Cluny, n» 1047).
On a en Viennois des actes avec le règne de Conrad, du vendredi
i9 avril [950] Tan XI (Cart. Saint-Barnard, n» 23), puis d'un vendredi de
juin Tan XII (Ibid,, n* 24) et enfin du mercredi 3 janvier [955] l'an XIV
\lbid,, n« 25). Le premier, écrit par le scribe hlenus, suit l'ère de 940 ; le
troisième, par Ebon, suit l'ère de 942. Le second, écrit par Eldrade, peut donc
être de juin [951] ou de juin [953], suivant le système suivi. Dans le pre-
mier cas, il n'y aurait eu aucune interruption du règne de Conrad on
Viennois, malgré la défection de Charles-Constantin : c'est peu probable.
L'acte doit être de juin [953] : il prouve au moins que le règne de Conrad
était rétabli alors.
150 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll* SIÈCLE
933 à 9i2, sans Tavcu du roi de Lombardie ; celui-ci, en93i, avait
cédé par représailles au roi de Bourgogne jurane tout le royaume
(le Provence, c'est-à-dire la marche de Viennoise avec le duché de
Provence. En 942, finalement, le roi de Bourgogne jurane avait
pu prendre possession, grâce au roi de Germanie, de la marche
de Viennoise. Endehors d'un retour momentané delà France, sur-
venu du printempsde 931 au printemps de 952, cette marche avait
formé désormais le royaume de Viennoise sous le sceptre de Con-
rad. Mais, Conrad ayant passé sous la main d'Otton en 938, le
roi de Lombardie ne paraît pas lui avoir jamais livré le duché
de Provence qu'il avait promis à son père en 934. Il parait bien
Tavoir gardé, sinon comme roi, du moins comme duc, jusqu'à sa
mort survenue à Arles le 10 avril 947.
Ainsi, à partir du moment où disparaît le règne de Louis
l'Aveugle, en 933, le Viennois obéit désormais au roi de Fnince
(933-942, 931), ou bien au roi de Jurane (912-931, 932-1032),
c'est-à-dire à un souverain étranger. Ce pays a cependant toujours
l'ambition de constituer le royaume particulier de Viennoise ^
VI
Les comtes d'Arles
(926-948)
Ces vingt ans écoulés, de la mort de Louis l'Aveugle à celle
de Hugues, sont une période de silence tragique où la Provence
tout entière, épuisée, se tait. Les Sarrasins, qui s'étaient fixés au
Freinet à la fin du règne de Charles le Gros, l'avaient peu à peu
1. Ci-dessus, pp. 132, n. 2, pour Raoul, et 143, n. 1, § 2, pour Conrad.
Y joindre \os actes suivants : Clumj, 998, 1005, 1006, 1009, 1013; Saint-
Andrc-le-Iias, n^- 17, 43, 49, 57, 64, 98, 10'2, 113, 116, 122.
Les derniers actes connus do Charles-Constantin sont les (Charles de
Cluny, n^» 656, 797, 1047, 1084, 1094, 1122, datées de mai 958, avril 960
et janvier 962. Le n» 1094 est sons date d'année.
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS ISl
dépouillée et réduite à rien*. C'était un désert, où restaient
quelques cités isolées comme des oasis, et, personne n'ayant plus
de quoi donner aux églises, tout paraît aboli. Si le roi de Lom-
bardie s'en était donné la peine, il est certain qu'il aurait pu y
porter remède : mais l'Italie Tabsorbait et il ne gardait la Pro-
vence que comme une ligne de retraite où il lui suffirait de
trouver, le long du Rhône, Arles et Avignon bien munies de
murs, àTabri de leurs marais. Dans ce cas, la zone de Fréjus et
du littoral désolée par les Sarrasins lui servirait plutôt de cou-
verture, entre les Alpes et le Rhône. Les Sarrasins pouvaient
devenir des auxiliaires, pour un prince bien muni d'or, et il
Tétait. Les petits et les grands payaient fort cher la politique du
prince. Le primat d'Arles, l'archevêque d'Aix quittaient le pays
comme le duc : seuls y restaient ceux qui ne pouvaient faire
autrement.
Il faut bien, cependant, qu'il y ait eu un comte d'Arles à cette
triste époque. On sait déjà que, lors de la restauration du duché,
en 911, le duc avait installé comme comte d'Avignon son frère
Boson, en conservant pour lui-même le comté d'Arles -, Lorsque le
duc était devenu roi de Lombardie en 926 , il avait dû céder le coni té
d'Arles à Boson et celui-ci dut administrer, dès lors, toute la
Provence au nom du roi. Mais, en 931, Boson avait été appelé
en Lombardie et était devenu marquis de Toscane, dignité dont
il jouit dès le 17 octobre. Boson ne pouvait remplir deux postes
de confiance à la fois, avec les Alpes entre eux: du moment où il pas-
sait en Toscane, il fallait un comte qui le remplaçât en Pro-
vence. Alors seulement se pose le problème consistant à dire qui
devient comte d'Arles.
C'est encore un Boson : mais, si le nom ne change pas, la
personne a changé. Il serait impossible de confondre ce Boson avec
1. 936. « Sed et Saraceni qui... Fraxcnetum inhnbitabant, post labefac-
tionein Provincialiurn quasdam summas Italio; parles sibi vicinas non
mediocrilerlaniabaiil (Liudprand, Anlapod,, lib. Il, § 43 . — cf. lib. IV,
4).
2. Voir ci-dessus, pp. 117-118.
ir)2 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl*" SIÈCLE
le comte précédent devenu marquis de Toscane ; car la femme du
nouveau comte est précisément Berthe, fille aînée de son prédé-
cesseur'. En consé([uence, riivpothèsela plus naturelle est que le
nouveau Boson tient le comté d'Arles de sa femme : ct»lle-ci le
tenait elle-même de son pi>re qui le lui avait remis en ÎKTl et
son père lavait forcément reçu en 026 du duc. Il est, en eiret. peu
probable que le duc ait directement transmis le comté dWrles
en 92<) à sa nièce, alors que le père de celle-ci serait resté simple
comte d'Avifj^non jusquen 9*11.
La fortune qui fit monter sur le trône de Provence l'élu
de 879 suscita, comme on le voit, parmi ses parents et ses
compatriotes de nombreux Boson : ils encombrent l'iiistoire
réj^ionale et Tune des dillicultés de cette époque consiste à les
distinguer clairement.
Le roi de Provence Boson portait le nom de son oncle mater-
nel, le comte lombard Boson, mari d'Engeltrude. Durant la pre-
mière moitié du x° siècle, on peut citer dans sa famille les princes
suivants.
1" Au deuxième depré, par sa fille Engelberg^e, son petit-fils
Boson, lils de Guillaume, marquis d'Auvergne, comte de Màcon.
Ce Boson mourut, on le présume, avant le 8 avril 936 -,
\. {)Ut. •< Rex Hiiffo... in Proviuciam... pi'openivit. Quo niidilo Raimiin-
(liis A({U('t;nii()ruin priiioops oum adiit, oui ot pm ininis millcso in inilitom
ïltviil, (i()(Mn(pio si!)i sorvatnrum juranienlo adfirmavil... Vocantc» Domine,
!)r('vi ivx Iln^o viain t'sl rarnis univorsaî inj^ressus, Berta^ nopti sua»,
Hosonis Aivlatrnsis coniilis vidua*, pecunia don^licta.Quam cliam hrovi
spalio inliMcodonlo, mcmoralns liaimundus inpurissimo^ genlis princcps
iupnrior sil)i niaritam elTect»rat ; cujus non solum concubitu, vcnim oliam
oscnh) indi^nnni cU'gantos formaniin inspoclores otiam atquo eliam coii-
firinanl »» ; Liudprand, Antupodosis^Vxh, V, î$31 : . — 93C.(« ... i*ogis Ilu^r^onis fra-
tcrBoso... marcam Tuscia.' ohlinorel... conjux sua Willa.., ciim prolom non
hahrrcl virileni (piatluor habuil nalas, Bortam, Willain, Richildamot Gis-
lam... ...//m/., lib. IV,Sll-.
'2. I ViiMino", 25 décem!)re [0201 « Signum Bosoni lilio Villelmi » Cari.
Snint'Afulrô-io-lias^ n° 124). — S avril 936. «( oj^o... Gauzfredus... cornes et
uxor moa Ava... pro anima... sonioris moi Wilelmi ac lilii ejus Bosonis...
in paj,^() Kdnonsc» [Ch. ile Cluny^ n^iïiy), Boson est mort avant son poiv,
c/ost-à-dire avant le mois de mai 926(C/H/iy, u<»» 214, 209).
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 1S3
2** Au troisième degré, par son frère Richard, duc de Bourgogne,
son neveu Boson qui mourut en 935 et fut inhumé à Saint-Remy
de Reims*.
3® Au cinquième degré, par son oncle maternelle duc de Jurane
Hubert et le comte de Viennois Thibaud, fils de celui-ci, son
neveu par alliance Boson comte d'Avignon (911-931), d'Arles
(926-931) et marquis de Toscane (931-936)2.
4® Au sixième degré, par la même voie et le roi Hugues fils
du comte Thibaud, son petit neveu naturel, par alliance, Boson,
fils de Pezola et évêque de Plaisance en 946'^.
5® Au septième degré, par la môme voie, c'est-à-dire par le
comte de Viennois Thibaud, sa fille Thiberge et le fils de celle-ci
Hugues comte de Savoie, son arrière-petit-neveu Boson qui se
trouve à Montiéramey en 927 et qui meurt avant septembre 9 i8'*.
6° Boson, fils du comte de Valentinois de rive gauche Ada-
lelme ^.
1. 5 sept. 918. « Clarissimus comcs {Ilisl. génér. de Bourgogne, l. I,
pr., n® XIX). — 923. « Boso filiiis Richardi »... 929... « Ileribeitus et Ilupfo»)
comités contra Bosonem Hodulû régis fratrem proficiscuntur...; 931...
« pacato Bosone cum Hcriberto ))..;935... «inlerea Bosofraler régis HoduHi
in expeditione obsidionis castri sanctiQuintini morituret delatus ad Sanc-
tum Rcmigium scpelitur » (Hodoard, Ann,, 923, 929, 931, 935 ; éd. Lauei\
pp. 12, 43, 48, 62).
2. Voir ci-dessus, pp. 151-152.
3. Lindprand, Antapodosis, lib. IV, § 14 ; lib. V, §30.
4. Montiéramey, avril [927]. « ego Hugo cornes et conjux mea Wila necnon
et Glius Boso S. Hugonis comitis... S. Wilae uxoris ejus. S. Bosonis
fîlii ejus. S. Warnerii ipsorum ûlii » (Giry, Etudes carolingiennes, § V,
n» 27 ; dans Etudes d'hist,, Gabr. Monod, Paris, 1896, p. 13:')). — [Arles]
sept. [948]. « Manasses indignus episcopus... pro anima patris et matris
mee Teutberge et fratrum meorum, Hugonis videlicet atque Richardi,
Bosonis quoque et ceterorum omnium parcntum meorum » \Cluny, n" 726;.
."i. Adalelme, comte de Valentinois et mari de Rotlinde, vivait encore le
6 juin 903, date à laquelle le roi de Provence lui permet de tester pour les
biens qu'il avait reçus à titre viager par préceptes (Car/. Saint-Maurice,
n* 19.'>; Cart, Saint- And ré-le-B as ^ Appendix n" 12*). Il mourut après
911. Son fils Boson, devenu comte de Valentinois, paraît dans les actes sui-
vants : [30 avril 907-novcmbrc 908]... « Remegarius sancte Valentinensis
ecclesie humilis episcopus in Xpisti nomine firmavi et subscripsi... Signuni
alii Bosonis comitis n(Cart, Saint- Bar nard, 2« éd., n«6). — 912... « Signum
154 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
7® Le fils de Roubaud, Boson, qui deviendra comte d'Arles on
8® Boson, marquis delà Marche '^.
Voilà les huit Boson que font connaître les textes, en Provence
ou dans les environs, comme membres de familles princicres pen-
dant la première moitié du x* siècle.
lia pu y en avoir d'autres; mais, puisqu'ils sont ignorés, ils
devaient, par conséquent, avoir moins d'importance. Or, le roi
Hugues n'avait certainement marié l'aînée et la préférée de ses
nièces qu'à quelqu'un de considérable et de digne d'elle. 11 est
donc moralement certain que Boson, mari de Berthe et comte
d'Arles dès 931, se trouve parmi ces huit Boson connus ; mais
il faut choisir. Ce sont les dates de la vie de sa femme qui
permettront d'arriver à le déterminer. Le 10 avril 1)47 quand le
roi de Lombardie Hugues mourut à Arles léguant à sa nièce
Berthe tous ses trésors, celle-ci était déjà veuve et remariée,
après un très court veuvage, à Raymond, prince aquitain.
Liudprand dit que ce second époux n'avait rien pour elle de flat-
teur et qu'il était indigne de sa beauté : ainsi, le premier avait
mieux valu. Ce Raymond, pour préciser, n'est pas, comme
beaucoup l'ont cru, Raymond-Pons, comte palatin de Toulouse,
marquis de Gothie et même, un moment, duc de Guyenne ; c'est
son cousin germain Raymond, simple comte de Rouergue ^, En
Aditlolmi comitis. Sij^nurn Hosonis filii ejus » iOallia ChrisL^ l. XVI,
Insir., col. 101, n® \\ — manli d'août [*J 4 3], l'an l'*" de Conrad. « Dilccloalque
amnhili liliolo inoo Udalhcrtoahbati, o^oBosoinclitus cornes... in pa»;oVifn-
ncnsi, in aj^TO Aradiconso... (Curf. Saini-Barnard^n^ 14). Le comlo ôlait
alors forl i\^(\ \ni'isi\iw son pèro ôlait mort depuis trente ans, et que l'ablK'
rdalbtM't ost son filloul.
1. Voir ci-dessous, p. 201, n. 1. — Arles, 7 octobre 949. « Boso conics»)
((^liantelou, Ilist. de Monimnjou/\ pp. 25-27).
2. H août 958." Si|;num Hosonis niarchionis {Gall.Chrisi,, t. II, instr. col.
108-109. — Robert de Lastoyrie, Etudes sur les comtes et vicomtes de
Limof/es, Paris. 1874, p. 122, n° XV). — « Rosonem vetulum de Marca >» (Ade-
Muxii Chronicon.Vih. 111, § 29, éd. Chavanon, p. 150). Boson avait épousé
Kninia,rdle d'Albert, et nièce dellélie, comte de Péri^^)I*d. Hélait seij;iieur
du vicomte de Limoges Archanibaud. Il eut pour fils Boson et Albert.
3. Raymond-Pons, fils de Raymond, petit-fils d'Eudes, avait épousé Car-
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 1S5
946, quand le roi de Lombardie se retire en Provence, le comte
de Rouergue, à cause de sa femme, s'empresse de venir s'enga-
ger à la solde de Hugues pour reconquérir son royaume et cette aide
divertit fort les Italiens, en raison de la piètre estime où ils tenaient
les Languedociens. Si, déjà, Tarrogance et la gloutonnerie des
Bourguignons de Viennoise agaçaient la majestueuse sobriété de
Rome, le savoir-vivre des patriciens qui vivaient dans les ruines
de la capitale antique se choquait bien davantage des mœurs et
de Téducation, paraît-il, déplorables que personnifiaient pour eux
les gens de Guyenne ^
Un fait bien certain, c'est que Boson comte d'Arles et
premier mari de Berthe était mort dès avant 946 et, en tout cas,
avant le 10 avril 947. On ne peut donc l'identifier avec Boson
fils de Roubaud^ ni avec Boson marquis de Limousin en Guyenne,
qui vivaient après cette date. Il faut écarter Boson, fils du mar-
quis d'Auvergne Guillaume, pour une raison inverse. En effet,
ce prince est mort entre le 25 décembre 920 et le mois de mai
926, avant son père. Sa mort est trop hâtive pour qu'il ait pu être
comte d'Arles à partir de 931. Il a suffi d'ailleurs de constater
que Boson marquis de Toscane est le père de Berthe, que Boson
évêque de Plaisance est le fils de Hugues pour qu'il ne puisse être
question d'eux. En voilà déjà cinq sur huit d'écartés au préa-
sinde et fut père de Guillaume {Ilist, de Languedoc , 2« éd., t. V, n<»« 12,
21, 37, 42,43, 50, 57,109, 117, 126). Son cousin Raymond, Gis d'Armen-
gaud, petit-fils du même Eudes, épousa Berthe dont il eut Raymond et
Hugues. Il avait été marié, en premières noces, à une fille d'Odoin dont
il avait eu d'autres enfants (7Z)ic/., n*»» 47, 59, 03, 107, 108, 109, 111, 112,
114). Garsinde, veuve de Raymond-Pons, vivait encore en 969 (//>*(/., n" 117,
col. 259-260). Berthe, veuve de son côté, vivait encore le 18 août 905
(/Aie/., n® 114«, col. 253-225). Raymond, mari de Berthe, ne peut donc être
confondu avec Raymond-Pons.
1. « An Burgundionum voracitatem et superbiamignoratis? (]eterùm
secundum naturale nomen Galli AHôbrogi nuncupantur. Ego, secundum
mihi traditam fronesin... Burgundiones eos quasi gurguliones apello,
vel quod obsuperbiam toto gutture loquantur vel, quodveriùs ost, edacitali
quae per gulam exercetur nimis indulgeant. » (Liudprand, lib. III, >i 45).
« Raimundus Aquetaniorum princeps inpurissima» gentis princeps inpu-
rior »... (Ibid,, lib. V, § 31).
156 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
lable. Restent «\ examiner Boson fils du comte de Savoie Hugues,
Boson fils du comte de Valentinois Adalelme et Boson fils du
duc de Bourgogne Richard.
Hugues, fils du comte de Troyes Garnier, était né vers
la fin du ix° ou le début du x*^ siècle : on le trouve à Vienne,
pour la première fois, le 23 décembre 920 et il devient
comte de Savoie probablement en 926, au moment où son
oncle maternel Hugues est élu roi de Lombardie. Proprié-
taire en Troiesin, il parait à Montiéramey en avril 927 avec sa
femme Wille, fille du duc Richard, etavec son fils Boson. Les sou-
scriptions spécifient qu'il avait dès lors deux fils, Boson et Gar-
nier, et que le second seul était issu de sa femme actuelle K
1. Montiéramey, avril [927] «ego Hugo cornes et conjux mea Wila nec-
non et filius Hoso donavimus S. Hugonis comitis S. WilîP iixoris
ojus. S. Bosonis filii ejus. S. Warnerii ipsorum filii {A, Giry^ Etudes
carolingiennes, ^y , Doc, carolingiens de Montiéramey, n®27 ; Etudes d^his-
taire. Gabriel Monod,p. 135). Les termes de cet acte sont formels. D'abord,
dans le dispositif, le comte paraît avec sa femme et Boson; puis, le scribe
«jui écrit les souscriptions place, après celle du comte, celle de sa femme
et celle de son fils Boson. Dans filii ejus, comme uxoris ejus, le mot
ejus répété se rapporte toujours à Ilugonis comitis et non pas à W'ilap.
En traçant la souscription suivante de Garnier, le scribe raccompagne
des mots t/)9or(im^/ii, parce que celui-ci était fils de tous deux. Dans
les Origines de la 3/awo/i de Savoie, 1899, pp. 436, 489, (iSo:, (250 1,
(279). et 1901, p. 300, il a été dit que Boson était le fils, non pas d'un
premier lit de Hugues comte de Savoie, mais d*un premier lit de sa
femme Wille. Cette assertion ne s'explique que par une inattention
fAcheuse. Quand la comtesse Wille, k Fouchéres [août 907-2 mars 980],
donnera pour Tûme de son mari et de ses trois fils Garnier, Thibaud et
Hubert, elle ne nommera pas Boson, parce qu'elle n'en était pas la mère
et ce sera tout naturel. Si elle avait été sa mère, même d'un premier lit
ce silence sei'ait surprenant (Giry, n® 31, p. 136). Boson était mort dès
septembre 948 : en effet, à celte époque, Tarchevèque d*Arles Manassès
fait lui aussi une donation pour les Ames de son père et de sa mère, pour
celles de ses frères Hugues et Richanl, pour celles de Boson et de tous
ses autres parents (C/i/ny, n® 726). Les quatre premiers étant morts, il
est prcscjuc certain que, si le cinquième, Boson, est nommé explicitement,
c'est parce qu'il est mort lui aussi. Dans les Origines de la yfaison de Savoie,
1899, p. 4H, 492, il a été dit que ce Boson devait être le marquis de Toscane
emprisonné en 930, oncle maternel de Manassès : c'est une erreur. Le
Boson, ((ue Manassès adjoint en 948 à ses frères Hugues et Richard,
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 15?
Deux autres enfants, Thibaud et Hubert, devaient venir au
inonde les années suivantes. Par conséquent, Hugues avait dû
épouser en secondes noces Wille, fille du duc Richard, vers 924 ;
auparavant, vers 920, il avait dû contracter avec une inconnue
un premier mariage dont était issu son fils aîné Boson. CeBoson,
né ainsi de 920 à 925, est mort avant 948. Son frère cadet con-
sanguin, Thibaud, archevêque de Vienne, né peu après 927, est
mort le 21 mai 1001. Boson appartient donc à la génération qui
suivit celle de Berthe, fille du marquis de Toscane, Celle-ci,
par le fait, était sa tante, par alliance, au cinquième degré : elle a
dû se marier au moment où il naissait et la date de cette nais-
sance vers 925 empêche absolument de l'identifier avec le Boson
qui devint comte d'Arles en 931 par son mariage avec Berthe.
Il faut passer à Boson, comte de Valentinois. Son père,
Adalelme, avant d'être comte de Valentinois sous le sceptre de
Louis TAveugle, avait été le fidèle de Charles le Chauve et de
Boson. C'était donc un homme âgé quand, le 6 juin 903, le roi
lui permit de transmettre à ses héritiers les biens qu'il avait reçus
à titre viager par divers préceptes des précédents souverains.
De sa femme Rotlinde, il avait eu Boson. Son âge avancé se con-
firme du fait qu'on voit son fils muni du titre de comte dès 907
ou 908 dans un acte où celui-ci figure à côte de l'évêque de
Valence. Cependant, il vivait encore en 912. Son fils lui succéda
certainement, peu après. Le nouveau comte de Valentinois pos-
sédait dans le Viennois de la rive droite des biens sis au pays
d'Arras *, c'est-à-dire tout près de son comté. Boson tint le Valen-
tinois sous toutes les dominations qui se succédèrent dc^)uis
Louis l'Aveugle jusqu'à Conrad roi de Jurane : il paraît encore
en août 943, quand le Viennois venait d'être cédé par le roi de
France à ce dernier. Boson devait être alors parvenu lui-même
à im certain âge et c'est la dernière mention qu'on ait gardée de
est son propre neveu Boson, filsdudit Hugues, comte deSavoie, et d'un pre-
mier lit. En raison de la mort prématurée de ce Boson, c'est le fils du
second lit, Hubert, qui a succédé à Hugues, comme comte de Savoie,
i. Arras, Ardèche, arr. et cant. Tournou.
158 LA PROVENCE DU PREMIER AC XII* SIÈCLE
lui. Le nom de sa femme est inconnu: les dates de sa vie, étant
ainsi déterminées, n offrent pas, on le voit, d'écart qui empêche
de croire que, par son Age, il aurait pu être marié avec Berthe.
Cela le distingue des autres Boson et c'est quelque chose :
mais celui-ci est un comte dont la famille possédait sim-
plement le Valentinois. Sa mère, en 903, reçoit du roi la qualifica-
tion de nohilissirna ; peut-être était-elle de race royale ou ducale.
Cependant, Boson lui-même, en Valentinois, parait être sans
relations directes avec Tune quelconque de ces maisons ducales,
soit avec celle de Provence, soit avec celle de Bourgogne, soit
avec celle de Guyenne. Quelle que fût la naissance de sa mère, ni
elle ni Adalelme ne reçoivent du souverain la qualité de propin-
r/uus. Autant qu'on peut en juger, Boson est un personnage de
race comtale estimée qui vit au second rang dans le royaume, en
dehors du cercle restreint de ceux qui le dominaient. A ce
compte, il n'était pas davantage que le comte de Rouergue
Raymond et rien ne le désignait au duc de Provence pour lui
donner sa nièce. S'il l'avait eue et qu'il fût devenu par là comte
d'Arles, il y aurait gros à parier qu on ne le rencontrerait pas
uniquement dans le Valentinois et le Viennois.
Bien différente était la situation de Boson, fils du duc de Bour-
gogne Richard, neveu du roi de Provence dont il portait le
nom. Son père, Richard, avait été avant Hugues de Viennois le
maître du pouvoir dans le royaume de Provence. D'autre part
par sa mère Alix, Boson était également le neveu de Rodolphe P',
roi de Jurane, dont son frère Raoul portait le nom. Au moment où
le duc de Provence devint roi de Lombardie, Boson fils de
Richard se trouvait ainsi être à la fois le frère du roi de France,
le cousin germain des deux rois de Provence et de Jurane. Rien
n'est plus naturel que de voir offrir par Hugues l'aînée de ses
nièces au roi de France pour son frère Boson. De même, à la
mort (le Louis l'Aveugle en 928, Hugues, afin d'être agréable au
roi do France, disposera de la marche de Viennoise en faveur du
fils aîné de Herbert, comte de Vermandois. L'année suivante,
Herbert part en guerre contre Boson et lui enlève Vitry en
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 159
Pertois, sur les limites de la France et de la Bourgogne où ils
voisinaient. Dès 930, le roi de France s^entremet pour amener
la paix entre Herbert et Boson. Mais c'est une courte trêve. En
931, le roi de Lombardie donne la marche de Toscane à son
frère qui abandonne désormais à sa fille et à son gendre les
comtés provençaux d'Arles et d'Avignon. Le frère du roi de
France devenait le voisin du comte de Vermandois, non seule-
ment au nord du duché de Bourgogne, mais au nord de la Pro-
vence. Aussitôt, le roi de France et lui s'entendent pour se débar-
rasser définitivement de ce voisin gênant : ils lui enlèvent, dès
931, à la fois la marche.de Viennoise et la France carolingienne.
En fait, Boson possédant, par sa femme, les comtés de Provence
et Raoul la marche de Viennoise, tout le royaume de Provence
appartient à leur maison, à condition de respecter les droits du
roi de Lombardie. Ces événements se groupent. On sait com-
ment, le roi de France ayant voulu en 932 et 933 se faire
reconnaître non plus comme marquis mais comme roi de Vien-
noise en éliminant Hugues, celui-ci en 934 céda le royaume
de Provence à Rodolphe de Jurane. La situation de Boson, mari
de Berthe, devait devenir ditlicile en Provence. On le voit alors
dans le duché de Bourgogne : il meurt en 935 dans un combat
hors de Provence et, frère du roi de France, il est inhumé à
Saint-Remy de Reims. Il ne laissait pas de fils, car on n'en connaît
pas et, s'il en avait eu un, cet enfant lui aurait succédé comme
comte d'Arles. Sa veuve, on le sait, presque aussitôt se remaria
avec Raymond comte de Rouergue, cousin germain du marquis
et comte Raymond-Pons. Berthe conserve, d'ailleurs, Arles et
Avignon après la mort de son premier mari jusqu'à celle de son
oncle en 947. En effet, c'est auprès d'elle qu'il vint se retirer en
946 avec sestrésors et c'est là que Raymond vintse mettre à sa solde,
pour le cas où le roi voudrait lever une armée contre la Lombardie.
Liudprand ne parle que de Hugues, de Berthe et de Raymond: s'il
y avait eu un autre comte qui fût comte d'Arles, celui-ci paraîtrait.
Même après la mort de Hugues, en septembre 948, Berthe con-
firme, évidemment en qualité de comtesse d'Arles, une donation
160 LA PROVENCE DÛ PREMIER AU Xtl« SIÈCLE
faite par l'archevêque d'Arles Manassès. Toutes les souscriptions
(le cet acte émanent de Provençaux ; par conséquent il a très pro-
bablement été passé h Arles. Mais les biens donnés par Tarche-
véque se trouvent dans le Ghaunois et le scribe mentionne,
peut-être, pour cette raison, le règne du roi de France au lieu
de celui du roi de Bour^ofjne et Provence. 11 est plus probable
aussi que la comtesse d'Arles, après la mort de Hugues, reconnut
en Provence le règne du roi de France. Si Berthe était encore
comtesse d'Arles en septembre 918 *, elle ne Tétait certainement
plus le 7 octobre IHÎ) '. Certes, elle garda la propriété du
domaine privé à elle légué par Tancien duc de Provence son oncle.
Elle le garda jusqu'au jour où elle le transmit à Tabbave de Moiit-
majour 'K Mais la lin de sa vie se passa en Guyenne, dans le
comté de son second mari dont elle eut au moins deux tîls, l'un
d'eux nommé Hugues comme le roi de Lombardie. Veuve pour la
seconde fois en î)GO ou 901, le dernier acte où elle figure est daté
du 18 aoùt9()o^.
Voilà donc établie la succession des derniers ducs de Provence:
Boson (875-15 octobre 879) et Hugues (fin9ll-10 avril 917), entre
lesquels Thibert (890-908i remplit des fonctions analogues sans
avoir d'autre titre que celui de comte. En raison de la prépon-
dérance récente de Vienne, c'est le Viennois qui fournit les ducs
à dater du moment où se constitue le royaume de Provence.
Thibert, propriétaire en Viennois, pourrait être fils du vicomte de
Vienne Arlulf; Hugues est le fils du comte de Viennois Thibaud.
Toutefois, li dater du moment où Hugues devient duc de Pro-
vence, il tend à se cantonner dans ce pays et à abandonner pro-
gressivement le Viennois.
1. Soplombro OW. <« Sijriuiin Herlc comilisse >» {Cluny^ n*» 72G).
2. Arles, 7 octobre 940 [llisf, de Monfmiyour^ éd. du Roure, pp. 25-27).
H. 20 février 1)00. <• rojjjnanU* Luthariu rogo Francorum, S. Bcrlha coiiii-
tissa .. I/îst. I.atuj., 2*" éd., l. V, col. 2;<:J-2:U, n" 107;. Rien entendu, la
Provence ne reconnaissait phis le roi de Franco ; mais la donation a élc
passée en (iuyenne, dans un [mys, par conséquent, qui dépendait de lui.
4. 7 septembre 901. *< Signuni Rcrtanc coniitisse m ilhid,, n*'112.—
18 août 905 {Ibid,, no 114, col. 253-255). — Cf. n« iil, col. 248-250.
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 161
Le duché avait dépendu successivement du royaume de
Charles le Chauve (-|- 6 octobre 877), de Louis 11 son
fils (-[• 10 avril 879), de Boson, sauf les Alpes Mari-
times (13 octobre 879-880), de Carloman (avril 880 f 12
décembre 884), de Charles 111 le Gros, qui déjà avait les Alpes
Maritimes (-|- 13 janvier 888), de Louis fils de Boson (juin 890,
f 3 juin 928). Jusqu^à l'automne de 934, le trône demeura vacant.
Depuis lors, le duché dépendit des rois de Bourgogne juranc
Rodolphe 11 (fin 934 f H juillet 937) et Conrad. Mais celui-ci
ne put en prendre possession qu'après la mort du duc (10 avril
917). Probablement, la Provence reconnut après la mort de
Hugues le règne de Louis d'Outremer (947-948).
Le duché se composait de deux douzaines de cités comtales et
épiscopales ; mais, s'il comprenait forcément deux douzaines
d'évêques sous l'autorité prima tiale de Tarchevêque d'Arles, il était
loin de posséder deux douzaines de comtes sous le gouvernement du
duc. Dans la région la plus voisine du Rhône existaient les cités
de Saint-Paul, Vaison, Orange, Carpentras, Avignon, Cavaillon,
Arles, Aix et Marseille. Cesontcelles qui durent le mieux échap-
per aux ravagés des Sarrasins et à la désorganisation qui suivit
ces ravages. On n'y rencontre d'abord que Thibert. Puis,
on y trouve deux titulaires à dater de 907 : l'un en deçà, l'autre
au delà de la Durance. Pendant que Thibert continue à tenir
les comtés d'Arles, Marseille et Aix, Hugues parait à Avignon,
au delà de ce cours d'eau. Quand le duché est reconstitué pour
Hugues en 911, celui-ci se réserve le groupe d'Arles et place son
frère àAvignonaudelàdelaDurance. Si l'on en juge par l'exemple
de cette région du Rhône et de la Durance, leduché tout entier devait
comprendre quatre groupements régionaux, ou environ, composés
chacun de plusieurs comtés particuliers ou cités. Chacun de ces
groupements n'avait qu'un seul comte à sa tête, celui du comté
principal. Ilenétait ainsi pour les pays d'Arles, d'Avignon, de Die
et, sans doute, pour celui de Glandèves. Les comtes placés à la
tête de ces gouvernements dépendaient, bien entendu, du duc
Mém, et Doe, de VÉcole des Charles. — VU. It
162 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE
qui se réservait personnellement le groupe des cités unies à
Arles, capitale du duché.
La série des comtes d'Arles se confond donc avec la série des
ducs, mais jusqu'en 926 seulement. Le duc étant devenu roi de
Lombardie, désormais le comté d* Arles appartient à son frère
Boson (92()-9*n), puis à la lîUe de celui-ci, Berthe, mariée d'abord
à un second Boson (^93 i -935), puis peu après à Raymond comte de
Rouergue. Berthe était encore comtesse d'Arles en septembre
948 : elle avait cessé de Tètre en octobre 949.
La série des comtes d'Avignon comprend, pendant la même
période de temps, Thibert( 890-907), Hugues de Viennois (908-
9H), son frère Boson (9H-931) et, sans doute, la fille de celui-ci,
Berthe (931-948).
Enfin, on connaît Odilon comte de Diois*.
1. ^mni lK»7-juillol 974'. Le comte Odilon, mort à cette époque, avait vécn
du temps de révtMjue de Die AchUleus (Ul. Chevalier, Cnrtulaire deSaint-
Chnffre, pp. 108-110, n«» CCCXXII ; cf. G, de Manlcyer, Les orijines de la
maison de Savoie, Kome, 1899, pp. 4i;>-417.
CHAPITRE V
LE ROYAUME DE BOUKGOG^E-PllOVE^CE
(9491032)
ET LA MARCHE DE PROVENCE
(979-1150)
I
Limites de la Provence médiévale.
Si l'on recherche quelles étaient les limites de la Provence du
X* au XII* siècle, il y a lieu de reconnaître qu'elles coïncidaient
avec la délimitation établie par le privilège apostolique du 5 mai
450, restreinte à la rive gauche du Rhône depuis la création du
duché de Lyonnais. Parmi tant de modifications successives,
c'est donc la dernière organisation décrétée régulièrement avant
la chute de TEmpire d'Occident qui donne, somme toute, sa phy-
sionomie au pays jusqu'aux temps modernes.
Le duché de Provence, avec Arles comme capitale, se composait
donc, au milieu du ix® siècle, de vingt-trois cités, réparties
en trois provinces ecclésiastiques, qui, toutes trois, ressortis-
saient à la primatie du siège arlésien. D'Arles, relevaient
Toulon, Marseille, Avignon, Cavaillon, Carpentras, Orange,
Saint- Paul-Trois-Chàteaux, Vaisonet Die. D'Aix relevaient Apt,
Sisteron, Gap, Riez, Fréjus et Antibes. D'Embrun, relevaient
Nice, Vence, Glandèves, Senez et Digne. Une partie des diocèses
164 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE
d'Arles, Avignon et Embrun se trouvait hors de Provence,
comme le diocèse de Viviers tout entier.
Les cartulaires renferment une certaine quantité d'actes qui
suffiront pour établir la généalogie de la première maison des
comtes issus de Roubaud. Sans vouloir produire un relevé
absolument complet, sur cette quantité il s'en trouve au moins
quatre- vingt-cin{[ où paraissent l'un ou l'autre des membres de
cette maison dans un comté explicitement indiqué. Ces quatre-
vingt-cinq actes donnent lieuîi la répartition suivante :
Arles 8 Aix 10 Embrun. . . 2 Uzès 1
Toulon . . . 1 Apt 1 Nice 3
Marseille.. 5 Sisteron. . . 12 Vence . . . . 1
Avignon . . 20 Gap 3 Glandèves . 0
Cavaillon . . 2 Riez 4 Senez 1
Carpentras. 2 Fréjus. . . . 4 Digne .... 1
0/ ange ... 2 Antibes . . 0
Sdint-Paul. 1
Vaison. ... 1
Die 0
42 34 8 1
En résumé, S/IO'^'des mentions concernent la province d'Arles,
4/10'^*, celle d'Aix, et l/10*^celle d'Embrun. Ce nombre pourrait
être augmenté, la répartition proportionnelle ne changerait guère.
Plusieurs cartulaires d'églises cathédrales, il est vrai, semblent
égarés, notamment ceux de Fréjus et de Vaison; de plus, quelques-
unes de ces églises peuvent n'en avoir jamais eu. Mais, si ouïes con-
naissait tous, il faut répéter que la répartition ne varierait guère.
Ainsi, les mentions dans les comtés d'Avignon, de Sisteron, d'Aix
et d'Arles sont les plus nombreuses. A Nice et à Apt, dont on pos-
sède cependant les cartulaires, elles sont très rares. Aucune
mention n'a été relevée pour Die *, Antibes et Glandèves, soit
1. Il ne s'agit bien cnlondu ici que des mentions concernant les mem-
bres (le la promiùre maison : h Die, les membres de la maison de Tou-
louse, son liéntière, paraissent plusieurs fois.
LE ROTAUBŒ DE BOURGOGNE-PROVENCE 165
dans trois comtés sur vingt-trois. Ces comtés n'en faisaient pas
moins partie de la marche de Provence comme les autres ; mais,
soit en raison de Texcentricité, soit en raison de la pauvreté
relative de ces trois comtés, les comtes y possédaient des biens
personnels moins considérables et avaient moins Toccasion de
donner à des églises. Pour les comtés de Glandèves et de Die, une
dernière raison est qu'ils appartenaient tout d'abord à un comte
étranger à la maison d'Arles.
Par contre, deux des mentions relevées concernent, Tune des
biens particuliers dans le comté d'Uzès, la seconde d'autres
biens placés dans le comté d'Avignon, sur la rive droite du
Rhône. Pour la première, son interprétation ne souffre aucun
doute : à ce moment, le comté d'Uzès avait certainement cessé
de faire partie de la marche de Viennoise et de relever du royaume
de Provence. Les biens que les comtes de Provence y possèdent
sontdoncdes biens personnels et rien ne les empêche d'en posséder
ainsi dans les pays voisins placés hors de leur marche. Mais
la question est de savoir si la seconde de ces mentions doit
être interprétée de même : en d'autres termes, les parties
des comtés d'Arles et d'Avignon situées sur la rive droite
du Rhône étaient-elles, depuis le traité de 942, rattachées à la
France ou à la Provence? Par ce traité, une partie de la rive
droite du Rhône qui avait dépendu successivement de la Provence
austrasienne, du duché de Lyonnais et de la marche de Vien-
noise fut cédée au royaume de France : c'étaient les comtés de
Vivarais et d'Uzège. Mais la partie des diocèses de Lyon, de
Vienne et de Valence placée sur cette rive, au nord du Vivarais,
restait au royaume de Bourgogne. Par analogie, il est fort pro-
bable que la partie des diocèses d'Arles et d'Avignon, placée sur
la nye droite, au sud du Vivarais, resta bourguignonne. Quand le
Vivarais lui-même, au xi* siècle, redeviendra bourguignon, il
sera, bien entendu, uni à la Viennoise. Mais, séparées du Viva-
rais par rUzège devenu français, les terres arlésiennes et avi-
gnonnaises de la rive droite sont forcément, depuis 942, incor-
porées à la Provence. De là, il résulte que l'intervention des
KiO LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll^ SIÈCLE
conitos (le Provence, dans le pays d'Avignon placé sur la rive
droite, ne peut être interprétée depuis cette date pareillement
à leur intervention dans Tllzège. Dans TAvignonnais, comme
dans rCzè^e, ils disposent de biens particuliers ; mais TAvi-
giionnais entier relève de leur marche : FUzège n'en relève
pas.
î:i I. — Limites occidentales,
Ot éclaircissement donné, les limites du duché de Provence
étaient les suivantes.
Jus([u'à Louis dOutremer, la Provence était sé|>arée simplement
des dépendances du Lyonnais à l'ouest par le cours du Rhône et lui
laissaitvraiseinhlahlement la (Camargue. Apartirde Louisd'Outre-
iner, la limite exacte du duché partait, au sud-ouest, de l'embou-
chure du Hhône vif*; elle remontait successivement le Rhône vif,
le Hhône mort et le petit Rhône. C'est encore la limite actuelle
des Rouches-du-Rhône et du Gard. Mais, après avoir passé
devant Saint-Gilles, la limite du diocèse d'Arles et, par consé-
([uent, du duché englobait le territoire des localités placées
sur \i\ rive droite du Rhône, jusqu'à Beaucaire. Le duché de
Provence, en remontant de la mer, occupait, comme le diocèse
d'Arhvs et en guise de limites, le terroir des communes actuelles
1. KtMiillos W-X'u XX-3t, XXI-3i. La direction du Rhône vif en
nMuoiitant dt* la mer à Ferrais, du Hbône mort de Peccais h Sylveréal, du
l»elil liliôno di» SylvtMval h Tourifues n'a pas changé depuis l'antiquité
■ (laiilior-l)t»sc<>tlt»s, Ktnth* sur la formation de la Camargue, — Congrès
arch«M)l. \rlos, carlo horsloxle entre los pp. 336-337). La sylve Godesquc,
d\\.i*;nes-M(>rtes h SylviMval, inanpic la limite du regnum GotUv qui lais-
sait la (lanuu'^ue au r(*tjnum Provincia*. Plus lard, on aura Sylvei*éal sur
la rive «Iroilodu petit Hhône cl l'élang impérial dans la Camargue : royaume
de Franco d'une i)arl, royaume <lo Bourgogne uni h l'Empii^c de l'autre. La
pinèilo do Sylvorôal dans la Camargue est une simple dépendance de
Sylveréal.
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 167
des Saintes-Mariés et d'Arles en Camargue *, de Fourques et
Beaucaire sur la rive droite du Rhône ^, de Jonquières-Saint-
Vincent, Meyneset Comps sur la rive droite du Gardon -K Passant
de Beaucaire sur la rive gauche du Rhône et dans le diocèse
d'Avignon, le duché y laissait Vallabrègues à Tllzège et
remontait le long du fleuve en occupant les communes actuelles
de Tarascon, Mezoargues et Boulbon '*. Au point où les terroirs
de Boulbon et de Barbentane se joignent sur la rive gauche, la
limite franchissait perpendiculairement le Rhône en laissant le
terroir d'Aramon proprement dit à rUzcge, mais en distrayant
de ce terroir celui de Saint-Pierre-du-Terme qu'elle englobait.
Ainsi, cette limite rejoignait en ligne droite le point où se joignent
les terroirs de Domazan,Saze etAramon. Au delà de la rive droite,
le duché occupait donc la localité de Saint-Pierre-du-Terme, puis
le terroir des communes de Saze,Rochefort, Tavel, Lirac, Saint-
Laurent-des- Arbres, Saint-Geniès-de-Comolas et Montfaucon, où
sa limite rejoignait la rive droite du fleuve ^. Désormais, elle en
remontait le cours. Quittant le diocèse d'Avignon à Montfaucon,
elle passait dans celui d'Orange où elle occupait les terroirs de
Caderousse^ Piolenc, Mornaset Mondragon '». Là, elle pénétrait
dans le diocèse de Saint-Paul-Trois-Châteaux, où elle occupait,
toujours en remontant le Rhône, les terroirs de Lamotte, Lapa-
1. Les quartiers d' Al baron et de Saliers forment les confins de la com-
mune d'Arles, sur ce point extrême. — Feuilles XX-35, XX-34, XXI-34. Voir
la liste des paroisses de l'archevêché d'Arles dans Achard, Géographie delà
Provence, t. I, Aix. Calmen, t787, pp. 235-236.
2. Feuilles XXI-34, XXI.33.
3. Feuilles XXI-33.
4. Même feuille.
5. Feuilles XXI-33 et XXI-32. Voir la liste des paroisses du diocèse d'Avi-
gnon, sauf celles du Languedoc, dans Achard, l. I, p. 264.
6. Feuilles XXI-32 et XXI-3I. Voir la liste des paroisses du diocrse
d'Orange dans Achard, t. 11,1788, pp. 193-i9i, et dans J. Bastet, ^ssai
historique sur les évéques du diocèse d'Orange^ mêlé de documents histo-
riques et chronologiques sur la ville d'Orange et ses princes. Orango,
J. Escoffier, i837,pp. 29, 107, note i,et 115-116.
168 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll* SIÈCLE
lud, PieiTclatte, Donzère et Ghâteauneuf-du-Rhône ^ Placée en
face de Viviers et contiguô à Moutélimar qui dépendait du dio-
cèse de Valence, cette localité de Châteauneuf était la plus sep-
tentrionale du duché sur le Rhône. Abandonnant le fleuve,
la limite du duché remonte de l'ouest à Test la vallée de
son affluent le Jahron. Toujours dans le diocèse de Saint-Paul,
le duché occupe ainsi les localités extrêmes de Chàteauneuf-
du-Uhône, Alan, Espeluche, Puygiron, la Touche et Portes '-.
Changeant en ce point de direction et passant du diocèse de
Saint-Paul dans celui de Die, la limite du duché quitte le
Jabron à quinze ou seize kilomètres du Rhône: elle repart à angle
droit du sud au nord et englobe Châteauneuf-de-Mazenc, Charols
sur le Roubion, Pont-de-Barret, Soyans, Divajeu etCrest où elle
franchit la Drôme à dix-huit kilomètres environ de son confluent
avec le Rhône, puis Cobonne, Gigors, Le ChafTal, Léoncel, Oriol-
en-Royans, Saint-Joan-en-Royans et Saint-Laurent-en-Royans*^;
là, elle atteint la Bourne à cinq kilomètres environ de son con-
fluent avec risère, c'est-à-dire h environ quarante kilomètres du
Rhône. Le confluent de la Lyonne et de la Bourne est, au nord-
ouest, avec Saint- Laurent-en-Royans, le point extrême du
duché ; arrivé à ce point, le tracé de la limite abandonne la direc-
tion générale du sud au nord qu'il suivait depuis Fembouchure du
Rhône vif aux Saintes-Mariés et qui forme le front occidental du
duché appuyé sur la ligne du Rhône.
\. Feuilles XXI-31, XXI-30.
2. Keuilles XXI-30 et XXII-30. Voir la liste des paroisses dauphinoises
du diocèse do Saint-Paul, dans J. Brun-Durand. Dicf, de la. Drôme, p. xvm,
et colle des autres dans Aohard, t. II, p. 43 't.
3. Feuilles XXlI-30, XXIl-20, XXlI-28. Voir la liste des paroisses du
diocèse de Die dans J. Brun-Durand, Pouillé historique de Die en 14i9
cl /4ô'0, Grenoble, Maisonville, 1876, in-8 de 48 pp.
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 169
§ 2. — Limites septentrionales.
De ce point, le tracé de la limite prend la direction générale
de Touest à Test qui forme le front septentrional du duché.
Tout d'abord, remontant la rive gauche de la Bourne, la fron-
tière englobe, de Fouestà Test, Saint-Laurent-en-Royans, Sainte-
Eulalie-en-Royans, Châlelus, Saint- Julien-en-Vercors K Puis,
descendant du nord au sud, elle gagne la ligne de crêtes qui
séparent le Vercors du Trièves, en gardant Saint-Julien, Saint-
Martin et la Chapelle-en-Vercors 2. De là, elle franchit cette
ligne au rocher du Pleynet et elle plonge, parla rive droite de la
Gresse, vers le Drac, de Touest à Test, en suivant Saint-Andéol,
Saint-Guillaume, Saint-Paul-lès-Monestier, Sinardet Avignonet"^.
Parvenue ainsi au Drac, elle le franchit et en remonte la rive
droite du nord au sud par Avignonet, Sinard, Treffort. A ce
coude, elle revient sur la rive gauche qu'elle remonte de Touest
à Test par Lavars, Cornillon-en-Trièves et Saint-Jean-d'IIérans *.
Cette localité est la dernière du diocèse de Die : elle est limitée
au nord par le confluent du Drac et de la Bonne qui s unit à lui
sur la rive droite. Continuant à se diriger de Touest à Test, la
frontière passe à ce confluent sur la rive droite de la Bonne et
abandonne le Drac. Elle suit désormais les limites du diocèse
de Gap et gagne les sommets des Alpes parSaint-Pierre-de-Méa-
roz, Saint-Laurent-en-Beaumont, Saint-Michel-en-Beaumont, la
Salette-Fallavaux, Aspres-lès-Corps, Saint-Firmin, Saint-Mau-
rice, Villar-Loubière, Clémence-d'Ambelet Guillaume-Peyrouse.
Elle englobe ainsi la haute vallée du Drac et celle de son
affluent la Séveraisse, en aboutissant au sommet des Bans •*. Ce
1. Feuilles XXII-28,XXIII-28.
2. Feuilles XXIII-28, XXIII-29.
3. Feuille XXIII-29.
4. Même feuille.
5. Feuilles XXin-29, XXIV-29. Voir la liste des paroisses du diocèse de
Gap, d'après les visites épiscopalcs, et Tindicatioa complète de ses confins
170 LA PROVENCE DU PREMIER AU X1I« SIÈCLE
sommet était le point de contact de trois diocèses : celui de
Grenoble se trouvait au nord avec Saint-Christophe-en-Oisans ;
celui de Gap, à Touest avec Guillaume-Peyrouse ; le Briançon-
nais, à Test avec la Vallouise.
§ 3. — Limites successives de VEmbrunais.
Avant d'aller plus loin, il faut déterminer quelles ont été les
limites successives entre TEmbrunais et le Briançonnais. La
province des Alpes Cottiennes avait subi, sous FEmpire, deux
démembrements qui l'avaient réduite au Briançonnais et à la
Maurienne sur le versant occidental des Alpes. Ainsi diminuée,
elle avait été unie, comme les Alpes Pœnines, à la province des
Alpes Grées * et par conséquent au diocèse des Gaules. A la fin
du iv*" siècle, tout le versant oriental des Alpes et la province
entière des Cottiennes avaient été rattachés au diocèse d'Italie ^.
Enfin, le roi de Bourgogne Gontran avait obtenu de l'Empire
la rétrocession d'Aoste (Alpes Pœnines), de la Maurienne, du
Briançonnais et de Suse (Alpes Cottiennes)'*, peu après l'invasion
dans Paul Guillaume, Inventairc-sommaire des Archives départementales,
t. III, série G, t. II, Gap, E.\i^, Jouglard, i895. Introduction, pp. v-vi et
vii-viii. — Cf. J. Roman, Dict, topogr. du dép. des Hautes-Alpes^ Paris
1884, Intr., pp. xxvii-xxxii.
1. Voir ci-dessus, p. 8.
2. /Z)ic/.,p. 11.
3. //m/., p. 20.
Procope, 1. III, S 33; Grog, de Tours, IV, § 45; Paul Diacre, III, § 8;
Fredcpairc, Chron., cap. 45.
Le but do Gonlran otait sans doute de posséder les clefs des Alpes pour
parer aux invasions des Lombards. 11 dut établir des forts d*arrêt sur le
versant oriental de cha({uc col ainsi acquis. On a le fort de Bard, dans la
vallée d'Aosto, qui domine la route. Au pied du mont Cenis, le hameau
de Bard (commune de Vonaus) sur la route. Au pied du col moins
important de Fréjus, Bardonneche. Sur le versant occidental, on
remarque de même Montbardon (commune Chàteau-Ville-Vieillei, au-des-
sus du Guil, assez bas pour couper toutes les vallées du Ilaut-Queyras.
Knfin Bard (commune Viuz-en-Salla/.) et Bardonnache (commune La Tour,
canton Saint-Gcoire, arr. Bonneville) : ces deux dernières localités en Fau-
cigny. Toutefois, il serait bien difllcile de dire si ces noms rappellent
réellement les Bardi ou Langobardi,
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 1 71
lombarde de574;le surplus de la province des Alpes Cottiennes,
s'étendant sur le versant oriental jusqu'à Turin et Gênes, demeu-
rait, bien entendu, àFItalie et aux Lombards. En 574, à la veille de
la rétrocession obtenue par Contran, c'était le maitre de la milice
Sisinnius qui tenait encore Suse pour l'empereur Justin II. Au
point de vue ecclésiastique, la Maurienne dépendait du diocèse
de Turin et il en était forcément de même du Briançonnais. Au
moment où écrivait Grégoire de Tours, vers 587, les choses
avaient changé *. Le roi de Bourgogne n'avait pas voulu
que les territoires acquis par lui continuassent à dépendre
d une autorité ecclésiastique étrangère. Il paraît avoir supprimé
le siège d'Aoste existant depuis le milieu du v® siècle et qui
dépendait de la province de Milan ; en effet, ce siège est resté
sans titulaire jusqu'à la deuxième moitié du ix® siècle. Probable-
ment, il le rattacha au diocèse de Tarentaise qui dépendait de
Vienne ^. En même temps, il créa un nouveau diocèse composé
de la partie des Alpes Cottiennes qu'il possédait, c'est-à-dire de
la Maurienne, du Briançonnais et de Suse. Le premier évêque
certain de ce diocèse, Hyconius, parait au concile de Màcon, le 1*^'
novembre 583 ^. Après la mort de Contran, le pape saint Grégoire
protesta en juillet 399 contre ce démembrement du diocèse de
Turin et cette diminution de la province de Milan ^ ; mais le
nouvel état de choses était stable. Maintenant, le dialecte du Val
d'Aoste se rapproche de celui de la Tarentaise, ceux de Suse
et de Fenestrelle se rapprochent de celui du Briançonnais ;
ils se sont formés définitivement à partir de cette rétrocession
à la Bourgogne et ces vallées sont restées sujettes politique-
ment des Etats bourguignons ou de la France jusqu'à une date
très récente : les vallées jusqu'en 1713, le Val d'Aoste jusqu'en
Dans les vallées de Suse et de Fenestrelle, au pied du mont Genèvre, on
devrait en trouver d'équivalents pour compléter le système défensif.
1. « El quia locus ille Mauriennensis ad Taurinenscni quondam urbem
pertinebat «(Greg.Turon., Z)e G/oWa martyr., lib. 1, cbap. XIV).
2. Privilègedul3juin857(Savio, G/i ciAi//c/i/re8coiu'(/7/a/ta, p. 82, note 1).
3. Maassen, Concilia, t. I, p. 161.
4. Jaffé, 2« éd., n« 1754.
172 LA PROVENCE DU PREMIER AU XI1« SIÈCLE
1860. Aussi, non seulement les dialectes y sont boui^uignons,
mais la langue officielle qui y a succédé au latin est le français.
La question est de savoir quelle était exactement la limite
entre le Briançonnais dépendant de la Maurienne bourguignonne
et TEmbrunais dépendant de la Provence. Par le testament
dWbon, gouverneur de Maurienne, fait le S mai 739, il paraît
certain qu on joignait au Briançonnais proprement dit, aux vallées
de la Guisane et de Névâche, la vallée de la Gyronde et le
Queyras *. Par contre, à TEmbrunaisse joignaient naturellement
la vallée de Mons (Barcelonnette) et le pays de Chorges ^.
1. 5 mai 739. u similitcr et in pago Briantino et Aquisiana et Annevas-
ca... similitcrct inCioronlonnis similiter curtc meaSallians..., Vonda-
num, Mullina, [Ajricus(?), Viiilla Vilolo ...et... in valIcGerentonica...iDvalIe
Ariuisiann scu et in ipso pago Briantino» (G. CipolIa,3/onr/m. Xovalic. vêtus-
tiora,\o\. I, Borna, 189H, n° 2, p. 2i).*L'édileur lit Mullinnricus ; cependant
la séparation Mulina, Molines et de ricus[T} ou vicu$ paraît nécessaire.
Ville-Vieille, commune Chàteau-Ville- Vieille ; Molines, canton Aiguilles,
arr. Briançon.
2. « enimo... in pago Ebredunense et valle Occense... et in ipsa vallc
Moccense... et... in ipso pago Ebredunense... necnon et... in pago
Bigomagense... item in ipsum pago Ebredunense... quicquid in ipsum
pago Ebredunense seuet in valle Moccense et Bigomagense... " {t7>iV/., p. 25).
C'est Moccense qu'il faut lire partout.
28 avril 1127. Donation h l'église d'Embrun, par Guillaume comte et
marquis de Provence, de la moitié de la terre sise aux Orres, sauf trente
mas (|u'il se rt\serve. Les confronts de cette terre sont, à Test le tor-
rent de Crévoux, à l'ouest le torrent des Vachères et le quartier de la
Mazeliére, au nord la Durance, au midi colles et alpes de valle de Mucio
(Fournier, Histoire des Alpes (^ot tiennes, éd. P. Guillaume, t. III, pp. 205-207).
Il résulte des termes précis et explicites de cet acte que la terre citée
correspond aux communes actuelles de Saint-Sauveur et des Orres, aux-
(pielles il faut probablement joindre celle de Crévoux : le comte en donne
la moitié, peut-être indivise, sauf trente maisons. Le pape Eugène III a
confirmé cette donation : elle prouve, sans réplique possible, que la vallis
Moccensis de 739, appelée ra//« ^Vi/cio en 1127, est identique avec la vallée
de Barcelonnette : en effet les colles et alpes en question s'identifient
forcément avec les cols de l'Eyssalette, de TÔpillon et des Orres, entre la
pointe de Mazelièrc et le sommet de Sonaille ; ces cols font communi-
quer la commune des Orres avec les communes de Bevel, des Tbuiles et
de Saint-Pons, c'est-à-dire la vallée de la Durance avec la vallée de Bar-
celonnette.
Puisque la vallis Moccensis n'est autre que la vallée de Barcelonnette, le
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 173
Le Queyras, il est vrai, n'est pas nommé ; mais le legs de Molines
et Ville-vieille ne laisse aucun doute sur sa dépendance du
Briançonnais. L'énumération du testateur, répartie en para-
graphes distincts, forme sur le terrain un va-et-vient en circuit.
Il descend de la Guisane en passant par la Gy ronde pour
aboutir au Guil et au Queyras ; puis, il remonte du Queyras en
passant encore par la Gy ronde pour revenir à la Guisane. Ensuite
seulement, il aborde TEmbrunais avec ses dépendances.
Le Queyras se rattachait donc bien au Briançonnais. A Tépoque
la plus moderne, il comptait encore au nombre des cinq écartons
qui s'en partageaient Té tendue * ; il comprenait alors le can-
ton actuel d'Aiguilles, c'est-à-dire les communes de Saint- Véran,
Molines-en-Queyras, Château- Ville-Vieille, Arvieux, Aiguilles,
Abrièset Ristolas ^. Mais cette étendue ne correspond qu'au bas-
sin supérieur du Guil ; il est impossible qu'un pareil état de
choses remonte très haut. En effet, le Queyras, c'est le pays des
Quariaies et un peuple, si restreint fût-il, ne pouvait occuper un
territoire aussi exigu. Les Quariaies devaient s'étendre dans tout
le bassin du Guil et peut-être plus loin. Si la curiis Salliaris (?)
de 739 correspondait à Ceillac, comme tout le fait croire, ce serait
une preuve de ce fait ; en effet, Ceillac, dans le bassin inférieur du
pagus Rigomsgensis est forcément le pays de Chorges; c'est que M. Joseph
Roman a reconnu depuis longtemps.
Les Orres, canton et arr. Embrun, Hautes- Alpes, Crévoux, canton et
a rr. Embrun ; torrent de ce nom, affluent de la Durance. La Mazelière,
montagne et bois, commune des Orres. Les Vachères, montagne, com-
muncdes Orres; torrent de ce nom, affluent de la Durance. — Feuille XXV-30.
i. Sur le versant occidental, on en comptait deux ; sur le versant oriental,
trois. C'étaient les écartons de Briançon, d'Oui x, de Valclusonou Pragelas, du
Queyras et de Château-Dauphin. Chaque écarlon se composait d'un certain
nombre de communautés; l'ensemble des cincj écartons formait le grand
écarton. Chacun des cinq envoyait des députés au grand (jui se réunissait
deux fois l'an à Briançon afin de délibérer sur les alTairos du pays. Dans ces
réunions, on répartissaitou « escartait » les contributions entre chaciue com-
munauté :1a quote-part ainsi répartie, de chacune n'osait autre que Fuescart»
L'opération de répartition par l'assemblée entre chacune était 1'» escarto-
nement ».
2. J. Roman, Dict, topogr, des Hautes- Alpes , p. 124.
174 LA PROVENCE DU PREMIER AU XU^ SIÈCLE
Guil, dépend de Guillestre et non pas d'Aiguilles ^ Or, de
son côté, TEmbrunais, à Tépoque la plus récente, se subdivi-
sait en trois écartons ou étappes *. Parmi eux, le plus rap-
proché du Brianvonnais avait pour chef-lieu Guillestre et pour
centre le bassin inférieur du Guil : il comprenait treize commu-
nautés qui correspondent à quinze communes actuelles, soit, sur
la rive gauche de la Durance, La Roche-de-Rame, Saint-Crépin,
Eygliers, Montdauphin, Guillestre, Ceillac, Vars, Risoul et Cré-
voux; sur la rive droite, Châteauroux, Saint-Clément, Réotier,
Chancella, Freissinières et TArgentière. Cela étant, il y a tout
lieu de croire que les écartons réunis de Guillestre et de Quey-
ras correspondent au territoire ancien du peuple des Quariates;
il est probable, aussi, que cet état de choses subsistait encore en
739, puisque la curtisSalliaris paraît correspondre à Ceillac. Par
suite, les limites premières de la Provence et des Alpes Cot-
tiennes étaient identiques aux limites qui séparaient les Catu-
rif/cs des Quariales. A partir des Bans et du pic Jocelme, l'extrême
Provence occupait les localités qui correspondaient aux communes
actuelles de Guillaume-Peyrouse, Champoléon et Orcières dans
le diocèse de Gap ; puis, dans le diocèse d'Embrun, à celles de
i. Les fautes de Iranscriplion, dans le texte du testament, sont nom-
breuses pour les noms de lieu : Salliaris n'est donc pas absolument sûr. Si
la forme de ce nom n avait subi aucune mutilation, il faudrait, pour a}>ou-
tir à Ceillac, admettre l'assourdissement du rposttoni({ueet l'adjonction du
c final par suite d'une analogie eri-onée avec les composés cn-acum. De fait,
ce qui est bien naturel dans un pays aussi pauvre, Cœ/i-aci/m serait le seul
exemple prouvé en Briançonnais avec Oréac d'une exploitation pastorale
ou agricole ayant reçu le nom de son propriétaire au moment de la confec-
tion du cadastre romain.
2. C'étaient les écartons d'Embrun, Guillestre et Chorgçs. On ne compte
pas, bien entendu, la vallée de Barcelonnette séparée du baillage d'Embru-
nais et unie au domaine des ducs de Savoie. Voir la requête du 16 septembre
1628 adressée au parlement par les consuls de Guillestre : elle indique cette
division de l'Embrunais en trois écartons et énumère les communautés qui
composaient celui de Guillestre : c'étaient Guillestre, ChÀteauroux, Freis-
sinières, L'Argenlière, Sainl-Crépin. Vars, Réotier, Chancella, Saint-
Clément, Crévoux, La Hoche-de-Rame, Risoul et Ceillac (P. Guillaume,
Les escarions de VEmhrunaia avant 1628 ; Annales des Alpes, 5* année,
2« livraison, sept.-oct. 1901, Gap, Peyrot, pp. 92-95).
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 175
Réallon, Embrun, Saint -André -d'Embrun, Saint- Sauveur, les
Orres, Condamine-Châtelard, Saint- Paul ^ La frontière passait
ainsi du nord au sud jusqu*à Réallon ; puis, elle traversait le bassin
delà Durance de Touest à Test à partir d'Embrun jusqu'aux Orres
et, finalement, elle remontait la haute vallée de Barcelonnette
du sud-ouest au nord-est depuis Condaminc pour arriver à la
chaîne maitresse des Alpes. La métropole d'Embrun se trou-
vait ainsi sur la frontière même. C'est un indice de plus de la
réalité de ce tracé ; souvent, les chefs-lieux étaient placés ainsi
sur les limites de leur territoire et non pas au centre comme
on pourrait l'imaginer 2.
Cet état de choses ancien fut modifié plus tard. On sait par une
notice dont la substance fut insérée intentionnellement dans la
vie de sainte Thècle ^.
a Post hœc, designavit * certes termines in ter parochiam Mau-
rianensem et cpiscopatus circumjacentes... Est autem unus ter-
minus in partibus Italiœ, in loco qui dicitur Vologia, usque in pari
tes Provinciœ, uno distante miliario a civitatula, nomen sib-
impositum Rama. Qui terminus constitutus est propter alterca-
tionem Ebredunensis archiepiscopi et domini Leporii Maurianen-
sis episcopi... Ex supradicto autem termine, uno miliario distante
a civitatula, usque ad flumen quod dicitur Baydra. Est autem aliud
a flumine Baydra quod intrat in Isaram flumen usque ad Brian-
tinum castnim quod Sabaudia vocatur. »
1. Feuilles XXlV-29, XXV-29, XXV-30, XXV-31, XXV-30, XXVI-30.
2. Dès 333, la frontière passait ainsi aux portes d'Embrun, entre les
C&iuriges et les Quarialea :
Mansio Catoricas XII.
Mansio Ebroduno XVI. Inde incipiunt Alpes Penninœ.
MuUtio Rame XVII.
Etc., etc. (Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, t. IV, p. 3;')).
3. AcU SS., junii, t. V, pp. 72-75; t. VII. 1867, pp. 63-68. —Mgr Billiet,
Mémoire iur les premiers évêques de Maurienne, pp. 31-32. Besson public
la notice isolée, comme provenant des archives de Tévêché de Maurienne
(Besson, Mémoires pour l'histoire ecclésiastique; Preuves, n^ 109, pp. 47, 80,
W).
4. Il s*agit du roi Contran.
176 LA PROVENCE DU PHEMIER AU XII* SIÈCLE
Cette notice a pour but de préciser les limites du diocèse de
Maurienne, créé par Contran dans la partie des Alpes Cottiennes
qu'il s'était fait rétrocéder : elle en désigne quatre. La première,
au sud-est, vers l'Italie et le diocèse de Turin ; la seconde, au sud-
ouest, vers la Provence et le diocèse d'Embrun; la troisième, au
nord-ouest, vers le diocèse de Crenoble ; la quatrième, au nord-
est, vers le diocèse de Taren taise.
En ce qui concerne la première, qui séparait de l'Italie la vallée
bourguignonne de Suse, il est certain que la nature l'avait placée
à la Chiusa ^ ; car cette localité, comme son nom l'indique, ferme
la vallée. Mais il est bien rare qu'une frontière politique coïn-
cide absolument avec les indications de la nature. Le plus fort
empiète; il tient à posséder complètement le défilé de la vallée ou
le col de la montagne qui commande les abords. Contran, qui,
en vertu de cette tendance, possédait déjà la vallée de Suse au
delà des Alpes, s'assura également l'entrée de cette vallée en
occupant tout le défilé de la Cluse. En effet, les localités de Moc-
chie, Chiavrie et Almese sur la rive gauche delaDoire, celles de
Chiusa-San-Michele et de Sant' Ambrogio sur sa rive droite rele-
vaient de la vallée, au delà du défilé ^. La limite passait au pont de
Volovia, c'est-à-dire de Valgioje, comme on peut s'en assurer
par la donation du 30 avril lOtiS et par la visite épiscopale
du21 septembre 1 262 '^ Or, ce Valgioje est précisément le Vologia
indiqué comme limite au sud-est parla vie de sainte Thècle. Cette
Vie indique comme limite au nord-ouest le Baydra, affluent de
1. Chiusa-San-Midiolo, sur la rive droite do la Dora riparia en face de
Coiidovo ot dcC.hiavrie. Feuille XXVI-28.
2. Mf;r Alexis Billiet, Mémoire sur les premiers évéques du diocèse de
Mauriennc, pp. 50-05.
3. //>£(/., pp. 57el 63-04. — [Turin], 30 avril 1065. « Socusia quasi sedes est
opiscopalis anticpia cujus plebanalus sou archiprcshytcratus a pallo (sic)
Bonitionis ad ponlem us(|ue Volvuciœ (sic) fluminis extcuditur {Ulciensi
ecclesi.T (Iharlarium^ n* XXIV, p. il et note il). La vallée de Suse, qu'elle
fût soumise à la Maurienne comme auparavant, ou qu'elle le fût à Turin
comme en 1065, formait donc un archiprêtrc qui s'étendait depuis le pré
de Bonizon jusqu'au pont de Valgioje. «
Le royaume dé èOCRGOGNE-PROVE^CE l?*?
risère, qu'on retrouve aisément dans le Bréda, cours d'eau sur
lequel est bâti Pontcharra. L'exactitude de cette assertion est
presque aussi grande, puisque c'étaient les terroirs de Laissaud,
des Mollettes, de Villaroux, la Chapelle-Blanche, Détrier et Arvil-
lard, placés sur la rive droite du Bréda, qui formaient les paroisses
du diocèse de Grenoble, limitrophes du diocèse de Maurienne *.
Enfin, la vie indique, comme limite au nord-est, le Briantinum
casiru m quod Sabaudia vocatur, he territoire de Briançon, dans
le bassin supérieur de l'Isère, était fort étendu : un cours d'eau
qui se jette sur la rive droite de cette rivière porte ce nom et, à
côté, se trouve la localité de Feissons-sous-Briançon ^ Presque en
face, sur la rive gauche, une autre localité porte le nom de Notre-
Dame-de-Briançon ^. La Vie ayant soin de spécifier que le châ-
teau de Briançon portait le nom de Sabaudia, il est aisé de préciser
remplacement de la limite recherchée. C'estactuellementle lieu dit
Savoyesurla commune de Saint-Paul, un peu plus bas, sur la rive
gauche^. Cette localité se trouvait encore en Tarenlaise; mais le
diocèse de Maurienne, qui occupait la vallée de l'Arc, remontait
le long de l'Isère jusqu'à Sainte-Hélène-sur-lsère et Notre-
Dame-des-Millières '\ La localité de Savoye était donc bien limi-
trophe de la Maurienne au nord-est comme le Bréda au nord-
ouest.
L'exactitude de la notice insérée dans la Vie de sainte Thècle
se vérifiant ainsi pour trois des limites qu'elle indique au diocèse
Maurienne, on ne peut douter que ce texte soit aussi bien digne
de foi en ce qui concerne la limite sud-ouest placée entre le Brian-
çonnais boui^uignon et la Provence. D'après lui, le diocèse de
Maurienne s'étendait « vers la Provence, jusqu'à la distance d'un
i. Feuille XXI V-27. — DeBeaurain, Carie du diocèse de Grenoble, divisée
en ses quatre arcbiprètré (sic), dédié à Monseigneur Jean de Ciulel. :V Paris,
1741, feuille in-pla no.
2. Canton et arrondissement de Moûliers, Savoie.
3. Canton et arrondissement de Moûliers, Savoie.
4. Canton et arrondissement d'Alberville, Savoie.
5. Mgr Al. Billiet, Mémoire, p. 61.
Mém. et Doe. de VÉeoU des Charles, — VII. 12
il8 LA PROVENCE DU PREMIER AL* XII* SIÈCLE
mille au delh de la petite ville qui porte le nom de Rame >> K
On ne peut être plus précis; Tauleur plaçait donc la limite h
irjOO mètres environ en aval de Hame. Cette localité a dis-
paru'-; toutefois, il en reste des traces sur les rives droite de
la Durance et gauche de la Biaysse, au confluent de ces deux
cours d'eau; une chapelle notamment, placée là et dédiée à
saint Laurent, en conserve le nom. Aujourd'hui, cette chapelle
se trouve sur le terroir et à la limite septentrionale de la com-
mune de (ihancella. I/erreur, en tout cas, ne sera pas grande
d'admettre que remplacement de la petite ville disparue coïn-
cidait avec celui de la chapelle qui subsiste. M. Joseph Roman a
rappelé plusieurs fois que le Pertuis-Rostan, où passe la route
sur la rive gauche de la Durance, placé vers la Haute-Bcssée et
à la limite des communes de TArgentière et de Saint-Martin-de-
Queyrières, formait la frontière du Briançonnais et de TEnibru-
nais au moyen-âge. Que le Pertuis-Rostan fût une limite naturelle
entre la partie la plus élevéedu bassin de la Durance et la suivante,
c't'st ce que personne ne niera. Mais l'exemple de la vallée de
Suse, rattiicliée à la Bourgogne, suilirait à prouver qu'une frontière
politique ne coïncide pas toujours avec la frontière naturelle.
Ce qui le démontre une seconde fois, toutes proportions gîirdées,
c'est que le Pertuis-Rostan est au moins à sept kilomètres, à
vol d'oiseau, au nord de la chapelle de Rame; cela correspond
à quatre où cinq mille romains. De plus, il se trouve sur la rive
opposée et en amont, au lieu de se rencontrer en aval. Cescons-
i. «< iis((iie in partes Provincia*, uno distante miliario a civitatula, nomen
sihi iin|M>sitiini Hnnia. »
l/aiit(Mir luwlit pas ad civilafulam,mn\» bien a civitatula. Une s'agit donc
])as d'un terminus ad (jucm, mais d'un terminus a (fuo : cette limite était
donc placée au dclji i\c la localité cl non pas en avant, par rapport à l'au-
teur. Or, eelui-ei est manifestement un Viennois ou un clerc de Maurienne
(pii écrit en faveur de Vienne : par consé«pient, la limite doit être cherchée
en a va! <le Itanu*.
2. (lelle disparition est probablement postérieure au milieu du xi* siècle,
date à laipielle les noms de terre ont fait leur apparition; car la famille
clievjderes(pie de Hame aurait dû, dans le cas contraii'C, pi'cndi'c une autre
dénomination.
LE ROYAUME DE BOURGOGNE- PROVENCE 179
tatations prouvent que la borne placée d'une manière si pré-
cise, entre la Maurienne et la Provence ne peut Tavoir été au
Pertuis-Rostan : ou bien alors, le texte de la vie serait très
inexact, ce qui est improbable. De plus, il aurait été superflu de
planter une borne coïncidant absolument avec un accident de ter-
rain qui forme, par lui-même, une limite beaucoup plus visible
et connue. Laissant le Pertuis-Rostan, il faut descendre la
Durance, à partir de la chapelle de Rame, et chercher à environ
1500 mètres de cette chapelle les vestiges de la délimitation. Pré-
cisément, à deux kilomètres, soit environ un mille et demi au sud
de la chapelle, la Durance est coupée à angle droit par une limite :
c'est la limite méridionale de Tarrondissement de Briançon.
En atteignant la rive droite, elle y rencontre la limite également
méridionale de la commune de Chancella et celle-ci s'éloigne
dans la même direction perpendiculaire au cours de Teau. L'exa-
men du tracé de la limite commune aux deux terroirs de Saint-
Crépin et de Chancella, surtout vers l'ouest, prouve, que, très
vraisemblablement, le terroir de Saint-Crépin a été démembré
de celui de Chancella ou réciproquement. D'ailleurs, le nom
même de Chancella qui, par étymologie, est [via ou Vtillis) Can-
cellata^ c'est-à-dire voie sur vallée barrée, clôturée, correspond
d'une manière inattendue et précise à l'objet de la recherche. Le
barrage naturel n'existant pas à cet endroit, mais plus haut à
la Bessée, il s'agit donc d'un barrage idéal et d'une frontière poli-
tique.
Selon le texte conservé par la Vie de sainte Thècle, il y avait
eu désaccord entre les évêques d'Embrun et de Maurienne au
sujet de la limite respective de leurs diocèses sur la Durance.
Ce désaccord est très probable en soi, sachant que le Queyras
primitif, dépendant de Maurienne, s'étendait jusqu'aux portes
d'Embrun ; ce dut être l'archevêque d'Embrun qui le fît naître,
pour reporter un peu plus haut la frontière du diocèse dont le
chef-lieu, à Maurienne, se trouvait assez éloigné du litige et par
conséquent moins porté à résister au métropolitain des Alpes-
Maritimes. Le diocèse d'Embrun joignit ainsi à l'ancien territoire
iSO LA PROVENCE Dt PREMIER AU XII* SIÈCLE
des Caturigos une partie du pays des Quariates composée des
terroirs actuels de Chûteauroux, Saint-Clément et Réotier sur la
rive droite, de Grévoux, Vars, Risoul, Ceillac, Guillestre,
Kygliers, Montdauphin et Saint-Crépin. Ce dernier village fut
démembré probablement alors du pays de Rame, de manière à
ne laisser au diocèse de Maurienne, que la banlieue à un mille de
cette agglomération principale. La borne fut placée à cette dis-
tance, sur la route, en aval de Rame, au point où la limite nou-
velle se dirigeait à angle droit sur la Durance, et cette limite
existe encore.
En raison de ce nouvel état de choses, les communautés pro-
ven<;ales qui formèrent la frontière, à partir des Bans et du pic
Jocelme, furent celles qui correspondaient dans le diocèse de
Gap aux terroirs actuels de Guillaume-Peyrouse, Champoléon
et Orcières, puis dans le diocèse d'Embrun à ceux de Château-
roux, Réotier, Saint-Crépin, Eygliers, Guillestre, Ceillac et Saint-
Paul K
Mais, si Texactitude de la Vie de sainte Thècle est reconnue
en ce qui concerne remplacement des limites du diocèse de
Maurienne, il faut savoir à quelle époque existaient ces limites.
La Vie, c'est évident, pèche par Ténumération hasardée des per-
sonnages à qui, réunis, elle attribue cette délimitation. Le roi de
Bourgogne Contran est mort le 28 mars 393; Tévèque de Mau-
rienne Leporius, à qui est attribuée cette querelle avec Tarche-
vèque d'Embrun, assistait au concile de CJialon le 24 octobre 630 * :
quant à Tarchevêque d'Embrun, il n'est pas nommé, ce qui est
fort bien. Toutefois, puisque l'auteur de la Vie lui donne le titre
explicite d'archevêque, il est bon de rappeler que les évéques
métropolitains de la province des Alpes Maritimes n'ont pu pré-
tendre à ce titre d'archevêque avant le ix* siècle. Jusqu'alors le
titre d'archevêque était supérieur à celui de métropolitain et, au
concile de Francfort, le siège d'Embrun en est encore à revendi-
quer son autorité métropolitaine. L'auteur de la Vie commet donc
1. FciiiUos XXIV-29, XXV-29, XXV-30, XXV-29, XXV-30 et XXVI-SO.
2. Duchesue, Fastes, t. I, pp. 234, 352-353,
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 181
des confusions de personnes et de temps, tout en notant des faits
exacts. Certainement, le roi Contran a dû avoir soin au vi® siècle de
faire délimiter la partie des Alpes Cottiennes acquise par lui et,
par conséquent, le diocèse de Maurienne créé par lui dans ce terri-
toire. Rien n'empêche Tévêque Leporius d'avoir eu au milieu du
vu* siècle des difficultés avec son voisin d'Embrun à propos de ces
limites. Enfin, l'auteur de la Vie fait connaître certainement les
limites du diocèse telles qu'elles ont existé à un certain moment.
Mais, cette délimitation sur la Durance faite à un mille au sud
de Rame, qui existait ainsi, ne doit pas plus remonter à Tépoque
de Leporius qu'elle ne doit remonter à celle de Contran : le texte
du testament d'Abon parait s'y opposer. Elle est donc postérieure
à 739. Quand à la limite sud-est qui suppose la dépendance de la
vallée de Suse, il faut reconnaître que cette vallée annexée à la
Bourgogne par Contran en dépendait encore le 25 mars 773 K
Mais les plaideurs à Turin en 799, 857 et 880 prouvent que cette
vallée fut réunie à la Lombardie quand Charlemagne en devint le
souverain *;parlefait, elle dépendit désormais du diocèse de Turin.
C*est auprès des marquis de Turin que se réfugient les moines
de la Novalaise dans le premier tiers du x*^ siècle ^. Enfin, c'est
la domination de ces marquis qui s'étend sur la vallée de Suse,
comme le prouve encore la fondation de Saint-Just de Suse le
9 juillet 1029 *. Bientôt même, Tévêché de Maurienne fut rattaché
entièrement à celui de Turin par précepte impérial du 16 mars
1039 : les choses se trouvaient ainsi remises en Tétat où elles
se trouvaient avant l'annexion par Contran à la Bourgogne. Cet
acte souverain favorable à l'Italie lésait, non seulement Tévêque
i, Quiersy, 25 mars 773. Précepte de Charlemagne pour la Novalnise lui
confirmant ses biens ; tam in ipsa valle Sigusina quam et Brientina, Aquinse
geo in Mauriennati vel in Burgundia aui ubicumque inregno nostro (Cipolla,
t. I, n» XI, p. 50).
2. [Turin], 799?; Turin, mai 827; Turin, avril-nov. 880 (Cipolla, t. I, n°«
XV. XXVIII, XXXII, pp. 61-62, 75-80, 88-94).
3. Ibid., n- XXXII, XXXIV, XXXV, XXXVI.
4. Cipolla, Lepiù antiche carte diplomatiche del monastero di S. Giusto
diSusa (BuUettino delV Jnstituto storico Ualiano^ n* 18, Roma, 1897, p. 01^
1(S2 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE
de Maurienne, mais aussi rarchevêque de Vienne qui prétendait
être son métropolitain direct et rarchevêque de Tarenlaise qui
Tétait de droit. La Bourgogne ne pouvait laisser se perpétuer cet
amoindrissement. Entre le ijuin 1039 ^ et le li juin i0i3 *, après
la mort de Tcmpereur une transaction intervint. La Maurienne
recouvrait son évêque sous la dépendance de Tarentaise et de
Vienne, mais son diocèse était restreint. Le diocèse de Turin gar-
dait la vallée de Suse, cela va de soi; de plus, le diocèse d'Em-
brun gagnait le Briançonnais jusqu'aux Alpes. Le caractère
transactionnel de l'acte amenait enfin les frontières à coïncider
avec la nature, au point de vue ecclésiastique tout au moins. De
cela, il résulte que, depuis 774, époque à laquelle Cliarlemagne
devint roi des Lombards, les limites du diocèse de Maurienne
indiquées dans la Vie de sainte Thècle ne correspondaient plus
avec la réalité, puisque la vallée de Suse en était séparée. Par
conséquent, si chacune de ces quatre limites a été jugée exacte,
il serait peu probable d'en conclure qu'elles ont existé réelle-
ment toutes les quatre ensemble h un moment donné entre
739 et 77S. Cet examen fortiiie la croyance que la Vie fait par-
tie sans aucun doute, du groupe des faux composés à Vienne.
La question est de savoir s'il faut la rattacher aux faux d'Au-
dran (878-885), à ceux d'Alexandre (vers 912), à ceux de Léger
(vers iOGO) ou bien aux derniers en date, c'est -i«-dire à ceux de
Guy de Bourgogne. Dès 912, l'église de Vienne réclamait la
suprématie immédiate sur la Maurienne aux dépens de la Taren-
taise et rappelait que la vallée de Suse avait été unie à la Mau-
rienne par Contran '^ : mais elle se gardait bien de dire que cette
1. Wiponis, Ge»ta Chuonraili imperatoris^ cap. 39; Gustav Richter.
Annnlen der deu tac lien Gcachichte ini mitielallery III abteilung, ester banc],
Ilalli', 1890, p. 320.
2. G. (le Manteycr, Les orû/ines de la Maison de Savoie en Bourgogne {Mél,
d'archf^ol. et dliùt., 1899, p*. 40;i).
3. Kn effel, VAuctorilas du ms. lat. 1452 remonte certainement à cette
cpotiiic'.uln dichusprf'cellontissimi regisGonlramni.mulier qiicdam, Tygris
nominc... Aiidions aiilem j^loriosiis Gonlramniis rex... levâtes suos Morien-
nam direxil... et civilali Viennensi ipsam Morienaam ecclesiam cum con-
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 183
vallée de Susen en dépendait plus. Elle cherchait même à faire
croire qu'elle en dépendait encore. Dès le moment de la transac-
tion de 1039-1013, il semble bien que l'autorité dominante en
Maurienne soit exercée directement par Vienne. C'est Vienne,
en effet, et non la Tarentaise, qui tire profit de la transaction,
D*3ux princes se partageaient alors le comté de Viennois et cela,
très probablement, en tant que vassaux de rarchevéque-comte ;
ce sont eux qui gagnent le plus à cette transaction sollicitée en
faveur de Tévôque de Maurienne. Le premier d'entre eux était
le comte de Savoie, qui occupait au moins la moitié de l'étendue
du Viennois ; le second était le comte d' Albon qui en occupait le
restant *. A cette transaction, le comte de Savoie gagna la sei-
gneurie de la Maurienne où il s'installe et dont l'évéque dépen-
dra désormais de lui. Le Briançonnais est perdu désormais pour
le diocèse de Maurienne, puisqu'il s'en trouve séparé pour devenir
partie intégrante du diocèse d'Embrun ; mais il n'est pas perdu
pour les Viennois. C'est le comte d' Albon qui y est installé. En
Maurienne, le comte de Savoie devient vassal immédiat de l'em-
pereur ; en Briançonnais, le comte d' Albon aussi. La situation
est identique pour tous deux : le développement parallèle et voi-
sin de leur domaine est une extension viennoisejusqu'aux Alpes.
Le comte de Savoie se trouve désormais en sentinelle sur le Mont-
Cenis, le comte d'Albon sur le mont Genèvre. Le 14 juin 10i3,
on voit pour la première fois le comte de Savoie Caire acte de
juridiction suzeraine en Maurienne '. Le premier acte indiquant
que le comte d' Albon en fait autant en Briançonnais est de 1053 ^.
Tout l'ancien diocèse de Maurienne passe donc sous la domina-
tion temporelle des Viennois en 1039-1043; mais cette transac-
sensu episcoporum subjeclam fecit. Alciuam occlosiamMorij^iiuMiscMn.. Seii-
siam civilatem jamdudumhab Ilalis accepta m eu m omiiihns pageiisis ipsius
loci subjeclam fecit... »)(Ms. lai. H52, f" 202, r"-v°).
1. G. de Manteyer, Le» orujine» de la Maison de Savoie *vi lioiirf/of/ne.
Notes additionnelles {Le Moyen-Age, 1901, pp. 29i-2îK;).
2. Tbid, [MéLd'arch,cLdhisl,, Home, 1809, pp. 400-iOO).
3. Ulcienêiê ecclesiœ Charlariuni, n*^ CLU, p. 13o.
18i LA PROVENCE DU PREMIER AU XU® SIÈCLE
tion ne fut pas un succès complet pour Tarchevêque au point de
vue ecclésiastique, puisque la vallée de Suse restait dépendante de
Turin * et que celle de Briançon était soumise à Embrun '. A
partir de ce moment, les Viennois et les clercs de Maurienne
1 . Les actes de juridiction et de donation des évèques de Turin, datés du
30 avril KM)."» {Ulciensis eccl, Chart., n» XXIV, du 20 septembre 1098 iihid.,
n° XXVIi et ensuite jusqu'au 16 février i'l'2C}{ibid.j n'» XXV), prouvent cpie
la vaiiée de Suse resta sous la dé|>endance de Turin au moins justprau
XIII" siècle.
Par contre, Tacte du 17 février 1081, par lequel Ilumherl comte de
Savoie confirme à la Novalaise des droits depuis le mont Cenis jusqu'à
Moiipanten> parait indiquer <jue Tévêque et le chapitre de Maurienne, en
donnant leur consiliuni^ entendaient exercer encore leur juridiction dans
la vallée de la (lenischia; cet aflluent de la Doire, qui descend du mont
dénis, la jointe Suse (C. Cipolla, Afontim, Aora/ic. retuniiora^ t. I, pp. 223-
220 , n° LXXXX). Ce (pii confirmerait cette indication, c'est le fait que
révéque de Maurienne se rt»servail même Téglise N.-D. de Suse : mais
Calixte II, dont les sympathies pour Vienne sont cependant bien connues
le contraignit à l'abandonner par mandement du 28 mars 1120, salva Mo-
riennonsis cvclesispjuntilia^ siqitac»( (Ulcienftis eccl. C/iar/., n* CXIII, p. 108'î.
dette réserve n'est qu'une clause de style : si révéïjue de Maurienne avait
eu des di*oits réels à la juridiction, il les aurait fait valoir. En fait, le 14
mai 1129, confirmant à la Novalaise toutes les églises que celle abbaye
possédait dans l'évéché de Maurienne, l'évècpie Conon ne nomme que des
localités placées h l'ouest des Alpes : il n'en indique aucune dans la vallée
de Suse ou dans la vallée même de la Genischia. I^ pancarte papale du D.
février 115 12, enfaveurdecette abbaye, énumère d'abord les églises placées
dans l'évéché de Turin et y met la Novalaise; puis, elle jwisse aux églises
placées dans celui de Maurienne et n\v indique que des églises h l'ouest des
Alpes. L'ensemble de ces actes, émanant soit des papes, soit des évècpies
de Turin, soit des évéquesde Maurienne, prouve que, depuis 1039 jusqu'au
xiir siècle, la vallée de Suse dépendit de Turin, malgré quelques préten-
tions contraire des évoques de Maurienne sur les localités limitrophes du
Val Genischia, prétentions que Calixte II lui-même paraît ne pas avoir
accueillies (C. Cipolla, Monum, \ovalic, volustiora, 1. 1, pp. 247-249 : 14 mai
1120. et pp. 2r>0-257 : 9 février 1151/2).
2. C'est en 1053, on Ta vu, que le comte d'.Mbonfail acte de juridiction
pour la première fois en Briançonnais, muni du conseil du châtelain de
Briançon. L'éi>oque h laciuelle on y voit paraître, de son côté, rarchevèque
d'Hmbnin Guinimand doit être la même. L'acte <{ui l'indique n'est pas
daté, mais c'est le même chi^telain de Briançon qui lui donne son consilium ;
de plus, le comte et son fds, au nom de qui était fait l'acte précédent,
paraissent comme témoins à celui-ci (Ulciensis eccL Charl., n*>» CLIl et
CLXXIV, pp. 135 et 151).
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 18S
peuvent être préoccupés de faire rendre au diocèse ses limités
anciennes, qui comportaient le val de Suse et le Briançonnais :
ces limites anciennes, il importait de les connaître exactement et
de n'en pas laisser perdre le souvenir. La Vie de sainte Thècle
répond à cette préoccupation : tout porte donc à croire que son
texte est postérieur à la transaction de 1039-1013. Elle se rat-
tache ainsi, soit aux faux de Léger commis vers 1060, soit à ceux
de Guy de Bourgogne commis avant son élévation au Saint-Siège ;
plus probablement, à ceux de Léger comme le pseudo-privilège
de Léon IX. La Vie, datant de 1060 environ, fait connaître les
limites du diocèse telles qu'elles avaient existé au sud-est jus-
qu'en 774, date de la séparation de Suse, telles qu'elles avaient
existé au sud-ouest depuis une époque postérieure à Abon jus-
qu'en 1039-1043, date de la séparation du Briançonnais, telles
qu'elles existaient encore au nord-ouest et au nord-est. Cette indi-
cation des limites de la Maurienna maxima dans le texte d'une Vie
de sainte Thècle a donc le caractère d'une revendication. La Vie
en elle-même est bien d'origine viennoise; en effet, son texte
est le développement de YAuctoritas composée à Vienne
vers 912, avec insertion de détails plus précis. Pour cette raison,
en particulier, la Vie ne peut être plus ancienne que la série des
faux immédiatement postérieure à cette date: or, il ne paraît pas
y en avoir eu entre 912 et 1060. La Vie a donc bien du être com-
posée vers 1060 : on sait par ailleurs que les Viennois, soit h cette
date, soit même du temps plus tardif de Guy de Bour-
gogne, se préoccupaient réellement de revendiquer Suse pour
le diocèse de Maurienne. Le pseudo-précepte de Boson relatif
à la Maurienne n'a été forgé que pour cela : à l'en croire,
Suse en dépendait encore à la fin du ix® siècle ^
Finalement, au bas moyen-âge, les limites de TEmbrunais et
du Briançonnais subirent une seconde modification, plus favo-
1. Pseudo-précepte de Boson pour la Maurienne à la demande de Asmnn"
dus Secusînç civitalis tel Maurianorum episcopus (Bibl. de Carpcnlras.
Catal. Lambert, n« 74 ; Catat. des niss. Départements, t. XXXIV : (Carpcnlras.
t. I, i901, n* 65; Ms. d'origine viennoise qui a servi de pontifical h la
métropole d'Aix depuis le xii« siècle jusqu'au xvi«, f* 48 verso-49 verso).
186 LA PROVENXE DU PREMIER AU Xll" SIÈCLK
rable encore à Embrun que la première. Ces dernières limites
sont précisées par le fait que Técarton du Queyras restait brian-
Vonnais, tandis que celui de Guillestre relevait de TEmbrunais.
La frontière de TEmbrunais en<^Iobait donc les localités corres-
pondant aux terroirs actuels de T Argent ière, la Roche-de-Rame,
Sîiint-Oiîpin, Eygliers, Guillestre, Ceillac, en partant du Pas
de la Cavale qui le séparait de la localité gapençaise de Cham-
poléon, pour aboutir à la Tête de Longet, qui le séparait de
Saint-Paul et, par conséquent, de la vallée de Barcelonnette '.
Cette nouvelle frontière faisait donc remonter TEmbrunais jus-
qu'au confluent de la Gyronde et de la Durance : elle coïncidait
enfin avec la limite naturelle indiquée par le Pertuis-Rostan.
L'adoption de cette frontière est certainement de date posté-
rieure au 13 janvier 1153/6 *; k cette date, le comte d'Albon
revoit par concession impériale une mine d argent ii Rame
avec le droit d'ouvrir un atelier monétaire à Césane. En effet
cet acte souverain n\»st possible qu'à une condition : les localités
de Rame et de Césane doivent, au moment de son obtention,
se trouver dans le Briançonnais, reçu par les comtes d'Albon en
1039-1013 et par conséquent hors de Provence «^ Dans le
1. Fouilles XXV-29, XXV-30, XXVI-30.
2. G. dv Manleyer, Les origines de la Afaison de Savoie en Bourgogne.
Notes adilitioniuîllcs [Le Moijen Age^ 1901, p. 282 et note 1).
3. La mine d'ar^enl concédée sur le territoire de Raine est évidemment
celle ({ui a donné son nom à la commune actuelle de l'Argent ière. Le terri-
toire de liame était donc assez étendu pour comprendre au moins les
communes actuelles de TArgentière, de Freissinières, de Cliancelia, de
Saint-Clrépin et de la Hoclie-de-Hame. Il a été dit plus haut que Hamo
n'avait pu disparaître avant le milieu du xi« siècle : le précepte de 113ti
permet d'avancer maintenant que probahlement sa disparition est posté-
rieure au milieu du xii* siècle. Une fois celte localité dis|>arue, ce sont
les quartiers les plus importants de son territoire dont les noms ont
remplacé le sien. L'exploitation industrielle de la mine d'argent et de
plomba donné l'Arj^entière ; l'emplacement de la limite du pays a donné
(Cliancelia: une localité caractérisée par ses boisa donné F*i*eissinièivs.
L:i Uochc-ile-Hame seule a retenu l'indice de son ancienne déi)cudance
et (léiiomm » raci'/uLMil de terrain (pii caractérise le pays. Quant à Sainl-
Crépin, ce démembrement du territoire de Rame, survenu lor» de la délimi-
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 187
Briançonnais, ils ne dépeadaient que de rempereur et celui-ci
y pouvait leur déléguer ses droits souverains. En Viennois, ils
n*étaient pas vassaux directs de la couronne et en Provence ils
n'auraient pu Tétre davantage. Mais Tadoption de cette dernière
frontière est antérieure au 21 décembre H7l *. Plus tard, les
comtes d'Albon étendirent progressivement leur pouvoir du
Briançonnais sur TEmbrunais, grâce aux archevêques: peu à
peu, la suzeraineté des comtes de Provence s'effaça dans TEm-
bninais au-dessus d'eux. Alors seulement les comtes d'Albon,
étant bien établis à Embrun, purent favoriser sans inconvénient
la dernière extension de TEmbrunais, de Chancella à TArgen-
lière. Celte extension n'a donc pu se produire avant le xni® siècle.
On n'a pas à en tenir compte davantage ici.
La limite de TEmbrunais provençal et du Briançonnais vien-
nois, ainsi reconnue, a donc coupé la Durance, dès 333, entre
Embrun et Châteauroux sur la rive droite, entre Saint- André-
d*Embrun et Saint-Clément sur la rive gauche. Puis, à partir
d'une époque postérieure à 739 et jusqu'au xu* siècle, entre
Saint-Crépin et Chancella sur la rive droite, entre Saint-Cré-
pin et la Roche-de-Rame sur la rive gauche. Enfin, au bas
moyen-âge, entre TArgentière et les Vigneaux sur la rive droite,
entre TArgentière et Saint-Martin-de-Queyrières sur la rive
gauche. Pour le haut moyen-âge, il convient de répéter que
l'extrême Provence occupait, h partir de la Séveraisse, les
localités du diocèse de Gap correspondant aux terroirs actuels
de Guillaume- Peyrouse,Champoléon et Orcières -; puis, dans le
diocèse d'Embrun, l'équivalent des terroirs actuels de Château-
roux, Réotier, Saint-Crépin, Eygliers, Guillestre, Ceillac et Saint-
Paul- de-Barcelonnette.
talion établie à Chancella, a retenu le nom du saint titulaire de la paroisse
embrunaise formée avec lui : on a pris le nom de la nouvelle église, i)arcc
qu'on n'en avait pas d'autre plus ancien.
1. Arch. desB.-du-Rh., B. 237.
2. Le hameau des Marches, dans la commune d'Orcicrcs. peut manjuer
les limites de Tancien diocèse de Gap et de la Provence, avant d'arriver
à Freissinières et, par conséquent, au Briançonnais.
188 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE
§4. — Limites orientales.
Il faut maintenant noter quelle était la frontière orientale du
duché, depuis la vallée de Barcelonnette jusqu'à la mer.
Cette frontière englobait, dans la vallée de Barcelonnette, les
localités actuelles de Saint- Paul, MeyronnesetLarche *. Arrivant
au pic des Trois-Kvéques, elle abandonnait la vallée de Barce-
lonnette et le diocèse d'Embrun pour passer dans la vallée de
la Tinée et dans le diocèse de Nice. Là elle englobait d'abord la
commune actuelle de Saint-Etienne ; mais, à partir du passage
de Collalunga, au point d'altitude coté 2600, elle dépassait la
frontière française actuelle. En 1860, la France a jugé à pro-
pos de laisser par courtoisie à Tltalie, pour les chasses rovales,
toutes les hautes vallées niçoises, situées au sud-ouest de la
ligne séparative des Alpes. Ces hautes vallées, relevant de la
Tinée et de la Vésubie, ont donc été démembrées des communes
niçoises qui les possédaient naturellement, pour être rattachées
aux communes piémontaises placées de Tautre côté et au nord-
est. C'est un exemple récent du fait que les frontières politiques
coïncident rarement avec les frontières naturelles. La frontière
du duché, qui, elle, coïncidait sur ce point avec les sommets,
embrassait donc les parties placées sur le versant sud-ouest des
communes actuelles de Vinadio, Valdieri et Entraque *. Arrivée
au mont Clapier, qui séj^arait le diocèse provençal de Nice à
l'ouest, du diocèse ligurien de Vintimille à Test et du diocèse pié-
montais d'Asti au nord, la frontière abandonnait la ligne sépa-
1. Feuilles XX V.30, XXVI-30, XXVI.31.
2. Feuilles XX Vl-31, XXVl-32, XXVII-32. Les communes niçoises limi-
trophes et réduites sont celles de Saint-Élicuue, Isola, Roure, Saint-Sau-
veur, Himplas, Val-de-Blore, Saint-Mnrtin-Vcsubie et Belvédère. La fron-
i'wvv passait par les lûtes et les cimes de l'Autaret et Rognosa, de Sespoul
et Moravacciera, d'André de Paris, de la Lombarda et de Vermeil Malin-
vern, de Clans, do la Portette, de Tablasses, des Dresses, Fremamorta,
Pagari. Naucetas, Leccia, Mercantour, M<illariva, Cocourda, Caisses, di Tré
Colpas, delle Finestrc, dci Gelas, ix)ur arriver au mont Clapier.
Le IlOVAtJME DÉ BOÙRGOGNE-PROVESCE ISd
rative des grands sommets qu'elle suivait en dernier lieu de
louest à Test, pour gagner la mer du nord au sud. Elle englo-
bait donc le haut de la vallée de la Gordolasque, rattaché main-
tenant à Entraque, et rejoignait la frontière actuelle à la cime
du Diable ; mais, comme cette frontière actuelle continue à se
diriger de l'ouest à Test, afin d'englober une partie de la vallée
ligurienne de la Roya, la frontière ancienne du duché la
coupait simplement et s'en séparait à la cime du Capelet. Elle
englobait seulement les communes actuelles de Belvédère, la
BoUène, I^ntosque, Luceram, Peille et la Turbie, auxquelles il
faut joindre la principauté actuelle de Monaco K Cette dernière
localité qu'on nommait volontiers Mourgues en français est, en
effet, une ancienne dépendance des paroisses de la Turbie et de
Peille^. Depuis la fin du xn* siècle, elle fut occupée par les Génois,
i. Feuilles XXVII-32, XX VII-33, XXVII-34.
2. Vers 1075, les gens de la Turbie élèvent l'église N.-D. du port de
Monaco et la donnent à la cathédrale de Nice. En 1174, le comte de Kor-
calquicr, s*alliant avec Gênes, concède à celte république la moitié de Nice,
le château de la Turbie, le mont de Monaco et les salines do Bouc. Le
30 mai 1191, Tempereur confirme à Gênes la Rivière, depuis Porto Venere
jusqu'à Monaco, avec la faculté d'élever un château dans ce dernier lieu,
sous réserve des droits des marquis et des comtes de Provence. Le 2 juillet
1191, Gènes prend possession de Monaco. Le 10 juin 1245, les Génois com-
mencent à yélever le château (E. Gais de Pierlas, Documents inédits sur
les Grimaldi de Monaco, Turin, Bocca, 1885, in-8, pp. 4-5, 7, 13-14).
Pour la circonscription du diocèse de Nice au xii* siècle, voir E. (^ais de
Pierlas. Cariulaire de l'ancienne cathédrale de Mce, Turin, Paravia, 1888,
notamment les n<» 37, 38 et 46.
Pour la circonscription ancienne du diocèse ligurien de Vintimille, voir
Sigismondo Alberli, Isloria délia cilla di Sospello, contessadi Molineto e di
Casliglione, Torino, MDCGXXVIII, Gio. Franc. Mairosse, pp. 537-538.
A la suite des remaniements modernes, le diocèse de Vintimille a dû
abandonner au diocèse actuel de Cuneo les localités de Briga Marittimn et
Tenda; il a abandonné aussi au diocèse actuel de Nice les localités de
Castellar, Menton, Cabbé-Roquebrune, Gorbio, Sainte-Agnès, Castillon,
Sospel, Moulinet, Breil, Saorge et Fontan. Par contre, il sVsl étendu
à Test {Circoscrizioni ecclesiastiche in relazione colle circoscrizioni ammi-
nislralive seconda il censimenlo del 31 dicemhre 1881, Roma, stabil.
tipogr. deirOpinione 1885, gr. in-8 de xxiii-305 pp. et carte hors texte
Publication officielle du Ministero di agricoltura, industria e commercio :
direzione générale délia statistioa; voir pp. 297 et 183).
!ftO LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
SOUS la suzeraineté fort vague des marquis de Provence : au
xiii** siècle, par contre, se produisit lexpansion de la Provence
en Ligurie, dont il n'y a pas à parler ici.
§ 5. — Limites méridionales.
Il reste à indiquer les localités qui, le long de la mer, for-
maient les limites méridionales du duché de Provence. Dans
le diocèse de Nice, c'étaient les communes actuelles de Monaco,
la Turbie, Eze, Beaulieu, Villefranche et Nice * ; puis, à partir du
Var, dans le diocèse de Vence, Saint-Laurent, Gagnes et Ville-
neuve-Louhet ' ; puis, dans celui d'Antibes, à partir de Tétang de
Vaugrenier, la cité elle-même d'Antibes, avec les terroirs de Val-
lauris, de Cannes ^^ et les îles de Lérins. Passant la Siagne, le duché
englobait le diocèse de Fréjus, avec Mandelieusur le terroir duquel
se trouve maintenant la Xapoule ; après Mandelieu, suivaient
Saint- Raphaël, Fréjus, Roquebrune, Saint-Maxime, Grimaud,
Cogolin, Gassin, Saint-Tropez, Kamatuelle, Gassin et la Mole ^.
Dans le diocèse de Toulon, suivaient, le long du littoral,
Bormes, la Londe-des-Maures, llyères, Carqueiranne, le Pradet,
la (iarde, Toulon, la Seyne, Six-Fours, Sanary et Bandol ^. Dans
le diocèse de Marseille, suivaient les terroirs de Saint-Cyr, la
Ciotat, Cassis, Marseille et le Rove ^. Finalement, dans le dio-
cèse d'Arles, ceux de Carry, Martigues, Port-de-Bouc, Fos,
Arles et les Saintes-Mariés, jusqu'à l'embouchure du Rhône-vif *.
l. l'eiiillos XXV1I-3V, XXVI-3t.
•2. IViiillos XXVI-3i.
3. Fouille XXVI-34. Voir réiuimération des paroisses du diocèse d'An-
til)i»s, dont U» sièj;efut transporté à Grasse le il) juillet 1244, dans Achard,
4. Fouilles XXVI-3V, XXVI-3r,, XXV-3r>, XXV-3(5. Voirlenumération des
paroisses du diocèse de Fréjus dans Acliard, t. 1, p. 554.
T). Feuilles XXV-30, XXI V-3fi, XXlII-3t). Voir rénuméi'ation des paroisses
du diocèse de Toulon tlans Achard, l. Il, ])p. 50(>-507.
f). Feuilles XXllI-30, XXIll-35, XXII-3r>. Voir rènuméralion des paroisses
du diocèse de Marseille dans Acliard, l. Il, pp. 101-102.
7. P'euilles XXIl-35, XXI-35 et XX-35.
LE ROTAUHE DE BOURGOGNE-PROVENCE 191
Telles sont les frontières précises de la Provence, depuis
le début du x« jusqu'à la fin du xii® siècle, c'est-à-dire entre
le moment où Louis d'Outremer annexe TUzège au royaume
de France et le moment où se produit Texpansion de la Pro-
vence en Ligurie.
En résumé, cette frontière suivait, dans la province d'Arles, les
limites des diocèses de Toulon, Marseille, Arles, au sud, depuis
Bormes jusqu'aux Saintes-Mariés; celles des diocèses d'Arles,
d'Avignon, d'Orange, Saint-Paul et Die, à l'ouest, depuis les
Saintes-Mariesjusqu'àSaint-Laurent-en-Royans ; celles du diocèse
de Die au nord, depuis Saint-Laurent-en-Uoyans jusqu'à Saint-
Jean-d'Hérans. Passant dans la province d'Aix, la frontière du
duché suivait encore au nord les limites du diocèse de Gap,
depuis Saint- Pierre- de -Méaroz jusqu'à Guillaume -Peyrouse,
puis à Test, depuis Guillaume-Peyrouse jusqu'à Orcières. Parve-
nant à la province d*Embrun, la frontière suivait, encore à l'est,
les limites des diocèses d'Embrun et de Nice, depuis Châteauroux
jusqu'à Monaco; au sud, elle suivait celles des diocèses de Nice et
de Vence, depuis Monaco jusqu'à Villeneuve-Loubet. Revenant
par la province d'Aix, elle suivait encore au sud, sur le littoral,
les limites des diocèses d'Antibes et Fréjus, depuis Antibes jus-
qu'à la Môle.
§ 6. — Les limites des trois provinces.
Pour être complet, on peut ajouter que la frontière orientale de
la province d'Arles, depuis Bormes jusqu'à Saint-Jean-d'Hérans,
suivait les limites successives du diocèse de Toulon, par Bormes,
Collobrières, Puget- Ville, Carnoules, Puget-Ville, Sainte-Anasta-
sie, Forcalqueiret, Rocbaron et Néoules* ; du diocèse de Marseille,
parMéounes, Signes, Plan d'Aups, Nans, Saint-Zacharie, Auriol,
la Bourine, Peypin, Allauch, Marseille, Septèmes et les Pennes-;
i. Feuilles XXV-36, XXV-3r>, XXIV-35.
2. Feuilles XXIV-35, XXlII-3r), XXII-35.
192 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xfl^ SIÈCLE
du diocèse d'Arles, par Vitrolles, Rognac, Velaux, Berre, Saint-
Chamas, la partie occidentale de Corniilon (Corniilon et le Pont
du Hhaud , Grans et Salon *; du diocèse d'Avignon, par Laroa-
non et Sénas "'. Puis, traversant laDurance, elle suivait les limites
du diocèse de Guaillon, par Cheval-Blanc, Mérindol, Ménerbes,
Goult et Gordes ', en côtovant le Limergue, ftumen Liminicus. Elle
suivait celles du diocèse de Carpentras, par Murs, la partie septen-
trionale de Lioux iBezaure et Saint-Lambert), Monieux, Sault,
Aurel, Monieux et Bedoin, ces trois dernières localités sur les
pentes méridionales du mont Ventoux *. Elle suivait celles du dio-
cèse deVaison,en passant au nord du Ventoux, par Beaumont,
Saint-LéjT^er, Buis-les-Baronnies (sauf Ubrieux), Beauvoisin,
OUon et Chàtoauneuf-de-Bordette '^. Enfin, elle suivait celles du
diocèse de Oie, |>ar Aubres sur TEvgues, Condorcet, Saint-Fer-
réol, Villeperdrix, Arnavon, la Motte-Chalancon, Rottier, Esta-
blel, Saint-Dizier, Valdi^ôme, la Bàtie-des-Fonds, les Prés,
Beaurières sur le versant occidental du col de Cabre, la Bàtie-
Crenie/.in, le Pillion, Bonneval, Glandage, Lus-la-Croix-Haule,
Tréminis, Pi^llîifol, Cordéac, Saint-Sébastien et Saint-Jean-d*Hé-
rans, ces ([uatre dernières localités sur le Drac *'\ En outre, de la
province d'Arles relevaient Tenclave arlésienne de Vernègues
dans le diocèse d'Aix, Tenclave marseillaise de Saint-Cannat
dans le diocèse d'Aix, et Tenclave dioise deRémuzat dans le dio-
cèse de Gap. Par contre, de la province d'Aix relevait dans le
diocèse d'Arles Tenclave aixoise d'Istres.
La frontière occidentale de la province d'Aix, de la Môle à
1. ÎMMiilles XXII-r», XXH-34.
2. Koiiiiics xxii-:r» ol XXII-:t3.
'^. Feuillt's XXII-33. Voir rémimération îles paroisses du diocèse de
Cavaillon dans Achard, l. I, p. V.V.\,
4. Fouillos XXlI-33, XXII-32, XXIII-32, XXIIl-33, XXIII-32 et XXII-32.
Voir réiiiimérîition des jKiroisses du diocèse de Carpentras dans Achard.
t. I, p. 421.
;i. reuillos XXII-32, XXlI-3i. Voir rénuméralion des paroisses dauphi-
noises du dioct'sc de Voison dans J. Brun-Durand. Dict. de la Drame,
j). XIX cl dos autres dans Acliard, t. II, j). 546.
6. Feuilles XXII-3t, XXIII-31, XXIlI-30, XXlII-29, XXIV.29, XXIII-29.
Le royaume de bôurgogne-î^rovence i93
Saint-Pierre-de-Méaroz, suivait, en conséquence, les limites suc-
cessives du diocèse de Fréjus, par la Môle, Grimaud, la Garde-
Freinet, les Mayons-du-Luc, Gonfaron et Pignans ^ ; elle suivait
celles du diocèse d'Aix, parBesse, Camps, Brignoles, Garéoult, la
Roquebrussanne, Mazaugues, Rougiers, Saint-Maximin, Pour-
cieux, Pourrières, Trets, Peynier, Belcodène, Gréasque, Saint-
Savournin, Mimet, Simiane, Bouc, Cabriès, Aix, Ventabren, la
Fare, Lançon, Comphoux (commune de Cornillon), Lançon. Pelis-
sanne, Aurons, Alleins, Mallemort, Charleval, la Roque-d 'A ni hé-
ron et, franchissant la Dura nce, du Puget, de Lauris sur la pente
méridionale du Luberon 2. La frontière de la province suivait
ensuite, au delà du Luberon, les limites du diocèse d'Apt, par Bon-
nieux, Lacoste, Bonnieux, Roussillon, Joucas, Saint-Saturnin-
d'Apt, Lioux (moins Bezaure et Saint-Lambert), Saint-Saturnin-
lès-Apt, Villars et Saint-Christol 3. Elle suivait celles du diocèse
de Sisteron, parSaint-Trinit et Ferrassières au sud du Venloux''.
La frontière suivait ensuite les limites du diocèse de Gap, par Mont-
brun, Reilhanette, Savoillans, Brantes, localités qui se trouvent
sur le Toulourenc au nord du Ventoux, puis par Plaisians, Evga-
liers et la Roche-sur-le-Buis'. Elle suivait ensuite les limites de
l'ancien territoire, jadis contesté entre Vaison et Gap, maintenant
placé sous la garde de Sisteron, par Ubrieux sur TOuvèze (commune
du Buis), Rochebrune, Montaulieu, les Pilles sur l'Eygues,
Eyroles, SahuneetSaint-May^'. Enfin, elle suivait de nouveau les
1. Feuilles XXV.36, XXV-3r>, XXIV-3:J.
2. Feuilles XXIV-35, XXni-35, XXII-Sr», XXn-34, XXII-33, XXn-3i,
XXII-33. Voir rénumération des paroisses du diocèse d' Aix dans Achard,
l. I, pp. 201-202.
3. Feuilles XXII-33, XXIII-33, XXIII-32, XXIII-33, XXIll-32.
4. Feuille XXIIl-32. Voir l'énumération des paroisses du diocèse do
Sisteron dans Achard, t. II, pp. 382-383, et dans Brun-Durand, Dicl. delà
Drame, pp. xx.
5. Feuilles XXIII-32, XXII-32, XXÎI-31.
6. Feuille XXlI-31. Eyroles dépendait de l'évùché de Die au Uîmporol
(L. FiUei^ Etal des revenus de Vévêché de Die vers 1474, Paris, Leroux, 1800.
Extrait duBull. hislor. elphilol. ducomilé des travaux hist., p. 10) ; mais son
terroirne faisait pas partie du diocèse de Die, car ilnefigurepasdansles visites
Mém. et Doc. de VÉcole des Charles. — VII. 13
VM LA PROVENCE DU PREMIER AC XII* SIÈCLE
limites du diocèse de Gap, par Cornillon, Comillac, la Charce,
Sainlt'-Marie. Bruis, Montniorin, TKpine, la Piarre, Aspremont,
Saiiil-Pierre-d*Ar«|^envon, la Baume sur le versant oriental du col
de Cabre, la Haute-Baume, Montbrand, Saint-Julien-en-Beau-
cliêiu», la Cluse, Aj^nières, Saint-Disdier-en-Dévoluy, Moneslier-
d'Ambel. Ambel, Corps, Quet-en-Beaumont, la Salle et Saint-
Picrre-de-Méaroz *.
La frontière orientale de la province d'Aix, d'Antibes à Orcières,
avant le rattachement d'Antibes à la province d'Embrun, suivait
les limites du diocèse dWntibes, par les îles de Sainte-Marguerite,
Antibes, Biot, Valbonne, Roquefort, le Bar, Gourdon. Cipièn»s,
(^aussols et Saint-Vallier ' ; du diocèse de Fréjus, par Escra-
gnolles, Séninon, Val de Uoure,Séranon, Châteauvieux, Brenon
et (ilomps •* : du diocèse de Riez, par Trigance, Roup^on,
Cliâtoauneuf-lès-Moustiers, Levens, Majastre, Le PoiL Creisset,
Bevnes, Chàteauredon, Mézel, Saint-Jeannet et Espinouse
sur la Bléone '*. A partir de ce cours d'eau, la frontière suivait
les limites du diocèse de Gap par Mirabeau, Barras, la par-
tie de Thoard sur la rive droite de TEsduye, Saint-Estève,
Auribeau, Feissal, Authon, Esparron-la-Bàtie, Bayons, Clamen-
rj)is('(H)aU*s «le ITiOÎI (L. Fillt'l, Htaf (1rs diocèses Je Die et de Valence en
iiiOiK «l'après un (loctiinriit ori^j^inal inédit. Valence, Céas, 1882, pp. 24 et
'.V.^). 11 ne n^niro pas davanlitjjjc tlans le compte des visites par le com-
missaire épiscopal dans le diocèse en 1449-1450 (Brun-Durand, Pouillé
hixforifjuf du diocf*se do I)i(\ (irenohle, Maisonville, 1876, in-8).
1. Feuilles XXII-.U, XXni-31, X.\III-.30, XXIII-21», XXIV-29, XXIII-29.
Heanchêne n'indicpu* ])as la présence de beaux chênes. Le cours d'eau
cpii porl<» le nom <le Huëeh, rivum] *lieducfurn^ ou liedaclumif^ coule dans
une vallée (pii par snile s'appelait ralieni *Beductnnnm^ d'où Biochane,
puis Hi'oeliane et Heoehaine, «l'où lieaueliaine. C'est ainsi (|ue les ruisseaux,
(h'sjfudaul du col de (labre, s'appellent les ruisseaux de Chauranef c'esl-à-
rlire : ' rnllom (lnur:in:im. I.e col, appelé de Cabre par suite d'une pronon-
cialion étrangère au pays où il se trouve, a pris le nom du ruisseau qui coule
dans la vallée. Le hameau de Chaures, dans la commune de la Baume,
retient le nom primitif du cours d'eau sur leiiuel il a été bàli.
2. Feuilles XXVI-34, XXVI-33, XXVI-34.
:\. Feuilles X\VI-:rfr, XXV-34, XXV.33, XXV-34.
'k Feuilles XX V-3 fr, XXV-33, XXIV-33, XXIV-32, XXIV-33, XXIV-32.
Voir l'énuiuération des paroissesdu diocèse de Riez dans Achard, t. II, pp.
28»-285.
LE ROYAUME DE BOUHGOGNE-PROVENCE 193
sane sur la Sasse, le Caire, Curbans sur la Durance, Urtis, Ven-
terol, Piégut sur la rive gauche, Valserres sur la rive droite de la
Durance, Jarjayes, Rambaud, la Bâtie-vieille, la Bâtie-Neuve,
Ancelle et Orcières *.
La frontière occidentale de la province d'Embrun, limitrophe
de la précédente de Villeneuve-Loubet à Chàteauroux, suivait les
limites du diocèse de Vence par Villeneuve-Loubet, la Colle, Tour-
rettes-sur-Loup, Courmes, Gréolières, Andon, Caille et Andon^;
du diocèse de Senez-Castellane par Saint-Auban, Peyroules, la
Garde, Eoulx, le Bourguet, Taloire, Chasteuil, Blieux, Barrême
et Chaudon^; du diocèse de Digne, par Bédejun, Entrages, Gau-
bert, Saint-Jurson, Le Chaffaut, Lagremuse sur la rive gauche,
Malemoissonsur la rive droite delaBléone, Aiglun,Champtercier,
la partie de Thoard placée sur la rive gauche derEsduye,la Robine,
Ainac, I^mbertetBarles ^; finalement du diocèse d'Embrun, par
Selonnet, Saint-Martin-lès-Seyne, Bréziers, Bellaffaire, Astoin,
Faucon, Gigors, Rochebrune sur la rive gauche et Remollon sur
la rive droite de la Durance, Saint-Etienne d'Avançon, Avançon,
Montgardin, Choi^es, Réallon et Chàteauroux^.
Ce sont là, au x*^ siècle, les frontières du duché de Provence et
de chacune des trois provinces antiques qui en forment l'étendue;
au xn® siècle, ce seront les mêmes.
n suilit d'ajouter que les partages comtaux du xii® siècle
provoqueront une nouvelle répartition de la marche qui aura
succédé au duché ; elle se divise alors en trois marqui-
sats. Cette répartition ne bouleverse pas le cadre existant : elle
en utilise tous les éléments traditionnels. II v avait trois
1. Feuilles XXIV-32, XXIV-31, XXIV-30, XXV-30.
2. Feuilles XXVI-34, XXVI-33, XXV-33.
3. Feuilles XXV-33, XXIV-33, XXIV-32. Voir rénuinération des paroisses
du diocèse de Senez dans Achard, t. II, pp. 358-359.
4. Feuilles XXIV-32, XXlV-3i. Voir rénuméralion des paroisses du dio-
cèse de Digne dans Achard, t. I, p 501.
5. Feuilles XXIV-31, XXI V-30, XXV-30. Voir l'énumération des paroisses
provençales du diocèse d'Embrun dans Achaitl, t. I, pp. 512-514, et des
dauphinoises dans Roman, Dicl. lopogr. des Hautes-Alpes^ pp. xxv-xwi.
196 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
coparta<i;'eants et ils «auraient pu s'adjufjer k chacun Tune
des trois provinces : mais ce n'est pas ce qu'ils font. Ils tiennent
compte à la fois du cadre romain, existant en 450 lors delaiTivée
des barbares, et de lexemple donné par l'occupation des barbares
eux-mêmes de 480 à r;2.*{: la Durance était d'ailleurs une limite
intermédiaire et naturelle tout indiquée. Le premier lot se compose
delà partie des trois provinces située ausud delà Durance, c'est-à-
dire de la Provence *»"otluque, et ce lot se dénomme « le Comté de
Provence * ». Le second lot se compose du restant de la province
d'Arles situé au nord de la Durance et ce lot, auquel les historiens
modernes réservent ii tort le nom de « Marquisat de Provence »,
se dénomme, semble t-il, le « comté de Venisse ou Venaissin ».
Le troisième lot se compose du restant des provinces d'Aix et
dlMiibrun situé au nord de la Durance, et ce lot se dénomme
« le C(mité de Forcalquier». ('es deux derniers lots réunis ne sont
autre chose que l'ancienne Provence bourguignonne, dans sa plus
[grande extension L'union était plus intime entre les comtes de
Venaissin et les comtes de Forcalquier qu'elle ne l'était entre les
comtes de Venaissin ou les comtes de Forcalquier et les comtes
de Provence : c'est tout naturel. La limite, entre les comtés de
Forcalquier <?t de Venaissin, partait du Vernègues de Cavaillon,
exactement comme jadis la frontière entre les Provences
bour^ui<î;nonne restreinte et auvergnate. La cité d'Avignon
et risle, dans le diocèse de Cavaillon, restèrent indivis -.
1. Li* |n'écv|)lo rovîil d'inféodaliondo la ProviMico,éninné tic Rodolphe en
faveur dt» (Iharlos trAiijou roi do Sicile et daté de Vienne le 28 mars 1280,
emploie les expressions suivanles très précises : « comilalum et mai*ehiona-
tiim Provincie, iiilendontes hec duo nomina scilicet comitatum et marchio-
nalum esse sinonima et uinim non divei'sa supponere, et comitatum Folkal-
kerie... acoinnia rpie infra comilatus ipsos consistcntia Romanorum impo-
ralores . . .(piondam domino RaymundoBerengariocomitict marchioni Pro-
viiieie ac romili Folkalkerii . . .donaverunl, presenti privilégie confirma-
nius. . . vohis. . . « [[.oslinffistrps do Martin 1\\ Paris, Foutomoinp, avril 1901,
|)p. *>-(>, n" 11. ï; I). (!e précej>te, (pii ne peut concerner le marquisat de la
rive<lr(»ile de la Durance el le comtat, prouve que le marquisat englobait
le roinl(' de Provence sur la rive gauche, tout aussi bien que le comté de
Venaissin sur la rive droite.
'2. i 1 j:i ; liniiles des comtés Venaissin et Diois : sicut comUalus extendilur
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 197
Il semble en avoir été de même pour la cité de Nice
dans le comté de Provence ^ De plus, en amont de la vallée de
Barcelonnette et en dehors de cette vallée, la rive gauche de la
Durance fut jointe au comté de Forcalquier dont les limites, sur
cette rive gauche, étaient, à peu de choses près, celles du dépar-
tement actuel des Hautes-Alpes '^.
Tels ont été les divers remaniements subis par les limites de
la Provence, depuis la création de la province romaine de la Gaule
Transalpine vers 120 avant J.-C. jusqu'à la fin du xii** siècle.
Dans son ensemble, la Provence était ainsi formée des trois pro-
vinces, telles quelles avaient été constituées du temps de l'em-
pire gaulois (267-273;. Ces provinces portèrent dès le début du
V* siècle le nom global de Provence ; réduites au nonl le o mai 450
lors de l'arrivée des barbares, réduites à Touest lors de la consti-
tution du duché de Lvonnais dans la seconde moitié du viu*" ou la
première du ix* siècle, ces provinces regagnèrent par la dispari-
tion du Lyonnais, du temps de Louis d'Outremer, une part de ce
qu'elles avaient perdu sur la rive droite du llhone.
et elaudUur a monte Alavernico Juxta Cavillionem usque nd rtodanuni et
U9que ad Durentiam et fluvium Isarc et . . .medietatcm Insulfi et Avinionis.
Limites du comté de t'orcalcjuicr : sicutcomitutus luus extenditur et clau-
ditur a monte Alavernieo uatque ad montem Genevum et usque ad Pnnfem
Altum etcollum Câpre . . . et medietatcm Insuie et Avinionis et qiiod habeset
tenesin villa de Germannanicis (Arcli. des Bonches-du-Rliônc, H. 207).
En réalité les comtés de Venaissin et de Diois ne s'étendaient pas jus-
quk risère, maisjusqu'h la Bourne, alTluent de l'Isère, et h cinq kilomrt res de
l'Isère. Demême, le comté de Forcalquier ne remontaitpas la Durance jus(iu'à
sa source au mont Genèvre, mais jusqu'à Chancella, placé h trente kilo-
mètres environ en aval. Les deux comtes se font, dirail-on, la politesse
réciproque d'étendre la domination de son voisin un peu plus loin (|u'elle
n^attcignait en réalité, mais du côté qui ne gênait pas celui des deux ({ui
porte la parole. En ce qui concerne leurs limites communes, elles sont
indiquées au contraire d'une manière aussi rigoureuse que possible. Au
sud, le Vernègucs, sur le terroir de Lagnes, est presque à la limite du dio-
cèse de Cavaillon vers celui d'Apt. Au nord, Pont-Ilaut, sur la Bonne, est
k la limite du diocèse de Gap, très près du diocèse de Die. Enlin. entre ces
deux points extrêmes, le col de Cabre est exactement h la limite entre Die
et Gap. Germignargues était sur le Thor, vers Monclar et l'Espacet.
1. H74. Voir ci-dessus, p. 189, note 2.
2. 28 avril H27. Voir ci-dessus, p. 172, note 2.
198 LA PROVKNCK DU PRKMIER AU Xll* SIÈCLE
Le parla*|^c des trois provinces en Provence bourguignonne et
Provence gothique, une fois le sol entièrement soumis aux bar-
bares (480-523), correspond à la Haute et à la Basse-Provence,
séparées par la Durance. Cette séparation naturelle sera reprise
comme base au xn^ siècle par les comtes co-partageanls, qui
créeront le comté de Provence, le comté Venaissin et le comté de
Forcabjuier : ils combineront cette division naturelle avec la divi-
sion antique des trois provinces gallo-romaines.
La création d'une Provence austrasienne, du temps de Con-
tran, peut expliquer Torigine des terres adjacentes et faire prévoir
l'eiracemeut progressif d'Arles devant Aix; elle explique aussi la
dilVusion des cultes auvergnats de Sidoine, Maximin, Marthe et
Madeleine, opérée par le patrice Bonnet aux frontièresde cette Pro-
vence, dans les postes militaires établis à proximité des routes.
Il
Los comtes dAvifjnon, iT Arles et de Glandèves
(949-970).
Il se peut (jue la comtesse d'Arles Berthe, influencée par son
mariage avec le comte de Rouergue, ait fait reconnaître le roi de
France en Provence après la mort du roi de Lombardie(1 0avril947);
cette tentative n'eut pas de succès. Par suite de diverses circon-
stances politicjues, le roideJurane, souverain légitime de la Provence
depuis 931, avait vu reculerpeuà peu le momentoù ce pays lui serait
soumis. Maître du Viennois depuis 942, l'occasion offerte par la
mort du roi de Lombardie devait étie saisie par lui pour se faii*e
reconnaître dans le duché, ou bien alors il fallait y renoncer
délinitivemenl. Défait, les actes privés les plus anciens qui men-
tionnent son règnesont datés des ans XII, XIII et XIV de Père. La
(juestion est de savoir (|uel est le point <le départ adopté alors par
les scribes artésiens pour l'ère en question'. Sous le pontificat de
1. 11 osl absuluiuout indisiuMisablc de sVn tenir aux actes offrant une
concordance entre le jour de la semaine et le quantième du mois
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 199
Manassès, avec le prêtre Odilon, il semble que le point de départ
adopté ait été Tan 938 ; c'est-à-dire, en somme, le début du règne
en Jurane, puisque Rodolphe II était mort en 937. Dans ces con-
ditions, le premier acte qui mentionne à Arles le règne de Con-
rad est du 7 octobre 949. Le roi de Jurane a donc établi son auto-
rité sur la Provence entre le mois de septembre 948 et le mois
d'octobre de Tannée suivante. On a vu que la marche de Viennoise,
en obéissant soit au roi de France, soit au roi de Jurane, k dater
de 933, avait l'ambition de former un royaume k elle seule et
dénommait son souverain roi de Viennoise. Cette ambition, le
duché de Provence se devait de Tavoîr à plus forte raison : il
pour déterminer avec certitude le point de départ de l'ère. L'indiction
Q^cst pas sûre.
A Arles, on a les actes suivants, sous le pontificat de Manassès :
i< Facla. . . in Arelate civitalo publiée, nonis octobris, anno XII rejjfuante
Conrado rege Alamannorum vel Provincie. . . Ilodilus huinilis presbytor
rogatus scripsit »(Chantelou, Hist.de MonlmaJour,éd, du Roun', pp. '2'\-'21).
t< Facla... ad sanctum Pctrum XVI kal. februarii anno XIII ivj^nante
Conrado reg^ Alamanorum sive Pix)vincie. . . presbiter... scripsit... »
{Ibid,, pp. 29-30).
« Data permanum Robcrti dyaconi pridie idus decembris, notato die venc-
ris XIIII anno régnante Gondradorege. »{GhII. Christ, noniss., Arles, n" 2')2).
(c Facta... in Arelate civitale publiée XVIIII kal. septembris anno XV
régnante Gonrato Ilodilus humilis populo (!) rogatus scripsit... »
(/Aie/., n» 255).
« Facta. . , IlIIidusdecembris anno XV régnante Conrado rege. . . Odilus
presbiter scripsit » (n<> 256).
«Facta... in Arela civitate publiée, in inense novembris anno XXII
régnante Conrado rege Alamannorum, vel Provincianim. . . Odilus presbi-
ter firmavit et scripsit » [Ibid., n" 200).
Le notaire usuel était alors le prêtre Odilon; il est suppléé, dans le troi-
sièmcdeces actes, par lediacre Robert et celui-ci note le jour de la semaine,
ce que ne faisait pas Odilon. Or Tacle de Robert est du vendredi 12
décembre [95i] Tan XIV : comme ce diacre suppléant ne devait |)as obser-
ver un style différent que celui du prêtre Odilon pour le début du règne, il
est presque certain que le style employé alors à Arles était le style de 03S.
Les actes d*Odilon doivent donc avoir été passés à Arles le fdimancliej 7
octobre [949] Tan XII, k Montmajour le 17 janvier [yr.O] l'an XIII, à Arles le
14 août [952] Tan XV, le 10 décembre [952] l'an XV,et à Arles en nov. [Or.O]
Tan XXIL Quand Manassès mourut, Odilon fut remplacé dans ses fonctions
et le style put changer. Voir ci-dessous, p. 217, n. 4.
200 LA I»R(»VENCE DV PREMIER AU XII* SIÈCLE
dénommera son souverain roi des Provences ou roi de Provence.
A Arles, le roi de Jurane sera donc qualifié roi d'Allemagne et
de Provence, pendant qu'à Vienne il était qualifié roi de Bour-
go*^ne et do Viennoise. Les Provençaux entendaient par AUe-
maji^ne le pavs que les Viennois dénommaient Bourgogne, c'est-
à-dire le royaume de Bourgogne jurane dont une partie était de
langue germanique.
Le premier soin du nouveau roi de Provence fut d'v renouveler
le |)ersonnel comtal et vicomtal. L'acte du 7 octobre 9i9 prouve
(ju'il îivait déjà institué un nouveau comte d'Arles en remplace-
ment de Berlhe. Un précepte du 18 août [930], Tan XIV, fait
paraître hienUM Arlulf. Le roi ne qualifie pas ce quidam, il lui
concède simplement une dépendance de la mensecomtale de Mar-
seille sise au comté d'Aix, c'est-à-dire le domaine de Trets, avec
la tour et tout ce qui en dépendait ^ On sait cependant que cet
Arlulf est le premier des vicomtes de Marseille, delà maison féo-
<lale; puisqu'il reçoit à cette date les dépendances du comté de
Marseille sises au dehors, on peut être assuré qu'il avait déjà
reçu le comté de Marseille proprement dit. En fait, Marseille fai-
sait partie, on Ta dit, du groupe de cités dépendant du comte
dWrles : il résulte de là qu' Arlulf tenait le comté de Marseille
sous l'autorité du comte d'Arles avec la qualité propre de vicomte.
Kt, en elfet, il est remarquable que le précepte royal ne donne
pas à Arlulf la qualité Aq fidelis : la raison en est sans doute que,
dans le groupe des cités dépendant d'Arles, seul le comte
d'Arles était fidclis direct du roi parmi les laïcs. Le vicomte, qui
tenait du comte un ou plusieurs desautres comtés du groupe uni à
1. 18 iioûl !0."»()|. « ("huonradus j^ratia Doi rex. . . nolum sit omnibus fido-
libus qualiler ({iiidain lioino nomiiie Arlulfus petiit. . .incurie de Tresia ({uo
t*sl |UMlint»ns ox comitaln Marsiliacensc et jacet in comitalu Aquense. . . »>
(Cnrt. do Snint -Victor, n« 10 W).
Arlulf (lovait élrc déjh d'un certain Age, car il était mort dés 065 Jbid.,
n" '2\y : son nom sera porté encore par l'un de ses petits-enfants i^//)ic/.,n® 77).
11 fui le prre de (juillaunie etd'Aicard. Cf. l'acte du 12 août 1060 :« fuit
niil(*s U()i)ilissînius uoniine \rlulfus palcr Willclmi et Aicardi. . . » (Chan-
Iclou, llisl. lie Moiitmajnury éd. du lloure, p. 130).
LE ROYAUME DE BOL'RGOGNE-PROVENCE 201
Arles, était non pas le féal du roi, mais son féal à lui. Ce pré-
cepte prouve aussi que le roi avait choisi comme chancelier, non
pas Tarchevêque d'Arles ou son rival Tarchevéque de Vienne, mais
Tévêque de Valence dont le siège était placé entre la Provence et le
V^iennois.
Les actes émanés du nouveau comte d'Arles, du 7 octobre 9 i9 au
mois de mars 965*, sont datés d'Arles: là était sa résidence ordi-
naire, pendant que son vicomte résidait à Marseille. Ces actes, où
\. Arles, 7 octobre [949]. Echange entre rarchevêquc Menasses et Teu-
cinde :»< in comilalu Arclatensi,insolamsancli Petriquc iiominatiir aMonlc-
majori. . . quod perlinel ad preposilum. . . P'acta commutalione. . . in Are-
late civilale publiée, nonis octobiis, anno XII régnante Conrado rege Ala-
mannorum vel Provincie. Israël Aquensis archiepiscospiis, Manasses archi-
episcopus Grmavil, Conlarus Forojuliensis firmavit, llonoratus episcopus
Grmavit. . . Lamberluspresensfuit.Bosoconiesfirinavit. . . llodilus. . . scrip-
sit »(Chantelou, Ilisl. de Montmajour, éd. du Roure, pp. 25-27).
Arles, H août [952]. Échange entre Teucinde et rarchevêque: «incomitatu
Arelatcnse, in villa. . . Barcianicus. . . Facta. . . in Arelate civitote. . . XVII 11
kal. septembris anno XV régnante Gonrato rege. Boso cornes firmavit. Lan-
bertus judices fîrinavit. llodilus. . . scripsit... » (Albauès, Gall. noviss,,
Arles, n® 255).
15 septembre 958. « Chuonradus. . rex. . . Boso cornes inlimavit.. . abba-
tiam Sancti Amantii... Data VII. X. Kalendas octobris anno ab incarnalione
Domini Jesu Christi DGGCCLVIIl, anno XXI régnante Ghuonrado rege »
[Rec, des Ch, de Cluny, n° 1052).
Arles, mai [961], « ego Gencius. . . pro seniore meo Bosone et uxor sua
quondam. . . in pago Aquense superiore, ad castrum. . . Ansoyse. . . Facta.. .
in Arelate civitate. . . in mense maii, anno XXIV régnante Gonrado rege
Alamannorum vel Provinciarum. . . Boso cornes et uxor sua Gonstantia fir-
maveruDt. lUorum filii similiter Willelnius cornes. Mot bald us cornes. ... »
[MontmsLJour, pp. 37-38). Les souscriptions des fils sont postérieures.
Arles. 9[6]4. Election de Pons, évêque d'Orange, en remplacement
d*Ebrœu8 : «déficiente metropolitano Arelatensi, consensu augustalium
principum et régis nostri Gonradi necnon et Bosonis comilis et cpiscopo-
rum comprovincialium... ecclesiœ Arelatensis ngressi magnificentiam...
impcrialem adierunt prœsentiam.. . ; commotus igitur (]aîsar Gonradus rex,
immo suadente Bosone comité, obsecrantibus etiam pra^libatis principibus,
annuit illis imperiali licentia providere quem velient... » (Gall. Ghrist., 1. 1,
instr. eccl. Arausicanse, n^ 1, p. 131). La date, corrompue, est DGGGGXIV:
il faut la restituer. L'acte est postérieur à 948, en raison de la présence de
Conrad: il est antérieur au \^^ mars 982, date à laquelle Pons est déjà
évèaue d^Orange {Gall. Christ., 1. 1, instr. eccl. Garpent., n« 11, p. 148. Dans
202 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll« SIÈCLE
paraît le comte dWrles, sont r^îla tifs à des localités sises aux com-
tés d'Arles, de Marseille, d'Aix, de Fréjus, d'Antibes, d'Avi^^non,
d'Orange, de Vaison, de Saint-Paul-Trois-Chàteaux et de Gap.
Gela ne veut pas dire que tous ces comtés fissent partie du groupe
de cités dépendant de lui en raison de ses fonctions : dans quelques-
unes d'entre elles, il ne possédait évidemment que des biens par-
ticuliers. Il parait bien certain, toutefois, que les cités de Marseille,
d'Aix et de Fréjus rentraient dans le groupe en question. I^
nouveau comte d'Arles institué par Gonrad porte le même nom
que ses deux derniers prédécesseurs: c'est encore un Boson.
Il est impossible de le confondre avec eux; car son père, dont on
n'a que le nom, s'appelait lui-même Roubaud; sa mère est
inconnue. Sa femme s'appelle Gonstance; il en eut deux fils, Rou-
baud et Guillaume. Le dernier acte où figure le comte Boson est
daté d'Arles au mois de mars 963 : c'est un plaid comtal dont la
rédaction offre beaucoup d'intérêt. Le jugement, prononcé par le
comte, obtient l'assentiment de son fils Roubaud et de son frère
le comte Guillaume. Il résulte de la tout d'abord que Roubaud
est l'aîné des deux fils du comte et on pourrait déjà s'en dou-
col inlorvalle, le siè^e d'Arles n'a élé vacanl qu'une fois, entre Manassès
cl Ilior : do là, la reslitulioii de DCCCLXIV.
Vienne, 8 décembre OOG 4. « Cliuonradus. . . rex. . . hoc quod Boso Arela-
tcnsis coines noJ)is reddidit ut do terra sancti Rcmigii deFrancia. . . insula
maris. . . Lirinis. . , in comitatu Vuapinco. . . in comilatu Aqueuse. .. sancte
Marie Anlibolensis » Ihid., pp. 4*-4;i".
Arles, mars 90"). Plaid « in conspeclu Bosoni comitis filii Rothboldi
({uondam. . . inpa^o Massiliense. . . consentientc cjusHlio Holhboldo et Tra-
ire ejus Wilelmo comile. . . annoi^^^ilur incarnationisdominice DCQX^LXV,
indilioneVlI mense martio, rejouante Rodulfo (siV) re^ Alamannorum seu
Provenciarum. . . K«;o. . . cornes Boso... scribi et manu mea roborarc
curavi. Lamherlus judexliruMvit. (^omesWilelmus firniavit. . . yi{Sainl-Vic-
/or, n'^ 29 . (a'I acte n'est pas le seul de Conrad passé à Arles où le nom du
roi ail été remplacé parcelui de sou fils Rodolphe (cf. Gall, Christ, noviss.^
Arles, n" 28 1, acte du 'M décembre Fan XLII;.
Dans l'expression ojus /ilin^ le mot ejus se rapporte au comte Rou-
baud : dans l'rutn* ejus (pii suit, le mot rjus répété hdessein parle scribe se
rapporte encore au comte Roubaud. A moins d'en méconnaître le sens
naturel, on ne peut expliquer autrement ce texte ti*ès clair.
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 203
ter en constatant que, selon ThabitucUe transmission du
nom de Taïeul au petit-fils, c'est lui qui porte le nom de son
grand-père paternel; puisque son père le consulte seul, le cadet
n*était probablement pas encore majeur. Il résulte aussi de ce texte
formel que le comte d'Arles avait un frère, également comte,
nommé Guillaume : non seulement le comte d'Arles en parle dans
le dispositif pour noter son consentement, mais ce frère appose
sa souscription après le juge arlésien, en indiquant de nouveau
sa qualité de comte. Cette part approbative prise à un plaid arlésien
prouve que Guillaume est lui-même comte en Provence : l'au-
torité des deux frères s'exerce par indivis. Se rappelant l'analogue
situation qui existait de 911 à 926, l'attention se porte du côté
d'Avignon pour retrouver le siège du groupe de comtés proven-
çaux confiéà Guillaume. Précisément, en 962, à Avignon même, un
comte Guillaume donne certains biens à son lîls le clerc Archimbaud
qui, en retour, devra prier pour son âme. Ces biens sont situés
dans le comté d'Avignon et le donataire devra lui-même, quand il
mourra, les léguer aux chanoines de Saint-Etienne d'Avignon ^
Le prince, qui fait cette donation, sent approcher la mort : ce n est
pas un homme jeune, mais un père de famille déjà âgé. Impos-
sible, bien entendu, de l'identifier avec Guillaume fils du comte
d'Arles : en 965, Roubaud fils aîné de ce comte ne sera pas encore
comte, son frère cadet Guillaume Tétait encore moins en 962 et
tous deux ne le deviendront qu'à la mort de leur père. II est tout
indiqué, par contre, devoir dans le comte d'Avignon Guillaume,
1. Avignon, 962. « ego Wilelmus gracia Dei cornes. . , eo cfuod egotegene-
ravi. . . cedo tibi Archimbaldc filiiis meus clericus. . . in comitatu Avenio-
nense. . . Aclum Avenione civilateannoincarnalionisdominice DCCdCLXII,
indiclione IHI. Boso, cornes ad vicem patris sui Wilelini conscribere ft^cit
et firmare rogavit manu sua fîrma. . . » (Arch. de Vaucluse G., chap. mélr,,
art. 27 provisoire, AT. 30 v®-31 r*»|. Ou bien Tacle n'a été rédigé (fu'après la
mort du comte Guillaume, sur l'initiative de son fils Boson, devenu comte
par cette mort, ou bien si l'acte a été ré lige du vivant de Guillaume, on
serait tenté de lire ad viccrn fratris sui Wilelmi. Dans ce cas, le comte Guil-
laume n'aurait eu qu'un fds, le clerc Archimbaud, et le comte Boson rédac-
teur de Tacte, serait lecomted'Arlcs. La première hypothèsi' est cependant
la plus probable.
201 L\ PROVKNCK DU PRKMIEII AU XII** SIÈCLE
donateur de biens en 91)2, le frère de ce nom que le comte d'Arles
consulte en Dli.j et qui souscrit le plaid arlésien, à titre conlirma-
tif. Tous deux, Hoson el Guillaume, appartiennent bien à la même
génération : Boson, l'aîné, meurt entre ÎMio et 9li7, sa femme (iion-
slance entre îMil el IMiî); Guillaume le cadet se sentait vieillir en
962 et ne devait guère survivre au plaid de 960. Quant à sa femme,
si elle n'est pas connue, c'est que probablement elle devait être
déjà morte en 962. De plus, la situation de Guillaume k Avignon
complète bien celle de Boson k Arles. Tout cela concorde.
Le clerc Archimbaud, donataire du comte Guillaume en 962,
ne fut pas son seul enfant. Lacté est rédigé au nom du donateur
par les soins de son autre (ils, le comte Boson, qui dut lui suc-
céder après le mois de mars 965 et qui dut mourir lui-même, sans
enfants mâles, avant le 1" avril 976 *. A cette dernière date, en
elfet, on voit figurer à Avignon, non pas ce comte Boson lils de
Guillaume, mais les comtes Guillaume et Uoubaud d'Arles ses
cousins germains, ([ui avaient dû recueillir sa succession en qua-
lité d'héritiers collatéraux les plus proches.
Les archives de l'église d'Avignon renferment un acte émané
d'un comte Boson, daté d'octobre 912 et de la IX® indiction*-. Ce
1. Avij^iion, le avril 1)76. <« Landricus (i^rntia Dci episcopus. . . reddo ca-
nonicis saiicli Slophani noslre setiis... in nostri diocesi. . . Kacta caria
ista in AviMintono, Tuit kalondis aprilis anno ab incarnatione Domini
DCCU^C.LXXVI. S. Walchaudus sanclo \*cclosie Cabilicensis episcopus
firinavi manu propria. Silveslcr episcopus firmavit. Guilelmus firmavit.
Rolbaltlusconies lirniavit. Si^nuni Landrici presulis... Durandus presbiter
scripsit ». t Vaucluse G., chap. niélrop., n^ 27, f» 20). Le Oaliia, t. I, inslr.
eccl. Avenion., p. i'MK n° Vll,a publié cet acte, mais sans donner, on ne sait
pourquoi, les souscriptions comlales.
2. Avij^non, 0'0(i?|. u Auclorilas enim jubel ecclesiaslica et lex consistit
romana ul ({uictpiid in hoc seculo vivere cupit lerrena débet despicere et
amare celt»slia ul illud adimplero valoal (piod Dominus discipulis suis pre-
dixil : «« Opcraniini non cibuni (pii péril sed qui pennanet in vilam eler-
nam. »> Idoo<pieej;o Uoso cornes. . . casufrapilitaliscorporismei et pvo redenip-
lione... anime ^^eniloris niei. . . villam. . . Aj^i^llo... ultra fluvium Duren-
lia (piam |)aler meus ex comparatione adquisivit. . . transfundo ad ccclesiani
sancle Marie elsancli Stepliani Avinionensis. . . »> ■ Areh. deVaueluse G. l*i,
f. 101, dans l'acle du 24 nov. 1201)). 11 existe dans la commune de Noves
un lieu dit Agel el une porte du bourjj est dite : Porte dWgel. C/est tout
LÉ ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 205
comte déclare donner, pour le repos de Vàme de son père et pour
la sienne, à Téglise N.-D. et Saint-Etienne d'Avignon le village
d*Agel, au delà delaDurance : son père en avait acquis une part
et lui-même, depuis la mort de son père, en a agrandi la consis-
tance par ses propres acquêts. La date dit expressément que Tacte
a été dressé à Avignon : elle ne le dirait pas qu'on le saurait
quand même, d'abord parce que la donation s'adresse à Téglise
d'Avignon et surtout parce que le scribe place Agel ultra flu-
viuni Durcntia, Si la date de l'année était exacte, il faudrait for-
cément admettre que Berthe, après la mort de son premier mari,
en 935, avait conservé seulement Arles en Provence et que le
comté d'Avignon avait été donné alors à un autre comte Boson.
Ce Boson, comte d* Avignon, devrait dans ce cas être identifîéavec
le fils deRoubaud qui, en 949, succéda dans Arles même à Berthe.
Passant d'Avignon à Arles, il aurait été remplacé lui-même à Avi-
gnon par son frère cadet Guillaume qu'on y rencontrera en 962.
De plus, cet acte présumé de 942 ferait connaître que Rouhaud, le
I)ère mystérieux de Boson et de Guillaume, avait acquis Agel
avant 935 et ce serait là le premier renseignement positif donné
sur lui. Mais la date de 942 ne concorde avec Tindiction IX® ni
de près ni de loin; cette année correspond en effet à la XV° et
on ne peut passer de IX à XV d'aucune manière vraisemblable
en supposant l'erreur coutumière d'un X pris pour un V, d'un
V pour II, ou réciproquement. Des critiques peuvent observer
que rindiction est généralement inexacte dans le calcul des dates
à cette époque : mais ces critiques doivent observer aussi que
les inexactitudes les plus fréquentes sont des inexactitudes (|ui
coudoient la vérité. L'inexactitude absolue, comme celle de IX
pour XV, est une exception rare. Cet acte de 9i2 n'est pas con-
servé en original : car son original était en fort mauvais état dès le
début du xui* siècle. Il faut donc, on le constate à regret, que
l'un de ses copistes plus ou moins modernes ait fait erreur, en
transcrivant soit la date d'années, soit l'indiction. Gomme la date
ce qui reste û'^Agellum; dans la moine commune se Irouvc Villargclle (ju'ii
ne faut pas confondre avec Agel et dont le nom est moderne.
206 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
d'année est le groupe de chiffres le plus long, l'erreur doit porter
sur elle. Ce qui le confirme, c'est d'abord que le préambule est
conçu selon le type d'une formule qui sera employée à Avignon,
avec des variantes, vers 964, par le prêtre Lambert, tandis qu'on
n'en connaît pas d'exemples dans la première moitié du x^ siècle,
émanant de Provence. Ce qui le confirme tout à fait, c'est que la
co m pci raison de l'acte attribué à 942 avec l'acte de 962 amène un
rapprochement décisif. L'acte de 962, dont la date est certaine,
nomme 25 témoins: l'acte de la IX** indiction en a 19. Or, sur ces
19, près de la moitié figurent également parmi les 25 de 962.
Pour préciser, ce sont les 2% 3*, 5% 6% 7% 8«, 9% 10* et 12* témoins
(jui, en 962, sont respectivement les 3*, l*"", 4% 8*, 10*, 13*, 2*,
.■^' et 1 i*. Pour l'un d'eux, le l**" de 962, il peut y avoir doute;
mais l'ensemble est frappant. Une alternative s'impose : l'acte de
h\ IX** indiction est un faux, ou bien sa date a été mal transcrite et
il faut le restituer à une date très rapprochée de 962. L'examen
de la formule initiale de l'acte de la IX* indiction amène exacte-
ment au même résultat, puisqu'on la retrouve, plus développée
cependant, dans un acte écrit à Avignon par le prêtre Lambert
vers 964 '. L'acte examiné pourrait être rendu suspect parce (juc
Guillaume, évêque d'Avignon, le produisit, comme titre de pro-
priété, dans un procès : l'original étant en mauvais état, il fallut en
faire un vidimus à Noves le 24 novembre 1209 *. Ce ne serait pas
la seule fois, malheureusement, qu'on rencontrerait ainsi un acte
forgé comme titre à produire dans un procès. Malgré cela, l'acte
paraît bien authentique : le faussaire, qui l'aurait rédigé en 1209
1. « . . .qui vult dimiltcrc cupidiUle lorrona et merearo colcslia. . . ut. ..
valent porvonire... [oporamini non cibum qui pcritj set qui pcrmanol lu
vitam eteniam. . . >• Chanlelou, Ilist. de Mnntmajour^ éd. du Roure, p. 39).
2. Novos, 24 novombro 12()y. " prcfntus dominus Guillolnius episcopus
quoddam instrumenlum anti<{uissinium votustatefere consuniptum iu causa
predicta introduxil, cujusinslrumonti ténor hoc crat. . . » (Vaucluse G. l.*),f«»
100 v<'-102 r"). Cet acte de 1209 est lui-même en copie dans le cartulairc
dos hommages do rôvùchô, intitulé Iloinagia. diversoruni 1157 (G. 1;», reg.
vôlin de 130 fT ;, transcrit aprôs le 21 novembre 1287 (f» 22 v®), probable-
ment sur Tordre de l'évcHiuo Jacques d'Uzoch.
LE ROYAUME DE BOURGOGNE- PROVENCE 207
pour Tévêque, aurait pu sans doute emprunter une partie des
souscriptions à Taote authentique de 962 qui existait dans le car-
tulaire du xu* siècle aux archives du chapitre. Mais ce serait bien
invraisemblable que le faussaire eût eu connaissance de l'acte
avi^nonnais des environs de 964 auquel il aurait emprunté la for-
mule initiale du faux commis par lui : cet acte de 961 était, en
effet, déposé aux archives de Montmajour et non pas h celles de
l'église d'Avignon où n'existe, croit-on, aucun modèle pareil
de cette époque. De plus, ce faussaire se serait trahi par quelque
inexpérience dans la rédaction de la pièce destinée au procès, alors
que la lecture et Texamen de ce texte ne permet de relever aucune
irrégularité choquante. Tout considéré, l'acte de la IX** indiction
produit en 1209 parait bien être authentique. Il ne peut ainsi
émaner que du comte Boson lils du comte d'Avignon Guillaume
et, par suite, comme Tindiction doit être à peu près exacte, cet
acte doit être de 966 ou des années voisines. C'est la seule date
possible ; car, en mars 965, Guillaume père de Boson vivait
encore et en 976 Boson lui-même était déjà mort. Ainsi le groupe
dcccc.xlll indictione Vllh doit être restitué dcccclx\\ par une in-
terposition du l avant le xet le changement de il en v, ou bien en
dcccclxvi on bien encore en dcccclxvll. L'acte émané de Boson
remonte donc au mois d'octobre 963, 966 ou 967.
Voilà ce que les archives de l'église d'Avignon permettent
de savoir au sujet de Guillaume, comte d'Avignon (949 ?-96o), de
ses deux lîls, le comte Boson (966 ?, •{• av. 970) et le clerc
Archambaud, morts sans héritiers directs au profit de leurs
cousins les comtes d'Arles. L'existence de cette branche de la
maison de Provence est désormais fixée.
En dehors des comtes d'Arles et d'Avignon, les textes indiquent
un comte, Grifon, qui avait dû être installé en même temps
qu'eux, probablement comme comte de Glande ves et qui avait
des rapports avec Apt ^ Ce sont les trois seuls connus.
{. Apt. i9 février [055], l'an XIII, ind. 5. « Crifo, comcs et iiopos mous
Rothslagnus clarissimus episcopus... in comitatu Atense... villa .. Vallis...
208 LA PROVENCE Dt PREMIER AU XIl' SIÈCLE
III
L'origine de lloubaud^ père des comtes dWrleset d'Avignon,
Le seul point qui reste obscur, c'est Torigine de Roubaud, le
père des comU^s dWrles Boson et dWvignon Guillaume installés
par le roi de Jurane Conrad quand il mit la main sur la Provence
en y 19. Si la comtesse Berthe avait reconnu le roi de France en
918, il est probable que Conrad a dû la remplacer par des titu-
laires nouveaux, n'ayant aucun rapport personnel avec elle. 11
faudrait trouver, de préférence en Viennois, ou en Bourgogne,
un pays où le nom de Houbaud ait existé dans le dernier quart
du ix^ siècle, et dans le premier quart du x" : on pourrait penser
que le père des comtes en provenait.
Uoubaud n'est pas un nom fort répandu. Au milieu du
X*' siècle, mais pas avant, on le rencontre k Vienne, porté par des
gens quelcon([ues dans l'entourage du comte de Viennois Charles-
(]i>nstiuitin, notamment par un de ses écuyers ou valets. C'est
déjà un peu tard comme temps pour l'objet de la recherche,
toutefois l'indication est k retenir '.
|>i\) ivincvlio j;iMiiloris moi Crifonis et jfOiiitricis mo» Theviarda et malris
iu'iK>lis iiu'i opisi'opi iiDiniiio Krinonj^'artla... occlesiam... Sancli Alhaiii...
Si-;iuiiii (:pift)iii foinilis... .. Jfixf, do Montinajour, pp. 30-31).
I. Mai îKiS. Rittltohlua t*t Grimirdua en^^aj^eiil des biens dans le Vien-
nois, tMi pivstMUH» (le C!iarK»s-(] ):islanlin {Clum/, n<» 10^7).
Avril l)(»l). firiniinliK on»a^.» en.'oiv des biens dans le Viennois en pré-
s.Mioo di» (".'nrli»s-('. >iis| niliiî. N/y/iwii Ilotb'ildi et alio Rotboldi \Ibid.,
n" losr.
l'J mai vt'ps 0(n :.i ojjo Karohis c >mes. , quidam serviens nosler nomine
HolboliUis r.)^avil... in |)a^'() VionniMisi.... S. Karoli comitis... S. Teulberpi
oomilisst». S. Hichirvli ot l'perli tiliorum suorum. S. Rotboldi >» [Ihid,,
n" l(Mri\
\.K} ('.irhif.ii'ro do Siinf-Andrt^b'-n.in indique dans la seconde moitié du
x'* sièilo un n()ul)aud marié à Ponce m® lOS ;cf. n"239' ; puis, dans la pre-
mir'n» moilic du \r sièclo. un auhv Houbaud m:irié î\ Adnlgudia (n*^ 3, 2S,
32; cf. n"" 2(), 33, Si)'. ; tMdin, un scribe déco nom depuis la fin du x« siècle
jus(|uVu 1033 n»- 32, 1*2; cf. n» 180). Le Carlulaire de Saint-Maurice de
Le BOYAUMÈ de BOURGOGNE-PROVENCE 209
Dans la première moitié du x« siècle, le nom de Roubaud se
rencontre dans le royaume de Bourgogne, c'est-à-dire en Varais,
dans le duché français de Bourgogne, de même en Âutunois et sur-
touten Maçonnais, à proximité par conséquent du royaume de Pro-
vence. En février 912, on voit Roubaud et sa femme Odile acquérir
des biens en Maçonnais : en 922, on le retrouve avec sa femme
dans les mêmes localités. En 917, une donatrice, Berneldis,
nomme un Roubaud parmi ses enfants. Ces trois actes concernent
le Maçonnais *. A la même époque, la souscription d'un Rou-
baud figure dans un acte qui concerne TAutunois *. Enfîn, en
934, il en est de même dans un acte relatif au comté de Varais ^,
Qu'on prenne garde^ d'autre part, à ce fait que le comté de
Varais et le comté de Maçonnais appartiennent à la fois à Aubry,
puis à son fils Liétaud (933-958), comme vassal du duc de
Boui^ogne Hugues le Noir^. De 893 à 920, ce n'est pas encore
Hugues qui détient cette haute situation ; c'est le marquis d'Au-
vei^ne Guillaume, puis encore, en 926 et 927, c'est son neveu de
Vienne montre le même scribe dès 996 (n® 112: Saint-André, Appendix
n* 37 ;n« 153 : Saint-André App., n° 26); enfîn, au milieu du xi« siècle,
deux autres Roubaud, dont un marié à Laiverta (n° 00 : Saint-Andréf
App., n« 58) et un clerc (n* 17 : Saint-André, App,, n° 119). Le Cartulaire de
Domène présente un chevalier de ce nom qui n'est pas antérieur au
XI* siècle (n«« 81, 89,219; cf. 233, § 99).
1. Aciago villa^ février [912]: « Rotbal et uxor sua Olelia emtores,... in
pago Matisconense, in agro Maciacense, in villa Crossiago vel in villa
Saciago... » (C/u/iy, n* 188).
Suriago [917]: « Ego... Berneldisfcmina etiufantibus suis... Ratbolt, Ber-
Ugo, Bemolt... in pago Matisconense in agro Galoniaccnse, in villa Buidon,
ÎD loco.., Vineolas... » (Ibid,, n« 206).
29 septembre [922] : « Rotbaldo et vxori suœ Odile, Odila genetrice tua...
in pago Matisconense, in villa .. Crusciacus... » {Ibid., n^ 231).
Galoniacum est Jalogny, Saône-et-Loirc, arr. de Mâcon, cant. Cluny ;
Cf. le li» 133.
2. [910-922] : « ... S. Beralti,.. Robaldi, Wigonis... » {Ibid,, n» 114 ; cf.
n» 169).
3. Alta Petra, 7 juin [934]: « ...in comitatu Warascorum, in centena Neu-
dentense in villa Warneriofontana... S. Rotboldo teste... S. Ugo cornes... »
(Ibid., n» 419).
4. Voir ci-dessus, p. 148, n. 1.
Mém. et Doc. de l'École des Charles. — VII. 14
210 LA PROVENCE Dl* PREMIER AU XII* SIÉCÏ-E
mi*ni<' nom qui dominent à la fois le comté de Maçonnais et , sem-
hle-t-il, le Varais ^ Puisque le nom de Roubaud parait plus
rt'pandu en Maçonnais qu'en Varais ou en Autunois, il peut s'être
propaj^é (le Màcoii à Besancon ou à Autun, en raison des liens
étroits (jui existaient entre ces diverses cités. D'autre part, Guil-
laume d'Auver{j:ne avait épousé la sœur de Louis TAveugle et,
en raison de ce lien, le nom en question a pu plus facilement se
propager de Mâcon, où on le trouve d'abord, à Vienne, où on
constate son existence, à partir du milieu du x® siècle.
Le nom de I^oubaud a été porté fréquemment par les membres
d'une maison féodale (jui dominait les environs de Coni : le premier
d'entre eux, de ce nom, est connu par sa souscription à un
acte (lu 11^ avril 9il et il était mort le 3 mars 984*. Il eut
pour lils Anselme II et Alineo II, qui le 5 mars 98i reçoivent
(lu marquis de Turin les localités de Caraglio et Cerverc.
Alineo 11 lui-même mourut avant le 5 février iOlSet il eut pour
lils Houbaud II. Celui-ci, par une coïncidence curieuse, épousa
une femme, nommée Odile, comme le Houbaud qui vivait cent
ans auparavant en Maçonnais. Le 5 février 1018, lui, sa femme
et leurs cinq fils, tous de race et de loi salique, donnent,
k l'abbaye Saint-Chalfre en Velay, quinze manses de Cervere,
Fontane, Marene, Villamairana, Quaranta et Caraglio 3. Le 10
1. MAc()n,29 novembre [1»01J. « Signum Willelmi principis et cumiti pala-
lio » {(Uurn/, i\° 74).
l)(''0(»ml)rt» '^.'iO : « Domno Gnilelmo ilhistrissimo marchione Alvernorum
cl coniito Maliscoiu'iisc » djlnny, n^ 276}.
2. l'crdinaiulo (îahotto. 11 cdiniine a Cuiu^o ncl secoîo xiii o le origini
coiniiiiali in Pieinoiilc , liullriiinn sforicu'hihliot/rafîco Subnlpino^ aiino V,
M" i-ii. Torino. iîMH), pj). f7-iS:. (If. Adriani. Degli anlichi sijjnori di
Sarinalorio, Mair/ano v Monfalcone. Torino, 1853, p. ."i2.
M. (ral)oilo (listin^^ue lu Honhniul vivant on 944 du Roubaud niorl avant
i^H't : K' ]>rtMnior sorail l'onolc du second. Il est plus simple de croire que
les deux ne font <|u*un. Ce Houbaud, fi"èro d'Anselme I, a élé le père d'Ali-
neo 11 el (TAnselnie H. On a ainsi trois générations : Alineo 1, mort avant
9ti^ représenlo la première: ses fils Houbaud I el Anselme 1, vivants en
D'il-, représenlent la deuxième; ses pelits-fds Anselme H et Alineo II,
vivants enOSi, représenlenl la troisième.
3. Février [iOlSj : « Monastcrio S. Theotfrcdi... in regno Aquitaniœ, in
LE ROYAUME DE BOtJRGOGNE-PROVENCE 211
mai 1023, Roubaud augmente sa première donation et il meurt
avant le 1®' juillet *.
La concession de 984 prouve que cette famille était sous
la dépendance des marquis de Turin : d'autre part, Roubaud II
(f 1023) était fils d'Alineo (984), comme celui-ci était fils de
Roubaud I (944). Étant donnée cette alternance régulière, il est
permis de se demander si Roubaud I n'aurait pas été fils, lui-
même, d'un Âlineo 1. Enfin, la donation inattendue de 1018
laisserait supposer que la famille était originaire du Velay.
Précisément, quand, au xi« siècle, le chroniqueur de la Nova-
laise raconte loriginede la maison des marquis de Turin, il dit
que ses fondateurs, les deux frères Roger et Ardouin, étaient
venus en Italie, dénués de tout, suivis d'un certain Alinéas : ils
avaient quitté des montagnes stériles pour s'établir en Piémont 2.
L'époque de cette immigration est fixée par le fait que Roger
devint comte d'Oriateen remplacement de Rodolphe : or celui-ci
vivait encore le 21 avril 902^. D'autre part, Alineo, compagnon de
comitatu Vallavcnse, ego Rotbaldus, filius quondam Alinei, et Ma inardus
seu Auberlus atque Aicardus necnon Willolmus et Alineus, qui et Elozo,
qui professi sumus omnes ex natione noslra lege salica vivore, ipso geni-
tore noslro consentiente... donamus... res jiiris noslri... in locis... C.olum-
berio, villa Calbiana. Saxeto, Insula, Prata Saxaciasca, Sancto Juliano...
Insuper... in locis... Cervaria», Fonlanis, Marenis, villa Magrana,Quaranla,
Quadralio... » {Cart. Saint-Chaffre, n°CCCLXVIl). Cervere, prov. Cunco,
cire. Saluzzo; Marene, prov. Cuneo, cire. Saluzzo ; Caraglio, prov. et cire.
Cuneo.
Fedele Savio. Il monastero di San Teofredo di Cervere, Torino, 1807
[MiêcelL di storia ilal,^ t. V).
1. «Fuerunt duo fralres Rogerius et Arduinus et unus corum cliens
nomine Alineus. Hii ergoprodigi et exuli omnibus rébus ad llaliam veniunt
de stcrilibus montibus^) (Chronicon Xovalicicnsc,\ih. V, cap. Vlll; Cipolla,
Monum. Novalic.vetustiora, t. Il, p. 249).
2. Ilist, Pair, Mon., CharL, t. I, col. 103.
3. De bonne heure aussi le nom de Roubaud existait dans le pays de
Nîmes : mais, évidemment, ce n'est pas là (|ue le roi Conrad en 940 pou-
vait aller prendre ses comtes pour la Provence.
Nîmes, 23 mai [898J : « judices id est... Rolbaido » (Eug. Germor-Duraiid,
Cariulaire du chapitre de V église cathédrale de Situes, \imes, 187 e-, n" Vlll).
— 25 mai [912]: w Signum Rodbaldus >» {Ibid., i\^ XIll). — 31 juillet [921]:
tt Rotbaldo... sacerdotum.. » (Ibid,, n<» XX). — Octobre [941]... « de infantes
212 LA PROVENXE DU PREMIER AU Xll* SIÈCLE
Roger, étaiimort avant 944. llest fort probable, ainsi, que les frères
Roger etArdouin avec leur vassal Alinéas vinrent d'Auvergne en
Italie à Tépoque où Louis F Aveugle y descendit, c'est-à-dire à la
fin de UOO. Il n'est pas surprenant que le souverain ait trouvé des
chevaliers en Auvergne prêts à le suivre : c'était son beau-frère
Guillaume qui en était le marquis.
Mais Guillaume était également comte de Maçonnais et on
aboutit encore ainsi h Màcon, où on remarquait le nom de Rou-
baud en 912 et en 922. La diffusion de ce nom à Autun, à
Besançon, à Vienne et à Coni parait donc bien être partie du
Maçonnais K
Fait remarquable, le nom d'Alineo a été également introduit
eu Provence avec celui de Roubaud : mais, tandis que celui de
Roubaud est jîorté dans la maison comtale, celui d'Alineo
n'est porté que par de simples chevaliers -.
D'ailleurs, il y a moyen de préciser la provenance de Roubaud
dont les fils devinrent comtes en Provence au cours de 949. Si
Tonnait sa génération aux deux suivantes, on rencontre dans sa
famille deux titulaires du nom de Roubaud, deux titulaires du
nom de Boson, deux titulaires du nom de Guillaume et un titu-
laire du nom d'Archambaud. Ces trois générations ont vécu et se
sont succédé depuis le début du x* siècle jusqu*au début du xi*.
Holbaldocondam » (//)iV/.,n«XLIH). — 21 janvier[973].« S. Rolbaldo »(//*£</.,
n» LXXi. — Cf. no» LXXIX, LXXXI, CXII, CXX, CLVII, CLXXI.
1. Arles, novembre [1K»I] : « infantes Ellenco >» (Albanès, GalL noris$.,
Arles, n° 200 1, — Nice, 20 janvier [1002] : «< Aliineu testis » (Cari, de A'trc,
nMij. — i:isept. [1003J : « S. Allineus lestes» [Ibid,, n» 19). — [Nice]
mars [1018] u Aleneo testis » [Cart de Nice ^ n« 11). — 105t : « in comitatu
Forojuliensi.in caslroSalernis.., Allineus firmat » (Saint -Victor, u° 502. —
« Alineus et uxor meain lerrilorio... Salernas » (Ibid,, 517). — « Ailcneus
f. >» {Ibid.y 020). — « Aliénas et nepotes sui » (/Aicf, 765). — « Petrus Ali-
neus f. » (//)«(/., 326). Le M'» Pielro Brayda di Soleto a porté son atten-
tion sur le problème soulevé par celle origine des Roubaud et des Alineo.
2. Guillaume, né le 29 novembre 820, fils de Bernard et de Doddane,
décapité en 850. Le frère cadet de Guillaume, Bernard, marquis d'Auvergne,
était né le 22 mars 8il : il devint comte de Màcon et ne mourut qu'après
880. C'est ce Bernard Plantapilosa qui fut le père de Guillaume, comme
lui marquis d'Auvergne et comte de Màcon.
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 213
Il s'a^t donc de trouver une autre famille, royale ou ducale de
préférence, où ces quatre noms se trouvent réunis pour la plupart
au début du x« siècle et dans Tenlourage de laquelle se ren-
contrent les autres. Cette dernière recherche aboutit au même
résultat que la précédente. Seule, la famille de Guillaume mar-
quis d'Auvergne répond aux conditions du problème.
Guillaume (893-920) porte le nom de son oncle * et de son
bisaïeul paternel ^ : ce nom sera recueilli après lui par le fils de
sa sœur Adalinde, qui lui succédera comme marquis d'Auvergne
et comte de Maçonnais 3. Guillaume s'étant marié à Engilberge,
fille du roi Boson, en eut un fils auquel il donna le nom de son
beau-père *. Les noms de Roubaud et d'Archambaud ne se ren-
contrent pas dans la famille du marquis d'Auvergne : mais,
en ce qui concerne le premier, on vient de voir suffisamment
qu'il se rencontre au début du x® siècle en Maçonnais, comté
dépendant du marquis. En ce qui concerne le second, il sulfitde
rappeler qu'il est porté dans la maison des sires de Bourbon. Le
premier qui le fasse connaître est Archambaud, lequel, vivant en
920 et en 930, mourut avant 954 ^. Cet Archambaud était fils
d'Aymar et d'Ermengarde, son frère Aymon eut, à son tour, un
fils de ce nom ^ : les possessions de sa famille se trouvaient à
Souvigny, dans la viguerie de Deneuvre qui dépendait, on le
i. Guillaume, fils de Thierry et d'Aldane, marquis de Gothie et moine à
Gellone.
2. Guillaume, fils d'Acfred et d'Adalinde. Bourges, 11 septembre [010]
(C/u/iy, !!• il2). Cf. Ibid., n»» 214, 276, 286.
3. Vienne, 25 décembre [920] (Cari. Sainl-André-le-Bas, n» 124). — Cf.
Cluny, n» 446.
4. Mars [920] Clany no 217). — Novembre [950] (ILid,, n» 782). — Bour-
bon, janvier [954] [Ibid., n* 871).
5. Bourges, 11 septembre [910]. « Signum AimartH » (C/u/iy, n® 112). —
Mars [920] : Aymar donne « curtem Silviniaci, in vicaria Doiiobreusi » \Ibid.
n» 217). Pour sa femme^ voir le n« 871.
6. Bourbon, janvier [954] : « in pago Alvernico, in vicaria Donobrense,
villa Salviniaco » (Cluny, n° 871). Souvigny, Allier, arr. de Moulins;
Châtel-de-Neuvre (sic), Allier, arr. Moulins, cant. Le Montet.
21 i LA PROVENXK DU PHEMIKR AU XII^ SIÈCLE
sait, de l'Auvergne '. Aymar était par conséquent l'un des vas-
saux de Guillaume, marquis d'Auvergne : en tout cas, il évoluait
dans son orbite. On reconnaît probablement sa souscription
dons l'acte célèbre du marquis qui fonde Cluny, daté de Bourges
le il septembre {)!().
Au milieu du x^ siècle, le marquis de la marche limousine
Hoson aura conmie vassal Archambaud, vicomte de Limoges - :
mais, à supposer que les noms de Guillaume et de Roubaud se
trouvent aussi à Limoges, le Limousin est bien loin de la Pro-
vence et de la Jurane. L'époque à laquelle cette coïncidence se
produit est, de plus, trop tardive.
En somme, tout invite k croire que Roubaud, père de Boson et
de Guillaume, était originaire du Maçonnais et, en tout cas, qu'il
vivait dans la dépendance du marquis d'Auvergne Guillaume,
gendre du roi Boson. Ses deux lils ont dû naître à l'époque où
vivait ce mar(|uis, c'est-à-dire de 893 à 920 : l'aîné a re^u le
même nom ([ue le fils du mar(|uiset le cadet celui du marquis lui-
même. Boubaud ne parait pasavoir été comte : son rang était donc
relativement modeste, mais il devait être uni au marquis par un
lien assez étroit qu'il est impossible de déterminer. Boson •* et
Guillaume étant nés ainsi vers 900 ou 910, la durée de leur vie
a été normale puis([u'ils sont morts tous deux vers 9t>6.
1. Pour h» siir))liis, voir M. A.Ghazaiid, Etude nur la chronologie des sirt>n
dt* BourljomX'-'XIII^ sùVlf^A), Moulins. G. Desrosiers. MDCCCLXV, iii-S
(pui)lic. do la Soc. (l'éimilalion de rAHier).
'2. H aoùl O.'iS ;r;.i//. ChriHl., l. II, Instr., col. 168-H>9 ; R. de Lasloyric,
Etude sur les ntmteH rt vicomtes de Limor/es. Paris, 1874, p. 122, n* XV;.
'.\. Parmi les charlosdc (nuny, se trouve la suivante : «ej^oin Dei nomen
Pelsonus cl uxor sua (^onstantia dono... in locuni sépulture mec ad locum
Cavariaco, 1res scxiaradas de (erra arabile... Ipse terra est sila in papo
Lucdunensi, in villa Gorpetro... S. Bosonis et uxor sua Constantia.., Data
pcr manu Vuitaldi sut) die lunis, monsi junio, régnante Hadulfo re^e. .. ».
Au dos : M Hosonis in villa (lorpelro»> JUuny^ n° 2283). Si celte acte datait,
non pas de Hndolplie III, comme le veut l'éditeur, mais de Raoul (9.12:
•f 15 janvier 9.'ir»), <»" serait bien tenté d'identiner ce Roson et sa femme
Constance avec le fils de Roubaud (pii devait devenir en 049 comte d'Arles.
On connaîtrait donc le lieu exact d'cn-ij^ine de la famille. Carariaco serait
(^liavcyriat, Ain, arr. Trévoux, cant. Chàtillon-sur-Chalaronne ? La forme
Cavaniaco donnerait Cliavagueux.
LE ROYAUME DE BOURGOPtNE-PROVENCE 215
Si Roubaud est originaire du Maçonnais, on comprend mieux
pourquoi Mayeul, en quittant la Provence devait passer tout
d*abord quelques années à Mâcon ; les relations de famille,
qui le firent s y diriger, s'étaient nouées aisément, puisque
les comtes de Provence en étaient eux-mêmes originaires.
Ces rapports entre la Provence et le Maçonnais n'ont pas dû
attendre, pour se former, l'installation en 949 des fils de Rou-
baud comme comtes. Dès 933 ^ et, par conséquent, du temps de
Hugues roi de Lombardie, on rencontre dans le pays d'Avignon
le nom de Roubaud porté par un propriétaire qui reçoit avec sa
femme, de l'archevêque d'Arles Manassès et du chapitre pri-
matial de Saint-Etienne, environ un demi-hectare de vignes entre
Laurade et 0/iano, Cette concession leur est faite en via-
ger et à mi-fruits. L'objet en est modique et les termes
du contrat sont tels qu'il y a lieu de se demander s'il concerne
des agriculteurs cultivant de leurs mains ou de riches proprié-
taires adjoignant ainsi une vigne à leur dom une *. Malgré le
1 . Arles, juin [933] : « Convenit inter vinim vencrabilem dominiim nostrum
Manasscn, sancte Arelatensis aîcclesiaî archiepiscopuin elquemilam horni-
nem nomine Rotbaldum et uxorem siiam Dominicain, una per conscnsum
et voluntalcm congregationis Sancli Slephani protomarliris... de vineas
que sunt de ratione canonicis... in pago Avennico, inler Ofiano cl Laurala,
hoc sunt modiate IIII.. dum Dens Hotbaldo et uxori suc vitam concosserit
ipsas vineas cum bono studio fodere cl propaginare studeanl et ii)suni fruc-
tum quem Deus ibi dederit usque ad Arelalem civilatem salvum venire
faciant ; medielatem unam recipiant canonici et decimum : aliam labora-
tores accipiant. Post obitum vcro illorum, ipsas vineas .. ecclesie... rever-
tantur... Facta est cunvenientia isla in Arelatc civitate publiée in inense
junio, aunoXXXIIl régnante Ludoico rege et imperatore. filio Bosoni régis.
Signum Drogo episcopus,0dolricus humilis episcopns, Raiambaldus abbas
atque ïevita. Isti et alteri XXIll firmaverunt » (Albanès, Gall. Christ,
novinnima^ Arles, n. 244). La rnodiata de vigne doit, en principe, produire un
modius de vin : le muid de Languedoc équivalait à 7 hectolitres et celui de
Dauphiné à 5 hectolitres (Fréd. Mistral, Dicl. proc- français, t. 11, p. 385).
2. Cette opinion ne se basera pas sur la qualification de qupmdnm
hominem attribuée, simplement, h Roubaud. Tous les bénéficiaires (jui ne
remplissent pas personnellement des fonctions de comte ou de vicomte
peuvent se voir appliquer celle formule un peu dédaigneuse ; elle ne
signifîe donc pas forcément que le bénéGciaire soit un simple manant.
Ainsi, l'ancêtre de la maison de Baux, Pons, mari de Blismodis, dans un
échange avec le même archevêque le 10 décembre [954 ?], se voit qualifié
216 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE
peu de relief de Tacte, deux évêques le souscrivent : ceux de
Marseille et d'Aix. Ce détail laisserait croire que Roubaud, le
concessionnaire, est un personnage plus important qu*il n'en a
Tair et, de là h Tidentifier avec le père des deux futurs comtes,
il n'y a qu'un pas. Le franchira qui voudra *. Dans ce cas, Rou-
baud, en 933, serait déjà venu se fixer de Maçonnais en Pro-
vence, et il aurait eu des propriétés près de Tarascon. 1^
femme de ce lioubaud s'appelle Dominique. Une autre Domi-
iii(|ue se rencontrera dans ce incme pays d'Avignon, l'an XLVl
du règne de Conrad -. Ce peut être une parente de la précé-
dente (jui était alors certainement morte, puisque le bail de
933 était caduc dès l'un XLII.
Rencontrant ainsi le nom de Roubaud dans les environs de
Tarascon dès 933, il est tout naturel de trouver celui de Boson
lui niissi (le alif/uem hominem {GalL noviss.^ Arles, n® 256). C'était cepen-
dant déjà un propriétaire riche. Ses enfants le i6 juin [983] seront viri
hnnornhilrH noHtrif/ue fidèles [Ibid.^ W* 283); il y a progrès, mais c'est bien
It; moins, puisque l'un deux, évètjue, est le propre prévôt d'Arles. L'opi-
nion (|uo lioubiiud pourrait être un cultivateur se baserait sur les termes
énonçant Tohli^'ition qui lui incombe de s'appliquer à bien travailler et,
par contre, lo droit qui lui appartient de garder la moitié des fruits :
medietntnn aliani lahoratores nccipiant. Le rédacteur de Pacte ne distingue
pas entre les bénéficiaires et les travailleurs du sol : il en résulte l'impres-
sion (pie le bénéticairc travaille lui-même.
1, Boson et sa femme Dominique étaient morts le 31 décembre [981 ?],
l'an XLII (lu rèj^ne : à cette date^ l'archevêque d'Arles Hier renouvelle en
e(T(îl la concession viagère de 933 en faveur d'un nouveau titulaire. Selon
les md'urs de cette époque, le lecteur s'attend à y trouver le nom du fds
de Kouhaud et de l)omini(]ue. Cette attente est déçue : le nouveau bail
est en l)lanc {(tulL /lori.ss., Arles, n<* 281). Ce nouveau bail ne peut con-
cerner personnellement un comte de Provence, cela est évident. Mais se
liftier (r(Mi conclure (juc celui de 933 ne concernait donc pas le père des
comtes serait aller trop vite. En effet, le père des comtes |>ourra il prendre
personnellement à bail un demi-hectare de vigne; les comtes, ses enfants ou
petits-enfants, peuvent se faire renouveler ce bail en blanc pour en faire
l)énéiicier un de leurs tenanciers. Cette hypothèse est même la seule qui
explicpie assez, bien la lacune du nom.
2. Avril [985?] l'an 40 : « ego Dominica... de res proprias meas... ex
conipanitione,.. in pago Avenico ubi dicitur Lanairata... » (Chantelou,
llist. <li' Mn/ifmajour, éd. du Houre, p. *ôTt),
^
LE ROYAUME DE BOURGOGNE- PROVENCE 217
porté dans le voisinage, car le nom de Boson devait être plus répan-
du que le nom de Roubaud. Boson et sa femme Folcoara, Fou-
quière, étaient propriétaires dans ce canton méridional du comté
d'Avignon dénommé le pays Roubian *, qui comprenait Laurade
et Tarascon. Le !•' mars [969?], Tan XXX, ils font un échange
avec Téglise d'Arles : les biens, que Boson donne à larchevéque
Itier, provenaient des parents de sa femme. C'étaient six champs
placés notamment à MoUières 2 et à Tarascon. En retour, Boson
reçoit de l'église d*Arles le terroir tout entier du vieux château
de Saint-Chamas, au comté d'Aix ^, Trois ans après, le 14 mai
971, les mêmes époux donnaient à Montmajour deux églises
dédiées la première à Saint-Vincent, la seconde à Saint-Julien
et à Saint-Jean^ avec les terres qui en dépendaient, dans la
vallée Ulieria ^. Le tout provenait de l'héritage de leurs parents.
1. Roubian n'est plus qu'un quartier de la commune de Tarascon. —
Voir Sain/- Vic/or, n® 170 : septembre [976].Tan 37. « in comitatu Avinionense,
i'n agro Rupiano, in terminio de villa Tarasconc, in loquo qui dicitur Vir-
las... » n® 169: 5 février 1000 : « in comitatu Avenionense, in agro Rupiano,
in terminio de Villa Laurata, in locoque dicunt Basellano. »
2. Mollières, comm. de Boulbon, au point où se joignent les communes
deBoulbon, Mezoargues, Vallabrègues et Tarascon.
3. Arles, l"mars [969], Tan XXX : « Ego, in Xpisti nomine, Boso etconjux
mca Folcoara comutamus ad ecclesiam S. Stephani sedis Arelatensis...
aliquas res que michi Bosoni ex parte conjugis mee Folcoare et ei ex pro-
jcnie parentorum suorum legibus obvenit in comitatu Avenionensi, in agro
Rubiano... in loco itaque super Marignano campum unum que consortat...
terram Saneti Nazari... In alio vero loco, campum unum ad ipsos Quatrones
et consortat... terram saneti Cesarii... In alio vero loco campum unum ad
Molleriam et consortat... terram communem. Etquartus campus in villa...
Tharascone et consortat... terram sancte Marthe, Et in alio loco... inler
Saignonem et Aurignana campum unum et consortat... terram Saneti
Genesii... In ipso loco, alium campum .. Ista omnia... trausfundimus... et
accipimus pro his... castrum vetustissimum in comitatu Aqueuse qui voca-
tur... Sanctum Amantium... » {Gall. Christ, noviss.^ Arles, n^ 271).
4. Arles, 44 mai 971, l'an 33. a ego, in Dei nomen, Boso et uxor mea
Folcoara... cedimus... Montmajore res quasdam nostri juris que nodis ex
progenie parentum nostrorum legibus obvenerunt... in comitatu Arelatense,
ÎD termine in valle Ulieria, ecclesia saneti Vincentii et ecclesia saneti
Juliani et saneti Johannis cum territorio ad easdem... pertinente... ab
oriente... ab occidente via publica supra mare, a septentrione ipso Bosone
donatore cum via publica ; a meridie et parte occidentali Thetberti terra
218 IJL PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE
Cette vallée, au comté d'Arles, se trouvait à l'est et à proxi-
mité de la mer, de Tétang de Berre ou du Rhône •. Peut-être, dès
le mois de mai iOGi], voit-on figurer les souscriptions de Boson
et de Folcoara dans un acte passé à Arles. Mais celle de Boson,
venant au i i^ rang, n'est pas immédiatement suivie de celle de
Folcoara qui (igure seulement au 21*. Les souscriptions féminines
d'Astrude et de Folcoara sont, en effet, dans cet acte rejetées au
dernier rang ^. On se demandait si le Roubaud, marié à
I)(>mini({ue et propriétaire en 933 dans le canton Roubian, ne
doit pas être identifié avec le père des comtes institués en 919.
Pour le Boson, mari de Folcoara en 968 et 971, il est bien
évident (|u'aucun doute analogue ne peut être soulevé. 11 ne
peut être identifié avec le comte d'Arles Boson, époux de Cons-
tance et mort vers 966 ; il ne peut l'être davantage avec le comte
«rAvignon Boscm, mortentre 963 et 976. Ce Boson, mari de Fol-
coara, n'était pas comte. La donation de 971 le spécifie en
termes exprès et fort clairs : les terrains qu'il cède sont bornés,
en effet, au nord par une terre que se réserve Boson, le dona-
teur et la voie publique, au midi parla terre de Thibert et d'Ar-
cliier d'une part, par la terre comtale de l'autre. Boson, le dona-
teur, n'est pas comte, puisque ses terres ne sont pas des terres
eomhiles. Les deux actes qui précèdent le montrent possédant six
champs dans le canton Roubian et deux églises dans la vallée
vi ArcluM-ii et trrra (lomitalo... Acta... in monaslerio Monte majore publiée
anno incarnai ionis doniinicc DCCICCLXXI, II idiis maii anno XXXIll
rc^'-nanto (^)ni'a(lo ivj^o Alamannoruin sivo Provincie, indictione I... (Ghan-
Irlou, ///s/, di* Muntmnjonry éd. du Roure, pp. 46-47).
(Ici acte prouve qu'alors l'ère ndoplée à Moutmajour pour le roj,mo
clait celle do 930.
1. Que le Hliône ait pu être dénommé mare, cefailest prouvé parl'ile de
Miéniar dans la comnnine do Hoquomaure.
Les pouillés du di«)cèse d'Arles menlionncnt plusieurs églises sous le
tilre de Sainl-Viniont, dont une dans Arles morne ; ils n'en mentionnent
qu'une seule portant le nom do Saint-Julien et elle était également dans
Arles, delà indiquerait (fuela vallée riirrin se trouvait dans la biinliouo de
la ville, à l'esl du Hhône, entre Arles et Moutmajour {GalL noviss.^ Arles,
n»-SrM, iVlM, \:\HH}.
2. Cliantolou, pp. 37-38
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 219
Ulieria : conclure de là qu'il possédait tout le canton Roubian,
dont rétendue vaut au moins celle de la commune actuelle de
Tarascon, et toute la vallée Ulieria^ ce ne serait pas sensé. De
nombreuses personnes se partageaient le canton Roubian en
alleux ou en (iefs : il en était forcément de même de la vallis
Ulieria, Pour le Roubian, les chartes deMontmajour et de Saint-
Victor font connaître quelques-uns de ces propriétaires * : pour la
vallée, rétendue considérable de terrain que ce vocable géogra-
phique suppose ne permet pas d'en douter. Bien entendu, ce
canton et cette vallée, comme les comtés d'Avignon et d'Arles
dont ils faisaient partie, se trouvaient sous la puissance des
comtes; mais il ne faut pas confondre les tenanciers féodaux plus
ou moins riches et nombreux, qui se partagent l'usage du sol,
avec le comte dont le domaine supérieur plane au-dessus de toutes
leurs terres 2.
Les comtes avaient cette seigneurie qui dominait le pays :
ils possédaient dans le pays directement des propriétés dis-
séminées parmi celles de leurs vassaux et parmi les alleux.
C'est ainsi qu'on verra à Arles, le 17 avril [979], le marquis
Guillaume donner à un de ses serviteurs, dans le canton Roubian
et près de la roubine des Lônes, une condamine mesurant
249 dextres de long sur 130 de large : elle contenait ainsi plus de
25 hectares 3. Les actes étaient rédigés alors en mauvais latin,
1. Arles, novembre [970], Tan XLIII : « eg^o... Vuilelmus .. in agro
Rupiano... ubi vocant Becis, condamina unaobdima... » (Chantelou, ('>(1. du
Roure, pp. 54-55).
1002... « ego...Otbertus et uxor inea Laviarda.., in terminio da villa Laii-
rata vel inRupiano ..» (/Z)tV/.,p. 72). — Arles, septembre [974]... « ej^oAran-
trudes... in agro Rupiano. in terminio de villa Tarascone, in loquo...
Virlas... de vinea culta... » (Saint-Victor^ n» 170). — Cf. nolC9.
2. 23 avril 1040 :<c ego Bertrannuscomes...cedo...aliquid de meo honore...
in rcgno Provinciœ... in comitatu Avenionense, in casho... Tarascone,
mea dominicatura,. .. in villa Laurata meam dominicalurain, in villa Cira-
visonis meam dominicaturam. . . » (Ihid., pp. 136-137).
3. Le dextre carré valait en ares à Arles : 0,2619, à Marseille 0,1424, à
iMaussane 0,1368, à Saint- Rémy, Graveson et Chàleaurenard 0,0876. Celte
superficie équivalait pour Arles à 6 cannes carrées 1/4, pour Marseille à un
220 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE
mais avec beaucoup de précision. Le rédacteur de celui-ci déclare
nettement qu'il s'agit d'une propriété du comte, proprietas : ce n'est
donc pas une seigneurie, dominicatura ^ C'est ainsi encore
qu'on verra, en août 1002, la comtesse Alix donner à Mont-
majour, dans la vallée Ollieria et, plus précisément, au lieu dit
Scuarias de celte vallée, ce que le chevalier Otbert y tenait : les
termes de cet acte montrent que la comtesse donne à l'abbaye
non pas la terre elle-même, mais la seigneurie du fief possédé
par le chevalier en question - ; de plus, elle ne fait pas ce don
directement à l'abbaye, mais aux églises Saint-Julien et Saint-
Vincent qui, placées dans cette vallée, étaient unies à Tabbaye
depuis 971.
Boson et Fouquière abandonnèrent donc en 968 à l'église
d'Arles six champs disséminés dans le canton Roubian, notam-
carré do 15 pans, Pour Maussanc à 1/8 de civadicr, pour Saînt-Rcmy,
Gravcson et ChAleaurenard à 1/100 d'éminéc (Tableau de comparaison
entre l<»s mesures anciennes et celles qui les remplacent dans le nouveau
système mélri(|uo, avec leurs explications et leur usage pour le départe-
mentdes Bouches-du-Rhône, publiées par ordre du Ministre de rinlérieur.
Marseille, imprimerie du Commerce de Corentin Camaud, an X, p. 13).
I/indication de ces chifTres précis est due à la cordiale obligeance de
M. .1. Kournier archiviste-adjoint des Bouches-du-Rhône.
1. Arles, 17 avril [979] Tan 42 : « ego... Vuilelmus...cedo... tibi aliquid de
[>ro[)rietatem meam, qui mihi legibus obvenit, in comitatu Aviuioncnse,
in a^^ro Hupiano, in loco que nominanta la lona.., condamina I, qui habet
perlongo dcxlros de ambos latus CCXLVIIII et, inqueque frontes, dexlros
CXXX. Consorles : de uno latus, lona aquarum ; de alio latus et uno
fronte, terra vicinabile ; de alio vero fronte, terra sancti Pétri etVuilelmo...
{(Jart. Saint'Victor, n" 1042). La roubine des lônes, lagunarum, dans la
commune actuelle de Tarascon, descend le long de la Montagnette, de
Hognonassur Tarascon en passant par Gravcson.
2. août [1001 ?] : « Sacrosancte Dei ecclesiae, quae constructaesse vide-
tur in honore béate... Marie, sanctique Pétri... et sancti Vincenti et sancti
Juliani, in loco... Monsmajor, ego... Adalax... donamus in terminiisde val-
libus que nominalur Ollieria quantum ibi Otbcrtus miles tenet. Habet
ipsa terra consorles, videlicet terras que... vocantur Scuarias, et etiam ter-
ras vicinabiles... ))(Chanlelou, éd. du Roure, pp. 70-71.)
septembre 1002 : uego... Otbertus et uxor... Laviarda donamus...
progenie parenlum meorum legibus obvenit... in comitatu Arelatensi ad
arces piscatorias... »(//>*(/., p. 72.)
Le hOtAUMÊ DE BOtRGOGNE-PRÔVENCE 22l
ment à Mollières et à Tarascon ; ils donnèrent en 971 à Mont-
majour deux églises placées dans la vallée Ulieria.
D'autre part, en 979, le marquis Guillaume cède une conda-
mine placée dans le canton Roubian, auxLônes; en 1001, la
comtesse Alix cède elle-même sa seigneurie sur les biens
possédés par le chevalier Otbert dans la vallée Ulieria et au lieu
dit Scuarias,
La lecture des textes suffit pour montrer 5 Tévidence que les
six champs de 968, à Mollières et à Tarascon, ne peuvent être
confondus avec lacondamine de 979 aux Lônes. Cette simple lecture
prouve aussi que la mense immobilière existant en 971 des deux
églises Saint- Vincent et Saint-Julien ne pouvait alors comprendre
le domaine du chevalier Otbert^ au lieu dit Scuarias, puisque ce
domaine vint en augmenter la consistance en 1001 seulement.
Certes, les biens donnés en 968 existent dans le canton
Roubian comme ceux donnés en 979; ceux donnés en 971
existent dans la vallée Ulieria comme ceux donnés en 1001 :
ces immeubles sont rapprochés les uns des autres, mais ce
voisinage dans la même région est le seul rapport qu'ils aient
visiblement entre eux. Tirer de ce voisinage relatif la conclu-
sion que le donateur de 979 est l'ayant droit, qui mieux est, le
fils des donateurs de 968, en tirer la conclusion analogue que la
donatrice de 1001 est la belle-fille des donateurs de 971, cela
revient à dire que le voisinage suppose la parenté. Le proprié-
taire du 52 de la rue de Rivoli en 1901 serait, sûrement le fils
ou le gendre de celui qui possédait le 47 en 1871 *.
4. « Par ces chartes, Bosonet Folcoarc donnent à Montmajoiir des biens
« patrimoniaux sis, les uns inagro RubianOy dans le comté d'Avignon, et
« les autres in valle Ulierie, dans le comté d'Arles.
« Or, Tan 42 du rt^gne de Conrad, le comte Guillaume mari d'Adélaïde
« donne à Hugues Blsive (Car t. Saint- Victor y n^ iOi'Z) une partie de ses biens
« propres, sise in agro Huhiano et, Tan 1001. Adélaïde et son fils Guil-
«< laume donnentàMontmajour. pour le repos de l'àmede leurs parents, un
« bien sis in valle Olieria, Le comte Guillaume et sa femme Adélaïde pos-
« sédaient donc les biens patrimoniaux de Boson et Folcoare. Or, com-
« ment et pourquoi auraient-ils possédé ces biens, s'ils n'avaient été les
222 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll* SIÈCLE
IV
Guillaume j comte de Provence et premier marquis
(970-994)
§ 1 . — Guillaume comte de Provence
(970-979)
Après avoir ainsi fait entrevoir quelle fut l'origine probable du
père des deux comtes installés en 919 dans Arles et dans Avignon,
après avoir montré le nom de Roubaud porté en Provence dès
9*{H, après avoir montré celui de Boson porté lui-même en 968
et 971 par un propriétaire voisin des propriétés comtales, il
importe de poursuivre l'histoire des comtes, à partir du moment
où, le comte d'Avignon Hoson, fils de Guillaume, venant à dis-
paraître, seuls demeurent les deux fils du comte d'Arles Boson
et de Constance, c'est-à-dire Roubaud et Guillaume. Le dernier
acte rédigé du vivant de ce comte d'Arles au mois de mars 963
avait permis de dire que Roubaud était, sans doute, l'ainédes deux.
Roubaud est, en effet, le seul de ses deux fils dont le comte
« luM'iliiMs ilo Hosonel Folcoaro, s'il n\v avait eu enti'oeux, par conséquent,
M h» litMi (lo la i>aronlé, de la filiation ? » (Louis HIancard, De rexisience
.'ï/mf///."i/j*v </♦• (iiiill'uim(\ mari tFArsirulr^ ci GuilUiime, mari (TAdrlaîdey
coinirn */«• Prorrnct* nu A'*' sidcle, lirnjfe î\ pari, pp. 7-8}.
Cola ivvionl M<»n à assuror i\uv l*> propriétaire du 52 est, cela va de
soi, lilsdocolui tpii possédait le 47 trtMite ans avant ; mais, chose plus
jjravo, r'ost oonfomlro K» ,'»2 avoo lo t7. Ces doux maisons sont toutes deux
dans la ruo d«» Hivoli, mais ce sont cependant deux maisons bien dis-
tinctes. Il faut oncoro moins confondre Mollières et Tarascon avec les
I.oncs, tpioiquo ces localités soient dans le canton Roubian, toutes trois.
Autre erreur : il semblerait que d'après la charte n«> 1042 de Saint-Vic-
tor. V' le eonite Cîuillaume*' était «^ mari dWdélaïde »>. Cet acte cepimdant
n en sonlTIe mol dans son dispi^sitif. Quant aux souscriptions elles i)ortent:
.. Sivrunm Vuilelinu^i, qui banc cartula scribere cl firmare rogavi, manu sua
lirma. Signum Ai^inda comitissa firmavil. >»
LE ROTAL'ME DE BOURGOGNE-PROVENCE 223
d'Arles requière l'avis favorable, après celui de son frère le comte
d'Avignon. Si cette approbation du plaid résultait seulement de
la souscription de Roubaud, le fait serait moins probant. A cette
époque, il était fréquent de voir confirmer un titre déjà existant,
ptâr la simple apposition, au bas de ce titre plus ou moins ancien,
des souscriptions nouvelles destinées à le valider. Dans ce cas, il
il est évident que le dispositif de l'acte au moment où on le
rédige ne put annoncer les souscriptions que les possesseurs
futurs de cet acte jugeront bon dans l'avenir d\y faire adjoindre
pour le maintien de leurs droits. Quand l'historien n'a pas sous
lesyeux le titre original, il ne peut déterminerpalcographiquement
si toutes les souscriptions de ce titre ont bien été apposées lors de
la rédaction primitive du texte. Il ne garde à sa disposition que
les procédés de critique, indépendants des apparences paléogra-
phiquesque l'original est seul à pouvoir lui fournir, et, forcément,
il peut toujours supposer que, parmi les souscriptions, il s'en
trouve d'ajoutées après coup. La preuve que les souscriptions
datent de la rédaction de l'acte ou cju'elles sont postérieures
résultera de divers indices, suivant qu'elles sont annoncées ou
non par le dispositif, suivant qu'elles forment un ou plusieurs
groupes distincts, suivant que la coexistence de ces groupes à l 'ins-
tant de la rédaction est probable ou non, suivant que deux des
souscriptions annoncent la même fonction qu'une seule personne
peut remplir à la fois dans la même localité, de sorte que la pre-
mière d'entre elles empêche l'existence de la seconde au même
moment. Le critique doit relever, en cas de besoin, tous ces
indices et en établir la concordance ou la discordance, afin d'éta-
blirson opinion, d'une manière sérieuse et ri»flcchio,sur le fait de
savoir si les souscriptions d'un acte de cette époque datent du
moment de sa rédaction ou lui sont, en partie, postérieures.
En ce qui concerne le plaid comtal de 9G5, on constate que ce
document porte quatorze souscriptions : celle du comte d'Arles
de qui émane le document, celle du juge arlésien Lambert qui
Tassiste, celle du comte d'Avignon qui l'approuve sont placées
en tète du groupe. Suivent celles d'un second juge, Ray-
22i LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE
nouard, du vicomte Pons et de neuf autres conseillers ou notables
arlésiens. Le groupe s'ordonne donc par rangs hiérarchiques ^ Si
Ton rapproche de ce groupe de souscriptions le dispositif, on y
trouve annoncées comme étant présentes au plaid les quatorze
personnes dont les souscriptions sont notées après la date. Il est
donc certain que le groupe des quatorze souscriptions date bien
de la rédaction de Tacte. Le dispositif annonce même davan-
tage (l'assistants cju'il n'y a eu de souscriptions : les notables Gui-
bert, Tassilon, David, Amalric, Pons et Jossaud, soit six sur
quinze présents, ne souscrivent pas. Ce sont les 6^, 9®, 10*, 11*
12'' et 1 1** de la liste d'ensemble des simples conseillers annoncée
par le dispositif. De plus, Tacte annonce le consentement de
Uoubaud, (ils du comte d'Arles, et la souscription de ce person-
nage consulté ne figure pas dans le groupe qui suit la date. On
ne peut s'en montrer surpris, puisque six conseillers notables
s'abstiennent également de le faire 2. Cette mention de Roubaud
dans le texte lui-même établit la certitude : on y voit que, du
vivant de son père, il ne portait pas encore le titre de comte et,
si son père le consulte, c'est qu'il est son fils aîné.
1. Le juge Lambert précède le comte Guillaume : c'est que celui-ci
intervient soultMnonl i)our confirmer le jugement rendu par le comte
(l'Arh'S assisté du j"fc<^'-
2. « in conspeclu Bosoni comitis, filii Rothboldi quondam atque in pre-
siMilia onniiuni virorum Arelatensium judicum(|ue ne principum, sciliccl
omnibus liis noniinibus : Haynoardo judice Lnmberto judicc, Pontio vice-
coinilis, Arlulfo, Hostaj;;no, Archiniborlo,Bonefacio, Rajamberto, Widberlo,
lnj,'<'linaro, WichtManno, Tassilone, David, Amalrico, Pontio, Widone,
Walcbaudo, Ilildoardo... Placuit itaque... comiti excellentissimi hanc
nolitiam dininitionis conscribi facere, conscntientc ejus filio Rothboldo et
fralrc oju» Wilohno comité, omnibusquc consiliantibus Arelatensium
principibuR
K^o iy;ilur cornes Doso banc notitiam conccssionis scribi et manu mea
roborare eu ravi.
Lamberhis judex firmavil. Comes Wilelmus firmavit. Raynoardus
finnaviL Ponlius firmavit. Bonefacius firmavit. Rostagnus firmavit. Wiche-
rannns lirmavil. Uaymberlus firmavit. llildoardus firmavit. Arlulfus firmavit.
lnp<»h'a(lus firmavil. Arcbimberlus firmavit. Wido firmavit » {Cart, de
Sainl- Victor, n» 29).
LE llOYAUMB DE BOCRGOGT^-PBOVENCE 22?)
La preuve, que le comte d'Arles Boson a eu de sa femme Cons-
tance deux fils nommés Roubaud et Guillaume, est fournie posi-
tivement parla donation à Montmajour de biens situés à Ansouis,
dans la partie du pays d'Aix qualifiée de supérieure parce qu'elle
s'étendait dans la région montagneuse au delà de la Durance ' . Otte
donation est datée d'Arles au mois de mai [963] Tan XXI V**.
On est surpris de voir Guillaume y figurer comme Roubaud,
alors qu*en 963, deux ans pi us tard, celui-ci sera seul appelé à four-
nir son consentement ; on est surpris encore davantage de les voir
tous deux porter le titre de comte à côté de leur père , qua nd deux ans
plus tard Roubaud ne le recevra pas encore. Ces anomalies n'ont
qu*une explication possible : il faut reconnaître que les souscriptions
des deux fils de Boson ont été apposées à l'acte pour le confirmer,
de leur autorité, après 96'). c'est-à-dire après la mort de leur père.
II doit en être de même pour la souscription de Pons des Baux,
le jeune, qui suit la leur. D'abord, elle est placée, vn dehors des
règles hiérarchiques, avant celle des deux juges Bérangèr et ^\'ar-
hidus. Puis, ce Pons III le jeune, fils d'Ison, appartient à la généra-
tion qui disparut vers 1030 : son oncle Pons II l'ancien est conim
de 966 à 990, son grand-père Pons I vivait encore en 95t. En
962, si Pons III le jeune était déjà né, il était encore tout enfant
et l'insertion de sa souscription avant celle des juges n'est pas
rationnelle. Par conséquent, les souscriptions de Guillaume, de
Koubaud et de Pons ont dû être apposées après 91)5 pour con-
\. Arles, mai [063], Tan XXIV : (« E{j:o Genciuset iixornuM Aiburf^îi... pro
seniore mco Bosone et uxor sua quondam... in paj^o AcjuonsL' suprriort* ad
c<istruin... Ansoyse. SignuiiiGencius (»l uxor sua Ayl)ur{3^a (|ui liane cliarlam
scribere et finnare r<>pavorunt,nianus illonini firnia.Boso conK-scl uxor sua
Coiistantia firmaverunt. Illoruni /ilii nimi/ilt^r Wiltehntis vunn's^ I{<tih:tliIuH
cornes. Pontius juvenis fmnavit. Bcrrn^Mrius judcx firniavit. \\'arl)idus
judex. Hostagiius firmavit. Lambertus fiiinavit. It:tinaldus tirinavit. Vibal-
dus firmavit. Item Boso firmavit. In<;ilrannus lirma\it. \W\i\ In^nlr:innu^
firmavit. NVilfredus firmavit. Dodo limiavil. Anno voluil t.'l const'usii et
firmavit. Astrus firmavit. Kulcoara firmavit. Kulcardus, impcr.inU.' Odilont*
rogatus scripsit »» (Chaiitelou, Hi»t. </#» Monltnnji)iu\ éd. du Hourc,
pp. 37-38). — Le donateur et sa fonimt' souscrivant Itvs ])r(Mni('rs. Puis.
par oixirc hiérarchique, le ceinte, les jujçes, hîs vassaux et simples témoins
finalement deux femmes. C'est le scribe qui clôt le groupe.
Mém, et doc. de CÉcole des Chartes. — VII. 15
226 LA PIU»VKNT.E Dr PRKMIKR Al' XI 1^ SIECLE
lirnuT Kl donation d'Ansouis. Los deux (ils du comte d'Arles
se ivlroiivent ensemble au mois d'avril !*J72?], Tan 33, à Arles,
le i" avril \)H\ à Avignon, le 2i novembre [979?!, entre 977 et 985
comme maîtres indivis et seigneurs d'une terre fiscale au comté
d'Arles, le l'' mars !KS2 à Carpentras, le 6 mars [990i i\ Arles,
en 992 éj^alement à Arles, le 28 août vers 990, le 29 août 993
1. Ail«*s, .iMÎl l»7*J], ;iM XXXllI :- Kj^o.iii Dei nomino, Wilolmiis, oimius
Pr()\iii<Mr cl coiijux iiu'îi Arsiiiiiîi*... iiliipiid dv proprit'latr iiiea... in coiiii-
taiu l-'nrojulitMisr... in ctunitntu Sislerico... Sijjiiuin domnus Wilrlmiiî»
(*()innu's et lixor sua Arsiiina... Si^iiuiii doiniuis liotitaliUis coninirs vohiit
cl consiMisil el tirinavit... >» (^Vi/7. ile »Sa//i/- V7<-/or, i\<* ,%yS'. — Axi^non,
!"■ avril U7(» : .i Lan<lricus j^^racia Dei episcopiis... Si^niiin Viialcliaiidus
sanete ('('clrsie ()al>ilicensis episeopus tirinavi manu propria. Silvesler epis-
eopus tirinaxil. (Miilelinus eoines liriiiavit. liothaldus eomes firinavit.
Si«:mim Laiulrici presulis ipii haiic cartain lieri jussil... nerimindiis vier-
coinis f. KMeluThis f. Adaleliiuis f. Leulfrediis presens fuit. Hitlfrethis f.
IsiianUis pieseiis fuiL Ilein Isnardus. Viiornvriuit hurnilis episropus Ai't'n-
niont'usis. huramlu*i j>resl)iler scripsit. »> iVaueluse G., chap. mélr. 27,
1" '2it). \.o^ eoiiilessi;^ueut a[)rèsles évèques : cepondanl révè<pie «ionaleur
ne son^c rit liii-nièine «praprêseux. Suit h' «groupe hiérarclii(pie du vieonile,
d«'s juj^M's et des Itunoins. La sDuscripliou de (iaruier, sucee>sour du <!ona-
hMir, a évidemment été inlerealée, dans l'espace resté libre entre les
siniph's témoins et le serihe, pour eonlirnuM* l'acte après la mort de Landry.
-- 2MM»vend)re '.•7*.>? . lan Xl^ : «• ...Hoilhaldus cornes et Guillelmus frattT
nHMi»^.. <l«>namus... ISidmodiensi... de alodem... [in page Acpi^ense, in villa...
! Ver;^'eri(» ...«'eelfsia^ ^aneta* Maria* cuni ciniilerio vol mcdietatem de déci-
mas... Si^num nodl»all>us eomes... Sijrnuni (luillelmus. S. Aldebertus. S.
Honililio. S. Amico. S. Poneio ». Areh. du (ianl:!!. itXî, ff. 21 v«-22 r«> . —
— (!;irpentras. 1*'' mars 0S2 : «« cum consilio et voluntate... hujus
Pmxinli.i' prin(i|»i*i necnc frai ris ejus liolhholdi comitis... •> \<iiiU. (Ihrhl.^
t. 1, in^lr., |). liS'. — j077-98!'»| : c. ejro l^nuhertus et uxonnea Walhnrfjris...
d(Mi.-tmns... alitpiid de iisco tpiod teiuMuns pro seniore nostro (iiiillelmo
eoinite el fVatri' suo liothaldo, palu lesvideliceL . Sifjfnuin domini Guillelmi
<•omili'^... S. l{()ll)aldi, comitis. S. .\rsennis comitisse... u (Chantelou, pp. Vl^-
!)(» . Arli's, ♦'» mars p.>ÎM> ?|. ind. W : .« ... anle presentiam domini Willelmi
Provincir cninilis... ci\ ilas Korojuliensis... i<^itur nunc, inclyte cornes, tihi
fsl :i Dciminc» I\umiH;is e(»ncesj,a ut e\peller«»s .\«,Mrenos a pristinis finibus...
priiHTps iMiU'^iliiim a<l suam c()nju;;em vel ad judices suos AldeluM-luni
al<|iir.id Ad<'I«'lmium neen«>n el ad celeros fidèles suos... (piesivil... Sijrimm
Willrlmi <<»milis et uxoris sue Adalays... !{olbaldus cornes voluil et con-
cessit et manu pnipria lirmavit... »> (^Jiantelou, UUt.de Montmujoui\
é<l.du Houre, pp. «jO-iiS . — Arles, t)02 : «« dominas princeps et marchio
islius Proviuj'ia' bona* indolis Willelmus, conju^^e sua Adalaix et filio suo
nominu Willelmo. . adslantc donino Aunone urchiepiscopo... Rotbaldus
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 227
peut-être îi Arles. Chose remarquable, dans tous ces actes
postérieurs à la mort Je leur père, c'est la souscription de Guil-
laume qui précède, à deux exceptions près, celle de son frère aîné
Houbaud. Il faudrait en connaître la niison. I/acte deîlTI , relatif
h des biens situés dans les comtés de Fréjus et de Sisteron, est une
donation qui émane de Guillaume lui-même : il est donc naturel
que le donateur souscrive le premier. Son frère aîné Roubaud
n'intervient que pour la confirmer. I/actedt* î)7(iémane de 1 evêipie
d'Avignon : il est souscrit par lesévétpies de (]îivaillon. d*Aix,les
deux comtes et le donateur. L'acte de î)82 émane de Tévêque de
Carpentras, qui déclare aj^ir du conseil et de la volonté des deux
frères : les expressions employées par lui sont à noter. Il voit
en Guillaume, qu'il nomme le premier, le « prince de celte pro-
vince » et, en Houbaud, simplement un comte. L'esprit se
reporte au protocole des actes privés de cette époque ({ui
voyait en Conrad, assez fréquemment, non pas le roi de Pro-
vence, mais le roi « des Provences ». Une de ces « Provences »,
sinon toutes, évidemment, obéissait à Guillaume. Kniin, l'acte de
990 mentionne des faits (|ui se passent successivement «i
Mano-sque, dans le comté de Sisteron et à Arles. II est relatif à
Fréjus et il émane directement de Guillaume : comme en 072, on
ne peut donc être surpris de voir l'auteur de l'acte souscrire le
cornes voluit at((iie firmavit. Stophaims opiscopus... Poulius cpiscopus fir-
mavit. Alius Ponlins archicpiscropus finn.ivil. rdolricus firrnaxil cpisco-
pus... »> (Bouche, l. II, p. 1-7). — 28 aoùl vcrslMJOj : y oj,n> Willclinns indi-
tus coines... in pago Hcjjensc, in aj»;ro Variaccnsc, hoc est villa... Valcii-
ciola... aut de lisco, aut de alodc... de illa niea niediclalc... I^)dhaldi:s
comes firmavil. Adahiix comilissa iirmavit. Wilelnius coincs liiinavil, et
iiliusejus Wilelmus firmavil u \(Uunij^ n" i8in). — '1\) aoùl 91)3| : <■ v^o
Guillelmus cornes et uxor niea Adalaiz et ^^erinanus nicus Hotlh.ddus el
filius meus Guillelmus... donanuis... ecch^siam.. S. (.io>nja' cl S. l);iniia:ii
et alia... Sanclin Mîiria.»... in lerrilorio civilalis Maj^aloncnsis, in sul>uil)io
castri Substantionensis... de villa (^aldisianicas... S. (iuilIcliniiN conu's (>t
uxor mea Adalaiz et fraler meus Holhaldus et filius meus Wilelmus... »>
(Arch. du Gard : II. iOr>. (Inrl. de Psalmoili/^ f" i">;. Louis V cI;miL mort h»
22 mai 987, Hugues Capel fut élu le i'''juin Uiclicr, lih. IHI, cap. ."» et 12)
Psalmody, entre le vieux Vistre <'t le Vidourle, comm. Sainl-Laurcnt
dWigouze, Gard, arr.Nimes, canton Aigues-Mortes; Candillargues, Hérault,
<Minton Mauguio, arr. Montpellier.
228 LA PROVKNCE DU PREMIER AU Xll*^ SIÈCLE
prcMîiiorotde voir son frère UoubaudRgurer seulement au second
raii»^ pourle confirmer. En résumé, deux constatations s'imposent.
D'abord, les actes où paraissent ensemble les deux frères, avec
(iuillaume au premier rang, concernent le comté d'Arles, la
parlio du comté dWix placée sur la rive droite de la Durance,
les comtés de Fréjus, de Sisteron, d'Avignon, de Carpentras.
(a'ux ijue Houbaud souscrit le premier sont relatifs à liiez et à
Aix. Deux actes ont été rédigés k Arles (976 et 990), comme
l'avaient été auparavant tous ceux émanés de leur père ; deux
autres ont été rédigés à Avignon et à Carpentras. Un seul con-
vcvnv le domaine fiscal au comté d'Arles. 11 semble ressortir
clairement de laque Guillaume, après la mort de son père Boson
comte d'Arles et de son cousin germain Boson comte d'Avignon,
laissa le comté d'Arles à son frère aîné Roubaud, en prenant pour
lui le comté d'Avignon, c'est-à-dire la région comprenant les
cilés d'Avignon, (larpentras, Cavaillon, Aix sur la rive droite,
Sisteron, et (|u*il y joignit sans doute Fréjus sur la rive gauche.
Dans les actes qui concernaient ces cités, la souscription de
(iuillaume dès ÎI72 passait la première : mais il lui fallait tou-
jours l'approbation de son frère aîné Uoubaud. La Provence res-
tait indivise entre eux deux : ils s'en partageaient la jouissance.
Ce cantonnement de Guillaume sur la rive droite, que l'on croit
entrevoir, explique seul, d'ailleurs, pourquoi il y choisira le lieu
de sa sépulture, au lieu de se faire enterrer dans Arles. Si ce can-
tonnement était admis, on devrait observer que les actes, émanés
de l'aîné Uoubaud personnellement, sont surtout relatifs à Arles :
fail r(Mnan|iiable, il n'en existe point qui soient antérieurs à la
mort (Ir (iuillaume. (^e silence paraît prouver que la personnalité
de l'aîné était abolument eifacée. Après avoir constaté que
prestpic tous les actes concernent la rive droite, il faut constater
en second litni un fait absolument certain. Toute l'initiative
appartient au cadet, non seulement sur la rive droite, mais
i'ncore sur la rive gauche de la Durance. L'acte relatif aux marais
de Monlmajour est sans réplique. Cet effacement de Roubaud
est vraiment extraordinaire, puisqu'il n'a pas fait la moindre
donation à Montmajour de son propre mouvement.
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 229
Après avoir parlé des actes où les deux frères paraissent
ensemble, il faut passer en revue ceux, plus nombreux, qui
émanent seulement de Guillaume ou qui le concernent ; on en
compte au moins seize *. Sur ce nombre, cinq ont élé passés à
1. Arles, 20 août [970?], l'an XXXI : u antedomnoWillcmmo, inhislrissimo
comité ot aille vassos dominicos, tain ronianos ([uam salicos, unà ciim plu-
rimariim personarum divorsis le^ihiis viventihus... in comilaln A(jiumiso...
de villa Stavello... cornes prefaliis et judex Ben^np^arivis judicaverunl... »»
(Cari, de Saint-Victor^ n*'2y0). Les souscriptions de ce plaid onl disparu.
Arles, mai [072 ?J, l'an XXXIIl : «...Hicterius sancle sedis Arelalcnsis
venembilis archimandrita favenfe viro illuslrissimo (niillelnio comité ..
abbatiam Sancti Vincentii Sanclique Ferreoli... nuncupatam Nionis, que
est in comitatu Vasionensi, lerrilorio Provincie Slaluenles... nulli,
licere... magne j)arveque persone tam duxsive mardiiosive etiam cujusque
dignilatis sit preditus homo Signum archiepiscopus lliclerius... Signuin
Guillelmus cornes firmavil. Airardo episcopo finnavit. Garnerius ahha... »
(Bibliotb. d'Arles, ms. 108, n^ 44 ; tiré des Arch. de Saiiit-('ésaire).
Arles, 17 août 977, l'an XXXVIII : « Ego... Teucinda... cedo... insulam...
Monte majore... in comitatu Arelatense... Signum Tcuciiide... Hiculfusepis-
copus volait et consensit. Vuillelmus comes finnavit. Lanbertus f. Poncius
firmavil... Archinricus levila at(jue indignus monaclius scripsil » (C.lian-
telou, pp. 52, 53). (^etle charte [)rouve que le moine Archinric de Monl-
majour prenait alors Tère à Oi-O.
Marseille, mercredi 31 octobre [977] : <( ego... Ilonoralus episcopus...
in comitatu Massiliense... incomitatu Aqueuse... in comitatu Senescience...
in comitatu Forojuliense... in comitatu Ucetico... Signum domni Ilonorati...
Domnus Guillelmus comeslirmavit » (Car/. .Sflt/i/-r£r/or, n" 23). La sous-
cription du comte figure la dernière, après celles du donateur, des simples
témoins et de la famille vicomtale. 11 est donc certain ipril n'était pas pré-
sent à la rédaction de l'acte et qu'on l'a prié ensuite de la confirmer.
ÏJi mercredi tombe le 31 octobre en 900, 977, 983 et 988. L'acte est pro-
liablcmcnt postérieur au mois de mais 90.'), date à lacpielle Guillaume
u*était pas encore comte; il est antérieur à la date du 0 mars, l'an XL de
Conrad, où parait, comme évèque de Marseille, Pons, neveu et successeur
d'Honorat [Saint -Victor, n° 72). Pour déterminer la date complète de ce
(lies adquem^ il faut observer que l'ère a pu être prise, au plus tôt en 937 et
au plus lard en 942; par conséipient, il s'agil d'un 0 mars flottant entre»
976 et 981. Les dates de 983 et 988 sont éliminées pour le mercredi
31 octobre : il restecomme possibles les années 900 et 977. Il y a lieu main-
tenant d'observer que l'acte du G mars [970-981] donne les souscriptions
de six témoins : Déodat, Marin, Domini(pu^, Thierry, Nizier et Autard.
Cinq de ces témoins sur six se retrouvent parmi b^s six témoins assistant
le 31 octobre à Pacte d'IIonorat, à la suite de révêcjue de Fréjus, «le la
famille vicomtale et du comte. C'est une très grande probabilité que les
230 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
Arles, trois à Avij^non, un h Marseille, un à Apt, un à Manosque
et c'in(| dans (les loc'iilités iiuléterininées :soit, six actes dressés sur
<l*Mi\ ados (ïii 31 oclohn» et du G mars ont été passt's à des dates mp-
prochérs. U» pn'init»r à la lin du pontificat (rilonorat, le second au début
de celui de son successeur. La date de %6 est donc écartée et il reste le
mercredi, 31 octobre '977 : p(mr le second acte, reste possible le 0 mars
!/.>78-l»«l avec probabilité pour 1)78 ou 979.
Avi^nion. 12 mai 979, ind. 7 : «< ... cum consilio senioris mci Chuonradi
re^is atcpie incliti marchionis Wilelmi... Si^num Vualcaudi episcopi...
Dodo tirmavit Hicardus firmavit... Durandus presbiter Sipuum
Silveslri archiepisco(>i Afjuensis ecclesia». Sipium Vuarnt^rii Avenionis
ecclesiav Sijjnum Vuilelmi comitis Saint-Victor, n® 1043». Le groupe
final des deux évè<pies et <lu comte paraît former une confirmation posté-
rieure à la rédaction de l'acte, l/acte concerne le pays de Cavaillon.
Arles, 17 avril '981?], fan 42... <« ej^o, in Dei nomen, Vuilelmus, marchius
Arelalense Provintie... cedo... alitjuid de proprietatem meam... in comitatu
Avinionenst», in aj^ro Hupiano... Signum Vuilelmus... Signum Arsinda
coniitissa firmavit. Si<^num Kidebertus et Vuarbitlus et Bonlilius judices...
Si;;iuim Bonlilius vicarius lirmavit.... Aimericus presbiler rogitusscripsit »>
[Saint-Victor, n" I0*2i.
juin 9S||, l'an 42 : " NVillelmus comes et conjux mea Arsindis... cedi-
mus... in re};no Provincie, in pago Aquensi, villam... Pertusum... que
miebi ex donatione Ingilranni Cavallicensis episcopi et fratris sui Novi-
loii^i ie^nbus obvenit... Signum NVillelmi inclytus comes et uxor sua Arsin-
<lis... Archinricus monacbus... mandante Willelmo comité scripsit •>
{(^lïantelou, p|). r»r»-;»7'. La date est lixée par Pacte précédent du 10 août
977 émané du menu» scribe.
Avij^non, 0 mai 9S2, ind. 10* : <« ego Warnerins Avenionensis ecclesi;e
episcopus... in agro Krelensi... S. Warnerii humilis episcopi... S. War-
nerii, Durandi el aliorum canonicorum. S. Theodorici episcopi Vasionensis,
Willelniiis voluit, consenliit et lirmavit. Eldeberlus, Adalelmus, Lam-
bert us Dodonus. Hugo presbyter firmavit » (Deloche, Suint-Iiemy de
Provence, pp. ;ir)-(>0'. La souscription comtale, suivie de celle des juges,
a pu être a[)|)osée après coup.
Manos(pie, mercredi 2 janvier ^98t., l'an 4i : « in placito générale... in
presenliaGuilelmo comité el lleldeberlo judice et Garbido judice... »«(^'aiVi/-
Victor^ n" irô'k . 11 s'agit d'un jugement entre révé<|ue de Marseille et celuide
Sisteron : le groupe des souscri|)tions est incomplet. Le mercredi 2 janvier
tombe en 9(J7, 978, 984-, 989; d'autre part, l'ère ayant pu être prise de 937 à
942, la date de l'an 4V Hotte entre le 2 janvier [980, et le 2 janvier [985^ :
c'est donc le mercredi 2 janvier [981^ dont il s'agit et Père était prise, dans
cet acte, en 9U.
Avignon 98rt. ind. 1 1'' : « ego Vuillelmus comes, inclitus marcliio, et uxor
mea Adalaix comilissa donamus .. in comitatu Avenionense, laeum BuU
bonum et brachium Mairanicaruin... Signum Vuillelini incliti marchionis el
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 231
la rive gauche et cinq sur la rive droite. C'est la même propor-
tion que celle déjà observée pour les neuf actes où paraissent les deux
frères, puisqu'il en est trois qui sont datés d'Arles, und'Avignon,
un de Garpentras et deux d'une localité inconnue. Les actes, où
Guillaume paraît seul, sont deux fois plus nombreux queceuxoù
figure l'approbation de son frère. Observant quels sont les comtés
intéressés par ces seize actes sur lesquels porte Texamen actuel, on
voit nommer Avignon trois fois, Aix quatre fois, dont une à propos
de Pertuis sur la rive droite, Arles deux fois, Fréjus deux fois,
Apt deux fois, Vaison une fois, Cavaillon une fois, Marseille une
fois, Senez une fois, Riez une fois et Sisteron une fois. La pré-
pondérance d'Avignon et d'Aix est intéressante ; elle est
souvent fournie par des titres qui concernent Saint-Victor ou
uxoris su.Tp Adalaix comitissîc... » (nuffi, Dissrrialiofis hisloz-iques^ i712,
p. 16; d'après le Carf. de Sa i ni- And ré d'Avignon, p. 3'f).
989, ind. l'« : «antepresenliam domni Annonissancte Arelatcnsiseoclosio
archiprosulis...sul)luscaslrus...Fossas, secusmaro... Sifi^num doiniii Annonis
archiepiscopi... Willelmiis coinos firmavil. Ymbcrtus proposilus f. Ponciiis
Massilicnsiftcpiscopus f. Riculfusepiscopiis (irmavit » (Alhanès, (rull. (Ihrisl.
noviss.^ Arles, n° 291}.
Arles, mai [988?|,ran V9 : « eg^o... Silvoster donc... per romedium anime
mec... et per remedium anime Vuillelmi Provmtie marchioni... Lonicus,
incomitatu Forojulicnsi... » (Chanlelou, pp. r)7-r»8). La date llotto entre
985 cl 990, avec probabilité plus jj^randc pour 9hi0, si l'ère est |)rise h 940.
Arles, juin [989], Tan 49 : « ...inter domno Vuillelmo comité et uxor sua
Adalax apud... Aicardo... do villa... Se^alarias... in comitatu A<[uonso...
S. domnus Vuilolmus et uxor sua Adalax... S. Teulbaldus vic:irius... » [Mfini.
de lAc. de Marseille, 1887, i)p. 2r)2-2:)3).
Apt, 5 août 991, ind. 4« : « Teudericus sedis Aptensis... episco|)us...
cum consilio et volunUto Vuillelmi totius Provinciaî principis... » [(inll.
Christ., t. I, instr., col. 74-75 ; Cari. dWpl, w"" 3}.
Arles, juillet [993 ?|, l'an 54... « ej^o llostaf^nus et fraler mous Vnala...
in comitatu Atense... S. Rostajçnus et Vuala... Vitburga et Insin^arda et
infantes il loru m Gontardus et Hoda et Vuilla et Billiildo... Domnus Vuillel-
mus cornes firmavit. S. Pontius juvcnis firmavit Aimerions prosbyter, nota-
rius, ro;^atusscripsil » (Cbantelou, pp. 71-72). La date llolte entre juillet 990
et juillet 993, suivant (ju'on prend le début de l'ère en 937 ou en 912: lo roi
étant mort le 19 octobre 993, cela réduit le début possible de 937 à yiO.
Le scribe arlésien Aimeric se rencontre lo 17 avril [981 ?■, l'an 42 [Saint-
Victor^ n° 1042), et en novembre [982?|. l'an i"3 iChantelou, |)|). 5i'-5.*») : la
date de 993 est la plus probable, avec le point de départdo l'ère en 9tO.
[093-1000] : « cornes Willelmus... in terra de Valentiola et do Arohin-
zosco... >» (Ciuny, n« 1290).
2-12 LA PROVKNCE DU PREMIER AU XII* SIÈCXE
Moiitmajour, abbayes marseillaise et arlésienne. Sur dix-huit
nionlions, neuf concernonl les localités dépendant dWvij^non et
(K» la rive droite, neuf des localités placées sur la rive gauche.
Parmi ces seize actes, il se présente deux plaids comtaux :
l'un est tenu en janvier àManosque, l'autre en août à Arles. Dans
ce [)laid craoùt, on voit les vassaux de loi romaine passer avant
ceux <le loi salicjue ; en Provence, c'est naturel K Quant au comte,
il n'iii(li{|ue pas quelle est sa loi personnelle. En somme, la série
d'actt's, où Guillaume parait seul, permet de maintenir l'opinion
qui dcsii^^nail Avignon comme le centre probable de ses biens
pi'rsnniieis. 11 est évident que le comte habile tantôt Arles et
tantôt Avi-;n{)n : toutefois sur la rive droite, il choisit comme
ri*si(K'nce, hors de toute cité, le château de Manosque formé par
la paroisse Saint- Sauveur et h la sortie duquel se forme déjà un
houriC avec réj^lise Notre-Dame. C'est une innovation. Dans les
cilrs, 1rs comtes commen(;aient à n'être plus tout à fait chez eux.
(Juel([uefois, Guillaume passait Noël à Manosque et Pâques à Arles.
On a vu (pfà Arles même, Roubaud était relég^ué par Guil-
laume au second i)lan. Si l'on pas.se en revue les actes privés,
émanés, non plus de Guillaume, mais des primats d'Arles, du
ti'inps entier et d'Annon, de î)i>3 à J)96, on voit que, parmi une
vinj;^taine de pièces, deux seules sont soumises àl'approbation com-
tale, parce (ju'il s'aj^it dans ce cas, non pas d'une simple donation
ou (l'un échange de terres ecclésiastiques, mais d'une fondation
d'abbave. L'approbation demandée alors est celle de Guillaume
et non pas celle de Houbaud '-'.
11 est difficile de dire à quoi exactement est dû cet effacement
de Roubaud, depuis la mort de son père. S'il était bien Tainé de
Guillaume, ildutabdi(pier les droits de prééminence qu'il tenait
de sa naissance. Jusqu'alors, il y avait eu des comtes en Provence,
résidant dans Arles, dans Avignon, dans Senez et ailleurs. Celui
1. Il (Ml était ainsi déjà en 845 : <( ante Rothbertum vicarium de viro
illiislri AdîillKMto comité et tam scavinis tam romanis quam salicis... »
[Sninl-Virlor, n" 20).
2. (;.*//. noriss,, Arles, n-'^SGo à 296. Voir les n<» 291 et 276(Bibl. d'Arles,
ms. 108, n«> 44).
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 233
i'Arles avait plus d'importance que les autres, parce qu'il rési-
iait dans la capitale de la Provence : c'était donc le seul dont
e titre, dans les actes, fût suivi quelquefois de l'indication de sa
résidence. Le précepte du 8 décembre 966 qualifiait encore
ainsi Boson comte d*Arles. AvecTavènementdeses fils, Tun dans
Arles, l'autre dans Avignon, une transformation se produit. Le
plaid du 20 août 970 ne permet pas encore de la saisir : la dona-
tion d'avril 972, émanée de Guillaume et approuvée par Rou-
baud, en témoigne pour la première fois. Guillaume n'est plus
un simple comte d'Avignon, Roubaud n'est plus, de son côté,
un simple comte d'Arles : tous deux ne sont plus de simples
comtes en Provence. Guillaume s'intitule comte de Provence :
ceci suppose que tous les autres comtes en Provence, existant pré-
cédemment à Senez et ailleurs, avaient disparu. Seul Guillaume
demeurait et son frère Roubaud auprès de lui : Roubaud ne
prend d'ailleurs pas le titre nouveau, il le laisse à Guillaume
seul en signe de prééminence. L'approbation qu'il donne à
quelques-uns de ses actes, soit sur la rive gauche, soit sur la
rive droite, prouve que la propriété de la Provence était légale-
ment indivise entre eux deux. Par le fait, Roubaud jouissait sur-
tout d'Arles et Guillaume d'Avignon. Mais Guillaume était le
chef unique. Ce titre éminent que Guillaume assume en 972 est
celui que commentera l'évoque de Carpentras en 982, en disant
que Guillaume est le prince de cette Provence et en passant
sous silence son frère le comte Roubaud. L'évêque d'Apt préci-
sera, en 991, en déclarant que Guillaume est le prince de
toute la Provence.
§ 2. — L'érection de la marche de Provence
(979)
Au moment où la Provence retrouvait son unité, sous l'au-
torité d'un seul chef, le titre de comte parut insuffisant pour
définir cette autorité. Dans des circonstances analogues,
234 LA PROVeXCG du premier au XII® SIÈCLE
en 911, le comte d'Arles, Hug^ues, était devenu duc de Pro-
vonco. Guillaume n'était pas de race assez illustre, semble-t-il,
pour ceindre à son tour la couronne ducale. Le roi de Bourgogne
ne devait pas, d'ailleurs, tenir beaucoup à élever un duc dans son
royaume. Tout le monde reçut bientôt satisfaction par un moyen
terme. Le 12 mai 979, un évêque, celui de Cavaillon, déclare
avoir pris le conseil de son seigneur le roi Conrad el de
Guillaume, l'illustre mar({uis. Guillaume lui-même, le 17 avril
981, se qualifie marquis de la Provence arlésienne. Avec ce
titre de manjuis, il reparait en 98G à Avignon ; de même, ^
Arles en 992, il agit comme seigneur, prince et marquis de cette
Provence; finalement, en mai 993, un des vassaux de Guillaume
précise encore que ce prince est marquis de Provence. Ainsi Guil-
laume revoit, entre 972 et 979, le titre de marquis de Provence
comme Hugues, en 911, était devenu marquis de Viennoise.
Il aurait pu dire : « duc ne puis, marquis suis. » Par tradition,
la Provence était mieux qu'une marche et elle constituait un
duché. En mai 972, le style de Tarclievêque d'Arles prévoit
l'existence possible d'un duc ou d'un marquis. Après la mort de
Guillaume, on le traitera par inadvertance de duc* et on n'aura
pas tout à fait tort, puisque ce personnage avait été, en somme,
manpiis d'un duché. Les autres actes continuent à donner son
titre ancien de comte à Guillaumeet ce n'est pas irrégulier, car ce
titre n'est pas incompatible avec le nouveau. Dans chaque duché,
dans chaque marche, le duc ou le marquis possède personnel-
lement un ou plusieurs comtés : en Provence, le marquis les
possédait tous, c'est vrai, mais il les possédait par indivis avec
son frère, de sorte qu'en droit le marquis de Provence était
propriétaire de la moitié seulement des comtés placés dans la
marche.
A (juoi convient-il d'attribuer ce nouvel état de choses dont
prolita Guillaume en devenant comte, puis marquis de Provence ?
l. w \Villolinus(juon<lamdux ol Provinciio pnlor palriaM» (C/iiny, n°28GC;.
« Willoliniis Arelaloiisis dux » (Raoul Glal>or, lib. I, cap. IV, g 9).
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 235
!-■* institution d'un marquis revient à organiser la défense d'un
pHys frontière sous Tautorité miltaire d'un seul chef. Si l'orga-
^^isation de la Provence en marche était dirigée contre le
**oyaume de Lombardie, elle ne tarderait pas jusqu'en 979 à
Se faire jour. On a vu que la marche d'Ivrée avait été renforcée
Contre les Alpes en trois zones à l'avènement de Béranger, le
13 décembre 950. Le roi de Bourgogne venait précisément d'ins-
taller les Hls de lloubaud comme comtes d'Arles et d'Avignon
en 949 : s'il avait eu la préoccupation d'orgîiniser la Provence
contre la Lombardie, il aurait fait de Boson un marquis, au lieu
de le laisser simple comte d'Arles toute sa vie.
L'organisation de laProvenceen 979 serait-elledirigée contre le
royaume de France? C'est fort probable. En elîet, le roi de France
Lothaire s'associa son fils Louis V et le fit sacrer à Compiègne
le 8 juin 979. Aussitôt, il l'expédie à Brioude, auprès d'Alix
d'Anjou, veuve d'Etienne, comte de Gévaudan, pour l'épouser et
se faire reconnaître comme roi de Guyenne. Malheureusement, les
caractères des deux nouveaux époux étaient aussi mal assortis que
leur âge respectif : le jeune roi ne tarda pas à haïr sa femme.
L'union dura à peine deux ans, dit Uicher, et un divorce survint.
Le roi de France, fâché de la tournure que prenaient les événe-
ments, rappela son fils auprès de lui. Alix, peinée de son
abandon et craignant pis encore, se réfugia en Provence : elle y
épousa Guillaume d'Arles.
Richer place le récit des affaires de Guyenne (979-981), c'est-
à-dire le sacre de Louis V, son séjour à Brioude, son mariage
avec Alix, après le récit des affaires contemporaines de Ger-
manie (978-981) K II est facile de rétablir les dates : le sacre de
I. Hichcr, I lis loriu ru m, lib. IIÏ, § 91 : « Promotio Liuiovici in rofi:num
Francoruni. — 55 92. Ilem promotio Ludovici in rej^num A<|uitania* eiusqiie
uxoratio. — §94: A<lelaidis al l-.iu!ovico rc^ina» in A(|uilauia promotio
corumque divorlium »(é(I. i/i usu/nsrholannn, pp. 119-121).
Les paragraphes consacrés îi la guerre do Germanie et au traité {|ui intei
vint sont les § 68 h 81. Cette guerre ayant débuté avant le sacre de Louis.
i'historien, pour ne pas couper son développement, en fait la narration com-
plète jusqu'au traité de 981 et y ajoute le voyage du duc de France auprès
236 LA PROVKNCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
Louis V a été célébré le 8 juin 1)79. Son séjour en Guvenne et
son union, qui y dura près de deuxans, doivent donc être reportés
de 979 à 981. Précisément, on a deux préceptes de Loiliaire,
datés du 9 juillet 981, où, par exception, il mentionne le règne de
son fils à coté du sien. Ces préceptes marquent le moment pré-
cis où Louis V rentrait de Guyenne en France. C'est peu après
que la reine Alix, abandonnée h Brioude, dut se décider à se
mettre en Provence .^ Tabri de toute vexation.
H y a vraiment une coïncidence remarquable entre les événe-
ments de Guyenne et Tépoque où se constate Torfi^anisation de la
Provence en marche. Le premier acte, qui mentionne le titre de
manjuis porté par Guillaume mari d'Arsinde, est du 12 mai 979 :
le sacre de Louis que son père allait envoyer pour réf^ner en
Guyenne est du 8 juin. Il paraît évident que le roi de Bourgogne
organisa la Provence en marche contre le royaume de France, ou
plus exactement contre le royaume de Guyenne, dès qu'il eut
vent des événements qui se préparaient et de la prochaine expan-
sion française sur ses frontières. Ce n'était pas un acte d'hosti-
lité proprement dite : c était une mesure de prudence. La France
était alors en guerre contre la Germanie et Conrad parait avoir
gardé une neutralité complète dans la querelle. En 981, Lothaire
pourra donc lui écrire en invoquant la satisfaction qu'il res-
sentait d'avoir maintenu fermement les relations amicales déjà
anciennes entre la France eï la Bourgogne K Mais, on le devine,
Lothaire avait alors à demander un service important au roi de
Bourgogne : deux ans auparavant, celui-ci n'était sans doute pas
si bien rassuré sur les intentions cordiales de Lothaire.
du roi (le Germanie, sous lcs§ 81 à 90, en raison de ses rapports étroits avec
celle fjuern». Alors seulement, il passe, g 91 h 95, aux événements contem-
porains de Guyenne qui débutent en 979 et s'achèvent eux-mêmes en 981.
Cette méthode se comprend.
1. « Lolharius Francorum, gratia Dei, rex Conrado Alemannorum repi,
quicrfuid sibi. Amicitiam inter nos a multo tempore constitutam inviolabi-
lilcrconservare semper mihi gratum fuit.... «(Richer, llisloriarum, lib. III,
§86).
Le rotaume de bourgogne -Provence 23^
§ 3. — L'expulsion des Sarrasins
(983)
La marche de Provence, constituée en 979 contre une menace
éventuelle de la France, rendit au moins le service aux Proven-
çaux de les débarrasser des Sarrasins. Cet événement vaut la
peine qu'on s'y arrête, après avoir dit quelques mots de Toccu
pation désastreuse et prolongée qui le précéda. On sait déjà
comment ^ vingt d'entre eux, venus d'Espagne sur une barque
légère pour aborder probablement en Gothie, furent portés sans
le vouloir à la dérive par le vent du sud-ouest sur les c(Mes de
Provence. Ils débarquent la nuit, entrent par surprise dans le
village voisin, en massacrent les habitants, prennent le parti de
s'établir dans les hauteurs peu accessibles de la chaîne des Maures,
tout près du village surpris et de la mer, se retranchent contre
les gens du pays qui voudraient venger les leurs. Ils se terrent
dans des buissons épineux, qui rendent par leur épaisseur tous les
abords infranchissables, et ne ménagent qu'un seul sentier d ac-
cès, de manière à jouir d'une entière sécurité. Trouvant ce repaire
à leur goût, ils envoient chercher du renfort en lîspagne avec la
promesse de gagner sans peine tout le pays. Leurs compatriotes
peuvent à peinecroireàunepareille aubaine. Cent autres seulement
1. « Opidum vocabulo Fraxiiielum ([uod in Italicorum Provinlialium(jiie
confiiiiostare manift»sliim est... mari iino oxlatrre cingitur, ctptoris densis-
sima spinarum silva munitur... XX lantiiin Saraconi linlro parvula ex Ilis-
pania t*gressi, villain({uc dàm inf^^rossi, chrislicolas... jiij,'ulanl... inon-
temtiue Slauruin vliliila' coherrntem contra vicinas goules rofiigiuin [)araiil ;..
spinoam silvani... spissiorcnisua pro tuilioiu* falioales... Loci... aspi'ritate
confîsi. vicinas gentes clàm circum(pia({ue perluslranl... in Ilis|)aniam
nuiitios dirigunt viciiiasquc génies nicliili se liabere promiltunt. (^enhim
denique tanluminodo mox Saracenos redncunt... Inlerea... Provincialium...
învidia cepit inter se dissidere, alius alium jugulare, substanliani ra[)ere...
pars... hos... Saracenos. non minus callidos <{uam perfidos, in auxilium
rogat; cumque his una proximum conleril... Irucidare... terram fruclile-
ramin solitudincm reddere... » (Liudprand, Anfapodosis, lib. I, cap. 1-4).
Voir la feuille XXV-35, sur la carte du service vicinal.
238 LA PKOVENCE DL" PKEMlKR AU XII* SIÈCLE
se décident à rejoindre les premiers arrivés. Précisément à cette
éiHHjue, les Provençaux, envieux les uns des autres, ne pensaient
(ju'à se tuer et à se voler réciproquement. Ne pouvant se faire
îissez de mal à eux-mêmes, il en est qui, pour venir à bout de
leurs adversaires, appellent à leur aide les pirates étrang^ers. Bref,
ce (|ue les Sarrasins peu nombreux n'auraient pu faire de leurs
propres forces contre les Provençaux unis, ils arrivent à le faire
^ràce à la «guerre civile qui rongeait ce malheureux pavs. Les Sar-
rasins augmentent leur nombre peu k peu, grâce k raveiigleitient
des habitants divisés qui les laissent faire : le moment vient où
ils peuvent impunément ravager les campagnes et piller les
habitants (|u'ils mettent finalement d'accord en les exlerminanl
sans acception de parti.
(]e récit, qui est celui de Liudprand, olîre toutes les apparences
de la vérité: on n'a aucune raison de le suspecter. Selon lui, le
Freinet, où débarcpièrent les Sarrasins, se trouvait aux contins
de l'Italie et de la Provence. En réalité, d'après les textes du
w^ siècle, ce n'était pas un simple château qui portait ce nom,
mais toute une région du comté de Fréjus bordée par la mer au
sud, protégée au nord par les montagnes boisées qu'on appelle
les Maures et où, selon Liudprand, les Sarrasins cherchèrent leur
refuge après le sac du premier village pris par eux. Le golfe de
Grimaud était le mouillage naturel de cette région. Elle compre-
nait notamment les châteaux de Saint-Tropez, de Grimaud, de
Miramas, le village de la Mole, le revest de la Moure. La Garde-
Fniinet est le seul lieu qui ait retenu le nom générique du can-
ton ; mais ce n'était, commel'indique son qualiticatif, qu'un poste
d'observation placé à la limite du Freinet'. Le canton du
l. C.tri. fh Sainf-Viclo/\ ii»» |S, 110, :;r.l, :i<K), 5îH, 51»2, 595. La forme
lalino est : h'nixvnclnmy Fr;i.vinituni^ Fr:i.rnni'tinn. Le seul texte (|iii révèle
la forme vnlf^airc Fnufiiotum (»sl le n° WM : c'est bien ré(jiiivalenl de la
forme actuel le Freinet.
La Môle, Var, arr. Hra^ui^nan, caut. Saint-Tropez. — Grimaud, Var, arr.
Dra^^iipian. — La (jartle-Frcincl, Var, arr. l)rap:ui(i^nan, cant. Grimaud. —
N.-D. de Miramas, cha|>clle sur une colline, dans la commune précédente.
— La Moure, hameau dans la même commune. — Saint-Tropez, Var, arr.
LE BOYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 239
Freinet formait donc rexlrémité du diocèse de Fréjus sur la
côte, vers Toulon, en remontant la frontière de ce diocèse par la
Môle, Grimaud, la Garde et la Moure. Le diocèse de Fréjus
dépendait de la province dWixet celui de Toulon de la province
d'Arles. Pour admettre Texpression dont se sert Liudprand, en
disant que le canton du Freinet se trouve sur les limites de la
Provence et de l'Italie, il faut croire que les Sarrasins vinrent
s'v établir au moment où la province d'Embrun était rattachée
à ritalie, c'est-à-dire sous le règne de Charles le Gros : Fréjus
et Antibes formaient la frontière de la Provence ; Vence et
Nice celle de l'Italie. De fait, par le texte du concile de Valence
réuni pour l'élection de Louis TAveugle, on voit que l'événe-
ment s'était produit avant 890 K
La période d'anarchie et de guerre civile, qui favorisa l'instal-
lation des pillards, doit coïncider avec le règne de Boson, com-
battu par les Carolingiens. Quand Hugues devint duc de Pro-
vence, les Sarrasins devaient être déjà assez forts pour ne plus
ménager personne : au fur et à mesure que leur nombre devient
plus grand et que le temps passe, l'aire de leurs dévastations
s'étend plus loin du Freinet, soit parce que leur audace
croît, soit parce que les environs immédiats sont déjà rava-
gés. En 936, ils vont piller Acqui, pendant que leurs compa-
triotes d'Afrique venaient par mer s'emparer de Gènes -. En
941, ils interceptent les passages des Alpes à l'ouest et au nord
de la Lombardie : le roi Hugues se voit contraint d'intervenir.
N'ayant pas de flotte, il traite avec le hasileus : en 912, les
Grecs viennent bloquer le Freinet par mer pour l'empêcher
de se ravitailler. Ils jettent leur feu grégeois qui détruit
Draguifj^nan. — La chaîno des Maures sVteiul parallèlement à la mer, entre
le Gapeau du côté de Toulon et TArj^ens du coté de Fréjus, entre la rade
d'Hvèresct le j^olfc de Fréjus.
Feuilles XXV, 3r> et 36.
1. '< Sarrazeni, Provinciam depopulanles, lerram in solitudinem redi^^»-
bant >» {Mon. Genn.hint. ; Capitularia, t. II, 181K3, p. 377).
2. Liutprand, Anlapod,, lib. 11, cap 43; lib. IV, cap. 4.
2i0 LA PROVENCE DC PREMIER AL' XII^ SIÈCLE
les banjues arabes, pendant que les Lombards et les Pro-
veii^aux s'emparent par terre du Freinel et obli«^ent les Sarra-
sins à s\'nfuir dans les bois des Maures. Une diversion, amenée
par Ht'Tanj^er en Lonibanlie, empêche malheureusement de veuir
a bout (lélinilivement de l'ennemi. Hugues trouve bon de reu-
vover la Hotte «grecque et de s'allier avec les Sarrasins, qu'il venait
de batln\p<mr chasser Héranj^^er de Lombardie *. Pour prix de ce
servicM*, les Sarrasins continuèrent à occuper tranquillement le
Freiuft. C^cst l'époque où la Provence parait être tout à fait
ê|)uis('e. I /avènement du roi de Bourgo«çne, en 919, marque le
début d une ère de restauration, lente à se dessiner. Le roi.
menace* à la fois des Hongrois et des Sarrasins, trouve moyen de
laneer les premiers, qui ne faisaient que passer, sur les seconds
(|iii l'taient lixés à demeure. Cette tactique valait mieux que celle
de llii^^iies : les Provençaux, de leur eôté, devaient être guéris de
leur aveuglement fratrieide. On vendit des Sarrasins prisonniers
sur le marché d'Arles '. Mais, en 963, leur repaire n'était pas
eueore détruit '. (/était chose faite avant 990 '*. Pour se faire
une idée du <lésert qu'étaient à ce moment les cités de Fréjus et
de Toulon voisines, il suffit de lire les textes : ils sont élo-
1. Lin l|)i':i 11(1, .l/i/.'i/jo(/., lib. V, ^9, 16,17.
2. Kkkrhanl. C.isiis (Srripf., l. il, pp. 110-111).
'.\. l.iii<lpr.iii<l, De rchiis i/rslis Otionis, g 4, 7.
I. Arles, »i mars î^'.H) ?, : i< Hiculfiis Forojuliensis cpiscopiis, in villu
Maiioisira aiiU' prosrnliain doinini Willelini Provincie comitis ot {^«Miibus
«•'pis jn-ovuliihis roj^avil oiiin.., rivilns Korojulionsis... acerhilale Saracono-
nim (IcslriK-la alcpu' in solihiiliniMn fnil roilacta ; habilalorcs (pioqui' cjns
inliM-frcli sou linion» lon^^ius fuerunt rlTuj^ali. Non su|HM*est nliquis «pii
sciai vcl j)i\'(lia vt'l jjossi'ssionos... t'celosie... ; non sunl cartariim pagine,
(h'smil n?«;alia juvcopla. l*rivilo;;ia (piO({U0 seu alia loslimonia aul vehis-
lalr cniisiiinpla aul i^nc juMicrunt, niliil aliutl nisi tantum solo O[)is<.*opa-
lus iioMiiuc pciinancnU*. Ii,'ilur, nunt-, inclyle cornes, lîbi est a Domino
facullas ronci'ssa ut cxpclleivs A^^rcnos a pristinis finibus... » (Chanlelou,
c(l. ilu Houro, pp. (»r)-OS .
" (iuui j;cMs pa^Mua l'uissi'l c finibus suis, videlioet (le Fraxonolo expulsa
cl terra Toloncnsis ccpissct vcsliri et a cultoribus coli, unus(piis«{uo
sccinuluin j)n)j)riani ^irtulcm rapicbal terra m... : Domine cornes, ccce
terra, solula a vinculo pa^^ine ^enlis Iradita est in manu tua, donatione
rcj^ns... ») [durl, de Saint- Victor ^n^ 11),
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-t>RO VENGE 241
quents. Les Sarrasins étaient donc demeurés un siècle dans leur
poste du Freinet. L'importance de leur disparition finale est telle
qu'il convient d'en fixer la date avec précision.
L'arrestation armée de Tabbé de Cluny saint Mayeul, origi-
naire d'Avignon, fut la cause immédiate de l'événement. La vie
du saint, faite par Cyr et terminée par Arbaud, est le meilleur
texte à considter ^ : mais les faits dont elle donne le récit sont
présentés sans le souci d'une chronologie constante et rétablir
leur ordre réel ne va pas sans difficultés.
La lecture des livres 2 et 3 de cette vie peut se résumer ainsi.
1® Souvent Mayeul se rendit auprès des empereurs et des rois
(Ub. II, S 23).
2^ Il réforma la vie religieuse non seulement en France, mais
en Italie; en Germanie même, il ne resta pas inconnu (§ 26).
3® Il fut en pèlerinage au sanctuaire de N.-D. du Puy (§ 27).
4® Il guérit un aveugle en Viennois (§ 29).
5® Une autre fois, en passant à Coire, il guérit l'évêque Albert
au moment des fêtes de Pâques (§ 32).
6® Se trouvant à Rome et dénué d'argent, il put miraculeuse-
ment faire une aumône à saint Paul (§ 33).
7® Sa renommée venant à l'empereur Otton, celui-ci désira le
voir et le chargea de missions profitables à l'Église (§ 35).
8® Il réforma, près de Ravenne, Saint-Appollinaire in classe.
9® Pour être agréable à l'impératrice, il s'occupa de la con-
struction de Saint-Sauveur de Pavie.
10** Depuis longtemps absent et voulant rentrer à Cluny,
comme il descendait le col et approchait de la Dranse, après
avoir traversé le village d'Orsières et le torrent qui y passe, il
est surpris par les Sarrasins dans les défilés de la route, lui et
ses compagnons. Ceux-ci prennent la fuite à grands cris, mais les
Sarrasins les gagnent et les saisissent. Le saint est atteint à la
main d'un trait envoyé du haut d'un rocher sur un de ses fami-
liers proche de lui et dont il voulut parer le coup. Mû de com-
passion pour ses compagnons, il renonce à fuir alors que, peut-
1. Acia Sanctorum^ mai, t. II, pp. 667-683.
Mém. el doc, de VÉcole des Charles. — VII. IG
2i2 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE
iHri», il Teùlpu. Personne n'est tué: les Sarrasins, ramenant leurs
prisonniers, aperçoivent de loin le saint, assis seul sur une
pierre ; ils s'emparent de lui. Comme ils se moquent des chré-
tiens et de leur religion, le saint en prend vivement la défense.
On lui met les fers aux pieds et on Tenferme dans un trou de
rocher. Pendant la nuit qui survient, le pape lui apparaît : se
réveillant on sursaut, il augure de 1«^ qu'il sera délivré. Tous ses
livres lui avaient été volés, cependant il sent sur lui le livre de saint
Jérôme sur TAssomption de la Vierge dont il ne se séparait
pres(jue jamais. Alors, calculant mentalement le nombre de jours
c|ui restaient jusqu'à la fête pi^ochaine de l'Assomption, il trouve
(ju'il y en a vingt-quatre. S'adressant à Dieu, il le prie de le déli-
vrer auparavant ; puis il s'assoupit sur le rocher. En se réveillant
(le nouveau, peu après, il s'aperçoit que les chaînes de ses pieds
avaiiMit disparu. Le jour arrivant sur ces entrefaites, les Sarra-
sins sont frappés de stupeur à la vue de Mayeul délivré de ses
entravtvs et, cessant de le tourner en dérision, ils commencent
à le vénérer. De leur consentement, Mayeul adresse à Cluny
(|uel({ues mots pressants aiin d'annoncer son malheur en deman-
dant cju'on envoie la rançon réclamée pour lui et ses compa-
gnons. Quand elle arrive, il est mis en liberté : ses compa-
gnons et lui peuvent fùter l'Assomption, puis il rentre enfin
à (lluny.
Il" (ihargés des dépouilles du saint, les Sarrasins prennent
leur route habituelle, en toute sécurité, pour se replier sur le
I^'reinet. Mais les chrétiens, l'ayant reconnue, font tomber les
Sarrasins dans une embuscade au milieu d'une forêt des Alpes
dont leurs trompettes font soudain retentir les échos. Pris de
[)ani(jue à ce bruit imprévu, les pillards i^^enfuient : poursuivis,
beaucoup d'entre eux sont tués. Le reste gagne, du seul côté qui
soit accessible, une croupe rocheuse escarpée pour pouvoir s'y
retrancher. Les chrétiens en barrent l'entrée et la nuit arrive.
X'oulant en profiter pour s'échapper, les Sarrasins essaient de
descendre ; par un pas difficile, ils glissent au bas de la corniche
escarpée. Ils se tuent en y tombant les uns après les autres toute
i
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 243
la nuit. Au matin, les chrétiens n*en trouvent plus que quelques-
uns de cachés dans lesanfractuosités qui, pour avoir la vie sauve,
demandent le baptême. Ils s'emparent de tout le butin qu'ils se
partagent également. Attribuant leur succès aux mérites du
saint, ils lui rendent, pour sa part de butin, les livres qui lui
avaient été pris (Lib. III, pars 1*,§ 38-42).
i2? Peu après, le pape meurt. Mayeul, sur la demande de
l'empereur Otton II et de sa mère l'impératrice Alix, repart
pour l'Italie : un désaccord surgit entre Tempereur et lui (§ 45).
13* Revenant de Rome, un songe lui révèle la mort de l'empe-
reur Otton I qui devait survenir dans Tannée courante. De retour
et se reposant en Provence, un messager de Germanie ne tarde
pas, effectivement, à lui en apprendre la nouvelle.
C'est encore ainsi que, plus tard, se trouvant à Vérone, il
prédit à l'empereur Otton II sa fin prochaine (§ 47).
14® Quand Guillaume prince de Provence sent approcher
son heure dernière, il appelle Mayeul pour soulager son âme.
Celui-ci se rend en conséquence pour le voir à Avignon; mais,
désireux d'éviter la foule, il fait dresser sa tente dans l'île du
Rhône, à côté de la ville. Le comte lui fait porter six pains et
tant de monde veut prendre place sur le bac vermoulu que
celui-ci coule dans le fleuve. Le saint, à cette vue, se met en
prière à l'église ancienne de Saint-Martin et tous sont sauvés
(§55).
Ce récit fut composé après la mort de Mayeul, évidemment
pour faire ressortir les miracles dont il était l'auteur et obtenir
sa béatification : les faits intéressants qu'il renferme sont énu-
mérés avec beaucoup de précision par un témoin très informé.
Le récit de la nuit qui suivit la capture du saint est tellement
naturel et détaillé que l'auteur devait le tenir de la bouche même
de l'abbé.
Mais l'auteur, en faisant connaître les mérites de Mayeul, ne
suit pas un ordre chronologique rigoureux. Ainsi, quand le saint
se trouve à Coire, au plus tard le 31 mars 967*, il est sur le
i. Arperiui^ évêque de Coire depuis 949, mourut le 6janvicr968(Gams].
I
244 LA PROVENCE DU PREMlEft AU XII* SIÈCLE
chemin de Germanie en Italie. Il se rend donc en Germanie ou
bien il en revient : Tappel qu'Otton I lui avait adressé est forcé-
ment antérieur. Cependant, Tauteur ne le mentionne que trois
paragraphes plus bas. Le 16 juillet 967, on voit Mayeul s'occuper,
sous les auspices d'Otton, de l'érection d'un cloître de bénédictins
à Pavie * et cela confirme ce fait.
lîn dehors de la date de son passage à Coire, il y a d'autres
éléments chronologiques à recueillir. D'abord le songe, qui lui
révéla la fin prochaine d'Otton I, n'a pu avoir lieu qu'après le
7 mai 972 : à cette date, le saint se trouvait donc en Italie, mais
il revint bientôt et apprit la nouvelle de la mort en Provence
où il se reposait de son voyage vers la fin de mai 973. Un pré-
cepte impérial confirme précisément cette conclusion. Daté de
1 {avenue le 25 mai 972, il est relatif à Saint- Apollinaire in
classe ^. Mayeul était alors auprès de l'empereur et ce pré-
copte se rapporte à la réforme de cette église, mentionnée par
la Vie dans un paragraphe différent de celui qui relate I an-
Ollon I, coiimniu'» empereur à Rome le 2 février 962, mourut le 7 mai 973.
II pnssalos nniu^es 002, 963 et 964 en Italie, qu'il quitta en janvier 965 pour la
(jcrinnuic. Le 13 janvier, il est à Coire ; le 18, à Saint-Gall ; le 23, à Reiche-
nnu. 11 l'ovint on Italie en septembre 966, passant encore par Coire, et y
(lomcvirn jns(|u'apri»s la mort de Tévôque en question. Par conséquent, s'il
so trouvait ou Goi manie quand Mayeul y va ou en vient, le passage de
Mayeul à (^oire se trouve ûxé à Pâques de 965 ou 966, c'est-à-dire le 26
mars OOiJoule la avril 966 (G. Richter,A/i/ia/e/i der deulschen Geschichte...
III ahleilunjf, eslor hand, pp. 88-115).
1. Mabillou, Acfa SS. ord. S. Bened, éd. Vend., sec. V, 747; Stumpf,
Hiùchskunzlory t. II, p. 38.
2. Slumpf, pp. 45 et 508. Ce précepte relatif à Saint-Apollinaire inclusse^
aci'ordô lo 25 mai 972 en présence de Mayeul, n*empêche pas que la réforme
t»llo-inômo doive remonter au printemps de 967. Le pape et Tempereur
ôtaitMil alors tous deux à Ravenne (Jaffé, 2«éd., n»» 3712-3718). Mayeul
(levait y rire aussi ; quelque temps aprcNs, il obtint personnellement une
huile (Jaiïô, 2*' éd., n^ 3744) et, le 16 juillet, slirvieutTacte relatif aux béné-
dictins de Pavie. A propos de Saint-Sauveur de Pavie, Mayeul a pu s'en
occuper aussi au printemps de 972 (Jaffé, 2« éd., n®* 3764). L'empereur se
trouve i\ Ravenne le 1«' décembre 971 et le 8 janvier 972, à Rome du
14 avril au 1" mai, à Ravenne le 25 mai, à Pavie le 28, à firescia le
11 juillet, à Pavie le l"'^ août, à Constance le 18.
A
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 245
lonce de la mort du souverain. En second lieu, Titinéraire
i'Otton II fait connaître que cet empereur, depuis la mort de son
>ère, ne se rendit pas en Italie avant la fîn de Tannée 980. Le
H octobre, il est encore à Constance; le 5 décembre, il est à
Pavie avec sa mère Alix. Du 28 décembre 980 au 22 jan-
âer 981, il séjourne à Ravenne ; le 3 février, on le trouve îi
\.rezzo ; enfin, le 30 mars, il esta Rome où il demeure jusqu'au
S mai. Le 11 avril, il y célèbre Pâques avec sa mère, sa femme,
le roi et la reine de Bourgogne, le duc de France Hugues Capet.
De là, l'empereur part pour le sud et il ne revient de Salerne
k Rome qu'à la fin de décembre 982. Puis, il va rejoindre sa
mère à Pavie et, du 7 mai au 18 juin 983, se trouve à Vérone où il
tient un plaid général. Le 20 juin, il passe à Mantoue, du 14 au
16 juillet à Ravenne, le 24 août sur le Trigno, le 27 à Larino.
Enfin, Benoît VII étant mort en octobre, Tempereur se rend à
Rome où il meurt lui-même le 7 décembre*. La vie prouve
que saint Mayeul se trouva à l'assemblée de Vérone en mai ou
en juin 983 : c'est à cette date seulement qu'il put y prédire à
l'empereur sa mort prochaine. Comme, d'autre part, Benoît Vil
est le seul pape qui soit mort pendant le séjour d'Otton II en
Italie et que sa mort date du mois d'octobre 983, il résulte de là
[}ue le saint était revenu d'Italie en Bourgogne après le plaid de
Vérone et avant cette mort. Dès que la nouvelle lui en parvint,
s'est-à-dire vers la fin d'octobre bu au début de novembre, sur
la demande de l'impératrice Alix et d'Otton II, il se hâta de
regagner l'Italie où il retrouva l'empereur, quelques semaines
avant la mort de ce prince, et où il eut des difficultés avec lui.
De tout ce qui précède, il ressort que la capture de saint Mayeul
par les Sarrasins vingt-cinq jours avant l'Assomption, c*est-à-
lire le 21 juillet, sa mise en liberté, rançon payée, avant le
15 août, son arrivée à Cluny, passé le 15 août, la victoire rem-
portée par les Provençaux sur les Sarrasins qui ne tardent pas
k se replier du Valais sur le Freinet, se placent forcément entre
I. Richter, il/i/ia^/i,iZ»((/., pp. 133-141.
246 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII« SIÈCLE
lassomblée de Vérone et la mort de Benoit Vil. Cette assem-
blée eut lieu entre le 7 mai et le 18 juin 983 ; la mort du pape
survinten octobre 983. Par conséquent, saint Majeul fut capturé
le samedi 21 juillet 983.
La localité, où se produisit cette surprise, est facile à identifier.
Il faudrait manquer de réflexion pour penser à la Durance et à
OrcièressurleDrac^ En effet, dans cette hypothèse, le saint aurait
quitté la Durance pour gagner le Drac. La Vie dit formellement qu'il
approchait de la Dranse, après avoir traversé Orcières et le tor-
rent qui y passe. C'est le contraire. Déplus, le messager de Mayeul,
parti le 22 juillet pour Cluny, se trouvait de retour avant le
15 août avec la rançon demandée; le trajet, aller et retour,
d'Orcières à Cluny, représenterait plus de cinq cents kilomètres.
Kn trois semaines, pour un messager seul, ce serait très faisable,
mais il fallut forcément du temps à Fabbaye, pour réunir une
somme aussi considérable que celle demandée, et cette somme ne
put voyager aussi rapidement qu un courrier chevauchant sans
bagages. Enfin, rentrant d'Italie à Cluny, la route naturelle de
Mayeul était le Grand Saint-Bernard.
Quanti on part dWoste de très grand matin, on peut parvenir
îiu col par Saint-Remy vers le milieu de la journée. Dans Taprès-
midi, on peut descendre par Liddes sur Orsières, jusqu'à Martigny
et Saint-Maurice. C'est une forte journée à dos de mulet. La route
actuelle prend des lacets que ne suivait pas la voie romaine. A
(Jrsières'-', comme le dit la Vie, le voyageur passe de la rive droite
sur la gauche du cours d'eau. Mayeul a certainement été arrêté
(Mitre Orsières et Martigny. Avant d'arriver à Sembrancher •^,
i. La Durance. aflliietil du RhAno, descend de la cime du Gondran et du
Monlj^enèvre eu Brianvonnnais.
La voie d'Ilalie en Espagne la suivait par Briançon, Embrun et Gap.
OrciiM'es, Hautes-Alpes, arr. Embrun, se trouve non pas sur la Durance,
mais sur le haut Drac et dans le diocèse de Gap. La vallée du Drac et celle
de la Durance communi<iuaienl parChorges et le coldcMansc.
2. Orsières, i\ la jonction du val de Ferretel du vald*Entrcmonl, Valais.
3. Sembrancher, h la jonction du val d*Entremont et de la vallée de
Bapnes, Valais.
La Dranse, afQuent du Rhône, sur la rive gauche, à Martigny.
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 247
la route est encaissée entre la rivière, à droite, trop large et
trop impétueuse pour être franchie, et les hauteurs à gauche qui
descendent quelquefois jusqu'à la rive du torrent. On est à la limite
inférieure des arbres d'essence résineuse et on traverse des vergers
de pommiers. D'après la Vie, il semblerait que la rencontre se soit
produite dans cette région entre Orsières et Sembrancher ; car, à
Sembrancher la Dranse d'Entremont, suivie jusqu'alors, joint la
Dranse de Bagnes : or l'auteur de la Vie qualifie de simple torrent le
premier de ces deux cours d'eau et paraît réserver le nom de Dranse
au second en déclarant que le saint en approchait au moment
où il fut surpris. Cela est probable : toutefois, si l'on note que,
d'après la Vie, les Sarrasins s'étaient embusqués dans des rochers
inaccessiblesduhautdesquelsilsparurent subitement, il faut penser
que l'attaque a eu lieu un peu plus loin et après le confluent des
Dranses à Sembrancher. La rivière est naturellement plus large,
la route actuelle passe un moment sur la rive droite. Le défilé est
sauvage : il y a là des éboulis de rochers énormes sur une pente
rapide et dénudéequi soutientune cime àpic, la route est resserrée
entre cette pente qui la domineet la rivière. Les Sarrasins s'étaient
certainement embusqués à ce passage, le plus favorable pour eux
entre le col et le Rhône- En tout cas, c'est là que Mayeul dut
passer la nuit du 21 au22 juillet 983, frémissant de douleur aufond
d'un trou de rocher, sous la corniche, dormant d'un sommeil agité
par les rêves de la fièvre. De là à Cluny, la distance dépassait
encore quatre cents kilomètres aller et retour. Le messager du
captif et les moines de l'abbaye durent avoir fort à faire pour
mettre aussitôt à sa disposition l'énorme rançon demandée : mille
livres d 'aident.
On voit que les Sarrasins du Freinet étendaient loin l'aire
de leurs razzias dans les derniers temps de leur séjour en Pro-
vence : on voit combien leur nombre avait augmenté, puisqu'ils
étaient un millier à bénéficier de cette expédition.
Cette capture d'un compatriote puissant et respecté , alors
intermédiaire entre le pape et l'empereur, produisit en Pro-
vence l'élan nécessaire à l'effort qui slmposait. La victoire
248 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll^ SIÈCLE
du marquis, qui anéantit les Sarrasins à leur retour par les
Alpes, (loitdonc bien être fixée au mois de septembre 983. En effet.
munis de leur butin, ceux-ci ne durent pas tarder à rentrer vers
la lin d*août pour le mettre ;i Tabri. La Vie de Mayeul par Cyr
n*indique pas le nom du vainqueur : celle qui fut faite par
Odilon nomme Guillaume. Le marquis rendit à Tabbé ses livres,
mais il ne lui rendit pas son argent : il se payait de sa peine. On
ne peut dire où se produisit la rencontre. Les textes bour-
guignons, émanant de Tcntourage de Mayeul, ne sont pas les
seuls. La chronique de Novalaise, qui est un texte piémontais,
ne parle pas de cette défaite des Sarrasins survenue pendant
leur retour de Valais en Provence; par contre, elle donne
des détails sur la prise de leur réduit du Freinet et elle attribue
ce fait (Karmes, non pas à Guillaume, mais à son frère Roubaud,
aidé par Ardoin, marquis de Turin, qui possédait la vallée de
Suse. Quelques-uns des prisonniers, faitsparcedernier au Freinet,
furent emmenés à Turin ^ Ce témoignage est irrécusable.
Tout porte à croire que la prise du Freinet, par Roubaud et Ardoin,
est un fait contemporain de la victoire remportée par Guillaume
sur les Sarrasins qui revenaient de Valais avec leur butin. En effet,
la mention de Roubaud au lieu de Guillaume est significative :
1 . «( HodtMH ItMiiporo ({uo Fusci morabanlur in caslro Frascencdello cl
iiiKli(lue dilTluenles per climata mundi lollunt et predantur omnia, quidam
eoruni fuit noiuine Aimo... Vadit quippe ad coniitem Robaldum Provinciç
(inibus et adjurât cum ut nemini prodat secretum quod cupiebat illi fari
noc eliam propria» uxori. Ipse aulcm testatur nemini prodere. Ille ait :
Ecco frado robis inimicos x'cslros prrpetratores nequiciœ. Qui gavisus
est valde et spopondit ei tribuere omnia si hoc opus exercuissct. Mandat
idcirco omnibus Arduino(iuc ut adjuvent cumin quodam negocium. Omnes
dini([uc occurrunt hostiliter ei. Litigantes vero intcr se homincs nescii
(pio tenderiMit, at ipsc hortatur illos ut scquantur illum. Dum itaque veni-
renl nd castrum, ortans oos Hobaldus ait : 0 fratreSj pugnate pro anima-
buH vest ris quia in terra rs/is Sarace/iomm ! Illi vero fortes adheletcdimi-
cantct dcpopulantur locum illum...» — « In his... temporibus, cum vallis
Segusina inermem et inhabitatam permaneret, Ardoinus vir potens cripit
illani cl nobis tulil Tcmporc illo quo capti fuerant Sarraceni ex Frasce-
ncdello, duo corum constricli tcuebantur nodis in civitate Taurinis ab
Arduino... » {Chron, NovaliCylih, V, § 18, 15, 1 ;Cipolla, Monum, Novalic.
Vetustiora, t. II, pp. 200, 262, 243).
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 249
étant donné reffacement habituel de ce comte devant son frère,
c'est celui-ci qui serait nommé comme chef d'expédition s'il
avait été présent. Pendant que les Sarrasins, forts d'un millier
d'hommes, étaient séparés en deux groupes, Tun qui revenait de
Valais, l'autre qui gardait le Freinet, les marquis de Provence et
de Turin s'entendirent pour une action commune. Les Proven-
çaux, guidés par le traître Aymon, combinèrent leur expédition
dans le plus grand secret. Tandis que le marquis de Provence
Guillaume dressait, dans un défilé des Alpes, Tembuscade où devait
tomber le premier groupe, son frère Roubaud, avec le marquis de
Turin, se rendait maître du repaire . Plus tard, ces deux faits d'armes
simultanés se confondirent dans la mémoire des nouvelles géné-
rations : Raoul Glaber en est la preuve. Pour lui, Farmée du
marquis Guillaume vint à bout des Sarrasins, en s'emparant du
Freinet après l'aventure de saint Mayeul, et ce fait mémorable
eut lieu vers l'époque de la mort d'Otton le Grand. Raoul, qui n'est
pas un modèle de précision, écrivait plus de cinquante ans après
l'événement, d'après les traditions bourguignonnes ^ Les termes
employés par lui ne sont d'ailleurs pas absolument inexacts. Il ne
dit pas que Guillaume ait pris le Freinet : il dit que ce fut son armée.
Toutes les forces militaires de la Provence relevaient en effet du
marquis. Mais, Guillaume étant absent, c'était Roubaud qui com-
mandait le corps provençal envoyé au Freinet. Les traditions du
Piémont avaient gardé fidèlement la mémoire de l'appui prêté par
Ardoin à Roubaud : Raoul place, à la mort d'Otton le Grand, ce
qui se passa en réalité trois mois avant celle d'Otton II.
Ainsi disparut ce fléau des pillards mahométans que la Provence
i. « Contigitergo codcm temporeut beatus pater Maiolus... Ipsi denique
Sarraccni paulo post in loco qui Fraxinetus dicilur circumacli ab exercitii
Willelmi Arelalensis diicis omnesque in brevi perierunt... Ipso igitur
in tempore morluus est prcdiclus Otto imperator susccpitquc fllius ejus,
secundus videlicel Otto, eundcm impcriiim » (Raoul Glaber, Hisioriae,
lib. I, cap. IV, § 9 et 10). Raoul donne trois détails intéressants : le mon-
tant de la rançon, le nombre des Sarrasins qui prirent Mayeul et Tépisode
du livre foulé aux pieds par Tun d'eux.
250 LA PROVRNCE DL PREMIER AC Xll* SIÈCLE
avait laissé d*abord s*établir chez elle avec indifTérence et même,
({ui pis est, avec indulgeace, absorbée qu'elle était par ses dissen-
sions intestines. Qu*uq grand pays ait subi longtemps cette
honte, la faute en est à ses gouvernants et à ce pays lui-même,
insouciant de s*unir pour chasser les étrangers qui ledépouillaieDt.
Le triste f^ouis, Hugues Tavisé laissèrent cette plaie s étendre:
les Hongrois seuls paraissent avoir aidé passagèrement le jeune
Conrad. Toujours les Provençaux se laissaient tondre : les divi-
sions locales et l'anarchie générale avaient produit leur œuvre.
Ce fut une impuissiince telle que, pendant un siècle, un millier de
[)illards ré.sol us purent tranquillement, sans arriver à être un contre
cent, exploiter et terrifier la Provence à demeure. Peu à peu,
cependant, 1 excès des maux subis en commun dut amener un
lupprochenient nécessaire entre les victimes. Restait à attendre
(h»s circonstances favorables. Le comte Guillaume surgit : il se
met au premier nmg avant Roubaud, unit sous son autorité dès
Î>7I tous les comtés de Provence, se fait décerner le titre régulier
(le manjuis en 979 à Toccasion d'un mouvement de la France
en (luyenne. La Provence a désormais un chef effectif, bien à elle.
Plus d'influences viennoises, comme de 861 à 926; l'autorité royale
(»lle même, exercée par une dynastie étrangère, s'éloigne et s'anni-
hilera peu à peu. Rien ne manquait plus qu'une occasion pour faire
(lispaniitre les Sarrasins : le 21 juillet 983, ils saisissent Mayeul et
le ranvonnent durement. Cette provocation cause leur perte aussi-
tôt . ( )n peut mesurer la profondeur de la plaie à laquelle le marquis
venait de porter remède, en voyant quels souvenirs puissants et
vi vaces se lient dans le .souvenir du peuple de Provence au nom sar-
rasin. (]ette oecu[)ation destructrice ne dura qu'un siècle et, depuis
lors, mille ans vont passer sans que personne puisse l'oublier.
La Provence date volontiers ses vieux monuments de cette
< I)o(|ue lamentable; les Sarrasins, qui ont tout fait pour la détruire
en un siècle, précèdent dans sa mémoire les Romains qui en
avaient pas.sé cinq à la développer.
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 251
§ 4. — Le rôle administratif du marquis.
Le rôle du marquis n'est pas tout à la guerre : après la vic-
toire, les terres conquises ou abandonnées lui appartiennent et il
les cède au premier occupant. Chacun s'y précipite et s'empare
de ce qu'il a la force de prendre ; mais Tanarchie n'est plus, comme
jadis, souveraine. C'est le marquis qui règle les conflits naissants
et les gens font appel à son autorité. 11 y a le droit au-dessus de
la force : le marquis lui-même ne se contente pas de son
droit propre de conquête. Le roi reste la source du droit régu-
lier et sert surtout à ratifîer, à légaliser ce qui se passe en fait :
de même que, quatre ans auparavant, il avait concédé à Guil-
laume la marche, de même maintenant il concède au mar-
quis victorieux le domaine du fisc royal à tenir en alleu * et ce
fisc royal sera désormais le fisc comtal. En même temps, sans
doute, il lui délègue tous ses droits régaliens : notamment la
garde et la protection des églises cathédrales avec la tutelle des
juifs ^ ; les évêques, cessant de reconnaître le roi comme sei-
1. « Notitia convenlionum ville Cathedre... Igitur, cum gens pap^ana
fuisset e finibus suis, videlicet de Fraxenelo, expulsa et terra Tolonensis
cepisset vestiri et a cultoribus coli, unusquisquc secundum propriam vir-
tutem rapiebat terram, transgredicns lerminos ad suam possessionem.Qua-
propter illi qui potentiores videbantur esse, altercatione facla,impiugebant
se ad invicem rapientes terram ad posse, videlicet Wilelmus vicecomcs
et Pontius de Fossis. Qui Pontius, pergens ad comitem, dixit ei : Domine
cornes^ ecce terra soluta a vinculo pagane genlis iradita est in manu tua,
donatione régis, Ideo rogamus ut pergas illuc et mittas terminas inler
oppida et castra et terram sanctuariam nam tue potestatis est eam terni i-
nare et unicuique distribuere quantum tibi ptacitum fuerit, Quod illo,
utaudivit, concessit et continuo ascendens iu suis equis perrexil. Cumqne
fuisset intra fines Catedrc ville, cepit inquirere nomina montiumel concava
vallium et aquarum et foncium. Que cum audtsset, misit lerminos in terra
sanctuaria qui sunt in carta que est in cartulario sancti Victoris, ita
dicendo : Quantum ego habeo infra istos terminas donatione régis, hoc est
fiscum regalem, dono Sancto Victoriet monachis ibi excubanfibus,., » (Sainte
Victor^ n» 77). Le caractère allodial du domaine fiscal concédé ressort du
n» 1061 de ce recueil. — La Cadière, Var, arr. Toulon, cant. Le Bcausset.
2. Arles, 29 décembre [1008 ?]. Le prévôt d'Arles, pour faire un échange
252 LA PROVENCE DC PREBflER AU XII* SIÈCLE
gneur direct, deviennent les sujets du marquis dont ils reçoivent
des alleux : ils sont médiatisés ^
Dans toute la Provence, le marquis possède en dernier ressort
le pouvoir judiciîiire qu'il exerce parle ministère de ses deux juges
laïques, éclairés eux-mêmes par le conseil des « bons hommes »
chevaliers ou agriculteurs; quand bien même les deux parties en
cause sont des évéques, cette composition entièrement laïque du
tribunal ne varie pas*.
La potestas^ c'est-à-dire le pouvoir, est entre les mains du
marquis; on ne dispose de rien sans sa volunias. Le roi nest
plus qu'un suzerain et manifeste de plus en plus rarement son
existence. Quand il parle, il ne se hasarderait plus à exprimer des
ordres impératifs. Il fait connaître simplement son consensus que
l'on reçoit en Provence avec respect, mais ce n'est plus là qu'une
formalité^ .La Provence avait parfaitement conscience de former un
avec les Juifs, prend le consentement du comte {Gall. /iofû«., Arles,
no.'U>5!. — 27 janvier 1040 : « epo Josfredus cornes et uxor mea donaraus et
firmanus donationem terrarum judaycarum... propter precium quam inler
nos et ipsos convenil » {Saint-Victor^ n^il9), Cf.,no 194: Sdécembre (045.
1. Le 12 mai 979, révê(|iie de Cavaillon déclare encore que le roi est
son seigneur, mais il ne donne pas ce titre au marquis : » EgoWalcaudus...
Cavellicensis... pra^sul... cum consilio senioris mei Chuonradi régis atque
incliti marchionis Willelmi... » (Cari. Saint- Victor, d** 1043; Bibl. d'Avi-
gnon, ms., n° 2399, f» 30, no21).
La médiatisation dut se produire bientôt. Le i" mars 982, Tévêque deCar-
pentras n'invoque plus le roi ; en 990, à Manosque, Tévêque de Fréjusse
présente devant le marquis genibus ejus provolutus,
27 et 28 avril 1051. « ego Raimundus episcopus... pro pâtre meo ac
mîitre, fratribus sive sororibus meis et avunculo meo domno Wilelmo et
seniore meo comité qui ipsum alodem mihi dédit... y^ (Saint- Victor , n® 606).
2. Manoscjue, 2 janvier 984. « In placito générale Wilielmo comité...
venil episcopus Pontius... Massiliensis... et abbas sancti Victoris... recla-
maverunt se de Uodulfo episcopo... Fuit Heldebertus judices, Garbedus
judices... in presenliaGuilelmo comité etHeldeberto judice et Garbido judice
et Aicardo et Guilelmo... et aliis plures bonis hominibus, tam satellites
(piam pagenses... Si quis ante principe per judicium judicis fuerit deûni-
lum nec poteril immutari sed postea tcmptare voluerit X libras auri esse
dampnandum » (Saint- Victor y n« 654).
3. 1005« Igitur ego Pontius... Massiliensis ecclesie pontifex... una cum
consensu domni Rodulfi régis Alamannorum et Provinciç seu etiam cum
precepto et conibentia domni apostolici papç urbis Romç, cum voluntate
LE ROYAUME DE BOURGOGNE -i^ROVENCE 253
pays distinct, un royaume entre la Gothie, la Viennoise, la Lombar-
diè et la mer. Le marquis gouverne ce royaume comme une sorte
de vice-roi : le roi de Bourgogne, dans sonéloignement, se rend
compte lui-même de cet état de choses et qualifie quelquefois
duc le marquis. Quand il s'adresse à ce pays, c'est volentibus et
nolenlibus : on n'est pas plus détaché. L'historien allemand
Thietmar constatera fort bien Tindépendance de la Provence
dans le royaume de Bourgogne ^
Cette parenthèse close, il est établi que Guillaume, devenu mar-
quis de Provence en 979, anéantit les Sarrasins dans l'automne
de 983.
etiam domni Rodhbaldi comitis et domnc Adalaizis comitisse domnique
Giiillelmi comitis filii ejus, conscntienlc eliam parilcrque rogante clero ac
I)opulo sanctç ecclesiç Massiliensis, facio.., » (Saint-Victor, n« 15).
[1018-1032J : « In nominc domini Dci et Salvatoris nostri Jbesu Christi.
Rodulfus rex Alamaadorum divina ordinantc providentia omnibus fidelibus
parentibus et amicis, volentibus et nolcntibus, vcl cunctis ministrantibus,
rempublicam ordinantibus, cunctis civiiibus Aralatensis audiontibus, duci-
bus, viscommitibus, scavinos, judices et vicarios seu varvassuris atque
ceteris omnibus tam presentibus quum et futuris, notum esse volumus
vestre industrie qualiter vir venerabilis Jausfredus commis Aralate volente
et consencienle fratre suo Bertramno...dat...ad proprium alode.., quicquid
fiscusregius vel commitalis exinde exigere débet... quapropter... nostram
exorant clementiam... ut., mea etiam auctoritate... hos nostros apices...
de Massilia in Aralate Oeri jussimus » (Saint-Victor, 1061).
En 1037, le comte Bertrand donnera encore *Vi regno Provincie, in pago
Sisterico (Chantelou, p. 134).
1. 1016. Le roi Rodolpbe III, se rencontrant à Strasbourg avec son neveu
IVmpereur Henri II, lui présentesa femme et les deux fils (piVlle avait eus
d'un précédent mariage. L'empereur leur concède en fief, éventuellement,
tout ce que son oncle avait promis de lui laisser en mourant et, de plus,
tout ce que Guillaume de Poitiers tenait delà munificence royale : « et (juod
Willehelmus Pictaviensis hactenus habuit regio munereprestitum.» L'em-
pereur fait donner un évêché à un homme dévoué, mais Guillaume de Poi-
tiers chasse ce nouvel évêque. L'historien ajoute : « Ob hoc solum talis
rector inter eos dominatur ut eo... et ne lex nova alterius régis ibi adveniat
qua inolitam consuetudinem rumpat. Wuillehemus comes, dequo predixi,
miles est régis in nominc et dominus in re; el,in his partibus,nullus vocalur
comes nisi is qui ducis honorem possidet etne illius poteslasin hac regionc
paulo minus minueretur consilio et actujmperatoria' majestati sicut predixi
reluctatur» (Thietmar, C/ironirori;Migne, t. 139, col. 1377). Au lieu de M'uil-
lehemus Pictaviensis, il faut restituer Wuillehemus Prori/icia/is :1a maison de
2oi LA PROVENCE DU PREMIER AU XI1« SIÈCLE
Si). — Ij^s deux femmes du marquis Guillaume.
Le marquis Guillaume se maria deux fois. Arsinde fut sa pre-
' mière femme : lacté, passé à Arles en avril 972, où Guillaume
prend le titre de comte de Provence, est rédigé au nom des deux
époux *. De même, Tactede donation de Pertuis passé en juin 981'.
' Le second acte, où parait le titre de marquis^ passé à Arles le
17 avril 981, est la donation, consentie à Hugues Blavie, d'une
condamine aux LAnes dans le canton Roubian. Cet acte est rédigé
au nom seul de Guillaume, mais il est souscrit également par sa
femme Arsinde -^ Conformément à une règle, qui est constante à
ct^tte épocjue, le titre militaire de marquis ne peut être porté par une
femme ; Arsinde prend donc simplement sa qualité de comtesse.
Arsinde, si Ton juge par son nom, devait être originaire de
Lan«;uedoc *. L'acte du 29 août 993'* prouve que le frère de Rou-
I\)ili(M's no possédait aucun des grands pays qui com[X)saient le royaume
do Hour^'oj^ne : pas plus le Viennois (juc la Provence. La maison de Poi-
ti(M*s viimi plus connue» on Allemagne que la maison de Provence, Thielmar
lui a a II ri hue ce «pii convenait à cette dernière.
Par une erreur opposée, en 1042 les Annales AUahenaes font d'Agnès,
feunne de Henri III, la lillo de Guillaume, comte de Provence, alors qu'elle
élail lllle de (hiillaume duc do Guyenne: « Brunoncm episcopum cum viris
et fi'uiiuis uiisit ad desi)onsandam sibi Wilelmi comitis Provinciœ filiam. >'
(i. Hichler, Annulen dcr Deutschcn geschichte; III abteilung, ester band,
Halle. 181»0. p. 34:», note </).
1. Arles, avril [072]. « e^o in Doi nomine Wilelmus comes Provincie cl
eonjux mea Arsinnn » [Snint-Victor, 598).
2. juin [081J : «« Willelnius cornes et eonjux mea Arsiadis » (Cbantclou
pp. r)r.-r»7),
A. Arles, 17 avril [081 ] : « ego in Dei nomen Vuilelmus, marchius Arcla
leuse Provinliç... Signuui Vuilelmus... Signum Arsinda comitissa Grma
vil... » ^S.iini'Vicfor, n" 10V2>.
i. |VersO;>0|. « .Vrsindts comitissa cum fdiis suis Odo et Raimundo... ii
eouiitalu Narhonense... pnrdiclus Raymundus comes... » (Vaissète, //<s/. (f<
Lnnfjmuhc, t. \\ 2« éd., col. 232-233, n» i06-XCI). Cf. n» 79, 89.
;i. i Avignon ?] 20 août |903| : « ego Guillelmus comeset uxor mea Adalaizc
germanus meus Hodbaldus et filius meus Guillelmus... hune testamentun
uosh'um... lieri eligimus... donamus ad... Psalmodium... in page Nemau
sensi, ubi Rodanus vel Vitusalus Visterquc [iter] faciunt... ecclesiam..
r\
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 2SÎ)
baud, Guillaume, se remaria avec Alix et qu'il en eut un fils
nommé Guillaume comme lui. Cet acte est en effet rédigé en
commun, au nom de Guillaume, de sa femme Alix, de son fils
Guillaume et de son frère Roubaud K Dès 986, Alix était la femme
du marquis ^ : elle était sœur de Drogon, évêque du Puy, et, par
conséquent, fille du comte d'Anjou Foulques et de Gerberge,
comme le prouve un acte de septembre 994 ^, 11 s'agit donc bien
d'Alix, veuve du comte de Gévaudan Etienne I ; elle avait eu de
de ce premier mariage Pons, Bertrand, Guillaume et Ermen-
garde. En 979, elle s était remariée avec Louis V. Pendant
près de deux ans elle avait été reine de Guyenne ; mais, divorcée
en 981 et délaissée à Brioude, elle s'était réfugiée en Provence
Sancti Cosmœ et Sancti Damiani et alia ecclesia... Sanclœ Maria;... in terri-
lorio civitatis Magaloncnsis, in suburbio castri Substantioncnsis in lermi-
nivim de villa Caldisianicas, cum ccllulis... Facta donalionc ista IIII calen-
das scptcmbris anno scptimo quod usuq)avit Ugo ad Carolum Glium Ludo-
vici regem... » (Gard, H. 106, Cart. Psalmody^ f* 15).
1. M. Blaneard a parlé des actes, lires des archives de Psalmody,qui con-
cernent Guillaume et sa femme Alix. Ces actes lui paraissent décisifs et
à bon droit ; mais le fait qu'ils prouvent péremptoirement est exactement
le contraire de ce que M. Blaneard croyait pouvoir avancer. La cause de
celte erreur regrettable de M. Blaneard est bien simple : il parle de ces
actes, non d'après leur texte, mais d'après l'analyse qu'en faisait Mabillon.
Celui-ci se trompait en disant : « Ad haec eidem Warnerio Guillelmus
cornes et uxor cjus Adelaisac cognatus ejus Rotbaldus comes ac Guillel-
mus frater ejus dimiserunt ecclesiam de Bergen... • (Annales Ordinis S,
BenediclL.. t. IV, Lucae MDCCXXXIX, pp. 162-163). L'erreur consistait à
à dire que, d'après ces actes, Guillaume mari d'Alix était différent du
frère de Roubaud, Guillaume. Mabillon aurait dû imprimer : « ac cognatus
ejus Rotbaldus comes ac Guillelmus (illus ejus. » M. Blaneard répète l'er-
reur échappée par inadvertance à Mabillon et il ne l'aurait certainement
pas répétée s'il avait pris la peine de lire les textes de Psalmody avant d'en
parler (L. Blaneard, De Vexislence simultanée de Guillaume mari d'Ar-
sinde et Guillaume mari d'Adélaïde, comtes de Provence au A'« siècle, p. 9;.
Nice, 30 décembre [1000-1032] : <« ego Odila... per remedium animarum
Willelmo magnifico comité... in comitatu Nicensis, in territorio, prope civi-
lale, Cimela »> (C^« E. Cais de Pierlas et Gust. Saige, Chartrier de
Saint'Pons, Monaco, 1903, p. 5, n® Fil).
2. Avignon, 986 : « ego Vuillelmus comes, inclitus marchio et uxor mea
Adalaix comitissa... » (RufG, Dissert, hist., 1712, p. 16).
3. Le Puy, septembre [994] : « ego Drogo gratia Dei episcopus Anicien-
I
256 LA PROVENCE DU PRESflER At Xll^ SIÈCLE
et s'y était unie h Guillaume, comme le raconte Richer *. Guil-
laume venait précisément d'être revêtu du titre de marquis, en
raison de la venue de Louis V en Guyenne : c'est peut-être la
raison jwur laquelle la reine divorcée et désireuse de vengeance
vint se donner à lui plutôt qu'à un autre. Malgré l'issue mal-
heureuse de son bref mariage avec Louis V, Alix, après tout,
avait été reine. Pour un marquis, la mariée était encore belle :
cette union dut être pour lui à peu près ce qu'avait été vers 913
|>our le duc de Provence Hugues son mariage avec la veuve du
roi de Jurane. Les deux actes de 986 et de 993 ne sont pas
les seuls où Alix paraisse à côté du marquis : il y en a
quatre autres et ce sont ceux de juin [989], du 6 mars 990, de
992 et du 28 août [993 ?j '^. L'acte du mois d'août 1001 prouve
sis, liliiis Fulcoiiis coniitis et Gerborpa? dedi et concessi Willelmo comit
Provinciir filio Willolmi qiiondam comitis et Adalnsiîe sororis mese cas-
Iriiiii do (-halanconio mm omnibus i)ortinentiis suis quod heredes Alberli
mihi nupor viMididtM'unl. -{-Signum Drogonis episcopi. Aclum apud Podium
monse soplembris anno VII F regnantibus Hu^ne el Roberto regibus »
Hibl. nal. Dom Ilousseau, I, n^ 256; IM des Arch. de Barcelone parmi les
titres di»s comtés d'Aragon el de Provence''. La communication de ce texte
est due à l'obligeance de M. Guy de Puybaudel, ancien membre de l'École
(le Home.
1. <« Hegina,sese viduatam dolens et verita maioris incommodi iniurinm,
Willelmum Arelatensem adiit ei(|ue nupsit. Et sic ex divorlio adulterium
publicum operalum est » ( Uichcri Ilistor., lib. III, g 95^
i. Arles, juin |l)89j : « ...inter domno Vuilelmo comité et uxor sua
Adalax apud beum bominem nomine .Vicardo... de villa... Segalarias . . .
in coinitatu Aqueuse... de castrum (juod cdificari potuerit... donamus
tibiuuam me«lietatem. . . Signum domnus Vuilelmus et uxor sua Adalax...
Signum Teutbaldus, vicarius. » , Boucbes-du-Rhône, H. Saint- Victor, I,
n" 17 ; Mthn. de IWc. do. Man^ciUe, 1887, pp. 2o2-i53). M. Blancard a iden-
tifié Srgnhrias avec Saint-Zacharie.
Arles, 0 mars [i^i^Oj*. « Signum Willelmi comitis et uxoris suc Adalays...
Holbaldus eomes voluit et concessil » (Cbantelou, pp. 66-68). — 28 août
[003 ?j : «. Bodbaldus conies f. Adalaix comitissa f. Wilelmus comes f. et
lilius ejus Wilelmus f. » [CAuny^ n*» 1837). — Arles, 992 : « domnus princeps
et marchio istius Provincia* bonaî indolis Vuillclmus conjuge sua nomine
Adalaix et fdio suo nomine Vuillelmo venicns. . . Faclum boc testamentum
in ipso monasterio per preceptum domini Vuillelmi principis consentiente
LE ROYAUME DE ÈOURGOGiVE-^ftOVE^CE 25^
llix eut de Guillaume non seulement un fils, mais une tille
imée Constance ^ ; cette fille portait ainsi le nom de sa grand'
e paternelle. A peine les Carolingiens disparus, la femme
idiée de Louis V prit sa revanche : elle maria sa fille avec le roi
rance Robert II. Cet événement se produisit entre le mois
ût 1001 et le 25 août 1003 : Constance reçut en dot de Tor
lie ne gaspilla pas -. A sa suite, les modes de Provence
ihirent la France. Elle devait mourir à Melun en juillet 1032.
es derniers actes que Ton ait du marquis sont de 992 en
ur de Saint-Césaire d'Arles, du 29 août 993 en faveur de
Imody et du 28 août vers 990 en faveur de Cluny. Étant
né que le frère, la femme et le fils de Guillaume souscrivent
i-ci comme celui du 29 août, étant donné qu^il s agit égale-
it d'une libéralité en faveur d'une abbaye, on est porté 5 croire
cet acte fut passé le 28 août 993, la veille de celui relatif à
Imody. Ce sont là, en somme, les dernières dispositions prises
le marquis à la veille de sa mort. On sait que, quand Guil-
ne sentit approcher son heure dernière, il demanda l'assistance
ituelle de saint Mayeul et celui-ci, malgré son grand âge, vint,
r le voir, planter sa tente dans File sise sous Avignon. Il est
i évident que le marquis se devait de témoigner sa recon-
'sance à Tabbé : cette donation du 28 août en est un sou-
ir. Par conséquent les actes du 28 et du 29 août 993 ont dû
ugeejussimulcumrilioinpra?$entiadslantedoninoAnnoncarchiepiscopo
^oluerunt et firmaruut simul cum canonicis. Domnus Hotbaldus cornes
it atquc Brmavit. Stephaniis episcopus firmavit. . . Pontius cpiscopus
ivit. Alius Pontius archiepiscopus firmavit. Udolricus episcopus fi rma-
V'uillclmiis vicccomes firmavit. » (Bibl. nat. de Madrid, ms. Ec. 45, fT.
*-25 r®; Bouche, //«/. dp Provence, t. II, p. 47;.
Août [1001] : c( ego in Dei nomoii Adalax comitissa et filius suus Vil-
us cornes et filia sua Constantia... Si^um Adalax comitisse et filii sui
Imi comitis et filise sue Constantie. . ►> fChantelou, pp. 70-71).
1029: «ego Robertus gratia Det Francorum rcxct Constantia divino nutn
18. Me et conjugem meam Constanciam jocunda conversatione mihi
3dum dilectam et in administra tione rerum ad se pcrtinentium satis
m et strenuam predium... quod de auro a patris sui domo asportato...
rat. . . » (Bibl. nat., ms. lat. 17048, p. 424;.
^ém. et Doc. de VÉcoU det Charles. — VU. 17
258 LA PROVENCE DU PRE3CIEB AU Xir SIÈCLE
être passés à Avignon et Guillaume a dû mourir dans cette cité
peu apK'S. II donna de plus, à Clunv, Sarrians pour y élever une
é:;lise à la sainte Croix, en souvenir de sa victoire, et il déclara
sa volonté d'v être inhumé '. Sa mort sur\'int avant le mois de
septembre 99 i et ces derniers faits confirment bien ropinioQ
que le marquis occupait spécialement la région d* Avignon.
§ 6. — Lépoux d'Arsinde n est pas différent de celui dWlix.
Malgré la clarté des textes passés en revue, il est impossible
de quitter Guillaume, marquis de Provence, sans parler dune
petite difficulté qui a fait commettre une grande erreur.
L'opinion qu'il v a lieu de considérer à ce sujet se base fonda-
mentalement sur l'interprétation de deux actes : le premier, qui
serait de septembre 980, et le second qui remonte au mois de
juin 98 1 \
Cotte opinion émet les deux propositions suivantes :
I*' Ktant donné que la comtesse Alix et son fils Guillaume
I. io:n-IOiS : « . . .in villa Sarrianis(|uam Wilelmus quondain duxPro-
vintia* ot patorjmtria». . . moiiasIerioCliinionsi etlocoinquo se sepeliri rog:a-
vit. . . morioii'idonando. . . a'cclesiam construerc studuit et cam cousecrare
ot dodicaro roj:avil a. . . Hej:iml»aldo \rolatensium archyepiscopo ad hono
n'in l>oi ft inomoriain dominice et vicloriosissjimç crucis ac Domini
p'nitriois ol, . . IVtri ol Pauli ol. . . Marcelli. . . et. . . Satumini. . . » Cluny,
*2. Louis Hlanoard. -Vo/e sur l'origine des comtes de Provencey Aix
typo^T. Hrmi>iulrt-Auhiii. sur !o C'.oiii*s, 53, 1868, iu-8 de 8 pp. (Extrai
du f^.tin;frô:< :icirntifitfui* de France, 33* session tenue à Air en décembre
/,S6*6\ t. II. pp. 3S2-.*Wr» . — Sur les lorres, comtes et vicomtes en Pro
vonco, au x*" ^i^•clo. d'aprt»s la cliarle de donation de Ségalarie à Aicard
fils dArlulfo 98\» : communication faite à la séance du 31 mars 188"
Kxlrait dos Mrmoires d^ rAcadt'mir des Sciences^ Belles-Lettres et Art
do Marsfùih. annccs 18S5-I8S7, Marst»ille, Barlatier-Feissat, 1887, pp. 233
255 . — La charte de Gibcllin de Cîrimaut : lecture faite à la séance d^
17 juillet 1S87. Marseille, i8s7, in-8 de 23 pp. (Extrait des Mémoires d
rActdrmit' tics Sciences^ Bel Ics-Let très et Arts de Marseille^ années 188*1
1SS7. pp. 310-3îi . — Ho rcxistcnce simultanée de Guillaume mari d*Ai
sindo ol Ciuillaume mari d'Adélaïde, comtes de Provence au x« siècle. S. 1
n. d., in-8 de 10 pp. Extrait des Mémoires de F Académie de MarseilU
années 1893-1890, pp. 197-21)0).
^
LE ROYAUME DE HOLRGOciNE-PROVEiNCE 259
souscrivent la donation de Pertuisà Montmajour, émanée en juin
981 du comte Guillaume et de sa femme Arsinde, le comte Guil-
laume mari d' Arsinde alors vivant ne peut être le même que le
comte Guillaume mari d'Alix, père de Guillaume et souche
de la maison des comtes de Provence; en effet, il est bien cer-
tain qu'un homme ne peut avoir deux femmes côte à cote dans
le même acte, c'est-à-dire à la fois.
2® Etant donné le texte de la donation de Saint-Tropez en
septembre 980, cette nécessité de distinguer deux comtes Guil-
laume, l'un mari d'Arsinde, Tautre mari d'Alix, se trouve con-
firmée d'une manière éclatante. Il était acquis que le premier est
fils de Boson et de Constance ; ce texte prouve désormais que le
second est fils de Boson et de Folcoare.
Ne pas accepter les conséquences, qui découlent de proposi-
tions d'un aspect aussi décisif, semble marquer la volonté de s'in-
surger contre l'évidence. Il faut cependant avoir ce courage pour
deux raisons bien simples: le premier acte est mal interprété, le
second est apocryphe, au point qu'il n'en subsiste rien.
En ce qui concerne le premier, par lequel, en juin 981, le
comte Guillaume et sa femme Arsinde donnent à Montmajour
ce qu'ils possèdent à Pertuis en vertu d'une cession de Tévêque
de Cavaillon Engilran et de son frère Nivelon, la seule difficulté
provient des souscriptions. Il importe d'étudier l'ordre dans
laquelle elles se présentent. On en rencontre quatre groupes
distincts. 1° La souscription du comte donateur et celle de sa
femme; 2® les souscriptions de neuf notables arlésiens ou autres
qui, sans exprimer leur qualité, confirment la donation ou en
témoignent; 3** la souscription de la comtesse Alix et celle de
son fils Guillaume; i'' les souscriptions des trois fils du Nivelon
mentionné dans le texte de la donation et celle d'une quatrième
personne qui la confirme également; 3** enfin la souscription du
scribe, le moine de Montmajour Archinric. 11 est impossible de
ne pas être frappé de ce fait que la souscription d'Alix , au
lieu de suivre celle du comte et de sa femme, ne vient qu'en troi-
sième rang, après celles des témoins. Cela est contraire aux règles
260 LA PROVENCE DU PKE3IIER AU XII* SIÈCLE
strictes de la préséance : immédiatement, il y a lieu de pré-
sumer que les 3*^ et 4* séries de souscriptions ont été intercalées
après coup entre les souscriptions des témoins et celle du scribe.
Chacun sait que, dans les originaux, souvent il existe un vide
entre le texte et la souscription du scribe : celui-ci Ta laissé
pour les témoins, dont il ne connaît pas d'avance exactement le
nombre, et les témoins, en y faisant apposer leurs souscriptions,
peuvent ne pas le remplir complètement. Chacun sait aussi
combien il est fréquent — sans qu'on s'en soit toujours aperçu —
que les actes soient suivis de souscriptions plus récentes, mises
plus ou moins longtemps après leur rédaction pour les approuver.
S'il faut citer des exemples, celui du 1**" avril 976, fourni jwr le
cartulaire d'Avignon, sufRra comme indéniable ^ Les souscrip-
tions se présentent à cet acte de la manière suivante, l^ Trois
souscriptions d'évêques voisins; 2** les deux souscriptions des
comtes; 3® la souscription de Tévêque d'Avignon Landry, auteur
de la donation ; 4® la souscription du vicomte ; 5* six souscrip-
tions de témoins ; 6® la souscription de Garnier, évéque d'Avi-
gnon, successeur de Landry ; 7® la souscription du scribe. 11
est évident que Garnier a mis sa souscription au bas de cet
acte, après la date de sa rédaction, dans Tespace resté vide entre
celle du dernier témoin et celle du scribe. Cela est évident pour
la raison péremptoire qu'un évêque, s'il est présent au moment
de l'acte, peut bien souffrir k la rigueur la préséance du comte de
sa cité, mais ne saurait souscrire après les simples témoins. D'ail-
leurs, une église ne peut avoir deux évêques titulaires à la fois,
pas plus qu'un comte ne peut avoir deux femmes légitimes. Ce
qui s'est passé pour l'acte de 976 d'Avignon, c'est exactement ce
qui a du se passer pour la donation de 981 à Montmajour.
Le critique a donc une présomption très grave : mais il peut
aller plus loin et donner les dates exactes auxquelles les 3*' et
i** séries de souscriptions ont été. Tune après l'autre, ajoutées à
i. Avignon, avril 07G (Arch.dc Vaucluse, G., chap. mélrop., n® 27 prov.
fo 20).
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 261
cet acte dans le vide restant, sur le parchemin, entre le dernier
témoin et le scribe. Cette donation de Pertuis par Guillaume et
Arsinde était pour Montmajour un accroissement considérable
de temporel que les héritiers des donateurs devaient chercher à
reprendre et que, par contre, labbaye devait chercher à se faire
conGrmer par la juridiction spirituelle de Tordinaire, ainsi que par
les ayants droit des donateurs après la mort de ceux-ci. C'est ce
qui se produisit. Les archives de Montmajour ne renfermaient
pas moins de trente actes relatifs à cette affaire, depuis 981 jus-
qu'en 1286 *.
Le 25 septembre de Tan 1000, à Avignon ^, la comtesse
Alix et son fils Guillaume d une part, Tabbé de Montmajour
Archinric de Tautre, se présentent devant Tarchevêque d'Aix
dans le diocèse duquel se trouvait Pertuis : ils lui demandent
instamment d'approuver le don de Pertuis fait jadis à Montma-
jour par le comte Boson et celui fait ensuite par le comte Guil-
laume, ce que Tarchevêque accorde. Sans aucun doute, Alix
et son fils Guillaume qui paraissent ici sont les mêmes personnes
que celles dont les souscriptions forment le troisième groupe au
bas de la donation de 981. 11 parait certain aussi que, s'ils
demandent l'approbation de ce don, ce ne peut être qu en qualité
d'ayants droit du comte Guillaume rappelé par eux à lar-
chevêque : la donation de ce Guillaume qu'ils citent ainsi est
sans contredit celle de 981. Quant au don du comte Boson qui
parait avoir été antérieur, sa date et sa teneur sont inconnues :
il peut s'agir de Boson, le père du Guillaume de 981 , c'est-à-dire
de Boson fils de Roubaud, mort, on Ta vu, vers 966. 11 peut s a-
gir aussi du comte d'Avignon Boson fils de Guillaume, dont,
avant 976, le Guillaume fils de Boson et petit-fils de Roubaud
s'était trouvé lui-même l'ayant droit. De son côté, Tabbé Archin-
ric, qui s^adresse à larchevêque d'Aix en 1000, parait être la
i. Chantelou, éd. du Roure, pp. 56-57, 72-73, 90-91, 124-126, 127-128
134-135, 135-136, 140-142, 153-154, 154-155, 190-191, 234,239,239 240.
304-305, 305-307. 307, 308, 332-333, 333-334, 334, 334-343, 343-344, 348-350,
354-355, 364-365, 365.
2. Ihid., pp. 90-91.
262 LA PROVENCE DV PREMIER Al' XIl*" SIÈCLE
même personne .que le scribe Archinric de 981, alors simple
moine dans Tabbaye.
Cette approbation de larchevéque d'Aix obtenue, Tabbé de
M<»ntmajour ne s'en tint pas là. Deux ans après, en 1002, le
comte Houbaud, frère du comte Guillaume de 981, et sa femme
Ermen^arde approuvent à leur tour la donation de juin 981 et
abandonnent toutes les prétentions qu'ils pourraient avoir en
qualité d'ayants droit du donateur *. Le préambule de cette con-
firmation — point à noter — n est guère que la copie de celui de
981 : cela prouve que les parties lavaient sous les yeux. Or,
voici l'ordre des souscriptions de l'acte de 1002. 1® Les deux
souscriptions du comte Roubaud et d'Ermengarde ; 2^ les deux
souscriptions de Guillaume, neveu de Roubaud, et d'Alix,
mère de ce Guillaume ; 3** la souscription d'un vicomte ; 4® onze
souscriptions conlîrmatives ou simplement testimoniales de per-
sonnes sans qualité énoncée;.^)** les quatre souscriptions des trois
lils de Nivelon et d'une quatrième personne.
Tandis (|u'Alix et l'abbé ont recours à l'autorité de l'ar-
chevêque en 1000 pour confirmer Tacte de 981, maintenant
Roubaud, en 1002, confirme cet acte de lui-même. On peut infé-
rer de cette diUérence de forme que Guillaume fils d'Alix
était encore mineur en septembre 1000 et que l'intervention de
l'archevêque est sollicitée par l'abbé ad majorem cautelam pour
remédier à ce défaut d'âge.
Les Guillaume et Alix qui souscrivent la confirmation de
1002 sont, à n'en pas douter, les mêmes personnes que les auteurs
delà confirmation précédente du 15 septembre 1000, dont les
souscriptions figuraient aussi à la suite de l'acte de 981. Seule-
ment, ici, en 1002, le lils passe avant sa mère : on peut croire
qu'il est devenu majeur. En 1002, leurs souscriptions sont bien
de la même date que la rédaction de l'acte : on les trouve à leur
place régulière après celles des donateurs, avant celles du
vicomte et des témoins. Quant à la 3** série de souscriptions pla-
1. Chanlolou, (h\. du Houiv, pp. 72-73.
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 263
céeau bas de la confirmation de 1002, rien ne dit qu'elles soient
de la date de Tacte. Il y a présomption qu'elles soient posté-
rieures, car le rang de la famille qui, jadis, avait donné Pertuis
aux comtes de Provence et l'intérêt qu'il y avait pour Montma-
jour à s'assurer son consentement persistant auraient dû, si ses
membres avaient souscrit au moment de l'acte confirmatif, la
faire passer avant les témoins ordinaires.
Ce n'est pas tout : le 4 août 1018^, Mçntmajour obtint
encore, des trois frères qui composaient alors cette famille, le don
de la moitié de Pertuis qu'ils retenaient à titre viager et dont
les confronts sont les mêmes que ceux indiqués en 1002. On
remarque que cette donation émane précisément des trois frères
dont les souscriptions avaient été mises à la fin des actes de 981
et de 1002.
Désormais, tout se présente clairement à l'esprit et il suffit de
produire côte à côte les quatre actes de juin 981, de 1000, de
1002 et de 1018 pour faire jaillir la vérité.
Les souscriptions qui accompagnent la donation de juin 981
sont de trois époques différentes. Au fur et à mesure qu'un acte
confirmatif de cette donation intervenait, les auteurs de cet acte
nouveau ne se bornaient pas à le souscrire : ils souscrivaient
en même temps l'acte primitif de 981. Ainsi, les 1®*", 2® et
5e groupes de souscriptions ont seuls été apposés en juin 981,
lors de la rédaction de l'acte. Le 3* groupe y a été joint le 25
septembre 1000 et le 4*^ y a été joint seulement le 4 août 1018.
De même, en ce qui concerne l'acte de 1002, les quatre premiers
groupes de souscriptions qui y figurent sont seuls contempo-
rains de cet acte ; le 5*^ y a été joint le 4 août 1018.
Il résulte de cet éclaircissement que, si le Guillaume auteur
de l'acte de juin 981 n'a jamais pu avoir deux femmes à la fois,
rien n'empêche qu'il les ait eues successivement. Ce fut d'abord
Arsinde, d'avril 972 jusqu'en juin 981 ; ce fut ensuite Alix qui
sera sa veuve.
1. Chantelou, pp. 127-128.
264 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE •
En 1002, au bas de Tacte où Roubaud confirme la donation de
981, la souscription de Guillaume, fils d*AIix, précise qu'il est
le neveu de ce Uoubaud. L'acte du 29 août 993 avait déjà eu soin
de dire à plusieurs reprises que Guillaume mari d'Alix était frère
de Roubaud. Les souscriptions, mises après coup sous Tacte
de mai 961 , disaient que les frères Guillaume et Roubaud
étaient fils de Boson et de Constance. Ces frères paraissaient,
entre 977 et 983, comme seigneurs du fisc possédé par Lambert
près de Montmajour : au bas de ce dernier acte, figuraient leurs
deux souscriptions et celle dWrsinde. Il est donc bien évident,
même, semble- t-il, pour les aveugles, que Guillaume mari d'Ar-
siiide, auteur du don de 981 , est le propre frère de Roubaud con-
firma teur de ce don en 1002. Il est évident que, sa femme Arsinde
étant morte, Guillaume frère de Roubaud se remaria avec Alix,
dont il eut Guillaume, désigné en 1002 comme le neveu de Rou-
baud. L'acte de 981, produit par l'opinion qu'on examine, se
trouvant ainsi clairement expliqué, la première proposition que
les adeptes de cette opinion en faisaient découler ne s'étaie plus
sur rien.
La confirmation de Facte de 981 par Roubaud en 1002 n'est
d'ailleurs pas la seule : en mars [1032-1034], les deux frères Ber-
trand et Geolfroy, comtes de Provence, confirment à Montma-
jour* ce que leur aïeul Guillaume avait donné à cette abbaye.
Bertrand et Geoffroy étaient fils de Guillaume et de Gerberge :
puisqu'ils parlent du mari d'Arsinde comme de leur grand-père,
cela prouve encore une fois que celui-ci épousa Alix leur
grand 'mère après la mort d'Arsindel Le même Geoffroy en 1037
confirmera à Saint-Victor la condamine donnée jadis à Hugues
i. Mars [1032-1054]: « ego Gaufridiis Dci ordinatione cornes... depreca-
liom» niei fralris Bcrlranni..., Perlusum... abavonostroGuillelmo data... >»
(Chanlclou, pp. 13r)-136). — 1057 : « ego Gausfredus... et uxor mca Stefa-
nia,.. donamus... in Huhiano... couda mi uam... quam dédit avus meus
Wuilelmus marchio sive cornes Provincie et avia mea Adalax comitissa...
L-goni... Blavie... » {Saint-Victor, n" J84). — 17avTil [981]. « Dilccto Ugone,
ego... Vuilelmus marchiu.s... in... Rupiano... condamina. Signum Vuilel-
mus... Signum Arsinda comitissa »...(//>(c/., 1042).
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 265
Blavie par son grand-père Guillaume et sa grand'mère Alix. Or,
en réalité, ce don avait été fait par Guillaume et sa première femme
Ârsinde.
En ce qui concerne le second acte sur lequel se base cette opi-
nion et par lequel, en septembre 980, le comte Guillaume, fils
de Boson et de Folcoare, mari d*Alix et père de Guillaume, aurait
donné Saint-Tropez et le golfe de Grimaud à Gebelin de Gri-
maldi, il faut en distinguer le fond et la forme.
La substance est en contradiction avec les chartes authentiques
du Cartulaire de Saint-Victor qui témoignent que toute cette
région, et en particulier Grimaud, dut être concédée par le mar-
quis aux vicomtes de Marseille ^ La date de 980 est impossible;
alors, les Sarrasins occupaient encore les localités qui auraient fait
l'objet de la donation. Ils furent expulsés seulement en 983. En
990, Tévêque de Fréjus, dans le diocèse de qui ces localités
existent, venait déclarer au marquis que son évéché se trouvait
absolument dévasté, que tous les titres de propriétés avaient dis-
paru, que personne ne savait plus ce qu'il possédait au juste ;
c'est alors seulement que le marquis, ému de cet état de choses,
songea à reconstituer l'évêché de Fréjus. Si l'acte de 980 était
authentique, le marquis aurait songé à doter le soi-disant Gebelin
de Grimaldi dix ans avant de régler l'état bien plus important de
l'église cathédrale. Il aurait songé à garnir Saint-Tropez dix ans
avant de restaurer Fréjus.
Quant à la forme de l'acte et à sa rédaction, elle dénote un
apocryphe qui ne tromperait guère un diplomatiste novice.
M. Blancard, certes, n'a jamais pris la forme de la donation de
980 comme authentique : avec un rare bonheur, il est même par-
venu à établir d'une manière convaincante que cette rédaction
fut l'œuvre de Guillaume de Grimaldi, moine de Lérins et prieur
de Puget-lès-Fréjus, à la fin du xv* siècle, qui trouvait ainsi le
moyen d'augmenter la série de ses ancêtres et qui, pour bien
placer son faux de manière h en imposer, le transcrivit à la fin
i, 1069 (Saint-Victor, no589).
206 LA PROVCNCR DC PREMIER AU XII* SIÈCLE
du CurtnlAiro. de Frojus sur un feuillet resté blanc *. En réalité.
SCS ancêtres, les Grimaldi de Gênes, avaient été bannis de Ligurie
en 1270 et c'est alors seulement qu'ils étaient venus se fixer en
Provence.
Après cela, il semble inutile d*insister sur cet acte : M. Blan-
card, cependant, abusé par les souscriptions de Tacte de 981 qu'il
croit toutes d'une même teneur, n'abandonne pas absolument le
faux de 980. 11 lui sait gré de Tappui apparent qu'en retire sa
conception des deux Guillaumes, maris, l'un d'Arsinde et l'autre
d'Alix. Il persiste à croire que Guillaume de Grimaldi se permit
sur l'acte de 980 de simples interpolations avec quelques retouches
et (jue le fond en reste authentique. En admettant cette hypo-
thèse peu séduisante, l'acte du 29 août 993, rapproché des actes
de mai 91) I et de [977-983], fait un devoir strict de reconnaître
(|ue les (juatre mots placés ici en italiques, « nos Guillelmus
conu»s IhmmiH et Folcoarse fîlius, in Arelate civitate consis-
tentes... *>, constituent Tune des interpolations fâcheuses dues à
Guillaume de Grimaldi. C'est un devoir cruel mais strict. Lais-
sant là cette hypothèse, il fiiut dire que l'acte de 980 est apo-
cryphe, de ftïiid comme de forme. Il n*y a aucun compte à en
tenir : le faussaire n'inventait pas tous ses personnages, mais il
les groupait nud, ({uand il ne les inventait pas.
UouImuiI^ rnan/uis de Provence,
^99i-vers lOiOj
Quand le n)art|uis Guillaume, mari d'Alix, mourut, le titre de
numpiis ne passa pas à son lîls ; s;uis doute à cause du bas âge
I !.. lUaiuanï. /.,i charte i/o (iibeHin <h Grimaui.
C(, K. ('.ju> tlo Piorlas. /><»o. i/iôi/i7.< sur les iirimaldi et Monaco et leurs
/v/.^/io/i.< .Htv les tiucs i/o S,ir«)i>. suicis des statuts de Menton, Turin, Bocca,
iSSii, in-8, PI». IS-I»>.
\
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 267
de ce dernier, qui avait tout au plus une dizaine d'années, ce fut
le comte Roubaud qui en hérita.
Ce comte, qui, du vivant de son frère Guillaume, avait été
réduit à un rôle effacé, commence à agir de lui-même une fois
demeuré seul. Les actes, qui émanent de lui désormais, le
montrent dans les comtés d'Orange, de Marseille, surtout dWix et
de Nice*. 11 fut marié avec Ermengarde, dite aussi Einiildis^ qui
1. [993-1002] : « e^o Rotbaldus niarchio et conjux nica... Eimildis in
comitalu Aurasico. . . castruni. . . Podium Odolinum Htobaldus comos
et uxor sua Eimildis. Adalax comitissa et ûlius suus Willelinus. Poncius.
Leolgerius. Rostagnus de Sabran. Amelius. Stephaïuis. Aicardus. Willcl-
mus vicecomes... » (C/u/iy, n° 1987)
22 août [1002]: a ...in comitato Nicensis prope civitatis... qui mihi
advcnit propter donacionom domni Wilielmi incliti comiti qui fuit condam
et domni Rodbaldi comiti necnon et domni Mironi. . . » (E. Gais de Picr-
las, Cartulaire de V ancienne cathédrale de Nice. Turin, J.-B. Paravia, 1888,
pp. 23-24, no 18).
Arles, 7 décembre 1002 : « ego Balda.,. Correns... Signum Rotbaldus
cornes firmavit. Signum Adalax comitissa firmavit. Signum Vuilielmus
comes firmavit » (Chanlelou, pp, 98-100).
1002 : « ego in Christi nomine Rotbaldus comes et conjux mea Ermen-
garda.,. villam... Pertusus,... in regno Provincice, in pago Aquonso... (|ui
michi ex prœcepto régis legibus obvcnit... Signum Rotl)aldu8 comes et uxor
sua Ermengarda... Willelmus nepos suus firmavit. Adalax comitissa firma-
vit. Adalelmus judex firmavit... • [Ibid,, pp. 72-73).
ir> septembre [1003] : « in comitato Nicensis subtus monte Calve-
roles qui mihi advenitper donacione Wilielmi et Rotbaldi comilis nec-
non et Mironi vel uxore sua Odila. Et habet consortes de uno latere in
terra comitare... » (Cartul. de Nice^ pp. 25-26, n° 19).
Saint-Pons, 11 mai iOOi : élection de Tabbé Jean par sept moines et (juatrc
autres personnes, »< coram... antitftitum Bernardum Niciensis et alium Ber-
nardum Antipolensis coterorum(iue priorum hominum necnon et mulie.
rum... hune monachum nomine Joannem, vultu decorem, illustruni sensu,
stemma sublimem, moribus(|ue insignem... Rodbaldus inclitus comes firma-
vit. Ermengarda comitissa firmavit. Willelmus de Nicia firmavit »... [Carf.
Saint Pons, n^Il).
1005 :« ego Pontius... Massiliensis... pontifex... cum consensu domni
Hodiilû régis Alamannorum et Provincie, seu eciam cum precepto...
domni apostolici pape urbis Rome, cum voluntate etiani domni Rodhbaldi
comitis et domne Adalaizis c(>mitisse, domnique Guillelmi comitis (ilii
ejus... Rodballus ^ratia Deicomes firmavit, vohiit et consensit et manu pro-
pria roboravit. -j- Signum Poncius episcopus manu propria firmavit. Adalax
inclita comitissa assensum prebuit et manu sua firmavit. Guillelmus cornes
i
268 LA PROVKNCK DL' PREMIER AU XII* SIÈCLE
parîiît jusqu'oïl lOO.'J. Lui vivait encore en 1008, mais mourut
nvant le 22 avril 1015. 11 eut un Als et une fille, comme son
frôre.
VI
(iuillnumc^ marquis de Provence et les comtes indivis.
(VerslOlO-vers 1040)
Lo fils, nommé Guillaume comme son oncle, est connu de 102i
à 10.'i7 : il fut marquis après son père. L'acte du 9 mai 1031 en
dcmno la prouve. Guillaume, filsde Roubaud, parait dans les com-
tés d'Aix, Venasque, liiez, Sisteron et Gap. S'il eut des enfants
(lo sa fomme Lucie, qui paraît de 1030 à 1037, ces enfants ne lui
survécurent pas *. Il parait avoir été le cadet de sa sœur Emma;
I*n»viiuMO iiliiis ojns iirmavit. Giiillclmiis Tholose urbis cornes firmavil.
Kniu'ii^rjntlis uxor Rdclhalli coinitis manu pmpria firmavit... Rado episco-
puH f. KIiiHMîiiliis opiscopus f. Domniis Poncius Arelatensis archiepiscopus
f. Aiiiiili'i(Mis AipuMisis opisoopus f. » {Saint-Viclor, n® 15).
Arlfs, 2\» iKVtMu hit» [1008 ?]:.» vgo Pelnis, prepositus... Arelatensi.comulîi-
inus ail llohrcos... oonsiMioiiMilo donina Adalaix comitissa et ûlio suo Gui-
K'iiiu» 0(nnih\ Si^nunn Adalaix comitissii. Wilolmus cornes (Gali, novis$.,
ArU'K, II" :\o:\ .
Arlos, 1008 : « o^^d .\irardus... iii torminio Atjuensi, sive Avenionensi. vol
ArolalniNi... liolrtulona... Si^rmim Aioanli. Si^^num Lout^rdc ejus uxoris.
Si^;niiin Hothaldi coinitis... >> ^('.hanloloii, pp. 121-122}.
1. 102V : X o^o Vuilohuus tilius Hodbaldi... in comitatu Aqueuse...
Sif^iunn o^c» Wilclmus... .\dalaiz comilissa f. Vuilolmus cornes filius Rod-
halili tiruia>i( » S.ii/i/- \Vr/o/\ ii'» 225^
{{VM) : H oy:o Willohnus ooinos .Pn>viucio ol uxor mea nomine Lucia...in
ODiiùlatii Slslorii'o... K^o Willolimis comos hanc cartam scribi mandavi et
manu propria tinnavi, toslihusqiio suhnixis fînnari rogavi. Poncius conies
lîlius Tolosani tirma>iL Horlrannus fia ItM* ejus firma\it... » (Saint- Victor ,
IV* t".82'.
(îap, 0 mai HUli : « WiUolnuis niaivliio cjusque conjux Lucia comi-
tissa... pit>po mu'uia oivilalis » Paul Cîuillaumo. \otice historique et docu-
mivWs int^tiits »ur lo prioun^ dt* Saint- A miré de Gap^ p. 10, § 5).
(1008-10:12] : M do scnioiv uosli\> Willolmo comité et uxore sua Lucia
oomilissa in comilalu Vandasoonso in lorritorio de Dîmone » [Cluny,
Pioloiio, mai 1037 : « oj:t> Willolmus nobilissimus cornes et uxor mea
N
Le royaume de BOCRGOGNE-i>ROVENCE 269
eneflet, celle-ci, mariée dès 998, avait à cette date au moins trois
fils. Elle figura, jusqu en 1024, du vivant de son frère, dans des
documents qui intéressent les comtés de Fréjus et de Sisteron ^
Elle épousa Guillaume, comte palatin de Toulouse, fils de Ray-
mond-Pons et déjà veuf d'une première femme qui lui avait donné
un fils aine nommé Raimond. Des trois fils de Guillaume et de
sa seconde femme Emma, Henri, Pons et Bertrand, les deux
derniers recueillirent la quote-part indivise de la Provence à
laquelle ils avaient droit comme ses représentants à elle. Cela
nomine Lucia... Diliada... et Scptem Fontes... in cpiscopatu Rcgcnsi...
Signum Willelmi et uxoris suc Lucie... ». Au dos de Taclc : « de Wil-
lelmi comitis filii Rodbaldi » (C/wnj/, n<» 2917).
Guillaume et sa femme Lwcie confirmèrent l'acte émané en 992 du premier
mai*quis pour Saint-Césaire : de même, sa sœur et son beau-frère. [1010-1030]:
« Willelmus comesfilius Rotbaldiel uxor sua Dulcia (sic). Willelmus comes
Tolosanusetuxor sua Emafirmaverunt... » (Ruffi, Z)ta»cr/a<to/i«,1712,p. 45).
1. 998, ind. XII : « clementia Dei ordinante Wilelmus comes Tholose
prtpcellentissimus, prcsidens amplissima terrarum régna, inter alia possi-
dcl Nemausensem comitalum, ubi... Psalmodiacum Beali Pétri conobium...
piefaius Wilelmus et uxor i\jus. . . quartam partem Beati Juliani non longe
ipsi monasterio adiacentem et justicias jamdicte villç sancti Juliani...
prçbuerunt. . . ad ipsum conobium et ad abbatem Warnerium. . . Pro hac...
donatione. . . donaverunt. . . Warnerius abbas. . . et cuncta congrcgatio. . .
ad Wilelmum comitem et ad Emam uxorem eius et ad filios eorum videli-
cet Raimundum et Aialricum et Pontium et Berlrannum mille septingentos
solidos. . . Facta carta. . . régnante Roberto roge. Signum Wilelmo comité
et uxoro sua Ema... Signum Raimundo filio Wilelmi. Signum Aianrico.
Signum Pontio. Signum Bertranno. Isti omnes sunt filii Wilelmi » (Arch.
du Gard II. 142; cf. Ihid., II. 106, f» 81 ro-v«>).
1005 {Saint-Victor, ITi). — Dimanclie 22 avril 1015/6 : « ego Ema comi-
lissa, Olia Robaldi comitis et Ermcngarde uxoris ejus, matris mec... in
comitatu Forojuliensi... Ema comitissa... » (Chanlelou, pp. 126-127).
Octobre [1021] : ind. IV: « Adalaiz comitissa... in villa... Manoasca... in
comitatu Sislerico... Signum Adalniz comitissa... Emma comilissa firma-
vil... Wilelmus comes firmavit » (Sninl- Victor, n° 653).
1024, ind. VII : « ego Wilelmus comes Tolosanus et uxor mea Ema...
pro remedio... filiorum filiarumcpie... nostrorum in comitatu Sisterico...
Manoasca... Signum ego Vilolmus comes et uxor mea Ema... » {Saint-Victor,
n° 652). Le Guillaume (jui. en 1024, souscrit avec le marquis fils de Rou-
baud le n^ 225, doit être Guillaume de Toulouse. — novembi*e 1024 : »< ego
Ema comitissa et filiusmeusPontius...mansum unumin Advenione civilato..
Signum Emma commitissa firmavit. Signum Pontii. Signum Bertranni. >.
(Bibl. d'Avignon, ms. 24C6, f» 191 r*»).
1
i
270 LA PROVENCE DU PREMIER AC XII* SIÈCLE
prouve que, vraisemblablement, elle n'avait pas été dotée : elle
mourut entre 1024 et 1030 ^, c'est-à-dire avant son frère, le
marquis Guillaume, qui dis|)arait seulement entre 1037 et 1040 '•.
Comme on le verra, la Maison de Toulouse n'a jamais possédé
que le quart indivis de la Provence : il est donc certain que, si
Kmma, né tant pas dotée, a transmis ce quart à ses fils Pons et
Bertrand, ceux-ci n'ont pas hérité de leur oncle le marquis Guil-
laume mort sans enfants.
Laissant là, pour Tinstant, la Maison de Toulouse qui entre
ainsi en Provence, il y a lieu de se reporter à la branche cadette de
la Maison des comtes de Provence. On a déjà dit que le premier
marquis Guillaume avait eu de sa seconde femme, Alix d'Anjou,
un fils nommé comme lui qui lui succéda en bas-âge. En 1002,
ce lîls était encore mineur, semble-t-il, quand Alix fait approuver
par Tarchevêque d'Aix sa confirmation du don de Pertuis, jadis
émané du marquis en 981. Les actes le qualiGent, comme son
père, comte de Provence et il partage ce titre avec son oncle
Houbaud. Jamais il ne reçoit le titre de titre de marquis qui est
dévolu à celui-ci.
Du vivant de son père, Guillaume figure dans trois actes en
992 et les 28, 29 août 993 \ En septembre 994, devenu comte
de Provence par la mort du marquis, il reçoit de son oncle mater-
nel Drogon, évéque du Puy, une localité hors de Provence, qui
représente sans doute une partie des biens dotaux de sa mère
Alix '*. Guillaume est appelé à confirmer les actes de son oncle
Houbaud dans les comtésd'Aix, de Marseille et d'Orange, ce qui
prouve la possession toujours indivise de la Provence par les
ooniles de Provence. Ses actes personnels concernent le comté
do Sisteron. 11 y a appiirence que les biens dont il jouissait.
i. lOliO {Saint-Victor^ (iS2). Ses fils seuls souscrivent.
2. *2*> mai 10^2 Snint- Victor^ n® 37*)^ C\»st Geoffroy qui est alors mar-
(piis. Il IVlail sans iloule <K's le 15 octobre 1040 \ Saint- Victor^ 14); car,sile
papo no mon lionne pas alors le consentement du marquis Guillaume, cVst
(pi'il olail morl.
3. Voir, ci-(lossns, pp. 226, n. 1, et 220, n. 1.
4. Voir, ci-dessus, p. 255, n. '^,
\
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 271
comme ceux de son père, se trouvaient surtout sur la rive droite
de la Durance. Beau-frère du roi de France, il épousa Gerberge,
GUe d'Ermentrude et d'Otte-Guillaume, comte de Bourgogne et
de Maçonnais. De son temps, ce qui confirme les paroles de
Thietmar, les actes privés commencent à supprimer couram-
ment l'indication du règne du roi de Bourgogne *. Gerberge paraît
1. Avignon, 25 septembre 4000: a in presentia*domini Amalrici, Aqucnsis
sedis archiepiscopi, domina comitissa Adalax et filius suus Willclmus et
scrvus omnium scrvorum Dei Archinricus... abbas... villam... Pertusus... w
(Chantclou, pp. 90-91).
Août [1001 J, ind. XIV: «ego... Adalax comitissa et filius suus Villelmus
cornes et filia sua Constantia... vallibus... Ollieria... Signum Adalax comi-
tisscet filii sui Villclmi comitis et fî lie sue Constantic... Rado episcopus
firmavit, Eldebertus judex firmavit» {Ibid., pp. 70-71).
[993-1002] (C/uny, no 1987). Cf. ci-dessus, p. 267, n» 1. — Arles, 7 dé-
cembre 1002 (Chantelou, pp. 98-100). — 1002 (i7)iW.,pp. 72-73). Cf, ci-dessus,
p. 267, n. 1.
1005 (Saint-Victor, n«15). Cf. ci-dessus,p. 267, n. 1. — Arles, 29décembre
[1008 7] (Gall. noviss. Arles, n<> 305). Cf. p. 267, n. 1.
1013, sans date de règne : « ego Wilelmus comes Provincie,conjuxque mea
Girberga una cum filio nostro nomine Wilelmo... donamus... ad proprium
alodem... in comitatuSisterico... de villa... Manuasca... ecclesia sancti Mar-
tini... non longe a fluvio Durenlia.. Ego Willelmus comes Provinciç,
annuente Domino,.., manu mea ûrmavi... Domna Guiberga, inclita comi-
tissa firmavit. Domnus Wilelmus oorum preclara soboles firmavit »
(Saint- Victor, n» 646).
Mercredi de mars [1013-1018] : « Walperlus presbiter... pro redemplione
anime comiti Wilelmo et uxore sua Adalais... et pro redemplione filium
suum domno Wilelmo comité et uxore sua Wirberga... ad Sanctum Satur-
ninum... » (Saint- Victor, n^ 133). Il s'agit de Saint-Savournin dans le comté
d^Vix.
Décembre [1013-1018] : « ecclesiam S. Saturnini... in loco... Voraginis,
in comitaUi Aqueuse, ego... Ronefatius... Facta hec donatio... in mense
decimbri régnante Domino nostro Jhesu Christo féliciter, amen
Guilelmus comes firmavit et uxor ejus Girberga et omnes filii eorum fir-
maverunt. Domnus archicpiscopus Amalricus firmavit » (Chantelou, pp.
100-101). C'est le premier exemple du règne du Christ remplaçant celui du
roi (le Rourgogne.
Sa in t- And ré-lès- Avignon. 1018 : « ego Vuillelmus comes et uxor mea
Gisberga donamus... in comitatu Sislarico, in monte... Lura, locum Sancti
Donati... Signum Vuillelmi comitis et uxoris ejus Gisbergae manus illorum
firma. Jofredus comes firmavit. Bertrannus comes firmavit, Arnulfus scripsit.
(Ruffi, Dissertations, p. 20 ; d'après le Cart, de Saint-André, p. 41).
f
272 LA PROVENCE DC PREMIER AU Xll^ SIÈCLE
depuis 1013 jusquen 1019 : elle lui donna trois fils, Guillaume,
Foulques- Bertrand et Geoffroy. Le comte de Provence Guil-
laume IV mourut ;\pé de trente 5 trente-cinq ans, en 1018 et
après le *M) mai. Au lieu de se faire enterrer à Sarrians auprès du
marquis Guillaume II son père, sa sépulture fut creusée dans le
rocher de Mont ma jour, à côté des fondations de l'église dont la
construction venait d'être entreprise le 30 mai 1016 et au niveau
du sol de la crypte *. Sa veuve, Gerbei^e, ne lui survécut pas
longtemps, semble-t-il : elle parait dans quatre actes, les deux
premiers de 1018 et les deux derniers de 1019, en faveur de
Saint-Victor de Marseille et de Saint-André-lès-Avignon. Sa
mort doit être antérieure à 1021 '2.
î. MiMviHHli, M) in:ii iOlO: .« atuio ab incaniatioue Chrîsti MXVI, fuit in-
clioata hasilica iii honore saneto Mnriip matrisDomini,seii omnium saiicto-
rum, indiotiono XFV, III kahMulns junii, ferin IV», it>g^nantc Rol>erto rcgc.
In ti'rlio anni> fundationis luijiis basilico?, obiit Guiiielmus inclilus cornes
Adolaidis et honoriiice se()uUus est in fundamcnto hujus ccclesiff» » (Chan-
lolou, i'mI. du Houro, p. iii; cf. p. 119 pour la description de la tombe'. H
suit do là (|uo Guillaume mourut entre le 30 mai 1018 et le 29 mai 1019.
Los chartes de Saint- Victor, n<»* 226 et 630, précisent que ce fut avant le
(h'hul do l'an lOPJ.
•J. 1018. .. Kjjo (ioiriberj^a comitissima etfdii mei Vuilelmuset Fulco sivc
Josfrodus.,. in comitatu Aquonso... Ej^ comitissima Geiriborga, annuentc
Domino, hanc donalionom dedi et manu mea firmavi... » (Sain/- V7c/or,
n-226 .
UUS, rô^nio do Hodolpho : « og-o Adalax, illustrissima comitissa, mater Vil-
lohni. quondam Provinlie comitis et o^o Geriberga, Çque comitissa, ejus-
iUmu principis olini uxor, una cum consonsu filiorum optimatumque nos-
tronnn... in pa^^o Provinci^» i" comitatu Hegcnse... Ego Adalax et egro
(îirbor^M, una cum iiliis ol nopolibus nostris... Wilelmus, ûlius Vilelmi
coniilis linn;d Fulco iValorojus. Gosfrodus firmat... » (Sai/i/-V7c/or, n« 630).
lOll», rôj^iio do Rodolphe : o v\;o Goriborga comitissa, una cum consensu
lilioruni opliniatumqno noslrorum proptor remedium anime senioris mei
(luilohni comitis Provincio ot mo^ filiorum(|uo nostrorum quorum hec sunt
noniina : Wilolnuis, Kulcho, Josfredus... in comitatu Sisterico, in villa...
Manoascha... K^'o Girherj^n. una cum Iiliis,... Wilielmus filius comitis
Viholmi Hrmavit. Fulco frator ojus firmavil. Josfredus frater Grmavit.,. >»
(Suint -Victor, n« 64l»K
101'.» u Kp:o(iisl)or^^^ comitissa una cum fdiis meis Willelmo, Fulcone
Horlranno, Gaufredo donamus... planiliom,.. ad radicem montium...»(Ruffi,
pissertutiona, p. 2i, tFapros le Cart. de Saint-André-iès-Aviffnon, p. 32.
Le hoyaL'me de bolrgogxe-provence 273
Les fils de Guillaume IV ne portèrent pas immédiatement
après la mort de leur père le titre de comte de Provence ; ils
étaient sans doute encore trop jeunes pour le recevoir. L*aîné
d'entre eux fut Guillaume V, que Guillaume IV nommait dès
1013 dans une donation ; il eut une vie encore plus brève
que son père. Il parait en 1018 et 1019 aux côtés de sa mère
dans des actes relatifs aux comtés d'Aix, Riez, Sisleron et Avi-
gnon K II disparait depuis et était certainement mort en 1030 '^\
à vingt ans tout au plus, sans avoir été marié. La veuve du
premier marquis Guillaume II survécut ainsi à son mari, àsonfils
et peut-être même à laîné de ses petits-fils. En dehors des actes
où on Ta vue figurer avec son mari, puis avec son fils, il faut
noter qu'en lOlS elle avait complété la donation de l'église Saint-
Martin de Manosque à Saint- Victor, émanée en 1013 de son fils ^,
en abandonnant la part de cette église qui lui appartenait '*. En
1018, elle agit de concert avec sa belle-fille devenue veuve •'^.
Enfin, on connaît deux actes plus récents, de 1021 et 1024,
qu'elle souscrit : le premier avec la comtesse Emma à propos de
Manosque^, le second avec le marquis Guillaume III, fils de
Roubaud, à propos du comté d'Aix ". Comme l'atteste Arnoux,
moine de Saint-André-lès- Avignon, la vieille douairière mourut
en 1026 *. On voit que, très probablement, la veuve du vainqueur
Il s'agit du comté d'Avignon, sur la rive droite du Rhône. Peut-être est-ce
Guillaume V, qui en 1025 ûgurc encore dans un acte approuvé par les
vicomtes : ce serait sa dernière mention {Saint- Victor, n° 456).
1. Le Guillaume qui souscrit en 1024 une charte avec Guillaume fils de
Roubaud doit être le comte de Toulouse et non pas Guillaume V {Saint-
Viclor, n» 225). Voir ci-dessus, p. 268, n. 1.
2. Saint-Victor, n» 681.
3. Ibid., no 646.
4. 1015: « ego comitissa Adalaiz, annucute Domino... dedi... » {Saint-
Victor, n» 648).
5. Saint' Victor, no 630.
6. Ibid,, n<»653.
7. Saint-Victor, n* 225.
8. 1020 :« ...Aquibusannisusquc ad prcscntcm annum...quo felix Adalax
comitissa dormivit in pace... qui... a naliuitate Xpisti milîcsimum vicesi-
mum sextum presentcm annum eiTiciunt in quo iste libellus conscriptus
Mém, et Doc, de l'École des Chartes. — \\\. 18
27 i L\ l'ROVKNCE nr prkmier ai* xir sièclk
(les Sarrasins pas5^ la fin de sa vie à Avignon et, en tout cas
sur la rive droite de la Durance, où on pensait déjà que son mari
possédait la plupart de ses biens : c'est la meilleure explication
du fait que sa mort est notée par un moine voisin d'Avignon.
Kilo devait être fort âj^ée, car le comte d'Anjou Foulques, son
père, était mort lui-même vers 958. En 979, quand elle avait
épousé Louis V,elle était déjà mère de quatre' enfants d'un pre-
mier mariage : ces indications prouvent qu'elle dut mourir octo-
génaire. Elle fut inhumée à Montmajour.
(luillaume V, fils de Gerberge, étant mort, ses deux frères cadets
recueillirent tout l'héritage du comte de Provence Guillaume IV.
Ici se présente une difficulté qu'il faut résoudre. En 1013,
(l'abord, Guillaume IV et sa femme Gerberge avaient mentionné
seulement leur lils Guillaume V. Puis, dans trois actes successifs,
datés de 1018 et 1019, Gerberge nomme ses trois fils Guillaume,
Foulques et Geoffroy. Une première conclusion à tirer delà, c'est
(|ue Guillaume est manifestement l'ainé des trois. En effet, il
porte héréditairement le nom de son père et de son grand-père
paternel; de plus, dans le premier acte, il est le seul nommé et,
diins les suivants, il est toujours nommé le premier. Ses frères
cadets Foulques et Geoffroy portent évidemment les noms de
Foulipies le Bon et de Geoffroy Grisegonelle, c'est-à-dire du père
et du frère de leur grand'mère paternelle Alix.
Fn .second lieu, Tacte de 1019, tiré des archives de Saint-
Victor, indique nettement par sa rédaction que ces trois fils, Guil-
lauini», Foulques et Geoffroy, sont les seuls issus du mariage de
Gerberge et de Guillaume IV.
osl i\ (iiio(lamfrîij»:ilinioiiacli<) Arnulfo noniinc... »(Bibl. nal. de Madrid, ms.
Kl' i(), f" lis v"). — Voir rcnquèlo du 2 janvier 1215 : « comitissa Blanca
(|iiîi« srpulla csl ai)nd Monlcni Majorem dédit monasterio illi omne jusquod
ipsa lialH'bal in lola villa et lerrilorio de Lagozes...» (Biblioth. Méjancs
ins. H12 : rocucil BoinjuicM'. l. I, pp. 145-1 iC; Catal. des mss. Départements,
t.XVl, Aix, IK94ms.*M:ii.Parun mandement de Benoit VIll. du l«'sept. lOlO,
on sail (pie Alix a porté le surnom de Blanche : <« Omni etiam reverentia et
vt'iioralionc dignissinia» domnop Adeleidi comilissse cognomento Blancha»
iuinii<pio cjus donuia^Cîorbergcp comitissa». »(Buifi.Di>8er/a/ions, i712,p. 19;
cf. l)uchosne,///8/. Franc. Script,, t. IV, pp. 169-171 ; Jaffé, 2« éd., n<» 4013).
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 273
A partir de 1019, les noms de Guillaume V et de Foulques ne
paraissent plus : quant k Geoffroy, on le rencontre jusqu'en 1060.
Chose singulière, il n'est passeul cependant: Bertrand, comme lui
comte de Provence, se trouve joint à lui à dater de 1030 et ce Ber-
trand est déclaré son frère. Tous deux sont petits-fils du premier
marquis Guillaume: un acte de Montmajour le dit expressément.
La nécessité veut donc que Bertrand soit, comme Geoffroy, (ils du
comte Guillaume IV, mort en 1018. Mais il faut expliquer com-
ment il se fait que, du vivant de son père, il ne paraît jamais.
Puisqu'il ne parait jamais avant 1030, ce n'est pas un quatrième
enfant de ce comte mort en 1018. On a dit que deux des iils de
Guillaume IV cessent précisément de paraître après 1019 : ce
sont Guillaume V et Foulques. Il faut donc que Bertrand, sur-
gissant après leur disparition, soit à identifier avec Fun d'eux. Les
probabilités sont pour qu'il faille l'identifier avec Foulques de
préférence. En effet, si l'un des deux frères connus jusqu'en 1019
change de nom, ce ne doit pas être l'aîné, porteur du nom héré-
ditaire illustré par le premier marquis. Ces probabilités se
changent en certitude à la lecture de Tacte de 1019, tiré des
archives de Saint-André-lês-Avignon. Cet acte n'indique pas que
Guillaume IV ait eu quatre fils : Guillaume, Foulques, Bertrand
et Geoffroy, ce qui serait contraire aux constatations tirées des
actes de 1018. Il montre simplement que le second, des trois (ils
énumérés par les actes de 1018, est en train de changer de nom : il
porte à la fois celui de Foulques, sous lequel il était jusqu'alors
cinnu, et celui de Bertrand qu'il préférera désormais.
Si cet exemple d'un enfant, ayant successivement deux noms,
était unique, il surprendrait. Mais ce fait est fréquent jusqu'au
XII* siècle. Dès sa naissance, l'enfant était nommé par ses parents,
et, surtout s'il était l'aîné, son nom lui venait généralement du
côté paternel : ce nom était, à partir du xi** siècle, prévu pour ainsi
dire d'avance par la coutume établie, dans les familles princières.
C'est ainsi que, depuis le vainqueur des Sarrasins, l'aîné à
chaque génération, chez les comtes de Provence, s'appellait Guil-
laume. Gela dura jusqu'à l'extinction de la Maison. Chez les
27t» LA PROVtVJ: Dl PRLMIER At Xir SIECLE
comtes dWlbon. ce n*était pas seulement Tainé, mais les deux
premiers, dont le nom était coutumier: laine recevait le nom de
(iuij^ucs. le second celui de Humberl. Une tradition analcj^ue exis-
tait dans la plupart des familles baronales. l^s sires de Mévouillon
tenaient tellement k leur coutume particulière, qui était, dès le
xir siècle, de s'appeler Raymond, que, par précaution et pour
prévenir le cas où. l'aîné venant à mourir sans enfants, leur terre
passcraitau puîné, les deuxpremiers enfants mâles, kchaque ^né-
rat ion. recevaient toujours le nom héréditaire : le second pouvait
ainsi à l'occasion remplacer Tainé, sans changer le nom du maître
<le la terre ', et il en fut ainsi pendant tout le xni* siècle, c'est-à-
dire pendant quatre ^générations, jusqu*à l'extinction de la famille.
l)c iiirnie les sires de Castellane avaient deux Boniface à chaque
j^éncratioii : on se rend compte que le second était de rechange,
(les exemples .sont pris en Provence ^t en Dauphiné : en Langue-
<i()c, il en était de même. Tout le monde sait que les ducs de
(iuy<*nne avaient pris l'habitude de s'appeler Guillaume: à l'une
de leurs ^énéiations, les deux aînés s'é tant succédé et étant morts
sans enfants, le troisième, déjà possesseur des deux noms Guy et
(icolTroy, n'hésita pas un instant à en prendre un troisième,
(îVst -à-dire à relever le nom coutumier de Guillaume, quand il
d(^vint duc.
Tainlis (pie l'aîné tirait ainsi son nom, selon la coutume, de la
li^^ne |)aternclle, la ligne maternelle se dédommageait en fournis-
sant frécpienunent celui des cadets.
Va\ outre, il arrivait (pieUjuefois que l'enfant, ainsi nommé à
sa naissance, rec(»vait un surnom, co<//iom^/i/iim, c'est-à-dire un
1. Axi^'iioii. 2S juin I2(i:{. l'eslanieiil de Hayaioiid Taïué, haix>n de
Mr\oiiilloii : ■< Il«'iii, volo cl iurcipio... ((uod semper sit iiuicus hoivs uni-
\ris;dis in leir.i mr.j, licel forle siiil pliires liheri. El ille heivs uiiivcrsidis
\(KM'lur llîjymiiiidiis <»\ (|ii(> cril hères, lioet unie nliud nonieii haborel et
illr Im'its iriir.'ihir providcn» aliis liberis iilrius({iie sexuK. . . >» (Arch. de
I Isèir, H. :ir»ij, (jdiicr île paivlieinin, f" ,"'» r*» . C'.e tes tu ment est Hlndlé
comine un NriilaMc slalnl de famille : si les deux premiers enfants
n'a\ai«Mil pas snfli, le Iroisiènie aurait done eu l'obligation de cpiitter son
nom de nnissaiice ou de baptême pour prendre celui de Raymond en
in''i-i(aiit de la baronnie.
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 12 i /
second nom, à l'occasion de son baptême ; en effet, le baptême est
considéré par l'Eglise comme une renaissance ^ . Une certaine quan-
tité d'exemples du xi® siècle prouvent que généralement, quand
le nom de naissance vient du côté paternel pour Taîné, par
contre le surnom de baptême vient du côté maternel, par lin-
termédiaire du parrain et de la marraine. Comme un chrétien fait
du baptême le principal, c'est le surnom de baptême qui, une
fois reçu, devient pour chacun peu à peu d'un usage plus fréquent
que le nom de naissance. En lait, quand ce surnom ne remplace
pas tout k fait le nom, du moins il prédomine et, dès lors, il n'est
plus possible de dire que la personne dont il s'agit a un nom de
naissance et un surnom de baptême, mais bien un nom de bap-
tême et un prénom de naissance. Les textes donnent Tépithète de
cofjnonientum, non pas au plus récent, mais à celui des deux qui,
présentement, est le moins employé des deux. Ce n'est pas le
lieu de produire ici les exemples nombreux de surnoms de bap-
iême dont les exemples peuvent s'emprunter aux maisons prin-
cières depuis le x** jusqu'au xii'- siècle. Leur connaissance fait
comprendre comment Foulques, iils puinédu comte Guillaume IV
et deGerberge, peut ne plus être connu à partir de 1019 que
sous le surnom de Bertrand. Auxi'^ siècle, la chose était fréquente:
elle cessera de l'être au xii** siècle quand on prendra l'habitude de
célébrer le baptême aussitôt après la naissance. Les noms de nais-
sance disparaîtront alors par le fait, ou plutôt ils se confondront
désormais avec les surnoms de baptême jusqu'alors éventuels.
On reconnaît un surnom de baptême, quand il est joint, dans le
même texte, au nom de naissance, à ce fait qu'il s'énonce
grammaticalement au même cas que lui, si le texte est correct :
Fulcone Beriranno^ dit la donation de 1019 faite à Saint-André.
S'il s'agissait d'un surnom patronymique rappelant le nom du
père, on aurait : Fulcone Bertranni. Il s'agit donc de Foulques-
1. 7 avril [907]. « Notum sit omnibus in Christo renalis quia ego Geral-
dus. . . )» (C/ii/iy, n° 95).
1062 : « rccolentes nos sceunda gênera tione ad vitam ronatos porix»-
luam. . . >» {Saint- Victor, n^ 546).
278 LA PROVENCE DL' PREMIER AU Xl^ SIÈCLE
Bertrand et non pas de Foulques Bertrand. En l'espèce, Foulques,
n'étant pas Taîné de sa génération peut avoir reçu son nom de
naissance du côté maternel : on peut dire plus sûrement encore
(|ue son surnom de baptême en vient aussi. Cela ne suppose
pas qu'il vienne de la mère elle-même forcément; car Adélaïde, la
^rand'mère paternelle, vivait encore au moment du baptême et,
vn pareil cas, la mère s'efface naturellement devant Taïeule. Elle
respecte le privilège de Tàge. On a dit que Foulques porte le
nom (lu père de sa grand'mère paternelle. Cette grand'mère, en
premières noces, avait épousé le comte de Gévaudan Etienne, lîls
de Bertrand : elle en avait eu trois (ils, dont un également nommé
Bertrancl. C'est le surnom qu'elle donna à son petit-fils à son
baptême, ou qu'elle lui fit donner par le parrain.
Ce fils puîné du comte Guillaume IV est donc connu sous le
nom (le Foulques en 1018, sous ceux de Foulques- Bertrand en
t()lî> et sous celui de Bertrand, depuis 1030 jusqu'à la date de
sa mort vers 1050 *. Geoffroy, frère de Foulques-Bertrand, ne
(levait mourir, on le répète, que vers 1060; quant à Tainé des
trois, Guillaume V, il était mort tout jeune, peu après 1019.
VII
Foul<iueS' Bertrand et Geo ff rot/, marquis de Provence,
(Vers 10 10- vers 1060)
Les deux frères restants paraissent étroitement unis : l'un ne
paraît guère sans Tautre '. Us se qualifient, par indivis, comtes
1. Bcilrninl n'était pos \v nom héréditaire (jue les Provençaux étai(Mil
accoutumés à voir porter parleurs comtes. Aussi, après sa mort, un acledo
Montmajour joini par hal)iUule le nom de Guillaume à celui de Bertrand :
a ejj^o (luillelmus et c^j^o Gaufredus comités et fratres, /Uii (ruiltelmi 111
cof/nornonfa Uorlrani Ar(*Iatrnsin comills rt ante cum e vivis erepti, nostiX)ruin
j^ravodincm lecolenles... de una niedielale quam paler noster Bertrannus
dédit... >' JlhnntvUni, éd. du Houre, pp. llH)-i91). La phrase, qui alliiv l'at-
tention, parait, d'ailleurs, interpolée.
'1. Pour les acies antérieurs à la mort de leur père et de leur mère, de
1013 à lOPJ, voir ci-dessus, pp. 271, n. 1 ; 272, n.2.
\
LE ROYAUME DE BODRGOGNE- PROVENCE 279
e Provence, à la suite de leur père. Comme leur aïeul, le pre-
lier marquis, ils affirment même en 1034 qu'ils sont princes de
1030 : « ego Isoardus... in comitatu Gapicense... Bertrannus cornes fir-
lavit. . . » (Saint- Victor, n° 713).
1030 : « ego Bertrannus cornes Provinciç... unum... mansum ab integro
uem excoluit homo nomine Rothbaldus in villa Ausonivis, in comitatu
isterico... ego Bertrannus cornes... » {Saint-Victor, n° 681).
La même année, le marquis Guillaume donne « unum mansum ah inlc-
ro, quem excoluit homo nomine Isimbardus, in villa Ausonivis, in
)mitatu Sisterico » (Ibid,, n^ 682). Il résulte de là (jue Bertrand était co-
ropriétaire avec le marquis d'un domaine dans le comté de Sisteron .*
lais les mas qui composaient ce domaine comtal n'étaient pas indivis,
hacun de ces mas était attribué soit 5 l'un, soit à Tautre des deux comtes
>propriétaires du domaine.
Marseille, samedi d'août 1031. « Ego... Bertrandus, miseratione Dei
Tinipotentis comes vel gubernatorProvintiç regionis, dono duos mansos...
ropter malum quod ego feci cum meo hoste... juxta Marignane. Idcirco
msuluimeos fidèles quid facere dehuimus... et dederunt michi consilium,
c parte meliori, ut... secundum consilium eorum, diffinitum est ut... est
nus mansus in villa Petra Foco... est alius... in villa Foro Calcherio... in
>mitatu Tolonense... Bertrannus comes... Feraldus episcopus testis...
aimbaldus archiepiscopus testis. . . » {Saint-Victor, n° 455).
[1018-1032] : « Rodulfus rex Alamandorum... omnibus fidelibus... cunclis
vilibus Aralatensis audientibus, ducibuA, viscommitibus, scavinos, judices
; vicarios... vir venerabilis Jausfredus commis Aralate, volente et con-
înciente fratre suo Bertrammo... totam partem commitalem <iuc ad com-
ilem aut ad fiscocommilale vel regale .. de... Madalgas. .. » [Saint- Victor,
' 1061). Mazaugues, du diocèse d'Aix, aux limites de Marseille et Toulon.
[1018-1032] : n ego Bertrannus comes... in comitatu Sisterico, in Castro
iirnocalcario... Signum Bertrannus comes .. Signum Bcringarius vice
>mes. Signum vescoFrodo. Signum Amiens. . . » (Saint- Victor, n^ 666).
1034 : ft ego Bertrannus comes et princeps totius Provincia; do quartam
irtem villœ... Gaisela... ecclesia» S. Perpétua? »> (Bibl. nat., ms. lat, 13915,
363 r»).
1034 : u ego Josfredus et ego Bertrannus comités ac principes tocius Pro-
ncie... in comitatu Acjuense... Gaufredus firmavit. Bertrannus firmavit.
ïiamhaldus archiepiscopus firmavit... » Saint-Victor, n°333).
12 avril [1033-1036], règne du Christ :" ego Bertrannus comes... in comi-
tu Avenionense. in terri torio castri... Tarascone,.. consenliente lamen
)isco[>o Senioreto de Avinione etcanonicis et judice Berengario... Signum
^rtranni comitis. Gaufredus comes voluit et consensit >» 'Chantelou,
>. «37-1,38 .
Sarrians, jeudi :^19 mai 1037^ : " nos duo fratres comités Provincit*
lusfredus at({ue Bertrannus quandam terram aliquando sancti Maioli
*reditatem actenus vero possessam a nostris antccessoiibus, Diliadam et
280 LA HHOYENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE
toute la Provence. Mais, tant que vécut leur oncle au 5* degré,
Guillaume iils de Uoubaud, on ne trouve aucun acte où ils
soploiii Fontes... Aclum pubblice apud Serrianum villam feria V. Ascon-
sionis Domini ivgnante ('.honone imporatore aono X re^^ni sui... Testes
Haymhnhliis archiopiscopus. Feraliliis episcopus, Pelrus episcopus, Pctnis
opiscopus Sextorictmsis, Franco episcopiis... » (Cluny^ n" 21>16 . L*é<iiteur
(liito à tort cet acte (lu 2t) mai : le scribe des deux comtes de Provence ne
dit pas: " fi*ri:i V inml Anrf*nnionern *\ mais bien ««/Vria VAac^/irio/ii«.t» Quant
au man|uis Guillaumo, il se trouvait aussi à ce plaid géïK^ral comme ses
(\o\\\ cousins, car ou le tn)uve h 20 kilomètres de là, à Piolenc, ou dessus
dOrauj^o, faisant la môme donation qu^eux cette même année. C'est «i'ail-
lours l'avis de l'éditeur (Uuny^ n^ 2917). Os deux donations prouvent que
le domaine des trois princes était indivisdans le comté de Riez.
1037 : «. rejouante Cono imperatore, ej^ Guidbertus... in comitalu Tlio-
lonensi... Josfre<lus cornes firmavit... »> [Saint- Victor^ u? 380).
1037 : ..... Hertrannus cornes... cedo... in reg:no Provincial, in pago Sis-
terj»:ic()... Manuasca, seu Podium Bosoni... Signum Bertranni comitis...
Josfredus cornes fi*ater ejus voluit et firmavit... » (Chantelou. p. 43* .
103K : .. repliante Cona imperatore, ejço Josfredus cornes Provintic.dono...
lideli nieo Fulehoui vicecomiti Massilie et uxori sue Odilç aliquid de alo<le
nH'<»... in coniitatu Tolonense... Ego Josfredus comes Provint ie. .. »> Saint-
Virfor, n° *V7\
H»3S : .. ejj^o Hertrannus cornes Provincie... firmavi... o {Sainl-Virlor,
lï" ttH-. (Confirmation de la donation de son trvve,
!<) janvier 10+0 : « ej^o... Jodfredus et fratermeus Rertrannus comités Pro-
venlie...incomitatu .Vrelatcnse... Triï>ontio...SignunîGodfredi et Ik*rtranni
coniiles... Hohorata hev earta octabis sancti I^urentii, in manu archiepiî»-
copidonmi Hainih.ildi... •• {Sainl-Virtor, n" 1721.
27 janvier lOVO. ..... Nos... .Vl)aniari... in coniitatu Arelalensi... Ego Josfre-
dus connus fl u\or inea donamus et firniamus donationem terrarum juday-
earuin... >» . Saint- Virtor\ n" 171> .
Meirredi 23 avril lOfO. ivp^ne du Christ : .« ego Rertrannus cornes... in
re^^no Pn)vincia\.. in coniitatu Avenionense in Castro Ta rascone... in comi-
laln Arausico... in coniitatu (lavellico... in comitatu Ac|uense... in comitatu
Tolonense... Berlrannus conies. . lihentissinie dédit... Eldejarda Eveza
lixor ejus lirmavil. Josfredus coines firmavit... • i Chantelou, pp. 136-137.
Marseille, nuM'credi 1."» oclolin» lOVO : ..... assensum pi"ebeiitibus princi-
pihiis Gausfredo et Berlranno, cuni totius Provintie nobilibus... »» iS.-ii/i/-
Victor, II» Ifri. Il s*a«ril de réj^lise de Saint-Victor de Marseille.
Montmajour, 10*0 :-. e^o Horlrandus cornes... in coinitale Avenionense...
aecepi preciuin solidatas octo^inta... aecepi [iretium solidatas octopinla...
Sij;nuin Hertrannus cornes... Josfredus coines... Reran^arius cornes (.</r ... "
(Uianlelou, pp. 13H).
Moniniajour, lOlO : u epfo Gaufredus cornes... in comitatu .\veniouense...
acc'e|)i pretiuin soli<los cenlum... S. Gaiifi'cdus cornes... Rertrannus inclytus
LE ROYAUME DE BOLRGCMÎNE-PROVENCE 281
assument le titre de marquis. Après sii mort, survenue entre 1037
et 1010, c'est différent. Non seulement ils héritent de lui un
cornes ûrmavit... Rostar/nus episcopus AreniunrnuiiifirmavU. Stephania comi-
tUsa firmarit »> Chanlclou, pp. 138-139'.
Avignon, janvier lOil : « ogoGaiifrediis olfratennous Boiirannuscomilos
Avenioneuscs,cumconsilio et Voluntatefiiloliiininostmrum... Mairanicas... »>
(Polycarpede la Rivière, Annales^ pp. ()26-627 ;(",ohiinl)i, ti De rebu» gestia
episcoporuni Vasiont*n$ium », 16r»6, p. 60. — Cari. Saint-Andrà),
Arles, mardi 25 mai 10i2. « E^) Guido... in comilatu Aquense... .Vota
publiée apud Arelatem, in presentia domni Haimbaldi presulis atque Jos-
fredi marchionis Provincie et ceterorum nobilium... Josfrtnlus comes sive
marchio Provincie firmavit {Saint-Victor^ n" 375 .
Arles, avril 10^3 : « ogp... Raiambaldus arcbiepiscopiis dono... aliquid de
alode... ecclesia?... in comilatu sancte Arelatensis tecclesia», in caslello...
Salone... Acta est... in civitate Arelato, in meuse aprilis, anno ab Incarna-
tione Domini millesimo XLIII, regnantibiis principibus in Galliis (inuz-
fredo et Berlranno... » (Gall. Christ, norias., Arles, n° 36*» .
Mars ;^10K)-I0^i], règne du Christ : « ego Bertrannus cornes,., in comi-
latu Aquense... Pertusus... Bertrannus comes f.... » (Chanlelou, pp. 13^-
135). — [lOiO-1044] : « ego Gaufridus Dei ordinatione comes... depreca-
tione mei fratris Bertranni nostrorumque nobilium militum iaudatione...
Pertusum... cpiœ olim ab'avo nostro Guillelmo data... Signum Gausfredi...
Bertrannus comes frater ejus f. . . . » [Ibid, pp. 135-136).
Marseille, samedi 29 juillet i04i : « régnante Ileienrico rege. Ego (iau-
fredus marchio sive comes Provint ie .. hereditatis |)a terne quedam con-
cedo... interritorio comitatus Massiliensis »> Saint-Victor, n" 34).
ilOiO-1044;: « ego Rahimbnldus, gratia Dei, presulatus honore sublima-
tus... donamus... consentientibus totius Provintie principibus seu comiti-
bus Josfredo atque Bertranno... Gauzfredus comes f. Bertrannus frater
ejus f. . . . »> (Saint- Victor y n° 151. — (rail. Christ, noviss,, Arles, n° 363).
104 1. règne de Henri : « ego Bertrannus, auctore Deo, marchio sive comes
Provincie... in comilatu Sigisterico... territorio castelli... Forcalcherium...
pro remedio anime mee, uxoris ac filiorum et genitoris mei Willelnii
sive genitricis mee... jure paterne hereditatis... Bertrannus marchio sive
comes... lirmavit, Raiambaldus Arelatensis arciepiscopus f. llismido Ilebre-
dunensis archiepiscopus f. Petrus archiepiscopus Acpiensis f. Slepha-
nus episcopus Aptcnsis f. Franco episcopus Garpentoracensis f. Petrus
episcopus Vasensis f. Udulricus Tricastrensis episcopus f. >» {Sninl-Victor,
n° 659).
8 décembre 1045 :««. . . de convenientia terrarum... Judeorum...Gosfredus
comes Pmvincie... « [Saint- Victor ^ n° 194).
1045: «... Guillelmus vicecomes Massiliensis... in territorio Massiliensi...
Ego Gauzfredus marchio sive comes Provincie... firmo... »> iSaint-Victor ;
n« 24).
1048. « Ego Gosfredns et Bertrannus frater meus, utrique Provinciales
i
282 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll*' SIÈCLE
quarC indivis de la Provence qu'ils joignent à leur moitié, mais
la branche qu'ils représentent recueille le marquisat.
Par une innovation jusqu'alors sans exemple, les deux frères
prennent ensemble le titre de marquis. Les actes de 1042, de
lOll, de 1018 et de lOSO en donnent la preuve. Un autre fait est
àsi^naler: les actes antérieurs à la mort de leurpère paraissaient
prouver que Foulques-Bertrand était l'aîné de Geoffroy. Par
contre, les actes postérieurs à cette mort indiquent que Geoffroy
a le premier rang. 11 y a là, en somme, une répétition de ce qui
s'était produit deux générations auparavant. Des deux Hls du
comte d'Arles Boson, c'était, de son vivant, son fils Roubaud
qui était cité comme l'ainé. Après la mort du père, Guillaume, le
cadet, prit le premier rang au détriment de Roubaud.
Les actes, où figurent les deux comtes de Provence Geoffroy
et Bertrand, concernent les comtés d'Arles, Marseille, Aix, Tou-
lon, Riez, Digne, Embrun, Gap, Sisteron, Vaison, Orange»
Cavaillon et Avignon. Il est bien rare qu'un acte émané de l'un
d'eux ne soit pas coniirmé par l'autre : évidemment, la Provence
était encore indivise entre eux. Ils n'ont pas à approuver les
ma rchioncs si ve comités. . . » (SainM'ic/or, n° 737). Il s'agil de Chaudol
comin. La Javio, au diocèse de Dip^ne.
Mars lOfrS: a... e^oHaiambaldusArelatcnsium archiepiscopus, in presentia
Jausfredi comitis et Stéphanie iixori sue et in presentia episcoporum...
Heldehertus Antibolensis, Elifantus Aptensis, Durantus Venciensis... in
comitalu Arelatense »... {(nill. Chrinl. norîjiM., Arles, n" 381).
|1040-iOiK Vj : u Vasensis civitalis medietas (piam beatff Marias... ecclesia
<*x antiquo jure |)ossederat et altéra medietas quam Gaufridus Provincia»
coines cum fralre suo Rerti*amno per manuni Peîri... episcopi eidem eccle-
sia» tradidit... » {Bulle de Pascal //du 27 avril 1108; Louis-.\nselme
Boyer, Ilinl. de ràf^Use de Vaison... Avi^nion, Chavc, 1731. Livre second,
pp! 'lil-'2V.
Vers 1050] : « ...in villa Fii^lin^nagna et alia villa .. Sujuno... in nianus
polestales comités, id est Jofredus sive Berlrannus... et Berlranuus
cornes vel Jofredus donaverunl... Signum ipsi comités... Signum Baran-
•j^iierius vicecomes et uxor sua... i» {Sainl-Victor^ n" 675). U s'agit du
comté de Sisteron.
1050 : «. epfo Berli*annuscomes sive marchio Provincia*... in comltatu Sis-
tarico, in villa... Manuasca... »• ; Huffi, Dissert., p. 64: cet acte n'est pas
dans le tlurl. de Saint Victor publié . (!f. Cart. deGelloney n« Vil.
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 283
actes concernant la mense archiépiscopale ou capitulaire d'Arles :
par contre, Tarchevêque d'Arles ratifie des actes comtaux relatifs
à des biens sis dans le comté d'Arles K Cet archevêque se sert
d'ailleurs, une fois, pour désigner le comté d'Arles, du terme in
comiiatu sancte Arelatensis ecclesie : cela tendrait à prouver
que le comté d'Arles venait d'être inféodé à son église -. Par
contre, les comtes possèdent toujours la garde des Juifs ^. En 990,
on le sait, le premier marquis avait concédé en fief à l'église de
Fréjus la moitié de la cité de Fréjus ; ce fait n'est pas isolé. On
constate que l'église de Vaison avait re^u une concession iden-
tique. Les deux comtes actuels allèrent plus loin : ils abandon-
nèrent k l'évêque de Vaison l'autre moitié de sa cité. L'évolu-
tion qui pousse les comtes hors des cités arrive alors à son terme.
Sous le premier marquis, on avait vu paraître le château de
Manosque comme résidence comtale : maintenant paraissent celui
de Forcalquier, dans le même diocèse de Sisteron, et celui de
Tarascon dans le diocèse d'Avignon. Les actes comtaux datés
d'Arles deviennent rares et l'archevêque y tient le premier
rang '\ Deux actes de 1040 offrent beaucoup d'intérêt : Geoffroy
et son frère Bertrand, chacun à part, font la même donation h
Montmajour '>. Au lieu de recevoir chacun le même prix, Geof-
froy reçoit iOO sous et Bertrand la valeur de 80 sous seule-
ment. Cela revient à dire que le comte auquel appartient tou-
jours le premier rang reçoit un prix supérieur d'un quart à celui
reçu par le comte sur lequel il a la préséance. Ce quart, hors part,
représente une sorte de préciputqui égale le 1/9 du prix global
dont chacun reçoit les 4/9 pour sa part ordinaire.
La femme de Foulques-Bertrand, Hildegarde « Eveza », n'est
connue que par un seul acte de 1040 '» : il en eut deux fils, Guil-
\. Saint-Victor, n» 172.
2. (rail, noviss., Arles, n« 369.
:\. Saint-Victor, noM79, 194.
4. Saint-Victor, n» 37^.
,-». Chantclou, pp. 138, 138-139.
6. Ibifl.j pp. 136-137. Les dates ne p:»rineltcnl pas do l'identifier avec
la fille de Ramire, roi d'Arag^on, et d'Ermessinde-Gisberg-e, Thérèse qui
284 L\ PROVENCE DL* PIIEMIER AU Xll^ SIÈCLE
laumc Bertrand et Geoffrov. De son coté, Geoffroy fut marit* à
Stéphanie, surnommée Douce qui parait dès 1040 * et vivra encore
en lOîh'J * : il en eut un lils, Bertrand, et une Hlle, Gerberjje.
nommée régulièrement comme sa grand'mère paternelle.
Berlran<l eut donc un fils nommé Guillaume, tandis que Geof-
froy donne au sien le nom de Bertrand, : ce fait confirme l'opi-
nion que Bertrand est bien Taîné, quoique Geoffroy ait la prt^
si'ance. (uiillaume, en effet, était le nom hérédiUiire.
Du temps de ces deux comtes de Provence, certaines chartes
(le donation à Tabbaye de Cluny et à celle de Saint- Victor sont
faites pour attirer Tattention.
1" Le mercredi 22 mai 1023, veille de l'Ascension, sous le
rè^ne (le Rodolphe ou Uouph, se trouvent réunis à Saint-Prival,
dans le ttMroir du thateau de Sarrians, un concile d'évêques et une
assemblée» d(» princes — seif^neurs et dames — de Provence. Les
évéques de Gap et de Sisteron sont, entre autres, présents •*.
2" Le jeudi IJ) mai lO.'H, jour même de l'Ascension, sous le
ré^ne de (Conrad, ou (]onon, se trouvent encore à Sarrians des pré-
lats et des seigneurs dont Tun est accompagné de sa femme. On
remanjuc» à écrite assemblé*» le primat d'Arles, les évéques de Gap,
Sisteron, Vaison et Carpentras. Tous ces personnages entourent le
inarcpiis et l(»s deux comtes de Provence réunis ^.
aurail épousé un conilo de Provence ;J. Pistori, //û(pâ/fi> ilhistraliP,..
Franc<)nofuiii, iOO(>, l. -^ pp. D'i^-O^t). En effel, Hamire épousa Ermos-
sin«lelo2-2aoùl HVMk
1. (iuli. (JirÎHt. nnriss., .\rles, n° 3Ri. La souscription delà comlesse
à Taelo de lO'tO ^CJiaulcIou, pp. 1.18-139) parait être |)Osténe«re, mais son
in.iri éljiit inariédès loi* janvier lOK) .Sa//i<- V7c/or, n» 1*0).
'2. il septembre U>0o : <• Siepliania cop^noniento Dulcis » {Sa in l- Victor,
n"-2iO .
\\. Sainl-Piival. 22 mai 1023. .. Facla est autem bec caria anno ab incar-
nalione Doniini inillesimo XXIll, indictionc VI, feria llll, ante Doroini
AsitMJsa, il) eoneilio tpiod fuit apud Sanclum Privatum in territorio Sar-
rianis easlri ubi fuit diveisorum episcoiK)inm cœterorunique nobilium
uli'iustpu* se\us relijciosa congrej^atio régnante piissimo rege Rodulfo »»
'/<,7/;/i//, n" 2770\
V. Sarrians, 10 mai 1037. « Actum publiée apud Serrianum villam, feria
V Ascensiunis Domini rej^^nante C.bonone im|>eralore anno X regni sui •
[Clnny, n*» 2010 .
LK ROVALMK Dfc BOL'KGOGNK-PROVENCK 283
3® En Tannée tOit, sous le règne de Henri, se tient un con-
cile où figurent le primat d* Arles, les archevêques d'Embrun et
d'Aix, les évéques d*Apt, Carpentras, Vaison et Saint-Paul. Ces
évêques souscrivent une donation du marquis Bertrand '.
i** Une vingtaine d'années plus tard, cette dernière donation
est approuvée dans un nouveau concile et une nouvelle assemblée
où se trouvait réunis les évéques, les vicomtes, les seigneurs
de Provence, c'est-à-dire tous les vassaux directs, ecclésiastiques
ou laïcs, des marquis et comtes du pays : ce concile se réunit à
Barbara, dans le terroir de Courthézon, vers 10(îi '-.
1. 1044 {Saint-Vicloi\ ii° 659). Cotte doiialiou offre <le l'intérêt à un
point de vue spécial. Le nianjuis donateur déclare {|ue tout contrevenant
doit encourir « legem sacrilej^i, id est DCLXX solidos et eversores pacis
incurrat, idestut exiliumsubeat ». Le droit romain punissait les vols sacri-
lèges, commis la nuit, de l'exposition aux bêtes et ceux commis le jour de
la déportation pour les honentiores^ des mines pour les humiliores [Jus-
tiniani codicis, lib. IX, tit. XXIX, 1. 1,2, 3, 4; Digestorum, lib. XLVIII,
lit. XIII; Pauli sentenliarum, lib. V, tit. XXI : De sacrilegis, ce dernier sur-
tout). La lex romana Wisif/othorum, ne contenant pas de peine pécuniaire
applicable aux sacrilèges, sur la demande des évè(|ues de la première Narbon-
naise, le pape Jean VIII, au concile de Troyes, après avoir compulsé les lois
impériales, en trouva une de Justinien (|ui, outre l'exil, condamnait à une
composition de 5 livres d'or et, d'autre part, un capitulaire de Charle-
magne qui punissait, d'une composition de 000 sous, tout dommage apporté
aux immunistes. (^ette loi de Justinien n'est pas connue, mais le Capitulaire
en question est la Capiiulare Icfjihtis addilum de 803, § 2. Le pape, se fon-
dant sur fautorité de Justinien, mais modérant la composition, ordonna de
s'en tenir au chiffre établi par Charlemagne et de joindre à la Lex Romana
Wisigolhorum cette disposition du capitulairt* carolingien Troyes, août 878 :
Jaffé, 2« éd., n*» 3180), Cette décrétale passa dans Ives de (Chartres <»t dans
Gratien. Ici le manjuis, conformément h l'esprit du droit romain, spécifie
bien la peine de l'exil et une réparation pécuniaire. Cependant c(*tle compo-
sition, au lieu d'être fixée îi 600 sous, l'est à 070, c'est-à-dire qu'il l'augmente
de 70 sous. Peut-être convient-il de lire %0 sous au lieu 070 : dans ce cas,
cette somme pourrait se décomposer en 000 de composition et 60 sous de
ban que le marquis abandonne éventuellement. Mais c'est peu probable,
car, dans un autre acte du 2."> octobre 105."», on lit encore un autre chiffre :
<• propler sacrilegium quod comiserat, emendare deberel 1)CC solidos »
iSaint'Victor^ n° 739 . Sans doute faut-il tenir compte des différences
successives de valeur des monnaies : en raison de la baisse de l'aloi ou du
poids, les 700 sous de 1055 équivaudraient aux 070 de 1044 et aux 600de 803.
2. [14 février 1063/4-1»'' mai 1065], « Acia puplice in concilio apud Bar-
bararas » {Saint- Victor , n® 659).
28ti LA PROYKNCE DU HHEMItR AL' Xll^ SIÈCLE
Sous Iv principat du vainqueur des Sarrasins, on a noté des
assemblées tenues i\ Manosque aux fêtes de Xoêl ; le marquis st'
rendait ensuite à Arles pour Pâques avec les juges de Provence.
Maintenant, au xi** siècle, la coutume existe donc, en Provence, de
tenir chaque année [xendant la semaine de l'Ascension un con-
cile des trois pnïvinces, sous la présidence du primat, et une
assemblée générale des grands vassaux sous la présidence du
man|uis et des comtes. C'est une cour plénière annuelle.
l^lle ne s<» tient pas dans une cité, mais en plein champ, près
d'une chapelle ou d'un village. De plus, le lieu de réunion, en
fait, est toujours le même. Quoique séparés par TOuvèze
qui descend sur Bédarrides pour se jeter dans la Soi^ue, les loca-
lités de Courthézon et Sarrians, toutes deux en Vaucluse, ne
sont distantes que de huit kilomètres. L'Ouvèze est à mi-chemin:
Barbara sur sii rivedmite * et Saint -Privât sur sa rive gauche ** se
tiïuchent, pour ainsi dire. Barbara est dans le diocèse d'Avignon,
Saint-Privat dans celui d'Orange, à quatre ou cinq kilomètres des
lieux dits .« les (Confines »> et ^ le Pont des Trois-Evèchés », où se
joignent les diocèses d'Avignon, d'Orange et de Carpentras.
C'-e n'est pas seulement à cause de la commodité de ce pays de
plaine et de Sii situation centrale que ce lieu de réunion était
choisi volontiers pour la tenue des cours plénières annuelles de
de la Provence. S;irrians était le domaine que le premier marquis
(iuillaunie, vaincpieur des S^irrasins, avait, avant de mourir,
donné à saint Mayeul pour le siilut de son âme, prescrivant d*y
élever une église et de la dédier à Dieu, en mémoire de la très
victorieuse croix du Seigneur, à la Vierge sa mère, aux saints
1. Le nom do Iknhara no so hvuve |\ns indû|iié sur la carte du Service
\iciii;d: il s'osl |ior|H»lué dans la ohaiH'Ile Saint-Laureut de Barl>ara
dépondanl do la paroisso do ('.*nirlhézon et par conséquent du diocèse
«rAvi^non. à uno domi-lioiio do Bédarrides. Loi-s de la visite pastorale de
1707-170S, oôlait lo formior do la C.ouoounle qui en avait la clef (Bibl.
d'Avit^non, ms. 2;U>2, ff. 20-23 . La (^oucourde esta moins de 2 kilomètres
do Sainl-Prival.
2. Sainl-Prival, oonun. do Sarrians, pK*s de TOuvèie, sur la limite de
la ooniinuno, îi Touosl du cliAleau ïouri*eau.
^
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 287
apôtres Pierre et Paul, au bienheureux Marcel pape et martyr, au
bienheureux Saturnin, martyr illustre, et généralement à tous les
Saints '. Ce n'est évidemment pas à Sarrians que la rencontre de
Guillaume avec les Sarrasins revenant du Valais au Freinet,
avait pu avoir lieu en 983. Cette dédicace à la croix divine qui
donne la victoire était certainement, dans la pensée du prince
mourant, un souvenir de reconnaissance en même temps qu'un
espoir de salut. Il voulut être enterré là où s*élevait l'église
offerte par lui. Quant au choix du titre de cette église, on sait
que partout où trois diocèses se joignaient, on plaçait ancienne-
ment une église dédiée à saint Christophe, qui porta le Christ,
c'est-à-dire du saint qui, par son nom, personnifiait la croix
elle-même, parce que la croix doit marquer les limites d'un ter-
ritoire consacré à Dieu ^. De même, on dédiait à saint Michel les
églises placées sur les hauteurs ; quelquefois à saint Barthélémy
celles placées dans une île ou un bas-fond. Au xi** siècle, on pré-
férait dédier Téglise des confins, non plus à un saint, mais à la
croix elle-même. Guillaume, voulant reposer dans une église pla-
cée sous le patronage de la croix victorieuse, devait donc choisir
de préférence une localité placée aux confins de trois diocèses :
il choisit Sarrians comme étant la localité, la plus rapprochée
d'Avignon où il se trouvait, répondant aux conditions voulues.
Cette église s'éleva lentement : le marquis étant mort en 993,
elle ne fut dédiée que quarante ou cinquante ans plus tard, du
1. [1033-1054] : « in villa quç vocatur Sarrianisquam Willelimis quondani
dux Provintiœ et pater patriç sanclorum apostolorum Pclri et Pauli et
monasterio Gluniensi et loco in quo se sepeliri rogavit et boalo Majolo
adhuc in came vivante et vivons delegavit et moriens donando attribuit
a?cclesiani construere studuit et eam consocrare et dodicare rogavit a
domno et vencrabili Regimbaido Arelatensium archycpiscopo ad honorem
Dei et mcmoriam dominicc ol victoriosissimc crucis ac Domini genitricis
et sa nctorum apostolorum Pétri et Pauli et beali Marcolli pape et marli-
ris et beati Saturnini marliris incliti et omnium sanclorum » {Cliinij^
n® 2866). Cette charte date du jour de la consécration de l'église : elle est
peut-être du 19 mai 1037, jeudi de l'Ascension, comme le n° 2916.
2. G. de Manleyer, Les origines de la Maison de Savoie^ la paix en Vien-
nais, Grenoble, Descotes, 1904, p. 32, n. 2. (Extrait du Bull, de la Soc.de
sUlisUque de risère, 4« série, t. Vil, p. 118.)
'2HH \.\ l'ROVKNCK Dl FHKMIKR AI' \II^ SIÈCLt:
ti'inps (lo SOS petits-fils Fouiqiies-Hertnind et GeolTroy, parl'ar-
('lu'\i'(|iu* d'Arles liainihaud. Rien de plus naturel que le fait de
tenir les cours plénières annuelles dans le voisinage du lieu où
reposait, suivant sa \olonté, le héros delà race et le sauveur de
la IM'ovtnei'. On n'attendit pas pour cela que l'église fût achevée,
dette éj^lise paraît subsister en partie : c'est l'église paroissiale
actuelle de Sarrians dédiée aux sidnts Pierre et Paul. L'absidiole
<lu n«»r(l a été agrandie, puis la nef a été, assez tard, .augmentée
dt» deux bas eotés : tout le reste peut parfaitement dater de la
dédieaee. (l'était le plan crucial : la travée, surmontée d'une
coupole ^n»ssière, était accostée de deux collatéraux en berceau,
(troits mais débonlants sur la nef. L*abside et les deux absidioles
en cul de four s'ouvraient sur la travée et les collatéraux p;ir
rinternié«liaire d'un jc^a^^l »i'<-* très large, formant berceau, sous
le<piel se trouve chacun des auti'es. L'ensemble, porté sur d'é|wis
piliers (|uailraii^ulaires, est d'un aspect ti*ès lourd. Deux marches
t'*lè\ent \v s(»| de la c(uipole sur les collatéraux : au pied de ces
marches, lune» «les pierres, dans le pavé du collatéral niéri-
«lioiial, porte les deux lettres suivantes, paléographiquement
antérieures au \\\V' siècle :
PC
La nef est d'ailleurs remplie de sépultures modernes.
Le concile, tenu à Barbara vers KUiiî, est le dernier exemple
connu des Jurandes assend)lées de Sarrians : avant 1067, les deux
frères (luillaunu' Bertrand et Cieolfrov étaient morts Sims enfants
màlcs; leur c«»usin Bertrand, tils de (leoffroy, le dernier de la
raie îles comtes de Provence, n'était qu'un enfant, sous la tutelle
«le sa mère. 11 est bien possible que la tradition des cours
plénières se soit perdue à ce nuunent. 11 n y avait plus de roi, de
j^
Le Royaume dJc bourgogne-pkovlnck 289
duc ni de marquis pour faire droite justice, constatent le pri-
mat d'Arles et les moines de Montmajour ^ Le pays de Pro-
vence devait commencer à perdre conscience de son unité, jadis
reconstituée par le vainqueur des Sarrasins. Le chef manquait :
la justice faisait défaut.
C*est pendant la vie du marquis Guillaume, fils de Roubaud, et
de ses neveux, les comtes Geoffroy et Foulques-Bertrand, qu'était
mort, le 6 septembre 1032, sans enfants, le dernier roi de Bour-
gogne. Malgré la désignation, faite dès 1027 parce souverain, de
l'empereur Conon son neveu, comme héritier présomptif du
royaume en l'associant à sa couronne ^, malgré Tenvoi qu'il lui fit,
au moment de sa mort, de sa couronne et de la lance ajourée de
saint Maurice, les Provençaux paraissent avoir préféré recon-
naître pour son successeur Eudes, comte de Champagne,
son autre neveu ^. A dater de l'expédition de Conon à Lyon
et à Genève où, pour la seconde fois, il se fit couronner roi
de Bourgogne le 1** août 1034^, les comtes de Provence se
soumirent, tardivement et plus ou moins, à sa royauté éloignée ^.
Le plaid général de mai 1037 mentionne son règne et le fait même
1. Septembre 1061 : « que et incuria majorum principum et pigritia suo-
rum pastorum... nec rex, nec dux marchiove est, ei porrigeiis manum.
Quapropter ego Raiambaldus archiepiscopus... » [GalL Christ, noviss.j
Arles, n« 414; Chantelou, pp. 174-175).
1067 : « tune temporis non erat dux neque marchio qui rectam justiciam
facercl scd a minimo usque ad maximum laicalis ordo quotidianam injus-
titiam exercebat » (Chantelou, p. 179).
1082 {GalL Christ, noviss.^ Arles, n^ 441). Même formule qu'en sep-
tembre 1061 ; le même préambule était, paraît-il, toujours de saison.
2. 1027 : « regnoqueBurgundiœimperatori tradito ))(Wipon,Gp«/aC/iuon-
radi,% 21).
3. Arles, 18 février [1033] : « anno primo (juod Odo rex cepit regnare »
{Saint'Victor, n» 176).
Arles, l*' mars [1033] : f anno primo (|uod Odo rox rognare cepit •
(Sai/i/- Victor, n« 183).
janvier [1033/4] : « régnante Odonc regc .Alamannorum sive Provincie,
anooab incarna lione Domini millcsimo XXXIII » (Ibid., n<> 101).
janvier [1033/4] :« régnante Odone regc Alamannorum sive Provincie »
[Ibid., n« 64).
4. 1034 (Wipon, Gesta Chuonradi, § 32).
5. 8 juin 1035: « régnante Cona imperatore » {Saint- Victor, n*' r)56).
Mém. et Doc. de VÉcole des Chartes — Vil. 19
<
290 IJI PBOVE^Ci: DU PmEMIEX AV XlT SIÈCLE
(hitrr de sa dé>ipidtion en 1027. Cuoon reconnu vint bieotùtà
niMuhr le 4 juin 1il39. Près d'un an auparavant, il avait transmis
If ntwiume de lk>ui>rog7ie à son fils Henri dans une cour pK-nière
tenue à Soleure -. Cependant, lui mort, certaines chartes de Pro-
vence déclarent que le trône est vacant * : d'autres, par habitude,
ci>ntinuent à mentionner le règne de Conon. bien qu'il soit mort l
Ci*la ténioiime dune indifférence assez grande ; car il était impos-
sible que s«i nuirt ne fût pas connue au bout de quatre ans. A ce
IK»int. l'archevêque d'Arles ne craignit pas de déclarer l'indépen-
danoe de la Pn»vence. vis-à-vis de ces souverains étrangers et
pnibiématiques, en disant que les marquis de Provence régnaient
sur le mvaume de Provence *. Cette tentative n'aboutit pas :
à dater de 1014, le règne du germain Henri est mentionné d'une
manière «générale .
I^ marquis Foui ijues- Bertrand étant mort entre 1050 et 1054,
I. WiiH.u. fié>fU Chuonradi, ^ 3H el 31».
'2. S;iinl-(ienis, 21 mars 104*"* l : » rc^gnante nulle rege Provincie alque
Hur^'uiulie Sainf-Victur, ii« 188 . Cet acte date de 1040, îndiction Vlll,
la veille de Pà«iue«i, le XII des calendes de mars; il est précieux au point dt»
vue lie la chivnoloj^'ie. Il pnnive que raunée commençait ^ Pâques, que Tin-
diction ne chan;:eait qu'avec l'année, que les 8cril>es confondaient facile-
inenl avec le mois coui*nnt les calendes du suivant. L*acte du 48 juillet
iMtH rimlTre un autre exemple Saint- l'iWor, n* 384,.
ii. 2 k oclnluv 10»n : repnanleCona regem Alamannorum » 7Z>i</.,n*3l8 .
- I"i:i : re^'uante Chono imporalore romano »» [Ibid,, u* 331).
f. Arles, a\ril I0*:< : .. ego... Haiamhaldus archiepiscopus... regnantibus
principihuH in (ialliis Ciauzfredo etBertranno >> GalL norÎM., Arles, n® 369:.
'■». Ciap. 7 aM'il mi» : ., re^'C Henrico rognante » îB.-du-Rh. B. 1373 . —
Marseille, 21» juillet lo44. <* régnante 1 lei en rico rege » t Sa i/i/-ViWor, n" 34 .
— iMif : . Ileienrico n»ge régnante • {Saint-Victor, n»659).
10*5- I0f7? : « in comitntu Sislcrico... Facla donatio hçc anno incarna-
tionis dominice milleMnio XLV indictione XIII, epacta nuUa, régnante
Anri«:o impcratore Alamannorum et Homanonim Burgundionumque atque
Provincialinm .. Suint- Victor, u'* t'Ct", . Henri III devint patrice des Romains
et ie(.ut la couronne impériale à Home, le 2.*» dtVembre 1046 (Gustav Richter,
Annaicn tlt^r Dt'ut.*chrn Geschichtt\ III ahteilung, erster band, 1890,
p. M'Z . Si cet acte est réellement de 1045. il est certain que la mention
«lu règne a été amplifiée aprt's coup; par contre, si cette mention est
intacte, les chilTres essentiels de l'année, de l'indiction et de Tépacte
auront été diminués : dans ce cas, l'acte ne peut être antérieur à 1047.
LE ROYAtME DE BOIRGOGNE-PROVENCE 291
robablement même avant le 27 avril 1031, son frère Geoffroy
)ntinue seul à se titrer marquis. Stéphanie, femme de celui-ci,
ui avait paru pour la première fois le 27 janvier 1010, figure
ésormais à ses côtés dans tous les actes émanés de lui
Lsqu*à la fin de sa vie '. Le premier de ces actes est passé
1 1051 à Tarascon, résidence comtale située entre Arles et
vignon, comme Manosque et Forcalquier Tétaient sur la rive
poite de la Durance, en dehors des cités occupées par les évêques
: les vicomtes. DansTacte du 1*^"^ juillet 1035, Geoffroy reçoit
icore le titre de comte de Provence, usuel pour tous les membres
1. [Vers 1050] : « ego Gofrecius cornes Arclatcnsîs. . . de alode meo. . . in
iTÎtorio caslri... Pelrafug, comitissa . . . cum filio suo. . . fîrniavit... »
Ininl-Viclor, n^ i72). — 27 et 28 avril 1051 : « ego Raimundus episcopus. . .
•o paire meo... etavunculo meo domiio Wilelmo el scniore nieo comité...
; Castro... Monasterio... Gofredus comes firmat » (Suint-Viclor^ n*» 006'.
- Tarascon, 1054. Le comte Geoffroy, pour lui, sa femme Stéphanie, ses
L."veux Guillaume Bertrand et Geoffroy, offre à Notre-Dame et à Saint-
arcellin d*Emhrun le mas de Pons Blanc, en présence de Hugues, arche-
>(|ue d'Embrun, et de Ripert, évèquc de Gap (Fornier, Hisf. des Aipes
oltieneSj éd. Paul Guillaume, t. 1. Gap, Jouglard, 1890, pp. (»35-6:î(>; cf.
ouche, IlisiL de Provence^ t. II, p. 05). — l*'»' juiliet 1055 : « ego Godfredus,
)mcs Provinciaî et uxor mea nomine Stephania et fdius meus Bertrannus...
ode noslro. . . in Tripontio. . . donatio facla est. . . consilianlc et présente
aimbaldoarchiepiscopovolentibusetpresenlibusepiscopis Alfanto Aplensi
t Riperlo Gapincensi necnon Roslagno Avinionensi. . . » (Saint-Victor,
» 153;. — 1057 : « ego Gausfredus marchio sive comes Provincia? et uxor
lea Stefania et fîlius meus Bertrannus. . . in Rubiano. unam condaminani
.. quam dédit avus meus Wuilelmus marchio sive comes Provincie (»t
lia mea Adalax comitissa. . . l'goni. . . Blavie. . . Ego vero Gausfredus et
xor mea et Glius meus. . . Grmavimus. . . Dominus archiepiscopus Raiani-
illus firmavit. Rostagnus archiepiscopus Acjuensis f. .Mfantus episcopus
tensis f. Rodulfus episcopus Cabillonensis f. Poncius episcopus Glanecen-
s f.... » [Saint-Victor, n*» 18i). — Arles, 15 février 1059 00 : u ego in Dei
omenGodfredus comes et uxor mea nomine Stephania et filius meus Ber-
'annus concedimus... in comitatu Arelatensi in monlibus cpii conjuncti
mt monasterio. . . in vilia... (^ontignaniguis. . . Signum archiepiscopi
aimbaldiet corroboratio. . . Signum Gaufredi coniitis. . . Stephania comi-
ssa firmat. Bertrannus filius eorum firmat... Laugerius vicecomes. . . >»
^hantelou, pp. 171-172 ; Gall. noviss., Arles, n° 400). A noter la corroLo-
itio de Tarchevêque dont la souscription précède celle du comte. —
ries, 1060 (.'^j : « ego Gaufridus comes et uxor mea Stephania. . . de here-
ilalc nostra. . . ccclcsia Sancti Andrée de Gigondas seu de Ramiera in terri-
f
292 LA PROViOCE DU PREMlEli AU XII* SIÈCLE
<lo la maison dopuis l*unincaiioii opérée par le premier marquis,
pirs (l'un sirck» auparavant. Dans Tacte de 1057, destiné préci-
srnuMit à confirmer une donation de son aïeul le premier marquis.
(icolTrov prend lui-même ce titre de marquis. Mais le rédacteur
du texte de cet acte indique à tort que la donation confirmée avait
été faite par le marcpiis Guillaume du temps de sa seconde femme
Alix, ^rand'mcre de Geoffroy. Cette donation remonte à l'époque
où Guillaume était encore marié avec Arsinde. Cette erreur s ex-
pli(]ue par le fait que Guillaume seul figurait dans le texte delà
donation. Sa femme Arsinde s'était bornée à le souscrire. Lesder-
ni(»rs textes (|ui mentionnent le marquis Geoffroy sont du 1 3 février
\i):\\\'{\i) dans Arles et peut-être de 1060. Il était mort dès 1063
et peut-être même dès février 1061/2 : il fut, comme son père
(luillaume 1\\ inhumé à Montmajour, dans le cloître, à la {)orte
du chapitre.
Ilîe, contomplator,
('.onpiinctiis mente, viator;
Nain, ({uod es iste fuit,
Nunc menioresto sui.
Si foret hoc justum,
Quemqnam lugere luorum ;
Domine, Josfredum
Tnnc comitem,nimiùm.
lorio AurnsitMisi. . . Si^rimm Ganfridi comitis. Stephanetlecomilisse » -.Clia"-
Ulon. p. 17M . Cf. //ii(/., pp. l'tr»-li<î. — Décembi-c I0;6l] : « nos Pelnis el
(luiriiMiis Pallioli... ciini consilio... senioriim nostrorum Guil]clmi Ber-
lianni el (laufivtli fralris ejiis eomitum .. in comilalu Avennicensi. . . Arzil-
Iriiimi. . . Kl nos dii'ti oomites Cîuillelmus l^ertranni et Gaufi-edus frater
iniMis... Kinnaliim per manns domini (luillelmi Bortranni el (îaufredi
fralris t*jii>, eomiUnn Avenionensium, annoML[..?] Adalax uxor Guil-
Ichni Horlraiini eoiiiilis dédit et f. Hostajji^nus Avenionensis episcopus
fi^lna^il. (i:ut/'nulns An^Litonnium comen firmavii » (RufQ, Disserf., pp. 1)4-
i'»:! : Polyearpi', Ann , p. 027 . — I04:>-I0r>l | : c audi tu Gauxfre, filius
(iirhrr^a, el lu Slofania nxor eiiis. Ej;o Aicardus et Josfi^us, iilii
Acet'lena, non le deeeUivmus... ad reeuperare... dominieatura de lieras
et de Kossis «piorn Vuiieimus conies tenebat uno anno antequam morte
aceepissel >■ .(iais de Pierlas, Le A'/»* sitV/'», p. 91, Doc. II ; arch. B.-du-
Rh. B., 276).
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 293
Mitibus ihc mitis,
Durus fuit ipse rebellis ;
Optans celicolas,
Suspicit indigènes.
Telle est l'épitaphe du comte, en lettres enchevêtrées, qui
subsiste au Musée d'Arles *.
1. La pierre mesure 1™ 70 de hauteur X 0™ 57 de largeur X 0™ 16
d'épaisseur. Le proGl de son cadre, en relief, se compose d*un bandeau
extérieur de 0"060, sur trois côtés seulement, et d'une doucine de 0™0r>0
ou 0">065 de large sur les quatre côtés. Dans ce cadre, la table mesure
encore 1" 456 de haut et 0™ 390 de large. Au milieu de cette table, est
sculptée, en relief comme le cadre, une croix qui mesure 0"451 de haut
et 0™390 de large, avec, dans chacun de ses cantons, une rosace mesurant
0" 160 de diamètre. Quatre cordons horizontaux et quatre cordons verti-
caux forment les branches de la croix : ils s'entrelacent deux à deux
au centre et aux extrémités qui s'élargissent en demi-cercles, de telle
sorte que, les bras de la croix mesurant 45"™ ou 50™"» de large, soit 12™™
en moyenne pour chaque cordon, les extrémités ont une largeur de 130™™,
pour les branches verticales, et de 120™™ pour les branches horizontales.
La table porte une inscription de dix lignes, en lettres capitales gravées en
creux, que la croix partage en deux parties égales. Les 1", 2«, 7«, 8« et 9«
lignes mesurent 50™n» de haut; les 3« et 4", 55™™; la 5«, 94™™ ; la 6«
liO™™; la 10, 45™™. Les 1«% 2% 4« interlignes, 55™™; les 3% 5«, 6« et 8«,
50™™; le 7«, 48™™. Chaque ligne comprend un vers, sauf la 5« et la 6*, qui,
de hauteur double, en donnent deux chacune. Le texte se compose donc de
douze vers rythmiques, assonances deux à deux, dont chacun comprend
essentiellement trois syllabes accentuées alternant avec des atones, de
manière à être, en moyenne, de six syllabes chacun: il y en a de cinq et
d'autres de sept. Quand deux voyelles se suivent, elles ne comptent que
pour une syllabe. Au point de vue paléographique, les ^ sont barrés hori-
zontalement et le jambage de droite dépasse en hauteur celui de gauche:
la forme en y de la barre, qui donne la forme J^j est exceptionnelle. Les ()
ne sont pas circulaires, mais en forme de navette ; les Q sont tantôt de
forme ordinaire tantôt carrés ^; les £• également, de forme ordinaire ou
en S. Le 0, le (^ etle ( de forme onciale sont exceptionnels.
Le sculpteur s'est donné beaucoup de peine pour lier, superposer, englo-
ber et entrelacer le plus de lettres possible, afîn d'obéir à la mode alors
courante qui était d'éviter la clarté. On remarque aussi quelques abrévia-
tions constituées par un trait horizontal dans les interlignes. Le début
des 4«, 5«, 6« et 8' lignes n'est plus assez apparent sur la pierre pour pou-
voir être lu : au xvii« siècle, il n'en était pas encore ainsi heureusement. On a
encore les facsimilés et les lectures de Pierre Saxi {Pontificium ArelatensCy
Aquis Sextiis, Roize, 1629, p. 205), de Bouquier (Bibl. Méjanes, ms. 812,
r
29i LA PROVENCE OC PREMIER AU XIl^ SIÈCLE
De Stéphanie, sa femme, le marquis Geoffroy avait deux enfants,
Bertrand et Gerberge. Mais, S sa mort, le titre de marquis ne
passe pas à son lils. 11 passe à ses deux neveux, les comtes Guil-
laume Bertrand et Geoffroy, fils du marquis Foulques-Bertrand.
VllI
(iuillaunic Bertrand et Geoffroy, marquis de Provence
^Vers 1060-vers 1065;.
Selon le nouvel usage inauguré par Geoffroy et Foulques Ber-
trand, les deux frères, Guillaume Bertrand et Geoffroy, se par-
tagent le titre éminent de marquis : la preuve en est fournie par
leur approbation, vers 1063, de la donation faite, en iOli, par
leur père, Foulques-Bertrand.
rroueil lk>uquior, t. 1, p. 140 — : nis. 915 du calai, imprimé), de Laurent
Ik)iiiKMnanl {Bibl. d'ArIrs, ms. lt>3 : .Vo/i«/na/or, p. 184). Les mesures détail-
lées ci-d(*ssus prouvent cpie le sculpteur employait un pied de 0™ 34<> envi-
ron, divisé en 12 [)ouces, et le pouce en 12 lignes. Ainsi, la pierre mesure
:> pieds ou 01» pouces de haut sur 20 pouces de large; la croix mesure
ir> pouces de haut sur I ^ pouces de large; les roses ont 6 pouces de dia-
mètre; les lettres du texte mesurent respectivement 4 pouces ou 48 lignes,
*<> lignes, 24 lignes, 22 lignes et 2() lignes. A la fin du xviii» siècle, on se
servait en Provence surtout de la canne qui comprenait 8 pans, 64 menus
el 512 primes : à Arles, la canne valait 2"O405, à Marseille 2"0I2(), à Aix
1"".)8H() Titljleaii (les iinriennes mrsures du département des Bouches-du-
llhùne^ cnmpan'u's aux moi^ures râpuhUcaineu^ publié par ortlre du Ministre
<h» l'intérieur. A Paris, de l'impr. de la Hépublique, an VII, p. 2). Lii divi-
sion, par huit, de la canne en pans et sa subdivision en menus ne convient
pas à l'ensembh» d«'s mesures delà f)ierre et il est intéressant de noter que
h' sculpteur du w^ siècle préférait le pied au pan. Mais la canne compre-
nant 8 pans, elle comprenait égaleu'ent 0 pieds: pour une cannede 2™ 0405,
cela suppose un pied de 0™3fl08. Il est remanjuabie que. de 1061 à 1790,
pendant plus de sept siècles, la valeur du pied dans Arles n*ail augmenté
(ont au plus «pie d'un millimètre, c'est-à-dire d'une quantité presque nulle,
puiscpi'elle est inférieure aux trois millièmes de la grandeur. S'il a été pos-
sible de faire cette élude détaillée de la pierre du tombeau de Geoffroy, c'est
grâce à l'accueil plein d'em[>ressenient et d'obligeance trouvé auprès de
MM. II. Dayre, bibliothi'caire archiviste delà commune d'Arles, et Lacaze-
Uulhiers, professeur d'histoire au collège, vice-président de la Société des
Amis du Vieil Arles, qui recherchent et aiment l'histoire de leur pays.
k
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 295
Les actes des marquis Guillaume Bertrand et Geoffroy con-
cernent les comtés d'Avignon, Sisteron, Gap et Embrun. On sait
que, désormais, le titre de marquis se partage : par une innova-
tion analogue, du vivant de son père, en lOii, Guillaume Ber-
trand jouit déjà de la qualité de comte dans un acte qui concerne
Gap. G est ainsi que dès le 22 octobre 1030, en Viennoise,
Humbert II « aux Blanches Mains » laisse son (ils Amédée se
qualifier comte K
I^ dernière donation, où paraissent en commun Guillaume Ber-
trand et Geoffroy, est du 14 février 1063/4 : Guillaume Bertrand
reparait seul le 1*^ mai 1065, en se qualifiant comte de Provence, et,
le 13 juillet suivant, c'est Geoffroy. Tous deux étaient morts avant
1067^. Ils moururent encore jeunes ; en effet, leur grfind-père
1. G. de Manteyer, La paix en ViennoiSy Grenoble, 1904 (Bull, de la Soc.
(le ntatislique, pp. 146-147).
2. Du vivant de leur père, voir ci -dessus, p. 281, note 2 do la p. 278, acte
de lOiV {Sainl-Victor, n^ 659) ; puis, du vivant de leur oncle Geoffroy, voir
ci-dessus, p. ?91, n. 1, actes de 1054 (Fornier)et de décembre 1061 (Ruffi).
Gap, 7 avril 1044 : « inter episcopum Radulphum et comitem Willelmum
Bertrand! Vapincensis civitatis... mediante archiepiscopo Ebreduncnsi...
Ismidone... cornes Provincie sibi relinuit... Signum Radulphi episcopi.
Signum Ismidonis archiepiscopi... Signum comitis. Signum Pétri de
Misone... .>(Arch. des Bouches-du-Rhône, B. 1373, f*» 42; Albanès, Gallia
Chrisliana novissinia, 1. 1, province d*Aix, Montbéliard. P. Hoffmann, 1895 :
Inslrumenta ecclesiœ Gapincensis^ col. 275-277, n° IX).
7 juillet [1057] : « clerus et populus Ebredunensis eligimus, laudamus et
corroboi-amus Winimannum archiepiscopum... praîcipicnte... papa Viclore,
confirmante Willelmo Bertrando et Gaufredo seuPontio Diensi comité... »
[Gall. Christ., l. III, instr. eccl. Ebredun., n» 1, col. 179).
Avignon, 14 février 1063/4 : « ego Barangarius. . . in terrilorio Avenni-
censi... Willelmus comes Provincialis et Josfredus frater ojus firmave-
runt... » [Cluny, n« 3387)
[14 février 1063/4 mai 1065] : « ego... Vilelmus et ego Gauzfredus comi-
tés sive marchioues Provincie, filii prefati Bertranni firmamus... »»
{Saint-Victor, n» 659). H s'agil du comte de Sisteron.
Forcalquier, 1«' mai 1065 : « ego Geraldus, gracia Dei, Gisistericensis cpis-
copus. . . in villa Fontelana consilio et voluntate domni Willelmi Bertranni
comitis Provincie et comitisse sue uxoris, domni ctiam... wicecomitis
Sigislericensis. . . régnante inseculorumsecula Domino Deo » [Saint- Victor,
n« 680).
290 LA PKOVENCE Dt PREMIER AU XII* SIÈCLE
(fuillauine IV, né vers 984, était mort en 1018, à environ trente-
(*in(| ans. I^our père, Foulques-Bertrand, né vers 1005. était
\'\ juillet KMi.'i : '« liertrûnnuê sic) comes cum EnninjErarda uxore mona^te*
riuiii Moiilis Anciconi... exomat » (Polycarpo de la Rivière, Annaln, p. (i33:
cPnprrs le Cartulaire de Sainf^André, f» 28;. Bertrand est une erreur pour
(fC'olTroy : c'est Geoffroy qui était comte d'Avifpfion.
l()0O-l(N)r»; : M €»^o Guillelmus et ef^ Gaufredus comités et fratres,
/ilii (iuiUohm JJI cognomenlo Bertrani^ AreUtenêU comiti» et anteeume
rirÎH on'jtli , . . donnmus. . , Perluso. . . quod olim pMier illorum. . . dedenl
lit IMmis. . . nos eripcre di^netur... Si quis... nos aut ullus ex nostri
|)ro|»iii(|uiK. . . Ajunf;imus...quam pater nosterBerlrannus dédit. .. Manoas-
cii. . . Si^nuin (iuillelmus et (îaufrcdus comités... » Chantelou, pp. 190*
Cet ncte de Montmajour pi*ésente des anomalies. Émané des deux
Tivirs, il est ré<lif^é en leur nom k la première personne du pluriel :
« t'ffn a. ri pffo (r. comité» et fratres,,, donamus,,, ut Deu».„ nos eripert
tlitfiH'fur... Si t/uis... rws mit ullus ex nostri propinqui»,., Ajungimu*...
f/ii:im ft.itrr nnufrr lirrfrannus dédit,,, » Au milieu des phrases de ce style
«•nirecl, !«• lecteur est tout surpris de trouver des incidentes où ce ne sont
plus les «loniileurs ((ni parlent : « fitii Guiltelmi III cognomento Bertrnnni
.l/v/.'i/f'/ï«iM nmiitis rt nnte eum e viris erepti,,, quod olim pater illorum
ttfttrr.if. » De pins, il est bien sing'ulier que, dans ces incidentes, lenomde
Ifur prre s<»il aeeompnj^nr de sou numéro d'ordre III : enfin, il est incroyable
(pic leur père soit cpinlifié dans la même incidente Arelaiensis comes, alors
jpic <r tiln' <"(»n venait seulement h leur oncle Geoffroy. Tous ces indices
«I incxa<iilu<l*' et de rédat'tion étrangère aux donateurs permettent de dire
<pic les phrases incidentes on ils s'accumulent ont été interposées par un
lici-s, l()n<;^tcnips après, (piand on cherchait à identifier les deux donateurs.
l/inlcrp<i|jilcui- «lonnc à Fou hpies- Bertrand, père de Guillaume Bertrand et
i\v (icoirroy, le nom de (îuillaume-Bertrnnd. Cette attribution du nom tra-
ditionnel de (înillannie à Foul(| ucs- Bertrand n*a rien d'impossible, mais
aucun autre texte ne l'indiipie. Les mots et ante eum e vivis erepti paraissent
cduccrncr Fonltpies-lkM'lrand : mais il faudrait rétablir ante eot au lieu de
unie fum. Dans l'analyse finale de l'acte, les mots corroZ»ora/io... donations
i/iinm frril (iuillrlmus comes... et uxor sua necnon filius eorum.,, visent le
pnMni*»r nianpiis (înillannie II, sa femme et son fils Guillaume IV.
I DMiO-lOt):;', : K ^adiuni de Guilelmo Bcrtrannd, fratre Gaufredo. . . in
Villa Piscis. . . pro dneentos solidos demelgoires. . . » (Chantelou, p. 156).
I i(M)0-l(HKl| : <i . . . Cînilelmus Bertrannus. . . in Rocabnina et in villa
Piscis. . . M (//>/(/., pp. iî)t»-iîi7^.
I I ()<>(>- KM) Il ; : u ejço Gaufredus et frator meus Guilelmus Bertrannus...
nionastcrio (lorrensis et Sanclo Petro de Rocabnina... in vallc Roca-
hruna. . . »• //>i(/., p. l'îT).
I I()ti:i.l07r>! : « e«ro llosla«,nius Avinioncnsis. . . episcopus... apud Fomi-
\
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENXE 297
mort vers i050, à environ quarante-cinq ans, et eux-mêmes, nés
vers 1025, ne pouvaient avoir que quarante ans lors de leur mort.
L'erreur serait grande de croire que Guillaume Bertrand, Tatné
des deux, porte un surnom identique à celui de son père, Foulques-
Bertrand. Pour le père, c'est un surnom de baptême qui se joint
au nom de naissance en i019 et qui le remplace ensuite, de
manière à devenir le nom réel et le seul usité. Pour le fils, c*est
un surnom patronymique placé après le nom de iiaissance, non
pas au nominatif comme lui, mais au génitif. Quand les deux ne
sont pas énoncés à la fois, c'est le premier seul qui est porté. Tandis
que le surnom de baptême vient de la ligne maternelle, le patrony-
mique est proprement le nom du père. Tous les caractères du
surnom de baptême s'opposent donc à ceux du surnom patrony-
mique : pour que cette différence essentielle subsiste clairement
sous les yeux, il est à propos, quand il s'agit d'un surnom de
baptême à écrire, de le joindre au nom de naissance par un
trait d'union; cela est naturel, car tous deux désignent une
seule personne. Quand, au contraire, il s'agit d'un surnom
patronymique, il reste séparé du nom de naissance et cela
va de soi. La raison de cette attribution d'un surnom patro-
nymique à ce seul comte Guillaume VI est évidente : depuis le
début du siècle, en raison de la transmission héréditaire et par
primogéniture du nom de Guillaume, les Guillaume avaient été
(ils de Guillaume. Le comte Guillaume IV avait eu pour père le
premier marquis Guillaume II et Guillaume V- avait eu pour père
Guillaume IV. Seul, le marquis Guillaume III avait été (ils de
Roubaud, mais il n'appartenait pas à la branche de Guillaume
Bertrand. Quand Guillaume VI devint comte, la singularité de ce
fait qu'il n'était pas (ils d'un autre Guillaume frappa son cntou-
calcarium castnim. . . Uxor Willelmi Bcrlrnnni comitÎH, videlicct comi-
tissia firmat > (Saint- Victor ^ n^ 664).
[1067-4075] : «ego Roslagnus episcopus Avonioncnsi». . . apud coHlrtirn
Furcalcherii . . . ex parte mea et ex parte comiliBfie et omnium priricipiim
nostrorum » {Saint- Victor^ n« 665).
Marseille, avril 1077 : u in civitate Massilia... régnante Domine nostro
Jhesu Christo. . . Ennengarda comitisM flrmavit... t {Saint' Victor, n*» 88).
29K LA PROVENCE DU PREMIER AL* XII* SIÈCLE
rage et, pour le désigner commodément, on le surnomma du
nom de son |)ère, Guillaume Bertrand.
I.O marquis Guillaume Bertrand eut pour femme Alix qui lui
Hurvéeut quarante ans et ne lui donna qu'une (ille nommée elle-
môme Alix.
(Junnt au marquis Geoffroy, il a dû être marié avec une com-
lossr Mrnu»ngarde, retirée en 1077 à Marseille dans le monastère
de Notre-Dame aux Accoules ; il ne parait pas avoir eu d*enfani.
li'onele do ces deux marquis, le précédent marquis Geoffroy,
mort vers I OtiO, Agé d*environ quarante ou quarante-cinq ans, avait
eu, (le sa femme Ktiennette-Douce, un (ils nommé Bertrand et une
lille, nommée Gerberge comme sa grand'mère paternelle. Bertrand
(levait avoir une vingtaine d années tout au plus au moment de
la mort de son pi>re. Il n'est pas surprenant qu'en 1061, larche-
Vi»(|ue d'Arles se plaigne de l'anarchie qui renaît et de l'absence
(l'un elief r(»speetê.
On a remar(|ué plus haut que, lors de la mort du marquis
(iuilhiunie 111, lils de lloubaud, entre 1037 et lOiO, ses deux
n(»veux au .*>'' (l(»gré, Geoffroy et Foulques-Bertrand, s'étaient
nttril)U('» en eoniniun le titre de marr|uis. Cette innovation décèle
loiV('»nienl un n»lt\chenient dans Tunité du pays constituée en 979.
Ia\ ninrehe avait désormais deux têtes. Ce n'est pas tout : au
UM'uie moment se produit un indice concordant. Dès 971, Guil-
laume II avait assunK» le titre nouveau de comte de Provence; on
sait (|u"il y avait eu jus(|u'alors des comtes en Provence, c'est-à-
dire un eonite dans Arles, un comte dans Avignon, un comte dans
StMK»/.. Depuis 971 , il n'existe plus d*autre comte reconnu en Pro-
vence ( jue Houhaud , eomte dans Arles, et Guillaume son frère comte
dans Avij^non. Possinlant l(*ur situation personnelle, le premier
dans Arles, le second dans .Vvignon, tous deux sont bien, par
indivis, comtes de la Provence enti(*re. Les actes, émanés de l'un
d'eux pour des biens comtaux dans n'importe lequel des comtés
prov(Mivi»nx, doivent (Hre, en principe, approuvés par l'autre.
(lett(» unit(*» domaniale, (jui n'empêche (Xis la résidence habituelle
de l'un des deux comtes sur la rive droite et celle de l'autre sur la
\
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 299
rive gauche, a duré depuis 971, au moins, jusqu*aux partages
du XII® siècle. Mais il y eut forcément une transition entre l'indi-
vision familiale du début et la séparation par branches qui devien-
dront finalement étrangères Tune à l'autre. Jusqu*aux partages,
les comtes continueront tous à s'affirmer comtes de Provence :
malgré cela, dès Fépoque de Foulques- Bertrand et de Geoffroy,
(ils de Guillaume IV, on note un pas en avant vers la séparation,
dans certains actes où le titre indivis de comte de Provence se trouve
remplacé par un titre personnel à chacun, de manière à indiquer
la résidence ordinaire du comte que l'acte concerne.
Dès avant la disparition du dernier roi de Provence, c'est-k-dire
avant 1032, un précepte de ce souverain qualifie Geoffroy «comte
d'Arles ». Il s'agit de Geoffroy, fils cadet de Guillaume IV, qui
après la mort de son père paraît avoir pris la préséance sur son
frère Foulques-Bertrand. Jusqu'en 1050, cette indication fournie
par le précepte reste isolée. A cette date, un acte, tiré du Cartu-
laire de Saint- Victor, qualifie Geoffroy « comte arlésien ». Après la
mort de son frère Foulques- Bertrand, un acte, relatif à Saint-
André-lès- Avignon et émané d'un vassal de ses deux neveux, les
qualifie « comtes des Avignoimais » : Geoffroy lui-même, qui con-
firme cet acte en vertu de l'indivision persistante, est qualifié
« comte des Arlésiens ». Bien entendu, d'autres actes plus nom-
breux continuent à qualifier comte de Provence chacun des comtes
existants: mais il est évident que Tunité de la Provence n'est plus
aussi forte. On retrouve, en somme, un comte de la région d'Arles
et un comte de la région d'Avignon, comme depuis 911 jusqu'en
970 : mais ces comtes possèdent toute la Provence par indivis.
Cette localisation de chaque comte coïncide avec la mise en
commun entre frères du titre éminent de marquis. Cela revient,
en somme, à ceci que Geoffroy, comte de Provence et en par-
ticulier d'Arles, était marquis de Provence, spécialement sur la
rive gauche de la Durance, tandis que Bertrand, comte de Pro-
vence et en particulier d'Avignon, était marquis de Provence
spécialement sur la rive droite.
Après la mort de Bertrand, ses deux fils, Guillaume Bertrand
et Geoffroy, lui succédèrent ainsi dans Avignon.
*<00 LA pbovem:e du premier al* xii* siècle
Apri>« In mort de Geoffroy, son fils Bertrand lui succéda dans
Arlos, inaiH fwins hériter du titre de marquis que se partagèrent
seuls ses cousins Guillaume Bertrand et Geoffroy. Ceux-ci étant
morts .'i lour tour ovunt 1067, la branche d'Avignon ne fut plus
n»présenlée que par Alix, fille de Guillaume Bertrand.
IX
lierfrand^ marquis de Provence
(Vers 106S-vers 1093).
Hfstt» h indiquer comment finit la branche d'Arles '. Bertrand,
fils (le (leoffroy et d'Ktiennette, parait du vivant de son père
I. l"^ juillet WrCt (Nvi/Vi/-\'iV/«r, ii« 153). — 1057 [Saint- Victor, n<» 184 .
— \rles, I!» février lOoî» t>(>((Ilianteloii, pp. 171-172). Voir ci-dessus, p. 201,
M. 1. féxrier IO(H 2 : .. v^o lk*rtraiinuH cornes et mater moa Slephania
Niiiuil(|iie «Minjux iiiea Matildis. . . Saiieta'... Mariirde Hads. . . S. Berlrannus
rmiies... S. Siephnilia inaterejus f. S. Matildis conjux ejus f...» (Chante-
p. •JIO ; ff., |M>ur la dale. Tacte correspondant de rarchevêque
Mniiuliniul, pp. 17i-i7;iet non jmis Tactc |x>sti^rieur de Tarchevèquc Aicard,
pp. ,îi: •MH. (:f.(;.i//. (;/iri.i/./ioiM. t.I,inslr., p.9t>,fragm.,etGa//. C/irtf/.
fincMMf/M.i, .Vries. n'* ir»U'. — KHkï : «. ejç*>, in Dei gratia, Stephania comi-
lissa et liliiis nuMi^ eonies Hertrannus... ciHiimus... aliquid de ha^reditato
no-init'l iloinini niei qui «piondam fuit comitis Jausfredi, ut... Deus... illius
tuunttnu ronsooi.iri tli^netur in hice... nohis etiam, quibusejus principatuni
Iniiliilil. riMiferal pacem et pi>>s|HM'itateni. . . in episcopatu AvenioDcnsc,
lit . I.:uuv:ita. . . et in Tarasoonensi Castro.. . régnante llenrico V impera-
liMt' Vlaïuonuonnu \el |iatrieio Homanortnn » ^i'.hantelou, pp. 175-176). —
lOti? (OTS .. Herirannusoomesinelytus... inTarascono... » ^/Z»i(/., p. 176).
lo:s ; .. ejfo Hertrannus cornes et .Kicanlus An^latensis arcbiepiscopus
cl W ihehuuH l t;\) rediliuuis. . . omnem dtHMmam in piscatoriis de ponte...
\u casiro. . . cl i\\ xilla. . . si^num Aicamlus ArtMatensis arcbiepiscopus et
|t«Mh;unuis ri.iut^N cl WiUchnus l'p» -^Cm//. Christ, noris$,, Arles, n* 432i.
hKS\* : .. iuvlncpiscopo \n*lalensi et Berirando comité et Guilelmo
l j;onr c\ viaufiviU» MasNihcnso statuimusul in honore S. Stephani et S.
liA^piunu \\\ lUNuU routÎN pi>calorii construeremus castrum. . . Ego
lUMlunuu»».. • ./.'wJ.. n" 1»^*^ . i'c chAteau M^ra |>our 1 4 au comte. |>our
t k A lc»;hM* et i^Mir I i ,"^u\ vicomtes en lief de Téglise. — Marseille
,ît juiUci h^»' 10'»> : V. Ucrirannns tolius Tn^vintie gratiâ Deî cornes... in
Le royauàie. t)E bouègogne-proVence 301
depuis le 1" juillet 1033. Il était marié, semble-l-il, dès février
lOtil/2 avec Mahaud. Un acte de Saint-Victor le qualifie « comte
de toute la Provence », ce qui suppose encore Tindivision. Le tes-
tament du comte d'Urgel, daté du 29 avril 1090, le qualifie « comte
d'Arles », comme son père Tavait été avant lui. Une donation de
1078, relative au comté d'Arles, montre sa souscription précé
dée de celle de Tarchevêque. De Mahaud, Bertrand ne parait avoir
eu qu^une fille du nom de Cécile : il la maria en 1083 à Bernard
Atton et il la dota de 5000 sous. Cette dot excluait Cécile de
tous droits éventuels à la succession paternelle.
En ce qui concerne Tobéissance de la Provence à la cou-
ronne de Bourgogne, on a dit ^ que les chartes, depuis 104i,
mentionnent souvent le règne de Henri. Il en est qui ne
manquent pas de dire que Tempereur des Allemands, est patrice
fraternitatem receptus e^^t sicut et parentes ejus antea fuerant. . . » (Saint-
Victor^ n<> 1080). — 25 août 1081 : « ego Bertrannus Dci gracia cornes Pro-
vinciœ... dono omnem honorera meum... Deo et S. apostoIisPetro etPaulo
et domino meo Gregorio papœ... ecclesias... omnes quœ in mea potestate
sunt... papœ dimilto... » {Hist, Languedoc, 2«éd., t. 5, col. 670; Jaffé,
2' éd., t. I, p. 641). — 1081 : « ... ego Hostangus. . . Aquensis archiepiscopus
et meus gennanus frater Amelius. . . de nostro. . . patrimonio. . . monaste-
rium quod et parentes nostri de alodo suo fundantcs construxerunt. . . in
diocest Arclatensi... in teiTitorio castri... nostri... Fossas... martirum
Gervasii et Protasii... Signum Bertranni comitis qui dédit et tirmavit. »
(Cluny, n» 3587). — [1083 ?] : « papae Gregorio Arelalensis cornes Bertran-
nus... sublimissime Domine et princcps totius orbis terrœ... sum Tester
servus... mando tibi quomodo Bermundus abbas... Montismajoris abbatia
ezpulsus sit juste et qualiter iste suscepcrit quem tibi mitto Guillelmus...
Noscis enim quemadmodum derelicfuerim... tui pro amore omnes cpisco-
patus et abbatias et noio ut hœc... cuilibet... nisi... tibi subjaceat » [Gall.
Christ, novissima. Arles, n® 443; Bouquet, XIV, pp. 657-658). — 1083 :
« Bertramnus comes... débet... donare quinque milia solidatas ad Ermen-
gardcm vicecomitissam de ista festivitate S. Micaelis ad quinque annos,
duo milia in denarios et mille in boves et vaccas et duo milia in caballos
et mulos... tempore nupliarum quando dabit filiam suam ad Bernardum
Atonem dabit ostalieos decem. . . » (Hist. Languedoc, 2« éd., t. 5, col.
682-683). — 29 avril 1090 : testament d'Ermengaud, comte d'Urgel, insti-
tuant Bertrand comte d'Arles tuteur de son fils Guillaume (fray Fr. Diago,
historia de los Condes deBarcelona, Barcelona, 1603, cap. Lixiii^fT. 137-138).
1. Cf. ci-dessus, p. 290, n. 5.
302 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE
dos Homaius '. Peu à peu cependant, ces chartes munies de Tère
rovale se clairsèment, sous Tinfluence de la réaction papale contre
Tempire '*. Au moment de 1 avènement de Philippe, roi de France,
quehjues velléités de reconnaître ce prince se manifestent ^, Gré-
goire VII excommunia Henri, roi dos Romains, au synode de Rome,
en février 1073'*; la Provence, qui relevait, juridiquement de
sa couronne de Bourgogne, pouvait saisir cette excuse légale de
Tabandonner tout à fait. De fait, les chartes mentionnent le règne
du (Christ*. Le pape renouvela son anathème en février 1081*':
cet acte eut un effet politique immédiat en Provence. Dès le
2*) août, le comte, délié de son serment de fidélité, portait
rhommage de la Provence au pape, vicaire du Christ régnant :
en même temps, il lui abandonnait la disposition des évêchés
et des abbaves. A ce moment, Tarchevéque d'Arles Aicard
personnifiait dans sa cité le pouvoir de ses parents les vicomtes :
les réformes de Grégoire VII devaient l'abattre. En effet, le légat
Hugues de Die le déposa, en 1080, dans le concile d'Avignon
et le pape confirma cette déposition en sacrant le successeur
dWicard à Rome, au moment où il excommuniait l'empereur. On
voit le comte de Provence se séparer du primat déchu et se ral-
lier au légat. Olui-ci, apK's avoir élu Gibelin pour remplacer
Aicard. bénit lui-même un nouvel abbé de Saint- Victor. II n'est
I. UMia ,i:haiiiolou, pp. ITa-iTe»).
i. Parmi los liorniors actes do Sainl-Viclor qui mentionnent le règne de
Ilonri III ol do Iloiiri IV, on |HHit cilor coux du 50 juin 1053 (n« 294), du
2r» iH lohro ÏO.ir» m» 7:i*> , du *J(» juin I0r»<» n» 202, de 1057 (n« 184 el
lOTi , do IO:»S n* :U>T , do lOt^:. u-* 121 , d'octobre 1067 [U* 1081 , etc.
a. iOOO : » ivjrni rojjis Philippi - Saint- Victor, n» 1079 . — 29 mars 1063 V :
. auno Illl ivjrnanlo PhilipiK^ rojr** v n** 492». i-'est évidemment MLXIII
ipi'il faut lirt* ol non, comme rèdilour. MX LUI.
l'n sorilv mol loul le monde d'aeconl à jvu de frais en 1060 : « regnanlo
IVnuino nosln-» iViCx* altpie im|vratoro omnium. Cona imperatore Alaman-
nonim et Philippe"» rx^irt* Kraneorum ■ =.^in/-riWor, n* 704 . Malheurcu-
>ement. il ivmpla^v Henri jvar l'onon qui nViistait plus.
L Homo. li-^*2fe>rier lOTT» JatTo. 2' ^h1., aprt's le n» 497S .
'». Par exemple, en mai 1074: • nullo nobis alio reçe solo Chrîsto Domino
in ivrj^luum S,ii*i/-riVfor. n** r»2T .
6. Koxnor liV^l JalTè, 2» isK, apK^le u* 5198 .
^
Lt: ROYAUME DE BOURGOGXE-PROVENCE 303
pas surprenanlque Tarchevéquc déposé date désormais sesaciesdu
règne de l'empereur excommunié*. L'élu du pape resta plusieurs
années avant de pouvoir remplacer réellement Aicard. La der-
nière date à laquelle on rencontre Bertrand, comfe de Provence
et plus particulièrement d'Arles, est celle du 29 avril 1000. 11
mourut avant le 28 juillet 1094, ne laissant, en dehors de sa (îlle
dotée et devenue étrangère h la Provence, qu'une sœur comme
héritière. Bertrand est le dernier prince de la première maison
héréditaire des marquis et comtes de Provence. Cette maison
s'éteignait à la veille de la première croisade, expédition sacrée
à laquelle la Provence, devenue vassale du siège apostolique,
devait prendre une si grande part. Raymond de Saint-Gilles, mar-
quis de Provence, en fut le chef; il représentait la branche de
Toulouse et il descendait, par les femmes seulement^, du comte
d'Arles, Boson institué en 949.
1. 1082: a régnante Henrico imperatore » (GalL Christ, noviss,, Arles,
no 441; cf. n*»» 439, 440,443).
2. 28 juillet 1094/5 : « ego Raimundusgratia Dei cornes et Provintie niar-
cliio... ego Alvira comitissalaudo... ego Dulcis comitissa dono, sicut cornes
donavit >> [Saint- Victor , n^ 686). — 17 janvier 1103 : « ego Haimundus gracia
Dci sanctiEgidii cornes et Provinciç marchio, princes au tem, Dcoauxilianlo,
milicie Chrisliane in Jerosolimitano itincrc • {Saint- Victor^ i\^S02), — 9 juin
1063 : «olim a Vilolino comité Tolosano. . . abbatiam Moysiacensis çonobii
nunc vero. .. seniori meo Pontio et filio ejus Wilelmo... si de Wilelmo
Pontii filio légales non apparuerint filii, fmtribus suis Haimundo et Ugoni,
niiis Pontii similiter. . . et si casu evenerit ut omnium istorum comitum
pnlatinorum abolendo progonies evanoscat, illi tamen qui sorte post eos
arconi ac regimen Tolosani comitalus acceperit.. . >» [Cluny^ n" 3392]. —
Août 1065 : o ... ego Haimundus cornes. . . pro redemplione. . . patris et
matris, fraliis quoque elsororis... Gordiniacensem abbatiam... in pago
Uzetico. . . Signum Hainiundicomitis. . . » {Cluny, n° 3404'. — 15 décembre
1066 : « H. cornes Rutenensis et Nemosensis Narboncnsiunupie nobilissi-
mus»>(7/)iV/.,no 3410). — [1066?"! :« Raimundum comitem de lUitenis lilium
Almodis » (///>/. Lang., 2«^éd.,t. V,col. 535'. — 1067 : « Villelnius comes et
Adalmodis mater ejus... Poncius comes pater ejus » (Ibid.^ col. 544).— 16 juin
1080: « R. comes frater Willelmi » {Ibid., col. 649-652). — Juin 1095 :
« R. Tolosanus comes, dux Narbonaî et marcbio Provinciap « (Ibid.^ col. ''38-
739}. — 22 juillet 1096: « comes Tolosanus ac Rutenensium ac marchio
Provincial » (Rouquet, t. XIV, pp. 723-724). Il meurt le 28 février 1105 au
mont Pèlerin, près Tripoli.
r
301 LA PROVEJCCE OU PBEMliA AC XII* SIÈCLE
X
HsLymond marquis de Provence
(109M105).
On peut se demander de qui Raymond de Saint-Gilles tient
la marche de Provence et depuis quand il prend le titre de
marquis. Les textes sont souvent insuffisants, en ce sens qu*ils
mentionnent presque toujours la qualité seule de comte, quand
ils concernent un comte revêtu de la dignité de marquis. En
principe, le marquis était un chef militaire : peut-être au
XI* siî'cle ne lui restait-il qu*une simple prééminence honorifique.
Kn tout cas, le souvenir du caractère militaire de la dignité
subsiste assez pour que la femme du comte, qui en est revêtu,
ne se titre jamais que comtesse. Malgré cette insuffisance des
textes, il a été possible de citer des actes montrant successive-
ment la marche entre les mains du fils cadet de Boson, Guil-
laume 9T1^91>2 , Je son frère aîné Roubaud (vers 1000), du fils
de celui-ci, Guillaume «9 mai 1031) : puis, par indivis, des deux
petits-tîls du premier marquis, Foulques-Bertrand (1044-1048)
et Geoffroy tJ042-I0r>7 ■ : finalement, des fils de Foulques-Ber-
trand, Guillaume Bertrand et Geoffrov (vers 1063i. La succès-
sien, dans son ensemble, est très claire. Il semble bien établi
que, jusque vers le milieu du xr siècle, la marche n'a jamais
été indivise comme Tétaient les comtés. Elle se transmet d'un
fK*re à l'autre quand le lîls du marquis mourant est trop jeune
pour en assumer la charge: mais, quand le fils du marquis qui dis-
paraît est en âge d'être le chef, c'est lui qui la recueille.
Donc, en principe, la succession a lieu de père en fils ; mais, en
fait, d'un fK^re à l'autre, ou d'oncle à neveu, quand cela est
nécessaire. Dans la seconde moitié du xi' siècle seulement, le
titre de marquis décore indivisément deux frères. L'unité de la
Provence tend donc à disparaître.
Aucun texte ne permet de dire que la branche de Toulouse, avant
LB ROYAUME DE BOURÛOGNË-PRO VENGE 305
Raymond de Saint-Gilles, ait pris ce titre de marquis. Le grand-
père de celui-ci, Guillaume, qui prend pied en Provence comme
mari d'Emma, est a comte de la ville de Toulouse », ou « comte
Toulousain » *. Des deux fils d'Emma et de Guillaume, Taîné, Pons,
est comte de Toulouse ^ ; quant au second, Bertrand, il demeure
à peu près inconnu^. De Pons, viennent Guillaume*, Raymond^
et Hugues ^. Guillaume est, comme ses prédécesseurs, comte de
Toulouse et palatin : il joint à Toulouse, Albi, Cahors, Lodève,
Périgueux, Carcassonne, Agen et TAstarac. Raymond de Saint-
Gilles est, de son côté, comte de Rodez, Nimes et Narbonne ;
Hugues le cadet n'est pas mieux connu que son oncle Ber-
trand. Quand Tainé des trois mourra et son fils Pons également,
sans enfant, Raymond leur succédera comme comte de Toulouse.
Pendant tout ce temps, aucune trace du titre de marquis de
Provence : Raymond le prendra pour la première fois en 1094,
alors que tous les mâles de la maison d'Arles seront morts. Une
conclusion s'impose : c'est que Raymond prend le titre après leur
disparition seulement. Ce fait offre assez d'intérêt pour mériter
d'être fixé.
Déjà auparavant, par suite du mariage du comte de Toulouse
Guillaume avec Emma de Provence et par suile de la succession
d'Emma à son frère Guillaume de Provence, décédé sans enfants
de sa femme Lucie, la maison de Toulouse possédait, outre ses
1. 1005 : « G. Tholose^urbis cornes» (Sainl-Viclory n° 15). — 1004: « W.
cornes Tolosanus » {Ibid.y no652). Cf. n» 225.
2. 1030 : • P. cornes filius Tolosani » (Ibid., n» 682). — 29 juiu 1053 :
• P. Tolosane urbis cornes » [CAuny^ n» 3344 bis), — • moi seuiores ac
palatin! comités P. et ejus filius Wilelmus » (Ibid,, n^ 3392).
3. 1030: « B. fraterejiis» (Saint-Victor, n» 682).
4. 9 juin 1063 :« in manu Wilelmi comitis Tolosani... » {Cluny,n° 3392).
— 1067 : « Willclmus cornes et Adalmodis mater cjus. ..et Mantilis comi-
lissa ejus uxor » {Hist. Lang., 2" éd., t. V, col. 544-546). — 16 juin 1080.:
« GuillclmusTolosanensium, Albiensium seu Caturciensium,Lutevensium,
Petragorensium, Carcassonensium, Aginncnsium necne Astarachcnsium
comes et dux » {Ibid., col. 649-652, 652-654).
5. 15 décembre 1066: • R. comes Hutenensis et Nemosensis, Narboncn-
siumque nobilissimus » [Cluny^ n<>3410).
6. 9 juin 1063 : « Ugoni » {Cluny, n» 3392).
Mém. et Doc, de VÉcole de$ Chartei, — VII. 20
/
306 IJl PROVENCE Dr PREMIER AU XII* SIÈCLE
biens on Guyenne et en Gothie, une part indivise des comtés
do Provence.
loi, se place le problème des comtes de Diois et de Venaissin.
Pondant le xi*' siècle, il existe trois comtes de Diois dont rorijjine
osl inconnue : ce sont successivement Pons*, Guillaume' et
Ilupuos ^ Dophis, il existe un comte de Venaissin, Bertrand qui
paraît isolément'*. 11 serait tentant de les identifier avec Pons
oonito de Toulouse, son frère Bertrand, son fils aîné Guillaume
et son lils cadet Hugues. Les noms et les dates concordent des
doux cotés. La raison la plus forte d'opérer cette identification,
c'est le oonsontement donné par Pons comte de Diois, le 7 juillet
I0r>7, à Télootion de Tarchevêque d'Embrun, en compagnie des
comtes do Provence Guillaume Bertrand et Geoffroy. S'il l'a
donné, 00 n'est évidemment pas comme comte de Diois: il fallait
1. Torano 2 oolol>ro 1040?= : « ... Eg^o Ponlius. . . in pago Trevis...
Vinrla>. . Monlnzann. . . Mola ; juxla rivulum. . . Lota... Actum caslro
TtuMna, foria V. luna XXI, indiclione Vn,epacta XV, rognante Domino nos-
ln> .Ir»»u Clirislo. . . S. donni Pontii comilis. . . S. domni opiscopi Cono-
nis. . . ». — "... ooclosia. . . in pag^. . . Trevis. . . in episcopatu Diensi in
I<>i*i>. . . r.riMi. . . unam cellani in agro. . . Lunis. . . deloco. . . Genliacus.. . •>
f.hin;/, n'^* *J*»»7ol iî04S\ Los jeu<Hs 19 avril ol 13 septembre 1039 coïnci-
dôivnl avoo lo 21' jour do laluno; do momo, le jeudi 2 octobre 1040. L'in-
ilirlion Vil lombo on 1039; Tépacto XV on 1041.— [1041- 1042] : « Pontius
oiMurs .. inpago... Trovis in opisoopalu Dionso in loco... lloron...
aniu^ \, rcj;nanlo Kyoo ivgo... » -/-/ii/îy, n° 2951). — [7 juillet 1057]:
« l'iorns ol {H^pulns Kbrodunonsis ologimus, laudamus et corix)boramus
Viniiniamnn airhiopiscopuni in sodo archiopiscopali Ebroduncnsi pra»ci-
pioulo Minuno pontitico ol nnivorsali papa Victoro, confirmante Willclmo
Prrlraiulo ot (iaufrodo, sou Ponlio Dionsi comité... ». Cette élection est
\isot»ilan> lo pvixiltjio aposloli<pio donné à Asti le 7 juillet 1057 : elle
«Ml! liru sans doulo lo mômo joiir, dovont le pape (Marcollin Fornior, //w/.
5/f'/jiVM/«' «/f\s .\//>i's-.V,Tn7i;/if\<, odil. Paul Guillaume, t. IH, Gap, Jouglard,
IS'.>',\ in-S, pp. !90-l9r». .\ppondioo, n" 5). Pons, comte de Diois, eut une
(îllo : Poii*i, oonito do Toiilouso, égalonionl Cluny^ n** 3404).
2. 2;t mars 107 i : » Ciro^'orius opisoopus... Guilielmo Diensi comili...»
yJalTô, e»* ôd., l. 1, n<* èv^iS : cf. n« 4813, aprôs n» 4827 et n» 5147; Mignc,
». lis, ool.3V:r.
3. [I0SSH>99 : u Irbnnns opiscopns... Ebredunensi, Vapincensi et
Dionsi opisoopis,. . . iuratosniilitos llugonicomili neipsi,quandiu excommu-
nioalnsosl, sorvianl... >^ ^JafTô, 2*" éd., t. 1, no5724; Migne, t. 151, p. 521).
4. [1049-1008]: <«.. in presentia... Bcrtranni Tidelicet Vendacensis comi-
lis... ». ^Monlm.. p. 162).
^
LE ROYAUMR DE BOURGOGNE-PROVENCE 307
qu'il possédât une partie indivise de la Provence, au moins delà
partie sise au delà de la Durance, où se trouvait TEmbrunais. Du
chef d'Emma, c'était sans doute le cas de la maison de Toulouse.
Le marquis Geoffroy, oncle des comtes Guillaume Bertrand et
Geoffroy qui interviennent, était quelquefois qualifié « comte
des Arlésiens »; il résidait donc sans doute à Arles, en deçà de la
Durance et il s*y localisait. Voilà pourquoi il ne parait pas à Embrun
afin de donner son consentement avec celui de ses neveux et du
comte de Diois. Si on admet Fidentification proposée, il en résul-
terait que, pendant la seconde moitié du xi® siècle, quoique la Pro-
vence restât indivise, chaque branche de la famille des comtes qui
la gouvernaient tendait déjà à s'y localiser et à se séparer. Le mar-
quis Geoffroy et son fils Bertrand étaient plus particulièrement
comtes d'Arles; son frère Foulques-Bertrand et ses neveux,
comtes d'Avignon, et les deux fils d'Emma, Tim comte de Diois,
l'autre comte de Venaissin. Ce ne sont là que des tendances, coïn-
cidant avec la mise en indivis du titre de marquis entre frères.
Les actes qui permettent de saisir ces tendances particularistes ne
sont encore que des exceptions; presque toujours, quand ils font
suivre le titre comtald'un nom de pays, les actes spécifient encore,
comme depuis 970, que les membres de la maison d'Arles sont
comtes de Provence et que les membres de la maison de Toulouse
sont comtes de Toulouse.
L'identification des comtes de Diois et de Venaissin, pendant la
deuxième moitié du xi® siècle, avec les comtes de Toulouse de
cette époque, est une hypothèse dont la valeur augmente encore
par le fait que, lors de la croisade, cette race de comtes de Diois
disparait subitement, remplacée par la race des vicomtes de
Gap dont le chef se qualifiera désormais comte de Diois K
Dans l'hypothèse de Fidentification, Guillaume comte de Tou-
louse et de Diois étant mort après 1080, ainsi que son fils Pons,
sans enfant survivant, son frère puîné, Raymond, hérita de Tou-
louse pendant que son frère cadet Hugues héritait de Die. Peu
1 . 1 166 : a Ego Isoardus cornes Diensis » (P. Guillaume, Chartes de Dur-
bon, no» 51, 58,59, 411).
t
308 Là PROVENCE DC PRETER AU XII* SlÂCLE
après, ce dernier comte de Diois, de la maison de Toulouse, était
excommunié et dis])araissait également sans enfant, tandis que
Raymond de Saint-Gilles devenait marquis de Provence. Une
fois en possession de cette dignité, rien n'est plus naturel de la
part de celui-ci que de concéder en fief le comtéde Diois, au lieu
de le garder personnellement ; rien de plus naturel également
(jue de le concéder au vicomte de Gap et d*Embrun qui en était
voisin *. La maison de Toulouse ne gardait directement que le
Venaissin. Le nouveau comte de Diois, Isoard, suivit le nouveau
marquis de Provence, son seigneur, en Terre Sainte et le comté
de Diois continua de relever ainsi des marquis de Provence de la
maison de Toulouse, pendant tout le xii* siècle, jusqu*à l'extinc-
tion des vicomtes de Gap. Puis, en juin 1189'-, le marquis
concéda ce comté vacant à Aymar de Poitiers déjà, hors de
Provence, comte de Valentinois ; celui-ci lui en fit hommage et
ses descendants le gardèrent définitivement.
Ainsi, dans la deuxième moitié du xi' siècle, les trois branches des
Maisons de Provence et de Toulouse tendent à se localiser comme
comtes d'Arles, comtes d'Avignon, comtes de Diois et de Venaissin.
Il serait inexact de dire qu'il y eut à cette époque d'autres comtes,
notamment des comtes d'Orange, en dehors des maisons de Pro-
vence et de Toulouse. En réalité, il y a eu des princes d'Orange ^,
1. A moins dV»Jre anlérieuro à 1005, cette concession n'a pas dû être
faito direclomeut par Raymoiui de Saint-Gilles : devenu marquis, il donna
tout 00 qu'il avait dans la Provence en fief à son fils Bertrand. En juin 1095,
Borlr;ind se marie ot assure ainsi à sa femme Avignon et Die. Le nom de
Ditjne est évidommenl une mauvaise lecture Jlist. de Lang,^ 2* éd., t. V,
col. 738-730 . Par suite, c'est |>out-ètre Bertrand qui concéda, après juin
iO*>r>, le comté de Die au vicomte de Gap Isoard.
2. Saint-Saturnin, juin 1189 : « nos B. Dei gracia dux Narbone, cornes
Tholose, maroliio Fix>vincie donamus... tibi .Vdemariodc Pictavia... omne
jus et dominium... in Diensi comitatu... et ego .V. de Pictavia... fidclitatem
ot hominium vohis facio... ^» '.Vrch. de Tlsère, B. 3317. Cf. J. Chevalier,
Essai sur Die, t. 1. pp. 408-409, avec la date de juillets
3. Pont-sur-Sorgues [27 août 1107] : élection de Bérenger, évèque
d'Orange assentiente Geraldo Afhmario A urasiae principe cum totius populi
Aurasicensi.< concione Gall. (.'/irw/., t. I, instr., pp. 131-132. — L. Duhamel,
Fragments ifunciens carlulaires de Vérèché d^Orange,ïï^ XIV; Mém, de
CAcad. de Vaucluse, t. XV, 1896, pp. 395-396).
LE ROTAUMC DE BOURGOGNE-PROVE^iCE 309
des princes d'Antibes ^ comme il y a eu des princes de Riez "^^ à
partir du moment où l*unité de la marche s*affaiblit, à partir, par
conséquent, du milieu du xi* siècle. Mais cela est bien différent. La
qualification de prince a sa valeur propre : réservée au souverain
jusqu*à la décadence carolingienne, elle passe aux fonctionnaires
publics, devenus vassaux directs du souverain, qui la reçoivent cou-
ramment à la fin du ix* siècle. Dans les textes historiques, ces
grands figurent dès lors comme principes regni. Par suite de cet
usage, le duc, puis le marquis de Provence est le prince de ce
pays jusqu'au milieu du xr siècle ^. Dès le début de ce siècle, les
comtes et les vicomtes acquièrent, par le fait, ce rang éminent
dans les cités qui dépendent de leur autorité. Enfin à dater du
milieu du xi* siècle, dans chaque cité, semble-t-il, où ne
réside ni comte ni vicomte, surgit un vassal des comtes qui
prend la qualité de prince. Quand, au xu*' siècle, la suzerai-
neté comtale redevint plus puissante, ces vassaux durent aban-
donner leur prétention. Seuls, ceux d'entre eux qui réussirent à
devenir les vassaux directs du souverain, c'est-à-dire de l'empe-
reur, purent rester princes, />rmci/>e« imperii. En un mot, prince
est celui qui possède le pouvoir *. A partir du xii* siècle, nul ne
pourra se dire prince s'il ne devient vassal direct du souverain.
En ce qui concerne particulièrement les princes d'Orange, il
faut remarquer toutefois que l'un d'e.ux, Raimbaud, connu pour
avoir pris part à la croisade, reçoit de Guillaume de Tyr le titre
de comte d'Orange : de même Isoard^ vicomte de Gap^ celui de
1. [1025-1050J: « ego Bclicidis genitrix duorum Antipolitani rcgni prin-
cipum» (Lérins, éd. Flammare, u9 cviii).
2. [1064-1079]: « Guiiclmus princeps terre Regensis » (Saint-Vicior,
no 617).
3. Carpentras, 1*' mars 982 : n hujus Provintiœprincipis » [Gall. Chrinf,^
t. I, instr., p. 148). — 4 août 991 : « totius Provinciœ principis » [GalL
Christ,, t. I, instr., col. 74).— 1034 : « princeps totius Frovintiœ » (Bibl.
nat., ms. iat. 13915, f» 363 recto).
4. 16 avril 1164. Précepte de Frédéric pour rarchevêquc d*Arles : « nul-
lus dux nec marchio, non cornes, nullus princeps vel potestas, non redo-
res vel consules, non capitaneus vel vicecomes» (Gall, Chritt, novitsima,
Arles, n» 604).
i
^,.. i.A l'BOVK>CE M* PREMIER AU XIl' SIÈCLE
;.- J4» l>if '. Si Ton rem-mle riu texte tles Gesta Francorum, on
.r*;«l«\ P*»"'" ^'*' fJernier. (juil n'vestpas qualifié comte - : mais,
t,5:«onMnl qu'il ne lait pas été dès 1096, son lils et sonpelit-
r X \* ùiivnt certainement. On le sait par les sources diploma-
v^ par conséquent, le texte de Guillaume de Tyr se justifie
î V.M1 sujt't. Au débuldu xiT siècle, une concession de comté par
V aMiiI»'^ " ^'^*^ P'**^ impossible. Faut-il croire que Ravmond Je
vt:«l tî»"*-!^ '*>^ éiraK-int-nt coneédé le comté d'Orange à Haim-
Nuul'M-ela est i»eu probable, car aucun des actes émanant de
%;iii)dijtiid ne lui donne ce titre. D'ailleurs, si la concession avait
,u lifU, elle n'aurait pas eu autant de durée que celle du comté de
PioiM entre les mains des vicomtes de Gap; en effet, Raimbaud
uVul (ju'une fille et, quand ses descendants eurent réussi se sous-
UMÎn' à la vassalité des comtes de Provence, ils se qualifièrent
^iiuplement princes d'iJrange.
évidemment, si Guillaume de Tyr donne à Uaimbaud le titre
Jo (MMiite. c'est, non pas à cause de son père qui ne l'avait jamais
olé, ni à cause de lui-même qui probablement ne le fut jamais,
niais à cause de sa mère Alix qui, elle, était bien comtesse.
|/orij(ine de cette comtesse n'a jamais été bien établie : on peut
être persuadé qu'elle est tout simplement la veuve du comte de
Provence- A vii^non Guillaume Bertrand, mort entre le l*' mai
|()r>.'î et HHiT. Ce comte, marié avec elle dès 1050, en avait eu
uin; lille nommée é<;alement Alix : il dut lui laisser, sinon l'usu-
fruit de tout le comté d'Oranpre, du moins un domaine considé-
rable dans le comté. Elle se remaria avec Bertrand Raimbaud,
lils de Haimbauil de Nice, frère de Laugier-Roux, de Nice, et de
Pierre, évéque de Sisteron, puis de Vaison •*. Le premier époux
1. n Isiianhis i'oiiu's DitMisis... l^iiiMlKilihis cornes Aurasicensis *i Hcc. d*'i
hi»i* àe$ f ru(\^'if/f's. Hist. ofv/f/.. t. I. pp. 41». % ; cf. i)p. 26r», 352'!.
2. « l!>u^l^du^ 4I0 Mii>oiio »• Anoiiyini OVs/a Francorum, cap. III, Jî 2, M.
tlogfnmeyer, p. 137 . l/èdileur fait loiiles les idtMilificalions pussiblos.
nayf Is bonne : c'est Misun, dans les lUisses-Alpes, dont il s'agit. L'u sVx-
ptiquef car Mîson vient do rnut:itintn^m. 11 s'aj^il d"iin relai «le voie romaine,
comme Maleruoisson, Puimoisson, Muison, etc.
3. Pour Raimbaud de Nice, fds d'Odile, possesseur d'une moitié de la
de Nice, mari de Belieldi8y Gisle, Alix de Heiliane et AcceUnn,
iz Ti'^f "~iT 3*1 i«:ini^:tî:»T-?5>-"Tî>:2: SI!
d'Alix a vâi: ii ^ii^n? fiir: eniit : jt «M-rcji :^:»i-i.x ifT»n* îl•^2
jusqu'au 21 ivrl !<*TS. :=i:«zrr: itli.: li :r:»i5*Sr. EUe-rDï-zac,
encore Tiviiiir Ttr* ii ^ . 'j:»tî- îf I i*:«=.z:.i:irr jcèir jult -a
vicomtesse dAvi^rir.n t si ilje .\lix. :î:cr:fs*c d'A"r:i:^r-n eî de
Forcalquier ', icsife 5ie:ilr=fe-: Lt 1± mi-iôef !!!â -. Elle eiAi:
alors dun i^r très èvii,;^, ;;tr 5. -n ij* Rti=iSA-ji dWAnire,
prince ou p>ieslal de X:^^ e- !!•». eiii; iê;ii niorî -. Elle prit
ses demirre< disj^i-^inons tz. ik^^-zz ie 5»à pttiîe-dilr Tiburjre,
mariée avec Giraud Aiémkr, (fzi i-evin: ainsi prince d'Orange :
mais elle ne put évidemm-eat lu: iransniettre le oonîte dOranire
qu'elle n'avait pas.
A la fin du xi* siècle, la Mais^tn des comtes Je Provence n'est
donc plus représentée que par sept femmes : Alix, veuve de Guil-
laume Bertrand, comte de Provence- Avignon, et sa fille Alix :
Ermengarde. veuve. san< doute.de GeotTrov. comte de Provence -
Avignon : Stéphanie-Douce, veuve de Geoffroy, comte de Pro-
vence-Arles, sa fille Gerberge. sa belle-fille Mahaud, veuve
de Bertrand, et sa petite-fille Cécile. A en croire les moines de
voir 22 mai 1023 Cluny. 2779 : 5 août 1030 Lérins, Moris. n* U6 ;
février 1032 Ibid., n* 1*9 .mai 1033 ibid., n« 153 : Veuce, 1033 [Ibid,,
no 154 : [1033-1037] Saint-Victor, n» 799 ; [1033-1037?] Ibid,, n» 7921 ;
23 juin 1037 (Saint-Pons, n« vu, ; Courthezon. 21 mars 10*6 ^Ibid.^
n" viii; ; '1050?" Lérins. n« 149 et 154 ; [1050] , Lérins, n» 147 ■; 23 avril
1057 iSai/iZ-ric/or, 793 ; 1062 Lérins, n« 152 et 358 . Cf. Nico, n»» 5, ol
Saint-Pons, XIL Pour Bertrand Raimbaud, fils du précédent, voir 1062
{Lérins, n° 358 ; 21 avril 1073 Nice, n« 82 . Cf. Nice, n» 17, el Saint-Pons,
n° XII.
1. [1101-1105] : A aus tu, Adalax conmitissa, filia Adalax conmitissa. Ku
Ermensenz... » Bouches-du-Rhône, B. 277; L. Blancard et P. Meyer :
Revue de» Soc. savantes^ 4« série, t. X, 1870, pp. 486-487).
2. [Orange], 12 octobre 1113 :« e^ Adalaiz comilissa. . , maiisionos
quas cum Bertrando Raibaldo marito meo, posl mortein l'dalriei opiseopi,
maie usurpavi. . . cetera... que heredilario jui-c milii proveniunt lain in
commitatibus quam in civitatibus et castris et villis... diniilto Tibui'iji
filie Raimbaldi et Geraldo Adimaro marito eius... » (VauHuHe, év^M'Iié
d'Orange ; Duhamel, Fragm. d'anc. cart. d'Oratuje^ n° m, pp. 3H6-3H7).
3. Voir, sur Raimbaud d'Oronge, fils de la comtesse Alix, Ioh aetessuivanU.
[Vers 1075] : « Raiambaldus Bertranni filius » (Saint-Ponn, n" xii ). I lOH :
« potes ta tes Nicie civitatis... Raimbaldus AurusiccMiHis... » (Nice, ti" \H),
r
312 LA PROVENŒ DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
Montmajour, la sécurité du pays se ressentait de ce manque
de chefs redoutés : par contre, on peut penser que Tessor de la
littérature provençale date de cette époque où les femmes domi-
naient. Les troubadours galants naquirent pour leur plaire.
Cécile est écartée de la succession comtale, car elle avait reçu
rJOOO sous de dot, lors de son mariage en 1083 ^, et la coutume de
Provence oubliait, au moment de la mort de leurs parents, les
filles précédemment dotées par eux. C'est sa tante Gerberge qui
fut donc appelée à la succession de la branche des comtes de
Provence-Arles. L'héritière de la branche ainée des comtes de
Provence-Avignon était, d'autre part, Alix, fille de Guillaume
Bertrand.
Ces deux princesses furent mariées, Alix avec Ermengaud,
comte d'Urgel , Gerberge avec Gerbert, comte de Gévaudan et
vicomte de Cariât. Les guerres contre les Maures d'Espagne, qui
avaient suivi l'expulsion des Sarrasins de Provence et qui précé-
daient la croisade en Orient, rendaient plus fréquents les rapports
entre les marches de Provence et d'Espagne : ces rapports expliquent
le mariage d'Ermengaud. Quant à Gerbert, les résultats de son
union furent éphémères pour le Gévaudan. Il se trouve dans Avi-
gnon en juin 1 1 10 ^ et il meurt avant le 1*' février 1112, laissant
tous ses biens à sa femme : il n'en avait qu'une fille, nommée
Douce comme sa grand'mère maternelle. Le 1*^' février 1112^,
Gerberge lui transmet la quote-part indivise de la Provence qui
était l'héritage de son défunt frère le comte de Provence-Arles
Bertrand et, de plus, ce qui hors de Provence lui venait de son
mari. Deux jours après, elle la marie avec Raymond Bérenger,
\. 1083 {IlisL Languedoc, 2« éd., t. V, col. 682-683).
2. Avignon, juin 1110 : « Girbcrlus inclitus cornes et uxor ejus illustris
comilissa » (Vaucluse, G., Chap. métropoL, n» 27 prov., f»8 r<»-v*).
3. 1'''' février 1 1 12 : «< ego Girberga comilissa dono libi Dulciœ filiœ mes...
comitalum... Provinciae et Gavaldanensis et Carladeasis ethonorem...
in comilatu Rutenensi ; qua; omnia advenerunt mihi voce parentum meo-
rum etlargitionc viri mei Girberli comitis patris tui. . . Signum Gerberge
comitissœ » (P. de Marca, Marca hUpanica. App., n^ccGXLvn).
V
LE ROYAUME DE BOUKGOGNE-PROVENCE 313
comte de Barcelone*. Enfin, le 13 janvier 1112/3^ la nouvelle
mariée fait don à son mari de tout ce qu'elle avait reçu de sa
mère '^.
C'était la domination de la marche d'Espagne sur les trois
quarts de la marche de Provence : ou tout au moins, une union
intime entre ces deux pays. La Provence ne consentit pas aisé-
ment à passer ainsi, comme ses comtesses, entre les mains de
deux étrangers. Raymond Bérenger et Ermengaud apparte-
naient à la même maison : ils descendaient tous deux du comte
de Barcelone Borrel, mort en 993, et ils se trouvaient cousins au
neuvième degré. L'héritière de la branche aînée de Provence-
Avignon épousait le représentant de la branche cadette de Barce-
lone-Urgel etThéritière de la branche cadette de Provence- Arles,
le chef de la Maison de la marche d'Espagne.
Jusqu'alors, l'indivision de la marche de Provence avait bien pu
continuer à exister entre parents assez rapprochés, bien que,
depuis le milieu du xi® siècle, se remarquât une tendance de
chaque branche à se localiser en se fixant, chacune de son côté,
dans Avignon, dans Arles et en Venaissin. Maintenant, après
l'arrivée des deux étrangers, Tétat d'indivision ne pouvait subsis-
ter, étant donnée surtout la coutume de la Maison de Barcelone
qui, dès le début de son existence, semble avoir comporté un
partage effectif de la marche d'Espagne entre les enfants ^.
1. 3 février 1112 : « ego Gerberga comitissa Arelatensis trado tibi Ray-
mundo Berengarii comiti filiam mcam . . . Dulccm cum omni honore meo. ..
Provinciam, quod ibi habeo et habere debeo, ci comitatum Gavallanen-
sem etvicecomitatumCarladcnsem et. . honorem. . . incomitatu Rutenense,
sicut fuitGirberti comitis. . . » (/Aie/., n» cccxlviii).
2. 13 janvier 1112/3: «ego Dulcia Barchinonensis cl Provinciœ comi-
tissa. . . tibi venerabiii comiti Raymundo, qucm. . . justo matrimonio copu-
lavi, dono. . . totum meum honorem... in Provincia et in Rutcnensi comi-
tatu... signum Dulcise comitissœ. . . » [Ihid.y n^ cccxlix).
3. Pour les comtes de Barcelone, voir : 1» D. Prospcro de Bofarull y
Mascaro, Los condesde Barcelona rtVif/tcat/os... Barcclona, 1836, 2 vol. in-8**,
ouvrage consciencieux et excellent, surtout comme documentation ; 2° D.
Ant. de Bofarull y Broca, //«/oria crt/ica de CatalurLi, Barcelona, 1876-1879,
9 vol. in-4, à lire comme complément ; 3° fray Francisco Diago, Historia
de lot victoriosisêimoê aniiguot condet de Barceloila^ 1603, BarceoAa,
31 i LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll* SIÈCLE
Avant de parler du partage de la Provence, qui survint ainsi
au XI r siècle, il est l>on de rechercher si Ton peut connaître le
montant de la part indivise qu*en avait possédée chaque comte de
la première maison héréditaire. Un document, véritablement pré-
cieux k ce point de vue, est Thommage de la vicomtesse d'Avi-
gnon ErmessenJe prêté à Alix, veuve du comte Ermengaud *.
Cet acte est sans date, maison peut lui en assigner une approxi-
mative, caria vicomtesse y paraît elle-même comme veuve. Or,
son mari vivait encore en juin 1101 *•. De plus, il y estditquela
part de Provence appartenant à la Maison de Toulouse est possé-
dée par Bertrand, le fils de Raymond de Saint-Gilles. Bertrand
ravîiit reçue de son père, lors de son mariage en juin 1093, ou, au
plus tiird, lorsque Raymond était parti pour l'Orient. Mais, il
nest pas dit dans l'acte d'hommage que le marquis fût mort :
au contraire, le rédacteur de l'acte le mentionne comme vivant
et on sait qu'il mourut le 28 février 1 103 près de Tripoli. La nou-
in-folio, à consuUcr pour quelques détails ; 4» Antonio Vicenle Domenec,
HiMoria fjoneralde lossanlos y varones iluslres en santidad del principato
de Calai iina.
Pour les comtes d'Urgel : 1° D. Diego Monfary Sors, Hisloria de loscondes
de Vnjel, 1853, 2 vol. in-8 (Coll. de Doc. ined. del archiva gênerai de la
cnf'ona dt* Arnt/on. Barcelona, t. IX et X) ; 2« D. J. Miret y Sans, La casa
cnndal de rnjcll en Prorenza {Bolet in de la Real Academia de Buenas
Lotnis de ïiarcolona, a no III, nùin 9. pp. 32-48, marzo 1003).
VaxWw le Marca hispanica, sive limes hispanicus de P. de Marca,
Purisiis, Franc. Mur/uel, fOSS. Pour Torigine de la maison de Barcelone-
l'rj^el, voir: H. Tragj;;ia, Discurso hislôrico aobre el origen y succession del
rrino pirenaico [Mern. de la li. Acad,, Madrid, t. IV, p. 56) ; Botet y Sisô,
(éondado de (îerona : los condes heneficiarios, Gcvona. P. Torres, 1890, in-8;
Joseph (lahnette. Les origines de la première maison comtale de Barcelone
(Mrl. darch. et d'hist.. Borne, 1900, t. XX, i)p. 299-305) et, de ce dernier
auteur encore, A'o/r.s sur Wifred le Velu Becisla de Archiros, bibliotecas
y Museos^\\\\\o 1901, Madrid, M. Tello, 1901, in-H); Un jugement original de
Wifred le Velu pour Vabbaye dWmer {Bibl. de VEc, des Chartes, t. LXVII,
1900, pp. 00-09).
1. [Juin 1101-juin 1105] (P. Meyer, Bapport au comité des travaux his-
tori(/u('s sur deux communications de M. L. Blancard ; extrait de la Revue
des Sociétés savantes, 4« série, t. X, 1870, pp. 478-494, 16 pp. in-8).
2. Avij^non, juin 1101 (Arch. de Vaucluse, G., Cliap. métrop., n® 27 provi-
soire, IT. 1 r«-2 r*»).
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 315
velle de cette mort dut certainement être connue en Provence
avant la fin de la première moitié de Tannée ; ainsi, on peut dire
avec certitude que Thommage en question a été prêté par la
vicomtesse entre le mois de juin iiOl et le mois de juin 11 OS.
Dans cet acte, elle déclare h la comtesse lui promettre fidélité
pour les châteaux placés dans les cités de Provence au delà de la
Durance * : elle lui hommage les trois quarts des châteaux
d'Avignon, Manosque ^ et Forcalquier. Elle tient le dernier quart
de ces châteaux, encore indivis, pour Raymond de Saint-Gilles et
Bertrand, fils de Raymond, que celui-ci en a investi. Il résulte
de là que la branche ainée de la maison de Provence, repré-
sentée à cette époque par Alix de Provence- Avignon, possédait les
trois quarts indivis et la maison de Toulouse, le quart indivis de
la marche de Provence au delà de la Durance : la preuve en est
certaine. Mais, depuis quand cet état de choses existait-il ? En
1037, avant d'être marquis, Foulques- Bertrand, grand-père de
cette Alix, avait donné à Montmajour ce qu'il possédait du châ-
teau de Manosque, dans le comté deSiSteron, c'est-à-dire tout ce
qu'il devait en avoir des biens lui venant de son aïeul le marquis
Guillaume I"et de son père le comte Guillaume 111 ^. Or, plus tard,
à une date indéterminée, les deux fils de Foulques-Bertrand con-
i. Deh caalels ne las civiiales de Provincia des Durencia en sa, de las très
partes. L'acte étant rédigé sur la rive droite de la Durance, Thommage porte
bien, pour ses rédacteurs, sur la Provence en deçà. Quand on envisage la Pro-
vence en général, il faut se placer par la pensée à Arles et sur la rive gauche
de la Durance ; de ce point de vue, il est juste de dire quWlix possédait
la Provence au delà de la Durance.
2. Le texte dit Manoa, ce qui, rigoureusement, est Mânes (Basses-
Alpes), comme le Manuam du n® 973 de Saint-Victor. Mais il faut, sans
doute, rctiiblir Manoasca, ce qui est Manosque (Basses-Alpes). Mânes
a trop peu d'importance pour être spécifié entre Avignon et Forcalquier
comme un château comtal: l'oubli de Manos({ue, par contre, ne se compren-
drait pas. Celte résidence comtalc est bien connue et on sait que les
vicomtes en gardèrent les 3/t jusqu'au 23 février 1218 (Bouches-<lu-Rhône,
B. 310).
3. 1037: « Bertrannus comes... cedo... castrum in regno Provinciœ, in
pago Sistergico quod nominant Manuasca seu Podium Bosoni... quan-
tum mihi pax obvenit vel obvenire débet ex donationc avi et patris mei... »
(Montm., p. 134).
316 I.A PROVENCE DU PREXIRR AU XU* SIÈCLE
lirment cette donation de leur père en déclarant qu*il s*agit de
(c quatre mansos avec la moitié de la dime d'une moitié de la
ville de Manosque^ » Si ce texte est bien entendu, il semble éta-
blir que Foulques- Bertrand avait reçu de ses auteurs le quart
indivis de Manosque : un autre quart devait, de même, appar-
tenir à son frère Geoffroy. Le groupe formé par ces deux quarts,
c'est-à-dire la moitié indivise de Manosque, avait appartenu
avant eux à leur père, Guillaume 111, lequel, flls xmique",
Tavait revu de leur grand-père, le marquis Guillaume I''. Dès
lors, il faut que Tautre moitié de Manosque ait appartenu à
Roubaud, seul frère de Guillaume I*'. Roubaud ayant eu deux
enfîints, le marquis Guillaume II et Emma, il semble que cette
dernière no fut pas dotée, de sorte qu'elle eut part à la terre,
comme cohéritière de son père. Guillaume II et Emma eurent
donc, chacun, un quart indivis de Manosque : quand le marquis
Guillaume 11 mourut, après le mois de mai 1037, son héritage
ne passa pas à sa sa»ur et à la maison de Toulouse, mais à ses
cousins au .*)** degré, Foulques-Bertrand et Geoffroy,, qui, dès ce
moment, eurent non seulement la moitié, mais les trois quarts
indivis de la marche de Provence ; Taîné se localisa dans Avignon,
héritage de Guillaume II, tandis que le cadet restait dans Arles,
héritage de leur père.
Ainsi, après la disparition des comtes particuliers, après la prise
de possession de la Provence par le roi de Bourgogne, les
deux lils (le Roubaud reçurent chacun la moitié indivise
de la Provence; ils s'installèrent, Boson dans Arles, Guillaume
1. [1000-1001)] : a ego Guillelmus et ego Gaufredus comités et fratres....
ajiingimus... lill manses, cum mcdiclatedocimideunamedielatequampater
noslor Herlrannusdedil in villa... Manoasca... » (Montm., pp. 190-191). Dans
la Iranscriplioii édilée de col acte, les mois filii Guillelmi III, cognomento
liorlrnni, Arclatensiscornilist et ante eum e rivis erep^i constituent une inter-
polation probable, comme le prouve le membre de la phrase anie eumevivis
en'pliy car c'est le père, en réalité, cjui est mort avant ses fils. Ce père ue
s'appelait d'ailleurs pas Guillaume Bertrand, mais Foulques-Bertrand,
et il était plutôt comte d'Avignon que comte d'Arles.
2. (^onstiince, sceur de Guillaume III, avait été dotée en or, ce qui impli-
(juait son renoncement à la terre.
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 317
dans Avignon. Le fils de ce Guillaume étant mort sans enfant,
Roubaud et Guillaume fils de Boson eurent toute la Provence :
Roubaud s'installa dans Avignon, comme son oncle, et Guil-
laume dans Arles. Le fils de Roubaud étant encore mort sans
enfants, Avignon, qui représentait un quart indivis de la Pro-
vence, fit de nouveau retour aux fils de Guillaume et de Ger-
berge. La fille de Roubaud garda le Venaissin et le Diois, qui
représentaient le dernier quart, et ce devint le domaine de la Mai-
son de Toulouse. Ce fut encore le fils aîné de Guillaume et de
Gerberge qui s'installa dans Avignon, laissant Arles à son cadet.
Depuis le milieu du x® siècle environ, c'est donc toujours Taîné
de la Maison de Provence qui se réserve Avignon et le cadet qui
garde Arles. Cependant Arles était la capitale du pays. Ce fait,
en apparence anormal, trouve cependant une explication
satisfaisante. Dans Avignon, le marquis n'était gêné par aucun
voisinage : dans Arles, il n'en était pas de même. Précisément
en raison de son rang de capitale, tant que le roi put venir y
résider, le marquis se trouvait éclipsé par la majesté du sou-
verain. Quand le roi n'y vint plus, il ne confia pas la garde de
son palais, de son trône et de sa couronne au marquis, mais bien
au primat qui lui répondra personnellement de la fidélité de la
cité. Cet office spécial du primat ne pouvait que diminuer le mar-
quis : celui-ci laisse son cadet face à face avec le garde choisi
par le souverain et préfère la résidence d'Avignon. Enfin, plus
tard, quand les comtes de la rive gauche de la Durance renon-
ceront à la résidence d'Avignon, par suite de l'indivision persis-
tante de cette seule cité, ils se fixeront dans Aix, à défaut
d'Arles et d'Avignon.
L'indivision de la Provence dura jusqu'à la disparition de la
Maison de Provence, c'est-à-dire jusqu'à la fin du xi® siècle.
Lorsque les Maisons de Toulouse, d'Urgelet de Barcelone se trou-
vèrent en présence, il fallut partager. Alix, représentant la branche
de Provence-Avignon et mariée à Ermengaudd'Urgel, avait droit
aux 3/8 delà marche. Gerberge, représentant la branche de Pro-
vence-A ries, mariée à GerbertdeGévaudan, avait également droit
318 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
aux 3/8 (le la marche. Knfin, Bertrand de Toulouse avait droit aux
2/8 restants. Forcément , il y a eu, non pas un, mais trois partages.
Lors de Thommage et la vicomtesse d'Avignon, le premier,
entre lîrgel et le Gévaudan, était certainement fait. En effet, Alix
possède à cette époque les trois quarts de la Provence au delà de
la Diuance : or, ses droits héréditaires ne montaient qu'aux 3/8
de la Provence entière. Si on admet que la Durance divise la Pro-
vence en deux parties de valeurk peu près égale, il est remarquable
que le compte soit juste. Mais, forcément, cela exclut la possi-
bilité de croire qu'Alix possédât encore quelque chose par indivis
en de^à de la Durance. Donc, au delà, sa part existe tout entière:
donc, le partage a ou lieu, en ce qui la concerne. Par ce partage,
la branche de Provence-Avignim avait renoncé à tous droits en
dovà de la Durance et la branche de Provence-Arles à tous
droits au delà. Les partages j>ostérieurs feront connaître quil y
a une exception : Avignon et ses environs demeurent indivis.
Si ce partage est antérieur à juin 1105, à quelle date peut-il
remonter ? Alix avait épousé le comte dX'i^el après le 29 avril
lOTti * et avant le il^ février 1080*'. Après son mariage, elle fit
don à son mari de tous ses droits sur la Provence ^\ celui-ci testa
le 29 avril 1090. Malheureusement l'acte de ce testament, jadis
aux archives de Barcelone ; armoire des testaments, sac R, n** 70).
où fray Francisco Diago le vit, ne s'y retrouvait plus du temps
l, Kn oiTol, Knnonjraud, fils du comli» ot de sa première femme Lucie,
uavail pa> encore «(ualor/e ans à la date du tostamout de son père (Diago,
lîh. 2, cap LWIIK r^ 1H7 v : « no lonia entonces Ermengaudo calone
aiV>s "'.
'J. 13 fc> rior 1080 : le comte Ermonsraud et sa seconde femme Alix donnent
le I S ilu château de .VUcl à N.-D. de Solsona, dans la province de Lérida
(//»!</., f*' 137 rtvlo'. — 23 juin 10S3 : »» ejro Ermengaudus gracia Dei
cornes rrjrt^Uilanus siuo Pivuincialis una cum mea conjuge .Vdalezis nulu
IVm comitissa. . . in val de Annorra.. . Sancte Marie sedi Urgellitane...
Ermenpuuliis gratin Hci cornes l'rgellitanus el Provincialis Signuni
Adale/is nutu l>oi comili>sa l"rycllilana el Provincialis »• ;J. Mirel y
Sans. Lu <.\i.<,i contlal </t* Crj/c// en Prx^renza '^BoUiin de U /?. Ac^demi» de
i>,inYi'o»M, a no 111, nùm. \>. pp. 36-38 .
3. i\^la rc^sullc des Icrmos du testament de sou mari qui les lègue à leur
AU, en rvseivant Tusufruil à Alix .Diago, t* i3S r*).
LE ROTADIE DE BOrRGOGSE-PROVENCE 319
de D. Diago Monfary Sors : il était d'un haut intérêt pour la Pro-
vence. Ju2>qu*à ce que cette pièce égarée se retrouve, lanalyse soi-
gnée de Diago permet de suppléera sa perte K Par ce testament, le
comte lègue à son (ils Guillaume et, au défaut de ce tils. à Sanche
sa fille, tous les comtés, évèchés. cités et châteaux qu'il avait eus
au delà du Rhône, ou ailleurs, de la meilleure manièrequ'un comte
de Nice ait pu les posséder. De plus, il lui lègue son épée à doux
tranchants, dite la Roqueforte. Il lui donne, comme tuteurs,
1 evéque de Nice et l'évéque de Vaison avec quelques barons de
Provence, spécialement le comte d'Arles Bertrand. Enlin, il
déclare Alix dame et usufruitière du comté : dans le cas où elle
perdrait cet usufruit, il lui reconnaît les cinq mille mancus d'or
de Valence qu'il avait reçus de sa dot. La conclusion, h tirer de cet
acte est que le partage antérieur à 1105 n'avait pas encore eu lieu.
Car, si le testateur, par la désignation de Tévêque de Vaison comme
l'un des tuteurs de son fils, laisse supposer qu'il avait des droits au
delà de la Durance, par contre la désignation de l'évéque de Nice
indique qu'il en avait également en deçà. Pour exprimer claire-
ment sa situation en Provence, le testateur se qualifie « comte
de Nice », aussi bien qu'il exprime celle de Bertrand en l'appelant
« comte d'Arles )).Cela oblige à constater que Nice était la résidence
la plus ordinaire de sa femme et de son fils en Provence, comme
Arles était celle de Bertrand. Au surplus, cela n'a rien de surpre-
nant, puisque la comtesse Alix, mère de sa femme, s'était rema-
riée avec Bertrand Raimbaud de Nice. Par conséquent, sa femme
n'avait pas encore renoncé à ses droits en deçà de la Durance;
par conséquent le partage entre la branche d'Avignon-Urgel et la
branche d'Arles-Gévaudan est postérieur au 29 avril 1090.
11 serait mal à propos, bien entendu, de soutenir que la com-
tesse Alix était vmiquement comtesse de la cité ou de la région de
Nice au moment de ce testament : elle n'était pas plus ccmites.se
de la seule région de Nice que Bertrand n'était comte de la seule
région d'Arles. Les droits de tous deux étaient encore indivis sur
1. 29 avril 1090 (Diago. ff. 137 i"-138 r^j.
320 LA PROVENCE DU PREMlEll AU XII* SIÈCLE
la Provence ; la résidence d'Alix était à Nice à cause de sa
mère, comme celle de Bertrand à Arles, et voilà tout.
Le comte d*Urgel mourut deux ans après, en 1092, et le comte
Bertrand d*Arles avant le II septembre 1095.
Puisque le [mrtage des branches d'Avignon et d'Arles s'est
produit avant 11 Ori, il a donc eu lieu entre la comtesse Alix,
veuve d'Ermengaud, usufruitière de Provence d'une part, et la
comtesse Gerberge, héritière de son frère Bertrand, femme du
vicomte de Cariât Gerbert.
En 1102, Alix se qualifie encore comtesse de Provence'; en
janvier 1110, elle se qualifie comtesse de Forcalquier •; en
t)ctobro 1 129, comtesse d'Avignon et de Forcalquier^. 11 paraît
bien prot)abIe que la branche d'Avignon, représentée par Alix,
renonce à prendre le titre de comte de Provence au moment
où elle renonce à ses droits indivis sur toute la Provence. La
bniiiche d'Arles renonce à ses droits indivis, par rapport à la
branche d'Avignon, sur la rive droite de la Durance, et la
branche d'Avignon i^enonce, par rapport h la branche d'Arles, à
ses droits indivis sur la rive gauche. Ainsi, la branche d'Avignon
renonce, en particulier, à Nice et celle d'Arles à Forcalquier. La
branche d'Avignon, se fixant particulièrement à Forcalquier,
innove le titre de comte de Forcalquier.
Le partage entre les branches d'Avignon et d'Arles a donc eu
Heu entre 1102 et 1105. On peut croire que, sitôt fait, la com-
tesse Alix, devenue comtesse de Forcalquier, fit reconnaître le fait
accompli et, de là, l'hommage de la vicomtesse d'Avignon.
Cette cession commune de droits indivis comporte une excep-
tion et cette exception concerne la cité d'Avignon. En eflTet, on
voit en juin 1110 le comte et la comtesse d'Arles-Gévaudan
venir y tenir un plaid. Ils auraient pu le faire à la rigueur, s'ils
1. 1102: n A. (Hiaïuvis in(lij5'ii.i Dim ^a^atia Proviiiciaî comitissa »> (Car-
IHMihas, Ms. :il2, IT. 38 \°:\\) r« .
2. janvier 1 1 10 1 : « A. comitissa Fulcalclieriensts » (GalL ChrisL
noviss.y l. I, col. 4*y, n** XII ;.
3. Avignon, octobre 1121) : « ego Adalax Avonnicensis atque Forcalque-
ricnsis comitissa » {GalL Christ,, t. 1, Instr., col. 142).
N
LE fiOYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 32 1
avaient cédé leurs droits sur Avignon à la comtesse Alix de
Forcalquier, parce qu'ils avaient encore leurs droits indivis avec
la branche de Toulouse. Cependant cette cession, quoique par-
tielle, leur aurait imposé, semble-t-il, une réserve plus grande
et ils se seraient abstenus, après Tavoir faite, devenir y rendre
personnellement la justice.
XI
Les trois marquis et les partages de la marche
(1105-H74).
Après la mort du marquis Raymond de Toulouse, ce fut le
comte Guillaume d'Urgel, fils d*Ermengaud et d'Alix d'Avignon-
Forcalquier, qui recueillit le titre de marquis de Provence. Il le
porte en janvier lilO/i * et fait croire qu'il en fut revêtu jusqu'à
sa mort, survenue dans Avignon en octobre H 29. Sur ces
entrefaites, le comte deGévaudan étant mort entre juin 1110 et le
l®"" février 1112, ne laissant qu'une fille du nom de Douce de sa
femme Gerberge d'Arles, celle-ci, le 1*^^ février 1112, transmit à
cette fille tout ce qu'elle possédait, c'est-à-dire ses droits sur le
comté de Provence. Le 3 février 1112, Gerberge, qui se qualifie
comtesse d'Arles, donne sa fille en mariage à Raymond Bérenger,
comte de Barcelone. Finalement, le 13 janvier 1112/3, Douce, qui
s'intitule comtesse de Barcelone et de Provence, donne ses biens à
son mari. Barcelone est la capitale de la marche d'Espagne, comme
Arles de la marche de Provence. Raymond Bérenger ne pouvait
donc manquer de se qualifier « comte et marquis de Barcelone et de
1. janvier 11 10/ i : « ego Adalais comitissa Fulcalcheriensis et mater
mea Adalais et filius meus Willclmus marchio Provincie... Sistariceiisi
occlesie... medictatcm castri... Lurs que a modernis vocata et comitalis. . .
re;;iiantc Carolo [sic) Teutonicorum imperatore filio Ilenrici régis...
Willelmus comes e( mater ejus Adalais comitissa... Adalais comitissa,
motu luijus Adalaidis... f. » (Albancs, Gall, Christ, noviss.y t. I, col. 449,
no XII).
Mém. et Doc. de l'École des Churtei, — VII. 21
322 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE
Provence », en laissant entendre qu*il était marquis de Provence
aussi bien que de Barcelone, et c*est ce qu*il fit, au détriment de
son cadet d'Urgel ^
Le partage entre la branche d* Arles et la branche de Toulouse
est connu de tous ceux qui ont parlé, les uns après les autres, de
l'histoire de Provence. Par Tacte du 16 septembre 1125, Raymond
comte et marquis, mari de Douce d'Arles, abandonne tous ses
droits sar la rive droite du Rhône et sur la rive droite de la
Durance. Par contre, Alfonse, comte de Toulouse et de Siiinl-
Gilles, abandonne tous ses droits sur la rive gauche de la Durance
et, en dessous de la Durance, sur la rive gauche du Rhône.
On saisit ici, comme pour le premier partage entre les branches
d'Arles et d'Avignon, une exception. C'est la même et le texte
explicite du traité permet de la préciser. Chacun garde ses droits
indivis sur Avignon, Sorgues, Caumont et le Thor. Désormais,
cette exception à part, les limites des états de la branche d'Arles
sont les suivantes. Au nord, la Durance jusqu'à son confluent
avec le Rhône; à Touest, le Rhône depuis ce confluent jusqu'à la
mer; au sud, la mer depuis le Rhône jusqu'à laTurbie; à Test, les
Alpes, depuis la mer et la Turbie jusqu'à la vallée de la Durance.
Vallabrègues, considéré comme une île du Rhône, dépend de
la rive droite et se trouve en dehors. Par contre, la Camargue,
en partie tout au moins ^, dépend de la rive gauche ainsi que Tile
de Luhières. Les Etats provençaux du comte de Toulouse, par
rapport à la branche d'Arles, ont par conséquent pour limites, en
dehors d'Avignon, de Sorgues, de Caumont et du Thor qui restent
indivis : au nord, l'Isère; à l'ouest, le Rhône jusqu'à son confluent
1. 7 mnrs 1125 : « in proscnlia domni Rnimundi illustris comitis et mar-
chionis Barchiaone et Provintie... » (Albanès, col. 10-11, n» VIII). —
1er février 1112 : « ego G. comi tissa... omnem honorcm quem habeo, comi-
latumvidelicel Provincie... » (Marca, 3/arca Awpa/iica.app. 347). — 3 février
1112 : « ojço G. comilissa Arelalensis... cum omni honore mco et cum illo
lionore qui fuit Girberli comitis... Provinciam, quod ibi habeo et habere
dobco... » (//)/(/., app. 348). — 13 janvier 1112/3 : «ego Dulcia Barchinoncn-
siscl Provinciœ comilissa...» (Ibid., app. 349).
2. En février 1172, c'est la cluse de Montmeillon qui sert de limite pour
la Camargue (B.-du-Rh., B.286).
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 323
avec la Durance; au sud, la Durance; à Test, les Alpes. De plus,
ces Etats comprennent la partie de la Provence qui se trouve sur
la rive droite du Rhône, depuis Viviers jusqu'à la mer, avecTile de
Vallabrègues au diocèse d'Uzès, la terre d'Argence, Beaucaire et
une part de la Camargue, au diocèse d'Arles. Il va de soi que les
limites au nord sont purement théoriques : au-dessus du Diois,
du Gapençais et de TEmbrunais, limites réelles, jamais le Valenti-
nois, le Graisivaudan et le Briançonnais n'ont dépendu, politique-
ment parlant, de la marche de Provence. En pratique, les termes
de l'acte de partage, qui portent ab ipso fïumine Durentise usque
ad flumen de Ysera^ doivent être interprétés: « de la Durance,
prise à Tentrée du Briançonnais, en remontant jusqu'au bassin de
risère, excepté ce qui dépendait de Grenoble et de Valence. »
Le premier partage a donc eu lieu, de H02 à 1105, entre les
branches d'Avignon et d'Arles ; le second s'étant produit, en H25,
entre les branches d'Arles et de Toulouse, on est bien obligé de
reconnaître que la branche de Toulouse, au nord de la Durance,
est toujours dans l'indivision avec celle d'Avignon-Forcalquier.
Ce troisième et dernier partage, entre les branches d'Avignon-
Forcalquier et de Toulouse, n*eut lieu qu'après le mois d'octobre
1129. En effet, à cette date, Alix s'intitule encore comtesse d'Avi-
gnon. Il eut lieu avant H 95 * : à cette dernière date, en effet, un
traité d'alliance, renouvelé entre le comte de Toulouse et le comte
de Forcalquier, donne déjà sommairement les limites des deux
comtés de Venaissin et de Forcalquier. Une ligne part du Ver-
nègues de Lagnes, sur la rive droite de la Durance, et gagne,
sensiblement à vol d'oiseau, le col de Cabre, séparant Carpen-
tras, Vaison et Die au nord, Cavaillon, Apt et Sisteron au sud ;
du col de Cabre, cette ligne s'élève à Pont-Haut, près de la Mure,
pour aboutir aux Alpes et à la Durance, en englobant Gap
et Embrun. La cité d'Avignon, comme l'Isle, restait indivise.
Le partage est encore antérieur au 12 septembre 1177 : à cette
date, le comte de Forcalquier Guillaume, fils de Bertrand et de
1. 1195. Les deux comtes se garantissent mutuellement leur comté et
renoncent à la donation réciproque qui en avait été faite précédemment
(Bouches-du-Rhône, B. 297).
324 LA PROVENCE DU PtlElCIER AU Xlt^ SIÈCLE
Josseranne, reçoit à Forcalquier deux cent sous, apportés par deux
délégués des chevaliers et autres gens deChampsaur en deçà delà
Scveraisse, pour les redevances comtales. Le comte les reçoit, en
réservant de faire valoir ses droits sur le pays placé entre la
Séveraisse et le Pont-Haut, limite extrême et traditionnelle du
comté de Forcalquier *. Par contre, le partage est postérieur au
mandement d'Alexandre III, daté du 23 janvier [1168-1170], par
lequel ce pape confirme Manosque à THôpital de Saint-Jean de
Jérusalem, telle que le lui avait donnée le comte de Forcalquier
Guillaume, en spécifiant que les comtes de Forcalquier devraient
indemniser THôpital de tous frais, dans le cas où le comte de
Toulouse voudrait s'opposer à ce don *.
On ne s'éloignera donc pas beaucoup de la vérité en disant que
le partage entre les branches d'Avignon et de Toulouse dut être
elîectué vers l'époque où le comte Forcalquier réussit à se faire
investir de son comté par précepte impérial du 21 décembre 1 17i '.
Ce précepte efTaçait les traces de celui du 18 août 1162 qui
l'avait dépouillé au profit du comte de Provence, pour défaut
d'hommage de sa part au souverain *.
On peut comparer Tétat d'indivision d'Avignon, de Caumont,
du Thor et de l'Isle, entre les trois branches co-partageantes, à la
création d'une zone neutre sur leur point de contact commun,
au confluent du Rhône et de la Durance.
1. Forcalquier, lundi [12 septembre] 1177: u ad Guillelmum comilem...
liominum de Camposauro a Scverasca fluvio citra... alios autein a Seve-
rasca usquo ad Pontem Altum... sui crant et tota terra dccomitatu Forcal-
({uerii ai) antiquissimis temporibus erat usque ad Pontem Altum... •
(Bouches-du-Rhôno, B. 2, (^ cxci, v®). Pont-IIaut, sur la Bonne, entre Saint-
Laurent on Beaumonl, (jui dépendait du diocèse de Gap, et Sousville, près
la Mure en Matésinc, qui dépendait du diocèse de Grenoble.
2. Bénéveni, 23 janvier [1168-1170] : « ad hec, si Tolosensis cornes lilem
movcrot hospilalariis super predictis posscssionibus, cornes [Forcalcarien
sis" et fratres cius ois restitueront » (Arch. des Bouches-du- Rhône, H. Malte,
020: Arch. d'Arles. Authentique de l'Hôpital de Saint-Gilles, ff. 162 v«- 163 v«;
cf. B»» du Houre, Uev. hist. de Provence, l"*' année, p. 92, n« 329).
3. Boveredo,21 décembre 1174 (Monum,Germ, hist,, t. IV; Legum, t. II,
Hannovera', 1837, pp. 144-145).
4. Turin, 18 août 1162 (Martene, CoUec. amplUs,^ t. I, p. 860; Bouche,
Ilist. de Prov,, t. H, p. 432).
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 325
Dans chacun des partages, les droits du tiers non intervenant
ne sont jamais spécifiés : néanmoins, ils existent. Ainsi en 1125,
le marquis de Provence reconnaît au comte de Toulouse une
moitié indivise d'Avignon. Par contre, le comte de Toulouse
reconnaît au marquis de Provence également une moitié indivise
de cette cité. De même, en 1195,1e comte de Toulouse en recon-
naît une moitié indivise au comte de Forcalquier et, par contre, le
comte de Forcalquier en reconnaît une autre moitié indivise au
comte de Toulouse. Il ne faudrait pas additionner toutes ces
moitiés : on en aurait au moins trois et ce serait absurde. La
conséquence forcée est que les droits indivis du tiers non
comparant sont sous-entendus dans chacun des partages. On se
rappelle que, du temps de l'indivision, les deux branches
d'Avignon et d'Arles avaient droit à 3/8, chacune, de la Pro-
vence et la branche de Toulouse aux 2/8 restants. Par suite du
partage entre la branche d'Urgel-Avignon et la branche de Barce-
lone-Arles, chacune d'elles, passant sous silence les droits du
tiers non intervenant, c'est-à-dire ceux de la Maison de Tou-
louse, s'attribue une moitié de la Provence, soit 4/8. C'est cer-
tainement à charge, vis-à-vis du tiers, de lui en abandonner cha-
cune un huitième, en passant séparément et plus tard un partage
avec lui. Cette charge n'est pas mentionnée dans le partage : elle
est tacite. En 1125, la branche de Barcelone se libère de cette
obligation vis-à-vis de la branche de Toulouse. Elle lui abandonne
les territoires de la rive droite du Rhône qui, pour la clarté de l'ex-
posé, peuvent être évalués au 1/8 de la marche. De plus, tandis
que la branche de Barcelone reste ainsi avec les 3/8 de la Pro-
vence, qui lui revenaient de droit, et que la branche de Toulouse
lui reconnaît, celle-ci prend, d'accord avec elle, ce pays placé sur
la rive droite de la Durance et évalué plus haut à la 1/2 de la
marche. Cela lui fait en tout 5/8 de la Provence. Comme
dans le premier partage, également, les droits du tiers non inter-
venant ne sont pas réservés explicitement ; ils le sont tacitement.
C'est à lui à les faire valoir : il aura à réclamer ses 3/8 à la
branche de Toulouse. Elîectivement, dans le troisième partage, la
326 LA PROVENCE DV PREMIER AU XII® SIÈCLE
branche de Toulouse, abandonnant le comté de Forcalquier à la
branche d^Urgel, lui abandonne ainsi les 3/8 qui lui revenaient de
droit et garde les 2/8 restants, soit 1/8 sur la rive droite du Rhône,
au-dessous de la Durance, et 1/8 sur la rive gauche au-dessus de
la Durance. Par suite, chacune des trois branches a la quotité de
la Provence qui lui revient.
Pour Avignon, c*est le même mécanisme. Quand, en 1125, le
comte de Barcelone reconnaît au comte de Toulouse une
moitié indivise d'Avignon, évidemment il lui en reconnaît
2/8 de trop qui doivent revenir au comte d'Urgel. Mais, celui-ci
n'intervenant pas dans Tacte, ses droits ne sont pas mentionnés.
Quand, ensuite, le comte de Toulouse en reconnaît une moitié
au comte de Barcelone, il lui en reconnaît 1/8 de trop qui doit
revenir au comte d'Urgel : celui-ci pourra se le faire reconnaître.
En efTet, en 1195, le comte de Toulouse reconnaît les droits
du comte de Forcalquier ; mais il lui reconnaît une moitié, au
lieu des 3/8, parce, que cette fois-ci, c est le comte de Barcelone
qui est le tiers non intervenant. En somme, il en est d'Avignon »
resté indivis, comme du reste de la Provence divisé au xii* siècle
en trois parts. Le comte de Barcelone en possède 3/8 indivis; le
comte de Forcalquier également 3/8 et le comte de Toulouse 2/8.
Quand le dernier comte de Forcalquier disparaîtra, le comte de
Provence lui succédera dans Avignon, de sorte que le comte de
Provence en possédera forcément les 3/4 et le comte de Toulouse
1/i seulement indivis. En lin de compte, cette ville n'aura un
seul maître qu'à dater de la fin du xiii® siècle. Sa position cen-
trale, au confluent, sur les limites communes des trois comtés
de Provence, de Forcalquier et de Venaissin, suffit à expliquer
celte indivision prolongée et anormale.
En 1125, le partage indique clairement que les archevêchés
et évêchés dépendent encore des comtes, comme les comtés, les
cités et les châteaux tenus par des laïques. L'abandon de 1081
était oublié. A partir du troisième quart du xii® siècle, les empe-
reurs rendront aux évêques leur ancienne qualité de vassaux directs
de la couronne et reprendront la garde des églises cathédrales.
Aussi, la convention de 1195 ne mentionne plus les évêchés.
LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 327
Il faut s*entendre sur un autre point. Ce que les trois maisons
étrangères de Barcelone, d'Urgel et de Toulouse partagent, c'est
la marche de Provence ; elles en font trois Etats alliés, mais dis-
tincts et indépendants lun de Tautre. Le partage divise donc
entièrement la prééminence du marquis, le haut domaine
féodal, Tadministration de la justice, la perception des impôts
et des redevances publiques. Mais, en fait, les trois coparta-
géants, qui deviennent trois princes voisins et qui seraient même
étrangers s'ils n'étaientf liés par la suzeraineté commune de
Tempereur, ne se défendent pas de continuer de posséder des
propriétés ou des (iefs particuliers et personnels Tun chezTautre.
Ainsi, en 1174, le comte de Toulouse concède aux Génois tous les
ports qu'il pouvait posséder de la Turbie jusque vers Arles, notam-
ment les salines de Bouc, le mont de Monaco pour y élever im
château, le château de la Turbie et la moitié de Nice ^ Ou bien
le comte cède ce qu'il n'a pas, ou bien ce sont là des propriétés
particulières qu'il cède ; en tout cas, ce n'est pas une partie de
son domaine princier prééminent. Il le dit en propres termes et,
quand l'empereur, en 1191, ratifie cette concession, la couronne
a soin de réserver la juridiction et le domaine du comte de Pro-
vence qui seul était le souverain de ce pays. Mais, quand bien
même ni le comte de Toulouse, ni l'empereur ne le spécifieraient,
cela irait de soi. Depuis le partage de 1125, le comte de Toulouse
ne pouvait plus être comte de Nice. La vérité est qu'il y avait con-
servé des propriétés considérables, puisqu'il possédait encore la
1. Ii74: «a civitate Arelatensi usque ad castrum de Turbia... omncs
portus... Item do vobis stmiliter, Domine communis Januae, salinas de
Bucho, Podium quoque et montem Monaci cum suis pertinenciis ad in-
castellandum et quicquid voluerilis. proprietatis nomine, facicndum. Simi-
liter vobis dono et nominatim, cum Castro Turbiae et cjus territorio, medie-
tatcm Niciœ » (Liber jurium Reipublicae GenuensiSf t. I, col. 297; Gustave
Saige, Documents historiques antérieurs au XV* siècle relatifs à la seigneurie
de Monaco et à la maison de Grimaldi^ t. I, Monaco, 1905, pp. 9-10,
n® V). D'après E. Gais de Pierlas, Documents inédits sur les Grimaldi et
Monaco^ Turin, Bocca, 1885, in-8, p. 13, la concession de 1174 émanerait du
comte de Forcalquier; cf. ibid.^ p. 14, pour la confii-mation impériale du
30 mars 1191.
328 LA PROVENCE DU PREMIER AD XII* SIÈCLE
moitié de la ville et quelques points sur le littoral jusqu'à la fron-
tière de la Provence. Peut-être, quand il y avait eu une alliance
entre la maison comtale et les châtelains de Nice, ceux-ci pour avoir
davantage à Orange avaient-ils cédé leurs biens de Nice. Quoi qu'il
en soit, ces propriétés n'étaient plus accompagnées de la préé-
minence, et, éloigné comme il Tétait des Alpes, le comte de
Toulouse ne dut pas être fâché de s*en défaire. Il pouvait en
être d*autant plus aise que c'était un mauvais tour à jouer au
comte de Provence, maître du littoral, qui allait désormais
avoir h y lutter contre les entreprises envahissantes de Gênes.
Ainsi, à dater des partages, il n'y a plus de comtes de Pro-
vence indivis, de comtes d* Arles, d'Avignon et de Nice : on a trois
Ktats (|ui sont le comté de Provence, le comté de Forcalquier
et le comté Venaissin avec Avignon neutralisé entre les trois.
On a vu le comte de Forcalquier se titrer marquis, en il 10,
et le comte de Provence en faire autant, peu après. On
n'ii pas besoin de dire que le comte de Venaissin a suivi cet
exemple ; la région qui lui était soumise en a gardé spéciale-
ment le souvenir, alors que les deux autres Etats, à commencer
par le comté de Forcalquier, le laissaient tomber en désuétude.
Telle est la série de considérations que présente à l'esprit l'exa-
men des textes d'origine diplomatique. Leur ensemble permet
de lixer le développement de la Maison des comtes de Provence
dans ses traits essentiels. La connaissance de leur régime suc-
cessoral amène à distinguer la marche transmise individuellement
et les comtés transmis indivisément. A la phase d'unité primitive
correspond un marquis unique, de 979 à 1040. A la phase de
décentralisation avec groupements régionaux, correspondent des
marquis associés, de iOiO à 1091. Enfin, toutesles branches de la
maison d^Arles tombant en quenouilles, trois maisons étrangères
au pays transforment les groupements régionaux en Etats dis-
tincts. C'est le morcellement de la Provence : la marche forme trois
marquisats. Elle a passé de Tunité à la division par la décentra-
lisation.
CHAPITRE VI
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL
Tels sont les comtes qui ont possédé par indivis la Provence,
depuis rinstallation de leur Maison sur les bords du Rhône parle
roi de Bourgogne Conrad, et ceux d'entre eux qui, plus particulière-
ment, ont administré la région d'Avignon, en y résidant de préfé-
rence. Cette préférence au détriment d'Arles par les aînés s'ex-
plique: ils échappaient ainsi à un têtè-à-tête gênant avec les pri-
mats de Provence qui gardaient le palais de la capitale pour les
souverains absents. Le chef de cette maison comtale gouvernant,
en principe, toute la Provence comme marquis, il resle à voir com-
ment, pendant cette période d'indivision, le régime féodal s'as-
simile, dans le comté d'Avignon, chacun des degrés inférieurs
de la hiérarchie administrative.
Cette hiérarchie est connue : les plaids comtaux la montrent
dans son fonctionnement judiciaire. D'autres actes complètent
les indications formées par ces documents.
I
L'es Juges de Provence
(733-1040)
Le régime, né en 733 de l'invasion, avait rattaché la Provence
plus étroitement à la France. Le roi avait assumé lui-même le titre
de patricedes Romains ; un duc gouvernait le pays en son nom et
surplace. La population de ce pays continuait forcément à être, en
très grande majorité, de droit romain. Mais ces Gallo-Romains
330 LA PtOTOŒ DC nE3UEB AL Ul* SECCLf
prenaient désormais volontiers des noms germaniques, imposés
par le presti^ de la domination franque, ou bien amenés par
des a Uianccrs de famille, comme ce parait avoir été le cas du
patrice Abon ^ De même, sans abandonner la loi romaine, ils se
font à lalangrue administrative de leurs vainqueurs. Un plaid, tenu
à Diirneen 780 *, montre les /nis^ic/omi/iicf présidant lesrjrAim-
hourfjn et scabins de cette cité, ceux-ci entourés des c bons hommes »
qui pouvaient se joindre à eux. On croirait, à lire cette ter-
minologie, qu'il s'a^t de juger selon le droit barbare. U n'en
est rien, puisque le plaid se tient sur la requête d*un évéque
provençal. La loi ne différait pas de celle observée, cinquante
ans plus tôt, par le vidame de Marseille Ansemond, jugeant sur
l'ordre du patrice Abon, coram inluêtribas personis. Seule-
ment, les juges gallo-romains se dissimulent complètement dans
chaque cité, et même dans l'une des plus restreintes comme
Digne, sous les noms que la loi barbare imposait aux juges
francs.
Au milieu du ix^ siècle, la prédominance franque subsiste :
1. Alion était fils de Félix et de Rustica, petit-Gls de Maurinus, nereu
(hi Simphorianus. Ce sont là des noms gallo-romains ; mais sa grand'mèro
patcTiiHUr I)odina paraît représenter l'introduction du sang barbare dans la
famille. De fait, si deux de ses fils, Félix et Symphorien, gardent des noms
qui doivent leur provenir du côté paternel, un troisième Dodon tire le sien
évidemment de la li^^ne maternelle. Il en est de même pour Abon, son petit-
fils. On saisit ainsi surle fait, au début du vin' siècle, et dès avant la conquête
(!<• T.'J.'J. l'infillnilion frdnïjue dans l'aristocratie de Provence par les alliances
ai le preslij^e de la mode. On conçoit qu*Abon, avec une famille déjà
francisée en partie, paraisse dans l'histoire comme un gallo-romain rallié
an réfçime franc. C'e dernier des patrices dut être un patrice sympathique
aux princes francs : l'acte du 5 mai 739 montre que certainement il était
de loi rr)maine, cependant il est contraire aux patriotes qui avaient cru
pouvoirs'allieraux Sarnisins contre Tinfluence grandissante des Francs. Ce
Hmilsans doute des tendances francophiles pareilles qui avaient fait expulser
son on<!U* Sinijihorien de l'évêché de Gap. Le 30 janvier 726, Abon prie Dieu
/i/'o noH ft atnhUetntfiin rof/no Francorum,
2. Digne, 23 février' |7H0^ : • in Digna civitate publiée... missidomni nos-
tri Karoli régis Francorum et Langobardorum seu et patricii Romanorum, id
est V'iernariiis et Arimodus una cum rationesburgiis dominicis Marcel-
lino, Jlieronimo, Gedeon, Regnarico, Corbino, scabinas lites scabinos ipsius
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 331
le vocabulaire propre à Texercice du droit romain n'est plus
effacé totalement par elle. Un plaid du 2 juillet 845 * permet de
saisir Timportance de cette réaction : c'est un jugement selon
la loi romaine, car il concerne encore un évêque, comme celui de
780. Le plaid se dénomme mallum ; les juges se disent scavini.
Mais, si le vocabulaire barbare domine toujours, le rédacteur a
soin d'indiquer que la cour se compose en réalité de juges qui sont
les uns romains et les autres saliques. II fait figurer les romains
au premier rang, puis il traduit le terme de scavini, employé
d'abord par lui pour les désigner tous, par celui de Judices.
Les « bons hommes » complètent la cour comme en 780. En
somme, les ji/cffces jugeaient selon le droit romain et les scabini
selon le droit salique. La terminologie barbare perd de sa tyran-
nie et on voit que l'élément romain subsiste toujours en majo-
rité dans le pays.
Cent ans après, c'est-à-dire au milieu du x® siècle 2, quand la
civilatîs, aut bonis hominibusqui cum ipsis... aderant... Cornes Marcellinus
firmavit » (Saint- Victor, no 31. — Cf. Eckhart, Commentarii de rébus Fr,
orient., t. I, p. 319).
1 . Cadcrot, 2 juillet [845] : « advenicns Aletandrius advocatus Alboini cpis-
copi... in Cadarosco villa, in mallo publico ante Rothbertum vicariuni de
viro illustri Adalberto comité et tam scavinis, tam romanis qnam salicis,
vel judicibus... id est Yoseph, Nortaido, Elephanto, Odilone, Wildemare,
Bertclaico. Rcgenardo, Deodalo, Ansulfo, Fulcardo, Elfaldo, Martino, liomi-
nc Dei, Victore, Donato, Teuthberto, Teufanio, Balsamo, Rachio, Aaron,
Necteranno, Gaudentio, Abone, Benedicto, Macchone, Lubone, Flodoveo,
Godoberto vel etiam... aliis bonis hominibus » (Saint-Mctor, n*» 26).
2. [Arles, 14 août [952], Tan 15 : « Boso cornes Grmavit. Lanberlusjudiccs
firmavit. Pontius firmavit » (GalL Christ, noviss., Arles, n*» 255).
Arles, mars 965[/4] : « venions Honoralus Massilieusis iecclesiç Ç({uis-
simus presul, in Arclatc civitalc, publiée, in conspectu Bosoni comitis...
atquc in presentia omnium virorum Arelatensium judicumquc ac princi-
pum scilicct omnibus his nominibus : Haynoardo judice, Lamberlo
judicc, Pontio vicecomitis. Arlulfo, Hostagno, Archimberto, Bonofacio,
Rajamberlo, Widberlo, Ingelmare, Wicheranno, Tassilone. David, Amal-
rico, Pontio, Widone, Walchaudo, Hildoardo, cçterorum quoque omnium
hominum aspectum prévenions, deprecatus est... comitem, ut res... quas
prenominalus cornes injuste detinebat ei... concedi debuissol Requi-
rentes autem judices... et omnes memorati principes ut... verum esse pro-
baretur. Interea... episcopus... testes fidèles adhibens, voluit, sccundum
332 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÂCLE
Provence se groupe avec le royaume de Bourgogne, c'est Télé-
nient romain qui, à son tour, reprend dans les plaids toute la
jus Homanc œcclesic ea... confirmare... jurando. Cum... cornes hoc... venim
ne justuin esse coji^novit, sacramentum jurandi ei condonavîl et res... tra-
(lidit. Consistunt autem... ia pago Massiliease... Placuit .. coiuiti... cods-
cribi facore, conseiiticnte cius filio Rothboldo et fratrc ej us Wilelmo comité,
omnihus({iie consiliantibus Arelatensium principibus... Ego... cornes Boso...
curavi. Lambcrtus judex firmavit. Cornes Wilelmus firmavit. Raynoardus
firmavit. Pontius firniavit ...» (4Sa m/- Vicf or, n® 29).
Arles, mai [965 ?|, Fan 24 : « in pago Aquense superiore... Bosocomeset
iixor sua Conslantia f. . . Pontiiis juvenis f. Berengarius judex f. Warbidus
judex f. » ((^hnnlelou, //i«/. deMontmajour, éd. du Roure, pp. 37-38).
20 août [907], Tan 31 : « inArelatecivitate publiée ante domno Willemmo,
inluslrissinio comité et ante vassos dominicos tam romanos quam salicos
una eum phirimarum personarum diversis legibus vîventibus. Sunt nomina
eorum, id t»st Hercngnrius judices, Poncius major, Archimbertus. Vuihi-
ramiuis. Vuantelmus, Lambcrtus, Eldegarius, Aicardus, Willelmus, item
Willelmus, (iisfredus, Hainaldus, Wamaidus, logilramnus, Amalricus,
Wiherius, Richelmus, Cîuadaldus, Aicardus, Odilus, Anno, Bemardus,
Bertrannus, Hoeius, .\utericus, Poncius, item Poncius, BoniGlius,Adalburno,
Teuherlus, Poncius, Hicanlus, Guido, Rainaldus, David et aliis pluri|ius
bonis hominibus... veniens Honora tus.. 'Massiliensis episcopus... déterra...
in eomitatu Aciuense... Tune cornes prefa tus et judex Berengarius judica-
verunl... qualiter lex romana comemorat » (Saint- Victor, n« 290).
Arles, 17 avril |982J, Fan 42 : « ego... Wuilelmus marchius Arelatense
Provinti^»... in eomitatu Avinionensc... Signum Vuilelmus... Signum
.Vrsinda eomitissa f. Sij^num Eldebertus et Vuerbiduset Bonfilius judices...
Sij,nium Bonfilius vicarius f. » [Saint- Victor^ n® 1042).
Manos(|ue, 2 janvier [984], Tan 44 : t in placito générale, Wilielmo
comité, inManoasca, venit episcopus Pontius... Massiliensis... Fuit Hçl-
deberlus judices, Garbedus judices, in ipso placito... voluerunt jurare et
probare eum testibus suis... vcnei*unt ante altare sanctç Marie... in pre-
sentia Guilelmo comité et lleldeberto judice et Garbido judice et Aicardo et
Guilelmo et Ponlione et Jonam et .Vmico et Tassilo et Leugerio et Leufredo
et Pontione et Castone et aliis plures bonis hominibus, tam satellites quam
pagenses... Si (juis ante principe por judicium judicis fuerit deGnitum nec
poteritimmulari sed postea temptare volueritX libras auri esse dampnan-
dum... » [Saint-Victor, n° 654).
Avignon, 98r> ; « Signum Willelmi inclyti marchionis et uxoris suée Ada-
laix comitisse. . . Ileldebertus judex f. i> {Cart, Saint-André de Vitleneuvey
^34).
Avignon, 987 : u Eldebertus judex et Adalelmus frater ejus. . . » (Cart,
Saint-André, r>» 42 et 43).
Manosque, janvier 990et Arles, 6 mars [990], Tan 53 : t Riculfus Foroju-
liensis episcopus, in villa Manoasca, ante presentiam domini Wilelmi
LA HIÉRARCHIE ADMlNtSTRATlVE Et LE FÉG1ME FÉODAL 333
prépondérance de forme qu'il avait perdue en 733. Il y avait
encore en Provence des gens vivants suivant diverses lois : le
plus grand nombre suivait le droit romain et une minorité le
Provincie comitis et genibus ejus provolutus, rogavit. . . princeps respec-
tum episcopo dédit quousque cum uxore et judicibus, celcrisque Gdclibus
suis inveniret quid de hac re facere debuisset. Expleto... respeclu venit
in Arelate civitate... episcopus ante prescntiam ejus et requisivit ipsius
voluntatem ; ipse vero princeps consilium ad suam conjugem vel ad judices
suos Aldebertifkn atque Adelclmium necnon et ad ceteros fîdeles suos qui
ibi aderant quesivit quid de hac causa agi oporteret. Illi vero... taie ei
consilium dederunt... Ego... Vilelm us cornes et uxor mea Adalais... concedo
unam medietatem de ipsa civitate Forojuliensi... Signum Wilelmi comitis
et uxoris sue Adalais... Robaldus cornes... firm. S. Aicardus S. Wilelmus
vicecomes. S. Poncius major » (Montmajour, pp. 66-68).
[983-993] : «... cum... terra Tolonensis cçpisset vestiri... unusquisque
secundum propriam virtutem rapiebat terram... illi qui potentiorcs vide-
bantur esse, altercatione facta... rapientes terram ad posse videlicet
Wilelmus vicecomes et Pontius de Fossis. Qui Pontius pergens ad comi-
em, dixit ei : Domine cornes, ecce terra... Iradita est in manu tua donatione
régis. Ideo rogamus ut pergas illuc et mittas terminos... nam tue potestaCîs
est eam terminare et unicuique distribuere quantum tibi placitum fuerit.
Quod ille, ut audivit, concessit et continuo ascendens in suis equîs per-
rexit... misit terminos... : Quantum ego habeo... donatione régis, hoc est
fiscum regalem, dono sancto Victori... coram Wilelmo vicecomite
Monachi... pergentes ad Wilelmum vicecomitem Massilie, complanxe-
runt... : Domine, terram quam comes terminavit ei in tua defensione misit
nescimus quid opus habeat monachis nisi justitiaveris nobis Theodericum,..
Qui audiens dixit : Ite et tali die sitis ibi, quia egoero et habeamu s placitum
cum mis... Adolardus vero, vicarius Massilie... dixit... » (Saint- Victor, n° 77).
Août [1001] : « Eldebertus judex f. » (Montmajour, pp. 70-71).
Avignon, avril 1002 : « mandante Aldeberto judice » [Cart. Saint-André
fo 3ri).
1002 : « Adalelmus judex f. » (Ibid., p. 73).
Aix, 20 octobre 1002 : « Ileldebertus judex f. Adalelmus judex f. »(Mont.,
p. 96).
[1002J : « Ileldebertus judex. Adalelmus judex f. » {Ibid., p. 103)-
[1003] : « Bonfllii judicis » [Cart. Saint-André, ^ 46).
[1018-1032] : « Rodulfus, rex Alamandorum... cunctis ministrantibus,
rempublicam ordinantibus, cunctis civilibus Arelatensis audientibus,
ducibus, viscommitibus, scavinos, judices et vicarios seu varvassuris atque
céleris omnibus... vir venerabilis Jausfredus commis Aralate, volente et
consenciente fratre suo Bertramno » {Saint-Victor, n° 1061).
Avignon, 1033 :« S. Jaufredi hacBerlranni... comités... S. Heldcbertus...
antistis... Barangerius judex f.... » {Cart. Avignon, n» 40).
331 L4 noTocc bc pmEUEB ir xn* siècle
droit «clique. On le constate dans le plaid du 20 août 967. Le
fond ainsi ne clian|?eait guère : mais, à Finrerse de ce qui se pas-
sait en 7^<) et même en 8i3« c'est le vocabnlaire romain qui
domine. Il n'y a pins de srari/ii: tons les juges sont desjadices.
Ije protocole rojal sera le dernier à garder le souvenir des sca-
hinî jusqaen 1032: les protocoles sont toojoors en retard sur
la vie réelle. Ces juges assistent directement les comtes, puis le
marr|uis. quand se tient la cour judiciaire : ils passent, dans cette
circonstance, avant tous les autres fonctionnaires, même les
vicomtes qui. hiérarchiquement, leur sont cependant supérieurs.
Ils figurent généralement au nombre dedeux. Quelquefois, onn*en
12 avril fi>-13-103^/ : • e^ Bertranous cornes... consentiente... episcopo
S-nion-to Je Avinione el...judice Baranfrario... •■ «Montm., pp. i37-13S).
I03«^» : in comilaluForojuliense .. Durandus vicarius f.... »(5âiii/-Vic/or,
U)t»i : « Beran^rius judex f. »; ms. lat. 13915, f* 76 r*: Montra., p. 138.
donne romes par erreur i.
lO*» : •• e^ Bertrannus. auctore Deo. marchio sive cornes Provincie...
precipimiiî» vicecomitibus, vicariisGrIelihus, sive omnibus Gscalibusnostris,
ecr-lfsiastici ac secularis ordinis... »• Sainl-Victor, n* 659).
FV'vrier lor>l 2 : - Kulco vicecomes Ormavil... Carbooellus vicarius firma-
vit... " Snint- Victor, n'»51i.
lor»2 : " KfTO .\malricus vicarius... cedo... Fulcofilius Wilelmi vicecomili
f. Ihii!., n'' :»♦! .
Vers 1055 < Franroni filio FrancoQÎs vicecomilis Forojuliensi...
Diirandus vero virarius de Pojelo >> [Saint- Victor, n® 565).
Vers 1055 : >* Durnndus vicarius.,. »• Ibid,^ n» 566}.
l<Mi7 : " vicarii quoc{ue inlerfuerunl .\tenulphus, Vincentius, Poncius
Volv«'radiis. Aussinus Hicardus et filius Johannis Paj^is, Porcellitus Volve-
ratus. . . testimoiiium perhibel <le his et vidit » Montra., p. 179).
Saint-Zacharie[lor>r>-!070' : .< Marlinus judex Grmavit »> (//>iV/., 102).Saint-
Zacharie était dans le diocèse de Marseille.
[Vers 1080; iSnint-Victor, 1089\
Avifçnon, juin 1110 : » ({uerimonia... judicata intercanonicos... et milites...
in manu (îirberli coniitis firmala est... adhibito sapientissimorum virorum
consilio, judicario online... » (Vaucluse, G. 27, f* 8).
r> mai 1125 : .< ad curiam... comitis et Dulcia? comitissse uxoris ejus. .
jurlicavit episcopiis Gerundensis... atcjuccœteri in curia comitis existentes..
Si^niim H. comitis, S. 1). coniitissa?, S.L. Avenionensis episcopi, S. G. vice-
comitis... »» iSaint'Atulrâ^ fol. 11). Cf. en 1150, dans l'île Ugernia près
Turascon, le plaid tenu par Haimond Berenger (Monlm., p. 246)
Apt, [1103-1143] : « ...testes... Otto judcx... » {Cari. d'Apt, n» 82).
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 335
voit paraître qu'un seul ; quelquefois aussi, leur nombre monte
à trois. Leurs fonctions ne sont pas annuelles : ils paraissent
en être revêtus à vie, tant que vit lui-même le prince dont ils
ont reçu leur investiture. Jadis, en 780, il y avait des juges
particuliers à chaque cité. Au x® siècle, chaque comte put en pos-
séder pour l'assister. Enfîn, dès que Tunité de la Provence est
chose faite, sous la tutelle d'un marquis, ce sont les mêmes
juges qui lassistent, aussi bien pour les causes intéressant des
biens sis au comté de Marseille, que pour celles relatives à des
biens sis au comté d'Aix, d'Avignon ou de Fréjus. Les plaids se
tiennent dans Arles et il y a ainsi des juges de Provence, exacte-
ment comme il y a un marquis de Provence. C'est le juge qui, sous
la présidence du prince, met l'affaire en état, en pleine audience
publique, et c'est lui-même qui la juge en sa présence, soit
seul, soit de concert avec lui. Cependant, quand le prince
est personnellement pris à partie dans l'affaire, une fois l'inter-
rogation terminée par le juge, c'est le prince qui se juge lui-même,
conformément aux preuves constatées par le juge. Les juges ne
se bornent pas à rendre la justice dans les plaids : ils forment le
conseil de gouvernement du marquis et celui-ci ne manque jamais
de les consulter avant de décider une affaire politique impor-
tante. On le voit pour l'affaire de la cité de Fréjus. Alors le mar-
quis Guillaume consulte également sa femme : il est bon de
dire qu'il s'agit d'Alix, précédemment reine de France. Guil-
laume était fier de cette seconde compagne et il avait pour elle
des égards qu'il ne parait pas avoir eus pour la première. Ses
successeurs ne consulteront jamais les leurs : Alix jouit donc
d'un privilège personnel, motivé par son rang de souveraine, dont
elle gardait le prestige. Les plaids de la marche se tiennent
généralement dans Arles, capitale de cette marche : mais cela
ne veut pas dire que tous les juges soient d'origine propre-
ment arlésienne.
Tout d'abord, sur la rive gauche de la Durance, avec le comte
Boson fils de Roubaud, on note de 952 k 964 le juge Lambert.
Fils d'Annon, frère d'Amie, mari de Laugarde, il fut le père de
336 IJk PROVENCE DU PREMIER AU XU^ SIÈCLE
Guillaume de Cucuron, au comté d'Aix, sur la rive droite de la
Durance *. En 9G4, parait à cAté de lui, le juge Renard, dans
lequel on pourrait voir le père de Lambert Doon et, par consé-
quent, la tige de la Maison de Châteaurenard au comté d'Avi-
gnon ^, maison à laquelle appartient Pons, archevêque d*Aix de
1030 à 1036^. Pendant ce temps, sur la rive droite de la
Durance, avec le comte Boson, fils de Guillaume, au mois de mai
[963 ?J paraissent les juges Bérenger et Garbide. Puis, les deux
comtes Boson étant morts, le second d'entre eux sans enfants,
ce sont les comtes Guillaume et Roubaud, les fils du premier
d'entre eux, qui se partagent la Provence. Roubaud reste sur
la rive gauche de la Durance dans le pays d'Arles, Guillaume
occupe le pays d'Avignon sur la rive droite de la Durance :
c'est Guillaume qui possède la suprématie et Roubaud s'efTace.
Aussi, les juges d'Arles, Lambert et Renard, s'eflTacent eux-
mêmes devant ceux d'Avignon, Bérenger et Garbide. Dans Bon-
fils, qui paraît rarement, depuis le 17 avril [982?] jusqu'en 1003,
on peut voir encore un juge se rattachant à ceux de la rive gauche;
Lambert, fils d'Annon, parait encore en 1004, et dans un acte
t. Arles, mai [M'-i] : don par (renciua et Aiburga^ au sujet de biens à
Ansouis; *< Aiino voluit et conseiisit et nrinavit « (Chantelou, pp. 37-38). —
1004 : don de Vaiigiiies, près Cucuron» à Tabbaye de Psalmody par Bona-
filiii. Amie et sa femme lielletrudes, Lambert et sa (cinmc Leod garda , c'est-
à-dire par la veuve et les deux fds d'Annon (Arch. du Gard, H. 100, ff. 18
yo.pj po . voir le texte de cet acte en appendice). — 15 novembre 1019
(Sitinl-Victor, 325). — Marseille, août 1031 (//>!>/., 45."»). — 1038 (//>«/.,
321). — 1039 {Ibid., 322). — 16 janvier 1040 {Ibid., 172). — 1042 {Ibid.,
308). _ 20 juin lO.'io (//>«/.. 312 . — 1057 (Ibid., 323).
2. Arles, avril 'IHO; [Suint- Vicior, 598). — Arles, 17 avril [979] [Ibid.,
10V2). — Avi^nion, G mai 982 [Suint-André^ fol. 4i). — Arles, 7 décembre
1002 (Montmajour, ëd. du Roure, [). 98). — 1012 (Saint- Victor, 488). —
r,) novembre 1019 [Ibid., 325).— 22avril 1015(Montm., pp. 126-127). — 1019
(Snint'Victor, 1055).— Avignon, janvier [1030?| [Ibid,, n« 521 ). — 1038 (//)i(/.,
4i7). — lOVO {Ibid,, 1068) — 12 décembre 1015 (Montm., p. 165). — 1062
(Saint -Victor, 546).— 10 janvier 1068 (Montra., pp. 187-188). — 1090 (//)/(/.,
p. 218;. — 25 avril 109t [Lérins. éd. Flamare, n» 234). — 6 juin 1093 (/W.,
no 16). — 27 décembre 109i (Ibid., n^ 12). — 22 mai 1096 [Ibid., n» 236).
— Cf. Monlm., pp. 93-94,94, 122, 123, 148,151, 162, 169, 183-184.
3. Albanès, GulL Christ. noDissima, t. I, .\ix, col, 48-50.
La tllÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 337
privé où il n'a pas à mentionner sa qualité de juge. Quant aux
juges de la rive droite, ils paraissent fréquemment. Le premier,
Bérengor, vivait encore le 20 août [967?] ; le 17 avril [982?], il
est remplacé par le juge Heldebert. Celui-ci parait dans une série
assez complète d'actes jusqu'au 20 octobre 1002: il avait un frère
nommé Adalelmo et ce dernier devient juge, à son tour, à partir du
6 mars 990, en remplacement deGarbide. Désormais, Adalelme
accompagnera son frère en cette qualité jusqu'au 20 octobre 1002.
Jusqu'à présent, les fonctions déjuge paraissaient être exercées à
vie ; les documents ne suflisaient pas pour pouvoir affirmer qu'elles
étaient héréditaires. Désormais, il est clair qu'elles se fixent dans
la même famille. En effet, Heldebert parait être le fils du juge
Bérenger : en tout cas, il n'y a pas de doute qu'il soit le frère d'Ada-
lelme. Les actes, qui concernent personnellement ces deux der-
niers juges, prouvent qu'ils étaient d'Avignon. C'est, sans doute, la
souscription de leur père Bérenger, non encore revêtu de la charge
déjuge, qui suitimmédiatement celle du vicomte, en 962 dans Avi-
gnon, pour corroborer le testament du comte Guillaume K Pareil-
lement, ce sont leurs souscriptions à eux qui, le 1" avril 976, dans
Avignon, suivent sans intermédiaire celle du vicomte ^, pour
corroborerun acte épiscopal. Le6 mai 982, toujours dans Avignon,
les deux frères sont encore présents : leur rang est, par le fait,
plus éminent, car, le vicomte ayant disparu, leurs souscriptions
suivent immédiatement celle du marquis et précèdent celle de
Lambert Doon ^, Par l'acte de 987, encore passé dans Avignon, on
apprend que Heldebert avait épousé Teucinde et Adalelme,
Bcliildis, Ils offrent à l'évêquc des terres labourables sises dans
le pays d'Avignon, au lieu dit Gigognan*, près Sorgues.
1. Avignon 962 :«.. Barangariuspre8cnsfuit»(Vouclusc,G.,Chap.mélrop.,
27, ff. 30-3i).
2. Avignon, l*"' avril 976 : «.. Eldeberlus flnnavil. Adalelmus firmavit »
(//>i(/., p. 26).
3. Avignon, 6 mai 982 : « Eldeberlus, Adalelmus » [Cari, Saint-André,
fol. 44. — Polycarpe de la Rivière, Annales, pp. 591-592).
4. Avignon, 987 : « ego Warnerius... pra?sul... quidam homines Elde-
berlus judex el Adalelmus fraler ejus... Aldeberlus et.ejus uxor Teucennis
Mém. el Doc. de l'École da Charleê. — Vil. 22
us LA PROVKNCE DU PREMIER AU Xll* SIÈCLE
K» ivtour, le prélat leur concède le Mont « Andavon », pos-
M^lo par son éveché, avec les trois églises Saint-Michel, Saint-
André et Saint-Martin qui y sont élevées. Par un second échairge
f;ut dans le même temps, Ileldebert et Adalelnie donnent le
mont au monastère qui desservait ces églises depuis quelques
années. Une pancarte apostolique de Grégoire V, datée de jan-
vier 999, confirme le contrat * et on reconnaît là le même mode
de procéder que celui employé par Teucinde pour fonder Mont-
majour. Klle avait acquis le mont, de Téglise d'Arles, par échange,
avant de l'olFrir aux bénédictins qui devaient s'y établir. Les
évoques ne donnaient directement aux moines que des églises :
c'étaient les laïciues cpii servaient d'intermédiaires pour offrir les
terres de Tévéché cpii a voisinaient ces églises. L'évéché, ne pou-
vant vendre les terres (jui lui appartenaient, les cédait par
échange avec d'autres immeubles. Au mois d'avril 1002, Helde-
bert donne au même monastère du Mont « Andavon w la moitié
de Tourves, au comté dVVix, qui lui venait, non pas d'une dona-
tion royale, mais de ses père et mère. 11 réserve le château -. Le
7 décembre 10(12 est la dernière date où paraissent ensemble les
deux juges *. Ileldebert doit être mort avant le H janvier 100.*) ^ :
Adalelme souscrit seul, ce jour-là, encore un acte dans Avignon et
disparaît à son tour. L'aîné, Ileldebert, avait épousé, dès 987, une
Teucinde : or, il existe un Ileldebert et son neveu Gontard à
cette époque dans le pays d'Avignon "». Ces noms rappellent la
A<l;ilolnius ol vixor i»jus Hrlillis... in pnj;o Avoniiico in loco... Ingiignnni-
cus . Saint -An(Irt'\ f"^ '22 vi 43'. Polycarpc écrit Ingugnanicus : mais il
faut iv\i\h\\v Jinjmjnanicu,^. Kn janvier 1039 40, BértMigor, fils d^Ailalolme,
(•ô<l«'ra à Saiiil-Aiiflrr co (ju'il a in viU:i (Hgunianica, C'est sans doute
<ji<;ojL:nan. nial^^rc* cclU» U>nninaison iMi -anicus,
1. Mi«rno. I. laT, p. 1U7.
•2. Aviirnon, avril 1002 : « S. KldehtM'ti... lirni. IloMobertus .Vvenionensis
cooK'sia' huniilis cpisoopus f.... Si*;:. Ailalolmi... Vitalis levita, mandante
AMt'Iu'rto jiulici'. sc•rip^il »» ^Jt'i/7. Saint-AntlnK fol. 35 .
3. Arlt'**. 7 <lrcond)ro {(H)2 : u Sijjnum Kldobortus f....Sij:num Adalolmi
f. > ^Montm.. pp. 9s-l(M) . Cf. p. 103.
ï. A\i«:non, 11 janvier 1005 : ^ Sij^^num Adalolmi... >> (Sainl-André, fol.
35 .
5. Monlmajour, pp. 73-75.
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 339
célèbre religieuse arlésienne Teucinde, sœur de Gontatd, prévôt
d'Arles et évéque de Fréjus, tante de Riculfe, évêque de Fréjus
et abbé de Montmajour *. Il est à croire que la femme du juge de
Provence Heldebert était une nièce de cette première Teucinde. A
Texemple de la tante qui avait fondé Montmajour, près d'Arles,
le mari de la nièce fonda le Mont « Andavon », près d'Avignon.
On a dit que les procédés de cession avaient été les mêmes pour
les terrains contigus aux églises. Ce sont le frère et le neveu delà
première Teucinde qui relevèrent le siège de Fréjus absolument
détruit par les Sarrasins. Ce neveu Riculfe vint demander, à
Manosque en 990, au marquis, de doter son évêché renaissant et
le m«irquis se réserva de consulter les juges avant de prendre
une décision. Si Taînédeces juges était le beau-frère de Tévéque
de Fréjus, on conçoit que leur conseil dut être favorable et, de
fait, le marquis concéda la moitié de la cité à Tévêque. Cette
alliance, entre la famille des évêques de Fréjus et la famille des
juges avignonnais, dans la seconde moitié du x*^ siècle, serait le
point de départ des rapports constants qui subsistèrent entre
Fréjus et Avignon jusqu'au xui« siècle : les vicomtes d'Avignon
ne cessèrent de donner des évêques à Fréjus.
Le cadet des deux juges de Provence avignonnais, Ada-
lelme, avait dès 987 épousé une Belielde. Guillaume I®', vicomte
de Marseille et frère de Tévêque de Marseille Honorât (7 oct.
919-31 octobre 977), s'était marié en premières noces avec une
femme de ce nom qui vivait encore le 9 février 984 ^ : de là vint
une fille nommée comme sa mère ^, 11 est possible d'y voir la
femme du juge Adalelme marié dès 987, mais celle-ci avait dû
naître dès 960-970.
1. Arles, 14 août [952] : Teucinde reçoit, de rarchevôque d'Arles Manas-
sès, l'île Saint-Pierre de Montmajour en échange d'autres biens qu'elle lui
donne (Albanès, GalL Christ, noviss, Arles, n® 255). Le comte Doson et le
juge Lambert souscrivent cet acte.
Arles, 17 août 977 : Teucinde donne Tîle de Montmajour aux bénédictins
(Montm.,i)p. 52-53). Riculfe, devenu abbé de Montmajour, mourut à la date
du !««■ mars (Montm., p. 63).
2. Saint-Victor, n'' 70.
3. Ibid., n<> 135.
r
3i0 LA PROVKNCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE
Avant de (juitter les deux juges, il faut noter comme
signilicativc la donation de la moitié de Tourvcs faite en
avril 1002. Ilcldcbert tenait ce domaine de l'héritage de ses
parents : il est diflicile qu'il le tienne à la fois de son père
et de sa mère. Puiscjue son père Bérenger parait dans le pays
d'Avignon dès 902, il est plus naturel de penser que c'est
sa mère dont provenait le domaine sis en pays aixois. Hel-
di'berl n'avait que la moitié de Tourves. Guillaume de Cucuron,
fils du juge Lambert et de Laugarde, y avait également des biens ^;
de même Guibert du Luc *, Guillaume de Château-Renard et sa
femme IJelielde, Guillaume de Rocbaron et sa femme Garsende •^.
Henard, frère cadet du sire de Chàteaurenard, était seigneur
de Chàteauverl •, près de Tourves : tous deux devaient être
apparentés à la famille du juge Lambert, soit par leur grand-
père Lambert Ooon, soit plutôt par leur mère Mathilde qui avait
revu des biens de l^ugarde ^. 11 semble donc que Tour\'es, dans
le comté d'Aix, provînt des ascendants du juge de Provence
Lambert, dont le (ils en possédera encore une ])artieavec Cucu-
ron. Une moitié en aurait passé, par le mariage du juge Bérenger
avec une s(eur ilu juge Lambert, ou par toute autre alliance,
dans la famille des juges d'Avignon. Une autre part serait par-
venue aux ChîUeaurenard, de la même manière, avec Châteauvert.
Knfin, pour compléter, Guillaume de Châteaurenard épousa une
femme du nom de Belielde ^\ comme le faisait son propre oncle
Henard ' : ce double mariage pourrait être celui de la mère et de
la fille, mais la mère ne peut être la veuve d'Adalelme, juge de
Provence qui vivait encore en 100.").
Après la mort des deux juges Ileldebert et Adalelme, c est
Bérenger, lils du cadet, qui hérite de ce titre. Il le porte jus-
1. Saint-Vicior, n° W'ii,
'2. ïhid.^ Il» 322.
\\. IU(L, n" 32r».
i. Moulin., p. 1 W.
:i. ihid., pp. \n-n,
r». 1002 [Saint-Victor, n» o40).
7. 13 mai 1004 (Monlni., p. 76).
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 3il
qu'en 1040, mais d'une manière de plus en plus intermittente;
car, en raison d'une évolution qui touchait alors à son terme,
la prééminence du judex dans la caria, sur les « bons hommes »
qui l'assistaient, s'était évanouie peu à peu. Maintenant, la cour
comtale se trouve composée féodalement de tous les vassaux
directs qui, par leur contrat de fief, jouissent à ce point de vue
de la parité. Le juge privilégié du droit administratif gallo-
romain disparait au milieu des pairs. Cette disparition fînale se
constate ainsi en Provence au début du second tiers du
XI*' siècle * : elle coïncide avec le moment où la centralisation du
pays, obtenue un demi-siècle plus tôt par son organisation en
marche et sa soumission à un seul marquis, tendait à se relâ-
cher de plus en plus. Les comtes ne tarderont pas à se partager
le titre de marquis 2 et h recevoir le nom de leur résidence habi-
tuelle. Puisqu'il n'y a plus de chef partout obéi, puisque les
comtes de Provence ne sont plus, en réalité, que des comtes
d'Avignon, des comtes d'Arles, des comtes de Diois, des comtes
de Venaissin, des comtes de Nice, on ne voit pas pourquoi
subsisteraient les juges de Provence dont le rôle était d'as-
sister le marquis de Provence, pour toute l'étendue du pays,
dans Arles capitale de la marche. Cette disparition de l'autorité
centrale n'allait pas d'ailleurs sans regrets pour ceux qui en
sentaient l'utilité -^ : désormais, la marche se décentralise en
trois ou quatre groupements régionaux *.
1. Le 12 avril [1033-1036], le comte Bertrand nomme encore le juge
Bérenger(Monlm., pp. 137-138). Les plaids généraux du 19 mai 1037(C/ufiy,
29I61 et de 1014 (SaiVi/- ViWor, 6ri9), (jui ne se tiennent plus à Arles, ne
mentionnent plus les juges. En 1044, le mùme comte Bertrand, s'adressant
à toute la hiérarchie qui lui est soumise, nomme seulement les vicomtes,
les viguiers, les fidèles, c'est-à-dire les vassaux directs, et tous les autres
fiscales, c'est-à-dire les ofQcicrs ou vassaux de rang inférieur.
2. Ce sont Bertrand et Geoffroy qui se partagent pour la première fois le
titre prééminent de marquis en 1048 : ego Gosfredus et Bertrannus frater meus
utrique Provinciales marchiones sive comités (Saint- Victor, 737). Les fils de
Bertrand en décembre 1061, dans Avignon même, seront qualifiés : comités
Avinionenses {Saint-André, fol. 31). Geoffroy sera ditcomes Arclatensium,
3. 1067 : a tune tcmporis non erat dux neque marchio quirectam justi-
ciam faceret » (Montm., p. 179).
4. Le juge Martin qui, au dernier rang de Tassistance, souscrit une dona-
3i2 LA PRO\'E>'CE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE
A cette cause de désunion de la marche, il faut ajouter que,
si Ton excepte les juifs, lesminorités de races différentes perdent
alors Tusaffede leurs lois propres, ou y renoncent. Tous les habi-
tants de la Provence seront désormais soumis au droit romain ;
les barbares, qui provenaient des invasions, sont absorbés à ce
point de vue par la majorité de souche gallo-romaine. Les justi-
ciables n'ont donc plus besoin de juges qui leur soient particu-
liers selon le droit qu'ils professent.
La Provence, dans Tancien regnum Lotharii^ se trouvait placée
entre la Bourgogne et Tltalie : cette disparition des juges et des
scabins parait avoir été un peu plus rapide en Bourgogne et moins
rapide en Italie ^
lion fait*» à Saint-Viclor et à Sainl-Zacharie dans le diocèse de Marseille
vers 1070, n'est cerlainomoni pas un ju^ de Provence. On peut voir en lui un
jng<» dépondant de labbayo (\o Saint-Victor. Quant au juge Otton, qui figure
da.is Api au déhul du xir siècle, ce pourrait être un juge de Téglise d'Apt.
Vers 1080, une notice détaillée et du plus haut intérêt montre comment la
justice se rendait : lesjuj^^esdu plaid comtal n*étaient autres que les cheva-
liers présents à l'assemblée ou appelés par le comte. Ces chevaliers étaient
ses vassaux iSnini-Virior, n*» 1089).
1. Pour la Hourgogne, voir en particulier les plaids comtaux que con-
servent les chartes de (jluny.
Vienne avril 870 : « placitum... in Vienna civitale, in mallo publiée
ante inlusler vir (ievrardo comité, seu domni patri Adoni archiepiscopi
et Aiigilbotone vicecomiteet judiceset vicariis. ., » [Cluny, n®15).
28 mars i?; \)ï'.\ : « (Ihuonradus rex... in pago Vienncnsc... Ilumbertus
pni'sens fnitac omnes vassi dominici majores et minon^s.,. >» ^//*i(/., no622'.
28 mars Oti : « ante... domni Hugonis gloriosissimi raarchionis.,.S. Huf^
nis comitis et marchionis. S. Ademari vicecomitis. S. Leolaldi comitis. S.
Caroli comitis. S. Vuilelmi comitis. S. Otgerii. S. Umberti. S. Girardi. S.
Artnrdi. S. Soboiiis >. (//wV/., n" O.'ifi). 11 s'agit du vicomtede Lyon, des comtes
d(» Maçonnais, de ViiMinois et de Forez.
Mâcoii, 12 févriiM* et 2 avril 951 : <« apud Matisconum.,. ante presentiam
domni Leotaldi comitis vel fidelibus suis Vualterium vicccomitem Ralhe,
rium et (iommim Holbertum,Teodulfum, Gausbertum etscabineis Berreum-
Hayinhertnm cum céleris residentibns... » (Ihid., 799).
(ihalon, juin 9.*):*» : <« cum resetisset Hotbertus vicecomis in Cabilon... in
mallo |)ublico... dante (iislebert vicecomis cum illis cscabincis a Sessanaro
et Aimono vicario et Ttulclrio et Adalo et Arembert et aliis coteris pluris
bonis ominibus... S. llotbert vicecomis. S. Aimono vicario. Utaldrico. Ales-
sandro». [lltid.^ n°979).
i octobre 9r>7 : «< ante presentiam domni Leotaldi principis et fidelibus
suis, Albericum filium ejus, Vualterium vicecomitum... » (lbid,jVi9 1037).
\
LA HIÉRARCnrE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 343
Dans le Viennois, en 870, les juges voulus par la loi romaine
composaient la cour du comte entre le vicomte et les viguiers.
Mais, dès 943, la cour ne parait plus se composer que des vas-
saux en général. De même pour le Lyonnais en 944. A Mâcon, on
ne voit pas de juges : ce sont les scabinsqui prédominent : ils com-
posent la cour, entre le vicomte et les « bons hommes », jusqu'en
961 et, vraisemblablement, jusqu'en 972. Dès 1019, ce sont les
vassaux qui tiennent leur place. Cette prédominance et cette persis-
tance des scabins à Mâcon, à Tencontre de Vienne et de Lyon,
s*explique peut-être par le fait que le comte palatin de Bourgogne
y résidait alors. Un acte tardif de cette région donne cependant
la souscription d'un juge nommé Aymon : on peut être assuré
que ce n'est pas un juge comtal, mais probablement un juge qui
tenait son pouvoirde Tabbé de Cluny. Les scabins de Bourgogne,
à Maçon, disparaissent donc trois quarts de siècle, environ, avant
les juges de Provence à Arles, quand les juges de Vienne et de
Lyon n'existaient eux-mêmes déjà plus. Par contre, dans la
marche d'Espagne et en Italie, la disparition des juges, au milieu
des vassaux pairs, parait avoir été plus tardive qu'en Provence.
Aussi, ce sont les comtes de Barcelone qui, les premiers,* réta-
bliront les juges comtaux en Provence.
MAcon, 20 août 960 : « anle prescntiam domiii Albcrici comitis et fideli-
bus suis Vuallerium vicocomilcm... cum ccteris plurcs... » (Ibid.^ n° 1087).
Mâcon. 16 janvier 961 : » in niallohubi sedunt missi domni Lootaldi comi-
tis cum filio suo An)erico. Vuallerius vicecomes, Ilumbertus. . cum céle-
ris... » {Ibid., n° 1100).
l*"juin 964 : « in mallo... domni Alberici comitis et Nardoini vicecomitis
et Vuichardum et Roclenum et Teotbertum et aliis escabineis et bonis
ominibus is residentibus » (Ibid., n°1170).
14 novembre 972 : « ...in pago Matisconense... Actum Busiajço villa... S.
Seyvert scapineo... » (Ibid., n® 1327).
[Vers 1000] : « apud villam Draciacum... anle presentiam Artoldi atque
fidelium suorum... » {Ibld,, n° 2527).
Màcon, 17 octobre 1019 : « apud Matiscensem urbem... in consp.ectu
dunni Ottonis supradicte urbis preclari comitis, Gausleni quoque ejusdem
civilalis summipresulis... ubi... etiamviri nobiles plurimi » f//)«(/.,n°2719).
Cf. n° 2980 (vei-s 1049).
[1049-1109], en Maçonnais : « S. Aymonis judicis» (Ibid,, n« 3210). '
311 LA PR0VEV:K du PRRMIIOI au XII* SIÈCLE
Cette disparition des juges se produit d^autant plus tôt que Tem-
preinte de Rome a été moins forte; elle est amenée par les pro-
grès du régime féodal qui se substituait aux traditions adminis-
tratives de l'Empire.
II
LcH vicomtes des cités de la région dl' Avignon
[916-1 195).
^ l*'^ — Boson comte de Vaison et Hugues vicomte dWvi-
gnon (916).
Dès le 2 juillet 815, un plaid est présidé par Robert, « vicaire
du comte Adalbert », à Caderot *, dans le diocèse d'Arles. L'em-
ploi de ce suppléant était d autant plus nécessaire au comte qu'il
avait sans doute plusieurs cités soumises à son autorité. Pour ne
pas confondre le vicaire, attaché au comte, avec les simples
viguiers runiux, le langage ne tarda pas à créer le nom de
vicomte, afin de le désigner clairement. Le premier vicomte dont
l'existence se constate dans la cité d'Avignon est Hugues qui,
le 2 mai 9I(>, souscrit le testament de Tévêque Fouquier. Trois
évècpies entourent le testateur, puis le comte Boson et quatre
notables, parents probablement de Fouquier. Enfin, le vicomte
Hugues figure en tête de cinq autres témoins requis avec lui ^.
La nin^té des actes de la première moitié du x® siècle ne permet
pas de dire cpiels autres vicomtes se succédèrent à Avignon
jus({u'à lîi mort du roi de Lombardie Hugues.
A partir de l'incorpora lion de la Provence au royaume de
Bourgogne, on est un peu mieux renseigné. Ce changement de
I*oiirla marcho <rKspapiu\ voir 25 avril 1031 [Saint- Victor^ 1045) ; 28 avril
lOV.i [lhi(L, lOîiO). — Pour le comté de Pi*ovence, sous Tinfluence de la
iiiainoiide Barcelone, voir | vers lllOj: .« judi<*averunt namque judices cons-
tilutia eoiiiile Harrhiiione Haiiiuindo » {Ibid., n« 80i). Cf. Montm., p. 246
(liliO) ; i>|,. 2V0-2i7 (IKU) ; p. -iiil (1103'.
!• Saint-Victor^ ii» 20. — Caderot, comm. de Berre.
2. H Sigiuiin Ujçone vioftcomitc teste » (Vaucluse, G, 119, f» 39).
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 3i5
régime amena une nouvelle maison comtale à gouverner le pays :
de même, durent changer les familles chargées des fonctions
vicomtales. 11 est même probable que ces familles durent venir
du dehors, c'est-à-dire du Viennois ou de la Bourgogne, à
l'exemple de la maison comtale nouvelle.
§ 2. — Guillaume et Boson comtes d'Avignon ^ Nivion vicomte
de Cavaillon [949-966).
Depuis 949 et l'installation des deux fils de Roubaud en Provence
jusqu'en 979 (?) et à la création de la marche en faveur de leur mai-
son, pendant que l'un est comte dans Avignon, l'autre est comte
dans Arles. Tout fait penser que chacun de ces deux comtes fut
assisté d'un vicomte. Et, comme les biens du fisc dépendaient
encore directement du roi, ce dut être sur le domaine souverain
que fut prélevée la dotation de chaque comté, aussi bien que
celle de chaque vicomte nouvellement créé. Au sud de la Durance,
dès le 18 août [930], un précepte royal affecte une part du
«comté » de Marseille à Arlulf * et cet Arlulf, sans doute d'origine
viennoise, est la souche de la puissante maison des vicomtes de
Marseille. Chaque « évêché », ou mense épiscopale, pouvait se
trouver composé, non seulement de biens sis dans le diocèse
auquel il correspondait, mais aussi, accessoirement, d'un cer-
tain nombre d'autres biens sis dans les autres diocèses plus ou
moins voisins. De même, chaque « royaume)), en désignant ainsi
le domaine personnel de chaque souverain, chaque « comté )),
ou domaine affecté à la dotation d'un comte, pouvait se trouver
composé, non seulement de biens sis dans la circonscription du
royaume ou du comté en question, mais aussi, accessoirement.
1. 18 août [950] : u qaidam homo... Arlulfus pctiit... in curtc de Tresia
que est pertinens ex comitatu Marsiliacense et jacet in comilalu Aquense,
cum omnibus... qui inibi pertinent de comitatu Marsilia^cum (urre, omnia...
de noslro jure et potestate in illius tradimus domina tione » (Saint-Victor^
1041).
346 IJl PROVENCE DC PREMIER AIT XII* SIÈCLE
d'un certain nombre de biens sis dans les royaumes oa les comtés
voisins K C'est ainsi que les immeubles, dépendant de la mense
comtale de Marseille et placés par le précepte de 930 sous la domi-
nation du vicomte de Marseille, se trouvent situés dans la circons-
cription du comté d'Aix. Cela n'eropéche pas, en principe, qu'il
puisse y avoir une mense comtale d*Aix, exactement comme il y
en a une de Marseille, et, par conséquent, un comte ou un vicomte
d'Aix pour jouir de cette mense d*Aix, comme il y a un comte
ou un vicomte de Marseille pour jouir de celle de Marseille.
Mais, en fait, il faut bien convenir que plus Fexpansion d'une
mense personnelle est forte, au delà des frontières de la circons-
cription où son titulaire est fixé, plus il y a d'apparence que
l'autorité de ce titulaire s'étend également dans les circonscrip-
tions où sa mense rayonne. Le domaine du comté de Marseille
avait ainsi des dépendances dans le territoire du comté d*Aixau
x** siècle ; il en avait eu à la fin du ix* siècle dans le territoire du
comté de Frtjus. C'est un précepte de Carloman qui l'indique ^.
Aucun document n'indique, par contre, des dépendances des
comtés de Fréjus ou d'Aix dans le territoire du comté de
Marseille. De plus, s'il y a eu à Marseille des patrices et si,
depuis le milieu du x' siècle, les comtes d'Arles y ont de
puis.sants vicomtes, rien n'indique qu'il y ait eu des comtes rési-
diintjusqu'alorsdans Aixou dans Fréjus. Dans Aix, il n'y a même
jamais eu de vicomtes : si on en installe plus tard à Fréjus, rien
n'empêche que ce soit au détriment de ceux de Marseille et ces
vicomtes ne jetteront pas beaucoup d'éclat. La conclusion qui
s'impose, c'est que, quand on constate l'expansion d'une mense
comtale hors du comté où réside son titulaire, c'est une présomp-
tion (|iie son autorité s'étend également sur les comtés voisins
où cette expansion se produit. Cette présomption est d'autant
plus forte que l'exjiansion de ces comtés voisins est nulle dans
t. «< Hos hujus irj^nii (\mv in illo habobantur regno • (Flodoard, //«/.
ceci.. Hem., lib. III, c. 20. — Mon. German. hisl. Script,, Xlïl, p. 540).
2. 2 fôvrirr SHV : « villani Cilianuiii... oxcomilatu Massiliensi in comitalu
Korojulionsi silani » (Sain/- Tic/or, 9).
LA IIIÉKARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 347
celui qui parait prédominer. En particulier, des préceptes de
88i et de 930, on tire la présomption que ràutorité des vicomtes
de Marseille, soumis aux comtes d'Arles, s'étendait avec la leur,
non seulement sur le territoire du comté de Marseille, mais
encore au sud de la Durance sur ceux d'Aix et de Fréjus, dans
la période comprise entre 950 et 980. Les faits ne manquent
pas qui montrent, d'ailleurs, cette présomption fondée.
Il est intéressant de voirque les vicomtes destinés à assister les
comtes d'Arles sur la rive gauche et créés en 949 n'ont pas été
établi dans Arles même. Ils l'ont été à Marseille, dans une cité
voisine, et il est probable que leur dotation s'est trouvée com-
posée, par le roi, de tout le « comté » ou mense comtale de Mar-
seille. Leur puissance est telle que cette cité parait être bien à
eux dès le début et pour longtemps : l'évêché entre dans leur
famille dès le début, comme la vicomte, et il y restera jusqu'au
temps de Grégoire VIP.
Ces constatations, faites pour les vicomtes dépendant des
comtes d'Arles, de 949 à 979, permettent d'interpréter plus aisé-
ment les rares documents qui concernent à cette époque les
vicomtes dépendant des comtes d'Avignon.
Pour des raisons pareilles à celles qui viennent d'être exposées,
il y a lieu de présumer que, à l'époque de Louis l'Aveugle, le
comte Boson, dont dépendait Avignon, résidait à Vaison*' : par
conséquent, il serait tout naturel que le vicomte Hugues, connu par
le testament du 2 mai 916, résidât personnellement dans Avignon.
Les souscriptions des trois évêques Rainaud, Gontier et Henard
1. Honorât, fils d'Arlulf, est évoque de Marseille du 7 octobre l949],
(Monlin., pp. 25-27) au 6 février [978-981] (Ga//. norisn., Marseille, n" 69;
Sainl-Vict., 23). Pons, polit-fils d'Arlulf, le fut du 6 mars [978-981 J [Saint-
Vict.y 72) au 30 mars 1015 (Gall. noviss,, Marseille, n» 83). Pons II, son
arrièro-petit-fils, jusqu'au 18 février 1073 [Ibid,^ u° 131).
2. [25mars-22 juin] 898/7: « ({uemdam mansum de comitalu Vasensi con-
sistonlom in comitatu Aviniononsi in villis... Tresmalis, Villanova et Bitur-
rita » (Bouquet, t. IX, p. 680, n° VII).
[18 avril-25 décembre] 903 : « quicquid de comitatu Vasensi in comitatu
Aviniononsi in villulis... Fontanas... in Villanova... Tresmales et Pipargo..
Bisturrita... » {Ibid., pp. 681-682, n» Xj.
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lï - ir : t -. .t : :.• i: ^^ _n - -_-* :,* ^i • rij-i* ■ . Os* unr* tiiji* çtuttc^
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;*., ;-> î-«: ;•♦• um. :;s«
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME. FÉODAL 349
Ces enfants, qui passeront également sur la rive gauche^ ne
manqueront pas de rappeler la qualité de leur père, comme
un titre de gloire, et les moines de Saint- Victor qui recevront
leurs donations la transcriront sans sourciller LDans cette géné-
ration d'évêques provençaux, au début du xi® siècle, il en est qui
n'avaient pas d'éloignement personnel pour le mariage ou pour
son équivalent : Pierre, évéque de Sisteron, en est la preuve
comme son collègue de Cavaillon. Les papes Jean XII (16 décem-
bre 955, f 14 mai 964) et Benoît IX (1032-1046) faisaient école:
mais déjà les moines de Cluny criaient au scandale et aidaient
à changer ces mœurs.
Cavaillon était voisin d'Avignon comme Marseille d'Arles :
puisque les vicomtes de Marseille fournissaient à Marseille
ses évêques, il est bien permis de penser que les vicomtes
de la rive droite avaient la possibilité d'en faire autant dans la
cité voisine d'Avignon où ils résidaient. Bref, tout invite à croire
que le comte d'Avignon était doublé, sur la rive droite, depuis
949, d'un vicomte résidant à Cavaillon et muni de la mense com-
tale de Cavaillon. On a vu que la mense comtale de Marseille
débordait, rive gauche, sur les territoires d'Aix et de Fréjus. Ici,
sur la rive droite, on voit que le vicomte possédait Pertuis dans
la partie du comté d'Aix placée au nord de la Durance. Un siècle
encore après Témigration de ses descendants, un acte rappellera
ces dépendances du « comté » d'Avignon dans le diocèse d'Aix,
versCadenet^. Il est possible que, rive droite, l'autorité du vicomte
de Cavaillon, soumise à celle du comté d'Avignon, s'étendît sur
la partie du comté d'Aix placée au nord de la Durance et, par
conséquent, très probablement aussi, sur les comtés d'Apt et Car-
pentras, sans préjudice d'une plus grande étendue encore possible.
1. 1011 {Saint-Victor, 336. — [Vers 1012] {Ibid., 339). — 1" avril 1017
(Ihid., 359). — 1042 (Ibid., 368). — 1044 [Ibid., 370). — 2 juin 1074 (Ibid.,
341). — Cf. n«» 340, 345, 347, 349.
Le baron du Roure sVst occupé de cette famille dans sa Notice historique
sur une branche de la famille de Sabran. Marseille, Moullot, 1888. in-4.
2. Juillet 1076 : « in comitalu Avinionensi, in episcopatu Aquensi, in ter.
minio de Très laminas, ecclesia... beati Marcellini, in loco... Salcta... in ter-
ritorio de Alineu... » (Sainte Victor, u» 284).
f
350 L4 PROVENCE DU PREMIEK AU XII^ SIÈCLE
Le nom du vicomte Nivion de 962 rappelle la Boulogne, comme
celui dWrlulf rappelle le Viennois, comme celui de Roubaod le
Maçonnais et l'Auvergne. S'il a été, comme eux, installé parle
n^i de Bourgog'ne C-onrad en 949, cela est tout naturel. Mais, à
la dilTérence dWrlulf qui fonda dans Marseille, sous la domina-
tion des comtes d'Arles, une puissante dynastie, le vicomte
de Cavaillon et ses descendants n'ont pas laissé de traces
nombnnises ni persistantes dans la région de Cavaillon. On a dit
que le marquis Guillaume déclare en 979 avoir reçu Pertuis de lui
ou de son tils. En i(>08*, Engelran, frère de celui-ci, donne des
hiens de Siùnt-Véran à Téglise Saint-Marcel sur la Soi^e, rui-
née parles barbares. Labbesse Berte, sur la demande de l'évêque,
y installe trois de ses religieuses qui professaient la règle de
saint C'.ésaire. Il n'est pas surprenant que la fidèle Algude ne
paraisse pas à cet acte, du à la sollicitude épiscopale d*Engelran:
mais ce n'est pas Nivion, c'est le vicomte Isnard qui approuve
Tacte, apK»s les chanoines de Cavaillon et l'archevêque d'Arles,
Ponsde Marignane. Ce vicomte est entouré par Rostaingd'Oppède,
Silvy de S;uimane, Eldegier de CouKhézon et, accessoirement,
Uostaing d'Auribeau. Forcément. Isnard est vicomte de Cavaillon:
il faut que ce soit un frère ignoré jusqu'ici du Nivion, connu de
979 à l(Mt>. Plus tard, les vicomtes Hainaud, Guillaume et Leu-
fivv. avec l'illustre comte Cuillaume, confirment cet acte. Il s'agit
du comte Guillaume, mari de Gerberge, qui résidait dans Avi-
gnon et mourut en 1018 : d'autre part, ce <îonl les trois fils du
vicomte Nivion, mari de Theucinde, lequel vivait encore en 1016.
Cette confirmation date donc de 1017 ou du décret de 1018 au
plus tard : siuis doute, le vicomte Isnard n'avait pas laissé d'en-
fants. Successivement, cette donation de 1(W8 fut confirmée par
les évéques qui siegt*rent à Oi va il Ion jusqu'au xu^ siècle, c'e.st-à-
dire par Clément. Houx. Didier, Bertrand, Pierre Amie. A ces
1 . liH>S Arch. lio Vauoliis<\ K., duché do Canion>usse' . Voir, en appendice,
le toxto de oot aolo inUMV»;uU, trouvé el siïrnalé lK*s obligeamment par
M. huhamoK archi\i>to do V;uichiso, qui ji ou. récemment, le mérited'enri-
chir so> aixhi>os du foiivis ini(x>r(ant do ce duché.
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 351
confirmations successives ne paraissent plus de vicomtes. Les
descendants de Nivion étaient alors retirés dans leurs terres de
Garéoult et de la Garde.
§ 3. — Roubaud comte cT Avignon et Brémond vicomte
dWvignon {976).
Le l*^*" avril 976, les successeurs des comtes d'Avignon, c'est-
à-dire Guillaume comte d'Arles et son aîné Boson qui, désor-
mais, sera comte d'Avignon, souscrivent un acte de Tévéque
d'Avignon Landry, en faveur de son chapitre. Entre les sous-
criptions comtales et celles des juges de Provence figure celle
d'un vicomte. 11 s'appelle Brémond * : les évêques Gualchaud
de Cavaillon et Sylvestre d'Aix souscrivent également. Ce
nom de Brémond rappelle celui du comte qui parait avec
Tarchevéque de Narbonne Géraud et le comte Amalric.
frère de celui-ci, au milieu du x*' siècle 2. Amalric et Géraud
étaient les neveux d'Ameil, évêque d'Uzès, qui le 17 septembre
903, avait reçu de Louis l'Aveugle le domaine de Saint-Rémy,
au comté d'Avignon, et qui, en juin 910, paraissait avec son frère
Rainaud, sa belle-sœur Agilburge ^. Brémond et Amalric, en
919, étaient les frères de Landoin qui donnait le domaine de
Lirac, sur la rive droite du Rhône, à l'église d'Avignon*. Il est
assez délicat de dire si le Brémond choisi comme vicomte, en
dehors des vicomtes de Cavaillon, par le nouveau comte d'Avi-
gnon, doit appartenir à l'une de ces familles qui dominaient le
pays d'Uzès. Certains indices tendraient à le faire croire. Tout
d'abord, la première femme de Guillaume comte d'Arles
vivait encore en 976^. Or, cette comtesse était d'origine langue-
1. Aviffiioii, 1*'*' avril 970 : « Bcrmundus vicecomis finnavit » (Vauclusc,
Cf., Chap. métrop., n^ 27 prov., f® 20).
2. Saiut-Saturnin, août 948 iClamj, 724). - Uzùs [9:il-9ri21 (//>iV/., n» 817).
3. Lyon, 17 septembre 903 (Bouciuet, IX, p. 082). — Juin [910] {Cart, de
Gellone, n'> 279; cf. n» 281).
4. Saint-Laurent-des-Arbres, 919 (Vauclusc G. 257, f* 1).
5. Arles, avril 970 {Saint-Vici., :;98). — Arles, 17 avril 979 {Saint-Vict,,
1042. — Juin 979 (Montm., pp. 50-57). Le2 janvier 981 (5ai/i/- Vie/., 054). elle
était sans doute déjà morte.
Sriiî LA r!sO\X.\Œ M' PRCMIDl aV XII* SIÈCLE
dcviinne ri dt»v.iît favoriser ses compiatrioles. En second lieu,
Irt-s i>î l'.îr.iîr.'phe du trrritoire d'Avûrnon et on voit que les
doi;:tti::r> li- ^1'* ---lî t-n nii'jxirl avei Avûnion. Enfin, dans Mi-
f n îi n->:-. ::; vi-. s :r.«.v< d":nflucnce de IT'zt-jre qui. tout en
ivuxi-; >\ x-y.; ys: : >:::îjiîrmvnt jmt le voisinaire, paraissent
iif.ï <;::»:•'--..- !.i ntvv^>-:r de lintluenee au moins momen-
t.ti.i- s".;r A>:ir:î-':i vi un p-.rsonnac^ uriçiiMiire d'I'zc-s. La
vi. li.i: .:: il Vl^^.A ï".-. ;v'>>t-f .i Sa iat- La urenl-des- Arbres : or il
i \.s:,i:: .:.:.> \x i^v. :; \i v AS'^i^ r de tilles. sc*us le vocable de saint
1 .uri:.:. ou: ;. .jr..-..: ., .- \ •. .\l»3c Ir tiirtr de siaint Thêodoret.Ce
:.îri ti. .: ,.■.>.:. .:-. " t^l:<:: t:r Chàte^uDeuf-Calcemier et saint
T:.;.v!.--. : ::..: 1. ;.^.:-.:. .iu i >v-.-<c d'I'it-s -. Il est donc pro-
":..-■ 1-. . \;i . , : ":v.; -. -: S.-.:.:-K-urtr.:. voir.îrie l'eirlise de Château-
; u:. .:. .: ^ :. ;:v.: . :. .. -.::. t^•^^■-r .tî à un vicomte originaire
.il:-. > « •:. :.: >...: :v. '.:.-. u:-.ur^ r*:.'r-.:î j*as s: l'evèque Landry,
.: ..: .; X :. . V.:: :^:::v. :..: -. ->.-.: 1 -swlr en VTt*. pourrait se rat-
:..:-: ..:... .'.> 1 :. : .:•. -. ; Brt r.:ï:od de Î*!V. Le mieux est
. . .. r;>.;' .V i,-^ . ....-.-. .»-.-. .-. .-.: e^tri. Cr cu'i: v à de cer-
. .^ . . :^■. -: I . . : • ..:..: rcr.-.rCiî^r des V•T^- : quant
. -. ^ . •..'.; :-*:'■ ...1 ... . T.: T. :.i T. :". î n ^ iiiz SA Sr..u3^r:plion à
....:. > i ., .i. ".;•.-.:.. ; ^ -.'.. ^: .".r \. ->. ^ i lJ J-ïl GuÂiCÎlAud. danS
A^ ..:. . -.-.... r"* - .. . >,->:z^-: d- vV-aQîe Guillaume.
...>.:•....-. \ \ . ; ,!. \^ .c .: .li-:-.;:^ i= SAùZÎ-Veraa a Wiu-
. .,>- '. ..^ ^ .- • , ...: ..\ ;; -.■....-> .".-. r'T*- s *■ rï-:rw-«:;veiiî. sjiuf lui.
. v. .. : ...>•.-.:.:; , : ^^i . î-:l:: sî.r: &insi que
. : ^ ...... . - > . >^> .',:> : -. .. .>. .*=•> "Z-iKiLls jc ie r>rnipla-
. ::\ . ... > -....: . -, > -:•.•;. r.Iii..:r^: .^i-r.s les ^-iCi>nites
^: i.-, ..■> .': ^.: . .. •,;■. ;^ :\ .. -. , "^ . ^>î*. .K Vî*.2s»:«2i i* Sfibran.
" ■ ■ : .■: \l 'f ;■. -'I :ii.X*:'<«* . Vif*.
; ; • ^ ^ ■-:■;. "."^ :-UR«i(f ivf«r .x'j-te
- ^ - ■ : - i« •.- :r?».- ", :*i^'Lif'r:?o?^ .. fr^- :.•:■?.-
■^ - '.■*..■.•:• .• »n; ;.r> ".":-i"L^-I.?->.
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LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 353
§ 4. — Les vicomtes (F Avignon de U rive gauche seigneurs de
Mézoargues {1004-1150).
L'éloignement du vicomte Brémoad coïncide avec Térection
de la marche en' faveur du comte Guillaume d'Arles : du
vivant de ce premier marquis qu'on reconnaissait comme le prince
de toute la Provence*, en qui Tévêque de Fréjus saluait le vain-
queur des Sarrasins ^ et que les générations suivantes vénére-
ront comme le Père de la patrie •'*, seuls, semblent subsister,
sur la rive gauche du Rhône, les vicomtes de Marseille^ et ceux
de Cavaillon. Résidant d'habitude dans Avignon, sans doute le
marquis trouvait un vicomte pour cette cité inutile. Sur la rive
gauche de la Durance, son frère le comte Roubaud dans Arles
et les vicomtes de Marseille sufGsaient ; sur la rive droite de la
Durance, les vicomtes de Cavaillon assistaient suffisamment Guil-
laume. Le marquis étant mort peu après le 29 août 993^, lasitua-
tionchangea. De sa première femme Arsinde, ilne laissait, semble-
t-il, pas d'enfants ; de la seconde, Alix, il tenait une fille et
un fils en bas âge. En effet, il ne s'était marié avec Alix
qu'en 98i au plus tôt : la fille. Constance, parait avoir même été
l'aînée de ses deux enfants, car elle épouse le roi de France Robert
vers 1002. Le fils, nommé Guillaume comme son père, ne
parait marié que dix ans plus tard. Le comte Roubaud, qui sur-
vivait ù son frère cadet, succédait à son titre de marquis et on le
rencontre soit dans Arles, soit dans Nice. Pendant ce temps, la
veuve, Alix, continuait de demeurer dans le pays d'Avignon.
Avec un conte en bas âge, la réapparition d'un vicomte dans
Avignon s'imposait.
Les deux frères Ileldebert et Adalelme, juges de Provence,
1. 4 août 991 (Car/. f/'i4/>/, n»3 .
2. Manosque, janvier 990 (Montni., pp. C0-<)8i.
3. CUmy, n" 2860.
4. 9 février 984 (Saint-Vicl., 70).
:;. 28 août [993] (Cluny, ir» 1837). — 29 août 993 (Ciard, H. KM,'.
Mëm. et Doc. de VÉcole des Charles. — VU. 23
t
351 LA PR0VE5CE Dt PREMIER AU XII* SIÈCLE
semblent tout d'abord en avoir tenu lieu, leur vie durant : an
mois d'avril 1002, Tainé, Heldebert, fait au monastère voisin de
Saint-André une libéralité importante qui a toutes les allures d*uji
acte testamentaire. Cet acte est conGrmé par Tévèque d'Avignon,
qui est son homonyme et qui pourrait éireson(ils,parla comtesse
Alix et le (ils de cette comtesse encore en tutelle, par son frère
Adalelme ^ Le premier acte, qui ensuite soit passé dans Avignon
et qui soit conservé, est du 1 1 janvier 1005 : il émane de la comtesse
Alix, assistée de son fils, et elle effectue la tradition au ménie
monastère d'immeubles contestés en remettant à Tabbé une petite
pierre que celui-ci dut précieusement serrer sous son froc. Cet
iicte symbolique se passe devant l'évéque Heldebert, le vicomte
Auphant et Adalelme -. Ainsi, c'est Auphant qui remplace le
juge Heldebert : comme l'évéque Heldebert, ce pourrait être le
fils de ce juge. Il pourrait, également et même mieux, être le fils
du vicomte Brémond de 976 ; en tout cas, il ne résidait pas dans
Avignon même. Le centre de ses possessions se trouvait dans
la partie du diocèse placée sur la rive droite du Rhône et sur la
rive gauche de la Durance, aux portes de Tarascon. C'est le juge
Adadelme qui reste dans la cité. Par suite, les documents propre-
ment urbains, qui se sont conservés, ne font plus mention du
vicomte. Auphant avait pris pour femme Laugarde 3, sans doute
fille de Lambert le juge qui est la souche de la famille de Cucuron.
Cette Laugarde avait reçu en dot des biens à Montjustin, à côté
de Reillane. En raison de ce voisinage et peut-être également
d'une parenté plus ancienne, il ne faut pas être surpris si deux des
fils qu'elle aura, introduiront dans la famille d* Auphant les noms
(le Boniface et de Laugier, qui proviennent des Reillane. Le
1. Avi^Mion, iivril 1(H)2 :*« S. Eldoberli (|ui islam donationeni fecil el les-
lii)us lirniari ro^nvil, mnnii sua firinavil. llcldobertus Aven ionen sis eccle-
siir huinilis cpiscopus firmavit. S. Adalax comitissœ et filii ejus Willelmi
roinilis. Sig. Adaleliiii. Carbonolli.... >» (Cart. Saint-André, f® 35).
2. Avijjnon, 11 janvier 1005 : «* oj2fo Adalax humilis comitissa et Glius
mens Willolmus coiiu's.., acceplo pusillo lapide, indc guirpilionem faciens
and» prn»scntiam virorum nobilium id est domni Heldeberti episcopi, Ele-
fanli vicoconulis... Aclum Aveniono... Sipniim Adalelmi... Domnus Helde-
borlus humilis episcopus firmavil... » Ibid., f*> 3."i).
3. Saint' Victor, 1071.
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 355
vicomte Auphant mourut avant 1037. A cette date parait son
fils Hostaing ^ En janvier iOU, les deux comtes d'Avignon
Geoffroy et Bertrand donnent à Saint-André, du conseil de leurs
fidèles les vicomtes Rostaing, Amalric, Guillaume, Boniface et
Laugier, la moitié de Meynargue, village voisin du monastère, que
les chevaliers de Tavel tenaient pour ces vicomtes. En échange, les
vicomtes reçoivent le domaine de Saint- Julien, près le Mont Mace-
rium, et les chevaliers, des maisons avec des vignes, en dédomma-
gement 2. L'acte de 1040, auquel assistent Amalric, Guillaume et
Boniface, en compagnie des vicomtes de Marseille et des Reillane,
prouve bien que les vicomtes de 1041 étaient les fils d' Au-
phant. En avril 1053, ce sont Guillaume, Boniface et Lau-
gier, également en compagnie des Reillane, et ce dernier
acte est encore plus explicite ^. Dans un acte du 15 février
1059/60, se trouve la souscription du vicomte Laugier. Dans
un autre acte, passé du temps de Tévêque Rostaing et du
vicomte de la rive droite Bérenger, Ranulf Asquier abandonne
le quart de Meynargue qu'il tenait des comtes, à condition de
garder l'usufruit du tiers de ce quart. Bérenger y ligure, mais sans
sa qualité de vicomte, parceque Meynargue dépend de la vicomte
des fils d' Auphant : Guillaume, fils d'Auphant, souscrit par contre
avec la qualité de vicomte ^. Le vicomte Auphant paraît avoir
<;u également une fille, nommée Laugarde, qui épousa, dans le
comté de Riez, Heldebert, fils d'Erbert de Lan(;on, et dont un des
fils portera le nom d'Auphant. Elle figure à Aiguines le 0 mai
1038\ puis en décembre 1053 ^. Quelques actes font connaître un
1. 1037 : o Berlrannus cornes... in pago Sistergico... Manuascn sou
Podium Bosoni... Hostagnusfilius Alfanti f... Beringuorius f. »(Montm., éd.
du Roure, p. 134).
2. Avignon, janvier 10*1 [<larl. Saint 'André, î^ 30; Polvcarpe, ^l«fia/e«,
p. 620).
3. Saint' Victor, 1071.
t. Saint-Victor, 58. — Arles, 15 février 1059/60 : « Laugerius vice-
comes firmat » (Montm., pp. 171-172).
[1050-1063] :« de quarta parte de Mairanicas... in prosentia Rostagni
opiscopi. Berengarii, Pétri Ainici, Guillehnivlcecomitis, Leotgerii... » (Vau-
ciuse. G., Cliap. niétrop., 27 prov., ff. 2i v^-iS r®).
5. Saint-Victor, 603.
6. Ibid,, 609.
l Je ./.*-? c*: H^ra-VL'it-i drrOfrzzibTt X^Mfl . *v«-c Pierre etGuinad
l'h.^s*/. viî^fc d"j'.-r sri^pirtDU p»r ftlb&nc^. Il réparait le S jnilkl
I'r'«i p^fTi.i I*-fc pr*DCT« et £T«z^ s-c-isTiiriirs qui renonceoti
j«-«jr>, 'Jf iU d*r ^P^hier tX ai: doiuDe SUT le Rhône en fareor de
S:*iril-\ irifjf : «rrifiii. ^ TdnscoD le 1 1 septembrtr 1095 -. Ce L»
'/i'-t «!«• l/oulU/fj. qui est Sans doute le fais cadet dWaphant et le
vi'orrit" '1<: lO'K^ Ml. eut un <iU DOinnié Guillaume de BoalboL
«{(ji |i:if;jit du 2H juillet \Wl jusqu'en septembre 1 142 V et celui-
« I «lit lui-rii/rrrie un fils du nom de Bérenger. qui se trouve dansn
in ir lit' fi'vrier 1 13'{ '. Parmi les barons de la r^rion de Tansm
<|iii «'H f'-viier 1 1 iO prêtent hommage à Raymond Bérenc^r, figoR
^H-oirro\ <!«• Moulhon ''. Le 4 juillet 1173 ", existe un membrede
ri'll«' riiiiillr nointtié Bertrand. En dehors de ces cadets, seigDeon
i\f noullioti. (jfiiit le nom se poursuit ainsi jusqu'au xii' siècle, It
vit iiiiiti(rAu|)h:iiit passa, par son fils Guillaume, à Rostaing Goil-
liiiiiiH', (|ui «'Il porti» le titreà Saint-Gilles le 29 mars 1 102, auprèsdn
I niiilr Hrrtrand ; (M*lui-ci pa mit en cette circonstance avec ses frères
MiiMiKiiid <l Auphant^. De lui descendait certainement Aupbant
I S.iiiit Ainln'*, «lôci'inlin* iOtU :« Laufi^crius de BolbonefirmaTit» (5aM/-
1'm//i'. 1" .11 ). Ilniilitnn vs[ voisin de Mozoargucs, localité dont le nom est
iiiiiiIm)||i* .1 crliii ili* Mrynar^uo.
.' .• l.iiii<;(M-iiisd(» hiillioiu'ot (iiiilli'lmus filius ejus » (Sa i/i /• Vir/or, 686].
I .. I-Mu^nii dr hidhonr » (//m/., 220).
\ .'S iiidlcl HU»i yS,iint^ Virtnr, tisr>).— . Avijjrnon, juin 1110 (Vaucliise,GM
(:ii(t|) inrlmp d' Axi^fm»!», '27 pmvisoiro, (^ 8, n» 15; carta de Mataronis).
1 1 M ,/ .'/'i/is. od. l'Iainmaiv, 2M)i. — i,} juillet lilô (Saint- Victor, J*05;.
\\ii;m>u, Irxiior WXA ^VamduM». (î. 15, fT. 97-98^. — Avignon, septembre
I!» * l\d\»'.u|M\ .\?i/i.i/.\<, p. r»ss\
. I «M »HM I \ \\ ' . liiidlidnuiN do Hulboneet Rorengarius fîliusejus «iVau-
, ln-.,«. {^ I I. Il «.»: '.»N .
«« l u.r.» iM». i,Miioi II \{\ : .. JrtulTivd do lU'klho »» (B.-du-Rh.. B. 2, p. 48).
\»«\i '. » lodiot li::» : n. d.o UoUmuo *« .Vaucluse. G. 15. (T. 108-109|.
— ..^. Bostagni
»»'.'u*N IV. ;;,'»p*î;;n o: Ko>ïA4;ao.s iiinllohui vicvoomes et fratres
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 357
de Mézoargues, encore qualifié de vicomte, en présence du duc
de Provence Raymond Bérenger à Aix le 22 mai 1150 *. Ce der-
nier Auphant était frère de Guillaume de Boulbon, qui, sans
doute, est le seigneur de ce nom vivant en septembre 1185 2. En
1168, les seigneurs de Boulbon exigeaient encore aux portes
d'Avignon le paiement d'un droit de leyde, pour les marchan-
dises que Ton débarquait à terre, et c'est là une survivance de
la vicomte de leur famille ^.
Lesdescendantsduvicomted'AvignonAuphantdominaientdonc
la partie du comté placée sur la rive gauche de la Durance et sur la
rive droite du Rhône. Ils gravitaient autour du château de Tarascon
qui était leur centre le plus important; ils tenaient, en particulier, le
domaine «leMézoargueset de Boulbon. Ils avaient, àMeynargue, la
moitié de la seigneurie, en fief du comte. Les chevaliers de Tavel
occupaient en leur nom cette moitié de Meynargue, soit en qualité
de châtelains, soit en qualité de mistraux. A Boulbon, c'étaient
les Malvezin qui les suppléaient : mais, comme ces Malvezin se
joignent à eux pour réclamer dans Avignon des droits de leyde, il
y a apparence que leur rang était supérieur à celui d*un simple
châtelain ou d'un mistral local. Ces Malvezin devaient occuper
le rang et remplir les fonctions de viguiers dans le pays de
Tarascon, sousTautorité des vicomtes. A Tarascon même, existait
une famille dite de Tarascon: en général, le nom de terre pris, à
partir du xi* siècle, implique, pour les membres de la famille
1. Âix, 22 mai 1450 : « Alfannum videlicet vicccomite de Mcsoaga...
Alfannus de Mesoaga et frater ejus Guillclmus de Bulbone » (Montm.,
pp. 246-247). — 1156 : « Alfannus de Mesoaga » (B.-du-Rh., B. 283).
2. Avignon, septembre 1185 : « Willelmi de Bulbonne » (Vaucluse, G. 15,
ff. 98-99).
3. 1168 : « controversia . . . inler Bolbonenses et Malvicinos. . . et...
Gaufredum Auenionensem episcopum... super leddis quas Bolbonenses
et Malvicini et pariarii eorum caperc volebant lemporc nundinarum de
omnibus que apud Avinionem navigio vel ratibus deuehebantur. . . » (Vau-
cluse G., 113, f»7).
On connaît encore Bertrand de Mézoargues^prieurd^^c/avum, le 24 octobre
1135 (Albanùs, Gall. Christ, noriss., Arles, n^ 529), et Rostaing de
Mézoargues, religieux de Lérins en 1153 (Cart, de Lérins, éd. Flammare,
n« 80 et 106).
358 LA PROVENCE DU PREMIER AU XU* SIÈCLE
qui le portent, les fonctions de châtelains. On peut donc
penser que Renard de Tarascon vers 1050, Pons et Emenon
de Tarascon en mai 1125, Rostaing, Pierre et Auphant de
Tarascon au milieu du xii* siècle, appartenaient à la famille qui
tenait la châtellenie de Tarascon pour les vicomtes d'Avignon,
seigneurs de Mézoargues. Après les vicomtes, c'étîiit la famille de
Châteaurenard qui tenait le rang le plus distingué dans le comté
d'Avignon, sur la rive gauche de la Durance. 11 est diflicile de
croire que ces descendants d'un juge de Provence, alliés à des mai-
sons vicom taies, fussent de simples châtelains : sans doute, Châ-
teaurenard était le siège d'une viguerie dont ils étaient titulaires.
§ 5. — Les vicomtes d'Avignon de la rive droite , seigneurs dn
Pont-de-Sorgues (1018-1195).
Le marquis Roubaud résidait quelquefois à Nice, puisque le
1 1 mai 1001 il assiste à l'élection de l'abbé de Saint-Pons ^ De
cette époque, précisément, où il était revêtu de la dignité de
marquis, date l'expansion dans le comté de Sisteron de deux
familles d'origine niçoise. C'est lui, sans doute, qui la rendit pos-
sible et la protégea. La première est celle do Miron, qu'on trouve
^ Lurs le 2 décembre 999 avec sa femme Odile, en présence
de l'évéque de Sisteron -. Ce nom de Miron existait dans la
marche d'Espagne, mais le mari d'Odile, quelle que fût son ori-
gine, était fixé à Nice dès avant 993 avec un rang qui le mettait
immédiatement auprès des comtes ^. S'il avait été vicomte, les
1. Cart. He Saint-Pons, n« 2.
2. Lurs, 9 décembre 999 : <» o<^o Miro et conjiix mea Odila... » {Cart.
de Saint-Pons, n® 1). Odile devait être sœur du jupe Lambert.
3. 22 août i002: « in comitato Niconsis prope civilatis... propler dona-
cionem domni Wilielmi inclili comiti qui fuit condam et domni Rodbaldi
comiti necnon et domni Mironi... >y[Cart. de iVice, n° 18).
15 septembre 1003: « in comitato Nicensis subtus monte Calveroles...
per donacione Wilielmi et Rotbaldi oomitis necnon et Mironi vel uxoresua
Odila... » (Ibid,, n» i9).
30 novembre 1011 : « ...decimam de pane et vino... pi*o animam domni
Mironi qui fait quondam, quod pertinet in civitate Nicea... » (/6t(/.,n<» 8).
LA HTÉRARCHIR ADMINISTRATIVE: HT LE RÉGIME FÉODAL 359
documents le diraient sans doute : ils ne disent pas non plus
qu'il fût juge de Provence. Mais il était au moins viguier ou
châtelain de Nice. Miron mourut prématurément, sans doute
entre le 15 septembre 1003 et le 11 mai lOOi, laissant trois fils,
Pons, Brémond, Miron, et une fille, Gerberge. Sa veuve se rema-
ria, avant le 30 décembre 1010, avecLaugier, dont elle eut quatre
fils, Laugier, Raimbaud, Pierre, Rostaing, et une fille, Odile.
Tandis qu*un fils du premier lit, Pons, devient évéque de Nice
(30 novembre lOH-29 mai 1030 *), un fils du second lit, Pierre,
est désigné comme successeur de Tévêque de Sisteron, Frodon,
du vivant même de ce dernier, au mois d'août 1018 ^. Au point
de vue temporel, pour le moment c'est Tinverse : ce sont les fils
du second lit qui gardent la châtellenie de Nice, tandis que ceux
du premier profitent de cette expansion dans le comté de Sisteron.
En dehors du comté de Nice, le marquis Roubaud possédait
plus particulièrement ceux de Venaissin et de Diois, puisqu'ils
passeront par sa fille Emma à la Maison de Toulouse. Dans ces
deux comtés, on constate le même phénomène qu'à Nice. Dans
celui de Venaissin, on trouve, au milieu du x® siècle, Ismidon
qui donne Bédoin à Montmajour ^. Ce donateur avait trois fils :
Brémond, Féraud et Laugier. Il eut aussi une fille, mariée avec
Artaud, fils d'Aymar, dont elle eut Ismidon, prince de Royans,
dans la partie du diocèse de Grenoble confinant au Diois ^, et
parla l'influence de Montmajour s'étendit jusqu'5 cette région.
L'un des filsd'Ismidon, probablement Féraud, doit être le père
des huit domni qui figurent le 22 mai 1023 dans un acte plein
d'intérêt pour cette région de la Provence ^. A cette date, deux
d'entre eux, Laugier et Pons, se font bénédictins : ils disent que
1. 30 novembre lOli (Nice, n« 8). — 29 mai 1030 {Saint-Pons, VI).
2. Cart. Saint-André, fol. 42. Ce Pierre, évêque de Sisteron, meurt entre
le 14octobrel040 (Saint-Victor, 14) et septembre 1041 (Cart, Saint-André,
f« 49 j.
3. Montm., pp. 64-65.
4. Novembre 1001 (Cart. Saint- André-le-Bas, 179). — 23 novembre 1025
{Saint-Barnard, 2« éd., n^ 74). — 27 janvier 1052/3 (Ibid,, n« 104).
5. Cluny, n^ 2779 et 2866.
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V
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE RT LE RÉGIME FÉODAL «361
le 19 avril 988 il donnait à CIudv la moitié de Mison * et il pos-
sédait de grands biens dans le Rosanais. Un demi-siècle plus
tard, les seigneurs de Mison, où se retrouvera le nom d'Ismidon,
seront vicomtes de Gap etd*Embrun, en attendant de devenir
comtes de Diois.
Ainsi, au moment où Roubaud et son (ils Guillaume sont mar-
quis de Provence (993-1010), les comtés auxquels ils s attachent
particulièrement servent de point de départ h lexpansion de
deux ou trois grandes familles. De Nice, les châtelains de Nice
se portent sur Sisteron ; du Venaissin, d'autres viguiers ou châ-
telains se portent sur Vaison, Die et Gap, en fournissant les cités
d'évêques. Mais, ni Roubaud, ni son fils, ni la maison de Tou-
louse qui en hérita, ne paraissent jamais avoir créé de vicomtes.
La conformité de cette conduite politique des deuxième et troi-
sième marquis avec celle de Guillaume, le premier d'entre eux,
prouve qu elle était voulue et traditionnelle. Les vicomtes de Mar-
seille et de Cavaillon avaient été créés dès 950, quand il n'y avait
encore que des comtes d'Arles et d'Avignon. Le premier marquis
n'avait pu les supprimer, mais il n'en avait pas créé de nouveaux.
Quant aux vicomtes d'Avignon, seigneurs de Mézoargues, tenus à
Técart, c'était le veuvage d'Alix et le bas âge de son fils qui les
avaient fait reparaître en dehors du marquis Roubaud. Il faut
examiner maintenant dans quelles circonstances parurent les
dernières maisons vicomtîiles en Provence.
On en voit paraître trois, postées sur la Durance, dans les cités
d'Avignon, de Sisteron et de Gap. On en voit une quatrième k
Fréjus sur le littoraL
Le premier marquis, Guillaume, avait pris, concurremment
avec les cités d'Arles et d'Avignon, comme résidence, le simple
château de Manosque, sur la Durance. Le choix inattendu de
cette localité parait s'expliquer tout simplement parce qu'elle se
trouve sensiblement au centre de la marche dont il était devenu le
seul maître ^. Quece choix soitle résultat du calcul ou de l'instinct,
1. Cluny, 1784 ; 2529.
2. Manosque, à vol d'oiseau, est à peu près à la même distance d*Apt et
362 L4 rmovEKE dc nuEsno mt xn* sitcxx
eeb rv'vient au même. Qaantanx cités choisies, maintenant et en
d'-mier liea. comme résidence des nooTeanx TÎcoaites. on peut se
demander pourquoi ce forent ces quatre là et pas d'antres. lien
falbit un dans Avignon même, à caose de la faiblesse des comtes
en bas âge. II était indiqué d'en mettre un autre à Sîsteron. dans
b cité centrale de b marche, sur le territoire de laquelle était le
châtf^u choisi comme résidence par le premier marqnis. D'autre
part, quoique aucun archevêque, par un sentiment pareil â celui
de<» marquis, ne dût souhaiter d'en avoir un dans sa propre cité, il
devait le di^irer à proximité : c'était une épée qu'il fallait avoir
â portée, mais non pas dans les jambes. Il n\ en eut donc ni
â Arles K ni à Aix, ni k Embrun, mais il v en eut un à Gap,
cit^ limitrophe d'Embrun, un à Fréjus. cité limitrophe d'Aix.
comme déjà il y en avait un à Marseille, cité limitrophe d'Arles.
Enfin, dès le temps du marquis Roubaud, quand cepnnce venait
U Nice, il voisinait, dans bcité limitrophe de Gbndèves. avec les
descendants du comte Grifon. qui avaient dû subir la supré-
matie du premier marquis de Provence et qui. gardant encore
quelque temps la qualité de comtes pour masquer leur déchéance,
y figuraient en fait sous son autorité '^.
tUi liiez; d'Aix, Difçne et Sinteron ; de Marseille, Cavaillon, Carpentras et
(jiHU'Wane; de Toulon, A%'ignon. Vaison ; de Fréjus, Orange, Gap, Entre-
vaux; d'Arle», Saint-PauUTrois-Chàteaux. Emhnin et Grasse : de Vence et
Die; desSaintes-Maries» de Viviers, de Guillestre et de Nice.
i. Un des membres de la famille des vicomtes de Marseille, Aicard,sera,
Mflon quelques-uns, au milieu du xi* siècle, vicomte d'Arles; mais c'est
une /*po<|ue plus tardive où Tautorilé comtale était bien diminuée, tandis
(|ne celle des vicomtes prédominait dans les cités. En réalité, quand on
(fxprimc sa qualité. Aicard est dit vicomte de Marseille Sai/i/- Vic/or,
no 119j ; seulement, son neveu devint archevêque d'Arles et cela prouve
qu'il y avait de rinfluence.
2. Le 19 février 955, |>araît le comte GrifTon, fils de Griffon et de
Th(*viarde. Comme il ne qualifie pas son père de comte, il faut admettre
qu'il avait été créé comte en 9t9parleroi Conrad, exactement comme les fils
de Roubaudravaientété pourArleset Avignon. Or Sallagriffon, qui perpétue
son nom, se trouve dans le comté de Glandèves : son autorité devait
s'étendre sur Glandèves et Senez, tout au moins. Ce Griffon avait une
sœur, Ilermcnganie, qui avait pour fils Rostaing, évêque d*Apt (951-955).
Dans le comté d'Apt, sur le terroir de Saint-Martin-de-Castillon, se
remarque le lieu dit Griffon. Quand Guillaume devint marquis, ce Griffon
LA IHÉhARCHIE ADMIMSTRATIVK ET LE RÉGIME FÉODAL 363
La situation de Glandèves convenait au système qui avait
fait choisir jadis pour les vicomtes Marseille et Cavaillon, à
portée des comtes dWrles et d'Avignon. Par le fait aussi, Avi-
gnon, Fn'jus, Glandèves et Gap sont à égale distance, sensible-
ment, de Manosque et, en conséquence, de la vicomte centrale
de Sisteron. Telle est l'organisation finale des vicomtes et telle
est sa raison d'être. Le comte de Glandèves se trouvait à proximité
du marquis, quand celui-ci résidait à Nice; les deux vicomtes d'Avi-
gnon siégeaient auprès des comtes de Provence en bas âge et le
vicomte de Sisteron se trouvait préposé à la résidence centrale
do Manosque. D'autre part, les vicomtes de Marseille, de Fré-
jus et de Gap existaient à proximité du primat d'Arles, des
archevêques d'Aix et d'Embrun. Il n'y en a jamais eu davantage,
semble-t-il : les anciens vicomtes de Cavaillon disparaissent. Si
les comtes de Diois et de Venaissin, descendants du marquis
Houbaudpar sa iille Emma, avaient consenti à établir des vicomtes,
ils les auraient établis à Vaison ou à Orange, à proximité de leurs
cités préférées.
On a vu que le vicomte Auphant avait paru dans Avignon,
où résidait la veuve du pr«=:mier marquis, pour suppléer son 111s
Guillaume en bas Age, et de fait, quand il y est en lOOi, ce comte
Guillaume pouvait avoir une quinzaine d'années. Du vivant de ce
comte, c'est le seul vicomte connu et il se cantonna sur la rive
gîiuche près de Tarascon, dès que le comte fut en âge de se passer
de lui. Mais ce comte vint à mourir en 1018*, après le 30 mai - :
il avait à peine trente ans. Marié, dès 1010 environ, avec Gerberge,
fille du comte de Mâcon Otte-Guillaume, il avait eu juste le
temps d'en avoir trois fils. La situation causée dans Avignon, par
la mort du premier marquis en 993, se renouvelait donc en 1018 :
la comtesse Alix, veuve de ce premier marquis, restée avec un
fils en bas âge en 993, se trouvait maintenant avec une
dut se soumettre à lui. Le comte Griffon eut pour successeur le comte
Apollonius (Cart. (FApty n" 125) et le comte Aldebert (Lérins, éd. Moris,
p. 31 i). Le 29 décembre 1036, Clans figure «< in episcopatu Cimilensis, in
comitatu Tiniensis » [Nice, n® 21).
1. Saint-André, fol. 41 ; Saint-Victor, 226 et 630.
2. Montm., p. 114.
36i LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
belle-fille et des petits-enfants incapables de gouverner. La
solution, apportée à cette situation en 1018, fut la même que
celle adoptée en 993. Comme le vicomte Auphant avait quitté
Avignon pour Tarascon, laissant Bérenger, le dernier juge de
Provence» dans cette cité auprès du comte, ce fut Bérenger qui
se vit élever, à son tour, au rang de vicomte. On a dit que, jus-
qu*enl040,il devait prendre quelquefois encore la qualité déjuge.
Mais deux actes le montrent dans ses nouvelles fonctions vicom-
tales. Aussitôt après la mort du comte Guillaume, en 1018, on voit
sa mère, sa veuve et ses trois fils faire un don dans le comté de
Riez K Sa veuve et ses trois enfants en font un autre, la même
année, dans le comté d'Aix^; puis, en 1019, ensemble encore
dans le comté de Sisteron ^ et dans le comté d'Avignon *. Sur ces
entrefaites, le fils aîné Guillaume mourut à son tour, prématuré-
ment, à peine âgé de dix ans. Restaient Bertrand et Geoffroy. Le
premier acte dans lequel Bertrand prend le titre de comte, il
n'accompagne plus sa mère, mais il est assisté du vicomte
Bérenger. Ce n'est plus Tcnfant en bas âge placé entre les mains
des femmes, c'est celui qui est d'âge à passer en la compagnie
des hommes : il venait d'échanger la tutelle de sa mère pour celle
d'un vicomte. Déjà, on avait remarqué que le vicomte, paraissant
après la mort du premier marquis, n'avait paru qu'en 1004, c'est-
à-dire dix ans après cette mort, et quand le jeune comte
qu'il devait assister pouvait avoir une quinzaine d'années. Ce fait
se renouvelle : le vicomte Bérenger, chaîné de veiller sur le fîls
du comte mort en 1018, ne paraît que quand celui-ci est d'âge à
quitter sa mère. L'acte, où ce fîls Bertrand paraît comme
comte, accompngné du vicomte Bérenger, est forcément posté-
rieur aux actes de 1019 où figurait sa mère. Il doit même être pos-
térieur à l'acte de novembre 102i où il paraît, entre Pons fils de
1. Saint- Victor^ i\^ 6H0.
2. Ibid., no 226.
3. Ibid., n» 649.
4. Saint-André, ^ 32.
La hiérarchie administrative et le Iiégime féodal 36f)
la comtesse Emma et Bérenger, sans la qualité de comte ^ Ce
premier acte, où il figure comme comte, est un don fait à Téglise
de Forcalquier et le jeune comte fait allusion à sa fragilité^ c'est-
k-dire à la faiblesse de son âge. Il avait dû naître vers 1015 ^ et
il avait encore à grandir. En effet, Tacte en question porte la
souscription de Tévêque de Sisteron Frodon 3. Ce prélat, connu
depuis le 9 décembre 999 *, siégait encore au mois d*août 1018,
date à laquelle il faisait un don à Saint-André d'Avignon ^. Son
successeur, Pierre, fils d'Odile et, sans doute, de Miron de Nice,
qu'il ne faut pas confondre avec son homonyme plus âgé que lui,
Pierre évêque de Vaison, (ils de Laugier et peut-être de la même
Odile, se trouvait sur le siège de Sisteron dès avant 1030 ^.
Par conséquent, le premier acte où parait le juge Bérenger
en qualité de vicomte, aux côtés du comte Bertrand, doit
se dater de la période comprise entre 1024 et 1030. Si ce
comte avait au moins une quinzaine d'années à cette date,
comme son père en 1004, Tacle serait de 1028 ou 1029. Cela
est d'autant plus probable que le premier acte daté, où paraisse
Bertrand comme comte, est de 1030 '. Le marquis. de Provence,
qui vivait alors, était Guillaume, fils de Roubaud.
Si un nouveau vicomte a été établi ainsi pour remédier à la
jeunessedu comte dans Avignon entre 1025 et 1030, il est difficile
1. Novembre 1024 : « S. Emma comitissa subscripsit. S. Pontii. S. Ber-
tranni. S. Barangerius subscripsit. S. Amicus subcripsit» (Bjbl. nat., ms.
lat. 897I,p. 49).
2. En 1013, il n'est pas encore mentionné à côté de son frère aîné Guil-
laume (Saint- Vie/., 646).
3. u Sif,'num Bcrlrannus cornes... Signum Beringarius vicecomes. Signum
vesco Frodo. Signum Amicus...» (Saint- Victor, 066). Les éditeurs ont lu
Vescofrodo, imaginant ainsi un nom de notable provençal totalement
inconnu. En réalité, vesco est la forme vulgaire de episcopo.
4. Lurs, 9 décembre 999 : « in presenlia domini Froddonii episcopi »>
Saint-Pons, n® 1). Son prédécesseur probable, Roux siégeait le 2 janvier
98 1 [Saint- Victor, 654).
5. Cart, Saint-André, P* 42. Ce don fut confirmé après coup par k»b
comtes Geoffroy et Bertrand, ainsi que par l'évêquc Pierre, successeur de
Frodon.
6. Saint- Victor, IH.
7. Ihid,, 681.
366 LA PROVENCE DL' PREMIER AL' XII* SÈCLE
de croire que les vicomtes de Sisteron, de Gap et de Fréjus
furent créés en même temps. Ces trois dernières créations
paraissent avoir été faites en faveur des familles qui, déjà, avaient
profité de la protection du second marquis Roubaud entre 993 et
!015. C'est Miron, (ils de Miron de Xice et d'Odile, qui devint
vicomte de Sisteron. C'est Pierre de Mison. tîls d'isoard,
qui devint vicomte de Gap. Enfin, cest Francon. fils de Fran-
con. qui devint vicomte de Fréjus. A Sisteron. cet événement
parait s'être produit entre le 23 juin iOJT ' et le 23 avril 1057 - ;
à Gap, entre le 7 avril 1014 ^ et le mois de septembre 1043* ;
à Fréjus, entre 1036 ^ et les environs de lOoo *\ Pour ces trois
dernières maisons, quicomplètent le système vicomtal de la marche
de Provence, les dates semblent donc se ramener à une création
d'ensemble faite entre le 7 avril i044et 1045. Or, le marquisGuil-
laume fils de Roubaud, qui vivait encore en mai 1037, était mort
avant le 25 mai 1042 ". Cette mort est la fin de l'unité proven-
çale, assurée, depuis 970 jusqu'alors, par les trois premiers mar-
quis. La marche, désormais, n'est plus entre les mains d'un seul
chef. I>es deux comtes de Provence, Bertrand et Geoffroy,
1. 23 juin 1037 : «... consentiente RaimbaMo ot iixori' sua .\dalis, auclo-
ritate roinana... in comitalu Ventienso... Testes Neclardusepiscopus. Raim-
baldus et uxor Adalais, Miro. Lauj^erius «le Mornaz... •• Saint-Pons,
n'VII.
2. 23 avril 1057 : •< e;co Miro vicecomes Sistericensis, frater RaimbaMi...
in coinitatu Ciinelensi sive Niciensi... •• Sainl-Virtor, 7l»3 .
3. Gap, 7 avril 10 H : «< mediante archiepiscopo lîbixMlunensi nomine
Ismidone et P. de Misone. Signum Radulphi episcopi. Signum Is. archie-
piscopi. Sig^num comitis. Sijrnum P. de Misone. Sip:nnm R. de Faudaone
(AlbnnèSf (rail. Christ, fior/jw., Gap, col. 27.'i-277. Inslr., IX .
'*. Mars-septembre^ 10*5 :« ego Pelrus vicecomes (îu ipincensis, iinn
rum matre mca Dalmatia et uxore In^^uilberga ne lilio meo îsoanio..
in comitalu Ilebredunensi » [Saint-Victor, n^tiyi).
'.}. 1030 : «' ego, in Dei nomine, Franco... in comitalu Forojuliensc...
Ego Franco... firmavi. Franco firmavit »> [Saint-Virt., 504 .
0. 'Vers 1055^ : '« dédit Franconi, fdio Franconis, vicecomiti's Foroju-
liensi... dédit... Wilelmi vicecomitis Forojuliensi[s ... Duramlus vero vica-
riusde Pojeto •> (Saint-Victor, 505. On ne sait si les vicomtes d'Esparron,
près !{i;iris. mentionnés le 21 m;ii 1177 Saint-Vict., n® 1110-, se rattachent
à cette souche.
7. Cluny, 2017. — Sainl-\ tctor, 375.
LA HIÉRARCHIE AD&IIMSTRATIVE ET LE RÉGINE FÉODAL 367
succèdent au titre prééminent de marquis. Bertrand se fixe
dans Avignon et Geoffroy dans Arles : mais ce n'est ni le
comte de Provence-Avignon, ni le comte de Provence-Arles
qui se réserve d*être marquis. Les deux frères se partagent le
titre et rabaissent en le partageant. Précisément alors, les
juges de Provence cessent d'exister, puisque le dernier acte
qui donne cette qualité à Bérenger est de 1040. On peut
bien se rendre compte que la disparition du marquis unique
entraine la disparition de la cour suprême et unique des juges :
les comtes se cantonnent dans Avignon, dans Arles, dans Nice,
en Diois, en Venaissin et ceux d'entre eux, qui se partagent le
titre de marquis, sont obligés d'instituer des vicomtes à Sisteron,
à Gap et à Fréjus, dans les régions qu'ils doivent renoncer k gou-
verner directement.
Enfin, dans les cités où ces princes de rang comtal et vicom-
tal ne résident pas, on voit naître des princes proprement dits
qui, ne pouvant être comtes ou vicomtes, ne daignant plus se
dire viguiers, expriment leur primauté régionale, en faisant suivre
cette dénomination du nom du comté où ils dominent. C'est ainsi
qu'on voit naître les princes d'Apt *, de Riez 2, d'Antibes^ et,
plus tard, les princes d'Orange.
1. Apt, 27 juin 1056 : « ego Alfantus... cpiscopus sancUe sedis Aplensis
ecclcsise... personas duonim fratrum mes civitatis principum scilicet Ros-
ta^iium et Guilielmum » (Cart, rVApt^ n*> 72). De ces princes d*Apt descen-
dait la première maison d'AgouIt et de Simiane.
Le Guillelmus de Al du n** 82 de ce cartulaire appartenait au contraire
à la famille des châtelains d'Apt.
2. [Vers 1039] : « efjo Richillis nominc, uxor quondam Gircnni, principis
Hegencis... » (Saint-Victor, 586).
; 1064-1079] : « Guilelmus princeps terrç Rcgensis » {ibid., n° 617). i)v
ces princes de Riez descendait la maison de Moustiers. Quant à VAugerius
de lièges qu'on trouve le 18 juin 1097 (Saint- Victor, 619), fils d'Erbert et
dWdalgardc, il était sans doute châtelain de Riez ; de lui, paraissent des-
cendre les Augier, barons d'Oze et de Vitrolles.
3. [1026-1050] :« ego Bclieldis genitrix duorum Antipolitani regni princi-
pum e quibus aller presul, altcrque miles forenoscuntur... » iCarl. Lérins,
ôd. Flammnrc, CVIIl). Des princes d'Antibcs descendait la maison de
Grasse.
368 Là PBOTDŒ m: rtEMIEB AC XMf 8ÈCLC
Parfois même, dans le comté où réside on vicomte* il arrive à un
vîguier de se qualifier princedii territoire de sa seule vi^erie : les
priDces de Caliian ^ au diocèse de Frëjus. en sont la preuve. Rien
n'est plaisant et instructif comme rhistoire de cet Hugues, sei-
gneur de Caliian. qui jadis avait reçu quelques biens du comte et
qui se trouve confondu parmi les chevaliers de Tévéque de Frëjus
jusqu'en 1038. Sur la fin de sa vie, en 1049. il tranche du prince,
ne saurait agir sans le conseil de •« ses chevaliers » et vante la
foule de ses amis. Tout en rendant hommage à Fheureuse fortune
de ce parvenu, il faut avouer, que dès le xi' siècle, l'imagination
méridionale savait flatter la réalité, même quand elle était déjà
fort belle par elle-même. Jadis, le prince, c'était uniquement le
souverain : dès l'époque carolingienne, les princes, ce sont aussi
les ducs et les comtes. Au xi* siècle, non seulement les vicomtes,
mais des viguiers parviennent à l'être. On a des principautés
de village : se trouve prince, en somme, qui est maître chez soi.
Il ne faut pas confondre ces princes, de tout le territoire d'un
comté ou d'une viguerie, avec les châtelains qui, à un degré plus
bas encore de l'échelle féodale, porteront le nom de la cité ou du
château dans les murs duquel ils seront renfermés. Ceux-ci ne
sont même pas princes : ce sont de simples chevaliers.
Maintenant que la marche générale du mouvement d'établis-
sement des vicomtes est déterminée, il reste à indiquer comment
se comportèrent les descendants du vicomte Bérenger établi à
Avignon vers 1028.
1. 1035 : •' e^) Aldehertus episcopus... Ugo de Cal lia no firmat >: {Lérins,
<*d. Flammnre. n" I.XIX — 10 janvier 1030 : «< in %-ico Kalidîano. in pago
Foroju lieuse... leslis : l\^>senioi'eCalidiano ••.76i</.,XXX|. — ^juillet 1038:
" e^oGaucelmiis Forojuliensis opiscopus...Ugo f. Ermengarda uxor ejus f.
Isnardus filiusojusf. •' \IbuL, n® XXXI V|. — « 22 juillet 1038 : «• ego Gaucelmus
Forojuliensis opiscopiis... caballario meo Ujç^necum suanxore... incomilatu
Forojulienseel in loco... <^ilianus •• Ibid., XXV!!). — 9 décembre 1038: «ego
Aldebertus grati» I)ei .Vnlipolitanusepiscopusuna cumfratre meo Guillelmo
(iauceranno... Ugo de Caliano f. .. (//>ic/., n« CXXVI). — [1030-1044] : o ego
L'go et uxor mea ErnuMigarda donamus aliquid de hçreditate uostra que
nobis exdonatione Guileîmi comilis advenit... in fines Calidiani... n\Ibid,^
n" XXXVII). — Callian, lundi 17avril[1049?]: « ego Ugo princeps Calianen-
sium... cum consilio militum meorum amiconimque turbam.,. in pago
Forojuliensi » /AiV/., n« XXXVIII .
t.A tllÉRARCllIË ADMINISTRATIVE ET LE HÉGÎME FÉODAL 369
Par un acte daté de 1030, Bérenger confirme *, en ce qui le con-
cerne, le don de la moitié de Tourves fait jadis à Saint- André-lès-
Avignon par son oncle Heldebert, ou Aubert, en avril 1002.
C'est la preuve que Bérenger est le fils du juge Adalelme, ou
Aleaume, et de Bélielde, mariés dès 987.
Belielde avait eu au moins trois fils, Carbonel, Bérenger et
Amie. Tous trois paraissent ensemble en 1024 et en 1036. La
première fois, ils souscrivent avec Isnard Palliol et Guillaume
de Brue, frères de Pierre archevêque d'Aix, un acte relatif au
comté d'Aix 2. Guillaume de Brue aura pour fils, d'Accelena,
Hugues, Guillaume de Brue, Auphant et Guy 3. Ces faits
ndiquent que la famille de l'archevêque d'Aix devait être alliée
avec celle du juge Adalelme. La seconde fois, en 1036, leur mère
donne, d accord avec eux, une part de son héritage dans le comté
d'Arles, au lieu dit Gimeaux ^, pour le repos de l'âme de Tévêque
d'Avignon Heldebert. Ceci prouve que cet évêque était leur
parent: mais, comme en 1024, il ne figure pas avec eux, il est pro-
bable qu'il était fils du juge Heldebert A Marseille, en août 1031 ^,
Bérenger et son frère Amie figurent, dans une assemblée des
1. Saint-André. 1030 : « ego Barangarîus.,. firmo... meam partem quam
habui de medictate... Tunis, quam Aldebertus avunculus meus.:, dédit...
Signum Barangarii... Signum Aldeberti humilis Aveoionensis episcopi... »
{Saint-André, f» 36).
2. 1024 : « in comitatu Aquense, in valle... Cagnanam .. Isnardus Pal-
liolus, Wuilelmus Brocianus, Eldebertus frater eorum Grmavenint. Carbo-
lenus, Berengarius, Amicus. Isnardus GliusPallioli... » (Saint- Victor, 225).
3. Sur la famille de. Pierre archevêque d'Aix, voir : 15 décembre 1038
(Saint- Victor, 293).— i050 {Ibid,, 298). — [Vers 1050] (Mtc/.,297). — 20 juin
1053 {Ibid,, 294). — 1053 (Ibid., 296). — 1058 (Ibid., 36 et 307). —
Décembre 1062 {Ibid,, 300). — Cf. 459 (souscr. postérieures), 305.
4. i036 : « Ego Belliildis una cum Ûliis meis Carbonelio, Berengario
atque Aroico.,. in comitatu Arelatense, in loco... Gimellus,.. pro anima
Ileldeberli episcopi... » (Ibid,, i80). Gimeaux, comm. Arles, dans la haute
Camargue (Comte de Revel du Perron et marquis de Gaucourt, Etat des-
criptif de r arrondissement d'Arles ; Dict, topographique, t. X, Amiens,
impr. Alfred Caron, 1871, p. 110).
5. Marseille, août 1031 : « Bertrannus comes... Feraldus episcopus testis,
Berengucrius testis, Amicus frater suus testis, Isnardus Regensis testis... »
(//)iV/.,4,n5).
Menu et doc, de l'Ecole des Chartes. — \'II. 24
370 LA PROVENCE DU PREMIER AU XU* SIÈCLE
fidèles du comte Bertrand, avec TévêquedeGap. Carbonel figure,
avec sa mère, dans un acte de Lérins relatif au comté de Fréjus
et plus précisément au Cannet où elle avait des biens ^ Enfin
Carbonel et Amie se retrouvent ensemble en 1031, témoins d'un
acte relatif au comté de Riez ^, avec des membres de la famille de
Châteaurenard. Dans Avignon, Bérenger souscrit des actes depuis
1019 jusqu'au 14 février 1063/4. En 1019, au monastère de
Saint-André, il assiste, pour le confirmer, avec la comtesse douai-
rière Alix, au don fait par la reine Hermengarde, accompagnée
de ses fils Hugues et Guillaume, de la terre des pêcheurs qui en
était voisine ^. Comme la comtesse Gerberge, de son côté,
avec ses fils, fait, la même année et au même monastère, un don
de la plaine tenue par les pécheurs sur la rive du Rhône ^, il
faut sans doute attribuer à cette même date un acte par lequel
le marquis Guillaume et sa femme Lucie confirment*^ le don fait
jadis, relatif aux pêcheurs, par le premier marquis et Alix en
986 ^. Bérenger souscrit Tacte du troisième marquis Guillaume
comme celui de la reine Hermengarde en 1019 : mais il ne parait
pas avoir souscrit celui de la comtesse Gerberge et de ses fils. En
1. 10 juin [102ÎÏ-1032] : « ego Belielda... in pago Forojulieosi... in Castro
Canneto... Carbonello filio suo » (Lérins, éd. Flammarc, n^XLIV).
2. i031 : « quarlam partem ville Trjgantie, in comilatu Regense... Signuni
Matlildis f. Dodonus filius ejus f.... CarbonelUis f. Amiens frater ejus f. »
{Saint- Victor, 620).
3. Saint- André [janvier-septembre] 1019 : « ego Ermengarda regina et
filii quoque mei Ugo et Willelmus... sicul jura lestantur Romanorum...
aliquid nostrœ terrœ... in comilatu Avenionensi, videlicet ten-am piscato-
rum... Adalais comitissa propriis manibus gaudens dédit elfirmavit. Baran-
gerius firmavit et Laugerius, Amiens, Rnynaldus... y> [Saint- André, fol. 30).
4. KM 9 :« ego Gisberga comitissa vna eum filiis meis Willelmo, Ful-
cono Bertranno, Gaufredo... quamdam planiciem... possessam a... pisca-
toribus... tribuimus... » (Saint André, fo 32). Les souscriptions de Pierre
évêquo d'Avignon et d'Udalric II évêque d'Orange ne peuvent être anlt^-
rieures à 1034 : Ileldeberl était encore évoque d'Avignon en 1033 et Udal-
ric II n'est pas devenu évèciue d'Orange avant 1030 (GalL Christ, noviss.,
Arles. n° 327).
5. [1019?]. Notice de Polycarpe d'après le CarluL de Saint-André, (*
30 : o subscribentibus Barangario, Amico, Wichiranno ».
6. Avignçn, 986 [Saint-André, p. 34 .
LA HIÉRARCHIE ADMIMSTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 371
novembre 1024, la sœur du marquis Guillaume, comtesse Emma,
avec son fils Pons, donne un mas sis dans la cité d'Avignon.
Uérenger et Amie assistent Pons, fils d*Emma, et Bertrand, fils de
la comtesse Gerberge, qui ne prennent pas encore le titre de
comtes^ Entre 102i et 1030, probablement vers 1028 ou 1029,
il assiste Bertrand à qui son âge permettait enfin de porter le titre
de comte et il Tassiste lui-même comme vicomte 2. L'acte concerne
Forcalquier, dans le comté de Sisteron, et comme les vicomtes de
Sisteron n'existaient pas encore, leur absence n est pas surpre-
nante. Sur la rive droite, il n'y avait d'autres vicomtes que ceux
d'Avignon et ceux de Cavaillon. Au monastère de Saint- André en
1030, Bérenger abandonne ses droits sur la moitié de Tourves
donnée jadis par son oncle Aldebert. Il Tabandonne d'accord
avec Tévêque Aldebert : mais Amie est absent ^. Bérenger et son
frère Amie se retrouvent cependant à Marseille en août 1031 *.
En 1033, dans Avignon, Béranger, en qualité de juge, confirme
le don du quart de l'ile de Meynargue fait aux églises d* Avi-
gnon par les comtes Geoffroy et Bertrand^. I^ souscription
d'Amie manque à cet acte : mais ce qui est encore plus remar-
1. Novembre 1024 : « ego Ema comitissa et Glius meus Pontius... maii-
sum unum in Adveniooc civitate... S. Emma comitissa subscripsit. S.
Pontii. S. Berlranni. S. Barangerius subscripsit. S. Amicus subscripsit »
{Saint'André, ms. lat. 12762, D» 254).
2. [1025-1029] : « ego Bertrannus comes... re cognosco casum fragilitalis
mec... ad ecclesiam Sancli-Cromatii... mansum unum... in comitalu Sisto-
rico, in castix) Furnocalcario... Signum Bertrannus comes... Signum
Beringarius vicecomes. Signum vesco Frodo. Signum Amicus » (Sacfi/-
Victor, n° 666).
3. Saint-André, 1030 : « ego Barangarius... firmo... meam partem... de
medietate villa*... Turris... Signum Barangcrii... Signum Aldeberti humilis
Avenioncnsis episcopi... » {Saint-André, f" 36).
4. Saint- Victor, n® 455.
5. Avignon, 1033 : « ego Gaufredus... et germanus meus Bertrannus...
commites... ccclesiis sancle scdis Avenioncnsis civitatis... quartam partem
de insula Mairanicas cum ips9 villa... in comitatu Advcnionense... ex
omnibus partibus fluvium Rodani... Signum Jaufredi bac Bertranni... illani
vidclicet quartam partem quam Rannulfus per comités inbenefacito tcnet...
S. Ileldebertus... antistis subscripsit. Barangerius judex firmavit... » (Vau-
cluse, G., Chap. métrop., n® 27 provisoire, ff. 21 v«-22 y).
372 Là MLOVCXCE U€ f%E3ÊïEm AL' Xll* StEOM
quable. c'est 1 ahs^ncedo Ticomt-^ Auphant et de ses fils qui cepeo-
d^tut étaient, à Mevnargtie.dâns leurs terres. Cela s'explique. Les
comtes possédifient le haut domaine deMernargiie : une moitié en
était inféodée par eux au vicomte Auphant. pour qui la tenaient les
chevaliers de Tavel ^ Les comtes en dominaient un antre quart que
Haoulph tenait directement pour eux : c*est ce quart qulls donnent
eu 1033 et le vicomte Auphant n'a\*ait rien à y voir. L acte étant
passé dans Avignon, comme il n'v résidait |)as. sa souscription n'y
fî^repas. Mais Bérenger. lui, v résidait : sa souscription v figure
donc. Il la donne comme ju^ de Provence et non comme Wcomte,
|jarceque. sans doute. Meynargrue se trouvait dans le ressort de la
vicomte dWuphant et non dans la sienne. Cela est tellement vrai
que le fait se n'-pète dans un acte qui se présente dans les mêmes
conditions : le c<imte Bertrand donne à Monimajonr réalise de
S.'iint-Alnan, au comté d^\^^g:non, près Tarascon. Cette localité
se trouve ainsi dans le ressort de la vicomte dWuphant et, si
l'acte était |>assé à Tarascon. ce serait Auphant qui le souscrirait.
Passé du consentement de Tévéque et des chanoines, il est bien
prol able qu'il fut dressé du côté d'Avignon. Dans Avignon, c'était
Bérenger qui résidait. C'est donc lui qui souscrit : mais il le fait
encore une fois en qualité de ju^ de Provence et non pas de
vicomte -, Quand le 1*' janvier 1038 '9, l'évéque Benezet fonde
c chapitre de Saint-Huf, il le fait de la volonté de Bérenger et
avec l'approbation des deux fils de ce dernier, Rostaing et Lau-
gier -*. Déjà, l'évéque Benezet avait reconstitué la vie canoniale
de son église, d'accord avec Bérenger à qui il donne le titre de
1. Janvier lOU {Saint-André, f«> 30.
2. 12 avril '1033-1036] : •• ego Berlrannus cornes... ecclesiam sancti
Aloanni... iii comitatu Avinionense inlerrilorio caslri... Tarascone... con-
sentienle... cpiscopo Seniorelo de .\vinione et canonicis et jiidice Baran-
gario >» (ms. lai. 13915. fî. 75 v<»-76 r®; Monlm., éd. du Roure, pp. 137-138).
3. Avignon, l"" janvier 1038/9 : « ego... Benedictus episcopus... in ter
rilorio Avenionensi, sublus burgo ipsius civitatis... super sancto Rufo...
S. domini Ik^nedicti... Bei'engarius voluit et concessit et libère similiter
filii hui Hoslagnus et Leodegarius finnaverunt... » (Ul. Chevalier, Codex
diplomaticus ordinis Sancti liu fi, Valence, J. Céas, 189i, pp. i-3, n* I).
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 373
proconsul, équivalant à celui de vicomte *. En janvier 1039/40,
Bérenger et ses fils échangent Téglise Saint-Martin et leurs
pêcheries de Gigognan, près Sorgues, avec Marzosc que leur
donnent les moines de Saint-André dans le comté de Sisteron *•.
Le 23 avril 1040, le comte Bertrand donne à Montmajoursa
seigneurie et s i part des droits qui se perçoivent au port de Taras-
con, sa seigneurie à Laurade, sa seigneurie à Graveson, sans
préjudice d'autres biens dans les comtés d'Orange, de Cavaillon,
d'Aix et de Toulon^ : Bérenger paraît, sans exprimer sa qualité, à
à cet acte qui concerne surtout la région dépendant du vicomte
Auphant ou de ses enfants^. Également en 1040, le comte Ber-
trand renouvelle sa donation de Saint- Aloan : cette fois Bérenger
1. [6 mars 1037-1«' janvier 1038/9] : « Benedictus... episcopus et Beren-
gerius ejusdem loci proconsul... Signum Benedieti episcopi et Barangue-
rii » (VaucluseG.,chap. métro|j,, 27 prov.. ff.i7 v«-19 r«).
2. Janvier 1039/40 : notice de Polycarpe {Annales^ p. 624).
Le père et l'oncle de Bérenger. en 987, possédaient déjà Jugugnunicus.
Marzosc était dans le comté de Sisteron {Saint- Victor^ 598), près Fontienne :
quant à Jugugnanicus, si Ton observe qu'une église dédiée à saint Martin
était voisine de cette localité, on peut, pour Tidentifier, se reporter aux
pancartes dlnnocent II (15 avril 1143) et d'Alexandre III (5 juin 1178) en
faveur de Saint-André (Bibl. nat.^ms. lat. 13916, (T. 130-132 et 134 137 delà
pagination rouge de ce ms. i. On voit dans la dernière que le monastère possé-
dait les églises Saint Martin de Riberiis, de Aldreria, deGigonano. A la prc-
mièœdoit correspondre la chapelle Saint-Martin, sur le terroir de Montfau-
con,rive droite du Rhône. A la seconde, la chapelleSaint-Martin, sur le ter-
roir de Courthezon ;Ia troisième correspond forcément à Gigognan, sur le
terroir de Sorgues. Donc le Jugugnanicus de 987 et le Gigognanicus de 1040
n'est autre que le moderne Gigognan.
3. 23 avril 1040 : « ego Bertrannus comes... in regno Provinciœ.. in
comitatu Avenionense, in Castro... Tarascone, mea dominicatura et meam
partem de portu ; in villa Laurata meam dominicaturam, in villa Graviso-
nis meam dominicaturam ; in comitalu Arausico, meam dominicaturam, in
comitatu Cavellico... in... Avellonicum meam dominicaturam; in comitatu
Aqueuse, in villa... Pertusum medietalem de decimo et meam dominicatu-
ram ; in comitatu Tolonense, in villa Garilde, meamdominicaturam,in villa...
Albinosco, quartam partem Beringuerius iirmavit » (Montm., pp. 136-
137). Le vicomte Auphant était sans doute mort.
4. 1040 : « Berangarius judex firmavil » (ms. lat. 13915, D» 76 r«). L'édi-
tion du Roure, p. 138, porte, à tort, Berangarius comes.
374 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
souscrit et il le fait en qualité déjuge. En janvier 1041 , dans Avi-
gnon, quand les comtes donnent la moitié de Meynargue, sur la
rive droite du Rhône, qui dépendait des vicomtes fils d'Auphant, on
reconnaît la souscription de Bérenger après celle de Tévêque
Benoit: mais il n'exprime toujours pas sa qualité de vicomte en rai-
son de remplacement des biens et il n'exprime plus celle déjuge,
parce qu'il n'y avait plus de juges de Provence ^ Le 25 octobre d'une
année voisine de 1041, dans Avignon, Bérenger et sa femme Ger-
berge,dontle nom parait pour la première fois, donnent, en faveur
de Saint-Victor et dans le comté de Vence, le quart de la Salette de
Saraman qui leur venait de ses père et mère à elle : leurs (ils
Rostaing et Bérenger, comme au 1*' janvier 1038/9, confirment
l'acte -. La présence des évéques d'Orange et de Cavaillon est à
noter. Par un acte de 1041, Amie, frère de I^mbert de Vence,
donne de son côté un quart de la même localité ^ ; enfin Raim-
haud de Nice en avait autant *. Or, Raimbaud de Nice était fils
d'Odile et de son second époux Laugier. Quand on sait que Lam-
bert de Vence et Amie avaient une sœur de ce nom ^ qui épousa
Foulques vicomte de Marseille, il est aisé de penser que Raim-
baud tenait ce quart de sa mère Odile et qu'Amie, frère de la
vicomtesse Odile, tenait le sien de son père. Odile, mère de
Raimbaud de Nice, devait être la tante paternelle d'Amie et de
Lambert de Vence.
Par conséquent, le père et la tante d'Amie possédaient au
moins la moitié de la Salette de Saraman. Il suit de là que Ger-
1. Janvier 1041 : «... Benedictus episcopus Grmavit, Berengarius, Rosta-
gnus de Gorda » (Saint- And ré, f<» 30).
2. Avignon, 25 octobre [vers 1041 J : « ego Berengarius et uxor mea Gir-
berga... in comitatu Vensonsi, in territorio ipsius civitatis, hoc est quarla
pars ville... Saleta Saramanni... ex progcnie parentum uxoris mee... Beren-
garius et uxor ejus Girbergis... Grmant. Udalricus episcopus firmavtt. Cle-
mens episcopus firmavit...; filii eorum Rostagnus et Berenguerius Ormave-
runt... » (Sainl-Vict.j 790). Cet acte doit se rapprocher de la date du n*» 791,
c'est-à-dire de 1041.
3. Sain/- Kic^or, 791.
4. Ibid,, 792.
5. Ibid., 109, 111.
I.A HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 375
berge, femme de Bérenger, doit se rattacher à la Maison de
Vence ; de fait, plus tard, Uostaing fils de Gerberge traitera
d'oncle Miron de Sisteron* qui était fils d'Odile et de son pre-
mier époux Miron de Nice. Si, à ce fait, on joint l'indication que
les vicomtes d'Avignon succéderont aux vicomtes de Sisteron, il
est clair que Gerberge, femme du vicomte Bérenger, était fille
d'Odile et de Miron Par conséquent, elle était cousine ger-
maine d'Amie de Vence, qui possédait un quart de la Salette,
et elle était sœur utérine de Raimbaud de Nice qui en possédait un
autre quart. Ainsi, Odile, femme de Miron de Nice,avait eula moitié
de la Salette et ses deux frères chacun un quart, ce qui donne à
penser que leur père en avait jadis reçu la totalité en fief, sous le
domaine comtal. Au bas de l'acte passé le 23 octobre dans Avi-
gnon, Bérenger ne souscrit pas avec la qualité de vicomte : c'est
que cet acte est relatif à des biens qui lui sont personnels, dans le
comté de Vence, et que sonautorité vicomtale n'a rien à voirsoitsur
ces biens, soit dans ce comté. Dans un nouvel acte où il accompagne
avec sa femme les comtes Bertrand et Geoffroy, il n'en est pas de
même^. Là, il figure comme vicomte : c'est que l'acte concerne le
comtéde Sisteron, c'est-à-dire la région, placée sur la rive droite, où
son autorité vicomtale s'étendait avec celle de ces comtes. Ce fait
seul suffit à établir que l'acte où il se produit est antérieur à 1045,
c'est-à-dire à l'époque où sera créé un vicomte de Sisteron, ce qui
restreindra l'étendue de la vicomte de Bérenger. Un fait montre
bien que, depuis la disparition des vicomtes de Cavaillon jusqu'à
la création des vicomtes de Sisteron et de Gap, l'autorité
vicomtale s'étendait avec celle des comtes Bertrand et Geoffroy
d'Avignon jusqu'à Embrun, c'est-à-dire tout au moins depuis
1. Saint-Victor, 664.
2. [1037-1044] : « in mauus potestates comités, id est Jofredus sive Ber-
traiinus... Signum ipsi comités... Signum Baranguerius vicecomes et uxor
sua voluerunt et firmaverunt. Signum Isoardus et frater suus Villelmus
firmaverunt. Signum Roslagnus de Gargaia firmavit. Signum alius Rostagnus
de Sestarone firmavit... et canonici de sancto Mario voluerunt et firma-
verunt » (Saint- Victor f 675).
37t» I.A PRO>'E.\CE DU PREMIER AL* XII* SIÈCLE
la mort du marquis Guillaume fils de Koubaud. Dans ce der-
nier acte relatif au comté de Sisteron, après la souscription
des comtes et après celle du vicomte, figurent celles d'Isoard et de
son frère Guillaume. Si Ton songe que Rostaing de Jarjaves à
leur suite est certainement un chevalier de la région gapençaise,
ces deux frères rappellent Isoard et Guillaume qui paraissent dans
un autre acte relatif à TEmbrunais avec rarchevéque d'Embrun*.
I>e premier avait pour enfants Guillaume et Pierre: il doit s'iden-
tifier avec Isoard de Mison qui vivait encore en octobre 1030^ et
dont le fils cadet, Pierre, sera le premier vicomte de Gap. A ces
indices s'en ajoute un autre, de nature différente. Bérenger avait,
à la porte de Gap. hors des murs et près de la route se dirigeant
vers Embrun, le domaine d*une terre que tenait de lui en fiet
Autran de Tallard. Ce mas était voisin de l'église Saint-André
et, à l'autre porte de Gap, hors des murs, près de la route
menant vers Sisteron, existait une autre église dédiée à saint
Arey à côté de laquelle on avait établi un prieuré de Cluny. A
un moment donné, le moine de Cluny Alboin, qui dirigeait ce
prieuré, échangea avec Autran de Tallard le mas voisin de Saint-
Arey contre celui voisin de Saint-André"*. Il fallait pour cela le
consentement du seigneur dominant Bérenger : celui-ci Taccorda
bonnement, bono animo. Il fallait aussi la ratification des comtes
Geoffroy et Bertrand : aussi Tacte se passa en leur présence.
Bérenger y reçoit le titre de vicomte, ce qui achève de prouver
que sa juridiction s'étendait bien alors d'Avignon jusque là.
L'archevêque d'Arles est présent avec les comtes : on y retrouve
aussi Rostaing de Sisteron qui se trouvait dans l'acte précédent,
relatif au comté de Sisteron. Mais Isoard de Mison était mort
depuis : c'est son fils Pierre qui le remplace.
A partir de 1045, l'autorité vicomtale de Bérenger se restrei-
gnit évidemment de tout ce qui se trouvait désormais soumis
1. Saint-Victor, 1057.
2. Ibid., 712.
3. [1037-iOi51 : « de uno manso pertinente monasterio... fundatus juxta
ecclesiam beati Erigii... non longe de civitate Vapincensi... facimus con-
LA IIIÉRARCIIIB ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 377
aux vicomtes de Gap et de Sisteron. On s*explique encore
mieux que Miron, fils d'Odile et de Miron de Nice, ait été choisi
comme vicomte de Sisteron en t0l5, quand on sait qu'il était
le propre beau-frère du vicomte d'Avignon.
Depuis que Tautorité du vicomte se restreint, les actes qui le
concernent sont naturellement plus rares.
En octobre 1051, à Avignon, une veuve nommée Gisberge
donne des biens sis à Saint-Remy sur la rive gauche de la
Durance : Bérenger souscrit, mais sans exprimer son titre de
vicomte, parce que ces biens se trouvaient hors de la vicomte ' .
A la mort de Tévêque Benoît (18 avril 1047), ce fut Rostaing,
fils aîné de Bérenger, qui le remplaça.
Un acte concernant la rive droite du Rhône, du temps de Tévêque
Rostaing, permet de faire encore une fois la même constatation
que celle déjà faite plusieurs fois à propos de l'emploi du titre
vicomtal réservé aux actes qui concernent des biens placés dans
le territoire soumis au vicomte. Ranulph Asquier abandonnant
le quart de Meynargue, les deux vicomtes souscrivent : le
vicomte Bérenger omet son titre, le vicomte Guillaume prend le
sien^.
Les deux derniers, actes émanant du vicomte Bérenger, sont
les suivants. Le 14 février 1063/4, de concert avec sa femme
Gisberge, ses fils Tévêque Rostaing, Bérenger, Raymond, Guil-
ventionem mutacionis pro uno... manso... juxta ecclesiam beati Andréas...
quo... habere videtur a domno Biringario pro bcncGcio... jure pcrpctuo...
conccdente domno Biringario bono animo... in prœscntia et consensu
comitibus nostris Gaufredus et Bertrannus. Et Berengarius vice-
cornes... et aliorum plures nobiliorum hominum... domnus Haimbaldus
Arelatensis archiepiscopus et Rostagnus de Seslaronc et Petrus de
Nfisone... » (Bibl. Carpentras, ms. 504 : Juvénis, Uist. du Dauphiné, t. H,
p. 56).
1. Avignon, octobre 1054 ; « ego Gisberga... in conimitatu Avenioncnse,
ultra fluvium Durentic, prope Sancti Hemigii.. Domnus Berengarius flr-
mavit... >} (Vaucluse, G., Chap. métrop.,27 prov., ff. 26 v«-28 r<»).
2.f 1047-1065] : « de Mairanicas... in presentia Rostagni episcopi, Beren-
garii. Pétri Amici, Guilclmi vice comitis... »( Vaucluse, G., Chap. métrop.,27
prov., rr. 22v»-23 r«).
37K LA PROVENCK DU PREMIRR AL' XIt« SIÈCLE
laiiiiK*, Laiif^ier, Hostaing et Bertrand, il donne à Cluny T^Ii^k'
df la Sainle-Triaité,du Pont de Sorgues, avec la moitié des dîmes
de la chair de tout le village, le dixième de la pari qu*il tireda
marché et le dixième d'un moulin avec le droit d y moudre sans
laisser de mouture. Il donne également les dîmes de tout son
laheur, en pain et vin, et celles de son jardin. Il y ajoute diffé-
rentes pièces déterres près de la Sorgues* et les comtes de Pro-
vence confirment cet acte qui a tout Talr d'un testament.
Vax même temps, comme son (ils Tévéque Rostaing avait con-
testé au prieuré clunisien de Gap rechange jadis approuvé par
lui, Itérenger le confirme de nouveau ^.
Dans les dernières années de sa vie, Bérenger voulut faire une
ahhaye de l'église du Saint-Sépulcre et de Saint-André près le
chAteau du (^annet, dans révéché de Fréjus, qui lui venait de sa
femme. Les intentions du vicomte ne purent, toutefois, recevoir
plein effet : son fils, le vicomte Rostaing, dut plus tard s'occuper
de les réaliser *.
I. .Vxin:iu>ii, IV fôvrier 1063 ï : « ojro Baraiigarius, cum voluntate uxoris
iiH'a» liisthM'^M' ol filionini mooriim vitîclicel Rostapni episcopi et Berin-
jj.i'iii, Hayiiuimli, Willolini, L«»odojrari, Hosta^Mii, Bortraniiiac consiliopre-
tlioli HoNtu^ni AvtMinioa' civUatis episcopi ejusque canonicorum, dono...
tvolosiam saiictv Trinilalis.,. in lerrilorio Avonnicensi, in Castro... Pods
Sortie cum nitvHolale ilooimanim inoarno tocius ville et cum décima parte
illius partis ipiam haboo in morcato ot docima molendini de Balmeta et
moloro ihidiMii monaohis al»squo moltura. Oono. . décimas de omni labore
inoo pivdioli looi in pane et vino ol d»» orto meo .. El, secus buccam Sor-
K»V ••• |H»tiam do lorra... ol in looo.,. Willa \olula... petiolam. . et in loco...
Milanoon... poliolam... ol ad Ficulneam... poliam... rivulus... Surgilionis...
noous molondinum do ipsa botiliaria... in Sorgita... Willelmus comes Pro-
\inoialis ol Josfivdus fralorojus tirmavorunt. Si^uum domni Berangarii ol
iivoris Mio iiisboitro ol tlliisui... Hostagni opiscopi. Barangarii, Raymundi,
Willolmi» l.o»Hioi:ai'ii. Hosl.ïi^ni. Bortranni... Polrus Amicus et fratres sui..
Willolmus, F.ldoboiius ol Anuous voUiorunt et tîrmavenxnt... Cluny ^
•^. foxrior liH»;< % : • nu^lo<lia quam intuUl opiscv^pus Avenionensis filii
Boivni:j'.:i... oooîosi.o >anoti Anviroio. . siîjhm mœnia Wappincense... jure
|X*rpoluo >uprji^holi IWrx'njrarii \ioo<.'omilis .. pro cambio... quando ipsa
nu^oslaliono.. .ui .u\u^> dom::i lVrtMic*<rii vononl... j:raviter accopit... wir-
pioionoïn fooit... - Jiivènis. liist. du D\uph:i^, t. 11. p. 113 .
.*, tv^JKViiW : Berinirerius piwoasiiî A\iuiv^aon>is... abKaliam... voluil
r\
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVR ET LE RÉGIME FÉODAL 379
Le vicomte Bérenger parait être mort avant le 13 juillet 1065,
date à laquelle le comte Bertrand favorise le monastère de Saint-
André d'un don que seul Tévêque Rostaing approuve, si
l'analyse qui reste de cet acte est exacte K
On lui connaît sept (ils : le dernier, Bertrand, ne parait que du
vivant de son père le 11 février 1063/1. Quant aux autres, ils se
répartirent le pouvoir dans Avignon, aussi bien le spirituel que le
temporel. Pendantque Taîné Rostaing tenait révéché, le troisième,
Raymond, tenait le doyenné établi h N.-D. la Principale et uni
au chapitre de la cathédrale. L'évêque, encore vivant le 30 janvier
1071 *^, mourut avant le mois de janvier 1075/6 ^ ; il était réputé
j)our son avarice. Quant au doyen, il a gardé le nom de sa dignité :
cest Raymond Decan. Cette dignité, dont il jouissait sur la rive
du Rhône, ne l'empêcha pas de prendre femme sur la rive droite:
le fleuve séparait Tune de l'autre et c'était déjà une concession
appréciable aux règles de l'Eglise. A la génération précédente,
certains évêques tenaient leur concubine à proximité de leur
cathédrale. Cette femme, peut-être une sœur de Rainon et de
Rostaing de Posquières, lui apporta des biens près de Nimes : de
plus, son petit-flls tiendra par mariage le château de Marguerittes
en fief de Bernard, vicomte de Nîmes, Agde et Béziers *. Au début,
il figure, avec ses frères, dans des actes relatifs h la vicomte
de Sisteron qui leur était échue •'.
facere in episcopatu Forojulicnsi de ccclesia S. Sepulcliri et S. Androœ
juxta castrum... Cannetum... supradiclas ecclesias... Sancto Andréas... in
monte Andaone in cpiscopio Avennicensi... donavit praesenle Hodnipho
Cavelîicensi episcopo et Ponlio Ralda... consenlicnte Gcrberpa uxore... »
(Bibl. nat., ms. lat. 13916, f» 20 v«; ms. lat. 8971, ^ 33 v*>}. Cf. Lérins,
Klammare, n° XLIV.
1. 13 juillet 10G5 (Sam/-^/i(/r^, f<* 28; analyse de Polvcarpo : Annales
p. 633).
2. 30 janvier 1074(C/u/iy, 3466). Pour Tavarice, cf. la ViV» desatnl Pons,
abbé de Saint-André, chap. 9 (ms. lai. 13916. iï. 16-18), et la rapprocher
de Tacle du Cart, de Saint- Victor, n® 664.
3. Janvier 1075/6 {Saint-André; Polycarpe, p. 635).
4. Béziers, 1121 {Hisl, de Languedoc, 2« éd., t. V, n« 475).
5. [1065 10T5] : c< ego Rostagnus episcopus Avinionis, filius Berengarii
vicecomiti... condaminam... propccastellum... Forcalcherium... Rostagnus
r
'iVf LA Ktfjvv^x, uc rwcrnuM Ar uo* ateLC
Ij: 2H juillet 109i. ftoos k simple dooi it Decui. fl assiste à
U dofi^û'Mi f^iU; {Mr R^TOkond de Stial-Gilles. marquis de Pro-
v#rfic^. rxi o*- priiK-e exempte de ses droits de péag^esnrle Rbôoe
et U f>umnûe les F^siteaax deSaint-Mcior - : cette donation Uissait
yr^ThstruUr que la C'omte«iMf Douce en ferait antant. Eo eSel. D:>iice
con'^uiii le méaie pri%'îlè^e et. parmi les grands Tassan qui
suivant s^in exemple. Ra\ moud D <aD déclare Tétefidne au droits
qu'il percevait au Font *. Il s'agit là du Poot de Sor^pnes et de
la quotité kérédi^aire des droiU vicomtaox qni étaient échus an
doven : il s'en désintéresse plus facilement que le» licomtes ses
frerffs. On le trouve encore dans AvigDooeD janTier 1096 ' : il abaoï-
donne au chapitre ce qu'il tient à Rognonas, non seulement des
terres, mais ses drrjitssur les ventes, la mistralie et les plaids. Ce
Vint la encore des parcelles de la vicomte. Cet acte a les allures
epiv:opijs firnia%ii. Haimun'lus et Vîlelmas, Laugerius et Berengarius fn-
tM'H. f fin fies isli finnaverunl... » 'Ssint- Victor^ 663 .
'I<><r>-t075j : " e^o Ro«ta(çnuft sancte ATÎniooensis çcclesie episco'us...
t'OuiUmUiHm quarii Miro quondam avoDculus meus dedent... quam... Bereo-
(^anijn fraU;r rncijs reddidit... Ego vcro... post mortem fratris meî Bereo-
((iini... riffHo frain.. Sed, quia temfiorali stipendie penilus carere nequeo,
a<:<;lpio pr'/'linde XL sr>lid/>s oUoninconim nummorum. Est... ei... apud
ytfVtnt'HU'HntÈTn cantrum... Guirbcrga et filii ejus Willelmas, Raimundus,
l^il)i^<'rîijt», hoHla^uus (if maverunt... » {Ibid., 664,.
I . ÎJH juillirl 1(1*^4 : " ego Haimundus.., comesel Provinciç marchio... quid-
qiiid iiMJH aut f frrlilijK ha^>eo... in ralibusdescendentibus sive per Dureciam,
i»iv<'|;<rr Hod(iniim,(;l in nauibus |K>reosdein fluTios...a8ceDdentibus... utab
ba' di<'... |H'0|;ri<* naven et rates... monasterii nichil...tribiiant... Sedel ilM
qii'/'l llifb'iH roinitifisa vel ahi... dederunt vel daluri suot... laudo. . Rai-
ifiiifidiin r:omi*fi... Kgo Alvira comilissa laudo... Decaous firmavit. Willel-
rnim d<' Snbni firmavit. Fulco Dodonis flnnavit. Raimundus de Biierris
niMittvit,.. n (Saint-Victor, 686;.
*2. '28 jiiiHct KHIi ?J :« ego l)ulcis com i tissa dono... Raimundus decanus
quirqnid iiHim ab<M'<; videtur et accipere in Ponte condonat similiter... »
^ //////., 6K6j.
ii. Avignon, janvier 10% : « ogo Raimundus Decanus filius Berengarii et
('i\%\n*îy,tt*... loluni qnod bnbco... in villa de Ragnenatis... in cambia, in
mi'ulnilid, in pbiriliH... nt kannonici sint memores mei... S. Raimundi...
toupiT filliin* hiinrly Miiri<* donavit... Leodeguarius f rater ejus... donavitet
nrniiivil. HoHhignuH B(*r<'nguarius alius frater Gnuavit. Berengarius epis-
copua lirniavit » (Vaucluse, G. 27, ^ 32 v»- 33 r«).
S
La UlÉRARCrilE! AD)ÉIMSTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 381
d'un adieu. Le 12 juillet suivant il est à Nîmes ^ ; mais il
est trop vieux, apparemment, pour suivre en Terre-Sainte le
marquis de Provence, chef des croisés, et il ne dut pas tarder à
mourir. Ce fut son fils, appelé comme lui Raymond et son suc-
cesseur comme doyen d'Avignon, qui se croisa : en plus de l'hé-
ritage de son père, celui-ci tenait de sa mère Posquières ^. Le
31 janvier 1105, il était encore en Terre-Sainte''. Le 13 janvier
1112, il était de retour^. Il avait épousé sans doute une fille
d'Elzéar d'Uzès; en somme, il était fixé en Languedoc et il dut
abandonner le doyenné d'Avignon, n'en gardant que le nom.
En effet, vers lliO ou 1115 ^, Tévêque d'Avignon et son chapitre
se déclarèrent la guerre à propos du doyenné : cette guerre se
termina par une trêve que jurèrent dix des amis du chapitre et,
sans doute, il s'agissait de savoir qui remplacerait Raymond Décan.
Celui-ci mourut seulement au mois d'août 1138 et il fut inhumé
à Psalmody 6. Raymond Décan eut cinq fils. L'un d'eux, Ros-
taing de Posquières, épousa, en il 21 , à Béziers, Ermessende, fille
de Bernard, vicomte de Nimes, d'Agde, de Béziers, et de Cécile
1. Nîmes, 12juillell096 :« Decanus « (//i«^ de Lang.,2'' éd., t.V, n« 393).
2. « R. Decanus Poscarîensis » (Ibid,, n^ 377).
3. 24 janvier 1103 : « Decanus de Poscherias {ïbid,^ n* 415). Le 17 janvier
on lit : « ego Raimundus gracia Dei Sancti Egidii cornes et Provinciœ mar-
chio, princeps autem, Deo auxiliantc. milicie christiane in Jerosolimitano
ilinere » (//>tV/., n*414).
Montpclerin, 31 janvier 1105 : « Decanus de Poscheriis » (Ibid., n^ 420).
4. 13 janvier 1112 : « S. Decanide Poschcres »(iVarca/n>/)an.. App., 349). —
1114 :«D. deP. »(//is/. c/eLan^r., 2«éd., t. V, n« 450. — Fos. 1H6 :«. Decanus
de Poscheriis» (Bouchcs-du-Rhône, B. 1069, D> 230 v«). — 7 mai 1118 : « D. de
P. » {HisL de Lang., 2« éd., t. V, n« 462, § i). — Arles, août 1118 : « Ray-
mundus Decanus n(BibL d'Avignon, ms. 2754, f» 40 r*»). — H 18 : « D. de P. •
(IlUt. de Lang., 2« éd., t.V, n» 456, S 6). — 9 mai 1125 : « D. de P. » (Ibid.,
no 491, §4).— Août 1129 : « D. de P. ». //»«>/., n» 502). — 1129 i//>ic/.,n« 504).—
23 février 1130/1 : « D.de P. » (Mic/., n« 506, § 1).
5. [1109-1117] : u nomina amicorum, fidelium sciiicet çcclesiç sancte Marie
Avennice sedis qui, propter guerram quam episcopus A. cum suis kanoni-
cisprodecania habuit, ex parte kanonicorum treugam juraverunt... » (Vau-
cluse, G.27,f«34r«).
6. Août 1138 : « R. Decani dominus Posqueriarum et Ucetiœ » [Gall.
Christ,, t. VI. col. 620).
382 LA PROVENCE Di: PREMIER AU Xll® SIÈCLE
de Provence : en dot, il reçut Marguerittes, Beauvoisin et Cal-
visson*. Ce Rostaing se rencontre jusqu'en 1142 ^ et mourut
avant 1 1 46, laissant lui-même deux fils, Rostaing et Pierre de Pos-
quières, qui paraissent à cette dernière date ^. Un autre des fils
de Raymond Decan, seigneur de Posquières, fut probablement
Brémond d'Uzès, qui parait de 1146 à 1168*. Tous les liens avec
le pays d'Avignon, de cette branche cadette de la maison vicom-
tale d'Avignon, n'étaient pas disparus: eu 1157, Brémond d'Uzès
hommage Saze à Tévéque d'Avignon ^. Raymond Decan de Pos-
quières, outre Rostaing de Posquières et Brémond d'Uzès, eut
encore trois fils. Tous trois furent évêques, ce qui donne une idée
suggestive de la grandeur à laquelle parvenait cette maison issue
d'un cadet d'Avignon et d'un simple doyen du chapitre decette cité.
11 est vrai que les évêques, au milieu du xn® siècle, étaient peut-
être de plus petits personnages que ceux duxi*, au point de vue
de la puissance temporelle. L'un d'eux, Raymond, futé vêque de
Viviers(-î- 1 170 ?)^; le second, nommé également Raymond, évêque
d'Uzès (f 13 décembre 1188), et le troisième, Albert, évêque de
Nîmesff 1180?). Quanta Brémond d'Uzès, frère de cesévèques.
i. Bézit^rs, 1121 ^//w/. de Lang,, 2' éd., t. V, ii" 475).
2. 15 septembre 1125 (/6m/., n» 492.— Toulouse, mai 1130 (76iJ.,
no 513). — 23 février 1130/1 (/6iV/., n» 506, § 11). — Montpellier, 1131 ^Ibid.,
u» 515). — [Vers 1131] (/6ù/., n^SlG». — 20 juin 1U2 (//»*(/., u« 552).
3. 1146 ^/Ai(/., n°569).
4. 1146 [Ibid,, n^ 569 . — 1150 :w Uremundus de Usetico» (Carpenlras, uis.
512, f^ 116). — 1158 {Ilist. de Lang., 2« éd., t. V, n» 616, § 3). — Janvier
1161 [Ibid.j n® 637). — 1168 : «« B. dominus Ucccia; et Poscheriarum »(//>i(/.,
n° 668,^3). — Saint-Gilles, décembre 1174 : u ego Dremundus de Ueecia...
ius pascendi sine usatico in Silua Golischa... « .Arch d'Arles; chartricr
Veran, n» 16, scellé : ^ SIG'ILLVCD BERCDVNDI; danslechamp.
un château ; sceau de cire en navette 36"""» et 60"»"» de haut).
5. 1157 (Vaucluse, G. 261, fo 11, et Arch. Valic. Inslr. miscella; layette:
996-1249, n^ 16;.
6. Son prédécesseur, Guillaume do Peytieux, prévôt de Valence ol
évècpie de Viviers, mourut en 1155 (Charvct, Sa£Vi/-.4n(/r<*-/e-//aii/, n° Vil.
— Comte de Pierlas, Doc. inéd. sur les comtes de Valence et Vordre de
Saint-Jean; lïev, hisf. de Pror. de M. du Roure, f' année, Aix, Remon-
det-Aubin, 1890-1891, pp. 1U-U5,.
LA HIÉRARCHIE ADSIlMSTRÀTiVE KT LE RÉGIME FÉODAL 383
il laissa plusieurs fils, notamment Elzéar, seigneur de Pos-
quières, et Raymond d*Uzès, dit Rascas, Le premier, connu de
1156 à 1185, mourut avant juillet 1202 ' . Le second, en février
1199/1200, hommage Saze à Tévéque d* Avignon Rostaing de
Marguerittes ^.
Il est inutile de pousser plus loin ce qui concerne les descen-
dants de Raymond, doyen d'Avignon, et il faut revenir aux aînés
de la maison vicomtale. A côté de Tévêque Rostainget du doyen
Raymond, se trouvaient quatre autres fils du vicomte Bérenger,
i. 1156 (Bouches-du- Rhône, B. 283). — 1157 : « Elisiardus major natu
filiorum Bcrmundi de Uzctica» (Vaucluse, G. 264, f" 11). — Janvier 1161 :
« Ilelesiardus filius ejus » (HisL de Lang,^ 2* éd., t. V, n© 637). — Décembre
1171 : « Hyl. de P.cum fralribus meis » (Bouchcs-du-Rhône B., 1069, ^ 215).
— Janvier 1182/3 : « ego Helesiardus de Usctico... ego Baimundus de
Usetico fraler supradicti Helesiardi. . . » (Arch. d'Arles : Aulhcnliquedu
Temple de Saint-Gilles, IT. 8 r<»-9 r«). — Octobre 1185 ; « ego Helisarius de
Usetico PoscheriaruYn dominus laudo. . . donationem quam Bermundus de
Usetico quondam pater meus feccrat. . . et ego Bermundus supradicti Heli-
siarii Glius... » (Arch. des Bouches-du-Bhône, H. Malle 107; sceau circu-
laire de cire blanche 40"»" de diamètre, >îi o S ® ELISI7CRIS' t)NS*
DE'POSTQERIIS avec un château). — Mars 1185/6 : « Rostagnus de
Poscheriis suprascripli Helisiarii filius... » (Ibid, — Cf. Arch. d*Arles :
Authentique de THôpital Saint-Gilles, (T.14vo-15r«). — Octobre 1192 :« ego
EHsarius de Ucecia Poscheriarum dominus, filio meo Bermundo concedente
et confirmante. . . » (Arch. d'Arles : Authentique du Temple de Saint-Gilles,
ff.l67 vo-168 r®). — 7 décembre 1196 : « Rostagnus Poscheriarum dominus. . .
pâtre suo quondam Elesiario... ego Rostagnus Dei gratia Poscheriarum
dominus. . . » (Ibid,, IT. 165 v*-167 v»). — Novembre 1198 : « ego Bcrtran-
dus de Ucecia et ego Maria eius soror heredes Raimuude filie quondam
fralris nostri Raimundi de Ucecia et ego Guillelmus Castellanus maritus
suprascriptc Marie... in illo stare quod fuit Pelri de Castlario aui quon-
dam suprascripte Raimunde. . . » Ibid,, fî, 13 r°lir«;. — 4 mars 1202/3 :
«ego Rostagnus Poscheriarum Dei gratin dominus. . . recognosco domi-
num Bermundum de Ucecia quondam avum meum donasse. . . pascuuni
totum de Silua Godesca. . . nunc autem. . . laudo . . .ego Bermondus de Pos-
cheriis obligo me fideiussorem. . . » [Ibid., Authentique du Temple, AT. 209
v°-211 i"^), — Juillet 1202 : « Rostagnus de Posqueriis filius quondam Ele-
siarii de Poscheriis... trado... pascua... in silva Poscheriarum... »
(Arch. d'Arles : Authentique de rilôpital de Saint-Gilles, (T. 15 vo-16 r»).
2. 1168 : « R. Uceciœ » (Uisl, de Lang,, 2« éd., t. V, n» 668, § 3). — Saze,
février 1199/1200 : « R. de Ucetia, Rascatius, filius quondam Bermundi de
Ucetia « (Vaucluse, G. 264, ^ 12).
384 LA PROVENCE DU PREMIER AU XU* SIÈCLE
mort entre le U février 1063/4 et le 13 juillet 1065. Ce sont
Bérenger, Rostaing Bérenger, Laugier et Guillaume.
Entre le 14 février 1063/4 et le 1" mai 1065 *, Giraud, évêque
de Sistcron, se trouve avec les vicomtes Bérenger, Mironet Ros-
taing, Raimbaud de Nice, Rostaing de Sisteron, Cotaron de For-
calquier, dans Tun des grands plaids annuels qui se tenaient à
Barbaras ; il confirme une donation faite en 1044 par le marquis
Bertrand. Puis, Guillaume et Geoffroy, les deux marquis fils de
Bertrand, l'ayant confirmée à leur tour, Bérenger les assiste ^.
Enfin, le vicomte de Sisteron, Miron, étant mort sans fils, ce fut le
vicomte d'Avignon Bérenger qui lui succéda et qui devint vicomte
de Sisteron. Par sa mère Gisberge, il était son neveu. Le !*■• mai
1065 3, le même évêque de Sisteron Giraud requiert, pour une
1. [14 février 1063/4-1 «' mai 1065] : « Geraldus, episcopus Gisisterîcen-
sis... Berengarius vicecomes firmavit. Miro vicccomes Grmavii. Raianibal-
dus de Nica firmavit. Hostagnus vicecomes firmavit. Wantelmusde Oppeda
firmavil. Hostagnus Sigisteriscensis firmavit... » (Saint-Victor, 659J. Le
vicomte Bérenger. qui figure ici, ne peut être celui qui vivait le 14 février
1063/4 : en effet, jamais Rostaing, qui y figure aussi, n'a été vicomte du
vivant de son père. Donc, ce Bérenger est le frère de Rostaing et ainsi
Tacte est postérieur au 14 février 1063/4. D'autre part, Miron, qui y figure
avec eux, est mort avant le f* mai 1065, puisque le vicomte Bérenger,
fils de Bérenger, lui avait déjà succédé à cette date (Saint- Victor, 680).
Le Rostaing do Sisteron qui figure ici n'appartient pas à la maison des
vicomtes de Sisteron : comme Cotaron de Forcalquier, Gantelme dOppéde,
à Forcalquier et h Oppède, c'est un membre de la famille investie de la
cliâteUenic de Sisteron.
2. [14 février 1063-1007] : « ego... Vilelmus et ego Gauzfredus comités
sive marchiones Provintie... Berengarius filius Berengarii vicecomitis
donavit et firmavit... » [Saint- Victor, 659).
3. l*"" mai 1065 : « ego Geraldus, gracia Dei, Gisistencensis episcopus...
consilio et volunlate domni Willelmi Bertranni comitis Previnciç et comi-
tisse suç uxoris, domni eciam Berengarii, filii Berengarii majoris, wiceco-
comitis Sigislerirensis sueque mulieris Accelcne »> (Sai/i/- Vic/or, 680). Le
scribe écrit : niillesimo adjuncto eciam LX necnon V ablato. En bon latin, ce
serait 1055; maisGéraud n'a été élu évoque de Sisteron qu'en 1060. De plus,
en 1055, c'était Pierre qui était abbé de Saint-Victor et non pas Durand,
cependant nommé dans ractc. Le n» 532 présente une date rédigée avec
une obscurité pareille h celle-ci : millesinio, adjuncto eciam sepluagesinio et
non deeodem numéro quarto ablalo. Or, par les éléments certains qui accom-
pagnent ce dernier millésime, on voit qu'il s'agit du mercredi lOavril 1074/3,
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 388
donation, le conseil du comte Guillaume Bertrand et celui de
Bérenger, pris en sa nouvelle qualité de vicomte de Sisteron. On
apprend à cette occasion que ce vicomte avait épousé Accelena,
Désormais, la famille des vicomtes d'Avignon reprendpied dans
le comté de Sisteron comme avant 1045. Dans un acte de la
même époque, on voit Tévêque d'Avignon Bostaing, ses frères
Raymond et Guillaume, Laugîer et Bérenger, donner une conda-
mine voisine de Forcalquier à Saint-Victor *. Le 5 avril 1066, le
même évêque d'Avignon jure de maintenir le temporel de l'église
concathédrale de Forcalquier, soumise à la commune du chapitre
par Tévêque Giraud : ilagit là comme s'il faisait fonctions d'avoué
de cette église ^. Peut-être le vicomte Bérenger était-il déjà mort à
cette époque et avait-il laissé Sisteron à son frère l'évêque. Défait,
dans un autre acte, l'évêque Rostaingrend, moyennant finances,
une condamine jadis donnée par feu son oncle le vicomte Miron^
pour laquelle celui-ci avait reçu un cheval etuneépée de la valeur
de soixante sous, puis reprise par Bérenger et restituée parce der-
nier avant de mourir. L'évêque Rostaing, successeur de son
frère Bérenger, exige de nouveau quarante sous pour abandonner
cette condamine près de Forcalquier. Sans doute, à chaque
succession, le même fait tendait à se reproduire en s'atténuant
chaque fois; ainsi, le don primitif de cette condamine ne se
perpétuait pas sans coûter aux moines de lourds impôts qu'il
leur fallait payer aux ayants droit de leur bienfaiteur pour obte-
nir une tranquille possession ^. Ce que les mourants donnaient
selon le style de rAnnonciation elTiisa^^e pisan. Il faut donc qu'il en soit
(le même pour le premier acte, au moins quant au millésime, et il faut lire
1005 au lieu de 1055. Le scribe s'est embrouillé dans son élég^ance : il a
écrif nec non V ablalo, quand il fallait e/ non v ablalo.
1. Saint- Victor, 663.
2. 5 avril 1066 : « juravit episcopus Avinicu* honorem sancti Marii qui
illum die habe}>at et in antea cum consilio suo adquirere potuerit et omnia
possibilia quidquid canonici in commune habuerant... » (Carpentras, ms.
513, fî. 130ro-132ro).
3. [1065-1075] : u ego Rostagnus, sancte Avinionensis ecclesiç episco-
pus... condaminam quamMiroquondam avunculus meusdederat pro qua et
equum et ensem precio LX solidorum acceperat... quam iterum injuste
Mém. et doc. de l'École de» Charte», — VII. 25
381) l.A l'ROVLNCi: DU PREMIEH AL' Xll*' SIÈCLE
cruiie main défaillante, leurs héritiers le reprenaient d'un poi
ynet solide, en attendant de craindre à leur tour la mort; sinon
il fallait les dédommager de suite et largement. C'était Tusagi
courant : il n'enlevait pas à Tâme du mort, qui avait donné, 1<
mérite de sa bonne œuvre.
Puisque Hostaing succède ainsi à son frère Bérenger, c'esi
signe que celui-ci ne laissait pas d'enfants ; leur oncle Miror
n'en avait pas laissé davantage. Le même évéque, qui trouvai!
si bien moyen d'accommoder les exigences de sa conscience avw
les besoins de sa bourse, tenait, toujours à Forcalquier, des offi-
ciers lesquels, pour se rémunérer de leurs gardes, exigeaient, soil
des cultivateurs eux-mêmes, soit sur les vignes de Saint-Promas,
des droits arbitraires, comme bon leur semblait : cela était con-
traire, non seulement aux commandements de Dieu, mais aussi à
la coutume. Réfléchissant à l'énormité de ce péché, Tévêque pres-
crit ({ue personne ne pourra plus pratiquer ces extorsions, pas
plus en son nom qu'au nom de la comtesse et de tous les « princes « '
à eux soumis. Cette fois-ci, on ne dit pas combien Tévêque d'Avi-
gnon revut pour mettre ainsi sa conscience en paix. S'il pressen-
tait la mort, ce don dut être gratuit : en tout cas, il mouru!
jjeu après. Les trois frères survivants, en dehors du doyen,
confirmèrent la donation de lOGi émanée de leur père •. Cette
confirmation fait ressortir ce que le plaid de Barbaras avait déjà
possessam Berengnrius fratcr meus roddidit pro salute anime sue. Egt)
vero Qictuens, post mortem frai ris moi Borengarii, possidere prescriptam
condaminam, melius niihi previdens, reddo eam...Sed, quia (emporali sti-
pendie penilus carere nequeo, accipio... XL solides ottonincorum nummo-
rum. Esl... apud Kornicalcarium caslriim... Guirberga et filii ejus Willel-
mus, BaimunduSf Lolli^erius, Hostagnus firmaverunt » {Saint- Victor ^6W-
1. [10()7- 107;)] : «« ego Boslagiius episcoi)us Avenionensis, contra precep-
luni Oei malum usum liabebani... apud caslruni Furcalcherii... conside-
rniis (piia magnum peccatum essel hoe... dimisi illum malum usum.., ex
parle mea et ex parle comilisse et omnium principum nostrorum, ut nul-
lus deinceps hoc audent facere. neque eomes ncque episcopus aequo ali-
quis princops posl nos venturus... » (Sa/V/N \7c/or, CC5).
2. [^1075-lOlMr : « Hoslagnus et Willeimus et I^eodegarius vicecomiles
rirmaverunt, Roslagnus et Raymundus Clii Willelmi vicecomitis firmave-
runl »' (Bibl nal., ms. Int. nouv. acq. 1498, (T. 21 v«>-23 r»).
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 387
montré : c'est que tous les fils du premier vicomte Bérenger se
partagent la vicomte d'Avignon, au lieu d*en laisser le titre à lun
d'eux. De même, en 1041, les cinq fils du vicomte Auphant se
partageaient son titre. Ils ne font que suivre l'exemple des
comtes se partageant désormais le titre de marquis. Pour le
moment, il en reste trois à Avignon : Rostaing Bérenger, Guil-
laume et Laugier. Ce dernier, Laugier, vivait encore dans Avignon
en janvier 1096 : il parait être mort avant février 1099 et ne pas
avoir laissé de fils. Son frère Guillaume, en janvier 1075/6, sous-
crit un don de Tévêque Laugier à Lirac, sur la rive droite du
Rhône ^ Il était déjà mort, sans doute, en janvier 1096 : ses
deux fils, Rostaing et Raymond, approuveront à la suite de leur
père la donation de 1063/4. L'ainé, Rostaing Guillaume, était
chanoine d'Avignon en 1094; en octobre 1110, il testera en
faveur du chapitre^. Le sort du second est ignoré et il dutmourir
avant 1110.
Ainsi, la vie de la maison subsiste dans le vicomte Rostaing
Bérenger. Il avait épousé Ermessende : elle et lui, en 1075, con-
firment à Saint-André le don des églises Saint-Michel, Saint-
André et Saint-Léonce du Cannet avec la moitié de la paroisse que
Bérenger avaitjadis laissée, faute depouvoiry établir une abbaye ^.
1. Avignon, janvier 1075/6 : « ego Laugerius Avenionensis ecclesiir
humilis episcopus... prseter ecclesiam S. Peiri... in comitatu Averinico,
in villa Aileraco... casale... el quatuor homines... Signum Laugerii... épis-
copi... Berlrannus cornes f. Willelmus vicecomes f. » (Saint-André ; Poly-
carpe, Annales, p. 635).
2. 1094 : « Sylvester prsepositus el Roslagnus sacrista firmarunt. Leode-
garius et Roslagnus Gilelmus flrmavil... » (Carpeolras, ms. 513, fT. 116 v»-
117 1-®). — [1097-1099] : « Signum Silvestri preposili, Rostagni sacrisle.
Rostagni Guilelmi... » (Vaucluse G., chap. métrop., 27 prov. f. 30 r^-\^\
Avignon, 7 juillet 1105 : « testes Arberlus episcopus et Roslagnus Gui-
lelmi » {Ibid,, f. 3). — Avignon, octobre 1110: <« ego... Roslagnus Guilelmi
dono... canonicis... omnia bonamea... Signum Rostagni Guilelmi » [Ibid.,
^ 23 r«).
3. Avignon, 1075: « ego Roslagnus filius Barangariiel uxor mea Ermen-
sens... medietatem parrochiae caslri Canneti... » (Bibl. nat., ms. lai. 8971,
f« 33 \<» ; ms. lat. 13916, f<> 20 v»).
388 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
En janvier 109(), il assiste ses frères Raymond et Laugier* dans la
donation de Rognonas. En février 1099, il approuve la donation
du prévôt Rostaing -. Enfin, au mois de juin 1101, Rostaing
Bérenger, sa femme Ermessende et leurs enfants, Bérenger
évéque de Fréjus, le vicomte Geolîroy, Bertrand, Raymond et
Pierre Bérenger, donnent à Téglise d'Avignon le haut domaine
et le pouvoir direct qu'ils ont sur les moulins dits Molnatas, sur
Teau de la Sorgue qui y passe et sur le courant de cette rivière,
depuis Védène jusqu'au Rhône, et, sur le fleuve, jusque dans la
ville même d'Avignon ; en retour, le prévôt leur fait cadeau
d'une mule de cent sous et de fourrures prévôtales, en camelot
couvert de soie, d un plus grand prix encore •*. C'est là le
dernier acte qui mentionne le vicomte Rostaing Bérenger : sa
veuve, Ermessende, prête en efiet hommage à la comtesse de
Provence Alix, fille du marquis Guillaume Bertrand et veuve,
depuis 1092, du comte d'Urgel Ermengaud *. Dans cet hom-
1. Avignon, janvier 1096 : « ego Raimundiis decanus filius Berengarii et
Gisbergte... S. Raimundi... Leodeguarius fraler ejus similiter donavit et 6r-
mavit. Hosiagnus Berengarius alius frater firmavit. Bercngarius episcopus
firmavil. Ganfredus firmavit. Bertrannuset alii fratres firmaverunt... )>(Vau-
cluse. G., Chnp. métrop , n» 27 prov., ff 32 v»-33 r«).
2. Avignon, février 1099 : n ego Roslagnus... cum consilio et laudatione
Rostagni Bi rcngarii et filio'uni ejus, videlicet domni Berengarii episcopi,
Raimundi et Pétri... Roslngnus Berengarii firmavit. Bcrcngarius episco-
pus firmavil. Raimundus firmavil. Petrus firmavit... u (Vaucluse, G., Chap.
mélrop., n" 27 prov , f*> 9 r"-vo).
3. Avignon, juin 1101 : « ego Rostagnus Berengarii et uxor mea nomine
Ermesiudisjfilii meiForojuliensis episcopus Berengarius et vicecomes Gaus-
fredus et Berlrannus el Raimundus et Pelrus Berengarius... » ilLid,, fF. 1
ro-2 vo).
4. [Juin 1101-juin liOo] : « eu Krmensenz, mulier Rostagno Berengue-
rio dois cnslels ne lascivitales de Provincia des Durencia en za,
de las 1res partes, non las li loli-ai... Elcaslel de Fornchalcherii... redrai le
li... exez lo quarlo de Raimundo quel dividiras, o a Berlranno cui lo coms
o guirpi. El caslel deMauoa... El castel de Avinionc, que i es... redrai lo
ti... exez lo quarlo de Raimundo quel dividiras o a Berlranno cui lo coms
o guiri)i... » (B.-du-Rli. B. 277. Cf. Paul Meyer, Rapport au comité des
travaux historiques, sur deux communications de M. L, Blancard ; exlr,
de la liev. des Soc. sar., 4« série, l. X, 1870, in-8 de 16 pp.).
L*acte étant rédigé sur la rivcdroilede la Durance, Avignon, Forcalquier,
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 389
mage, il est dit que la branche de Toulouse, encore dans Tinili-
vision avec Alix, était représentée par Bertrand, lîls du marquis
Raymond de Saint-Gilles. A vrai dire, Bertrand avait dû rece-
voir cette part indivise de son père, en avancement d'hoi-
rie, dès son mariage, en juin 1095, avec Electe de Bourgogne:
mais rhommage spécifie clairement que le marquis Raymond
est encore en vie. Or Raymond de Saint-Gilles mourut près Tri-
poli, le 28 février 1105. Si, comme cela est évident, la nouvelle
de cette mort a dû parvenir en Provence avant la fin de la
première moitié de Tannée, on peut dire avec certitude que
rhommage de la vicomtesse a été prêté par elle entre le mois de
juin 1101 et le mois de juin 1105. Donc, le vicomte Rostaing
Bérenger était mort lui-même avant juin 1105.
Par cet hommage, on voit avec précision en quoi consistait,
essentiellement, la vicomte çiu point de vue territorial ; les comtes
avaient inféodé aux vicomtes de la rive droite, en Gef rendable, le
château que contenait chaque cité et les vicomtes en tenaient
ainsi le domaine direct. Les comtes indivis de Provence ne jouis-
saient plus que seigneurialement du haut domaine de ce château.
Cela revient à dire que les châteaux étaient au pouvoir des
vicomtes. La vicomtesse ne spécifie d'ailleurs que les châteaux
de Forcalquier, Manosque et Avignon. Ce sont sans doute les
seuls qu'elle tint personnellement : les autres avaient dû être
inféodés par les vicomtes qui n en gardaient plus que la sei-
gneurie.
Dès janvier 1096, le défunt vicomte Rostaing Bérenger avait
fait suivre, dans les actes, sa souscription de celles de sescinq fils:
Bérenger, Geoffroy, Bertrand, Raymond et Pierre Bérenger. Dès
Manosque sont dits en deçà. Le texte dit Manoa^ ce qui, rigoureusement,
est Mânes (Basses-Alpes), comme le Manuam du n» 973 àe Saint- Victor :
mais ce doit être une erreur du scribe pour Manoasca, Manosque (Basses-
Alpes). L'oubli de Manosque, résidence comtale, ne se comprendrait guère
et, d'autre part, Mânes a trop peu d'importance pour être la seule localité
citée entre Forcalquier et Avignon. On sait que les vicomtes gardèrent le
domaine des trois quarts de Manosque jusqu'au 23 février 1218 (B.-du-Hh.,
B.|310).
390 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
le 22 août 1091/0, : Taîni, Bérenger, était évéque de Fréjus ' ; ilse
rendit au concile tenu par Urbain II à Plaisance, et, le 18 mars
1095, il était de retour à Lérins. En janvier 1096, il assiste son
père dans Avignon; son pontificat se prolonge jusqu^en 1131 et il
mourut le 5 juillet de cette année. En octobre 1110, il assiste
au testament de son cousin germain le chanoine Rostaing Guil-
laume. Entre II 17 et 1123, se présentant devant Tévêque d'Avi-
gnon, le prévôt Amblard et tout le chapitre, il demanda avec
beaucoup d'énergie la concession, viagère et en fief, des dîmes des
marais que Ton desséchait près le Pont de Sorgues. Cette mise
en demeure fut accueillie, à condition que les dîmes à sa mort
feraient retour au chapitre. L'évêque Arbert, qui rédige la notice,
spécifie qu elles lui feraient également retour si Tesprit de Dieu
poussait jamais son collègue Tévôque de Fréjus à changer de vie
ou à partir pour Jérusalem '^ C'était un vœu charitable auquel
l'avenir ne parait pas avoir répondu. Pour faire entrer plus de
joie encore dans Tâme de ce prélat, les chanoines lui donnèrent,
sa vie durant et par-dessus les dîmes auxquelles il tenait, Téglise
1. Jeudi 22 août 109i/0 : « ordinato B. episcopo ForojuHensi » (Carpen-
tras, ms. 512, f» 100 v®). — 27 décembre 1094 : « ego Berengarins Foroju-
liensis episcopus, licel indignus... »{Cart. de Lérins^ éd. Flammare, n* 12).
— Lérins, 18 mars 1095 : «< cffo Berengarius Dei gratia Forojuliensis epis-
copus, de Piacenlino concilio sub Urbano papa celebrato rediens... » {Ibid.^
n*» 8). — Avignon, janvier 1096 (Vaucluse, G., Chap. mé trop., 27, (T. 32
v»-33 r®). — Avignon, février 1099 (Vaucluse, G.. Chap. métrop., 27, ^ 9
ro-yo). — 1099 [Saint-Victor, 601). — Avignon, juin 1101 (Vaucluse G., chap.
métrop., 27 prov., ff. 1 ro-2 r<»). Etc. — 19 mai 1131 [Lérins, 25). Cf. Alba-
nès, Ga//. Crist. novias., Fréjus, coll. 337-339 ; Montm., pp. 227, 237-238,
243-244. — H. Espitalier, Les évéques de Fréjus du V7« àu Xllh siècle,
Draguignan, C. et A, Latil, 1894, pp. 144-160.
Fréjus, 1107 : « in conspeetu Berengariiejusdem civitatis episcopi »> i Vau-
cluse, G., Chap. métrop., 27, f. 38).
Avignon, octobre 1110 : « S. domni Berengarii Forojuliensis episcopi •
(/Aie/., ^ 23 r«).
2. [1117-1123]: «episcopus... Forojuliensis... vehementer postulavit. . .
décimas paludum que apud Pontum exsiccabantur... concessimus illi...
invita sua...aut si spiritu Dei quandoque ductus vellct mutare vitam
suam aut proQcisci Jberusolimam . . ecclesia nostra roc iperaret. . . hono-
rera... Testes : Wilelmus de Ponto canonicus sancti Ruphi. Pelrus
Berengarii... » (Vaucluse, ibid,, p. 38 v«-39 r«).
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 391
N.-D. du Pont de Sorgues, sous un cens annuel de cinq sous K
Le cadeau n'était pas aussi important qu'on pourrait le croire, du
moins en ce qui concerne Téglise. En effet, une fois mis en pos-
session, le bénéficiaire, vu 1 état de désolation où la localité se
trouvait, ne crut pas pouvoir mieuTc faire que d'adresser un
appel pressant à son père spirituel, Pierre, abbé de Gluny, pour
lui demander ses bons offices. Il ne s'agissait de rien moins que
de restaurer l'église en ruines en la relevant tout de neuf, non
pas au même emplacement, mais dans un endroit plus sûr et
mieux indiqué, c'est-à-dire sur la hauteur ; il convenait aussi de
restaurer les moulins, de replanter les vignes, de remettre en
état les terres incultes et de payer cinq cents sous de dettes avec
les intérêts *^. Si c'est en cet état que se trouvait le Pont de
Sorgues, ce n'était pas une mince tâche à entreprendre. On con-
çoit la véhémence des demandes de l'évêque de Fréjus : les
dîmes des marais en défrichement ne devaient pas être de trop
avec les subventions à provenir de Gluny. Bérenger avait vrai-
ment mieux à faire chez lui que d'aller se promener à Jérusalem,
comme le lui conseillait son collègue Arbert. C'était là, en somme,
une bonne manière de se débarrasser des gens encombrants et on
en profitait autant que possible. A côté des croisés de bonne foi,
il y avait les croisés par persuasion ou par force, comme ce
Foulques Doon de Châteaurenard auquel, après en avoir reçu une
partie notable de ses biens, mais après seulement, Tabbé de
Lérins amena une mule et sur laquelle il n'y avait plus qu'à mon-
ter, un bourdon à la main, pour gagner Jérusalem et le Paradis
tout ensemble. La mule était de prix moyen; mais le bâton, de
1. «< Item... canonici... voluDt letiGcarc episcopum Forojuliensem per
aliam donationem. . . ecclesiam sancte Marie de Ponte... ad fidelita-
lem...» {Ibid.y ^ 39 r*).
2. [1122-1131] : « Petro Cluniacenbi abbati, B. Forojuliensis episco-
pus ejus in Christo fîlius... desolatione loci de Ponte... de restauratione
ecclesie dirute cum odicinis, non in quo eral prius loco, sed in oportuniori
et securiori et hoc in monte, cum restauratione molendinorum, cum
replant-atione vin<»ariim, cum reparatione incultarum terrarum, cum
persolvendis D*** solidis cum usuris. . . elegi.. . » (C/u/iy, n* 3964).
392 LA PROVENCK DU PHEMIKR AU XIl^ SIÈCLE
choix ^ Dès cette époque, Féglise d'Avignon n'est plus d'accord
avec les vicomtes : c'est malgré elle, pour ainsi dire, qu'elle
accorde à Bérenger les moyens de relever le Pont de Sorgues de
son état de ruine. Elle le fait avec des réserves ironiques ou
déplaisantes dont l'énoncé n'indique pas une grande amitié;
l'évêque Arbert traitait publiquement les vicomtes de tyrans et
le souffle de la commune passait alors sur Avignon*. Comme on
peut sV attendre, c'est la dernière fois que Bérenger évêque de
Fréjus figure dans les actes du cartulaire d'Avignon et cependant
il ne devait mourir qu'en 1131. Dans la période antérieure où les
relations étaient encore bonnes, il avait donné au chapitre une
part de ses biens héréditaires, c'est-à-dire les maisons du prêtre
Bonpar et de son fils Pierre ^ ; puis, très brièvement, il avait
même fait Notre-Dame d'Avignon héritière de tous ses biens ^.
Son père, avant de mourir, avait été libéral envers le chapitre :
son frère le vicomte se gardera bien de rien lui laisser.
Ses frères Bertrand et Raymond ne paraissent plus, que l'on
sache, après il 01 : mais le cadet, Pierre Bérenger, joue un rôle
politique qui le montre, comme Bérenger, pris à partie par
l'église d'Avignon. 11 assiste à la scène où l'on voit l'évêque de
Fréjus forcer, pour ainsi dire, le chapitre à lui concéder les
1. 22 mai [lOOGj : «« ego Fulco Dodonis, dono... partem mcepossessionift...
in terrilorio castelli Rocabruna in die obitus niei dono eliani in Castro
Jocarensi... et in Castro Rainardo Facta est igitur bec donatio in pro-
sentia Aldcbcrti abbatis tociusquc conventiis, in capitulo in insula Lyri-
ncnsi, in festivilalo Ascensionis Domini. Ipse vero abbns, Canuis egrcssus,
emtani mulam prccio soxaginta solidorum et mapulam et bacbiles obtimos
donnoFalconi dedil et viam Jbcrosolimitanam in penitentiam illi injuncxit »
{Cart. Lérins, éd. Flammarc, n°236). Le l""" juillet i055, une muleexcellenlo
valait cent sous {Saint- Victor^ 153).
2. [1096-1110] : « Arbertus... ecclesiam sancte Marie de Castello...quicquid
ab ea negligentia tirannorum alienatum est » (V^aucluse, G. 27, Cha[).
mélrop., n°27 prov., ff. 121^-13 r*).
3. [1091-1123] : « ego Berengarius Forojuliensis episcopus... mansiones
Boniparis presbiteri et Pétri fîlii sui... » (V^aucluse, G. 27, Chap. métrop.,
ff. 19vo-20vo).
4. [1091-1123] : « ego Berengarius Forojuliensis episcopus... quicquid
jure bereditario possidere videor in omni hereditatc mea heredem cons-
tituo )» {Ibid.y ^ 20 i*).
LA IIlÉRARanE ADMIMSTRATIYE ET LE RÉGIME FÉODAL 393
dîmes des marais du Pont de So^gues^ Peu après, sans doute
en H23, treize chanoines survinjj^t prêtent solennellement le ser-
ment de ne Télire ni comme évêque, ni comme prévôt, ni
comme doyen, ni comme sacriste, et, dès qu'il se présentera
dans le chœur de Notre-Dame ou au chapitre, ou au réfectoire
du cloître, de se retirer h l'instant 2. C'est la rupture définitive
entre la Maison vicomtale et l'église d'Avignon. Pierre Béren-
ger alla se retirer à Saint-Ruf, dans la maison rivale du chapitre,
où on le trouve encore en tête des chanoines le 27 avril HS3 3.
Des cinq (ils de Rostaing Bérenger, un seul fut vicomte et
c'est le vicomte Geoffroy. Il figure en celte qualité dès l'acte de
juin 1101 qui le montre auprès de son père : sans doute, celui-
ci lui avait donné en avancement d'hoirie la vicomte de Siste-
ron. Cependant, le père mort, c'est la mèrequi prête hommage h
la comtesse Alix et non lui.
Comme la comtesse Alix, de par le testament de son mari,
était usufruitière du comté, cet exemple avait dû pousser le
vicomte d'Avignon Rostaing Bérenger à en faire autant, en
faveur de sa femme Ermessende.
Son fils Geoffroy pourrait être le souscripteur qui, en janvier
1109, sans énoncer sa qualité, suit le vicomte de Marseille
Pons parmi les nobles provençaux conseillant au comte Ber-
trand, fils du marquis Raymond, de renoncer en faveur du
monastère de Saint-André aux droits perçus par son père *. Le
vicomte ne figure pas au plaid comtal de Gilbert et de sa femme
Gerberge, comtesse d'Arles, tenu au mois de juin 1110, entre les
chanoines de N.-D. d'Avignon et leurs avoués, à propos de
l'eau et des moulins de la Sorgue '^, Le 5 mai 1125, par contre, il
1. [1117-1123] : H testes :... Petrus Bcrcngarii... >» (Ibid., (T. 38 vo-39 r«).
2. [1123?] : « ego, ille, Petrum Berengarium istum dequo agitur nun-
quam laudabo... » (76ic/., ff. 37 v®-38 r«).
3. Avignon, 27 avril 1153 : u testibus Durando abbate Sancti Ruphi et
Petro priore et Petro Berengarii et Ademaro sacrista, Be. de Rocamaura
Guigo de Tuscana presbiteri et canon ici sancti Ruphi » (/61V/., G. 6, f* 13)
4. Polycarpo, AnnaleSy p. 661.
H. Vaucluse, G., Chap. métrop., 27, f. 8.
39 i LA PROVENCE DU PREMIER AC XII* SIÈCLE
figure au plaid comtal de Raymond Bérenger et de sa femme
Douce, fille de Gerberge : le procès portait sur des biens sis au
Thor,sur la rive gauche '. En octobre 1 129, dans Avignon, il n'est
pas présent à Tacte par lequel la comtesse d'Avignon et de For-
calquier Alix, veuve d'Ermengaud, à qui la vicomtesse Ermes-
sende jadis avait prêté hommage, transmet à ses petits-fils le
pouvoir et le domaine comtal, réserve faite de son usufruit ^.
L'établissement de la commune équivaut à la suppression de
la vicomte dans lenceinte urbaine. Ou, du moins, le vicomte y
perd ce que les comtes lui avaient concédé en créant la vicomte :
le domaine du château urbain et de la cité lui échappe donc.
C'est un degré de l'échelle féodale qui disparait entre le comte
etle viguier ; ou, plutôt, les chevaliers urbains s'élèvent à ce
degré, en chassent le vicomte et l'occupent en commun.
Si Geoffroy continue à se dire vicomte, c'est que sa vicomte
subsistait sur la rive gauche hors des cités : dans Manosque,
notamment. 11 conservait encore les seigneuries que ses prédé-
cesseurs s'étaient réservées dans l'étendue de leur vicomte. Quand
un homme a trop de biens sur terre, pour pouvoir les occuper tous
en personne, les limites de son activité l'obligent à se canton-
ner quelque part et à se fier pour le surplus à des mandataires
qui lui en rendent compte. Au bout d'un temps plus ou moins
long, ces mandataires deviennent les maîtres des biens particu-
liers qu'ils régissent. Successivement, les rois, les ducs et les
comtes avaient fait cette cruelle expérience : c'était maintenant
au tour des vicomtes. Si les maitres de Rome y avaient échappé
quand ils tenaient le monde, c'est qu'ils ne laissaient pas à leurs
mandataires le temps de se fixer sur la terre que chacun d'eux
administrait. Fonctions temporaires et chassé-croisé de fonction-
1. 5 mai 1125 : « signum Raimundi comitis. Siguum Dulciaî comitissie
Signum Laugerii Avenionensis episcopi. Signum Gaufredi vicecomitis »
(Saint-André, (^ii),
2. Avignon, octobre 1129 : « in presentia Laugerii... episcopi et Bernardi
Andusiœ aliorumque multorum teslium » (ms. lat. 13915, f. 353 v^). S'il était
présent, il figurerait sans doute entre l'évêque et Bernard d'Anduse.
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 393
naires, voilà ce qui maintint Tempire au profit de ses maîtres
tout puissants. Mais, ensuite, les fonctions devinrent stables
et les fonctionnaires se fixèrent sur place : dès lors, leur maître
avait vécu. La fonction devait faire place à la propriété.
Ainsi, les vicomtes héréditaires avaient limité le pouvoir des
comtes : puis, ne pouvant être partout, ils se cantonnaient volon-
tiers dans la seigneurie du Pont de Sorgues, dominant de plus
ou moins loin, de plus ou moins haut, toute la région, depuis h\
cité d'Avignon jusqu'au château de Forcalquier. Les centres les
plus peuplés devaient leur échapper d'abord et cela ne manqua
pas. Alors ils se cantonnèrent tout à fait au Pont de Sorgues
qui leur resta parce qu'ils s'y fixèrent à demeure. Quand la ran-
cune dWvignon les en chassera, ils se réfugieront à Manosque.
Au moment où la commune se déclare, Geoffroy dans
Avignon n'est pas uniquement vicomte. La situation est plus
complexe. Du temps de Tévêque Albert, lui et ses frères avaient
passé avec ce pontife un accord 1101-1123) que plus tard,
assisté de ses fils, il avait renouvelé avec Tévêque Laugier (1123-
1142)^ En 1146, finalement, un plaid consulaire l'oblige h
observer ces conventions vis-à-vis de l'évêque Geoffroy *.
En raison de ces accords, Geoffroy prête serment de fidélité
à révoque : il lui fait hommage de différents biens qu'il en
tient à litre de fief et il jure de ne rien lui enlever de son
domaine dont il énumère les membres principaux : ce sont
l'église d'Avignon, le clocher, les maisons épiscopales, la maison
du chapitre, le bourg épiscopal aux portes de la cité, les châteaux
de Noves, de Bédarrides, le Châteauneuf Calcernier et tout ce
que l'évêque pourra acquérir, de son conseil.
On ne peut souhaiter de document plus clair. Geoffroy était
ainsi l'avoué de l'évêché d'Avignon : à ce titre, il devait conseil,
1. [1123-1142] : « ego Leodegarius Aviiiionensis cpiscopus et ego Gaufre-
dus vicecomes et nos filii ejus ego Berengarius et ego Guillelmus Bcren-
garii taie placitum fecimus » (Vaucluse, G. 15, f. 73).
2. 1146 : « inter Gaufredum Avinionensem episcopum et Gaufredum
v'iccco:nitem... per... consules...cum consilio et assensu judicum... judiciali
sententia... sopitam »> [Ibid,^ G. 15, ff. 75 ro-77r»).
396 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll« SIÈCLE
aide et garantie k l'évêque pour tout cet évèché. De plus, Tévêque
lui avait concMë en (îef diverses terres de cet évêché, pour le
rémunérer de cette charge d'avoué, et Geoffroy lui devait, pour
ce lief, fidélité et hommage, comme tout vassal à son seigneur.
Il ne faudrait pas croire que cette situation ne remontât pas
plus haut que Tépiscopat d'Arbert. Les vicomtes d'Avignon
étaient avoués de Téglise d'Avignon depuis qu'ils fournissaient
des évoques à cet église et, par conséquent, depuis qu'ils exis-
taient, c'est-à-dire depuis le début du xi' siècle. Seulement,
après un siècle d'union plus ou moins étroite, pendant lequel les
contrats bilatéraux et écrits étaient inutiles entre l'évêque et le
vicomte, membres unis de la même famille dominante, l'épiscopat
d'Arbert marque le moment où l'église tend àéchapper à la domi-
nation vicomtale pour se rapprocher des éléments qui organise-
ront la commune. C'est au moment où l'évolution politique les
sépare que chacun sent le besoin de bien fixerses droits et ses inté-
rêts particuliers. A l'entente orale, succèdent les plaids écrits
qui fixent la situation. Les vicomtes restent les avoués de l'évêché;
mais le chapitre, plus impatient de progrès politique, leuréchappe
et se choisit des chevaliers comme avoués particuliers.
C'est en qualité d'avoué que Rostaing Bérenger, frère du
vicomte Geoffroy, avait construit Châteauneuf Calcernier : une
partie du Pont de Sorgues dépendait également de TEglise,
depuis qu'Autran de Vénasque, propriétaire de cette partie,
s'était fait chanoine et Tavait offerte à Téglise K Mais, en dehors
de cela, les vicomtes tenaient le Pont des comtes 2. Ce jugement
de 1146, qui montre le vicomte aussi bien que l'évêque soumis à
la justice consulaire, est le dernier acte où paraisse le vicomte
d'Avignon Geoffroy. 11 ne dut pas tarder à mourir. Il laissait
deux fils, les vicomtes Bérenger et Guillaume Bérenger. Ce der-
1. [1146-1 177] (Vaucluse, G. 15, f" 74 r»). Cf. 1178 (G. 15, ff. 74-75); 1146
(G. 15,11.75-77).
2. Le 31 janvier 1185/6, Raymond duc de Narbonne se réserve les droits
féodaux du Pont de Sorgues (Arch. d'Arles, Auth. de Thôpital de Saint-
Gilles, fo 182, no 364).
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 39^
nier s appelle également Guillaume Geoffroy : sa souscription
figure, en janvier 1177/8, après celle du châtelain Guillaume
d'Avignon, au bas d'un acte de vente en faveur des religieuses
de Saint-Laurent d'Avignon passé dans Avignon même K
Pour ce vicomte Bérenger, en dehors du plaid tenu entre son
père et Tévêque Laugier, aucun acte ne reste de lui dans les
archives de Tévêché d'Avignon. C'est la preuve qu'il s'en tint
éloigné toute sa vie •. 11 était mort quand son fils, nommé éga-
lement Bérenger, au mois d'avril il 95 3, renouvellera, en faveur
de l'évéque Rostaing, l'hommage prêté jadis par son grand-père
Geoffroy en 1146. Le fait, qu'il ne mentionne pas d'hommage
intermédiaire entre 1146 et 1195, prouve que son père Bérenger
n'en prêta jamais. Dans l'acte de 1195, il qualifie encore son père
de vicomte ; mais, lui, il prend uniquement le nom de Bérenger
du Pont. Ainsi Bérenger et Guillaume, qui vécurent entre 1145
et 1195, avaient été les derniers vicomtes d'Avignon. Guil-
laume du Pont, évêque de Fréjus en juillet 1202 *, avait succédé
à Frédol à la fin de 1197 et, dès le 30 octobre 1198, voulait
démissionner, soit en raison de son état de santé, soit en rai-
son de l'opposition qu'il rencontrait'». On peut reconnaître en
cet évêque un frère de Bérenger du Pont.
1. Avignon, janvier H77/8 : « testes sunt Guilelmus de Aviniono, Guil-
lelmus Geraldi Augers, Guilelmus Gaufres vicecomes, Raimundus Rai-
noarz. . . » (Bibl. d'Avignon, ms. 2V65, f® 171 r«).
2. En 1169, on nomme dans un plaid les donations faites jadis avicecomi-
tibus de Ponte ; mais, sans indiquer s'ils existaient encore (Vaucluse, G. 27,
Chap. métrop., ^ 48).
3. Avril 1195 : « Berengarius de Ponte Olius Bcrengarii vicecomitis ûlii
quondam Gaufredi vicecomitis pro feudo... hominium... episcopo fecit
et vitam et menbra et castra... juravit et Gdclitatem scrvare... promisit»
(Vaucluse, G. 15,11.77-78).
4. Juillet 1202 : k dominus Guillelmus de Ponte Forojuliensis episcopus »
(Saint- Victor, 977).
5. 30 octobre 1198 (Albanès, Gall, Christ, novùts., Fréjus, col. 204 : instr.,
XIII). Son prédécesseur Frédol parait être mort le 12 septembre 1197
(Albanès, Gall. Christ, noviss.^ Fréjus, col. 344). Son successeur Tavait rem-
placé dès le 20 novembre 1203 {Ibid., col. 347). — H. Espitalier, Les évoques
de Fréjus du XIII" ;> la fin du XVIW siècle, Draguignan, 1898, pp. 13-14.
398 LA PROVENCE i)V PREMIER AL* Xll^ SIÈCLE
Ce qui, en 1195, parait ramener Bérenger du Pont, déchu, dans
Avignon, c'est le besoin d'argent. La révolution communale
avait dû enlever à son père et à lui une bonne partie de leurs
ressources. Ce n'est donc pas pour rien qu'il consent à prêter
hommage encore une fois à Tévêque : par un autre acte de la
même date, il met en gage, entre les mains de Tévêque, une par-
tie de son fief d'avoué pour mille sous de raimundencs nouveaux.
11 se réserve le droit de couper du bois, pour se chaufTerdans la
maison du Pont de Sorgues et dans la maison de sou baile ^ Ce
fils de vicomte, empruntant de l'argent, qui au surplus demande
la permission de faire des fagots et du bois de chaufTage,
n'est évidemment plus le maître d'Avignon.
La chute du pouvoir urbain des vicomtes date de l'institution
du consulat commun des chevaliers en 1129 : elle fut consom-
mée par rétablissement de la paix épiscopale et consulaire
entre 11 42 et 1157.
Un dernier évêque de Fréjus doit avoir appartenu à la maison
vicomtale d'Avignon : c'est Raymond Bérenger, prévôt du cha-
pitre de Fi*éjus depuis le 20 mai 1223, évêque depuis le 19 août
1235. II mourut le 16 décembre 1248 après avoir été obligé de
se démettre pour raisons de santé -, On peut voir en lui un
frère de Bérenger du Pont : on peut même en voir un autre dans
Raymond du Pont qui, en janvier 1208 et le 16 décembre 1210,
était commandeur de Saint-Gilles^. Quant à Bérenger lui-même,
il s'abaisse jusqu'à être consul d'Avignon en 1211 : en 1213,
il figure dans l'acte relatif à la leyde, puis il disparait de la
région du Rhône après la ruine du château de Soignes. Le
23 février 1217/8 *, il vend au comte et marquis de Provence
1. Avignon, avril 119."» : « ego Bcrcngariiis de Ponte oblige pignori...
opiscopo » (Vauclusc, (i. lo, pp. 78 r**-79 i*®).
2. Albanès, (iall. Christ, noviss., Fréjus, col. 3r)2-353. — H. Espilalior.
Les évéques de FrAjus du XIII*' i) lu fin du X Vllt siècle. Draguignan, A. I-atil,
1898, pp. 20-31.
3. Authentique de la Maison de Tllôpital du prieuré de Saint-Gilles {Rev,
hisl. dp Provence, du Houre, l»"* année, 1890-1891, pp. 95, 117 ;^ 173 r*»,
n' 345 et 371;.
4. B.-du-Rh., B. 310.
LA HIÉRARCHIE A DM I M STB ATI VE ET LE RÉGIME FÉODAL 399
Raymond Bérenger, devenu comte de Forcalquier, le quart du
château de Manosque et le haut domaine des trois autres quarts
avec la pleine juridiction et le pouvoir judiciaire, pour la somme
de 6000 sous raimundencs nouveaux. Ainsi, après la vicomte
d'Avignon perdue, les membres de la vicomte de Sisteron s en
allaient à leur tour. Le 12 février 1206, Guillaume comte de
Forcalquier, avant de mourir, avait concédé le consulat aux
hommes du château et du bourg de Manosque *. Cet acte devait
amener, à brève déchéance, Télimination de Bérenger du Pont :
heureux fut-il, sans doute, de pouvoir céder ses droits au comte
Raymond Bérenger au lieu de les perdre purement et simple-
ment.
Le rôle politique des vicomtes était bien fini, même hors des
cités. Bérenger du Pont avait dû successivement se retirer d*Avi-
gnon au Pont, du Pont à Manosque : à chaque étape, sa situa-
tion baissait. Maintenant, il abandonna Manosque pour se terrer
dans un château voisin où il put enfin trouver le repos dans
Tobscurité et la médiocrité. Au xiv*' siècle, vivait dans le château
de Sainte-Tulle, noble Pierre du Pont qui eut pour fils Isnard et
pour fille Astrugia. Celle-ci fut mariée à noble Hugues de Fon-
tienne, habitant de Peyruis : son père, Pierre, ne put payer sa
dot entièrement et il mourut avec cette dette. Perdant patience,
le mari prit à partie son beau-frère Isnard du Pont et son neveu
Auzias, fils d'isnard. Après plusieurs années de débats, le noble
et circonspect Antoine Suau, de la cité d'Aix, finit par juger, au
mois d'août 1412*^, que ledit Isnard paierait le reliquat de cette
dot en échelonnant ses paiements comme suit : six florins avant
1. f» 136, n® 1, Arch. communales de Manosque : Aa. 3.
2. Peyruis, 31 décembre [141 2] : « cum quedam questio hiis annis veuii-
larclur inler nobiles Hugoncm de Funtiana, de Pelrosio, marilum Asirugie
filie nobilis Pctri de Ponle condam, caslri de sancla Tulin, v\ una parle
petentcni et Isnardum de Ponte, fîlium dicti condam nobilis Pétri de Ponte
condam, fratremque dicte Astrugie, ex altéra defTendentem, ratione dolis
promisse per ipsum condam nobilem Petrum eidem Hugoni de qua-
quidem questione dicti nobilis Ilugonis et nobilis AIriasii de Ponle
Glii dicti nobilis Isnardi, egregius, nobilis et circumspeclus vir dominus
Aiilhonius Suavis utriusquc juris poritus, civitatis Aquensis,... ordinavit...
400 LA PROVENCE DU PREMlEU AU XII* SIÈCLE
la fin du mois courant, quatre florins à la Toussaint et ensuite six
florins par an jusqu'à parfait paiement. Le 31 décembre suivant,
à Peyruis, le mari déclarait avoir reçu à ce jour cinquante-cinq
florins de la dot de sa femme, en comptant tous les paiements
successifs. Evidemment, cette dot ne devait pas dépasser cent
florins; puisque deux générations suilisaient à peine à les payer et
que la somme annuelle de six florins paraissait être tout ce que
Ton pouvait raisonnablement en exiger, cela donne la mesure de
la gêne, pour ne pas dire de la misère, où étaient tombés les des-
cendants des vicomtes. Ce Pierre du Pont, né sans doute vers
1325, pouvait descendre à la quatrième ou à la cinquième géné-
ration de Bérengerdu Pont. Noble Elie du Pont, qui vivait dans
la seconde moitié du xv*" siècle, était lui-même, sans doute, le
petit-fils de noble Auzias : un mariage riche avait dû rame-
ner une aisance relative dans la maison K De noble Madeleine,
Actum in caslro de Petrosio, videliccl in domo dlcti nobilis Hugonis »>
(Manosque, minutes de M* Paul Borel. Protocole de M« Jean Aulric pour
l'an de rincarnalion 1412).
1. Manosque, 4 juillet [1517] : « porsonaliter constitutus nobilis Ludovicus
de Ponte, prescntis ville Manuasce, comunis Glius nobilis Elie de Ponte
ejusdem ville Manuasce et nobilis et honeste mulieris Magdalene condam
conjugum dicens... qualiler ipse nobilis Ludovicus favente Altissimo cru-
cem et religionem sancti Johannis Hierosolimitani agredi proposuit et prop-
lerea in hoc passagio de presenli Gendo per maria navigando urbem
Roddi petere inlendit. Considerans... Considerans etiam amorem sinceruni
et cordis dilectionem quos plurimum gerit erga nobilem Petrum de Ponte
ejus fratrem... dédit... dicto nobili Petro de Ponte... dicte ville Manuasce
presenti... donalione... inter vivos... omnia... ipsius... Ludovici bona...
paterna, materna et alia quecumque existenlia tam in presenti villa Manuasce
elloco de SanctaTuUia... (juam alibi... ; retinuit...florenos quingentos quin-
quaginta (juos io e... dixit... habuisse... de quibus... uti et disponere
ac lestari possit... pro beneplacito voluntatis. Item retinuit... quod casu
(juo ipse nobilis Ludovicus de Ponte non reciperetur in dicta religione seu
nollet esse de dicta religione... eo casu contingente presens donatio sit cassa,
nulla et invalida... Factum Manuasce, videlicet in orto domus habitacionis
dictorum fratrum... testes venerabilis nobilesque viri dom. Rostagnus
Hoyssoni presbiler, nob. Lazarus de Cruce, dorainus de Corberiis, nob.
Johannes Justacii dominus de Castroforti, nobilis Petrus de Burgo, Mauri-
sius Pelicerii et Anthonius Blanchardi » (Manosque : minutes de M« Paul
Borel; protocole de M« Honoré Ferrand pour 1516 à la Nativité, ff. 250-
251 ro).
LA IIIÉKÂRCIUE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGLME FÉODAL 401
il eut au moins deux fils, nobles Pierre et Louis du Pont. A cette
dernière génération, la famille du Pont i)ossédait des biens, non
seulement à Sainte-Tulle, mais également à Manosque et, Taisance
reparaissant, elle revient de Sainte-Tulle se fixer à Manosque.
Le i juillet 1517, Élie et Madeleine sa femme étaient morts.
Louis, leur fils cadet, sur le point de partir pour Rhodes où il veut
entrer dans l'ordre des Hospitaliers, fait une donation entre vifs
en faveur de laîné Pierre. 11 lui transmet tous ses biens, sauf une
somme de cinq cent cinquante florins, dont il entend pouvoir dis-
posera son gré. Le 19 avril 1326, c'est laîné, noble Pierre du Pont,
qui se marie avec noble demoiselle Marguerite Brémond K La
future se constitue quinze cents florins, provenant de feu son père
noble Louis Brémond, originaire de Sisteron et seigneur de Rous-
set, quatre cents florins provenant de sa mère, feue noble Jeanne
de Justas, cent florins et une jupe de damas, augment provenant
de son oncle noble Antoine Brémond. Le futur ajoute à ces deux
mille florins un augment plus modeste de cinq cents florins et
une jupe de camelot, une cotte de damas, une chaîne dorée
valant vingt écus d'or.
Telles sont les vicissitudes de la Maison vicomtale d'Avignon,
issue de Bérenger, juge de Provence, et tombée dans la petite
noblesse au xm** siècle. Après avoir dominé du Rhône aux Alpes,
il ne lui restait plus aucun fief, à peine quelques champs. Sa
noblesse, encore la conserva-t-elle grâce à quelques mariages
où la femme apportait dans la maison au moins l'équivalent de
ce que les filles et les cadets des générations précédentes en
avaient emporté.
Parmi tous les MM. Dupont, qui vivent maintenant en France
et ({ui ne savent plus de quel pont ils proviennent, il doit bien
l. lî» avril [152()j :<« ciiin traclatum fuerit de matrimonio... pei* verba do
ruUiro... inler nobilem I*olruni de Ponle, ville Maininsce,... et nohilem
doinicellam Margarilam Bremunde liliam coinunem condain nobilis Ludo-
vici Breiiiundi, domini de Uosselo et Aufraiito et nobilisel generose Johanne
de Justaciis Actum in terrilorio de Sancto Slephano in quodani aiïare,
vocato lo trplhas vulgariter dicto, nobilis Anthonii de BoUeriis » (IbUi. : pro-
loculle de M'' Franvois Clemenlis pour 1526 à la Nativilé, »T. 1!)3 l'O-ljj \« .
J/em. et Doc, de l'École des Charles. — VII. 2ti
402 LA PROVENCE DU PREMIER AL Xil® SIÈCLE
certainement s en trouver quelqu'un dont le nom perpétue
obscurément ce passé.
J5 6. — Les Amies, seigneurs de Védène (1001-1136)
et les Sabran leurs héritiers,
La situation des vicomtes, avoués de leglise d'Avignon et sei-
gneurs du Pont de Sorgues, est exactement complétée, aux xret
XII** siècles, par celle des Amies, seigneurs de Védène, qui
paraissent étroitement liés à eux : ceux-ci jouissent, dans Avi-
gnon même, de droits considérables que de simples viguiers et
encore mieux des châtelains ne pourraient guère exercer.
11 convient donc de dire leur origine et de préciser en quelques
mots ce qu'ils furent.
A Vence, en 1033, se trouvent deux frères Lambert et Amie,
qui se disent expressément frères germains *. Cela implique qu'ils
étaient Hls, tous deux, du même père et de la même mère :
mais, d'autre part, le soin qu'ils mettent à le dire indique que
l'un ou l'autre pourrait avoir d'autres frères, soit consanguins,
soit utérins. Le premier, Lambert de Vence ou Lambert Barbets,
avait épousé Austi'ude, fille du vicomte de Marseille Guillaume et
d'Ermengarde, probablement entre le mois de décembre 1001 et
le 15 octobre lOOi -. Fin tout cas, il parait avec elle dès 1017
jusqu'en 10S0, dans les comtés de Vence, Fréjus et Aix -K C'est
1. Vence, i03.J : h ego Lanberlus el lixor me;i AusIruHis, Amicus et lixor
inea Ermengarda, RaimbalHusel uxor mea Gisla... in comilalu Venciense...
(le raslro... Cagna... Signuni Lanberlus, Amicus germani fratres. Raimbal-
(his et Roslagnus simul fratres et uxores illorunn... Domnus Petrus epis-
copus Sislaricensis... Aldebertus episcopus Antipolensis f. Accelena uxor
Raimbaldi f. Lotgerius, Roslagnus Raimbaldus Odila et infantes sui f. Pon-
rius Alberlus f. Aicanhisde Sagnono f. Alfanlus f >» Lérins^ éd. Flam-
mare, n" CL).
2. Décembre 1001 N.-T., (iîi . ir. odobre 1004 S.-T., 71 !.
:L 1008 (S.-r.,il3). - l-i aoùl 1012 /.^V/Vi», éd. Klammai^e, nM4î)). -
31 décembre 1016 Jbid., 152). — 1017 (S.- T., 313). — 2 février 1030 Ibid.,
590.— 5 août 1030 (Lérins, 141). — Vence, 1033 {Ibid., 150). — Mai 1033
^Ihid., 14R). — 21 novembre 1034 (S.-V., .'i.'iS). — 8 juin 1035 (//)ic/., 556). -
LA HIÉRARCHIE ADMIMSTRATIVK ET LE RÉGIME FÉODAL 403
Vence qui est le centre de sa domination et c'est là que son père
lui avait laissé son héritage. Lambert de Vence et Austrude de
Marseille eurent pour fils Foulques, Guillaume et Hugues K
Quant à Amie, on le rencontre avec Lambert du 12 août 1012
jusqu'en 1050 : d*abord, il avait épousé Ermengarde avant le
27 novembre 1028, puis, avant le l avril 1036, Jauceare -. Mais
les actes où il figure ainsi dans les pays de Vence et Fréjus sont
moins nombreux que ceux émanés de son frère. 11 avait au moins
sept fils : Pierre, Guillaume, Hugues, Bertrand, Miron, Kostaing
et Guy. Le second portera le nom de Guillaume Amie ^,
Pendant ce temps, dans Avignon, Amie, fils du juge Adalelme
et de Belielde, avait deux frères aînés : ces deux frères étaient
Carbonel et Bérenger. Ils paraissent avec lui, Carbonel depuis
1002, et Bérenger depuis 1019 jusqu'en 1036 *, dans les comtés
1037 (/6/c/.,789 . — 1038 {Ihid,, 447i. — 15 octobre 1040 (//>ic/., 795). — lOil
MiV/., 791). — 14 avril 1042 (//>ic/.,787). — 1042 (/6ic/, 796).— 1042 [Ibid,,
800). — 1048 {Ibid,, 78). — 1048 (7/>k/., 80). — 1050 (Lérins, 142). — Cf.
Monim., pp. 70-71 : août 1001.
1. 2 février 1030 (-S.-K., 599). — Mai 1033 {Lénn»,éd, Flammare, 148). —
21 novembre 1034 (S.- V.. 558). — 1041 {Ibid., 791). — Il avril 1042 (Ibid,,
787).
2. 12 août 1012 (Lérins, 149). — 31 décembre 1016 [Ibid., 152). — 27 no-
verabre 1028(S.-V., 561).— Vence 1033 {Ibid, 150). —Mai 1033 {Ibid., 148).
— 4 avril 1036 ;7/>iV/., 151). — 1037 (S.-V., 789). — 1041 {Ibid., 791). —
IV avril 1042 {Ibid,, 787).— 1050 (Lérins, 142). Cf. Montm., pp. 70-71 :
août 1001.
3. 27 novembre 1028 (S.-K., 561). — Cart, de Lérins, éd. Moris, 359 et
316. — S.-V'.,791.
4. Avignon, avril 1002 : « Sig. Adalelmi. Carbonelli. Laufredi » yS, André,
fol. 35). — S.-André, 1019: « Barangariusfirmavit et Laugerius, Amicus... »
(Ibid.^ fol. 30). — 1024 : u Carbolenus, Berengarius Amicus » (S.-K., 225). —
Novembre 102i : <( Barangarius subscripsit. S. Amicus subscripsit i>
(S. André, ms. lat. 12762, f. 254). — [1025-1029] : « Signum Beringarius
vicecomes... Signum Amicus... » (5.-K., 666). — Marseille, août 1031 :
« Berenguerius testis. Amicus fraier suus, testis » (S.- V. 455). — 1031 : « Car-
boncllus firmavit. Amicus fraier ejus Grmavit » (S.- T., 620). — [1005-1032] :
« ego Belielda... in pago Forojulicnsi... in casiix) Canneto... de Carbonello,
filio suo » (LérinSy éd. Flammare, n<> 4i). — 1036 : « ego Belliildis. una cum
filiis meis Carbonello, Berengario atque Amico... in comitatu Arelatense...
pro anima Heldeberti episcopi..., Belliildis... firmavit... Berengarius f.
Amicus f..... «(S.-V.,180).
404 LA PROVENCE DU PREMIER Al* Xll" SIÈCLE
d'Avignon, de Sisteron, de Hiez, d'Aix et de Fréjus. On peut se
demander si Carbonel n'est pas le viguier qui figure dans un acte
de février 1031/2, relatif aux Pennes K Quant ii Amie, qui parait
si souvent à Avignon, on peut être assuré qu'il eut pour fils
Pierre Amie, Guillaume, Ileldebert et Amie, présents le 14 février
1064 également à Avignon, pour confirmer le testament du
vicomte Bérenger ^. Ainsi, il était mort avant cette dernière date.
Les trois frères Carbonel, Bérenger et Amie étaient certaine-
ment fils tous les trois de Belielde : les textes sont formels là-
dessus. C'en est assez pour ne pouvoir confondre cet Amie
d'Avignon avec l'Amie de Vence. Fin effet, Lambert et Amie de
Vence étaient fils d'Amie I***" et de Belletrude ; ils étaient neveux,
par conséquent, du juge de la rive gauche Lambert et petit-fils
d'Annon. Carbonel, Bérenger et Amie d'Avignon étaient donc
fils de Belielde et du juge avignonnais Adalelme. Le juge
Adalelme, connu du 1" avril 976 à 1003, était marié à Belielde
dès 987 : celle-ci lui survivra jusqu'en 1036.
Cette homonymie entre Amie d'Avignon (1019-1036), fils de
Belielde, et Amie II de Vence (lOOi-lOiS), fils de Bellet^-ude,
s'expliquerait très bien si Belielde, mère de celui-là, était réelle-
ment fille de Guillaume P^ vicomte de Marseille (-j- 1004-1 IjOS"!,
et de sa première femme Belielde Eln effet, le vicomte Foulques,
fils de Guilliiume T** et de Belielde, épousa, avant 1014, Odile,
fille d'Amie I" de Vence et de Belletrude; Lambert, frère de
cette Odile, épousa lui-même entre 1001 et 1001, Austrude,
fille de Guillaume I" et de sa seconde femme Ermengarde. Le
nom d'Amie I*^"^ de Vence put ainsi passer au fils d' Adalelme,
juge d'Avignon, par l'intermédiaire des enfants du vicomte de
Marseille Guillaume T*".
Ainsi, Amie d'Avignon est le fils cadet du juge avignonnais Ada-
lelme ; d'autre part, Bérenger, vicomte d'Avignon, est lui-même
i. Février 1051 2 : « Carhouellus vicarius firmavit » (S.- T., 51).
2. Avignon, i'k février 1003 4 : « l'elrus Amicus et fralres sui videlicet
Willelmus, Kldebertus et Amicus voluerunl et firinaverunt » (Cluny, 3387).
LA hiérarcihf: administrative et le régime féodal 40u
un fils puîné de ce juge avignonnais Adalelme. Cet état de
choses permet de comprendre comment, pendant deux siècles,
les Amie seront si étroitement liés aux vicomtes d'Avignon,
leurs aînés, et comment leur situation complétera celle de ces
vicomtes.
A ce point de vue, il faut être fixé sur la valeur des constata-
tions qui peuvent se faire. Les comtes gouvernaient : ils exer-
çaient leur pouvoir par Tintermédiaire des vicomtes et des
viguiers. Mais, si le gouvernement est une charge, ceux qui
l'exercent se rémunèrent en percevant des droits sur leurs admi-
nistrés. On peut reconnaître la part proportionnelle que chaque
degré de la hiérarchie gouvernementale possède du pouvoir admi-
nistrât if, par la quotité de l'émargement de chacun d'eux sur
l'ensemble des droits (jui y correspondent.
Les viguiers se partageaient ainsi, avec les vicomtes et les
comtes, les impôts qui pesaient sur la circulation des marchan-
dises et leur vente, en compensation de la sécurité qu'ils devaient
faire régner sur les routes et dans les marchés, lisse partageaient
aussi le montant des bénéfices de la justice qui provenaient sur-
tout des peines pécuniaires. Il faut voir ce que percevaient les
Amies pour savoir ce qu'ils étaient.
Amie est fils du juge avignonais Adalelme : quand la vicomte
fut établie sur la rive droite de la Durance en faveur de Béren-
ger, frère aîné d'Amie, il n'est pas surprenant que cet Amie ait
été doté avec lui d'une part des droits qui en dépendaient.
Amie étant mort entre lOoO et 1064, ses fils, Pierre Amie,
Guillaume, Heldebert et Amie \ assistent, le 14 février 1063/4,
à la donation par laquelle le vicomte Bérenger, leur oncle, donne,
notamment, le dixième de son droit sur le marché du Pont de Sor-
gues. A la même époque, Taîné d'entre eux, seul, assiste, avec
l'évéque Rostaing et le vicomte Bérenger, à la donation du quart
de Meyuargue par Ranulf, en présence du vicomte de la rive
I. Avignon, 14 février 1063/4 {Cluny, 3387).
406 LA PBOVENCE DV PREMIER AU XII® SIÈCLE
gauche Guillaume K De même, pour la donation d'Athenulphe de
Reillane à Carlues ^.
Le 28 juillet 1094, de concert avec Raymond Decan, Pierre
Amie, sa femme et leur fils Guiraud renoncent, en faveur de
Saint- Victor, à leurs droits qui se percevaient au Pont de
Sorgues •^ Ainsi, les Amies percevaient, comme les vicomtes, des
droits de péage ou de débarquement dans la localité où ces
vicomtes s'étaient personnellement établis. La femme de Pierre
Amie portait le nom d'Agnès : tous deux paraissent^ avec leurs
fils Guiraud Amie, Bertrand et Pierre, dans un acte où ils donnent
le Coudonier, terre du pays de Fréjus, qui devait leur provenir
de l'héritage de Belielde *. Pierre Amie était mort en 1 11 3, quand
ses fils cadets Bertrand Amie et Pierre, avec sa veuve Agnès, font
encore une donation dans le même pays •''. Le cadet, Pierre,
assiste, dans Avignon, le 24 février 1 114, au mariage de Guillaume
Renard avec f*oncie de Baux ^. Quant à l'aîné Giraud Amie,
il avait épousé A y al mu s. En juin 1101, les vicomtes avaient
donné au chapitre le domaine qu'ils possédaient sur le cours de
la Sorgue, depuis Védène jusqu'au Rhône et du Rhône jusque
dans Avignon ". Pour compléter l'effet de ce don, Giraud Amie
donne le même cours d'eau« de Védène jusqu'au Rhône et jusqu'aux
1. [1050-1065J : « in prcsentia Rostagni episcopi, Berengarii, Peiri Amici,
Guillelmi vicecomilis » (Vauclusc, G., Chap. mélrop., 27 prov., (T. '22 v®-
23 ro).
2. [1064-1094] : « ego Athenulphus et uxormca Scocia... sanclo Pelro Kari-
lociquartani partem decimi Relanie... Peirus Amicus f. » (Montm., p. 155).
3. 28 juillet 109i : « Petrus et lixor sua et Guiralihis, filius ojus, Amici,
donal in Ponte similitor » (S.- T., 680^.
4. [109^-1102] : u ego Petrus Amicus et uxor mea Agnes el filii noslri
Geraldus, Bertrannus attjue Peirus... locum Sanctc Marie... Codognerius....
in valle castelli Enversunas, in Forojuliensi pago... nostre dominatiouis...
cuin consilio et auctoritatc... Berengarii Forojuliensis episcopus »> 'L<fr/M.<,
éd. Flanimare, n° 274). Le Coudonier, comm. Flassans.
5. 1113 : « ego Bertrannus Amicus una cum maire mea Agnes et fraliv
meo Pelro... in terrilorio de Eversunas... » {Ibid.^ 27.%).
6. Avignon, 24 février 11 li : «<... Petrus Amici... » ; Polvcarpe, Annal(*.<,
p. 665).
7. Avignon, juin 1101 (Vaucluse, G. 27 ppov., (T. 1 r<»-2 r«).
LA flîÉRARCHIK ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL i07
portes d'Avignon *. Ainsi, jusqu'alors la Sorgue était au pouvoir
des Amies, à partir de Védène, et ils en jouissaient sous le
domaine des vicomtes. De plus, ils donnent leur droit et leurs
domaines sur les chemins, les terres et ailleurs. Cet abandon du
cours d'eau devait permettre au chapitre d'y élever des moulins
et des établissements industriels. Le donateur retient cependant
le 1/8, sauf un sixième, et il engage ce 1/8, dont il garde le
domaine, pour 450 sous. Il doit faire approuver cet acte impor-
tant à ses frères et à sa belle-mère. La rétention du 1/8 avait
pour but de ne pas abdiquer complètement sa situation : mais
Texercice de ses droits sur cette fraction n'aurait pas été aisée.
Il la met donc en gage pour en retirer une utilité immédiate.
Ainsi, sur le cours d'eau, les vicomtes exerçaient le domaine
éminent et les Amies le pouvoir direct. Sur les chemins, les
Amies exerçaient à la fois le domaine et le pouvoir.
Dans la seigneurie vicomtaledu Ponl deSorgues, ils touchaient
avec les vicomtes une partie des droits déport ; dans la seigneu-
rie de Védène la situation, beaucoup plus importante, est toujours
un complément de la vicomte.
En somme, les vicomtes avaient gardé le Pont de Sorgues sous
leur pouvoir direct, sauf quelques droits ; ils avaient inféodé Védène
aux Amies. Ensemble, ils. exerçaient les prérogatives du pou-
voir administratif sur les voies de communication. Les vicomtes
abandonnent la Sorgue jusque dans Avignon : les Amies jus-
i{\x auprès Avignon. Il semble donc que l'autorité de ces derniers,
à la diiTérence de Ts^utorité vicomtale, était établie uniquement
sur la campagne et extra-muros.
Par un premier acte, Giraud Amie avait cédé aux chanoines
tout ce que le prévôt Rostaing Renard tenait de lui, c'est-à-dire
des maisons dans le château de Védène et la franchise d'un
1. [ttOl-? juillet 1105] : « ego Geraldus Amici et uxor mea Ayalmus...
aquam Sorgiede... Vedena usque ad Avennicam civitatem et ad Rodanum...
eliam jus et dominium... in viis sive in terris sive in aliis locis. Et tamen
retineo octavam partem, excepta sexta parte et prebenda... hoc donum
fratribus meis et noverce mee laudare facere debeo » (Vaucluse, G. 27 prov.,
f. 2 r«-v«). Cf. Ibid.y ff. 2 v»-3 r», pour la mise en gage du i/8.
108 LA PROVENCK DU PREMIER AU XIl' SIÈCLE
bateau pour la montée du Rhône. En retour, on lui avait offert
en cadeau un porc de premier choix '.
Giraud Amie vivait encore en 1112'^: peut-être était-il mort
en 1113 puisqu^il ne parait plus, ni dans Tacte de Lérins passé
cette année-là, ni en Hll au mariag^e de Guillaume Renard. Il
ne laissa, semble-t-iK qu'une fille nommée Constance. La mai-
son des Amies, branche cadette des vicomtes d'Avignon, tombait
en quenouille. Mais son nom allait revivre dans celle des Sabran.
Sabran, qui domine la Cèze, au diocè.se d'Uzès, avait servi
de berceau à une maison, de rang égal à celle des Amies, dont
les membres étîiient en rapports depuis longtemps avec Avi-
gnon. Le très noble Rostaing, époux de Belletrude, se trouvait
dans Avignon le 21 septembre 1006 avec ses quatre fils, le
clerc Pierre, Bertrand, Rostaing et Emenon. Ils donnent Lirac
dans le comté d'Avignon au monastère Saint-André 'K
Lirac est la localité que Landoin, en 919, par un acte passé
tout à côté, à Saint-Laurent- des-Arbres, avait déjà donnée à
l'église d'Avignon '*. 11 est donc bien possible que RosUûng.
époux de Belletrude, se rattache au vicomte Brémond de 976 •'
supprimé par le marquis Guillaume et, plus anciennement, à la
famille de Landoin. Quoi qu'il en soit, le second fils de Rostaing
I. [février lOOOj : u doinnus Giraldus \mioi.... (|uic(iui(1 Roslagiuis pre-
|)ositiis habobat haboo pro fevo hoc est mansiones Vedenensi casli'o ac ter-
ras.., in cjusdein caslri Icrrilorio et navigium de ascensu Rodani »> Vau-
cluso, (î. 27 prov.jChap. mélrop., f"31 r°-v°).
i. t1l2 : «' Geraldus Amici... de terrilorio vl do paludc Jtincheriarum. .
a Sorj^ia morUia us(pio ad Gargum nipnim ; ali oriente a Cargo nigro iisipic
ad rivuni vicecomilatem... Signum Gcraldi .\mici... »> (ms. lal. 13916, f*> 24
V»).
3. Avignon, 21 seplembro 1()00 : « Roslagnus uobilissiinus vir cum uxo-
re sua Belletrude et filiis Pétrone, clerico, et Berlranno et Rosta^no seu
Emenone... ecclesiam Sancti Potri... in comitatu Avenionensi... in Alieraco
minore... » (ms. lal. 8971, pp. 48-49 ; Cartul. Saint-André^ fol. 45).
4. Sainl-Laurent-des-Arbres, 919 : « ego Landoynus et uxor mea Eiglen-
racla... geniloris moi Landoyni et genilricis moe Liuthgarde seu fratrum
meorum Bertmundi et Amalrici... Aileracum fiscum... cum ecclesia sancti
Pétri et in .\rboris villa ecclesiam sancti Lauronti... » ( Vaucluse,G. 257, f*» T.
H. Avignon, l*'" avril 976 : « ... Bermundus vicecomis Hrmavit... {Ibid.,
G., Chap. métrop., 27 prov. f" 26 i*«-v»).
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 409
et Bellelrude, Bertrand, fut père d'Umbert et leur quatrième fils
Emenon est la iv^e de la Maison de Sabran.
Emenon, le 18 décembre 1029, porte ce nom pour la première
fois K On leretrouveen 10i3,dans un acte relatif à Saint-André-
lès-Avignon, avec son fils Koslaing -, Ce Rostaing, à son tour,
paraît avoir été le père d'Emenon de Sabran, vivant à Nîmes le
13 décembre 1066 '\ et de Guillaume de Sabran connu par plu-
sieurs actes depuis le mois d'août 1065 jusqu'en janvier 1109 *.
Finalement, ce Guillaume eut pour filsRostaingde Sabran, Eme-
non et, sans doute, Pierre de Sabran. Ce dernier, connu le 9 jan-
vier 1115/6 •*, doyen de Saint-André depuis 11 33 jusqu'en 1142 *^,
prieur de Thouzon en 11 10 ", devint évêque de Sisteron dès
octobre 11 iS. Il mourut le7 décembre 1171 ^. Son frère Emenon
figure en H 25 et en 1138 en Languedoc ^. L'aîné des trois, Ros-
taing, connu depuis 1131 jusqu'en 1172, fut celui qui
épousa Constance, héritière de la maison des Amies '^. Il est à
Saint-André en H33. Quant à elle, elle mourut en 1136, pré-
1. 18 décembre 1029 : « Emono de Sabrano » (llisi. de Lang., %^ éd.,
i. V,no 191). Cf. Cart. de Gellone, n*» 6, 381, 382.
2. 10^3 : « ... S. ... Ëmenonis, Rostagni... » (Polycarpe, Ann,, p. 430).
3. Nimos, 15 dccembie iOÙH {Il is t. de Lang,, 2' éd., t. V,n«276). Cf. Cart.
de Mmes, n» CLXXXII.
4. Août 10G5 {flist. de Lang,, 2« éd., t. V, n® 270^. — Nîmes, 15 décembre
1066 {Ibid,, no 276). — [Vers 4077] (Jbid,, n° 328). — 1084 (Ibid,, n*» 359). —
28 judlet 1094 (Ibid., n» 386). — Juin 1095 ilbid,, n« 389). — 6 juillet 1096
{Fbid., no 392). — Janvier 1109 fPolycarpe., Ann., pp. 661-662). — Cf. Cari,
de Xinies, n» CLXVIII.
5. 9 janvier 1115/6 {Hist.de Lang., 2«éd., t. V,n« 456,^1). — 7 mai 1118
i/6iW., no 462, S 1).
6. 1133 : « P. de Sabrano decanus n (/AiW., n» 524, § 1). — Saint-André,
septembre 1142 {Ibid., n» 524, § 3)
7. Pernes, UiO : u P. de Sabrano, prior de Tadone {Ibid., n° 524-, § 2).
8. Octobre 1145 — f 7 décembre 1171 (Albanès, (iall. Christ, nociss.,
Sisteron, col. 704-705). — 1157 {Lang., t. V, n® 620).
9. 1125 {llial. de Lang., 2- éd., t. V, n*» 493, g 1). — 1138 [Ibid., n» 538).
10 1131 [Ibid., n. 515;. —Saint-André, 1133 (ms. lai 13916, f. 25 r«). —
Pernes, lU0;/6/V/., r>25r'»). — Saint-André, septembre llt2 /A/r/.J" 26 r»}.
— Avril 1172 (Authent. Hôpital de Saint-Jean, n» 15). Cf. n»315 {Rev. de
Prov., du Roure, l'' année pp. 15, 90. — f av. nov. 1184 (Ibid., n« 32\
410 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl' SIÈCLE
malurément, après lui avoir donné trois fils, etil se remaria avec
Roscie, fille de Rainon du Caylar. Pour se borner au premier
mariag^e, le seul qui intéresse la Provence, les trois fils qui en
naquirent portèrent, le premier, le nom des Sabran, et les deux
derniers celui des Amies. Le premier est en effet Guillaume de
Sabran, connétable de la Maison de Toulouse en Provence : on
le suit depuis novembre 1152 jusqu'en 1199 et il laissera posté-
rité pendant deux générations K Le second, Pierre Amie, parait à
Saint-André en 1133 **. Le troisième, Guiraud Amie, épousa, le
19 novembre 1152, Galburge, nièce de Rainon du Caylar, appa-
rentée ainsi k la seconde femme de son père ^. Un acte de H 62 dit
1. 19 novembre 1152 {IJist, La/i5r., 2«éd.,t. V, n» 591, §2). — Carpenlras,
1155 (Gall, Christ., t. I, inslr., p. 148 . — 1157 {HUt. delang , 2* éd., l. V.
n® 620). — 8 avril 1158 : « Guillelmus de Sabrano coneslabulus » [Arch.
d'Arien; Aulhenl. dcTHôpital de Saint-Gilles, f*»cxviii r^-v»). — ii^SILang,,
616, § 3). — 11 janvier 1159 (ms. lai. 6220, pp. 287-289}. — 1*' juin 1163
{Lang.^ 2* éd., t. V, n»652). — Etc. — Cf., pour le surplus. Généalogie his-
torique de la maison de Sabran-Pontevès. Paris, Firmin-Didot, 1897, in-i,
pp. 115-118 (Extrait de VArnwrial général de France^ registre supplémen-
taire). ---Son fils Hostain^. connu de 1199 au 27 octobre 1206, était mort le
16 février 1208 9 ilbid., pp. 119-120) : son petit-fils, nommé également
Rostaing et connu de 1226 au 5 mai 1252, parait n^avoir laissé qu'une fille,
mariée avec Guillaume de Tournon {Ibid.^ pp. 121-122).
Le connétable n'est pas le seul grand officier de Provence qui accom-
pagne Raymond de Toulouse, marquis de Provence : en août 1180, notam-
ment, se trouve auprès de lui le chancelier, sans oublier le vicaire comtal :
« Draconelus vicarius domini comitis... Radulfus ciusidicus et cancella-
rius domini comitis...» (Arch. du Gard, II. 277). Ce chancelierse retrouve en
janvier 1182/3 : « diffinicione magistri Kodulfi domini comitis cancellarii... »
(Arch. des Bouches- du-Rliône, H. Malte, 119). Quant au vicaire comtal, il
se titrera plus tard vicomte ; il ne sera plus alors auprès du marquis,
mais auprès du comte de Forcalquier, autant qu'on peut en juger par un
acte de 1203 : « Draconetus vicecomes in partibus Ebredunesii » Arch. des
Bouches-du-Rhône, II. Malte, 415).
Le connétable avait succédé au sénéchal connu depuis 1040 (Montm.,
pp. 138-139). Le 15 mai [1126], c'est auprès de Raymond Bérenger, comte
de Provence, que figurait ce personnage : « S. Haimundi cornes. Signum
Berengarii dapiferi »> (Arch. des Bouches-du-Rhône, B. 278) ; suivent
onze pairs et le scribe.
2. Saint-André, 1133 fms. lat. 13916, ^ 25 r*»). Cf. Hist. de Lang,, 2* éd.,
t. V, n. 524, SI.
3. 19 novembre 11 52 (Langr., 2'éd.,t. V, n.591,§2).
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRAT! VE ET LE RÉGIME FÉODAL il I
expressément qu'il était (ils de Constance et petit-fils de Guiraud
Amie *. Mort entre février 1 178/9 et 118 i, le fils de Constance était
père d*un nouveau Guiraud Amie, lequel épousa Alix, fille de Ber-
trand, comte de Forcalquier, et de Josceranne Flotte. Ce dernier
Guiraud Amie, qui parait à Sisteron en 1184, devint connétable à
la mort de son cousin Rostaing deSabran qui ne laissait qu'un (ils
en bas-âge, entre le 27 octobre 1206 et le 16 février 1208/9.
Guiraud Amie mourut d'ailleurs lui-même peu après ' : il fut le
père de Guillaume qui devait devenir comte de Forcalquier avant
la fin de l'année.
Ainsi, Guiraud Amie, le dernier des Amies de Védène, était
mort vers 1113 : par l'intermédiaire de sa fille Constance, son
petit-fils et homonyme, qui se marie le 19 novembre 1152, pos-
sède sa succession.
Entre 11 13 et 1152, on voit paraître, dans les actes où devaient
figurer les seigneurs de Védène, le mari de Constance, Rostaing
de Sabran. Il figure ainsi en septembre 1133, en 1138, en 1140.
Dès septembre 1133, son fils Pierre Amie Taccompagne et celui-
ci remplace son père dans Avignon en septembre 1142. Mais,
Pierre Amie étant entré dans les ordres, c'est son frère cadet
Guiraud Amie qui se marie et qui devient seigneur de Védène.
En 1 1G9 fut tenu un plaid consulaire pour juger le différend
survenu entre le prévôt du chapitre d'Avignon, d'une part, Gui-
raud Amie et Guillaume Raymond de Soz, de l'autre, au sujet
des moulins de la Sorgue. Ce plaid, dont le dispositif est malheu-
reusement incomplet, réglemente les droits respectifs des parties,
tels qu'ils résultaient de l'état de choses créé par les dons de
1101 : il réglemente aussi les dépenses d'entretien •*.
1. Avignon, 1102 : u GeraUhis Amici Constantiic filius... ciiin (joraldo
Aniici avo istius... cum Rostangno de Sabrano et ciim i^oiistanlia illius
uxore... » (ms. lat. 13916, ff. 29 vo-30 p»). — l"juin 1163 {Lanrj., 2« éd.,
t. V, n. 652). — [1161-1168]. (Éd. de Laplano, Hi»l. de Sisteron] t. I, pp.
156-^57). — Etc. — février 1178/9 (Villevieille, Trésor généalogique : Agoult).
Cf. Généalogie de Sabran-Pontecès, pp. 122-123.
2. Sisteron, 118i (B.-du-Rh., B. 291). — Etc. Cf. Généalogie, p. 123-
124.
3. Avignon, 1169 : «< inter... G. Avinionensem prepositum et... Gui.
Amici V (Vaucluse, G., Chap. métrop., n. 27 prov., f» 48 r«-v«).
412 LA PROVENCE: DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
En juillet 1177, Guirau.l Amie, Pierre Brémondde Laudun et
EIzéar d'Avijjpnon statuent, comme arbitres, entre Tévéque d'Avi-
gnon elles châtelains de Bédarrides ^ A Guiraud Amie, fils de
(Constance, succéda Guiraud Amie, (ils de Galburge. La com-
mune s'était établie dans Avip^non au détriment des vicomtes ;
elle laissait subsister les droits de circulation, d'origine adminis-
trative, perçus parles descendants des anciens fonctionnaires.
Quand le pont d'Avignon se construisit, la question se posa
de savoir si les droits de port devaient continuera être perçus.
En elFet, le pont rendait inutile le port fluvial par bac pour le
passage d'une rive du fleuve à l'autre. Les passants réclamaient:
du moment qu'ils devaient passer sur le pont, ils refusaient de
payer l'impôt de la barque. Les propriétaires du port délaissé
n'avaient plus k entretenir leur barque. D'autre part, ils ne pre-
naient pas part à la construction du pont qu'ils s'étaient efforcés
d'empêcher. Mais les impôts survivent toujours à leur raison
d'être. L'évêque et les consuls décidèrent donc, en janvier 1185,
d'imposer silence aux réclamations. Le droit de port continue-
rait à être perçu selon l'ancienne coutume ; il le serait au pont,
sur les passants. Cette décision fait connaître que le droit de
port appartenait h Guiraud Amie, à Auzias d'Avignon et aux
autres seigneurs de ce port ^. Selon la coutume, chaque cava-
lier ou cheval paierait deux deniers, chaque Ane un denier, chaque
charrette quatre deniers, chaque piéton une obole, chaque mou-
ton une pougeoise, chaque porc une obole, sans préjudice du
droit de candelnm à percevoir pour tous les candelarii ^.
Cependant, le temps marchait : malgré le maintien de leur droit,
les propriétaires de l'ancien privilège n'étaient plus chez eux sur
le pont comme dans leurs bonnes vieilles barques. Ilsfurentame-
1. juillet 1177 : « arbilrio Guiraldi Amici et Pétri Bremondi de Lauduno
et Elisiardi de Aviniono... » (Vaucluse, G., (T. 53 r®-5ir®).
2. Avijj^non, janvier 118."> : « seeundum volerom morem et antiquam con-
sueUidineni, Geraldiis Amici et Eliziardiis et alii domini portum, portorium
et usalicum... habeant... » (ms. lat.897i, f'» 46 v°).
3. Sur la rive droite du Rhône, au terroir de VilIeneuve-lès-Avignon, le
lieu-dit Candau paraît préciser rendtt)it où se payait ce droit.
LA MlÉKARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 413
nés peu à peu à céder leurs droits coutuniiers en faveur de la
confrérie qui avait bâti le pont et qui le possédait.
En octobre 1193, Guiraud Amie, qui, sans doute, avait des
besoins d'argent, commence par mettre en gage pour quarante
six marcs d'argent dans les mains d'Auzias d'Avignon, son copro-
priétaire, les 7/12 de sa quote-part des droits, pour une durée de
cinq ans ^ A cette occasion, Guiraud déclare que cette quote-part
s'élève à douze deniers sur vingt. Ainsi, les Amies tenaient les
3/5^ du port d'Avignon ; comme Tévêque en tenait lui-même le
1/3 **, on voit qu'il en restait tout juste 1/15® pour Auzias d'Avi-
gnon et ses copartageants, avant l'acte de 1193. On voit que les
vicomtes avaient donné à leurs parents les Amies, non seulement
la terre de Védène en iîef et le cours de la Sorgue, mais encore
toute la part comtale du port d'Avignon. Quant à eux, se réser-
vant le domaine de ce tief, ils conservaient la terre du Pont de
Sorgues, et une part des droits de montée ou descente sur le
Rhône.
Finalement, au mois d'août 1196, Guiraud Amie vend, au
prieur et aux frères du pont, pour 2i000 sous de deniers melgo-
riens, tous ses droits sur le port ^. Les 7/12 de la quote-part, enga- *
gésen 1193 pour quarante-six marcs, ne devaient plus l'être, car
l'acte n'en parle pas. La quote-part totale des Amies valait donc,
à la lin du xii^ siècle, pour cinquante sous demelgoriens le marc ^,
une somme de 480 marcs. Cette quote-part, entière, montant
aux 3/5® du total, le port d'Avignon valait ainsi environ 40000
sous melgoriens, ou 800 marcs. Il valait trente fois moins, pro-
4. Avignon, octobre il93 : « ego Goraldiis Aniici qui habeo, in porlu
seu porlanagioRoclani,in viginti denariis duodecim denarios, obligo pignori
tibi Elisiardo septem denarios ex pra?dictis duodecim denariis... cuin parte
candoli ad illos septem denarios pertinente... pro quadraginla sex inarchis
argenti.. in quinque annos .. » (Bibl. d'Avignon, ms. n® 2770, f« 258 r«-v®).
2. 24 avril li55 : « tertiam partem portus apud Avinionem... » (Vaucluse,
G. 6, r» 14).
3. Avignon, août 1196 (Bibi. d'Avignon, ms. 2776, P» 258 v°).
4. C'était du moins la proportion en 1167 (Montm.,p. 255).
iii LA PHOVENCE DU PHEMIER AU XU* SIÈCLE
bablement, que celui de Marseille ^ L'acte de 1193 suppose que,
en cinq ans au plus, les revenus des 7/12 de la quote-part des
Amies doivent suffire à rembourser un gage de 46 marcs équiva-
lant à 2300 sous melgoriens. Les revenus de cette quote-part
totale en cinq ans représentent, sur ce pied, 3942 sous. Comme
cette quote-part revient aux 3/3 du total des revenus du pont,
ces revenus, en cinq ans, donneraient6570sous, c'est-à-dire 131 i
sous par an. Et, comme les droits perçus variaient de 4 deniers à
une pougeoise par unité de passage, cela suppose une moyenne
de (juinze mille têtes allant et venant par an au port d'Avignon.
Kn réalité, au lieu de cinq ans prévus, il en suffit de la moitié
pour acquitter le gage des 46 marcs. Les recettes prévues avaient
doublé, en 1194 et 1193, grâce à rétablissement du pont.
Les vicomtes, comme avoués de Téglise, avaient élevé Chà-
teauneuf-Calcernierau nord d'Avignon : les Amies, de leur côté,
élevèrent, sans doute à la même époque, Châteauneuf TAmic à la
limite du diocèse de Cavaillon. En souvenir de leur rang éminent,
tant que le Comtat Venaissin exista, le seigneur de Châteauneuf
jouit d'un privilège unique. La règle générale voulait que les
vassaux se rendissent à la cour de leur suzerain pour lui prêter foi et
hommage : pour remplir ce devoir, les gentilshommes du Comtat
se rendaient donc à Carpentras, par-devant le recteur du (Comtat.
Seul, le seigneur de Châteauneuf attendait le représentant de son
souverain : celui-ci devait venir prendre son hommage à domi-
cile ^.
1. Le 19 juin 1220. le 16 du port de Marseille élail engagé pour 25000 sous
de royaux coronats (S.- T., 920). Celte monnaie étant à 60 sous le marc
(S.- V., 228), le port de Marseille valait donc au moins 2500 marcs, c'esl-à-
dire au bas mot trois fois celui d'Avignon.
En 1193, toutefois, la mise en gage pour 46 marcs des 7/12 de la quote-
part de Guiraud Amie ne représentait que 2300 sous, c'est-à-dire le dixième
environ de la valeur réelle. A ce compte, le port de Marseille valait, non
pas 2500, mais 25000 marcs, c'est-à-dire trente fois environ celui d'Avi-
gnon. Cette proportion est plus vraisemblable.
2. Généalogie de Sabran-PonlevèSy p. 123, notée/; d'après Pithon-Curt,
I. II, p. 13 note.
LA HIÉRARCHIE ADMtMSTRATlVE ET LE RÉGIME FÉODAL 415
III
Les Renard^ viguiers ou mislraux du canton d'Avignon
(1045-1125).
A la tête de chaque canton se trouvait placé un viguier qui
assistait le comte ou le vicomte dans ses fonctions.
C'est ainsi que, vers 975, existait le viguier Bonfils dans le
canton avignonnais de Roubian près Tarascon K Le viguier de
Marseille Adalard assiste^ vers 990, à un plaid du vicomte de
Marseille Guillaume 2. En 1036, dans le canton de Fréjus, existe
Durand, viguier du Puget-sur-Argens, qui assiste le vicomte de
Fréjus Fiancon^ En 1051, parait le viguier Carbonel dans un
acte relatif aux Pennes et, par conséquent, au comté de Marseille*.
En 1052, c'est le viguier Amalric, dans un acte relatif à Callas
au comté de Fréjus''. On connaît également les trois frères Pons,
Adalman et Engelran, comme viguiers de cette localité 6. Le pro-
tocole comtal, en 1044^, tout comme le protocole royal**, ne
manque pas de mentionner les viguiers dans Ténumération des
degrés de la hiérarchie administrative. Mais cette hiérarchie, au
milieu du xi* siècle, s'effaçait. Les juges de Provence dispa-
raissent alors avec l'unité de la marche. Les viguiers, qui étaient
l'organe de cette unité dans les centres ruraux, sont nommés en
ti(re pour la dernière fois en 1067'-^. 11 s'agit d'un acte de Mont-
majour : les moines se plaignaient qu*il n'y eût plus comme jadis
de marquis et de comte pour se faire rendre justice. Les viguiers
leur restaient sous la main et ils les nomment. Le comté d'Arles
en comptait au moins quatre ou cinq et on peut croire que, dans
1. Saint' Victor, n» 170,
2. rbid,, n« 77.
3. Ihifi., 564, 565, 566.
4. /6i(/.,51.
:;. rhid., :i4i.
6. « Nos quo^iue fralres Poncius videlicel, Adalmannus et Inguclrannus
vicarii ejusdem caslri Calars... carlam firmamus » {Saint-Victor, 537).
7. Ibid,, 659.
«. Ibid., 1061.
9. Monim., p. 179.
416 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
les autres, il y en avait autant. Dès la première moitié du xi' siècle,
les viguiers prenaient rarement leur titre : la fonction s'enraci-
nait dans la terre, car ces petits fonctionnaires étaient devenus de
grands seigneurs.
Dans le viguier arlésien Atenulfe de 1067, on peut recon-
naître Atenulfe, fils de Boniface de Reillane, et cela s'explique
fort bien quand on sait que les Ueillane étaient issus de Lam-
bert UrxoK En elfet, la maison artésienne des Baux descendait
elle-même de Pons, frère de ce Lambert '*. Donc, les Reillane
étaient arlésiens d'origine ; le grand-oncle du viguier Atenulfe
avait été archevêque d'Arles.
Dans le viguier également arlésien Volverade qui l'accom-
pagne, il est aisé de reconnaître le chevalier arlésien de ce nom,
mari de Belletrude et souche de la maison des Porcellets, sei-
gneurs de l'un des deux bourgs d'Arles K 11 était frère d'Ameil
et de Rostaing, fils d'Aimedrus '*.
1. Lambert, qui vivait en 971, époux de Galburge, louait du comte
les biens fiscaux près Monlmajour (Montm., pp. 40-50, 46-47, 275 ; Saini-
Vic/or, 96). Il remplissait doncdéjà, sansdoutc,Ies fonctionsde viguier dans
ce canton. Il eut pour fils Boniface [Sainl-Victor, 414, 91, 417, 418». Celui-
ci, époux de Constance, était vassal des vicomtes de Marseille pour cer-
tains biens et il possédait déjà Reillane dans le comté d'Aix. Boniface et
Constance eurent pour enfants liaimbaud, archevêque d'Arles, Boson de
Céreste, Boniface époux de Mahaut, Foulques Laugier, Atenulfe de Reil-
lane, Adalmois, Hlsinde et Alix. Atenulfe de Reillane. mort avant 103i
[Saint-Victor, 101], eut pour fils Boniface, époux de GandalmosiSa/'/i/- V'cc-
tor, 101, 50, 58, 411) : ces derniers eurent Boniface, Rostaing, Pierre, Guy,
le viguier Atenulfe et Guillaume.
2. Yson, fils de Pons P"" et de Blismoda, frère du prévôt d'Arles, évoque
de Vaison, Ilumbert, de Garnier et de Pons II, eut pour fils Pons 111,
Lambert TVxo et Raimbert. Pons III, époux de Profecta, eut lui-même
pour fils Pons IV, JeofTre de Rians, IIuguesdeBaux, Dodon et Accelena.
3. 1057 : « ego Volveradus et uxor mea Bellilrudis at(|ue filius meus
Roslagnus Porcelletus et mulier sua nomine Bona necnon et filii eorum
Berlrannns sacriscrinius, Willemmusque, Petrus » ySaint-Victor, 200). Cf.
n^- 202 et 650, dans Tadditicm datant du [14 février 1063/4- 1"" mai 1065\
1044 : H coram senioribus islius civitatis videlicel Volverado et Pontio
de Acjueria et VilemmoColarono >> (Saint-Victor, 166).
Pour Rostaing Porcellet, son fils, voir Saint-Viclor, 172, 179, 184, 200,
202, 3S0, 1073.
Aix, i7^octobre 1164 : ««Porcellidomini de burgo Arelatensi » (//>â/.,H06}.
4. 1028 [Saint'VJctor, 165).
La hiérarchie administrative Et LE RÉGIME FÉODAL 41 7
Dès le début du xi*' siècle, dans le langage courant, le terme
précis de vicarius se remplace par le terme générique de minis-
tralis qui, en principe, désignait tous les détenteurs plus ou
moins secondaires du pouvoir administratif ^ En fait, les fonc-
tionnaires d'un ordre élevé, comme les comtes et les vicomtes,
distinguent dans chaque château dépendant d'eux la castellania
et la ministralia. Ainsi, dans celui de Pourcieux, Geoffroy de
Signe, neveu de Belielde, princesse de la maison vicomtale de
Marseille, tenait en fief la châtellenie, la mistralie, Téglise, le
four banal et la tasque, le mas d'Adalard et celui de la mistralie ^
On voit que Geoffroy de Signe était un seigneur dominant :
de lui dépendaient les différents services publics de la localité. Il
dominait la châtellenie, la mistralie et Téglise. Or, à chaque
office répondait une mense destinée à rémunérer Tofiicier qui en
était chargé. Le seigneur dominant dominait également ces dif-
férentes menses : on énumère deux mas, celui d'Adalard et celui
de la mistralie. Ces deux mas répondent évidemment aux deux
premiers offices énumérés plus haut : Adalard est le châtelain de
Pourcieux et il jouit d'un mas à ce titre, dans la seigneurie du
parent des vicomtes. Un second mas est affecté à la mis-
tralie, mais on ne nomme pas le mistral. Ceci indique proba-
blement qu'il n'en existait pas encore un d'affecté spécialement
à Pourcieux à cette époque et y habitant.
A Pertuis, le comte Geoffroy tenait lui-même la mistralie, le
port, le marché, le district et tout ce que son grand-père Guil-
laume avait jadis donné à Montmajour ^. Si l'on se reporte à la
donation de Guillaume, on voit qu'il avait cédé tout ce qui lui
1. « Hodulfus rcx... cunctis miiiislranlibus rcmpublicain ordinanti-
bus... » {Saint'Viclor, 1061).
2. i3 décembre [1004-1048] : « ego Rilliellis femina Glia qui fui condam
Guiilclmi vicccomitis Massiliensis... in castro de Porcils... tenct Gaufrcdus
iiepos meus de Sinna... ipsam caslellaniam et miuisti-aliam et ecclcsiam et
furnum et tascham.. et mansum de Adalard et alium de ministralia... »
[Sainl'Viclor, 135).
3. u Ego Gaufridus cornes... tenebamus mistraliam et portum et merca-
tum et districtum et alia plura qua^ olim ab avo nostro Guillelmo data
fueranl... » -^Montm., p. 135^.
Mém, et doc. de l'Ecole des Charles. — VII. '21
418 LA PROVENCE DC PHKMlEtI AU XII* BlACLfi
venait dans Pertuis, d'Engelran, évêque de Cavaillon, et de son
frère le vicomte Nivion, sur les champs en culture ou en friche,
sur les vignes, les arbres fruitiers ou autres, les prés, les pâtu-
rages, les forêts, les jardins, les friches, les lais et relais, les
moulins, les eaux et leur cours *.
Il s*agit en somme d'un domaine général et supérieur, ce qu'on
appellera plus tard le droit de directe universelle : Nivion, qui
l'avait cédé h Guillaume, Tavait eu vraisemblablement en qualité
de vicomte.
En 1096, un membre de la famille vicomtale d'Avignon cède
ses droits sur les échanges, la mistralie et les plaids *. Ces droits
vicomtaux sur les échanges équivalent aux droits de port et de
marché tenus par les comtes à Pertuis. Quant aux bénéfices tirés
des plaids, ils valent ceux tirés à Pertuis du district judiciaire.
Reste des deux cotés la mistralie : on voit qu'elle dépend des
comtes et des vicomtes. Si Ton ne dit pas clairement ce qu'elle
esl, on voit nettement ce qu'elle n'est pas. Dans son sens strict,
il no faul pas la confondre avec la perception des impots
([ui pesaient sur les ports et les marchés : il ne faut |>as
la confondre davantage avec la perception des bénéfices tirés
de l'administration judiciaire. On savait déjà qu'il ne faut pas
la confondre avec l'office du châtelain, chargé surtout de la
sécurité militaire du château. Si l'on écarte ces attributions,
([ui toutes devaient s'exercer dans les murs de l'agglomération
urbaine ou rurale, il ne reste pas grand'chose à faire pour un
mistral dans l'enceinte des murs, mais il lui reste la campagne.
(Vestle terroir rural, ce sont en particulier les routes et les
cours d'eau qui dépendent de lui. La mistralia que donne à
Pertuis le comte Geoffroy, ce sont les droits cédés jadis par son
grand-père sur les champs, les vignes, les vergers, les prairies, les
pâturages, les bois et les jardins, les délaissés, les moulins et les
cours d'eau. Mais, tout cela, c'est précisément le droit de police
qu'exerçaient jadis les viguiers sur le terroir. Le mistral, au bas
1. Montm., p. i'>7.
2. Tanvier 1006 : « iii cambia, in mestralia, in placitis » (Vaucluse, G.,
Chap. métrop., 27 provisoire. fT. 32 v" 33 r^).
LA HIÉRARCHIE ADMIMSTRATIVE K'V LE RÉGIME FÉODAL 419
de réchelle administrative, dans le sens propre du mot, ce n*est
donc pas autre chose que le viguier.
De fait, on a vu nommer les viguiers en 1067 pour la der-
nière fois ^ : c'est en 1033 ^ que paraissent les premiers mistraux,
leur équivalent. A cette date, se présentent ceux de Bri-
gnoles ; ils dépendaient des descendants de l'ancienne maison
vicomtale de Cavaillon. En 1062, paraissent ceux de Bras,
également dans le comté d'Aix.
Par suite de Témiettement croissant, comme chaque château
avait son châtelain, chacun finit par avoir son mistral. Le même
1. Le 12 juillet 1097, à Saint-Gilles, se trouve, en présence de l'abbé de Saint-
Victor, Bernardus Pétri vicarius [Sainl-Victor, 152). Il serait tentant de
ridentifîer avec le Derirannus Peiri ministralis sancti Victoris qui vivait n
la même époque [Sa int- Victor ^ lil). L'abréviation Bcr, a pu être mal
résolue.
2. 1033 : « ego Hainaldus et filii mei Poncius et Nevolongus et uxor
moa Odila... in corn ita tu Aqueuse, in valle... Guarildis. . . Nortaldus fidelis
meus ministralis Bruniole et, ipso rogante vel consiliante, donamiis. .. hoc
(juod Nortaldus tenebat de presbiteratu . . . »> {Saint- Victor ^ 378). Rainaud
est le fils de Nivion et, par conséquent, le neveu d*EngeIran, évêque de
Cavaillon.
1062 : « ego Poncius, de Castro... Bracio et niulier mea... Balda et fil
mei Leutaldus, Guillelmus, Arbertus, Ugo, Fulco... donamus... in terri-
torio supradicti castri. . . et hoc per consilium noscrorura ministralium
Poncii Mataronisquefratnim. . . Ego Poncius et Mataronus frater meus et
Alenulfus nepos, ministrales de Bracio,. .. et uxores nostras Agnes, Con-
slantia et filii nostri Willclmus et alii fratres Conam filius Mataroni, dona-
mus altaresde supradictasecclesias... Poncius ministral firmavit. Mataronus
firmavit » [Saint-Victor, 311). Cf. n<» 373, 127.
1065 : « Landulfus quoque ministralis omnia que habebat in Castro Baido
pei ministraliam et per castellaniam dédit. . . » (Ibid,, 119).
29 mars 1064 : « ego Landolfo... per ministralia et per tasca et per eccle-
siam... » [Ibid,, 120).
« ego Bertrannus Pétri, ministralis Sancti Victoris, dono... partem meam
de guardia devineis n [Saint-Victor^ Hl).
cf de Ciliano, villa sancti Victoris... mansus de Petro Barbabella
quem tenet ministralis ejusdem ville ad fevum... » (Saint- Victor, 543).
« ego Petnis ministral de Archincosco... de omnibus que ego require-
bam... in territorio... hoc est tasca et medietatem de bis hominibus quos
ego ibiatraxero et medietatem de defcnso et rilera de aqua ci partem..
in decimo...» [Saint-Victor, 628). Cf. 627.
420 LA PROVENCE DU fREMlÊR AU XII^ SIÈCLE
homme pouvait d'ailleurs arriver à y cumuler la mistralie, la
châtellenie et la mense du presbytère.
Ces observations faites, il importe de voir comment les choses
étaient organisées dans la cité d'Avignon où existaient déjà une
maison comtale et une maison vicomtale.
Aux premier tiers du xi*^ siècle, vivait dans Arles Hugues Adal-
ras. En 1028, sa souscription parait au basd*un acte qui concerne
la mère du viguier arlésien Volverade * : il y assiste les sei-
gneurs des Baux, autres viguiers arlésiens, et les vicomtes. Le
l'"" mars 1035, Hugues Adalras, sa femme Dumidie, le diacre
Pelet, dame Bellidrude et Rigaud, donnent les terres arables de
leur alleu, pour les âmes de leurs pères et mères, au comté
d*Avignon, dans le canton Roubian, au-dessus du village de Lau-
rade et dans le clos dit Pierre Monge •. Dame Bellidrude était
femme du viguier Volverade ^ ; quant à Pelet, il devint chanoine
d'Arles '♦. Les termes de cet acte donnent à penser que Hugues
Adalras était frère de Pelet, de Bellidrude et de Rigaud. Sans
doute, par son mariage, cette Bellidrude avait acquis un rang
1. 1028: « ejço Aimedrus ac filii mei Volvcras et Amelius atque Rosta-
gnus, . . do alode noslro (jui pro fratrum nostrorum mortibus jure heredi-
tario nohis est dtributus. . . in comniitatu Arclatense, ultra paludoxn sancli
Cesarii, in ioco. . . Splata. . . consortos : ex uno lalere paludcm ; ex alio,
podium (iuem comosconstruere volait cl insuper ab ipsis arcubusde Splata
usfiue ad aroiis S. Genesii, ubi pons est. . . Ponlius juvenis Grmavit. Ugo
firmavit JolTres firmavit. Bellcdrus firmavit... Adalras firmavit. . . » {Saint-
Victor, 16r>).
2. Arles, mars [103'»J : « ego Ufço Adalras et uxor mea et Pelitus dia-
coniis et doinna Bellidrus et Rigualdus. . . pro remedium animas nos-
tras... et de genitoribus nostris vel génitrices... ex alode nostro. . . in
comitalu Adveniononse, in agro Rupiano, super villa t\ue nuncupant Lau-
rata, in cluso (jiie vocant Polra Monica. . Signum Adalras et uxor mea
Dumidiaot domna Bellidrus et Pelitus diaconus elRigualdus Signum
Ilysnnrdus Adalras.. S. Bernardus Sonioretus... Signum Bermundus cleri-
ricus... Sijj:num Teudebertus de Romanino .. Signum Ugo filius ejus...
Sii,mum Riiualdo... Signum Sancia... »> {Ihid., 183). Cet acte montre
nettement comment se subdivisait le pays. Chaque comté comprenait un
certain nombre iVatjri ou cantons Cbaque canton renfermait des villx, ou
villages, et le terroir de chaque village un certain nombre de clos.
3. //)iV/, n«200.
4. //)«/., no 151.
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 421
supérieur à celui de sa famille, car Hugues la qualifie dame. Les
rapports, que l'acte de i 028 révèlent entre la famille des viguiers
arlésiens issus de Volverade et celle d'Adalras, invitent à penser
que le mariage de Bellidrude est antérieur è cette dernière date. Le
nom de Dumidie, femme de Hugues Adalras, rappelle celui de
la religieuse arlésienne, apparentée à la Maison des Baux, qui,
au milieu du x® siècle, avait fait un don à Mon tma jour dans les
comtés d'Arles et d'Avignon K
Hugues Adalras lui-même, qui quelquefois reçoit le seul nom
d'Adalras, devait être le lils de Tarlésien Adalras. Celui-ci
vivait dans la deuxième moitié du x® siècle : sa souscription
figure à la concession en précaire faite par l'archevêque Manas-
sès en faveur d'Ameil 2. Elle figure également au don des
marais de Montmajour fait par Lambert et Galburge de qui
descendent les Reillane*^. Elle figure dans Arles le 7 décembre
1002, au bas de la donation de Balda, femme de Doon de Châ-
teaurenard, en présence des comtes et des juges * Elle figure enfin
dans une assemblée tenue à Arles le 21 janvier, d'une année com-
prise entre 1003 et 1009, eu présence de l'archevêque et des
comtes : elle occupe le sixième rang, après celle des comtes, et
il y a vingt-sept personnes présentes ^.
Hugues Adalras, dont le père présumé mourut ainsi peu après
1002 et qui vivait encore le l^' mars 1035, était mort dès le
mois de novembre 1036. A cette date, Dumidie et ses trois fils
Isiiard, le clerc Brémond et Renard, donnent à Montmajour un
clos de vignes dans le comté d'Arles, au canton de Trébon, près
i. [952-963] : « ego Domedia humillima Deo devota »(Montm., pp. 36 37).
Le scribe Odilusne paraît pas avoir vécu après 963 (Gall. noviss., n^ 620).
2. Décembre [948-963J : « Adalradus » (Albanès, Gall, Christ, noviss.,
Arles, n° 257). Il est absolument impossible de dire pourquoi Téditcur de
cet acte le date de 954.
3. [965-981] ; « ego Lambertus et uzor mea Walburgis... aliquidde
fisco quod tenemus pro seniore nostro Guillelmo comité et fratre suo Rot-
baldo . . Adalradus firmavit » (Montm., pp. 49-50).
4. Arles. 7 décembre 1002 : « Adalradus firmavit • (Montra., pp. 98-iOO).
5. Arles, 21 janvier [1003-1009]. « S. Adalrado firm. » (Albanès, GalL
Christ, noviss.f Arles, no298).
422 LA PROVENCE DC PREMIER AU XII* SIÈCLE
de N.-D de Lansac^ Hugues et Dumidie doivent même avoir eu
au moins six (ils. En eflet, un acte sans date, qui doit être d'une
époque voisine de 1045, montre ^,avec les trois premiers, Adalras,
Hugues et Rigaud. Le nom d^Adalras rappelle celui du père et
du grand-père ; le nom de Hugues, celui du père et le nom de
Rigaud, celui de Toncle présumé vivant en 1035 : tous les six
donnent Tégiise Saint-Geniès, au terroir de Jonquières, et il s'agit
sans doute de la localité de ce nom sur la rive droite du Rhône,
au diocèse d^Arles ^. A 1 époque de cette donation, Dumidie devait
être morte. Les trois derniers, Adalras, Hugues et Rigaud, ne
reparaissent plus. Quant au clerc Brémond, il figure dans plusieurs
actes, de 1038 à 1062 ^ Dans Tun d'eux il donne la moitié d'un
verger sis au comté d'Aix à Vauvenargues.
1. Arles, novembre i036 : « ego... Dumidia et filii xnei Isnardus et Ber-
mundiis clericuset Reinoardus. . . de alode nostro... ia comitatu Arela-
tense in agro Truphoncio, in lerininio de ecclesiam sancta Maria de Lan-
ciaco.. clausus unus de vineas qui nominant V [er] gcrio. . . inter con-
sortcs de iino latus fluvium Durontia... Signura domna Dumidia et Glii
sui Isnardus et Bermunduscloricus etReinoardus... » (Montm , pp. 133- 13i).
La branche de la nurance,qui venait de Chàteaurenard à Arles, est repré-
lée actuellement, entre Lansac et Saint-Gabriel par une roubiae.
2. [ 10^5 ? ] : « nos. . . Bcrmundus et Isnardus, Ugo et Raiooardus el
Alalradus el RigaKlus... pro amore anime parentorum nostrorum... el
filiorum nostrorum ecclesiam sancti Genesii... Signum Bermundus
firmal. Isnardus firmat. S. Rainoardus firmat et Adalradus, Ugo et Rigaldus
(Montm., pp.75 70). Le préambule Z)trini« verbis est à rapprocher du préam-
bule Divin i s sermoni bu a employé à deux reprisesen 1045 (/Z)iV/., pp. 167-168),
3. En janvier [952 ?], un membre de la maison des Baux. Raimberl époux
dOdila, avait déjà donné une part de Jonquières à Montmajour (Montm.,
p. 37;.
4. 1038 : « ego Josfredus comes Provintie... dono... fideli meo Ful-
choni vicecomiti Massilie... do alode meo... in comitatu Tolonense... in Sex
Furnos... Isnardus alipie Bermundus clericus frater ejus f. » {Saint- Victor,
447).
Mercredi 7 décembre [1048] : <» Bremundus clericus Grmavit » {Saint-
Victor^ 171). Les éditeurs du Cartulairo de Saint- Victor ont laissé flotter
la date entre les années 1048, 105 i et 1005. En réalité, il 8*agit du mer-
credi 7 décembre 1048. En effet, l'acte donne : feria Ifll^ Vif idus decimber,
luna XXVIIIl. Le mercredi est tombé un 7 décembre en 1048, en 1054 el
en 1065. Or, en 1005, la lune a été nouvelle le 2 décembre, avec le nombre
d'or 2 : en 105V, elle fut nouvelle le 4 décembre avec le nombre d*or 10.
LA HIÉRARCHIE ADMITtlSTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 423
Restent Isnard Adalras et Renard. I^ premier, Isnard,
parait d'abord dans les actes avec son frère Brémond. Il paraît
également en 1040, avec le sénéchal Rostaing, comme témoin
d'un acte comtal relatif au pajs d'Avignon sur la rive gauche de
la Durance •. Sa femme porte le nom de Guiburge : il en eut
au moins quatre fils, Adalras, Pierre Adalras^ Guillaume et
Isnard, auxquels il faut sans doute ajouter deux filles du nom
iVEleix et de Baltugate. L'aîné d'entre eux, Adalras^ étant
mort, Isnard et Guiburge donnent pour son âme des biens i\
Saint-Victor : les uns, au comté d'Arles, dans le canton de Tré-
l)on et le clos « Trente muids » ; les autres, au comté d'Avignon,
dans Aurignan. Isnard ne tarda pas lui-même à mourir : en 10;)2,
son frère Brémond et son fils Pierre paraissent ensemble sans
Ces constatations suffisent à faire écarter 1054 et 1065. Reste 1048 : celte
année-là, avec le nombre d'or i-, la lune fut nouvelle le 1 1 novembre et le
10 décembre. Par conséquent, le 7 décembre fut en réalité le vingt-sep-
tième jour de la lune. Le rédacteur de l'acte donne le vingt-neuvième :
soit, deux jours de trop. C'est une e reur absolument courante et normale à
celle époque. Les éditeurs du Cariulaire disent de la date lunaire : minime
quadrat. Le minime est de trop, comme leur incerlilude.
Arles, mars [vers 1050] :« Hysnarduset conjux mea Vuidburga pro anima
(lefilionostro... Adalrado...incomitatu ArelalenseinagroTriphontio, incluso
Triginta modia... el in commitatu Advenionense... de villa... Aurignana...
Kgo Hysnardus uxor mea Vuidburga el pmles nostri masculi et femine...
Petrus et Vuilelmus et Eleix fratres... Signum Bermundus clericus f. S.
Vuilelmus f. S. Rainoardus f. » {Ibid., 173;. Aurignan, comm. Sainl-Remy
•de Revel. Etat descriptif de V arrondissement d'Arles^ p. 19).
[Vers 1050] : « in lerrilorio Valveranica in comitatu Aqueuse... Bermun-
dus clericus dono dimidium virgerii » (//>tV/., 230). Les éditeurs datent de
1004 environ. Or le Petrus quondam sedis Aquensis episcopus, qui paraît à
l'acte, siégea de 1032 à 1048. En 1050, sur sa résignation, il était remplacé
par Pons (Albanès, Gall. noviss., Aix, col. 47-48).
'VerslO.")©] : « Bermundus. \dalras et neposejus Vuilelmus f. » '//>/(/., 181).
1052 : 'X Bermundus fîrmavit. Petrus Adalras f. » [Ibid., 182).
[Vers 1060] :«... Bermundus Adalras f. » {Ibid,,{9\).
[1036-1050] : « Isnardus Adalras f. Adalras filius Rainaldi f. Bermundus
clericus f. » {Ibid., 186). Ces souscriptions à un acte delOlO ont étéajoutées
comme conGrmation postérieure.
1. Montmajour, 1040 : « ego Gaufredus cornes... in comitalu Avenio-
nense... ecclesia sancti Aloanni et locus mansi Cais... Isnardus frater Ray-
novaldi » (Montm., pp. 138-139).
i2i LA PROVENCR DU PREMIKR AU XII® SIÈCLE
lui, et, dans un autre acte de la même ëpoque, son frère Bré-
mond avec son fils Guillaume, également sans lui. Cette absence
répétée implique sa mort prématurée.
Ses fils Pierre, Guillaume et Isnard paraissent ensemble, en
1069, avec leur oncle Renard * : ils donnent l'église de Saint-
Césaire en Camargue, au nord d'Albaron. Désormais, Pierre s ap-
pelle Pierre Isnard et laisse le nom d'Adnlras, Dans un autre
acte, Pierre Isnard, d'accord avec sa femme et ses fils,
abandonne à Saint-Victor tout ce qu'il possède à Berre, notam-
ment tout ce qui lui venait de son oncle Aicard Ison ^. Sans
doute, c'était par sa femme qu'il en était le neveu et qu'il
possédait ainsi des biens au sud-est du diocèse d'Arles. Le 28
juillet iOJIl, au premier ran^ des princes qui se joignent à la
comtesse Douce, pour abandonner tous leurs droits sur les
navires ou les radeaux de Saint-Victor qui montent ou descendent
le Rhône, entre Guillaume Hugues de Baux et Laugier de Boul-
bon, figurent Pierre Isnard et ses frères -^.Les droits que Pierre
Isnard abandonne ainsi sont des droits de péage sur le Rhône, qui
paraissent joints à ceux que percevaient les seigneurs des Baux.
Ces seigneurs appartenaient à une famille qui ne cessait de gran-
dir : mais elle était d'origine vicariale dansle terroir d'Arles et il
1. lOtiU : «< e^^o IVtrus Isnnrdi et fra 1res moi Wilclmus et Isnardus el
aviinculus iiosler Rainoardus et filius ejus Poncius Rainoardus et conso-
brini moi Gonciolinus ot Ugolinus damus ecclesiam sancti Cesarii de Boza-
ringo... su()orfluvium Rodani... » {Saint -Victor, 100).
2. 11004-1009] : » o^ Pctriis Isnardus ot conjux mea et filii nostri...
honoroin... in Bona nvunculus noster Aicardus Iso... post mortem avun-
culi Aicardi... » ;//>ir/., i02).
Sur Aicard Ison, voir S/iin/-ViV/or, 44, i09, 131. 153, 171, 172, 194,
depuis 1030, jus<|u'aul"'' juillet 10:i5. no])lu8, Albanès, Gall. Christ, noviss,,
Arles, no* 337, 385.
3. 28 juillet 1094: u ego Dulcis comitissa... omncm usum... in navibus
et in ralibus, vol in terra vel in mari... Donacionem quoquo... quam alii
boni viri (pii fovo aut pignorc per comilem et per mehabent... facturi sunt,
laudo... Ugo de Vornoto laudat et fîrmat. Guillelmus Ugonis donat quio*
quid babet... Guitbertus similiter. Petrus Ysnardi et fratresejussimiliter.
Willebnus Petrus de Gorda similiter pro Rostagno fratre suc. Laugerius
de Bullmno ot Guillelmus (ilius ejus similiter. Guillelmus Mataroni de Avi-
nione similiter... » {Saint- Victor, 686).
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL i2o
faut croire que les droits en question s'exerçaient sur le Rhône,
dans le diocèse d'Arles. Pierre Isnard se trouve joint aux Baux,
comme les Amies à Avignon étaient joints aux vicomtes. Quand
il avait donné Saint-Césaire, c'avait été de Tavis des Baux et
cette di^pendance étroite remontait loin, puisqu'elle existait
déjà du temps de Hugues Adalras, Il avait dû y avoir une
alliance entre les Baux et les i4c/â/rd«; parla, une part des droits
des Baux dans le terroir d'Arles avait dû passer à cette famille.
Le 11 septembre 1095, Pierre Isnard se trouve à Tarascon avec
Guillaume, abbé de Montmajour, et diiïérents évéques ^ En
octobre 1104, il vivait encore. A cette dernière date, il approuve
avec son frère Isnard une vente de sa sœur Baltugate ^ et la
vente concerne des biens à Berre.
Ainsi tout ce qui a été dit des Adalras jusqu'ici, depuis le
milieu du x® jusqu'au début du xii® siècle, montre que leur
famille était arlésienne et qu^elle était liée à celle des Baux.
Les choses changent dès qu'on laisse de côté les descendants
d'Isnard Adalras^ second fils de Hugues Adalras^ pour étudier
les descendants de son troisième fils Renard.
Ce Renard paraît avec sa mère Dumidie en novembre 1036 3,
avec ses frères et neveux arlésiens jusqu'en 1069 ^. Mais en 1065
et 1073, parmi les témoins qui souscrivent un acte avignonnais,
figure le nom de Renard ^. La question est de savoir si c'est là
Renard, fils de Hugues Adalras, Quelque circonspection est ici
d'autant plus nécessaire que ce nom était fort répandu. Il ne faut
pas confondre Renard^ fils de Hugues Adalras^ avec Renard de
1. Tarascon, il septembre 1095: «Pétri Isnardi » {Saint- Victor, 220),
2. Avignon, octobre 1104 : « ego Baltugata et filii mci Bcrtrannus et
Bedocius et Ugo... cum consilio fratrum [m]eorunn Isnardi et Pétri
Isnardi... Petrus Isnarduset Isnardus fratres Baltugate voluerunt et firma-
verunt... >> (Vaucluse, G., Chap. métrop., n® 27 prov., f^ 6 l'^-v®).
3. Montra., pp. 133-134.
4. Saint-Victor, 173, 160.
5. 13 juillet 1065 (Polycarpe, Ann., p. 633).
Avignon, 1073 : « ego Bertrannus et frater meus Guilelmus. . . in terri-
426 LA PROVENGE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
Bouc, fils d'Archiinbert et de Maimbourge, frère d'Aldebert,
Galburge et Balde ^ Il ne faut pas le confondre non plus avec
Uenard deTarascon, frère de Rostaing et Auphant 2. Il ne faut
pas le confondre davantage avec Renard de Châteauvcrt, fils
d'Eldebert de Châteaurenard et de Mahaud 3, ni avec Renard de
Châteaurenard, fils de Guillaume de Châteaurenard et de Belielde *,
ni avec Renard de Châteaurenard, fils de Doon et d' Affina'^, Il ne
faut pas leconfondre avec les deux maris de FideSy ni avec le pre-
mier, Renard fils d'Enaurs ^'\ ni avec le second, Renard Taixo-
mega, fils de Guillaume et de Mahaud, frère de Trimond ". Enfin,
il ne faut pas le confondre avec Renard frère d'Albaric, dont la
famille aura des rapports avec Avignon ^. Il suffit d'énumérer ces
huit homonymes pour les écarter.
torio Avennicensi. . . Hainoardus firmavit » (Vaucluse, G., Qiap. métrop.,
no 27 prov., f» 21 r«-v»;.
1. Pour Archimbert, voir 10i9 {Saint-Viclor, i05r»); 1022 {Ibid., 258 ;
i028 [IbUI., 129); 1030 [lUd., 250) ; i034 [Ibid,, 255); !•' mars 1035 (Ibid.,
123); 8 dc^cembre 1045 (Ibid., 194).
Son fils, Honard de Bouc, épousa Leugardo qui se remaria ensuite avec
Giraud Palliol. Voir 1027 (Saint- Victor. 253); 1028 (/Z)ic/., 129); iO^O \lbid.,
250); 1034 (//>/</., 25:»); mars 1035 [Ibid , 123). Ct.Ibid,, 251, 10C9.
Sa fille, Galburg:e, épousa Guillaume Chetbert [Saint-Victor^ 128); ^on
autre fille, Balde, épousa Pons de Bras, frère de Lambert. Voir 1019 ^Saint-
Victor, 1055) ; lOW (//>iV/., 1069; ; 1062 (Ibid., 311) ; cf. 127, 373, fil3, 627,
658. Pons de Bras el Balde eurent Lieulaud, Guillaume, Arbert, Hujjues
et Foulciues {Saint -Victor, 373, 311). Archimbert eut également comme
neveux Guillaume, qui paraît en 1030 [Saint Victor, 250), et Isnard, mari
de Berlhe, (jui paraît en 1019 ^Saint- Victor. 1055 el 1028 \Ibid., 252> Ce
neveu, Isnard. est différent lui-même dlsnard Malbec el d'Isuard de Tou-
lon, père de Pons et Guillaume (llnd., 252, 253;.
2. 1040 (Montm., pp. 138-139); cf. p. 136.
3. 22 avril 1015 (Montm., pp. 126-1 27 \ Cf. pp. 94, 148, 169.
4. 1062 Saint-Viclor, 5V6).Cf. Montm., pp 93-94, 9t, 122, 123, 188. 169;
Saint-Victor, 1055, 488, 325.
5. 10i6 i Saint-Victor, 1068); 1062 (//>/f/., 546| ; cf. Montm., pp. 151. 162,
169.
6. 1040 (Montm., p. 103); septembre [1068] [Ibid,, p. 164); cf. pp. 80,
86, 163, 102-103, 215-216, 181-182. Pierre Benard est issu du premier lit
Je Fides.
7. Montm., pp. 183-184.
8. Montmajour, 1040: u Hainoardus firmavit. Albaricus firmavit el omnes
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 427
C'est bien le fils de Hugues Adalras et de Dumidie, Tarlésien
Renard qui apparaît ainsi dans Avignon en 1073 ; il avait épousé
une femme du nom de Balde, dont il eut au moins quatre fils.
Elle parait avec leâ deux aînés pour donner une vigne sise dans
le comté d'Avignon, près de Laurade, où les Adalras, comme
les Baux, avaient depuis longtemps des biens ^
L aine, Renard, disparait aussitôt, mais les trois autres, Bré-
mond Renard, Pons Renard et Rostaing occupent à Avignon
une situation intéressante.
Le 28 juillet 1094, Brémond Renard, ses frères Pons Renard
et le sacriste Rostaing, avec leurs femmes et leurs enfants, con-
cèdent la franchise aux bateaux de Saint- Victor, remontant le
Rhône et s'arrêtant à Avignon ^. Cet acte est de la plus haute
importance. En effet, il prouve que les vicomtes, pour eux et les
Amies, s'étaient réservé la jouissance des droits de circulation
sur le Rhône au Pont de Sorgues seulement. Autour d'Avignon
même, ces droits de péage avaient été concédés aux Renard.
Donc, si les vicomtes dominaient tout le pays, leur pouvoir sur le
Rhône, à la fin du xi® siècle, se restreignait au canton de Pont
filii ojus firmaverunt » (Monlm., p. i3H.) — Monlmnjoui*, lOiO : « Albaricus
firinavil. Raynovardus frater ejus firmavit » {Ibid., pp. 138-439).
Albaric, frèrode Renard, eut po.ir fils Pierre Albaric, Dodon Albaric et
Auphant Albaric. Voir 1057 (Sam/ric/or, 18t) ; 1050 (Mon Im., p. 172;
Tarascon, il septembre 4095 {Saint- Victor, 220); mai 1107 (Vaucluse, G.
27, f<» 39). De sa femme Hélène, Dodon Albaric eut Pons, Bertrand, Guil-
laume, Raymond, Pierre, Geoffroy, Rostaing et Hugues. L'aîné, Pons,
offert à N.-D. des Doms en mai 1407, en devint chanoine.
1. 40 février [1074-1080?]: «ego... Balda et filii mei Raynoardus et
Rermundus.. vinea in comitatu Avenionense, in terminio de villa Lau-
reata, in loco. . . Grazans. . . » [Sainte Victoi\ 192).
2. 28 juillet 1094 : « Pelrus de Ai-amonc et fratres ejus (laillelmus et
Bermundus Rainoardi et fratres sui, cum uxoribus et (iliis, Poncius et
sacrista quicquid pro ascensu navium in Aviuionc accipieb.int p^^renniter
Deo elbcalo Victori sicut supra cetericondonant.Raimundusdecunus quic-
quid usus abere videlur et accipere in Ponte condonal similiter. Petrus
et uxor sua et Guiraldus, filius ejus, Amici donat in Ponte similiter »
{Saint- Victor , 686^. Il faut rétablir : n Petrus de Aramone et frater ejus
Guillelmus. »
428 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
de Sorgues. Le pouvoir sur le Rhône, dans la banlieue d* Avi-
gnon, était exercé par les Renard. Or, comme on Tîi dit, l'exer-
cice des droits de péage sur les voies fluviales ou terrestres
répond à la charge d'exercer la police sur le terroir qu'elles par-
courent. Cette police ne peut appartenir qu'aux comtes, aux
vicomtes ou aux viguiers. Donc, les Renard, à la fin du xr siècle,
exerçaient le pouvoir vicariat sur le terroir immédiat d'Avignon.
Les vicomtes, ou plutôt leurs cadets les Amies, s'étaient égale-
ment réservés l'exercice des droits de port aux portes d'Avignon :
cela prouve que le pouvoir des Renard s'exerçait hors de l'enceinte
urbaine et uniquement sur le terroir extérieur delà cité.
I^ situation est très nette. Le pouvoir exercé sur le Rhône et
ses rives par les Renard était certainement d'origine administra-
tive. Il se trouvait limité au sud par le pouvoir analogue de
Pierre d'Aramon, au nord dans le Pont de Sorgues par celui des
vicomtes d' An ignon * et l'enceinte urbaine d'Avignon, placée dans
les mains des Amies, leur échappait. Tous ces différents vigyiers
percevaient le droit de péage sur les bateaux qui remontaient le
Rhône, à raison du passage de ces bateaux dans le pays qui
était soumis à chacun d'eux.
Par-dessus le pays d*Aramon qui était au pouvoir du viguier
Pierre d'Aramon, comme par-dessus le pays d'Avignon au
pouvoir des viguiers Renard, comme par-dessus l'enceinte urbaine
d'Avignon au pouvoir des Amies, flottait le domaine vicomtal.
Au Pont de Sorgues, le pouvoir immédiat était aux mêmes mains
que le domaine supérieur. 11 était exercé par les vicomtes d'Avi-
gnon eux-mêmes.
Le terroir d'Avignon était traversé par la Sorgue comme par
le Rhône. Pour ce cours d'eau, les textes permettent également
de savoir comment le domaine et le pouvoir administratifs se
1. Plus au nord encore, cxislaionl les viguiers de Roquemaure sur la rive
droite, et ceux de Lairs sur la rive gauche du Rhône, qui jouissaient d'un
pouvoir analogue : « Berlrannus, Rainoai*dus de Lers dederunt... terciani
partem de ascensu navium. . . Arnaldus Willclmi de Rocamaurali quicquid
in ascensu navis. . . » (Saint-Viclorj 686).
LA HiéRARCHtE ADMINISTRATIVE Et LE RÉGIME FEODAL 429
trouvaient répartis. Les vicomtes, assistés des Amies, retenaient
ce domaine et ce pouvoir plus étroitement par-devers eux que
celui du Rhône. L'acte de juin 1101, analysé plus haut, ne laisse
pas de doute à ce sujet ^ Les vicomtes avaient retenu pour eux
et pour les Amies, le cours de la Sorgue entre Avignon et
Védène ; ils avaient inféodé le château de Védène aux Amies. Le
pouvoir vicarial des Renard, même hors des murs de Védène, se
trouvait étroitement dominé sur les voies de communication et
il lui restait surtout le terroir des marécages. Comme, au début
du xu® siècle, chacun donne ce qu*il a à Téglise d^Avignon, la
donation faite par les vicomtes en juin 1101 et celle des Amies
sont bientôt suivies par celles des Renard qui les complètent. Le
19 avril 1105, Pons Renard et son frère Brémond, commencent
par donner les marais de Védène 2. 11 y en avait deux : l'infé-
rieur au sud, depuis les murs du château jusqu'au lieu dit Gro-
melle, et le supérieur, entre le moulin Cadaraia et les moulins
Molnatas. Le chapitre concessionnaire devait se charger de des-
sécher ces marais : il en garderait la moitié en rémunération de
son travail et Tautre moitié reviendrait aux Renard, propriétaires
primitifs. Les Renard renoncent à établir des pêcheries sur les
bords de ces marais, sans l'agrément du chapitre.
Mais les vicomtes, tout en retenant pour eux et les Amies le
pouvoir sur la Sorgue, devaient cependant y admettre les droits,
i. Avignon, juin 1101 : « ego Rostagnus Bcrcngarii. . . vicecomcs. . . jus
et dominium et potcstatem quam habemus in omnibus molendinis. . . et...
super aquam Sorgiam. . . ut ipsi habeant dominium ejusdem aqiie a loco..
Vedena usque Rodanum et usque in urbem Avennicam. . . » (Vaucluse, G.
27, r»« 1 r»-2 r»).
[juin HOl-7 juillet 1405] : « ego Geraldus Amici. . . aquam Sorgie de. . .
Vedena usque ad Avennicam civitatem et ad Rodanum. . . Dono ctiam jus
ot dominium. . . in viis sive in terris. . . » (/Aie/., f^ 2 r^-v®).
2. Aviçjnon, 19 avril 1105 : « Pontius Rainoardi et Bermundus fraler ejus
et eliam Elança uxor ejus atquc omnes filii sui scilicet Rostagnus ac Gau-
fredus insimulque Imbertus... |)alude8 Vendenensi Castro inferiorem que
de ipso Castro tenet usque ad locum. . . Craumela atque superiorem. . . de
molendino. . . Cadaraia. . . usque in molendina. . . Molnatas. . . » (Vaucluse,
G. 27, (T. 9 yo-IO r^ .
430 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
subordonnés aux leurs, des viguiers. L'autorité inférieure des
viguiers s'étendait traditionnellement sur les voies de communi-
cation. Défait, au mois d'août Hl!9, Pons Renard, sa femme
et ses fils cèdent leurs droits sur Teau de la Sorgue ^
La valeur proportionnelle de ces quatre donations émanées
des vicomtes, des Amies et des Renard, de HOl à 1109, est
parfaitement mise en relief par les compensations accordées
chaque fois par le chapitre concessionnaire. Les vicomtes
avaient reçu une mule de cent sous melgoriens et des peaux d une
plus grande valeur encore. Les Amies avaient mis en gage le
1/12 environ, qu'ils retenaient '-* sur Tensemble, pour 450 sous, et
les Renard recevaient 26 sous, en plus de la moitié des marais
desséchés dont ils devaient jouir en compensation des pêcheries
appelées à disparaître. Pour finir, les Renard reçoivent, en rai-
son de leurs droits sur la Sorgue, 75 sous de la monnaie de Saint-
Gilles. En somme, au débutduxii'' siècle, les Amies étaient les
maîtres des voies et chemins ; les Renard, à côté d'un droit infé-
rieur et restreint sur les cours deaux, tenaient le terroir envi-
ronnant la Soi^ue sous le haut domaine des vicomtes. Là, au
moins, semble-t-il, ils péchaient en paix.
Brémond Renard vivait encore en juin 1 1 10 : mais, à en juger
par les sentiments d'humilité chrétienne qui Tanimaient alors,
il se préparait à quitter ce monde ^. Il n'avait eu qu'un fils,
1. Avignon, août 1109: « domnus Poncius Rainoardi et uxor sua Blanca
. . . filii sui Rostagnus atque Gaufredus ac Imbcrtus. . . aquam de Sorgia...
usque in Rodanum... ad cashum... Vedena, ad cursum aque. . Sel...
in territoriuin Vedena ibi cartam partem relinuerunt cum consobrinis suis,
item... omnes paludcs. . Poncius Rainoardi et uxor sua. . . Roslagnus Rai-
noardi f. Gaufredus f. Imbertus f. » (Vaucluse, G. 27, f^ 4 r'-T*).
2. En n^alilé, ils retiennent le 1/8, moins le i/6 de ce 1/8, soit 5/48 Us
abandonnent encore une prébende et une rémunération due pour les bat-
toirs, en plus du 1/6. Ce n'est donc pas s'éloigner beaucoup de la réalité
que d'estimor à 4 18, ou 1/12, ce (pi'iïs retiennent.
3. Avignon, juin 1110 : « ego Bermundus Rainoardi, indignus miles...
pro remedium. . . anime niee seu gonitori meo Rainoardo vel génitrice mea
necnon et... frntrum meorum atque Qlii mei Dertranni... partes duas
unius mansi et dimidii et filia men Flandina similiter. . . tertiam partem...
LÀ HIÉRARCHtE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL i31
nommé Bertrand, et ce fils était mort-: une lille nommée Flan-
dine lui restait. D^accord avec elle, il donne un manse et demi
dans le terroir de Bédarrides, pour le repos des âmes de son
père, de son fils et également pour la sienne. Il faut croire que,
dès 1105, le fils de Brémond était mort. En eiTet, dès lors, ce
n'est plus Brémond Renard qui, comme il le faisait encore en
1094, figure en tête de la famille. Sans espoir de postérité, il cède
le premier rang à son frère cadet Pons Renard. De fait, le seul
acte où paraisse la souscription de Bertrand- Renard, fils de Bré-
mond, remonte à 1097 K
Dès lOSO, on voit figurer comme témoin d'un acte avignonnais,
un Pons Balde *. En 1054, on retrouve Pons Balde k Boulbon : sa
souscription est la seconde qui suit celle de Tévêque Rostaing 'K
Sans doute, le désignait-on ainsi du nom de sa mère pour
le distinguer de ses homonymes. L un d'eux, le clerc Pons, fils
d'Eldebert de Châteaurenard et de Mahaud, connu dès 1033,
devenait en 1050 archevêque d'Aix*. Il ne faudrait pas con-
fondre non plus Pons, fils de Balde, avec Pons, doyen de
l'église d'Avignon, depuis 1033 jusqu'en 1064, et père de
Rostaing ^\ Pons, fils de Balde, ne fut pas doyen; mais il
devint prévôt de l'église d'Avignon. Quelques chanoines
in lerrilorio de Castro Belorrita... Signum Bermundi Rainoardi et filie
sue. .. » (Vaucluse, G. 27, (T. iO v<»-ll r«).
1. 1097 : « Bortrannus Rainoardi >» (Polycarpe, Ann.y p. 651).
2. Avignon, iO">0: « firmarunt eliam Mataronus, Pontius,Julius, Faraldus
et Pontius Balda » (Polycarpe, Ann., p. 430).
3. Boulbon, 1054 : « Signum domni Rostagni episcopi cum consilio
canonicorum suorum... Raimundus firmavit. Poncius Balde firmavit. Rai-
na Idus fia ma vit. . . i> (Montm., p. 149).
4. Avignon, 1033 : « Pontius clericus firmavit. Frater ejus Dodonus fir-
mavit >) (Vaucluse, G. 27, ff. 21 vo-22 v®).
Cf. Albanès, GalL Christ, noviss., Aix, col. 48-50.
5. Avignon, 1033: n Pontius decanus mandante Gaufredo seu Bcrlranno
comitibus scripsit » (Vaucluse, G 27, ff. 21 vo-22 v*»). — [6 mars 1037-
1«' janvier 1038/9] :« Pontius decanus f. {Ibid.^ff. 17 v»-19 r«). — l»»" janvier
1038/9 : « domnus Pontius decanus voluil et firmavit » (Ul. Chevalier,
Codex Diplom, S. /?«/«, Valence, 1891, pp. 1-3, n«I). — Avignon, 14 février
1063 "» : A Pontius decanus. Rostagnus filius suus» {Cluny^ n^ 33S7).
i32 LA PROVENCE DÛ PREMIER AU XU« SIÈCLE!
s'étaient retirés à Saint-Ruf le 1 ^^ janvier 1038/9 ; au bout dun
certain temps, iis reconnurent la nécessité de se donner un chef.
Ils n'en voulurent pas d'autre que le prévôt de l'église cathédrale
lui-même qui était alors Pons, fils de Balde ^ Ce fait, par consé-
quent, se produisit après 1031, puisque cette année-là Pons
Balde n'occupait encore que le second rang à N.-D des Doms.
Homme de grande probité, le prévôt se rendit au désir des
chanoines de Saint-Ruf et vint vivre au milieu d'eux '^. Mais
une quantité de gens, qui avaient à parler au prévôt d'Avignon,
se trouvèrent dès lors obligés de venir le joindre à Saint-Ruf.
Le repos du chapitre de Saint-Ruf en fut troublé et les
chanoines de cette maison conseillèrent au prévôt de rentrer
dans l'église cathédrale : il leur suffisait que celui-ci voulût bien
venir leur rendre visite deux fois par semaine et, ainsi, les deux
églises seraient administrées convenablement. La cathédrale
aurait son prévôt cinq jours par semaine et Saint-Ruf le reste
du temps. Pons Balde, qui, décidément, était un homme de
bonne composition, regagna le grand cloître d'Avignon. L'évêque
approuva ce train de vie. Cependant, Pons Balde en vint h se
fatiguer de sa promenade bi-hebdomadaire. II commit pour le
remplacer à la tête de Saint-Ruf, sous sa haute direction, son
cousin Pons Bonfils. A ce régime, les deux maisons se prêtaient
une aide mutuelle : le chapitre de N.-D. concédait des biens
à celui de Saint-Ruf. Les ouvriers de Saint-Ruf, habiles
à tailler le bois et la pierre, contribuaient à bâtir la cathé-
drale qui était alors en construction. Tant que Pons Balde
demeura prévôt, ces bons rapports subsistèrent et Saint-Ruf,
dirigé par Pons Bonfils, fut soumis à Notre-Dame. Mais le pré-
i. n Cum... rcclorom haboro necessarium durèrent, alium ncminem nisi
majoris ecclesie prepositum domniim videlicet Balde habere voluerunt... »
: Vaucluse, G. 27. ff. 23 v°-2n ro).
2. «... (|uam ille gubernatioiiem,ul erat magne probitatishonio, pix) Dei
amore libenter suscipiens ad eos venit et tamdiu cum eis conversalus est
donec ipsi, propter nimiam advenentium frequentiam quam sustinere
nequibant hoc consilium dederunt ut, si placerel ei in majori ecclcsia
morari, bis autem in ebdomada saltira eos visitaret et sic bene utramque
domum sine gravamine regere possel. , . etc. >> {Ibid,).
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 433
vôt ayant déposé son habit *, il fallut en élire un autre à Notre-
Dame pour le remplacer. L'avis prévalut de le tirer de Saint-Ruf,
ce qui devait amener de gros inconvénients à la cathédrale.
On a dit que Pons Balde était devenu prévôt après 1054. Il
est remarquable qu'il ne figure pas au testament du vicomte
Bérenger passé dans Avignon le 14 février 1063/4 : seul, le doyen
se trouve alors à la tète des chanoines de Notre-Dame 2. Il faut
admettre que Pons Balde était devenu prévôt avant cette der-
nière date et qu'il résidait alors à Saint-Ruf. En janvier 1075/6,
on note dans Avignon le prévôt Rostaing, avec Tévêque Laugier-^.
Pons Balde avait abdiqué auparavant pour rentrer dans le siècle.
C'est donc entre 1054 et 1076 que les sculpteurs et charpentiers
de Saint-Ruf étaient venus aider le chapitre de Notre-Dame,
pendant tout un carême, à élever la cathédrale. On sait que la
dédicace de cette nouvelle église, comprenant une simple nef,
fut faite, le 8 octobre 1063, en présence de trente-cinq évêques
et abbés ^ présidés par le cardinal-légat Hugues '\ 11 se pourrait
que les murs de la nef, à cette date, fussent à peine sortis de
terre : pourvu que l'autel se dressât sous la voûte de l'abside, cela
suflisait. Ce qui le ferait croire, c'est que les ouvriers de Saint-
Ruf ont dû venir hâter la construction à la fin de la prévôté de Pons
Balde, quand celui-ci résidaitcinqjours par semaine dans Avignon :
cette aide des sculpteurs de pierre et des charpentiers se place
donc entre le 14 février 1063/4 et 1075. Si le texte poétique de
la dédicace de 1063 a été remanié et porte l'indication de 1069,
c'est peut-être là un changement voulu pour marquer la date k
laquelle la basilique, dont l'autel et Tabside avaient été dédiés
en 1063, se trouva terminée- grâce à Taide de Saint-Ruf.
1. « Deniquc, cum prediclus utriusquc ecclesie senior canonicalcm immu-
tassel habilum ac super alio eligendo caperentur consilia. . . » (Ibid.),
2. Avi{,-non, 14 février 1063/4 (C/i//iî/, 3387).
3. Avignon, janvier 1075/6 : « Signum Laugerii humilis episcopi. . . Ros-
lagnus praepositus Arma vit » (Polycarpe, Ann,^ p. 635),
4. Bibl. d'Avignon, ms. 98, fo 144 v*». Le texte remanié porte 1069, au
lieu de 1063.
5. Bibl. nat., ms. nouv. acq. lat., 1674, pièce n^ 1.
Méin. et Doc. de l'École des Chartes. — VIL 28
43t- LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll* SIÈCLE
Les chanoines de Notre-Dame, favorables aux Renard, font, au
début du xii** siècle, un bel éloge du prévôt Pons Balde : cepen-
dant, s*il renonça k Téglise d'Avignon entre 1064 et 1075, ce fut
sans doute parce que TÉglise ne voulut plus de lui. C'était
Tépoque où la réforme des mœurs du clergé battait son plein.
Quel que soit d'ailleurs le motif de sa conduite, il est certain que
ce Pons, lîls de Balde, n'est pas différent de Pons, fils de Renard
et de Balde, que l'on rencontre désormais dans les actes.
Dans Téglise, il portait le nom de sa mère ; dans le siècle, il
portera celui de son père et c'est toute la différence. En 1080,
avec Raymond, comte de Saint-Gilles, et Pierre-Guillaume de
Roquemaure, Pons Renard, marié, donne l'église Notre-Dame
d'ylJaw, près de Fourques ^ Kn 1094, il se joint au don de son
frère Brémond, relatif au droit de péage d'Avignon 2. En 1097,
il accompagne le comte Bertrand avec son neveu Bertrand et son
frère Rostaing ^. Le 19 avril 1 lOo, son neveu étant mort, il figure
au premier rang de la famille et il donne les marais de
Védène ^ : pour la première fois, il nomme sa femme. Blanche,
ses fils, Rostaing, Geoffroy et Imbert. En août 1109, il donne
de même ses droits sur l'eau de la Sorgue '\ Il semble être mort
avant juin 1110, date k laquelle, dans deux actes différents, son
frère Brémond ^^ et ses fils ^ paraissent sans lui.
1. 1080 : « Raimundus comos Egidiensis et Pelrus Guillelmus de Roca-
inaura et Ponlius Rainoardus. . . occlesiam Sancte Maria?... in terrilorio
ville. . . Adau. . . pm rcdemptiono animarum noslrarum. . . uxorum. . . et
filiorum... Ego Potrus f. et o^o Ponlius tirmo » (Lf*re>i», éd. Flanimare,
no CCXXXIX). — Cf. le lieu dit Laudun (Saint-Vicior, t. II, p. 839).
En 1085, Rostainj^, archcvo(|ue d'Aix, eJL ses frères confirment la dona
lion faile jadis par leur père, Guy de Fos, et leur mère, Astrude, aux cha-
noines d'Avif^non d'un domaine à Fos qui, jadis, avait appartenu à
Marinus nufiia, bisaïeul de Pons Balde (VBUcluse, G. 27, fî. 4 v^-S v^).
2. S,iint- Victor, 686.
3. 1097 : « firmaverunt et Berlrannus Rainoardi, Rostagnus sacrista,
Ponlius Rainoardi... » (Polycarpe, Ann.,\y, 051).
4. Vaucluse, (i. 27, (T. 9 yo-iOi-®.
5. Iltid., f" 4 r«-vo.
6. Iljùl.,(ï. 10 yo-li o
7. lUJ., f. 8 ro-v».
Là hiérarchie administrative et le régime féodal 435
Avant de passer à eux, il faut songer au dernier frère de Bré-
mond et de Pons Renard. Ce quatrième fils de Renard et de
Balde portait le nom de Rostaing. Quand Pons quitta la prévôté
des chapitres de Notre-Dame de Doms et de Saint-Ruf, par
compensation, Rostaing semble avoir été élu comme sacriste du
chapitre de Notre-Dame. Le sacriste était revêtu de la première
dignité après celle du prévôt. L'évèque Rostaing, qui apparte-
nait à la famille vicomtale, venant lui-même à mourir, ce fut un
autre membre de cette famille qui fut élu prévôt de Notre-
Dame. Ainsi, chacune des familles dominante ou puissante dans
Avignon maintenait autant que possible sa position en occupant
les charges de 1 église.
Le sacriste Rostaing, élu avant 1075 ^, devient lui-même pré-
vôt après Silvestre, peu après 1097 et avant février 1099. Encore
vivant au mois d'août H09, il parait être mort, comme son frère
1. [i063-107î)] : a Rostagnus sacrista » (Vauchise, G. 27, f» 1 r*).
28 juillet 1094: « Bcrmundus Rainoardi et fratres sui... Poncius et
sacrista » {Saint- Victor^ 080).
1004 : • Silvcstcr prepositus et Rostajçnus sacrista firmarunt») (Bib.
Carpentras, ms. 513. fî. 110 vo-117 t°). Cf. Polycarpe, Ann., p. 040.
Avignon i095 : c Rostagni sacriste » (Vauchise, G. 27, fî. 40v®-41 r«).
Avi{^non 1097 : « Rostagnus sacrista » (Polycarpe, Ann., p. 051).
[1097-1099]: u Signum Silvestri prepositi, Rostagni sacriste » (Vaucluse,
G. 27, r» 30 r«-vo).
février 1099 : « ego Rostagnus. . , dominicaiuram. . . quam habebam in
Castro de Vedena que niihi obvenit ex parle geniloris niei, id est mansio-
nes sub castello. . . cum palude. . . Dono quo(jue in Ponte terliam partem
mnnsionum quefuerunl patris mei cum lercia parte lidde illarum mansio-
num... dono etiam ascensum unius navigii... ex Avennica vel ex Ponle
... Signum domni Rostagni prepositi... >> {Ibid.y f° 9 r<>-v<>).
[février 1099?] : « domnus Giraldus Amici... conlaudavit, . . ({uicquid
Rostagnus pre[)osilus habebat hab eo pro fevo, hoc est mansiones Vede-
nensi Castro. . . et navigium de ascensu Rodani. . . » (Ihid., f° 31 rM'0|. —
[!•»• janvicr-13 août] 1100: « Rostagnus pre[)ositus firmavit » (Bib. dWvi-
gnon, ms, 2399, f^ 07). — Saint-Ruf, 23 décembre 1102: « Rostagnus pre-
positus, AUrannus decanus, Geraldus sacrista • {Lérins, éd. Flammare,
no CCXXXVII). — Saint-André, 1104 : « R. preposito » (Vaucluse, G., 27,
f* 13 r«-v<»). — [HOl-11051 : « Rostagno preposito » (Ibid., ff. 2 v^-S r»). —
Cf. Ibid., f° 3 r». — août 1109 : « Rostagno preposito scilicet avunculo suo >»
(Ibid., f«4 ro-v«). —| 1097-1 109]: Rostagno preposito » {Ibid., (T. 12 rM3 r»).
436 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
et prédécesseur Pons, avant le mois de juin 1110. En février
1099, à peine prévôt, il offrit à son église la part de seigneurie
qu'il avait dans le terroir de Védène, comme héritier de son père.
En dehors des marais, il y possédait des maisons : mais, ce qui
vériiie fort bien les constatations déjà faites, ces maisons ne sont
pas dans Tintérieur du château. Elles se trouvent au-dessous des
murs ; par conséquent, dans le terroir extérieur, qui dépendait
des viguiers et non du châtelain. Le prévôt donne également
ses droits sur un bateau remontant le Rhône, en faveur de Saint-
Victor. Ces donations permettent de faire une constatation inté-
ressante : c'est que, si les Amies tenaient leur terrain de Védène
en fief des vicomtes, à leur tour les Renard tenaient leur domaine
vicarial, pour le terroir de Védène tout au moins, en fief des
Amies.
Les quatre fils de Renard et de Balde étant morts, restaient les
enfants de lancien prévôt Pons Renard et de Blanche, c'est-à-
dire RosUiing, Geoffroy et Imbert.
Le premier, Rostaing, ne parait plus après la mort de son
père : le second et le troisième, en juin 1110, paraissent dans le
plaid comtal de Gerbert qui jugeait une affaire pendante entre le
chapitre de la cathédrale et ses avoués, les Materon ^
Quand le chapitre de la cathédrale se fut mis en guerre contre
son évêque, à propos du doyenné, Imbert Renard iigure en tête
des amis et fidèles des chanoines - qui jurèrent la trêve destinée
à la terminer. Quant à son frère Geoffroy, il est témoin du der-
nier plaid comtal dont les archives du pays d'Avignon aient
gardé trace avant la commune. Ce plaid est tenu par Raymond,
comte de Barcelone, et la comtesse Douce, le 5 mai 1125^, en
1. Avignon, juin IHO: « Guilelmus de Bolbone testis. Gaufrcdus Rai-
noardi et Imbcrtus fratçr ejus testes. . . » (Vaucluse, G. 27, f» 8 r«-v<»).
2. [1100-1117] :« ex parte kunonicorum treugam juraverunt Imbertus
scilicct Rainoardi... istorum nomina dcscripsimus ne juramentum lanti
amoris ab ecclesic fdiis oblivioni tradatur » (Vaucluse, ibid,^ f» 34 r<»).
H. 5 mai 1125 : < Signum Laugerii Avenionensis episcopi. Signum Gau-
redi vicecomitis... Testes... Gaufrcdus Rainoardi» (Polycarpe, vl/in.,
p. 67i).
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 437
présence de toute la hiérarchie féodale et traditionnelle, les châ-
telains y compris.
Geoffroy Renard eut un fils, nommé Rostaing Renard : tous
deux paraissent dans un acte avignonnais des environs de 1123 ^
Ce fils, Rostaing, ne vivait plus lui-même, sans doute, le
16 mars 1157, date à laquelle P. et G. Renard, qu*on peut
prendre pour ses enfants, paraissent à leur tour 2.
Tel fut le sort des Renard, viguiers d'Avignon, issus des Adal-
ras d'Arles. Ils paraissent avoir été établis dans le pays d'Avignon,
en la personne de Renard, troisième fils de Hugues -4c/aZra5, après
1033 et avant 1050. En 1033, un acte, où tous les notables de la
région paraissent, ne le nomme pas encore^ : en 1050, son fils
Pons Balde figure déjà *. Cet établissement suivrait donc de peu
l'élévation du juge de Provence, Bérenger, au rang de vicomte sur
la rive gauche de la Durance, puisque cette élévation, nécessitée par
la jeunesse du comte Bertrand, se produisit entre 1024 et 1030.
Elle pourrait coïncider avec le démembrement de la vicomte de
Bérenger, sur la rive gauche, au profit des nouveaux vicomtes de
Gap et de Sisteron, entre le 7 avril 1044 et 1045.
En 1 169, des difficultés s'étant produites entre le prévôt d'Avi-
gnon et les Amies au sujet des moulins, concédés de 1101 à
1109 à l'église d'Avignon, le long de la Sorgue, un plaid con-
sulaire y mit fin en se basant sur les titres anciens de donation
émanant, dit son dispositif, «des vicomtes du Pont, des seigneurs
de Védène et des Renard d'Avignon »^.
Le pouvoir vicomtal et celui des viguiers héréditaires avait
disparu depuis rétablissement de la commune urbaine.
1. [mars 1123-20 mai 1124J: « testes Petrus Grafinelli Vapicensis episco-
pus. . . Gaufrcdus Rainoardi et Rostagnus RaiDoardi filius ejus » (Vaucluse,
G. 27, fo 46 ro-yo). La date de 1140, donnée parle cartulaire pour cet acte,
est erronée.
2. Vaucluse, G. 4, f« 1.
3. Vaucluse, G. 27, ff. 21 v»-22 v».
4. Polycarpe, Ann,, p. 430.
5. 1169 :« ostendebat nobis antiquissima instrumenta... a vicecomiti-
bus de Ponte et a dominis de Vedena et a Rainoardis de Avinione con-
fecta. . . » (Vaucluse, G. 27, f» 48 r«-v»).
438 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
Imbert Renard, qui, en avril H95, assiste, perdu dans la foule
des témoins, à Thommage prêté à un évêque d'Avignon par le
fils du dernier vicomte *, se retrouve en février 1198 comme con-
sul d'Avignon •. La commune avait réussi à se l'assimiler.
IV
Les châtelains du château d* Avignon
(1037-1193).
Après avoir étudié les vicomtes et les viguiers, qui les assis-
taient hors des agglomérations urbaines ou rurales, il reste à dire
quelques mots du dernier degré de la hiérarchie. C'est celui des
châtelains qui exercent leur pouvoir dans l'enceinte des cités et
des châteaux.
Les documents ne permettent pas de suivre dans son ensemble
le développement de la famille des châtelains d'Avignon pendant
les XI* et XII* siècles. Cette famille ne s'est jamais haussée à un
niveau supérieur à celui des fonctions secondaires qu'elle rem-
plissait. A Nice, pour prendre un autre exemple, il en a été tout
différemment. Cette opposition est typique. En effet, à Nice, où
les comtes ne résidaient que rarement et où jamais il n'y eut de
vicomtes installés, la famille des châtelains se trouvait en vedette
dans la cité. De cette cité, elle s'étendit dans d'autres comme
Sisteron et Vaison où elle fournit des évoques. Grâce à cette
expansion, elle obtint l'avouerie des évêchés là où elle donna
Tévêque. A Sisteron, la réussite ne fut pas durable, mais à
Vaison elle le fut davantage. Finalement, par une alliance avec
une comtesse demeurée veuve, elle atteignit au premier rang et
arriva à dominer Orange. A la différence des châtelains de Nice,
ceux d'Avignon, dominés constamment dans leur cité par la puis-
1. Avignon, avril 1195 :« Imbertus Raynoardi . . . » (Vauclusc, G. 15,
(T. 77 v<>-78 r°).
2. Avignon, février 1198: u Umbertus Raynoardi, Petrus Ugo, Lauge-
rius de Codaleto tune consules » (Vaucluse, G. 215, f» 5).
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 439
sance des comtes et des vicomtes, restèrent jusqu'au bout, par
la force des choses, ce qu'ils étaient au début. Leur expansion ne
fut jamais possible et Thistoire investigatrice a peine à suivre
les traces de ces fonctionnaires obscurs.
Deux indices permettent seuls de les retrouver. Tout d'abord,
la nature et la quotité des droits qu'ils perçoivent dans la cité;
ensuite, le nom qui leur sert d'enseigne.
En ce qui concerne ce nom, qui est celui de la cité dont ils
assurent la garde, il faut remarquer un fait, lequel s'explique de lui-
même. Les princes qui appartenaient aux degrés les plus élevés de
la hiérarchie, c'est-à-dire les comtes et les vicomtes, portaient ou
recevaient volontiers leur titre dans le pays qui leur était sou-
mis. C'étaient, en somme, les chefs apparents de l'État. Il suffi-
sait de nommer « le comte » dans le comté, comme plus tard on
dira tout court « le roi » dans le royaume.
Pour les vicomtes, à défaut du titre, tout le monde savait d'ail-
leurs, dans leur région, au xi' ou au xii** siècle, ce qu'étaient les
Bérengersou les Amies. Il suffisait de les nommerpour s'entendre.
Les premiers ne deviendront MM. du Pont que quand il commen-
cera à y avoir doute sur leur identité, parce que leur situation
prépondérante aura disparu. A ce moment, les Amies tendront à
devenir simplement, de leur côté, MM. de Védène.
Pour les viguiers, il en est de même; on savait entre 1050 et
1060, de qui l'on parlait quand on nommait les Renard dans les
environs d'Avignon. En 1169 seulement, quand leur situation
prépondérante aura disparu, il sera nécessaire de préciser : on
dira qu'il s'agit des Renard d'Avignon, afin de ne pas confondre
avec les Renard de Lairs ou ceux de Pujaut ou d'ailleurs.
Pour les châtelains, placés au bas de l'échelle, leur notoriété
était assez grande pour que leur nom suffît à les désigner claire-
ment dans leur cité ou leur château même, mais non pas dans la
région entière. Aussi, ce sont eux qui, un peu partout, dès le
second tiers du xr siècle, prennent ou reçoivent, quand ils s'ab-
sentent de chez eux, le nom de la cité ou du château qu'ils gar-
daient. Dès qu'une famille de viguiers ne fut pas assez connue
par son nom, il lui arriva de prendre le nom du château qu'elle
440 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl® SIÈCLE
possédait particulièrement. Mais souvent, au lieu de prendre le
nom de la terre, elle lui donne le sien : Ghâteauneuf TAmic et
Chuteaurenard en sont la preuve.
Ainsi, en règle générale, dans la hiérarchie féodale, plus le
nom de terre est donné rapidement, moins la famille qui le
revoit a de notoriété et d'importance. Les châtelains le reçoivent
hors de chez eux, dès le début du xi*" siècle, et les vicomtes ù
la fin du xir, quand ils cessent d être vicomtes pour se terrer
dans un château à Técart et à Tabri du mouvement politique.
Quant aux gens du commun, qui vivaient chacun dans son coin,
leur nom personnel et leur sobriquet ont toujours suffi à les distin-
guer de leurs voisins immédiats, qui vivaient sur la même terre
qu'eux : la masse ne bougeait guère. C'est donc par rapport
aux vilains seulement de jadis que le nom de terre des châtelains
a pris une valeur jugée flatteuse : tout est relatif.
Les mêmes faits peuvent se reproduire à des époques bien
diverses, par suite de causes analogues. En principe, Tobligation
d'indiquer d'où Ton vient, pour se faire distinguer, n'a d'abord rien
qui puisse flatter, parce qu'elle implique l'obscurité du nom per-
sonnel et sa grande difl*usion. A la longue, ce nom d'origine, spé-
cifié par nécessité, devient un privilège et, par conséquent, un hon-
neur, pour celui qui le prend, à l'image des châtelains qui domi-
naient le pays dont ils portaient le nom. Quand des bourgeois
du nom de Dupont, d'un mérite suffisant pour se faire connaître,
se trouvèrent en évidence dans Paris, ce dut être un désagrément
pour eux de constater que leur nom ne sufllsait pas à les distin-
guer en France les uns des autres. Au bout de quelques années
et même de quelques mois, M. Du| ont (de l'Eure) était aussi
satisfait, d'être le seul Dupont qui comptât dans l'Eure et même
en France jusqu'à une certaine mesure, que M. Dupont (de
Nemours) avait pu l'être de se trouver, hors de chez lui, le plus
connu de ceux de Nemours.
Le 23 juin 1037, Isnard d'Avignon paraît avec les châtelains
de Nice, avec Amie et avec Laugier de Mornas dans un acte
relatif au comté de Vence *.
1. 23 juin 1037: « consentienle Raimbaldo et uxore sua Adalis... in
LA UlÉBARaiIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 441
En 1073, Aldebert d'Avignon figure avec ses fils, Guillaume
et Imbert Rostaing, avec les frères Rostaing et Guiran, avec
Quiqueran de Cavaillon et d'autres parents : la donation con-
cerne Mouriès au comté d'Arles ^
Les châtelains d'Avignon figurent ainsi avec leur surnom, au
XI® siècle, dans des actes passés hors de leur pays et c'est assez
naturel. Dans Avignon même, s'ils souscrivaient quelques actes,
il était encore inutile de leur donner ce surnom, parce que leur
importance était assez grande pour les faire connaître par leur
nom seul.
En 1040 2, comme précédemment de 1002 à 1019 •'', figure la
souscription d'un Isnard dans Avignon : on peut y reconnaître
risnard d'Avignon, qui en 1037 se trouvait hors de chez lui. De
1014 à 1030, on trouve également dans Avignon un Quiqueran;
on peut voir en lui un ancêtre du Quiqueran de Cavaillon qui en
1073 accompagnera Aldebert d'Avignon et qui parait avoir été
son parent ^. Un Pierre Quiqueran sera chanoine d'Avignon en
1038 et 1041 •• ; puis, on trouve un nouveau Quiqueran en octobre
1054 et le 14 février 1063/4^. Celui-ci serait précisément leQui-
villa... Sa le ta ultra Varo, in comitatu Ventiense... Testes Nectardus,
episcopus, Raimbaldus et uxor Adalais, Mire, Laugcrius de Mornaz,
Adalfredus et filius suus, Amicus, Isnardus de Avinione. . . » (Chartrior de
Saint-Pons, n» VII, pp. 11-12).
1. 1073 : M ego Hostagnus et frater meus Guirannus et uxores nostre
Mateldis, Fides... et ego Aldeberlus de Avinione et uxor mea et filii
niei Vuillelmus et Umbertus Rostagnus et ego Aldebertus Gailenus. . . in
civitate Arclatensi in terrilorio de Moreriis. . . » {Suint-Viclor, 159).
11 semble que les frères Pierre et GeolTre d'Avignon, le premier des-
quels est père d'Olivier, qui figurent au Cartulaire de Lérins h la fin du
XI*" siècle, tirent leur nom de la Vignette au comté de Fréjus et, par suite,
n'aient rien à voir avec les châtelains d'Avignon (Cart, de LârinSj éd.
Fia m mare, n^ IV).
2. 1040 (Carpentras, ms. 512, f» 71 r°).
3. 1002 (Polycarpe, Annales, p. 607). — 1003 (Cari. Saint-André, f. 40).
— 1011» (Polycarpe, .p. 614). — 1019 (Ibid., p. 613).
4. mars 1014 (Polycarpe, p. 611). — [vers 1019] (Ibid., p. 617). — 1027
(Vaucluse, G. 27, (T. 16 v«>-17 v»). — 1030 (Polycarpe, p. 619).
5. [6 mars 1037-1" janvier 1038/9] (Vaucluse, G., Chap. métrop., 49»,
pièce 1). — Mollans, 1041 (Vaucluse, G. 27, fo 19 r^-v^).
6. Octobre 1054 (G. 27, (T. 26 vo-28 r»). —14 février 1 063/4 (C/u/iy, 3387).
442 LA PROVKNCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE
queran de Cavaillon présent en 1073 dans le pays d'Arles. Enfin,
en janvier 10!Hî, Hugues Quiqueran et son frère Bertrand ^
figurent encore dans les archives avignonnaises.
De 1033 à 1043, on note dans Avignon ' un Ileldebert, frère
de Rostaing et de Pierre, neveu de Pons et de Rostaing, qu'il
faudrait peut-être identifier avec cet Ileldebert d'Avignon de 1073.
S'il est un acte d'Avignon au bas duquel on s'attende à voir
figurer les souscriptions des châtelains, c'est le testament du
vicomte fait le 14 février 1063/4. Après la famille vicomtale et
celle des Amies, on trouve les souscriptions de Raymond, d' An-
non, de Richaudet de Quiqueran. Ce Raymond devait être châte-
lain d'Avignon : la place tenue par sa souscription l'indique.
Quant au Quiqueran qui l'accompagne, rien n'empêche d'y voir le
Quiqueran de Cavaillon parent d'ileldebert d'Avignon. Mais Ilel-
debert ne figure pas lui-même au testament de 1003/4 : c'est natu-
rel, s'il n'était qu'un frère cadet de Raymond '^
Ce testament a été approuvé plus tard par les enfants du tes-
tateur : dans le groupe de ces souscriptions postérieures, figurent
celles de Guillaume et Ilumbert. Ce sont très probablement les
enfants d'Heldebert d'Avignon qui, en 1073, accompagnaient leur
père.
En 1085, on voit figurer dans un acte Raymond et ses fils ^ ;
dans un autre acte antérieur à 1117, ce sont Guillaume Raymond
et ses frères. De ceci, on conclurait que le Raymond de 1064 est
mort entre 1085 et 1117, laissant comme fils aîné Guillaume
Raymond.
Pour la première fois, dans l'acte compris entre 1109 et
1117 qui énumère les partisans du chapitre contre l'évêque, on
voit exprimer, dans Avignon même, le surnom « d'Avignon », pour
1. Janvier 1090 (G. 27, IT. 32 vo-33 i").
2. 1033 (Polycarpe, p. 429). — 1033 (//>if/.. p. 429). — MoUaiis, lOH ;G.
27, f° 19 lo-v»)!^ — 10i3 (Polycarpe, p. 430).
3. 14 février 1003/4: «Sifi^num domui Berongarii.. . Petrus Amicusot fra-
trcssui... voluerunt et firniaverunt. Raymundus, Anno et Hicaudus et
Wichirannus firmavorunt. . . » (C/m«//, 3387).
4. 1085 : « Raimundus et filii ejus firmaverunt « (G. 27, fT. 4 v°-5 v«).
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 443
désigner plus clairement la famille des châtelains. Après Imbert
Renard qui représentait la famille des viguiers, après Heldebert
de Morières qui représentait sans doute les châtelains de
Morières, château placé dans la banlieue d'Avignon, viennent
Raymond Augier et son frère Guillaume, puis Guillaume « T Avi-
gnonnais » avec son frère Hugues K
Ce Guillaume « FAvignonnais » n*est autre que le Guillaume
Raymond, fils aîné du Raymond de 1064 et de 1085. Le
5 mai 1125 et en septembre 1133, il reparaît sous le nom de
Guillaume d'Avignon 2. Son frère Hugues figure au bas d un
acte émané d'Etienne, évêque de Die, le 24 avril 1 127 •*', en faveur
de Saint-Ruf.
En dehors de ces deux frères, existent au début du xii* siècle
Pons d'Avignon, Laugier d'Avignon et Raymond d'Avignon qui
se rattachent sans doute à eux.
Pons d'Avignon figure dans un autre acte pour Saint-Ruf en
1133 ^. Laugier se rencontre vers 1124 et en février 1133 '^; Ray-
mond, sans doute moine de Saint- Victor de Marseille, entre 1117
1. [il09(?)-4H7]«GuilelmusRaimundiet fratres cjus» (//)/(/., (T. 31 vo-.32
r«). — [1109-1118] : a Guilelmus Avinionensis etUgo fratercjus ))(Vaucluse,
G. 27, fo 34 r»).
2. r» mai 1125 : u Signum Rostagni Imberti, Raimundi Geraldi, Eimini
B^rtranni, Raimundi Gaufredi et Guillclmi de Avenione » (Polycarpe,
Ann., p. 674).
Saint-André, septembre 1133 : « coram testibus Rostagno de Sabran,
Petro Amico filio ejus, Renoardo de Pesenas, Bertrando de Ponte, Ruperto
de Cadarossa, Amaldrico de Joco, Petro de Aramone, Petro de Podio Alto
Petro de Gap, subbalivo, Arnaudo de Riberas, Bertrando de Rocamaura et
Guillelmo filio ejus, Raymundo de Fos, Willelmo de Avinione... » (Poly-
carpe, Ann., p. 682).
3. Die, 24 avril 1127 : « Signum Ugonis d'Avinione» (Ul. Chevalier, Cod,
diplonu S, Ru fi, n« XVII, pp. 24-25).
4. 1133 : « in presentia domni Guillelmi Arelatensis arcbiepiscopi
Romane sedis legati et Bernardi Aurasicensis episcopi... S. Poncii de
Avinio » (Ibid., n» XIX, pp. 27-28).
5. [mars 1123-20 mai 1124] : «... Leodegarius de Avinione >» (Vaucluse,
G. 27, r> 46 ro-vo).
Avignon, février 1133: « Laugerius de Avinione » (Vaucluse, G. 15, ff.
97 r«-98ro).
414 LA PROVENCE DC PREMIER AU XI1« SIÈCLE
et H 26 *. Si Pons, Laugieret Raymond sont les frères de Guil-
laume et de Hugues, il y aurait lieu de croire que le moine Ray-
mond est laîné, en raison de son nom. Après cette généiation,
vivant de 1083 jusqu'en septembre 1133, en vient une nouvelle
qui est représentée, semble-t-il, par un second Guillaume Ray-
mond d'Avignon. En juillet 1177, des arbitres tranchent une
difficulté entre l'éveque Pons et les châtelains de Bédarrides. Cette
difficulté s'était produite jadis entre feu Geoffroy, prédécesseur de
Pons, et Guillaume Raymond d'Avignon, assisté des châtelains :
elle avait duré longtemps. Or, l'éveque Geoffroy, connu depuis
le 23 juin 1143, est mort le 2 janvier 1176 ou 1177: comme le
Guillaume Raymond en question ne paraît plus dans le dispositif
du jugement de juillet 1177, il y a lieu de croire qu'il était mort
lui-même. Mais, si la difficulté sétait produite en 1143 au plus
tôt, il est probable qu'on ne peut le confondre avec le précé-
dent Guillaume Raymond, lequel avai^ vécu de 1083 à 1133.
Ainsi, il est probable que ce premier Guillaume Raj^mond
était mort laissant un (ils son homonvme. C'est ce second Guil-
laume Raymond d'Avignon, opposé à l'éveque Geoffroy (1143-
1176), qu'on rencontre à Lambesc le 21 juillet 1150 dans l'entou-
rage du marquis et duc de Provence Raymond Bérenger*, puis
le 13 avril 1166 auprès du duc de Provence Alfon^^e•^ Mort, en
conséquence, avant le mois de juillet 1177, il laissa sans doute
plusieurs fils. On connaît, en effet, un Guillaume d'Avignon,
depuis le 23 août 1183 jusqu'en janvier 1198/9 tout au moins*.
1. [1117-1126] : « ogo... Hadulfus Massiliensis abas, cum consilio con-
ventus. . . Siguum Arbertus monacbus. . . Signiim Haimundus de Avinione.
Do mililibiis : Signum Wilelmus de Signa... » (Saint-lictot'y 807).
2. Lambesc, 21 juillet 1150 : « Guillclmus Raimundi Avenionensis »
(Le Couteulx, t. II, p. 90).
3. 13 avril 1166 : «S. Guillclmi Raymundi de Avinione» (Vaucluse, G. 15,
fT. 113 vo-114 vo).
[1166-1176] : « Willclmus Raymundi de Avinione. Brocardus, Raimun-
dus de Avinione » [IhUI., G. 15, ff. 112 vo-113 r».)
4. 23 août 1183 {Carlulaire de Bichercnches). I/indication de cet acte est
due à Tobligeancc très bienveillante de M"^ de Monclar qui édite le Cartu-
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 445
On connaît aussi un Bérenger d'Avignon qui parait en H79*,
un Bertrand d'Avignon qui paraît depuis juillet H 77 jusqu'en
septembre 1183 2. Ce dernier est sans doute le môme qui vivait
en 1210 avec son frère Arnaud. A cette date il est à Montéli-
mar ^. On connaît enfin un Raymond d'Avignon depuis 1168 jus-
qu'en 1192'*. A supposer que les deux générations précédentes
aient boudé la commune, celle-ci s'y rallia certainement : car
Guillaume d'Avignon fut second consul d'Avignon en 1188 et
Raymond fut premier consul en 1 192.
L'aîné de cette génération ne fut pas Guillaume, ni même Ray-
mond d'Avignon : ce fut Auzias Raymond d'Avignon, dont les
traces subsistent depuis juillet 1177 jusqu'en octobre 1193. Une
laire de Richerenches, dans la collection de documents inédits entreprise
par TAcadémie de Vaucluse (Lettre du 12 janvier 1904).
Avignon, scplembro 1185 : « Elisiardi Raimundi de Avinione et Emenonis
filii ejns, Brocardi, Willelmi de Bulbone, Willelmi de Avinione, Bertrandi
de Avinione... » (Vaucluse, G. 15, ff. 98 v<»-99 v*).
septembre 1188 : « Guillelmo de Avignone» (Authentique de Saint-Gilles,
fo 172 v», n» 343. — Polycarpe, Ann,, p. 725).
Avignon, octobre 1192 : « Guillelmi de Avinione » (Bouches-du-Rhône,
II. Malte, CartuL d'Aviynon, ff. 98 r«-99 r»).
Boulbon, janvier 1198/9 : «... Willelmus de Avinione» (Vaucluse, G.
254, fo 2).
1. 1179 [Cartulaire de Richerenches). Cette indication est également due
à M"" vie Monclar.
2. Bédarrides, juillet 1177 : « Bertrandus de Avinione» (Vaucluse, G. 15,
ff. 53 r«-r»4ro).
3. Montélimar, 1210 (S» Cha/fre, Appendix, 444).
4. 1168 : u testes sunt Raimundus de Avinione... » (Vaucluse, G.
113, fo 7.)
Noves, 4 juillet 1175 :« Bertrandus de Bolbone, Brocardus, Raimun-
dus de Avinione») (Vaucluse, G. 15, ff. 108 vo-109 r»). — [1106-1170] : « Rai-
mundus de Avinione » [Ihid.y G. 15, ff. 112 v<»-113 r«j.
janvier 1182/3 : « conlroversia... inler Raimundum de Auinionc et Emc-
nonem* filium cjus ex uno laterc et inler fratres Ilospitalis ex altero de...
terra... in Argcncia... (|uam tcrram Raimundus de Auinione et filius ejus
praîdictus, nomine Beatricis ejusdem Emenonis uxoris, de jure suo esse
allegabant » (Arch. d'Arles, Authent. de Tllôpital de Saint-Gilles,
fto 121 r«-vo).
juin 1192 :« cum consulibus Raimundo de Avinione...» (Polycarpe,
Ann,y p. 730).
446 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl*^ SIÈCLE
faut pas confondre cet Auzias Raymond d'Avignon avec le juris-
consulte Auzias, frère de Renard*, qui parait le 10 mars 1157 ^ et
qui remplit les fonctions de juge communal en 1 169, comme son
Hls sans doute les remplira en 1 191 ^. Auzias Raymond d'Avignon,
en juillet H77, rend un jugement arbitral d'accord avec Giraud
Amie et Pierre Brémond de Laudun, entre Tévêque d'Avignon et
les « queylans » ou châtelains de Bédarrides : ce jugement règle
la difficulté qui avait surgi entre son père Guillaume Raymond
et l'évêque précédent '*. En 1181, il est à Sisteron, auprès du
comte de Forcalquier ». Enfin, en 1183, se présente un groupe
important de trois actes uvignonnais qui le concernent.
Jusqu*à présent, le nom seul et le rang des souscriptions ont
pu mettre sur la voie pour reconnaître la famille des châtelains
d'Avignon. Ces indices, quelle que soit leur valeur, ne peuvent
que gagner à être contrôlés et appuyés par des indices d'un
autre genre.
Un plaid consulaire important, du mois de janvier 1 185, déclare
que les droits perçus au port d'Avignon appartenaient, selon une
coutume immémoriale, à Guiraud Amie, à Auzias et a d'autres
1. Novos, i juillet llT'i: « Elisiardus jurisperilus et Ra noard us f rater
ejus » (Vaucluso, G. 15, fT. lOS v°-109 r°).
2. 10 mars 1157 : « Ilsiarius » (Vaucluse, G. 4, M).
3. llOlhu oxislentibus consulibus in civitale Avinionensi. . . et Eli-
siardo judicc, . . » (Vaucluse, Ci. 27, f" 48r°-v°j. — Avif^mon, mars 1180/00:
« Elisiardus juvonis » (Bouches-du-Rhono, 11. Malle, 311). — juillet 1191 :
o existentibus consulibus. . . cumElisiardo judice "(Polycarpe, /lfi«.,p. 730).
— Avignon, mai 1104 : « et indice Elisiardo » (Arch. munie. d'Avignon,
Bootte XL, no i). Cf. décembre 1104 (Bouches-du-Rhône. II. Malte, Cart.
f/MtvVy/io/i, rr. ri6v"-58 ro) ; janvier llOi/'i (Vaucluse, G,, Saint-Agricol, art.
18, t. I, liasse cotée 13).
En 11*6, on constate Texistence de quatre consuls assistés de cinq juges
communaux (Vaucluse, G. 15, (T. 75 i-o-77 r»). En 1168, on note une affaire
jugée par deux arbitres que deux conseillers assistent et, notamment,
Auzi«s (G. 113, f»7i. En juin 1102, le juge communal Auzias est remplacé
par Isnard Audigier (Polycarpe. Ann.,p.l^O),
4. Bédarrides, juillet 1177: « arbitrio Guiraldi Amici et Pelri Bremondi
de Lauduno et Elisiardi de Avinione » (Vaucluse, G. 15, ff. 53 i'«-54 V).
5. Sisteron, 1184 (B.-du-Rb., B. 291 \
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 447
seigneurs*. Un mois plus tard, le 16 février, Auzias Raymond
assiste le duc de Provence Alfonse, de passage dans Avignon '*.
Puis, en septembre, il assiste Tévêque recevant un hommage 'K
Son fils Emenon se joint à lui en cette circonstance ; de même,
Guillaume et Bertrand d'Avignon qu'on croit être ses frères.
Enfin, en octobre 1193, Guiraud Amie, qui avait besoin d'argent
et qui, sans doute, avait plus de difficulté à faire respecter ses
droits sur le port que ne devait en avoir Auzias, oblige pour cinq
ans à celui-ci les 7/12 de sa part, en garantie du remboursement
d un prêt de quarante-six marcs. Guiraud Amie était apparenté
aux vicomtes contre qui la commune s était élevée. Auzias
appartenait à la famille plus modeste des châtelains, qui avait pu
soulfrir de la révolution communale, mais qui s'était ralliée à
elle, à telle enseigne que Tannée précédente, en 1192, Raymond
d'Avignon avait été consul. La commune devait donc préférer
voirie port entre les mains d' Auzias qu'entre celles de Guiraud
Amie.
Le plaid de janvier llSo est fort net : d'après ce texte, le port
appartenait principalement à Guiraud Amie et à Auzias. Tandis
que les viguiers percevaient des droits de circulation sur les voies
fluviales hors des murs de la cité, les droits de port sur les mar-
chandises pénétrant dans la cité ne pouvaient être perçus que
par les vicomtes ou les châtelains. Or, les Amies représentaient,
on l'a vu, la part vicomtale s'éleva nt aux S/S, puisqu'ils touchent
douze deniers sur vingt de recette totale. L'évêque, de son coté,
en percevait un tiers ^. Reste donc 1/13 du port à répartir entre
Auzias Raymond d'Avignon et ses copartageants.
1. Avignon, janvier 118;'): u seciindum vetorem morcin cl antifjuam con-
suctudineni, Gcraldus Amici et Kliziardus et alii domini porlum, i)orto-
rium et usaticum sine contradictione habeaut et reci[)iant » (Bih. Nat., nis.
lat. 8971, fo46v«;.
2. Avignon, 16 février 118*j : << Testes, Raymundus de Agout, Guillel-
mus de Sahrano, Brocardas, Elisiardus Raimundiis de Avinione... >» (Vau-
cluse, G. 15, IT. 114 v"-ll5 v^).
3. Avignon, septembre 1185 : « in presentia... Elisiardi Raimundi de
Avinione et Emenonis filii ejus, Brocardi... » (Vaucluse, G. 15, (T. 98 v»-
99 v").
4. 24 avril 115.^ (Vaucluse, G. ft, fo 14).
418 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll« SIÈCLE
Ces copartageants sont connus: ce sont Alix, fille d'Augier, et
Bertrand de la Garde. En 1187, Alix vend la moitié de ce que
possédait son père sur le port pour 750 sous melgoriens. En mai
1187, c'est-à-dire à la même époque, Bertrand de la Garde vend
sa part à lui pour le même prix de 730 sous melgoriens nouveaux.
Cette parité de prix et cette contemporanéité de vente font
penser, puisque le père d'Alix avait eu le double de sa fille, que
Bertrand de la Garde est le propre frère d'Alix et que ledit Augier
n'avait pas laissé d'autres enfants. Précisément, on trouve dans
Avignon, depuis septembre 11 77 jusqu'en octobre 1193, un Ber-
trand Augier qui, son nom l'indique, devaitêtrefils d'un Augier.
Il est très vraisemblable que ce Bertrand Augier est le frère
d'Alix et qu'il s'appelait Bertrand Augier de la Garde, quelque-
fois Bertrand de la Garde et le plus souvent Bertrand Augier.
Comme, au mois d'août 1196, Giraud Amie vendra définitive-
ment pour 2i000 sous melgoriens ses 3/3 du port, ce qui revient
aux 9/15, il suit de là que le 1/13, restant aux châtelains et à
leurs copartageants, devait valoir de 2300 à 3000 sous. Mais,
puisque la part des héritiers d' Augier s'élevait à 1500 sous, elle
valait très probablement la moitié de ce 1/13. Donc, la part per-
sonnelle d'Auzias Raymond d'Avignon ne devait pas dépasser
1/30 du total et elle ne devait pas valoir plus de 1500 sous.
A supposer que la part d'Augier se fût détachée de la part
primitive des châtelains, on voit donc, suivant la répartition des
droits de port, dans quelles proportions le pouvoir urbain se trou-
vait divisé quand s'établit la commune.
L'évêque jouissait du 1/3 des droits de port. Les vicomtes,
par leurs délégués, les Amies, en tenaient les 3/5. Aux châtelains
en revenait le 1/15. Si l'on compte quinze parts totales, l'évêque
en avait cinq, les vicomtes neuf et les châtelains une. Les
vicomtes et les châtelains se partageaient donc, dans la propor-
tion de neuf pour un, les 2/3 que le pouvoir royal s'était réservés
en constituant le temporel de l'église, au début du x« siècle ^
1. Vienne, 19 octobre [907]: « ex porto eiusdem civitatis tertiam par-
tem prefalœ occlesiœ... concedimus » (Vauciuse, G. 6, f" 5),
LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 449
Ces deux tiers avaient passé du roi au comte, avec le fisc royal,
vers 97S : du comte, ils avaient dû passer au vicomte et au châ-
telain vers 1030. A la fin du xii^ siècle encore, cette situation
était respectée par la commune.
Voilà tout ce que les documents actuellement connus per-
mettent de dire pour élucider la situation des châtelains.
CONCLUSIONS
On a vu quelles furent les limites successives de la Provence,
on a dit comment ce pays fit partie tour à tour d'une province pro-
consulaire (120-27 av. J.-C), d'une province prétorienne impé-
riale 27-22 av. J.-C), puis sénatoriale (22 av. J.-C. — 267 apr.
J.-C), comment il fut partagé entre la Viennoise et la Narbon-
naise (vers 267), comment la Provence proprement dite prit
naissance au milieu duv^ siècle, avec Arles comme capitale, en se
séparant de la Viennoise. On a montré comment la Provence
fut gouvernée successivement par un patrice, jusqu'au milieu du
viii*^ siècle, par un duc jusqu'au milieu du x^ siècle, par un mar-
quis depuis 979. On a noté Taffaiblissement de Tunité du pays
au milieu du xi® siècle et le partage de la marche en trois mar-
quisats au xii® siècle. L'unité primitive de la province romaine
s'est ainsi dissoute, pour aboutir, malgré tout effort ultérieur de
cohésion, à Témiettement féodal ou communal. Finalement,
on a étudié l'organisation administrative de ce pays en exami-
nant tous les degrés de la hiérarchie carolingienne occupés par
les comtes, les juges, les vicomte», les viguiers et les châtelains.
On a vu comment cette hiérarchie s'est fixée et s'est fondue
dans le système féodal. Cette évolution achevée, les recherches
entreprises arrivent ainsi à leur terme. Ce serait un nouvel
objet que de préciser comment l'Etat moderne a pu sortir
de la féodalité médiévale.
Mém, et Doc. de V École des Charles. — VII. 29
APPENDICE DIPLOMATIQUE
LES STYLES SUCCESSIVEMENT ADOPTÉS
PAR LA CHAiNCELLËRIE DE LOUIS l'aYPX'GLE
ET
SON PERSONNEL
Afin crétablir Tépoque exacte à laquelle le comte de Viennois
Hu<;ues est devenu duc de Provence et marquis de Viennoise, il faut
traduire en style actuel les dates des trois actes suivants.
I" Acte émané du comte de Viennois Hugues* :
« Actuni Vienne publicc. Kf^^, in Dei nomine,Elduirus rogatus hanc
donationem scripsi, datavi, die dominico, in mcnse augusti, anno
duodecimo quo domnus Ludovicus est imperator. »
'2*^ Plaid impérial condamnant Ilu^^ues duc et marquis au profit de
Hemegarius évêque de Valence ^ :
« Teudo notarius hanc scriptnram fecil, jubente Alexandro Vien-
nensi archiepiscopo, anno incarnationis Domini DCCCCXII, indictione
XV, anno XI régnante domno nostro Ludovico imperatore. Actum
Vienna; féliciter, in Dei nomine. »
3** Précepte impérial en faveur de Tévêque d'Avignon Fouquier,
sur la demande de Hugues duc [de Provence] et comte [d'Arles] ^ :
« Uuarnerius notarius ad vicem Alexandri arcliicpiscopi et cancella-
rii scripsit. Datum II nonas aprelis, indiccione XIII, anno XII impe-
rante Hludovico piisssimo imperatore. »
I^ détermination de ces dates est impossible, à moins de connaître,
au préalable, quel éUiit le degré de savoir ou d'ignorance en fait de
compul, quelles étaient les habitudes de précision plus ou moins
1. Ul. Chevalier, Descr. du Cari, de Sainf-Mauricey n® 94 ; Gallia Chris-
tiana, t. XVI, Instr. eccl. Vienncnsis,.col. 13, n. XVII.
2. Gallia Chrisiiana, t. XVI. Instr. ceci. Vnlontincnsis, roi. 101, n. I.
3. Arch. de Vauclusc, G. 6, f. 7.
452 LA PROVENCE DL* PREMIER AU Xl^ SIÈCLE
grande, propres à cliacune des diverses chancelleries existant alors
dans la Viennoise et la Provence, régions qui, unies, composaient le
royaume de Provence.
Hludianl d'abord les moins importantes de ces chancelleries, pré-
sumées le»* plus ignorantes ou les moins précises, on examinera seule-
ment après elles la chancellerie royale et impériale.
I. — Chancelleries épiscopale et abbatiales.
L'examen doit porter, bien entendu, de préférence, pour être utile, sur
lesdates offrant une concordance entre le jour de la semaine et le quan-
tième du mois: ce sont les seules qui puissent permettre de savoir
avec certitude si Tannée de l'incarnation et celle de Tempire sont exac-
tement données. Dans le cas d'une erreur sur ces deux ères, ce sont les
seules qui puissent permettre de mesurer avec certitude la consis-
tance de cette erreur, sa continuité ou sa variation.
SI. — Chancellerie de Vévêque d'Avignon,
Pour le règne de Louis l'Aveugle, deux actes seulement peuvent
être cités : le premier n'émane même pas forcément de la main d'un
clerc de l'évéque.
1" Oblation par un lidèle à l'église d'Avignon * :
« Actum Avenionense commitatu, ad ecclesiam sancti Laurenti
publice, anno incarnationis dominice DCCCGXIJIIJI, indictione VI,
régnante sive imperante Illudovinco filio Hosoni régis. »
Cet acte est transmis par une copie de la fin du xni* siècle. L'auteur
de cette copie avait probablement l'original sous les yeux, comme le
prouve le chrismon soigneusement transcrit par lui en tête du texte.
Il a commis deux bévues aisées à corriger. D'abord il n'a pas su recon-
naître le chiffre V dans la forme H souvent usitée au x* siècle qu'il
transcrit IJ. La notation IlJl, qui suit le V, tend à prouver que l'ori-
ginal portait les chiffres IIJ suivis d'un autre caractère que le copiste
aurait pris pour une dernière unité : mais cette hypothèse n'est pas
suffisamment fondée pour être acceptée de prime abord. Enfin, le
scribe défigure Hludouuico en Illudouinco,
1. Arch. de Vaucluse, G. 257, f. 1.
APPENDICE DIPLOMATIQUE 433
II s\ip:it donc (le ran DCCCCXVIIII et peut-être DCCCCXVIII.
L*incliction VI est celle de 918 : par conséquent, comme une erreur
d'indiclion est plus probable qu'une erreur d'année, on doit croire que
le rédacteur de Tacte en 919 a commis une erreur d'un an en moins
sur rindiction. Cependant, Thypothèse que l'original portait
DCCCCXVIII prend dès lors de la force et il se pourrait que l'acte
ait été rédigé en 918, indiction VI, sans aucune erreur de la part de
son rédacteur, soit sur l'année de l'incarnation, soit sur Tindiction.
2*» Testament de Tévêque d'Avignon Fouquier * :
« Actum publiée Avinione civitate, anno ab incarnatione Domini
DCCCCCXVI, indictione IIII, VI nonas maii, in die ascensionis
Domini, XIII anno imperante Hludouuico imperatore filio Bosonis ».
Cet acte très solennel est conservé en original. Jadis, quand on l'a
édité pour la première fois, on ne s'est heureusement pas douté qu'il
se terminait par quinze souscriptions, en majeure partie autographes,
dont les onze dernières d'une encre très pâle, sans quoi on Teût
immanquablement barbouillé d'un réactif noir et opaque à la noix de
galle, aussi bien que tous les préceptes, un peu pâles mais lisibles,
de Louis TAveugle. Seule une partie de la dernière ligne, avant la
date, a été ainsi abîmée par l'éditeur en question, sans raison aucune.
I^ date de cet acte comporte jusqu'à cinq éléments différents de
temps.
Le jeudi '2 mai concorde exactement avec Tan 916 et l'indiction IV;
de même, Pâques ayant été célébré le 21 mars, le jeudi de l'Ascen-
sion tombe bien le 2 mai.
Par contre, l'an du règne supposerait que Louis l'Aveugle était
devenu empereur du 3 mai 1H)3 au 2 mai 904. En réalité, il avait été
couronné à Rome le 15 ou le 22 février 901 * : c'est une erreur de trois
ans en moins^ commise par le rédacteur de l'acte. 11 aurait dû écrire
X VI anno, et non pas XIII : l'original ne comporte aucune hésitation
de lecture et on ne peut substituer A'H/à XIII, car le scribe emploie
la forme capitale V au' lieu de la forme H dans la date DCCCCXVI.
Cet acte très solennel, passé en présence de trois évéques, du comte
et du vicomte, oiïre donc une date précise de jour et d'année établie
avec le soin le plus méticuleusement exact, puisque les quatre élé-
ments en concordent très bien : il mentionne, en même temps, le
1. Arch. de Vaucluse, G. 119, f. 39.
2. Poupardin, p. 171,
451 LA PROVENCK DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
rèjjne de l'empereur avec une ijjnorance faite pour surprendre. A
défaut d'ijîuopance, ce serait de la néf^li^'ence et ce serait plus singulier
encore. Le s«>iïi méticuleux, avec lequel cel acte est dressé, éclate dans
un détail. Le scribe avait écrit d abord le nom de Tempereur Ludouuico
et cette erreur a été réparée par lui en ajoutant l'aspirée oubliée:
Illudouuico, S'il n'a pas remplacé à ce moment XHI anno par AT/
anno pour faire disparaître une bévue assurément plus importante,
c*est qu'il i^^norait réellement dans quelle année exacte du règne il se
trouvait ; c'est aussi que personne dans l'as^islance n'a été frappé par
cette erreur en apposant sa souscription à l'acte.
La chancellerie d'Avignon calculait donc très exactement les années
de l'ère chrétieime, qui dépassaient la durée de neuf siècles, mais elle
avait oublié depuis combien d'années au juste régnait Louis PAveugle,
dont le couronnement remontait à une quinzaine d'années. Elle com-
mettait une erreur, à ce sujet, correspondant aux 20/100 de la durée
du règne.
jj 2. — Chancellerie de Vabbaife Saint-Barnard de nomans.
Le cartulaire de cette abbaye, située dans le diocèse de Vienne,
oiïre deux actes à citer:
l*' Oblation de biens à l'abbaye en Valentinois :
« Facta cartula cessione ista die veneris, feria III, k. septembris,
anno Xllll régnante Ludovaco imperatore K »
Si, par une rédaction de tournure insolite, il fallait lire : « die vene-
ris feria^ III** k[alendas] septembris, il s'agirait du vendredi 30 août
qui concorderait avec Tan 910. Si, plutôt, il faut rétablir: die veneris^
feria HA k[alendis] seplembris, en tenant compte d'une erreur du
copiste qui aura remplacé dans le cartulaire H par //, cette restitution
impose le vendredi 1""^ septembre qui tombe Tan 915.
Dans le premier cas, l'erreur relative au calcul de Tan de règne, serait
de deux ans; dans le second, plus vraisemblable, cetle erreur se réduit à
un an en moins. De toute manière, le calcul du règne n'est pas exact.
2^* Oblation de biens en Valentinois à l'abbaye qui dépend alors
directement d'Alexandre archevêque de Vienne :
a Facta cartula ista donationis vel tradicionis, die jovîs, pridie idus
1. [Ul. Chevalior], Cnrt, de Saint-Barnard de RomanSy nouv. éd. 11897],
n. 8.
APPENDICE DIPLOMATIQUE 455
junii, anno XXIIl régnante Ludovico imperalore. . . Ego Amardus
presbiler rogatus scripsi *. »
Cet acte a été passé le jeudi, 12 juin, qui répond à Tannée 923.
I^ calcul de Tannée du règne de I^uis, depuis son accession à Tem-
pire, est donc exact.
De ces faits, il résulte que la chancellerie de Saint-Barnard en Vien-
nois devait connaître la durée du règne : mais, tantôt elle la calculait
bien, tantôt elle commettait une erreur d'un an en moins sur cette
durée. Elle se montrait donc, sinon ignorante, du moins négligente à
un an près dans le calcul.
§ 3. — Chancellerie de Vabbaye Sainl-André-le-Bas de Vienne.
Cette chancellerie offre un seul acte utile, mais il est typique : il s'agit
d'un échange consenti par les chanoines de ce monastère, sur l'ordre
direct de tempereur, dans le comté du Viennois. En voici la date :
« Heliasdiaconus rogatus comutationeista scripsi,ditavi die mercoris,
V nonas mai, anno XXillI imperii Ludovici serenissimi imperatoris^. »
Cette date est aussi nette que possible : elle a été établie le mer-
credi 3 maT qui répond à Tan 926. Mais c'était la 26* année du règne
qui courait alors et non pas la24*'. La chancellerie de Tabbaye, dans un
acte où intervient directement Tempereur, commet donc une erreur
de deux ans en moins dans le calcul de son règne.
Il importe de conclure. Les documents qui offrent les éléments néces-
saires de critique sont peu nombreux mais de valeur certaine et irré-
futable. L'erreur ne porte pas sur Tan de l'incarnation quand il est cité
dans Avignon. De plus, Tindiction y est exacte une fois, au moins, sur
deux et Terreur, quand elle existe, ne dépasse pas une unité en moins.
Ainsi, les dates sont soigneusement établies, au point de vue du com-
put ecclésiastique. Mais, par contre, sur quatre dates mentionnant
Tan du règne impérial, trois sont inexactement calculées aussi bien à
Vienne et à Romans qu'à Avignon. L'erreur est toujours en moins^
c'est-à-dire qu'elle réduit la longueur du règne d'un, deux et même
trois ans. Cette négligence, qui se produit aussi bien à Vienne, en pré-
sence de Tempereur, qu'en Provence, est un fait certain. L'élément le
1. //>ic/.,n. 10.
2. Ul. Chevalier, Cari, de Saint -Amlré-le-Bas de Vienne, n« 133.
456 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
plus sûr des dates est donc Tannée de rincamalion quand ces dates le
mentionnent ; rélénient le moins sûr est celui de Pan du règne. Le calcul
néj^lif^ent de ce dernier élément est, en effet, générai quand le point
de départ en devient lointain ; d*autre part, puisque les clercs d'Avi-
gnr)n savaient fort exactement noter l'an de rincaniation, il va de soi
que les X'iennois le savaient aussi.
II. — Chancellerie royale sous F archevêque de Vienne Barnoin,
Louis, lils de Hoson, ayant été élu roi de Provence en 890, il cou-
vient de déterminer, autant que possible, le style de sa chancellerie
depuis lors jusqu*à son avènement au trône de Lombardie. Cette chan-
cellerie, sous l'autorité de l'archevêque de Vienne Barnoin '-}• 16 jan-
vier HIKI), fut dirigée |)rincipalement par le notaire .Arnoux i892-90I).
t)n sait que la reine mère était allée, avant l'élection, s'assurer le
consentement d'.Arnulf auprès de qui elle se trouvait en mai 889, pen-
dant que l'arrhevéque de Vienne accomplissait la même démarche
auprès (lu pa|)e. L'archevêque était de retour à Vienne avant le mois
d'octobre * cl la reine sans doute à la même époque.
L'assemblée, convo(juée pour élire le roi, se tint à Valencç : elle est
datée sommairement de 890 et de Tindiction VIII.
Les |)récepte8, qui peuvent servir de base aux recherches pour déter-
miner le style delà chancellerie, sont les suivants :
Lyon^ 18 mars 892, Tan 2.
Nice'», 11 août 891, ind. 12, l'an 4.
Slnuufiala *, H\H\, ind. M, Tan 5.
(]arpentras •"', 81M), ind. M, Tan 0.
()ranj,'e «, 896, ind, 15, Tan 6.
Lyon^,89f), ind. 15, l'an t>.
898, ind. 1, l'an? ».
Sur ces sept j)réceptes, six mentionnent l'indiction : elle coïncide
toujours exactement avec l'aimée de l'incarnation exprimée, à supposer
1. Ponpîirdiii, p. lî>r>.
2. Hou((uet, IX, p[). 074-07").
'A. Ihi(L, j)p. 07">-070.
i. P()U])ar(lin, pp. 400-'*07.
'». noiMjuet, IX, pp. 070-077.
0. //>tV/., p. 07H.
7. //>/r/., p. 079.
8. ILid., p. 080.
APPENDICE DIPLOMATIQUE 457
que les .V et 6** (rentre eux aient été délivrés dans la dernière période
de Tannée, après le moment où avait eu lieu le chan^^ement de Tindic-
tion, qui précédait celui du millésime. Il va donc accord, au moins,
de deux éléments sur trois que comporte le style.
Il s'aprit de savoir à quelle date la chancellerie effectuait le
chan^^ement du millésime. Kn se plaçant dans le style actuel du
1*"^ janvier ou dans le style de Noël, ou bien encore dans le style véni-
tien du 1^^ mars, puisque le 18 mars 89'2 se trouvait dans la seconde
année du règne et le 11 août 894 dans la quatrième, le roi aurait été
élu et sacré après le 11 août 890, mais avant le 18 mars 891. Toute-
fois rassemblée d'élection étant datée de 890, les limites extrêmes,
entre lesquelles flotterait la première année du règne, se réduiraient
du 12 août 890 au dernier jour de Tan 891. On doit constater que,
par suite, Tan 5** du règne ne pourrait convenir au 3*^ précepte qui est
daté de 896; Tan 7*^ ne pourrait davantage convenir au 7® précepte
daté de 898, car Tan 5^ ne peut, dans ce système, dépasser le dernier
jour de Tan 895 et le 1^ ne peut pareillement dépasser le dernier jour
de Tan 897.
Il faut donc renoncer au style de Noël pour le changement du millé-
sime : de même, à ceux du 1**'' janvier et du l^*" mars.
En se plaçant dans le style florentin de l'Annonciation ou dans celui
de Pâques, le précepte du 18 mars 892 correspondrait, suivant le
style actuel, au 18 mars 892/3. Par suite, le 18 mars 892/3 se serait
trouvé dans la seconde année du règne et le 11 août 894 dans la qua-
trième, ce qui est matériellement impossible. Reste uniquement à
supposer l'emploi du style pisan de TAnnonciation pour régler le style
de la chancellerie du royaume de Provence. Le précepte du 18 mars
892 correspond, aussi bien dans ce style que dans le style actuel, au
samedi 18 mars 892, veille du 2® dimanche de carême. Celui du
1 1 août 894 correspond, dans le style actuel, au samedi 11 août 894/3.
Puisque le premier a été donné dans la 2^ année du règne et le second dans
la 4", le roi aurait été élu et sacré entre le 18 mars et le 11 août 891/0
suivant le style employé par sa chancellerie. L'assemblée de son élec-
tion est datée de 890 : si le notaire, qui en a rédigé le procès- verbal à
Valence, suivait déjà le même style que la chancellerie allait adopter,
cette assemblée se serait donc tenue entre l'automne de 890/89, date du
retour de la reine et de Tarchevêque, et le 25 mars 890. Cependant, l'as-
semblée d'élection se présente sous Taspect d'un concile qui a pu adop-
4S8 LA PHOVENCK DU PREMIER AU XII® SIÈCLE
ter le slyle de Noël. Sa date flotterait alors entre le 25 décembre 889/90
et le 1 1 août 81M) ; le sacre lui-même, entre le 18 mars 890 et le
il août 891/0. Les limites extrêmes et possibles de la F*année du règne
seraient donc comprises entre le 18 mars 8ÎK) el 11 août 892/1.
Ceci dit, les sept préceptes cités plus haut se dateraient ainsi qu'il
suit, à ne tenir compte que de Tan du règne :
Lyon [samedi], 18 mars 892, Tan 2.
Nice [samedi], 11 août 891/3, Tan 4.
Slrangitila [25 mars- 11 août, 896/5, Tan 5.
Carpentras [25 mars 890/5-24 mars 81H)], Tan 6.
Orange [25 mars 896/5-24 mars] 896, l'an 6.
Lyon [25 mars 896/5-24 mars] 896, Tan 6.
25 [mars-ll août] 898/7, Tan 7.
Kn dernier lieu, il convient de tenir compte de Tindiction. Dans le
style actuel, prenant Tindiction en septembre, la 12* aurait duré de
septembre 893 jusqu'en septembre 894 et la 14", de septembre 895
jusqu'en septembre 896. La prenant à Noël, elles auraient duré, res-
pectivement, de Noël 893 jusqu'à Noël 894, puis de Noël 895 jusqu'à
Noël 89<). Kn employant le style pisan qui précède le style florentin
d'un an, il paraît, par les préceptes de Nice et de Sfrangiata^ que la
chancellerie royale a également employé une indiction précédant
d'un an l'indiction usuelle. La 12** indiction aura donc été mentionnée
de septembre ou de Noël 893/2 jusqu*en septembre ou Noël 894/3 ;
la 14*, de septembre ou Noël 895/4 jusqu'en septembre ou Noël
896/5.
Les dates des préceptes seront, par conséquent, les suivantes :
Lyon, [samedi], 18 mars 892, l'an 2*.
Nice, [samedi] 11 avril 891/3, l'an 4% indiction 12«.
Slrangiala, [25 mars-ll août] 896/5, l'an 5*^, indiction 14*.
Carpentras, [25 mars-25 décembre' 896/5, Tan 6*^, indiction 14*.
Orange, [septembre 896/5-24 mars 896], Tan 6% indiction 15*.
Lyon, [septembre 896/5-24 mars 896], l'an 6", indiction 15®.
[25 mars-ll août] 898/7, l'an7'\ indiction 1".
Ainsi, l'avance d'un an pour le millésime au 25 mars, c'est-à-dire
le style pisan, combinée avec une pareille avance d'un an pour Tindic-
tion, tel est le seul système qui rende compte du style employé par la
chancellerie royale. Si ce mode de comput n'avait pas été systémati-
APPENDICE DIPLOMATIQUE 459
quement employé, on ne pourrait comprendre qu'il cadre avec toutes
les dates des préceptes, qu'il fixe une concordance exacte entre les
trois éléments de chacune d'elles, sans aucune erreur, et que lui seul
permette d'arriver à ce résultat satisfaisant.
On n'a cité jusqu'à présent que des préceptes dont la date indique
à la fois le millésime et Tau de règne. lien existe un autre, en faveur
de Tournus, daté du 22 juin, l'an 12® du règne et Tindiction 14 *.
Cette date présente une erreur évidente de .transcription dans l'année
du règne. Cette erreur a dû être causée par le H ou V pris aisément
pour un X et, par suite, il faudrait probablement rétablir l'an VII au
lieu de Tan XII.
D'après ce qui vient d'être établi, Tindiction 14®, correspondante au
style employé, a dû être notée de septembre ou Noël 894 jusqu'en
septembre ou Noël 895. Le précepte en question aurait donc été déli-
vré le [dimanche] 22 juin [895]. Cela est fort peu probable, car on n*a
pas d'exemple, comme on le verra, de précepte délivré le dimanche,
sauf très solennellement à Pâques. Au contraire, il en existe un bon
nombre de datés le samedi. Les restitutions les plus voisines seraient
donc celle du [samedi], 22 juin [895/i], indiction 13® ou celle du
[mardi] 22 juin [897/6], indiction 15*. En raison de la restitution
probable de l'an VII du règne, il faudrait s'arrêter à cette dernière.
Dans ce cas, le début du règne, qui a été iixé plus haut entre le 18 mars
et le 11 août, serait précisé entre le 18 mars et le 22 juin 890. Reste-
rait Terreur de l'indiction qui aurait été ramenée, on ne sait par qui,
du style de la chancellerie à celui du style employé plus tard généra-
lement.
La chancellerie royale n'était pas la seule à employer le style pisan
de l'Annonciation. On le trouve à la même époque dans un acte solen-
nel dressé pour l'archevêque d'Arles, en présence de son clergé: cet
acte est son testament. En voici la date- :
«Ego Robertus infirmus monachus et sacerdos, jubente domino
Rostagno, testamentum [scripsi] mensc junio, die dominico, VIII
idus^ anno ab Incarnatione Domini octingentesimo nonagesimo
septimo, indictione décima quarta, régnante domino Ludovico rege
anno sexto. »
1. Bouquet, IX, p. 677.
2. J.-H. Albanès et Ul. Chevalier, Gallia Chriatiana novissima : Arles,
col. 94-96, n« 233.
460 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII'' SIÈCLE
Cette date contient cinq éléments : deux d*entre eux, c'est-à-dire le
jour de la semaine et le quantième du mois, forment une concordance
certaine. Le dimanche (> juin 897, indiction XIV, Tan VI du rèpne de
Louis, correspond, dans le style actuel, certainement, au dimanche
6 juin 8%, qui fut le ^*' dimanche après la Pentecôte. Par conséquent,
dans Pentourage de Tarchevêque d'Arles et pour un acte très solen-
nel, on employait bien le style pisan : mais cette anticipation du millé-
sime n'entraînait pas celle de Tindiction. De plus, cet acte prouve que
le début du règne de Ix)uis doit être restreint entre le 6 juin et le
1 1 août 890.
Si on accepte la restitution probable du [mardi] 22 juin [897/(>\ dans
Tan Vil du règne, pour ladatedupréceptedeTournus, le début du règne
devrait être restreint d'autre part entre le samedi Cet le lundi 22juin
81M). Le roi de Provence aurait donc été sacré et couronné, soit le l*',
soit le second, soit le troisième dimanche après la Pentecôte, 7, 14
ou 21 juin 890, soit encore le jeudi 11 juin, en la fête de Tapôtre
saint Harnabé.
A considérer ces derniers résultats comme provisoirement acquis,
les dates des préceptes cités peuvent être établies, en définitive, ainsi
qu'il suit :
Lyon, [samedi], 18 mars 892, l'an 2^
Nice, [samedij, 11 août 891/3, l'an 4*", indiction V2'',
S/ra/i^/a^i, [25 mars-22 juinj 896/5, l'an 5*, indiction 14*.
Carpentras, [6 juin-2r) décembre] 89G/5, l'an C*", indiction 14**.
Orange, W''^ septembre 896/5-24 mars] 896, l'an 6*", indiction 15*
Lyon, [1" septembre 896/5-24 mars] 896, l'an t)«, indiction 15'*.
Fitilianis, [mardi] 22 juin [897/6], l'an 7'*(?), indiction 14" {sic),
[25 mars-22 juinj 898/7, l'an 7", indiction 1***.
IlL — Chancellerie impériale sous V archichancelier Rainfroy,
Le roi de Provence Louis fut couronné roi de Lombardie à Pavie le
dimanche 12 octobre 900, puis comme empereur à Rome le dimanche
15 ou 22 février 901 ^. A dater de ce moment, l'ère de son règne en
Provence est abandonnée pour faire place à son ère impériale, dans la
date des actes de chancellerie.
Ponpanlin, pp. 170-171.
APPENDICE DIPLOMATIQUE 461
Cette chancellerie, placée sous la haute direction des archevêques de
Vienne Rainfroy (28 janvier 899, 30 avril 907) et Alexandre ( 19 oclobre
907-17 décembre 926) comme archichanceliers \ a obéi successive-
ment au chancelier Arnoux (900-907), aux notaires Thion (912), Gar-
nier (19 octobre 907-912) et Uboud (18 janvier 915-928).
Le premier précepte connu de Louis en Lombardie * est daté de
Pavie, la veille de son couronnement, c'est-à-dirè le samedi 11 oc-
tobre 900 :
« Arnulfus notarius, jussi domni Hludovici serenissimi régis, legi
et subscripsi. »
a Data .V. idus octobris anno incarnationis dominicic DCCCC, anno
vero domni Hludovici gloriosissimi régis .1., indictione.llll. ; Actum
Papie féliciter, amen. »
Dans ce précepte, dont l'original est aux archives capitulaires de
Parme, Louis, par un ordre direct à son notaire Arnoux, concède
Cortemaggiore à l'impératrice Ageltrude, veuve de Guy.
Le dernier précepte connu de Louis en Lombardie est daté de
Pavie le [mercredi] 12 mai 902, dans la semaine avant la Pentecôte •^.
Dès le 17 juillet suivant, il devait avoir repassé les Alpes et, le
[jeudi] 11 novembre, à la Saint-Martin, on le trouve elFectivement à
Vienne *. A cette date, il délivre un précepte en faveur de Bernard et
de Thibert, sur la demande de l'illustre duc et marquis Guillaume,
leur concédant Tabbaye de Saint-Martin d'Ambert, dépendance de la
mense comtale de Lyon, sise en Roannais :
« Arnulfus notarius ad vicem Ragimfridi arcliipresuli et archican-
cellarii recognovi. Dato .III. idus novimbres, anno Domini DGCCCII,
indictione V, anno secundo imperante domno Ludovico imperatore.
Hactum Vienne publiée, in Dei nomine féliciter, amen.
i. Louis n*a eu unarchichancelier qu'à dater de son accession à l'Empire:
voilà pourquoi Raiiifroy a été le premier à porter ce titre.
2. L. Schiaparelli, Diplo/ni inediti dei secoli IX e X [BuUetino delT isti-
luto storico italiano, u^ 21, Roma, 1899, pp. 135-137, pièce n<» III).
3. Poupardin, p. 180.
4. Bruel, Bec, de Ch, de Cluny^ n<» 78 ; voir Bibl. Nat., ms. lat., n. acq.,
2281, n® 1, l'original sur parchemin. S'il y en avait eu une seconde expédi-
tion sur papyrus, ce serait le seul exemple connu, pour la chancellerie du
nouvel empereur, de cet usage alors en désuétude. Peut-être, à son retour
d'Italie, la chancellerie de Louis avait-elle quelques velléités de suivre
l'exemple persistant de la chancellerie papale : en tout cas, cet exemple
douteux serait le plus récent de ce genre, provenant d'une chancellerie
française ou bourguignonne.
462 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl*" SIÈCLE
Une fois de retour dans son royaume de Provence, il le parcourt
pour montrer sur son front, à ses premiers sujets, le diadème impérial.
Il part de Viemic après Pâques, visite 1-yon à Tautomne et Arles
au printemps suivant : les dates des préceptes, conservés par les
cartulaires de Saint-Maurice de Vienne, de Saint-Victor de Marseille
et les archives de révèohé d T/ès, sont à mentionner ici.
I" Précepte en faveur du vicomte de Vienne, sur la commune
demande de rarchevéque de Vienne Rainfroy, protonotaire ou archi-
chancelierdu sacré palais, et du comte de Viennois Hugues * :
« Teudonotarius, ad viccm Hanij^anifrediarchicancellarii, recognovi.
Datum Vieime civitali, XV kalendas maii, anno Dominice incarna-
tionis DC(XClI,anno etiam...imperii domni nostri Ifludovici augusti.
Actum Vienne civilati, in Christi nomine féliciter, amen. »
2" Précepte en faveur <lu comte de X'alentinois Alleaume et de sa
femme Rotlinde, sur la demande de l'archevêque d'Arles RosUing,
de Tévéque ide Maçon i Rernon, des comtes Luid frid us ^ Hugues de
Viennois et Thibert de Provence ^ :
« Adrulfus ^, notarius, ad viceni Ragcmfridi archipresuli et archi-
cancellarii, recognovi. Datum VIII idus junii, anni Domini DCCCCIll
indictione VI, anno III imperante donino Illudovico gloriosissimo
imperatore augusto, in l)ei nomine féliciter, amen. »
3"* Précepte en faveur de Tévéque d'L'zès .\miel, disposant d'un
bien dans le comté d'Avignon, sur la demande de Thibert comte de
Provence et de Walon *:
« Arnulfus cancellarius, jubente domno imperatore recognovi et
subscripsi. » Data XV calendas octobris anno Dominicciî incarnationis
DCCGCIII indictione VI, anno III imperante domno Hludovico impe-
ratore. Actum Lugduno, in Dei nomine féliciter, amen. »
1. Ui. Clievalier, Descr. du Cartulairr de Saint-Maurice de Vienne, p. 43,
n° 193 ; acte édité par le môme dans le volume consacré au Cart. deSaint^
And ré" le- Bas, pp. 219-221, Appendix, n. 11*.
2. Sic. Il faut lire Arnulfus, s»ns doute.
3. Chevalier, .S.ii>i/-.V.iMriVe, p. 43, n. 19o; éd. Cart, de Sainte And ré-le^
fias, pp. 221-222 ; Appondix, n. 12*.
4. Bouquet, IX, p. 082. — Deloche, S. Bemy de Provence au Moyen Aye
{Mthn. do /Mr. doslnscr,, t. XXXIV, l'« partie, p. 100\
APPENDICE DIPLOMATIQUE 463
4® Précepte en faveur de Tabbaye de Saint- Victor de Marseille,
disposant de biens dans le comté de Marseille, sur la demande de Tar-
chevèque d'Arles, Rostainj^^, et du comte de Provence Thibert * :
n Arnulfus recognovit et subscripsit. Data XI kalendas mai, anni
Domini DCCCGIIII, iudictione VII, anno III imperante domno nos
tro Hludovico. Actum Arelate féliciter, amen. »
A en juger par Tan du règne, le second de ces préceptes a été délivré
le [lundi] 6 juin 9()3, le lendemain de la Pentecôte; le troisième date
du [samedi] 17 septembre 903, à Lyon, et le quatrième du [samedi]
21 avril 901, à Arles, la veille du 2* dimanche après Pâques *. Il n'y
a là aucune difficulté : Tindiction mentionnée par chacun de ces pré-
ceptes concorde parfaitement et le style de ces trois dates coïncide
avec le style actuel. Quant au premier des préceptes cités, il donne lieu
à une observation importante. Les conclusions, tirées de Texamendes
actes émanés des diverses chancelleries ecclésiastiques, obligent à ne
pas mettre en doute Texactitude de Tan de Tincarnation dont la men-
tion est fournie par les préceptes impériaux, à moins qu'une absolue
nécessité n\ amène la critique. L'archevêque et les clercs viennois,
qui composaient la chancellerie impériale, savaient certainement cal-
culer la succession des années de l'incarnation, aussi bien que de
simples évêques ou abbés. De plus, la critique ne doit user qu'avec
prudence de «lafautedu scribe » : les copistes qui ont transcrit les car-
tulaires ont, sans doute, commis, par le fait, des inexactitudes en grand
nombre. Mais, en général, ils sont attentifs et, d'ailleurs, l'infidélité ne
se présume pas : il faut la prouver, quand on se voit obligé de la soup-
çonner.
Le précepte à examiner est daté de Vienne le 17avril,ran de l'incar-
nation 902.
Cette date d'année est bonne, jusqu'à preuve du contraire; elle l'est,
quand bien même l'acte ne soit connu que par des intermédiaires.
L'original a été transcrit au xn« siècle dans le Gartulaire de l'église
métropolitaine de Vienne et là, au xvn*^ siècle, un érudit en a relevé
le texte. Or, le cartulaire en question a dû être transcrit avec soin et
1. Guérard, Cart. de Saint-Victor de Marseille y t. I, p. 11, n. 10.
2. L'empereur était do retour à Vienne bitnlôl : il y délivre un préeeplc
le mercredi 31 octobre (Ul. Chevalier, Descr. du Cart, de Saint-Mauricef
n. 190 ; éd. Bouquet, VIII, 415).
itîl LA PHOVENCE DU PREMIER AU XII" SIÈCLE
posémenl, puisque le scribe a pris la peine de figurer en fac-similé la
souscription impériale : quant à Téruilit, il s'agit de Baluze.
Kn avril 1H)"2, suivant le stvle actuel, Tempereur était encore au delà
des Alpes et, précisément, le '21 de ce mois, il délivrait un précepte fait
à Verccil •. Le précepte de X'ienne n'est donc pas daté dans le style
actuel : il ne peut l'élre davantage selon le style de la Nativité, ou
selon celui de l'Annonciation. Reste celui de Pâques : c'est précisément
le dimanche 17 avril que tomba Pâques en 903, selon le style actuel.
Il est donc évident que le précepte, dont il s'agit, est un précepte solen-
nel délivré, le jour même de cette grande fête, en faveur du vicomte de
Vienne. Mais, ce précepte portant encore la date de DCCCCII et non
pas celle de DCCCIil, il faut en conclure que le millésime changeait
seulement le lendemain : Pâques se trouvait ainsi le dernier jour de
l'an et non pas le premier. Cet usage, qu'on peut ainsi constater d'une
manière si précise, comme étant alors celui de la chancellerie impé-
riale, restera encore, au début du xiv'^ siècle, employé par la cour royale
des monnaies à Paris, qui suivait le style de Pâques comme la chan-
cellerie royale ^. Dans la date du précepte, l'indiction n'est pas expri-
mée ; quant à l'an du règne, la copie de Balu/e le laisse en blanc. Le
précepte donné précédemment à Vienne, le 11 novembre 902, fournis-
sant encore l'indiction 5 ', au lieu de la 6", et le précepte donné à
Pavie, le 7 décembre, l'an 1"^ de l'Empire, fournissant encore l'indic-
tion 1'" au lieu de la .V *, c'est un indice que l'indiction changeait seu-
lement après le 7 décembre. Ce style de l'indiction remonte seulement
à l'an 901, car les préceptes des 11 et 31 octobre 9lM) donnent déjà l'in-
diction i '"■*. Donc, lorsque Louis vint prendre possession du royaume
de Lonibardie, à l'automne de 900, sa chancellerie prit l'indiction 1 en
octobre ; mais, devenu empereur au début de 901, sa chancellerie atten-
dit désormais Noël pour remplacer la i" par la 5**.
1. Ernst Diimmler, Geata Beremjarii impcratori»^ Halle, t87i, pp. 182-
1H3 ; Poupardiii, p. tOO, n. 8.
2. Giry, Manuel do diplomatiqar, p. 111 cl n. 3.
3. Cluny, n. 78; Bouquet, Uht. de France, IX, p, 681.
4. Ernst Diimmler, Gesla Berenyarii /m/jera/o/'i.v. Halle, 1871, pp. 182-
183.
r>. Ihid.
Le précepte donné par Diimmler comme du 15 février 902, indiction
5, l'an 2*^, ne cadrerait pas, par le style de sa date, avec le style vénitien ;
mais, précisément, M. Poupardin le déclare suspect d'altération ip. 171,
n. 1, in fine).
APPENDICE DIPLOMATIQUE 465
Le précepte étudié fut donc établi le dimanche de Pâques 17 avril
902/3 à Vienne et il prouve que la chancellerie impériale changeait
alors le millésime au lundi de Pâques. L'année précédente, en Italie,
un précepte de Pavie le 21 avril est daté de 902, quand un préalable
du 11 février donne encore le millésime 901 avec Tindiction 5 et
Tan l®"" du règne. Le précepte du 11 février 901 date du jeudi, lende-
main des Cendres : celui donné à Rome le 2 mars 901, indiction 4,
oblige à conclure que le changement de millésime s'opérait alors entre
le 11 février et lé 2 mars, elles probabilités sont en faveur du style
vénitien au 1'*^ mars, qui ainsi a dû être employé en Italie par la chan-
cellerie impériale.
Mais le style vénitien n'a été employé par elle qu'en 901 et en 902,
jusqu'au retour de Tempereur en Provence : dès 903, c'est le style à
Pâques qui lui succède.
Tels sont les résultats que permettent de grouper les préceptes. Ces
résultats fixent le style employé par la chancellerie impériale. En Ita-
lie, les millésimes de 901 et 902 paraissent pris au 1" mars ; puis en
Provence, dès 903, sous la direction de Tarchichancelier-archevêque
de Vienne Rainfroy et sous l'autorité du chancelier-notaire Arnoux, le
millésime se trouve désormais pris au lundi de Pâques ; l'indiction,
changée en septembre Tan 900, est à Noël dès 901 ; l'an de règne
change à l'anniversaire du couronnement.
En raison de ces résultats, un précepte, tiré des archives de l'arche-
vêché d'Avignon où il se trouve conservé en original, paraît *, à
première vue, contenir une erreur dans sa date, de manière à faire
supposer une négligence possible de la chancellerie :
[paraphe] « Arnolfus cancellarius iussu imperiali recognovi ei[sceau]
subscripsi. Actumapud Uiennam.anni Dommi. DCCCCIILJ. Indicione
.VL Anno tercio Imperante domno hludouico imperatore. InDei nomine
féliciter. AMen. »
Ce précepte, qui a passé par les mains du chancelier Arnoux, a été
délivré sur sa propre demande en faveur de Raymond, prévôt
[d'Arles J et ambassadeur (?) ou prédicateur (?) de l'empereur.
On a cité plus haut deux autres préceptes très régulièrement datés
de 903, de l'indiction VI et de l'an III; on en a cité un troisième daté
non moins régulièrement du 21 avril 904, de l'indiction VII et de
1. Arch. départ, de Vaucluse, G. 6, f. 10.
Mém, et doc, de l'Ecole des Chh-les. — VII. 30
466 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll* SIÈCLE
Tan IV. Ces actes émanaient du même chancelier : il serait donc
incompréhensible que ce chancelier continue, dans Tacte d'Avignon,
à joindre tardivement Tindiction VI et l'an IH à Tan 904 quand il
emploie, dès le 21 avril de cette même année, Tindiction VII et Tan IV
qui conviennent désormais. Ce serait une inconséquence et un oubli
bien singulier qui lui seraient imputables dans l'exercice de ses fonc-
tions. Avant de croire à l'incapacité des gens, il faut en avoir la
preuve établie : l'attention doit donc se porter d'une manière aussi
minutieuse que possible sur l'original. Quand on Ta devant les yeux,
on remarque que l'an du règne est écrit en toutes lettres, sans grat-
tage. C'est donc un premier élément à l'abri de la critique. L'an de
l'incarnation et Tindiclion sont, au contraire, en chiffres romains :
chacun des deux nombres écrits figure, selon l'usage, entre deux
points. Chacun, de ces deux nombres exprimés, se termine par une ou
plusieurs unités : or, l'unité terminale n'est pas écrite de la même
manière dans le premier et dans le second groupe de chiffres. Dans l'in-
diction, écrite .VI., l'unité finale est formée d'un trait vertical qui ne
dépasse pas le bas de la ligne. Dans l'année de l'incarnation, écrite
.DCCCGIII.J., l'unité finale est formée d'un trait qui se prolonge fort
bas par un jambage au-dessous de la ligne. Ce jambage est une parti-
cularité qui ne se retrouve guère ailleurs, au moins dans ceux des pré-
ceptes originaux de cette chancellerie conservés à Avignon : l'habitude,
des scribes de ces originaux, était de ne pas donner plus de dévelop-
pement à la dernière unité qu'aux précédentes. En y regardant de
plus près, on constate que cette dernière unité à jambage semble sur-
montée d'un léger trait faisant l'oflice d'une ponctuation, ce qui n'a
pas lieu pour les autres unités. Enfin, entre les deux dernières unités
et au niveau inférieur de la ligne, s'aperçoit un point pareil à ceux
placés avant et après les deux groupes de chiffres. Le groupe de
chiffres, qui exprime l'année de l'incarnation, se présente donc ainsi :
.DCCCGIII.J. La conclusion s'impose ; quand le précepte est sorti
des mains du scribe officiel et a passé devant les yeux du chancelier
Arnoux, la date portait : « anni Domini .DCCCCIII. Indicionc .VI.
Anno tercio. » Cette date est aussi régulière que celles des préceptes
précédents émanés de la même autorité. Puisque le millésime était
pris au lundi de Pâques et l'indiction à Noël, ce précepte, en style
moderne, doit être daté de Vienne [18 avril-25 décembre] 903. Comme
il était destiné à un personnage d'ordre très secondaire, la date de
APPENDICE DIPLOMATIQUE 467
temps et Vacle de lieu se trouvent confondus : de plus, le chancelier
a jugé inutile d*exprimer la date de jour et de mois. Il en avait fait
autant en 898, dans un précepte précédent accordé au même bénéfi-
ciaire, sur la demande de l'archevêque d'Arles.
On a dit que Tempereur, de retour d'Arles, se trouvait à Vienne le
mercredi 31 octobre 904 ^ L'année suivante, au printemps, il voulut
regagner la Lombardie : il y délivra un précepte le mardi 4 juin '.
Mais, restant maladroitement isolé, loin de sa base naturelle, qui était
la marche d'Ivrée, il fut pris par son adversaire et eut les yeux arra-
chés à Vérone le dimanche 21 juillet *. L'empereur, aveuglé, fut
renvoyé dans Vienne. Le samedi 26 octobre 905, il y donne un pré-
cepte qui est en faveur de l'église de Vienne, comme celui délivré
un an auparavant ^.
Jusque là, sous l'habituelle autorité du chancelier Arnoux, le style
de la chancellerie impériale est demeuré soumis à des règles succes-
sives, mais certaines. Parmi les préceptes cités, dont la date est plus
ou moins développée suivant le degré de solennité de l'acte, on n'a
rencontré aucune erreur qui fût imputable à la chancellerie, soit dans
le calcul de l'année de l'incarnation, soit dans celui de l'an du règne,
soit même dans celui de l'indiction.
Cet Arnoux, probablement, était un prêtre d'origine arlésienne •"*;
on peut assurer, en tout cas, qu'il avait des relations personnelles
et spéciales avec la Provence. En effet, Arnoux intervient en 903
pour le prêtre Raymond. Ce bénéficiaire, en 898, avait déjà obtenu
un premier précepte en qualité de prévôt, sur la demande de l'arche-
vêque d'Arles Rostaing. L'abbé Albanès lire de ce fait la conclusion
très acceptable que Raymond était prévôt de l'église d'Arles*. Puisque
le chancelier Arnoux, en 903, protège, comme l'archevêque d'Arles
l'avait fait en 898, ce prévôt, c'est un indice qu'il est lui-même arlé-
sien ou, du moins, qu'il a des relations personnelles avec Arles. On
1. Ul. Chevalier, Descr. du Cart, de Saint-MaurioCj n® 190; Bouquet,
Ilist, de France, VIII, 415.
2. Poupardin, p. 181, n. 4 ; Cod. diplom. Langob.^ col. 696.
3. Ibid,, pp. 185-186.
4. Ul. Chevalier, Descr, du Cart. de Saint-Maurice , n. 194; Bouquet,
VIII, 416.
5. Liber episcopalis Vienacnsis ccclcsiœ, § LI ; Duchesne, Fastes épis-
copaux, t. I, p. 204.
6. Gall.noviss. : Arles, col. 1038-1039.
468 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
corrobore cet indice en remarquant que, le dimanche 6 juin 897/6,
Rostaing, rarchevéque d'Arles dont il vient d'être question, dictait
son testament en présence de Renard, évoque de Cavaillon. Cet acte
important est souscrit, aussitôt après les pontifes, par Arnoux exiguus
omnium sacerdotum. Si Arnoux avait été un humble prêtre, il ne se
serait pas cru tenu d'étaler une formule d'humilité si bien sentie : le
ranj^ de sa souscription et cette formule elle-même laissent transp.i-
raîtrcson importance. Celui qui le suit. Guignes, est naturellement un
homme moindre : aussi sa formule d'humilité est moins appuyée. Il ^e
dit humilinS mînister^ sans prétendre être petit entre tous. Enfin, les
six prêtres ordinaires, qui assistent à l'acte et dont les souscriptions se
pressent dans l'espace resté libre du parchemin, n'éprouvent aucun
besoin d'ajouter à leur qualité de prêtre l'affirmation d'une humilité
qui, sans doute, était assez évidente par elle-même. Le besoin, d'expri-
mer de la médiocrité, reparaît finalement dans la souscription du moine,
assez instruit pour écrire le testament et dont la valeur était certaine-
ment supérieure à celle des simples prêtres de l'assistance; il se dit
infirmus monachvs ^t sacerdos *. Par ces raisons, on doit reconnaître
dans Arnoux, soi-disant le plus petit de tous les prêtres^ le chance-
lier Arnoux qui, en réalité, était le premier d'eux tous dans le pays.
C'est ainsi qu'on reconnaît, dans le servus servorum Dei^ celui qui, en
réalité, est le maître suprême des fidèles et le vicaire de Dieu.
Ce testament de 897/6 est l'acte solennel qui permet de constater
l'emploi du style pisan par les scribes artésiens : on peut se deman-
der si le style en question a passé de Vienne à Arles par l'intermé-
diaire du notaire royal Arnoux, d'origine artésienne, ou bien si, au
contraire, il a passé d'Arles à la chancellerie royale par l'intermé-
diaire de ce notaire, en raison de son origine. La première
opinion a les vraisemblances pour elle, car les scribes du royaume
devaient subir plus aisément l'inlluence de la chancellerie royale que
celle-ci la leur; de plus, le slylt? de la chancellerie royale devait être
fixé, plutôt par l'archevêque de Vienne que par le notaire placé sous
son autorité.
De fait, le style pisan disparait à la mort de l'archevêque Barnoin
(899) ; Arnoux, qui l'avait employé comme notaire depuis 892» suit
Louis en Lombardie. Là, il fait expédier les préceptes, toujours comme
1. (ialL Christ, noviss, : Arles, n. 233.
APPENDICE DIPLOMATIQUE 469
notaire, sous l'autorité de Tarchichancelier pour le royaume de Lom-
bardie, c'est-à-dire de Liutward, évêque de Côme. Dès ce moment,
au lieu de rester fidèle au style pisan que lui faisait suivre l'arche-
vêque de Vienne, il se conforme au style dicté évidemment par Tar-
chichancelier lombard, c'est-à-dire au style vénitien. Puis, l'empereur
rentrant à Vienne, Arnoux y retourne également : désormais, il
échappe à l'autorité de Tarchichancelier de Lombardie pour retomber
sous celle du nouvel archevêque de Vienne, archichancelier pour le
royaume de Provence. Si le style pisan avait été celui du notaire
Arnoux et non pas celui de son chef, l'archevêque Barnoin, mainte-
nant Arnoux le reprendrait. Il adopte désormais, comme on l'a dit, le
style de Pâques : c'est la preuve que ce style de Pâques lui est inspiré
par le nouvel archevêque de Vienne, Rainfroy (28 janvier 899-30 avril
907) qui est désormais l'archichancelier compétent. Cela est si vrai
que les huit préceptes royaux de 892 à 898, cités plus haut, ont tous
pu être datés, sans erreur, dans le style pisan, tandis qu'on a un pré-
cepte royal, daté de l'an 900, indiction 2«, Tan 1" du règne, qui ne
concorde pas avec ce style. Ce précepte est daté de Vienne; par consé-
quent il est antérieur au 12 octobre, date à laquelle Louis était déjà à
Pavie ; il ne peut cependant être antérieur à cette date de beaucoup,
puisqu'il porte déjà la mention du règne en Lombardie. Dans le style
pisan, défini plus haut, l'an 900 correspondrait à la période comprise
entre le 25 mars 899/900 et le 24 mars 900 : à cette époque, Louis se
trouve successivement dans l'an IX et dans l'an Xde son règne en Pro-
vence, il n'avait pas encore été élu roi de Lombardie. Dans le style de
Pâques, Tan 900 correspond à la période comprise entre le 21 avril
900 et le 12 avril 901. Le précepte n'a donc été délivré qu'à la veille
du départ pour la Lombardie, entre le 21 avril et le 12 octobre 900.
C'est l'hypothèse qui s'impose : par conséquent, le style de Pâques
a bien été suivi par la chancellerie royale en Provence, dès l'avène-
ment de l'archichancelier Rainfroy et avant le départ de Louis pour la
Lombardie.
Le chef de la chancellerie royale de Provence, avant l'avènement de
Louis à l'empire, n'ajoutait aucun titre à sa dignité d'archevêque ; le
prêtre Arnoux, qui le remplaçait d'ordinaire pour dicter les préceptes,
portait le titre de notaire. Ce notaire était sans doute, on Ta dit, d'ori-
gine provençale. La formule de sa souscription est celle-ci:
« Amulphus notarius ad vicem Barnoini archiepiscopi recognovi et
subscripsi. »
470 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl« SIÈCLE
Qu'il s'agisse d'un précepte pour le Viennois, qu'il s'agisse d'un
précepte pour la Provence, cette souscription ne varie pas *,
A partir de l'accession au trône de Ix>mbardie et à l'empire, l'orga-
nisation de la chancellerie varie.
Avec l'archevêque de Vienne Rainfroy, le notaire Arnoux reste le
notaire ordinaire. C'est lui que Louis emmène en Lombardie et à
Rome. En Lombardie, il garde son premier titre de notaire ; mais, bien
entendu, il y agit désormais au nom de l'évêque Liutward que le roi
s'est choisi comme archichancelier pour la Lombardie :
Sa souscription sera donc :
« Arnulfus notarius ad vicem Liutuardi episcopi et archichancel-
larii *.»
A la veille du couronnement de Pavie, le 1 1 octobre 900, c'est le
souverain qui, sans passer par son archichancelier de Lombardie,
ordonne directement au notaire Arnoux d'expédier le prt^cepte d'Agil-
trude : la cause de cette dérogation au style habituel et de cette inter-
vention personnelle de Louis se trouve, sans doute, motivée par le
fait qu'il s'agit d'un acte concernant une impératrice veuve. A cette
occasion, le souverain agit en personne.
Après l'accession de Louis à l'empire, Arnoux remplace une fois
son titre usuel de notaire par celui de chancelier :
« Arnulfus cancellarius ad vicem Lituardi episcopi et archicancel-
larii '. »
Il venait évidemment d'en être gratifié ; mais, soit que renonciation
de ce titre nouveau dans les préceptes pour la Lombardie fût incor-
recte, soit qu'une autre raison en fût la cause, tous les autres pré-
ceptes lombards reviennent à la précédente souscription où il énonce
sa simple qualité de notaire, vice-gérant sous l'autorité de l'archichan-
celier du royaume. Cependant, un précepte fait alors, de nouveau, excep-
tion par la singularité de sa souscription : le nom de l'archichancclier
y disparait, celui du notaire y est de nouveau suivi de sa qualité nou-
velle de chancelier et Arnoux y agit par l'ordre direct du souverain:
i. Pour le Viennois, précepte de Strangiata [25 mars-22 juin] 896/5
(Poupardin, pp. 406-407). Pour la Provence, précepte [25 mars-22 juin]
898/7 (Bouquet, IX, p. 680).
2. Dûmmler, pp. 182-183.
3. Ibid., précepte de Pavie le 11 mars 901 pour l'abbesse de Sainte-Théo-
dote de Pavie.
APPENDICE DIPLOMATIQUE 471
u Arnolfus noiarius atque cancellarius jussu domni Hludovici ^ »
De retour sur les bords du Rhône, le notaire et chancelier Arnoux
retombe sous Tautorité de Tarchevéque de Vienne qui, désormais,
joint à sa dignité pontificale le titre d'archichancelier pour le royaume
de Provence, afin de ne le céder en rien à son collègue larchichancelier
pour le royaume de Lombardie. Désormais le provençal Arnoux n'est
plus le seul notaire de la chancellerie : on voit, muni comme lui de cette
qualité, le prêtre Thion. Celui-ci était d'origine proprement viennoise:
du moins, il faisait partie du clergé viennois. Dès le 4 avril [896/5],
il rédige, en effet, un acte en qualité de notaire de Téglise de
Vienne *.
Quand on étudie les souscriptions des préceptes émanés de la
chancellerie impériale dans le royaume, sous Tautorité de Tarchichan-
celier Rainfroy, on constate que celle de Thion est conforme à celles
d'Arnoux, écrites du temps de Barnoin ou en Lombardie :
« Teudo notarius ad vicem Ramgamfredi archicancellarii reco-
gnovi ^. »
C*est la souscription d'un notaire vice-gérant de Tarchichancelier.
Pour Arnoux, il en va différemment : il reprend le titre de chance-
Her, qu'il n'avait pu porter probablement en Lombardie, et il passe sous
silence l'autorité de l'archichancelier. Le souverain lui transmet ses
ordres sans intermédiaire :
tt Arnolfus cancellarius, jubente domno imperatore recognovi et
subscripsi *. »
« Arnulfus cancellarius, jussu imperiali recognovi et subscripsi *. »
Il lui arrive môme d'agir sans spécifier l'ordre reçu :
« Arnulfus recognovit et subscripsit *. »
On connaît cependant un exemple possible de la souscription d'Ar-
1. Précepte de Pavie le 18 juin 901 pourTévêque d'Asti (Diimmler, ibid,),
2. « Ego in Christi nominc Teudo, sancte Viennensis ecclesie notarius,
hune testamentum rogatus scripsi, datavi Ilnonas aprilis, anno V régnante
Ludovico serenissimo rege » (Ul. Chevalier, Dcscr. du Cart.de Saint-Maurice
de Vienne^ n. 52; Cart. de Saint-André-le-Bas, pp. 218-219, Appendix,
n. 10*).
3. Précepte de Vienne, le 17 avril 902/3 (Saint-Maurice^ n» 193 ; Saint-
André'le-BaSy Appendix, n** 11*).
4. Précepte de Lyon, le 17 septembre 903 (Bouquet, IX, 682).
5. Précepte de Vienne [18 avril-25 décembre] 903 (Bouquet, IX, 681-682).
6. Précepte d'Arles, le 21 avril 904 [Cart, de Saint-Victor, n. 10).
472 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII*^ SIÈCLE
noux où, laissant son litre de chancelier, il se bornerait à agir comme
notaire vice-gérant pour Tarchichancelier.
« Adrulfus {sic) nolarius ad vicem Ragemfredi archipresuli etarchi-
cancellarii recognovi *. »
L'ensemble des souscriptions d'Arnoux en Provence se présente
donc désormais absolument à l'inverse de l'ensemble de ses précé-
dentes souscriptions en Lombardie. D'autre part, l'avènement de Louis
h l'Kmpire a marqué quelque chose de plus qu'une collation de titres
honorifiques à l'archevêque de A'ienne et au notaire royal : depuis
lors, la chancellerie a été remaniée dans son organisation inté-
rieure.
Quand on fait deux séries distinctes des préceptes, suivant qu*ils
portent la souscription du chancelier Arnoux ou celle du notaire
Thion, on observe bien vite que la première concerne le duché de Pro-
vence^ et la seconde, la V^iennoise^. Le précepte, du 11 novembre 902,
semble faire exception, puisque, délivré par Arnoux, il concerne le
comté de Lyonnais. Cette exception s'explique si, comme on le croit,
l'un des deux bénéficiaires, Thibert n'est autre que le personnage,
sous l'autorité duquel se trouvait alors le duché de Provence. Ainsi,
par ce fait, le précepte du 11 novembre 902 concerne la Provence par
1. Précepte du 6 juin 903 {Saint-Maurice, n. 195; Saint-André-le-Bas,
Appendix, 12*).
Adrulfus paraît une lecture maladroite du nom Anulfus, C'est le seul
précepte où ce notaire Adrulfus, presque homonyme d'Arnoux, paraîtrait.
Cependant on connaît un diacre viennois dn nom àî' Adrulfus, frère du
choréveque Constantius ; tous deux vivaient le 21 février [870] {Saint-Mau-
rice, n° 127; Saint-André, Appendix, n° 6'). Pour le même motif, il y
aurait lieu de vérifier si le notaire Thomas indiqué pour le précepte de
Rome, en février 900, ne serait pas, en réalité, le viennois Theudo.
(Diimmler, pp. 182-183) : mais ici Tincipit des deux noms seul coïncide,
l'explicit dilTère.
2. Précepte de Lyon, le 17 septembre 903, sur la demande du comte de
Provence Thibert, disposant de biens dans le comté d'Avignon. — Précepte
de Vienne [18 avril-25 décembre] 903, disposant de biens dans le comté
d'Avignon. — Précepte d'Arles le 21 avril 904, disposant de biens dans le
comté de Marseille, sur la demande de Tarchevêque d'Arles et du comte
de Provence.
3. Précepte de Vienne le 17 avril 902/3, sur la demande de l'archevêque
de Vienne et du comte de Viennois en faveur du vicomte de Vienne. — Pré-
cepte de Vienne le 31 octobre 904, en faveur de l'église de Vienne. — Pré-
cepte de Vienne le 26 octobre 905, en faveur de l'église de Vienne.
APPENDICE DIPLOMATIQUE 473
son bénéfici«aire, la Viennoise par l'emplacement du bien donné. Lors
de l'accession de Louis à TEmpire, la chancellerie du royaume de
Provence avait donc été divisée en deux bureaux : chacun possédait
une compétence territoriale séparée. Le premier, sous Tautorité de
Tarchevêque de Vienne, promu archichancelier, était dirigé par le
notaire viennois Thion : ce notaire dictait aux scribes les préceptes
qui concernaient le pays de Viennoise. Le second bureau se trouvait
sous Tautorité du prêtre arlésien Arnoux, promu chancelier; celui-
ci prenait les ordres directs de Tempereur et dictait aux scribes les
préceptes relatifs au pays de Provence. En somme, au moment où
Tarchevêque de Vienne reçoit le titre prééminent et honorifique
d'archichancelier, il perd son pouvoir réel sur une bonne moitié du
royaume et il voit la Provence échapper à son intermédiaire.
L'antagonisme d'Arles contre Vienne, qu'on a eu l'occasion de noter
dès le règne de Boson, suffit à éclairer ce qui se passa : quand l'ac-
cord intervint entre la Provence et la Viennoise, sur l'initiative de
l'archevêque de Vienne, pour élire Louis, les grands de ces deux pays
s'assemblèrent à Valence, parce que cette cité se trouvait sur le
Rhône, près de leurs confins communs. Il fut décidé que Vienne, ayant
la prééminence, fournirait le chef de la chancellerie, mais que la Pro-
vence placerait auprès de lui, comme notaire, un membre de son clergé
à elle. Tous deux, agissant de commun, rédigeraient les préceptes du
royaume et les intérêts des deux pays qui composaient la monarchie
se trouveraient sauvegardés. Cet état de choses dura jusqu'à la mort
de l'archevêque de Vienne Barnoin (-J- 16 janvier 899).
Le roi étant devenu empereur, la Provence et la Viennoise jugèrent
sans doute plus expédient de faire modifier leur primitif accord qui
ne les satisfaisait plus. La Provence obtint d'échapper au contrôle du
nouvel archevêque de V^ienne et le notaire arlésien, promu chance-
lier, dut recevoir désormais les ordres directs de l'empereur pour elle.
Par contre, les préceptes viennois ne furent plus rédigés par un
notaire arlésien. C'était une séparation administrative complète des
deux pays d'Arles et de Vienne sous le sceptre d'un seul souverain.
Ce nouvel état de choses dura le temps du pontificat de Rainfroy
(t 30 avril 907).
On a noté que, par exception, un précepte porte la souscription
d'Arnoux, non pas comme chancelier agissant sur l'ordre de l'empe-
reur, mais comme notaire vice-gérant de Tarchichancelier. Il se
474 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII« SIÈCLE
trouve que ce précepte concerne le pays de Valentinois, intermédiaire
entre la Provence et la Viennoise. D'après ce qui vient d*étre dit, l'expé-
dition de ce précepte, par les soins d'Arnoux, prouve que le Valentinois
était rattaché en pratique à l'administration du pays de Provence, maisla
simple qualité de notaire prise par Arnoux et 1 autorité invoquée par
lui de l'archichancelier prouve aussi que ce pays, à cette époque, se
trouvait bien hors des limites du duché de Provence et qu*il dépen-
dait, au moins en principe, de la Viennoise. Ces constatations dues à la
diplomatique confirment, purement et simplement, ce que savait déjà
rhistoire. On a dit que le Valentinois était hors de Provence : mais
que, à dater du partage de 863, ce pays, afin d'égaliser les lots, est
séparé, par convenance politique, de la Viennoise pour être possédé par
le souverain auquel on attribue le duché de Provence. Au début du
x^ siècle, quand la Provence et la Viennoise sont de nouveau unies
sous le même sceptre, l'administration se ressent donc de Tétat de
fait créé par les derniers partages carolingiens. La situation mixte du
Valentinois ressort encore des personnages qui s'unissent pour faire
obtenir le précepte dont il s'agit au comte de Valentinois : ce sont,
d'une part, l'archevêque d'Arles et le comte de Provence; de Tautre, le
comte de Viennois.
A la suite de ce précepte, où la souscription d*Arnoux, chancelier
de Provence, présente ces particularités, il faut rappeler celui du
18 juin 901, qui, d'une manière inverse, faisait exception parmi ceux
délivrés dans le royaume de Lombardie. Au lieu de se qualifier sim-
plement notaire, vice-gérant de l'archichancelier Liutward, dans sa
souscription, Arnoux se qualifie notaire et chancelier, et il agit par
ordre direct de Tempereur. Ce précepte du 18 juin 901 est donc iden-
tique, de souscription, avec ceux qui, délivrés dans le royaume de Pro-
vence, concernent non pas la Viennoise, mais la Provence. On en tire
la conclusion, analogue et probable, que l'objet de ce précepte excep-
tionnel se trouvait, lors de sa rédaction, hors du royaume de Lombar-
die. Par le fait, ce précepte s'adresse à Téveque d'Asti Eilulf : il faut
croire que Louis, en prenant possession du royaume de Lombardie,
détacha de ce royaume le versant oriental des Alpes pour l'adjoindre
à la Provence. Gela n'est pas plus surprenant que de constater, à
l'inverse, l'union momentanée du versant occidental, c'est-à-dire de
la province d'Embrun, avec la Lombardie sous la domination de
Charles le Gros et contre Boson.
APPENDICE DIPLOMATIQUE 475
Ce qui fortifie cette croyance, c'est que Tévêque Eilulf, bénéficiaire
du précepte, avait précisément été imposé par Louis sur le siège
d'Asti, au détriment du titulaire lombard qui l'occupait lorsqu'il
passa les Alpes *. L'annexion d'Asti à la Provence ne dura, bien
entendu, que le règne éphémère de Louis en Lombardie : dès le 15 juil-
let 904, cette cité se trouve réincorporée au royaume lombard * et
l'évêque de confiance, placé en garde par le roi de Provence, a disparu
devant un nouveau titulaire lombard, Audax. Si Louis avait ainsi
annexé à son royaume de Provence, comme frontière au delà des
Alpes, le diocèse d'Asti, cela entraîne forcément celle du diocèse de
Turin ; précisément, on observe à Turin le même fait d'une substitu-
tion d'évêque, au détrimentdu titulaire lombard, à la venue de Louis ^.
Le siège en était occupé par Tarchichancelier de Lombardie Amolon :
celui-ci disparaît au moment môme où le roi de Provence passe les
Alpes. Alors dans un plaid datéde mars901, indiction 3, surgit son rem-
plaçant provençal. La suscription de cet acte lui donne le nom à'Egi-
nulfus et il souscrit Hegilulfus : c'est à bon droit que le P. Savio
croit reconnaître en lui le même personnage que l'évêque placé sur le
1. M. Cipolla Ta fort bien vu (Di Audace vescovo di Astie di due docu-
menti inediti che lo riguardanOy p. 30 du tirage à part ; Miscellanea di sto-
ria italiana, t. XXVIl, Torino, Bocca, 1889, p. 162).
2. Ibid.^ pp. 9 et 31 du tirage à part, 141 et 163 des Miscellanea.
Le précepte pancarte du 18 juin 901 en faveur d'Eiluf est suivi, dans le
Cartulaire d'Asti, d'un second précepte qui serait daté du 25 février 902,
indiction 5« et Tan 2 ; ce second précepte présente un texte identique à
celui du précédent, avec Tadjonction ci-après : u cum abbacia sancti Dalma-
cii et canonica juxta eiusdem monasterii posita que vocatur Sancta Maria,
Et cum abbacia sanctc Virginis. . . » Malgré Tavis fort autorisé deM. Cipolla,
il paraît certain que ce second précepte est un faux copié mot à mot sur le
précepte authentique de 901 avec le seul but d'adjoindre Fabbaye de San
Dalmazzo sur la Stura aux biens de Tévêché tel que le constituait cet acte
de Louis TAveuglcA huit mois de distance, pour enregistrer une nouvelle
et particulière libéralité du souverain, la chancellerie n'aurait pas renouvelé
la pancarte générale in extenso : elle aurait délivré un précepte nouveau
nommant uniquement l'abbaye que le roi ajoutait à la mense de Tévêché.
Le faussaire n'a pas su lire, semble-t-il, la formule : « relegi et s[ubcripsi] »;
il écrit : releclunx est. Il oublie l'aspirée du nom royal et écrit : lodouici.
De plus, dans le style au !•'• mars, il aurait dû dater du 5 des calendes de
février 901, l'an 2 et non pas, comme il l'a fait, du 5 des calendes de février
902 (Ibid., pp. 22-27 du tirage à part, ou 154-159 des Miscellanea),
3. Fedele S&y'io, Glianlichi vescovi di Torino, 1899, pp. 325-326.
476 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
siège d'Asti à ce moment même. Mais il a tort d*en déduire que,
cette identité admise, fililulf évêque d*Asti ne pouvait Têtrede Turin.
La souscription du plaid ne permet pas le doute. Louis adoptait
ainsi le système dont son successeur en Lombardie, Hugues, fera
proiiter Tarchevêque Manassès : il unissait deux ou plusieurs dio-
cèses de la frontière sous Tautorité d'un seul évêque sûr, tel un mar-
quis dominant plusieurs comtés. A propos du plaid de mars 9(H, il
faut noter que, cet acte judiciaire ayant été transcrit après le retour
de Bérenger, le scribe se crut tenu d'y remplacer Tan du règne de
Louis par Tère du souverain qui avait repris possession de son trône.
C'est la seule manière d'expliquer la rédaction de la date, telle qu'on
la connaît maintenant. Sitôt après le départ de Louis, Eilulf dispa-
raît à Turin comme à Asti : on voit surgir Tévêque Guillaume à sa
place. Les diocèses de Turin et d'Asti furent donc annexés au royaume
de Provence d'octobre 900 à 902, sous l'autorité d'Eilulf, comme
marche protectrice. Ce n'est pas tout : restent les diocèses de V'erceil
etd'Ivrée, et ils ont dû subir un sort analogue. A Verceil, l'évêque
Liutvard ayant été massacré par les païens, le 1 3 décembre 899, fut
remplacé par Sébastien qui ligure dans un précepte de Bérenger le
8 juillet 900. Peu après, le nouvel évêque disparait pour la même
raison que ceux de Turin et d'Asti devant Louis, qui installe, à sa
place, Anselbert. Celui-ci est connu par un précepte du 23 mars 901.
Aussitôt après le départ de Louis, Anselbert disparaît à son tour : en
904, c'est Haimbaud qui occupe son siège *. A Ivrée, on ne connaît
aucun évêque depuis .Azzon en 876, jusqu'au moment où, précisément
dès 904, l'évêque de A'erceil, Hainibert, adresse son sous-diacre Val-
fred, élu par le peuple et le clergé dlvrée comme évêque, à l'arche-
vêque de Milan pour que celui-ci le sacre *. Ces faits rendent fort
probable l'hypothèse que Louis unit les deux sièges de Verceil et
d'Ivrée sous la crosse d'Anselbert, comme il l'avait fait de Turin et
d'Agti sous celle d'Eilulf. Après son départ, Anselbert disparu fut
remplacé par Haimbert à Verceil ; mais celui-ci fit élire son sous-
diacre à Ivrce pour que chaque siège eût son pasteur. Le précepte de
Plaisance, donné par Louis à l'évêque de Verceil, le lundi avant la
Passion, 23 mars 901, porte la souscription d'Arnoux. C'est la sous-
cription ordinaire en Lombardie : « Arnulphus notarius ad vicem
1. Sa vie, pp. 446-450.
2. //>m/., pp. 185-186.
APPENDICE DIPLOMAMIQUE 477
Liutvardi episcopi et archicancellari recognovit. » Par conséquent,
Louis laissa au royaume de Lombardie les diocèses de Verceil et
d'Ivrée : il se contenta de les donner à un de ses fidèles. Ce sont
seulement les diocèses de Turin et Asti qui furent annexés au
royaume de Provence. Quant à ceux d'Acqui et Alba, les documents
Alba, les documents manquent à leur égard. Ces deux derniers étaient
par leur situation et par leur étendue d'une importance moins grande :
Tattention de Louis n'eut pas sans doute à se porter sur eux et il dut
les laisser tels quels. Sans cela, il y aurait pour eux un précepte
comme il y en a un pour Asti et un pour Verceil.
IV. — Chancellerie impériale sous V arc hichancelier Alexandre,
L'archevêque de Vienne Rainfroy étant mort le 30 avril 907, en
même temps disparaît le chancelier de Provence Arnoux. Il est peu
vraisemblable que ces deux personnages soient morts ensemble : donc,
à la mort de Tarchichancelier, Arnoux cesse ses services.
Le nouvel archevêque de Vienne, archichancelier du royaume de
Provence, est Alexandre ("J" 17 décembre 926): comme remplaçant du
provençal Arnoux, il choisit Garnier. Celui-ci dicte les préceptes pour
la Provence jusqu en 912, en qualité de notaire et, au second rang, le
viennois Thion reste en service pendant le même temps.
Tous deux paraissent auprès de Tarchevêque dans Tun de ses pre-
miers actes d'administration. Quand il s'était agi d'amener l'élection
du roi, on avait concédé l'abbaye viennoise de Saint-Barnard de
Romans à Arnaud, archevêque d'Embrun *, dont la province s*était
tenue à l'ccard de Boson. Ce bénéfice avait pu être fructueux pour
l'archevêque-abbé, mais les résultats n'en furent pas brillants pour
l'abbaye. Dès le début de son pontificat, le nouvel archevêque de
Vienne Alexandre, d'accord avec le comte de Viennois, se préoccupe
de procurer à Saint-Barnard un abbé effectif, provenant du clergé de
Vienne et destiné à relever l'abbaye. L'acte où il proclame son choix
est muni de sa souscription, de celles des évêques de Valence, Gre-
i. mardi de février [S89] : « ubi Ariboldus {sic) abba. . . preesse videtur
... Arnoldus sancle Ebrcdunensis ecclesie humilis episcopus subscrip-
sit. . . » (Cari, de Saint-Barnard ^ 2« éd., n» 4). — [février 905-février 906] :
« Romanis, ubi Arnoldus Dec auxiliante episcopus... preesse videlur... »
(Ibid,, no 5).
478 LA PROVENCE DU PREMIER AU XU* SIÈCLE
noble et Belley, du prévôt de la métropole de Vienne et du diacre
Garnier: ce dernier, comme jadis Arnoux, révèle son importance
en professant son humilité. Suivent deux prêtres ordinaires, le doyen
Thion et une douzaine d'autres ecclésiastiques qui complètent Ten-
tttourage des évêques. Dans ce simple diacre, placé immédiatement
près le prévôt, et dans le doyen Thion qui le suit à distance res-
pectueuse, on reconnaît sans trop de peine le nouveau notaire de la
chancellerie impériale et son collègue ^
Il s'agit de rechercher si le style suivi désormais parla chancellerie
est conforme à celui de Rainfroy, ou bien s*il en diffère.
Les préceptes conservés en originaux par les archives de Tarche-
véché d'Avignon sont les suivants :
P Précepte en faveur de Hemy, évoque d'Avignon, sur la demande
du comte [de Provence] Thibert * : « [Chrtsmon] Uuarnerius notha-
rius ad vicem domni Alexandri archicancellarii recognovi et s[ub]-
8[cripsi] » [ruche et grille],
« Datuni XIIII kalendas Novimbrii Anno Vil regni Hludovici piis-
simi Augusti, inditione XI.Actum uihenna publiée in dei nomine féli-
citer. AMEN.»
2** Précepte en faveur de Remy, évêque d'Avignon, sur la demande
du comte [d'Avignon] Hugues et du comte de Provence Thibert ' :
« Uuarnerius notarius ad vicem Alexandri archicancellarii recognovi
[et] srub]s[cripsi] [ffrille]. »
« Datum VII decimo kalendas iunii Indicione XIIII. anno VIIII.
regni domni Hludovici piissimi imperatoris. »
« Actum Vienna publiée in Dei nomine féliciter. Amen. »
3" Précepte en faveur de Fouquier, évêque d'Avignon, sur la
demande du duc de Provence et comte [d'Arles] Hugues, de son frère
Boson, comte [d'Avignon], et de l'archevêque d'Arles Rostaing * :
1. [30 avril 9()7-vendredi de novembre 908] : «ego Alexander sancte Vien-
nensis ecclesie humilis cpiscopus. . . f Romcgarius sancte Valentinensis
cccU»sie humilis episcopus. . . S. Isaac sancte Grnlianopolitanc ecclesie
humilis episcopiis. S. EHsachar humilis episcopus Belicensis ecclesie., .
S. Eyrleus humilis prepositus, S. Guarnerius humilis diaconus S. Erlenus
presbiter S. Gozbertus presbiter S. Teudo decanus S. . . » (Saint- Barnard,
n» 6).
2. Bou(ïuet, IX, p. 683. — Arch. de Vaucluse, G. 6, ^ 5.
3. Bou(juet. IX, p. 68i. —Arch. de Vaucluse, G. 6, f» 6.
4. Bouquet, IX, p. 685. —Arch. de Vaucluse, G. 6, ^ 7.
APPENDICE DIPLOMATIQUE 479
« Uuarnerius notarius ad vicem Alexandri archiepiscopi et cancella-
rii scripsit. »
« Datum .II. nonas aprelis indiccione .XIIII. anno XII. impcrante
Hludovico piissimo imperatore. »
Il faut y joindre le plaid impérial en faveur de Tévêque de Valence
Remegaire' :
« Teudo notarius hanc scripturam fecit, jubente Alexandro Vien-
nensi archiepiscopo anno Incarnationis Domini 912 (sic), indictione
XV. anno XI régnante domno nostro Ludovico imperatore. »
« Actum Vienna; féliciter, in Dei nomine. »
Contrairement à ce qui se passait sous Barnoin et Rainfroy, Tan de
rincarnation n'est plus exprimé dans la date des préceptes : il Test
seulement dans celle du plaid. Ce silence n'est pas pour faciliter la
détermination du style.
Le plaid, ayant été tenu dans la XI^ année du règne, flotte, selon le
style actuel, entre le 15 février 911 et le 22 février 912. Puisque le
millésime exprimé est 912, il résulte de là qu*il faut écarter le style de
Pâques, employé par Rainfroy, le style florentin de TAnnonciation et
même celui du 1" mars employé pendant le séjour en Lombardic.
Reste à choisir entre le style pisan de l'Annonciation employé par
Barnoin et le style de Noël. Dans le style de Noël, ce plaid verrait sa
date resserrée entre le 25 décembre 912/1 et le 22 février 912. Dans
le style pisan, elle flotterait encore entre le 25 mars 912/1 et le
22 février 912. L'indiction XV^" convient, dans le style moderne, de
septembre ou Noël 911 jusqu'en septembre ou Noël 912, suivant
qu'elle est prise en septembre ou à Noël. Sous Barnoin, elle était anti-
cipée d'un an sur Tusage ordinaire pour coïncider avec le style pisan ;
sous Rainfroy, elle était prise, semble-t-il, à Noël.
Maintenant, elle est prise en septembre, si l'on en croit le précepte
du XIV des calendes de novembre en l'an VU" du règne. En elfe t,
l'an VIP, dans le style moderne, va de février 907 jusqu'en février 908,
ce qui date le précepte du lundi, 19 octobre |907] : Tindiction XI,
que note ce précepte, convient de septembre ou décembre 907 jus-
qu'en septembre ou décembre 908. Pour qu'elle soit exacte, il faut
i Gallia Chrisliana^ XVI, Instr. eccl. Valentiuensis, col. 101, u» 1.
480 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll* SIÈCLE
donc qu'elle ait été prise, dans le style nouveau de la chancellerie, dès
le mois de septembre et non pas en décembre comme sous Rainfroy.
En conséquence, le plaid se trouve daté, dans le style possible de
Noël, du '25 décembre 912/1 au 22 février 912, ou bien dans le style
pisan, qui est éf;alement possible, du K"" septembre 912/1 au 22 février
912; indiction XV* et an XP du règne.
Le premier précepte étant du lundi 19 octobre [901 \ indiction XI
et Tan VII, il faut passer au second dont la date s'olTre aux investiga-
tions. Celui-ci est du 16 mai, de Tindiction XIV' et de Tan IX.
L'an IX® s'étend de février 909 à février 910, Tindiction XIV*
de septembre 910 à septembre 911 : selon le premier élément, il fau-
drait s'arrêter au mardi 16 mai [909] et, selon le second, au jeudi
16 mai [911]. Le notaire ou le scribe aurait commis une erreur de
deux ans, soit sur Tan du règne, soit plutôt sur Tindiction.
C'est une discordance évidente : mais lapante du scribe ne se pré-
sume pas et il faut se garder de l'admettre sans nécessité. Reste la
ressource d'examiner avec soin les originaux.
La date du précepte, qui fut délivré le 19 octobre [907], se présente
avec deux corrections très visibles. Le scribe avait écrit: Anno VII,
régnante. Avant de poursuivre, l'encre n'étant pas encore sèche, il
se reprit et passa son doigt sur la lin de régnante pour en elFacer les
dernières lettres; puis, il poursuivit par regr ni Illudouici, Plus loin,
continuant à user d'un procédé qui maintenant ferait rougir le plus
modeste expéditionnaire de sous-préfecture, il remplaça les premières
lettres du nom uienna par uihenna^ avec le souci de noter une pro-
nonciation assez rude. Mais les chiffres de la date, soit celui des
calendes, soit celui de l'an de règne, soit celui de l'indiction, ne
portent aucune trace de correction ancienne ou récente.
Laissant donc là le précepte du 19 octobre [907] pour observer la
date de celui qui fut délivré le XVII des calendes de juin, indiction
XIV et Tan IX, il y a lieu de dire que le scribe, ayant écrit à l'étour-
die Ac uiennapuhlice, s'est trouvé dans l'obligation d'ajouter, en
interligne, la syllabe complémentaire IQ du mot ActQ, au-dessus des
premières lettres du mot suivant. Ce scribe est doué d'une écriture
moins régulière et moins arrondie que celui de 907. Il lui arrive de
répéter par erreur deux mots: dans ce cas, il préfère un mode d'annu-
lation plus discret et moins salissant à celui que son prédécesseur
APPENDICE DIPLOMATIQUE 481
employait d'instinct : il souligne de quelques points les mots dont le
lecteur ne doit pas tenir compte *.
Ce n'est pas tout : dans le groupe indicione .XIIIL, anno ,VIIIL
regni, les trois dernières unités du nombre de Findiction, écrites
d encre plus noire, paraissent avoir été ajoutées après coup. Cette
impression, qui naît de Taspect de Tencre, se trouve fortifiée par un
autre fait : Tintervalle laissé libre par le scribe primitif de la date, entre
le nombre de Tindiction et le mot anno qui suit, s'est trouvé insuffi-
sant pour fadjonction des trois dernières unités ; finterpolateur a dû
les inscrire pressées Tune contre fautre, de manière à faire disparaître
le point qui suivait le nombre primitif et, malgré tout, la dernière
touche la première lettre du mot qui suit. De même, la dernière
unité, qui achève le nombre de fan du règne, présente cet aspect d'in-
terpolation : seulement, l'adjonction d'une seule unité a pu être faite
sans absorber tout l'intervalle disponible. L'unilé ajoutée laisse même
encore apercevoir, le point qui suivait le nombre primitif : elle est tan-
gente intérieurement à ce point.
Le scribe royal, auquel est dû le précepte, avait donc écrit tout d'a-
bord : indicione ,XI, anno, Vlll, regni.
L'an VIII« s'étend de février 908 à février 909, Tmdiction XI* de
septembre 907 à septembrjB 908, dans le style moderne : puisque le
précepte est du XVII des calendes de juin, il fut donc délivré le
16 mai [908], le lendemain de la Pentecôte, et toute discordance dis-
paraît. La chancellerie impériale est donc innocente des bévues d'un
interpolateur maladroit qui s'est exercé sur ce précepte du 16 mai 908
comme sur celui de 903.
Le troisième et dernier précepte, conservé dans les archives d'Avi-
gnon, dont la date doive être établie maintenant, dans le style moderne,
estcelui du II des nones d'avril, indiction XIV'® et an XII®.
L'an XII* s'étend de février 912 à février 913, l'indiction XIV® de
septembre 910 à septembre 911. Selon fan du règne, le précepte serait
du samedi 4 avril 912, veille des Rameaux, et, selon l'indiction, du
jeudi 4 avril 911 avant la Passion. Il y a là, de nouveau, une discor-
dance ; mais cette discordance est d'un an seulement.
Ayant, devant les yeux, l'original du précepte, on constate qu'il
1. Voir les mots Riniigii nomine, à la sixième ligne ; les syllabes « perti-
ncn^i/ie/itibus » à la cinquième.
Mém, et doc. de V École des Charles. — VU. 31
482 LA PROVENCK Di; PREMIKR AU XII* SIÈCLE
est écrit par une main encore plus nerveuse et irrégulière que celle à
qui est dû le précepte du I() mai 1M)8.
Cette main annule les mots qu'elle a écrits mal à propos en les
soulignant, non plus de |)oints, mais d'un trait. Ce n'est pas la main
d'un expéditionnaire accoutume à grossover les préceptes, car elle
trahit une inexpérience et un manque de coup d'œil surprenant. Elle
s'y reprent à deux fois pour tracer le début de la souscription impé-
riale qu'elle ne sait ou |)lacer convenablement * ; elle trahit aussi son
embarras en esquivant les grandes lettres de la souscription notariale
et se dispense de la ruche qui doit l'accompagner. Knlin, elle commet
un oubli en ne faisant pas suivre la date de temps de l'acte de lieu.
Tel quel, ce précepte est néanmoins d'une authenticité certaine et il a
été muni d'un sceau pïa([ué encore intact qui est le plus beau spécimen
connu du type de Louis l'Aveugle. La date a été écrite par le scribe
sans addition ni rature et il est impossible d'y relever la plus légère
interpolation dans les chiffres.
C'est donc une nécessité de constater que ce scribe, si étranger aux
beautés de la calligraphie administrative, si emprunté dans l'ex-
pression traditionnelle des formules finales, à laquelle il tenait cepen-
dant puisqu'il s'y reprenait à deux fois pour mieux faire, se trouvait
capable également de commettre une erreur dans les éléments de la
date et cela, soit par ignorance, soit par distraction.
Il faut croire que, sur les deux éléments en cause, il en est au moins
un d'exact.
Si l'erreur porte sur l'indiction et que le précepte soit du 4 avril
912, il est établi que le scribe comptait encore la XÏV'* six ou sept
mois après l'époque où les scribes ordinaires de la chancellerie avaient
inauguré la XV*". Si l'erreur porte sur l'an du règne et que, par consé-
quent, le précepte soit du 4 avril 011, il est établi que le scribe comp-
tait déjà l'an XII'' dix mois avant que le XT eût réellement pris lin.
Toutes les fois que les textes des chancelleries épiscopale et abba-
tiales, d'Avignon, de Sainl-Barnard-de-Homans et de Saint-André-le-
Bas de Vienne, ont permis de constater une erreur dans le calcul de
i. Le mot sij/num est écrit trois fois. La première fois, il a paru (jue la
souscri))tion serait trop rapprochée du texte et le mot fut annulé. La
seconde fois, il en était assez éloigné ; mais il parut écrit trop à droite ou en
trop potiles letlros cl il fut annulé pareillement : enfin, la troisième fois,
plus à gauche, TefTet parut satisfaisant au scribe.
APPENDICE DIPLOMATIQUE 483
Tan de règne OU dans celui de Tindiction, cette erreur a été une erreur
en moins et non pas une erreur en plus dans le calcul du nombre qui
aurait convenu réellement. Cela va, d'ailleurs, de soi ; car un scribe
peut continuer par inadvertance à énoncer quelque temps une année
de règne ou une indictiDn déjà périmée pendant que s'écoule déjà la
suivante ; par contre, il ne peut guère se croire dans une année qui n'a
pas encore commencé. Cette remarque ne s'applique, bien entendu,
qu'aux documents conservés en originaux : pour les copies, la critique
peut se trouver en présence d'une erreur en plus^ causée par une mau-
vaise lecture de l'original imputable au copiste. Celui-ci pourra alors
rendre anno Vpar anno X, aussi bien que anno V par anno II,
En conséquence, l'erreur de la date du précepte original doit porter
plutôt sur Tindiction que sur l'an du règne ; de cette manière, il s'agit
d'une erreur en moins. Ce résultat emprunte une force plus grande
au fait qu'un scribe de la chancellerie royale devait porter son
attention moins sur l'indiction que sur l'ère du souverain dont il était
le fonctionnaire. Ce dernier fait corrobore également la probabilité
admise de l'exactitude d'un élément sur les deux qu'il faut critiquer
dans la date du précepte.
Le précepte a donc été délivré le samedi, veille des Rameaux,
4 avril [912], l'an XII«, et sous l'indiction XV«, au lieu de la XiV»
encore mentionnée par le scribe.
Tels sont les trois préceptes du lundi 19 octobre [907], du lundi
16 mai [908] et du samedi i avril [912], souscrits au nom du nouveau
notaire Garnier.
Ces trois préceptes concernent la Provence ; les deux premiers sont
souscrits : « Uuarnerius nolarins ad vicem domni Alexandri archi-
cancellarii recognoni et subscn'psi. »
Par conséquent, le nouvel archichancelier ne s'est pas borné à modi-
fier le style de son prédécesseur pour le millésime et l'indiction. En
appelant Garnier à la place du chancelier Arnoux, il ne lui a donné que
la simple qualité de notaire et la chancellerie provençale, jusqu'alors
sous les ordres immédiats de l'empereur, a disparu en même temps.
Désormais, toutes les affaires, provençales aussi bien que viennoises,
passent par Tarchichancelier. C'est là le signe évident d'une prépondé-
rance viennoise, qui s'affirme de nouveau sur la Provence, et ce dernier
pays perd l'autonomie administrative dont il avait joui du temps de
Tarchichancelier Rainfrov.
484 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll^ SIÈCLE
Le troisième précepte est souscrit : « Uuarnen'us nolarius ad vicem
Alexandri archiepiscopi et cancellarii scripsit ».
Cette souscription étant de la même main que le texte du précepte,
que la souscription impériale et que la date, il n'y a aucun doute sur le
fait qu'exprime le mot scripsit^ au lieu des termes courants : recognoui
et suhscripsi.
Ceux-ci étaient employés quand le précepte était j^rossoyé par Tun
des expéditionnaires de la chancellerie placés sous les ordres du
notaire.
La variante scripsit convient au cas, exceptionnel, où le notaire
juj;c bon d'expédier lui-même le précepte, au lieu de se borner à le
rédif^er en minute ou à le dicler. Avec quel succès se tirait de cette
tâche peu usuelle pour lui le notaire Garnier,. on l'a spécifié plus
haut : la collaboration de ses expéditionnaires n'était pas de trop.
Non seulement ils écrivaient mieux, mais ils fixaient mieux les dates.
Dans les préceptes, on remarque quelques particularités orthof^ra-
phiques. Ainsi, celui du 19 octobre [907J donne l'affaiblissement du t
en d dans Teudherli, adque, pernianead^ ohlinead. Le scribe, qui en
est l'auteur, remplace aussi quelquefois le c par 1e^ dans le groupe et ;
il écrit benefilia, fatianf ; de plus, après avoir écrit naturellement
Uienna, il se reprend de suite pour noter une aspiration entre les deux
voyelles. Le précepte du 16 mai [908J donne, de son coté, l'airaiblis-
sement du / en c/, dans oblinead, et sa disparition dans Teuberlus; il
donne aussi le renforcement contraire du d en t dans aput. On y
remarque le remplacement du t par le c dans racionabililer^ subtrac-
cionis ; la suppression de l'aspirée initiale dans : o«, onore ; la suppres-
sion du (/dans: mais maisque et, même, les confusions de voyelles a
pour e, dans Avionensam^ eandani, dessansu^ ou bien à l'inverse e
pour a, dans (jralenler^ et i pour e dans niniigii] la confusion de
iiylhihe se ne ri la fem, Kntin, le précepte du i avril 912 présente la sub-
stitution inverse du t au d dans quof^ à trois reprises, et dans ^ut^ut^,
la substitution analogue du/) au b dans supliniitali, la notation impré-
vue de l'aspirée dans hac, les graphies Rothstagnus^ Adveniotiensis,
diccalam, qui dénotent un gosier assez rude. Après les renforcements
ou les redoublements de consonnes, quelques abréviations. Le scribe
donne : qibus ol loqitur; il économise l'aspirée initiale dans ilariores^
onore, abeal. Quand deux mots se suivent dont le second commence
par un son analogue à celui qui termine le premier, ce son disparait
APPENDICE DIPLOMATIQUE 485
par liaison, en tête du second mot ; ainsi : qui os, pour qui vos, et
saper ipam pour super ripam *. Il y a confusion de consonnes dans :
àbtinenSy deipceps, volumtatem. Le rédacteur sait, d'ailleurs, mal le
latin ; il écrit ut fidelibus suis rébus ditarent quand il faudrait
fidèles ; puis dévote a ni mo ardentes quand il faudrait devoto. La phrase:
pecierunt..., ut quibusdani de fidelibus noslris Fulcherium videlicel
Advenionensis episcopum ut de rébus fisci nostri copiosius augere-
mus dénote une ignorance fort regrettable des règles les plus élémen-
taires de la grammaire : on y voit avec slupeur un cas régime passer
du pluriel au singulier, de l'ablatif à l'accusatif et de Taccusatif au
génitif, à moins que ce ne soit au nominatif. Evidemment, le rédac-
teur a écrit quibusdam pour quemdam, el Advenionensis pour Avenio-
nis ou Avenionensem. Finalement, après avoir fait parler la personne
impériale, comme il convient, à la première personne du pluriel : acco-
modamus..,, augeremus,.,, dedimus damus,,. il la réduit, sans crier
gare, à la première du singulier : per preceplum dono..,. Le rédac-
teur avait évidemment sous les yeux une formule qui lui était fort utile,
mais il en remplissait les vides en homme étranger au latin correct.
En somme, malgré les négligences qui paraissent dans les deux pre-
miers préceptes, ils ne présentent rien de pareil à celui-ci. L'homme
quia écrit ce précepte du 4 avril 912 est un barbare: ce ne peut
être ni un provençal, ni un viennois, ni un bourguignon de langue
française. Comme le prouvent son ignorance du latin, l'introduction de
Taspirée dans ab, le renforcement du d en t, du b en /), c'est tout au
plus un bourguignon peu instruit de langue germanique. Telle doit
être Torigine du diacre Garnier, créé notaire de la chancellerie impé-
riale et, en cette qualité, chef des expéditionnaires auxquels on doit
les deux préceptes précédents. Ces expéditionnaires trahissent la dou-
ceur plus grande de leur langue maternelle par l'adoucissement du t
en d: ils devaient être viennois de naissance et, en tout cas, bourgui-
gnon de langue provençale ou française. L'un d'eux, à vrai dire, donne
la graphie Uihenna directement contraire aux autres particularités de
son orthographe. Mais, il faut remarquer que, s'il adoucit le t en rf,
1. Ce fait tendrait à prouver que le notaire écrivait sous la dictée de
quelqu'un : en raison de son rang, ce ne pourrait être que de l'archichan-
celier ou de l'empereur. On hésite vraiment à attribuer un pareil latin à
Tarchevêque de Vienne, mais ce pourrait bien être un spécimen de l'élo-
quence impériale et le spécimen serait curieux.
486 LA PHOVENCK DU PUIIMIEK AU Xll"* SIÈCLE
c'est de lui-même; et, de lui-même, il avait écrit Uienna. La graphie
/!'i7ie/i/icîest le fait d'une correction opérée sur le moment même, avant
que l'encre ne fut sèche. La conclusion à en tirer, c'est que l'expédi-
tionnaire viennois, travaillant sous le contrôle du notaire de langue
germanique, aura été amené à se conformer à la prononciation de ce
notaire. Le précepte où ce fait se produit est du 19 octobre 1K)7, c'est-
à-dire du moment où le notaire étranji^er venait d'entrer en fonctions :
dans les préceptes suivants, on voit que les expéditionnaires viennois
reviennent sagement à la forme courante Vienna et le notaire Gar-
nier arrive à s'y conformer lui-même dans le précepte qu'il voulut
écrire en 9r2.
Le renforcement de apui, dans le précepte du 16 mai 908, semble
bien avoir la même raison d'être que la graphie Uihenna : car, si l'expé-
ditionnaire de ce précepte avait été de langue germanique, il n'aurait
pas écrit : oblinead et surtout Teubertus.
Il est remarquable que le texte du précepte de 912, écrit par le
notaire lui-même, ne présente, dans son texte, aucune syllabe, aucun
mot, répété maladroitement ou corrigé : Garnier n'a eu d'hésiLilion
matérielle que sur l'endroit exact où placer la souscription impériale,
formule qu'il s'agissait de mettre en relief et en bonne place, conformé-
mont au protocole des expéditionnaires.
Par contre, le texte des préceptes de 9()7 et de 908, écrit par les
expéditionnaires placés sous la direction du notaire, donne impertur-
bablement les formes extérieures de la calligraphie qui étaient établies
par le protocole ; mais le premier présente deux ou trois hésitaticmset
corrections dans les termes de la souscription et de la date ; le second
présente, dans le texte même, des syllabes et des mots répétés à tort
qu'il a fallu exponctuer. Ce sont là des erreurs apportant la preuve
que les expéditionnaires grossoyaicnt, avec plus ou moins d'attention,
la minute du précepte qui était éUiblie par le notaire. Ils mettaient
cette minute en latin quand elle ne Tétait pas suffisamment, car on
sait que Garnier n'écrivait pas correctement, et, le plus souvent, ils
adoptaient des graphies plus conformes à leur langue adoucie ; quel-
quefois cependant, ils conservaient les graphies rudes du notaire,
comme dans apul et Uihenna. Pour la date, l'an du règne est indi-
qué par le substantif regni ou imperii depuis le remplacement de
Hainfroy par Alexandre : cependant le précepte de 912, écrit par le
notaire lui-même, remplace ce substantif par le participe iniperanle ,
APPENDICE DIPLOMATIQUE 487
On a dit que rexpédilionnaire du précepte de 907 avait d'abord écrit,
lui aussi, régnante^ mais qu'il s'était corrij;é de suite et avait mis le
substantif regni. Il est probable que la minute établie par le notaire
portait régnante et que l'expéditionnaire, plus formaliste, est l'auteur
de la correction nécessaire pour se conformer au nouveau protocole.
Ces corrections et cette dernière particularité pourraient être un indice
que les expéditionnaires transcrivaient le texte, non pas sous la dictée
du notaire, mais avec sa minute sous leurs yeux, avec le loisir de la
mettre au net. L'expéditionnaire de 908 est plus inattentif que celui
de 907; il lui arrive d'écrire deux fois de suite les mêmes syllabes
qu'il copie. Cette répétition semble être surtout le fait d'une dictée
où le lecteur répète deux fois certains mots, certaines syllabes et où
le copiste écrit, par inattention, toutes les syllabes qu'il entend dicter,
même si elles se répètent. A la rijj^ueur cependant, il peut arriver à un
copiste inatlentif, quilit les syllabes et les mots d'un texte pour le trans-
crire, de lire deux fois de suite certaines syllabes et de les écrire de
même : tout dépend du degré de son étourderieet de son intelligence.
Voilà ce qu'on peut entrevoir de la chancellerie impériale sous
Alexandre, jusqu'en 912. Cet archichancelicr est précisément celui qui
reprit, comme archevêque de Vienne, et étendit l'cuuvre de faussaire
entamée par son prédécesseur Audran pour éliminer Arles. Ce n'est
doncpas unesurprisede constater que, dès son arrivée, iléloignelechan-
celier provençal Arnoux et le remplace parle diacre Garnier d'origine
étrangère. Ce n'est pas merveille si, désormais, les alfa ires provençales
sont soumises au contrôle de l'archevêque de Vienne. Les faits se lient
d'eux-mêmes, dès qu'on les connaît. Ainsi, Alexandre était débarrassé
d'un témoin provençal gênant; il était placé comme intermédiaire
obligatoire entre la Provence et le souverain. Celui-ci, d'autre part,
était dominé par le comte de A'iennois. La Provence était désormais,
dans le royaume de Provence, sous le pouvoir de Vienne. Il restait
à Arles ses archives et sa prééminence religieuse pour confondre,
auprès du pape, les prétentions de sa rivale. Bien vite, Alexandre
s'en fabrique autant, de toutes pièces.
Les préceptes de la chancellerie, octroyés, sous ce régime, à une
cité provençale, peuvent faire démasquer l'auteur des faux viennois par
la main de ses complices.
On se bornera, pour le moment, à jeter un coup d'œil dans le Ms.
488 lA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
lat. 1452 *. Ce manuscrit, donne en 168J par les chanoines du Puy à
la bibliothèque de Colbert, avait clé offert à N.-D. du Puy par son
évêque Adalard (915-9'2t>i. Il se compose de 24 cahiers signés et pri-
mitifs, ayant 8 feuillets chacun, auxquels fut ajouté un cahier supplé-
mentaire de 10 feuillets. Ce manuscrit contient la transcription du
recueil des canons du |)ape Hadrien, offert par lui à Charlemagne
quand le roi des Francs vint en 774 à Rome. Chaque métropole dut
être munie de ce recueil : celle transcription, qui date du ix^ siècle,
paraît avoir été destinée îi Té/^Iise de A'ienne. Du moins, elle luiap{)ar-
tenait dès l'époque de son archevêque Adon et, dès lors, le cahier
sup[)lémentairc de 10 feuillets y avait été joint. En effet, en S69, le
verso du feuillet 196, qui se trouvait libre, a servi à Adon pour trans-
crire, soit de sa main, soit de la main d'un des clercs, trois mande-
ments reçus successivement de Tempereur Louis II, de son frère
Lothaire II et de Charles le Chauve, leur oncle, pour désigner Bernier
comme évéque de Grenoble. Adon révèle ses habitudes de precision
en faisant suivre chacune de ces lettres des souverains de la date à
laquelle elles lui étaient parvenues :1a première le 14 juillet, la seconde
le 1**^ août à A'ienne et la troisième le 26 septembre. Comme particu-
larités orthographiques, il n'y a a relever dans ces transcriptions que
les graphies : quaem pour i/nam, frai rae \)our fratre, orpor(e( pour
oportel et episcapalum pour episcopalum.
Ainsi, dès 809, le manuscrit appartenait à l'église de Vienne; à celte
époque, celle-ci ne s'était pas encore mise à fabriquer des faux. Lais-
sant cette j)remière addition de date certaine et le feuillet 196 verso
où elle a été insérée, il faut se reporter au dernier feuillet du manu-
scrit pour essayer de déterminer l'époque à laquelle il a été écrit, la
main à qui on peut l'attribuer. Ce feuillet 202 porte un texte qui,
déposé sur deux colonnes, occupe le recto tout entier et se termine au
sommet de la K^ colonne du verso. En voici le titre, Tincipit et l'ex-
plicit :
1. Bibl. Nat., ms. lat. 1452, jadis nctfius 3S87 «t, et plus anciennement
Co(L Coll. 4i9.
f° l r® : « Hune codicem canonici Aniconses bibliotheca» Colbertina? dona-
runt anno MDCLXXXI » {sùjné :) Sloph. Baluzius.
fo 2 r" : u LinEH oblatits ad altare sancte Marie Anitiensis ecclesie donc
Adelardi oiusdein sçdis episcopi. Sit uleiiLi gratia, largitori uenia, frau-
danti anathema. »
APPENDICE DIPLOMATIQUE 489
a Auctoritas quod ex aniiquo Moriensis ecclesia Viennensi ecclesie
melropoli subdita fuit. In diebus precellentissimi régis Gon-
tramni mulierquedam, Tygris nomine ex territorio Mauriginense.
vici Maurigenne subditum esse decrevil ».
Le reste de la 1" colonne du verso est resté vide, sauf la dernière
ligne où se trouve, en grandes lettres de chancellerie, la transcription
d'un incipit de précepte royal :
IN NOMING ' SCE ET INDIUIDUETRIMTATIS RODILFUS^ UEX
La 2* colonne du verso est également vide.
Si le scribe de cette dernière ligne avait voulu transcrire le texte d'un
précepte, il est naturel de croire qu'il n'aurait pas commencé sa trans-
cription sur la dernière ligne de la 1*^" colonne du manuscrit pour avoir
à remonter immédiatement de bas en haut. Il aurait débuté sur la
première ligne de la deuxième colonne, pour remplir cette colonne
qui lui offrait un espace suffisant : dans le cas où il aurait estimé que
cette 2* colonne ne lui suffirait pas, il aurait alors utilisé toul l'es-
pace libre de la page et aurait placé son incipit là où finit le texte
précédent.
Par conséquent, le scribe n'a jamais voulu en écrire davantage que
ce qu'il a écrit avec les huit mots qui composent l'invocation et la
suscription du précepte. C'est un essai de plume. A vrai dire, le
manuscrit ayant appartenu à l'église du Puy à partir d'Adalard (915-
926), il serait indiqué de voir, dans cet essai, la copie figurée du début
d'un précepte émané du roi de France Raoul (13 juillet 923, •[ 15 janv.
936) en faveur de cette église. Toutefois, rien n'empêche de comparer
la main qui a tracé ces lettres avec celles auxquelles on doit les pré-
ceptes émanés de la chancellerie de Louis l'Aveugle, afin de vérifier
s'il existe entre elles des rapports ou des divergences sensibles.
Les préceptes d'Avignon, à eux seuls, donnent l'invocation à Dieu et
au Sauveur en 9(»3 (8 avril-25 décembre), en 907, en 908, en 917 et en
919: l'invocation à la Trinité se renconlre en 897, le 17 septembre
903 et en 912. Toutes deux s'employaient donc, quel que fût l'archi-
chancelier, et il n'y a rien à en tirer.
La forme des lettres est plus intéressante. A propos du mot initial
IN, on observe que la lettre n se trouve figurée en capitale dans les
1. Sic.
2. Sic.
490 LA PROVENCE DU PREMIEK AU XII** SIÈCLE
préceptes de 897, de 917 el de 919 : dans ces deux derniers, les deux
lettres du mot sont liées, ce qui n'a pas lieu en 897. On observe que la
lettre n se trouve li^'uréeen minuscule dans les préceptes de ^K)3, 907,
908 et 912 ; mais dans les trois premiers, dus à la plume d'expédition-
naires viennois, le trait supérieur, qui unit le second jambage de la
lettre au premier, est arrondi. Cet aspect arrondi caractérise les deux
nasales m et n. Cependant, dans le précepte de 907 dont le début est
d'une calligraphie arrondie très soignée, on remarque à la fin de la
première ligne, moins soignée que le début, une lettre m à jambage
aigu : c'est la lettre finale du mot reuerentiam. Dans le précepte de
912 dû à la plume du notaire Garnier, le trait, qui unit le premier
jambage au second, part du premier en remontant sans décrire de
courbe et rejoint le second de manière à former avec lui un angle
aigu très prononcé. Les nasales m et n prennent ainsi un aspect
hérissé et pointu qui les difFérencie très nettement de celles qui sont
dues aux calligraphcs viennois.
Le d se présente avec la panse arrondie dans les préceptes de 897,
907, 908, 917 et 919. Cependant, dans celui de 908, le premier,
employé pour figurer le mot Dei\ fait exception. De même, dans celui
de 917, celui qui, pour la souscription notariale, figure au nom Uhbol-
dus. Ce (/ particulier n'est pas formé d'une panse unique : il est tracé
par deux panses superposées et arrondies qui s'appuient sur la haste
verticale. Il en est de même dans les préceptes de 903 (avril-décembre)
et de 912.
Le t, dans le précepte de 897, se compose d'un trait supérieur et
horizontal qui surmonte le trait vertical, sans s'appuyer sur lui, par
une panse à gauche. Dans tous les autres préceptes, ce trait supérieur
s'appuie sur le vertical par une panse qui vient le rejoindre en dessous
et à gauche. Mais, il y a une particularité : dans les préceptes de 903
(avril-décembre), 908, 917 et 919, cette panse dépasse, sur la droite,
après avoir rejoint le trait vertical et elle tend à s'enrouler autour de
lui. Dans les préceptes de 907 et 912, la panse ne dépasse pas le trait
vertical après l'avoir joint et avoir servi d'appui au trait supérieur.
Le c, dans le précepte de 903 (avril-décembre), se compose de deux
courbes superposées et arrondies, exactement comme les deux panses
qui caractérisent les d de ce même précepte. Dans tous les autres pré-
ceptes, il se compose de la courbe unique qui caractérise la forme
ordinaire de cette lettre. De plus, le c est par excellence, dans récri-
APPENDICE DIPLOMATIQUE 491
lure solennelle des préceptes, la lettre à panache. Ce panache proémi-
nent s'observe sans exception depuis 897 jusqu'en 919 : chaque scribe
le développe plus ou moins. Mais un détail frappe dans la série. Tous
les préceptes, sauf un, présentent un c dont la hauteur égale celle des
autres lettres : le panache, qui le surmonte, se détache donc, de la
courbe qui forme la lettre proprement dite, au niveau de Talignement
constitué par les sommets de toutes les lettres dépourvues d'apex.
Par exception, le précepte de 912 olfre des c dont la courbe atteint à
peine la moitié de la hauteur des lettres normales de la ligne. Le
panache occupe donc le surplus de la hauteur, entre les lettres voi-
sines, avant de surgir au-dessus de leur niveau supérieur et sa proémi-
nence en est réduite d'autant.
La lettre * se compose d'un trait vertical dont le jambage inférieur
dépasse toujours le bas de la ligne, Mais, dans le précepte de 907 seul,
ce trait surmonte de beaucoup le sommet de la ligne, de manière à
former un apex ou pointe à panache très proéminent. Dans les autres
préceptes, le trait vertical ne dépasse pas le sommet de la ligne, ou
bien il ne le dépasse guère. L's n'est donc pas une lettre à apex,
comme le rf, l'A, 17.
La lettre /* n'appelle pas d'observation relative à quelque diversité
bien sensible de forme.
La lettre r dépasse toujours plus ou moins le niveau inférieur de la
ligne par son jambage vertical. Dans les préceptes de 897, 903, 907,
917 et 919, le petit trait supérieur, qui s'en détache à droite, ne s'élève
pas au-dessus de l'alignement. C'est tout au plus si, dans le mot impe-
ralor de 903 où la lettré en question figure comme finale, on peut
constater une tendance à élever la fin de ce trait au-dessus du niveau
de la ligne. De plus, dans celui de 907, il s*élève résolument dans le
cas où les lettres r et e forment le groupe re.
La tendance, qui est exceptionnelle dans ces préceptes, se développe
dans celui de 908. La première ligne en grandes lettres, de cd dernier
acte, contient onze fois la lettre r ; sur ce total, il y a six exemples du
trait supérieur qui reste au niveau de la ligne et cinq exemples où il
s'élève, de biais, au-dessus d'elle. Enfin, dans le précepte de 912, ce
trait se termine toujours en s'élevant au-dessus du niveau supérieur
delà ligne.
Après avoir ainsi passé en revue les formes diverses que revêtent
les consonnes nasales m et n, dentales d et /, sifflantes c et *, labiale f
402 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
et liquide r dans les préceptes de Louis TAveugle, il reste à grouper
les mêmes remarques relatives aux voyelles.
L'a, plus ou moins penché, n'oiîre jamais, comme forme théorique,
de dilFérence bien caractéristique d'un précepte à l'autre, en dehors
de la tendance spéciale à chaque scribe de tracer tous les traits.
L'c offre plus d'intérêt. Cette voyelle est une lettre à deux étages,
car elle se compose essentiellement de deux panses superposées : la
plus haute forme l'amorce d'une boucle fermée, la plus basse est
ouverte. Dans les préceptes de 897, de 9<>3 et de 907, Tétage supérieur
occupe presque toute la hauteur, l'inférieur est donc fort bas. Mais le
précepte de 907 offre deux exceptions : le groupe ne de nomine et le
premier groupe re dans reverenliam parce que Ve y est lié à la lettre
pi*écédente : l'étage inférieur de la lettre y disparaît. Dans les pré-
ceptes de 908, de 912, 917, c'est l'inverse, car l'étage inférieur est
fort élevé. Finalement, dans le précepte de 919, chacun des étages offre
à r<ril ù peu prés le même développement. En dehors de cette ques-
tion des proportions variables de chaque étage, il y a lieu d'observer
que la panse inférieure est, en général, fort rebondie: par contre, dans
le précepte de 908, elle maigrit au point de n'être plus qu'un trait
vertical. Le mode de liaison des deux panses varie : dans les préceptes
de 1M)3, 907 et 912, ces deux panses se soudent tout simplement l'une à
l'autre par leur extrémité commune ; dans ceux de 897, 908, 917 et
919, par contre, le trait de la panse supérieure ne finit pas au point
oij il rencontre le trait de l'inférieure, il le dépasse en descendant et
en se recourbant. Les deux panses esquissent alors, par leur ensemble,
le tracé d'un 8 incomplet.
L'i se compose du trait vertical ordinaire en 897, 1K)3, 907, 908,
917 et 919 : en 912, sur 21 spécimens de celle voyelle, il y en a 12 de
conformes à celte tradition, mais les 9 autres se composent d'un trait
ondulé par le sommet,
L'o se compose d'une boucle fermée. Dans les préceptes de 897,
908 et 912, cette boucle est de la hauteur des autres lettres de la
ligne. Dans ceux de 903, 907, 917 et 919, elle se réduit à une boucle
étroite au bas de la ligne et le reste de la hauteur, que les lettres
occupent, est rempli par un trait qui s'élève après avoir fermé la
boucle. Far exception, le mot oA du précepte de 907 donne une boucle
qui occupe toute la hauteur. Dans les préceptes de 897, 903, 908, 917
et 910, le trait qui s'élève au-dessus de la boucle fermée ne dépasse
APPENDICE DIPLOMATIQUE 493
pas le niveau supérieur de la ligne : dans celui de 907, il le dépasse
légèrement, dans celui de 912 il le dépasse tout à fait, de manière à
former un apex proéminent bien caractérisé. Généralement, pour for-
mer la boucle de To, la main du scribe, qui se dirige de haut en bas
puis de bas en haut, se déplace de gauche à droite pour eiFectuer cette
courbe : il en est ainsi dans tous les préceptes d'une manière cou-
rante. Cependant, il arrive aussi que la main se déplace de droite à
gauche. Ainsi, dans le précepte de 903 pour le groupe om du mot
omnium^ à titre exceptionnel. Dans le précepte de 908, il est facile de
constater le mouvement ordinaire dans le texte proprement dit de
Facle : ainsi, dans retribucionibus. Mais la première ligne en grandes
lettres, la seule sur laquelle porte le présent examen, paraît bien don-
ner le mouvement inverse et exceptionnel. La chose n'est pas facile à
déterminer, parce que la boucle se ferme en pointe avec une calligra-
phie soignée: cependant, ce fait paraît ressortir du mot ordinanle et
du second o de nostrorum^ où la jointure des deux traits qui ferment
la boucle est moins parfaite. Dans le précepte de 912, le texte propre-
ment dit provoque la même remarque que celui de 908 : ainsi à la neu-
vième ligne, le mot poleril donne, à n'en pas douter, le mouvement
usuel de gauche à droite ; de même, à la première ligne, le mot : avco-
modamus. Cependant, sauf erreur, dans le mot nomine^ il faudrait
constater le mouvement de droite à gauche : de même dans eorum.
Enfin Vu ne donne pas lieu à des observations sur une divergence
de formes : le tracé en est plus ou moins anguleux ou arrondi, suivant
les tendances personnelles de chaque scribe et suivant le degré de soin
que celui-ci mettait à sa calligraphie.
Ces observations faites, il convient de voir avec quel groupe de pré-
ceptes les caractères de l'invocation et la suscription placées au f" 202
v° du ms. lat. 1452 oifrent le plus d'analogie comme forme théorique.
Ces caractères offrent les particularités suivantes, en harmonie avec
les préceptes cités ci-contre :
La lettre n en minuscule dans le mot initial : 903, 907, 908, 912.
Les nasales m et n à jambages pointus : 907 {reverenUam)^ 912.
Le c/ à deux panses : 903, 908 (Del), 912, 917 [Lbholdus.
Le t à panse qui ne dépasse pas le trait vertical : 907, 912.
Le c de hauteur un peu inférieure à la ligne, avec panache : 912.
Le 5 non proéminent : 897, 903, 908, 912, 917, 919.
Le r non proéminent : 897, 903 (sauf impcralor), 907 (moins le
groupe rc), 908 (six cas sur onze), 917 et 919.
491 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl*^ SIÈCLE
I/e à panse inférieure élevée: 9()8, 912, 917.
Vi droit : 897, 903, 9<)7, 1K)8, 912 (douze cas sur vingt-un, 917, 919.
I/o à boucle étroite au bas de la lip^ne : 903, 1H)7 (sauf oh\ 917, 919.
I/o à trait non proéminent : 897, 1K)3, 908, 917, 919.
I/o dirij;é en descendant de droite à j^auche : 903 {omnium), 908
(T'' ligne), 912 {m^mi'ne, eorum).
Sur 12 particularités, il y en a donc 4 qui rappellent le précepte
de 897, 8 celui de 903, 0 celui de 907, 8 celui de 908, 9 celui de 912,
7 celui de 917 et 5 celui de 919. C'est donc le groupe des préceptes
délivrés sous l'archichancelier Alexandre et de 908 à 917 qui oiFre
davantage de points de ressemblance comme forme théorique. Dans ce
groupe, c'est précisément le précepte dû à la main du notaire lui-
même qui en olFre le plus, puisque les trois quarts des formes théo-
riques observées y figurent. Ce résultat est d'autant plus remarquable
que l'écriture du précepte de 912 est la moins calligraphique, c'est-à-
dire la moins conventionnelle et la plus personnelle de toutes.
On peut donc dire cjue l'invocation du précepte de Raoul, placée dans
le ms. lat. 1452, a dû être transcrite à Vienne sous l'influence du notaire
Garnier. La forme des c qui lui est propre suflirait à le caractériser.
Mais il est difficile de croire qu'elle y a été transcrite par lui-même.
Son précepte autographe de 912 |)résente des r, des o, des e, dont le
tracé en diffère trop. L'invocation a donc été transcrite par un des
expéditionnaires de la chancellerie viennoise imitant Técriture du
notaire Garnier. Dans /io//ii/ie, il écrit par mégarde un c au lieu d'un
e ; dans liodulfus^ il omet par mégarde le second jambage de Vu : c'est
un essai de plume qui cherchait, fort probablement, à rendre l'aspect
d'un précepte de Raoul dû à la main du notaire, ou à une main presque
identique à la sienne. On a dit que Garnier paraissait être de langue
germanique : il pourrait donc bien être originaire de la Bourgogne
jurane où se parlait cette langue et avoir été, d'abord, dans la chancel-
lerie du roi de Hourgogne jurane Rodolphe (888, -j- 25 octobre 912).
Il est légitime de penser que les quehpies particularités des carac-
tères de l'invocation, qui sont en opï)osition avec les formes employées
par (iarnier, caractérisent la main du copiste lui-même : cette main,
s'écartiint du modèle, y reprend plus ou moins son naturel. Les pré-
ceptes de Wl et de 908 font connaître, chacun, un expéditionnaire de
la chancellerie viennoise. Cette chancellerie ne devait pas en avoir
beaucoup plus. La main de ÎM)8 trace la boucle des o aussi haute que
APPENDICE DIPLOMATIQUE 495
les autres lettres, dirigée de droite à gauche et sans trait proéminent :
la queue de IV est proéminente dans cinq exemples sur onze. La main
de 907 trace la boucle des o fort étroite au bas de la ligne, dirigée de
gauche à droite avec un trait vertical à peine proéminent : la queue de
IV n'est pas proéminente, sauf dans le groupe re. Aucun de ces détails
particuliers, soit au scribe de 908, soit à celui de 907, ne se retrouve
donc, d'une manière identique, dans les détails de l'invocation trans-
crite, qui sont contraires aux habitudes du notaire Garnier. Le tracé
des e, dans l'invocation et dans le précepte de 912 dû à Garnier,
offre une similitude de proportions puisque, des deux côtés, la panse
inférieure est élevée ; mais dans le précepte de 912, les deux panses se
soudent par leur extrémité commune et, dans l'invocation, il n*en est
pas ainsi. Dans l'invocation, la panse inférieure est rebondie; de plus,
la forme de la lettre affecte le tracé en 8. Ces deux caractères réunis
ne se rencontrent ni chez le scribe de 907, ni chez celui de 908, dans
les lignes en grandes lettres. La seule ressemblance notable, relative
aux e, entre leurs mains et la main de l'invocation, est fournie par le
groupe re dans la souscription notariale de 907 tracée en petites lettres :
cette ressemblance est insulïisante. En dehors des préceptes de 907 et
908, ceux qui offrent le plus d'analogies avec l'invocation sont ceux
de 903 et de 917. Dans celui de 903, le mot omnium offre un exemple
isolé d'o dirigé de droite à gauche, qui est à rapprocher de la forme
adoptée dans l'invocation ; mais la forme des e en est totalement
différente. Dans le précepte de 917, les o sont tous dirigés de gauche
à droite, mais la forme des e, en 8 plus ou moins complet, offre les
plus grandes analogies avec celle des e qui figurent dans l'invocation :
le groupe re dans la souscription notariale du précepte au mot reco-
gnoui ne diffère guère du groupe re dans le mot rex de l'invocation.
Pour ces motifs, il est à présumer que l'invocation de précepte pla-
cée au f^ 202 et dernier du ms. lat. 1452 est quelque essai de plume
dû à l'un des expéditionnaires de la chancellerie impériale. Ce scribe
s'efforçait d'y figurer le début d'un acte au nom de Rodolphe, roi de
Bourgogne jurane qu'il avait sous les yeux : l'acte lui-même devait être
écrit de la main du notaire de la chancellerie Garnier. Celui-ci ayant été
notaire à Vienne, de 907 à 912, et l'expéditionnaire en question étant
l'auteur du précepte de 917, plutôt que ceux des préceptes précédents
de 907 et 908, il est certain que cet essai de plume fut tracé sous l'archi-
chancelier Alexandre, à la fin plutôt qu'au début de l'époque où Garnier
exerça ses fonctions de notaire à Vienne, c'est-ji-dire vers 912.
496 lA PROVKNCE DL' PREMIER AU XII*' SIÈCLE
On a dit que le manuscrit avait été donné à N.-l). du Puy par son
évêque Adalard qui sié^^ea de 915 environ à 9*26; il résulte de là que
Fessai de plume placé à la fin y fut transcrit à la veille du moment où
le volume allait être transporté de Vienne au Puy.
La première addition au f" 196 v» remontant à 869 et la dernière
au f** 202 v° datant de 912 environ, les additions intermédiaires sont
donc ou bien de la lin du ix*, ou bien du début du x* siècle. 11
serait hors de propos d'examiner ici la notice des Gaules remaniée et
faussée à l'avantage de Vienne qui s'y trouve d'abord. Un mot suffira
sur la notice spéciale, relative à la Maurienne, qui occupe le feuillet
202.
Sous le prétexte de raconter la vie de sainte Tygre, ce texte n'a
qu'un but : fournir un titre d'apparence ancienne pour prouver que la
Maurienne dépendait de la métropole viennoise * et que, accessoire-
ment, la vallée de Suse dépendait de la Maurienne '. Sitôt que les
phrases essentielles sont écrites, l'auteur s'arrête : il juge inutile de se
fatiguer à poursuivre la vie de la sainte et surtout de raconter sa
mort. Le titre de la notice, à lui seul, dévoile d'ailleurs sans détour le
motif de sa transcription ^.
La notice présente quelques particularités orthographiques: Morien-
sis, dans le titre, puis Mmiriginense, Morigenney Aforiginensem et
plus simplement, Morienna; soiiam et sotiaia] baplista, puis hahlis-
lœ à deux reprises; pignerum, finalement at et hah.
D'une part, donc, un alîaiblissemcnt répété de /> en/» dans hahlista;
de l'autre, un renforcement de d en /, dans at, et la notation d'une
aspirée initiale dans hah.
C'est la caractéristique présentée déjà par les préceptes de 907 et
908 transcrits de la main d'un expéditionnaire viennois sous l'influence
d'une minute rédigée par le notaire de langue germanique Garnier.
Les graphies a/ et hah pour ad et ah se rencontrent précisément dans
le précepte autographe de ce notaire, daté de 912 : l'expéditionnaire
1 ...... civilali Viennensi ipsam Moriennam ecclesiam cum consensu
episcoporum subjoclam fecil. . . »
2. «... Seusiam civilntom^jamdudum hab Italis acceptam, cum omnibus
pagensis ipsius loci siibjectam fecit et, consensu etiain Romani pontificis,
Viennensi ecclesie jure perenni episcopum civitatis et vici Maurigenne sub-
ditum esse decrevit. »
3. « Auctoritas quod ox anticpio Morionsis ecclesia Viennensi ecclesie
metropoli subdila fuit. »
APPENDICE DIPLOMATIQUE 497
de 908 notait aput contrairement à ses habitudes, sous l'influence de
Garnier. Celui qui transcrit la notice de la Maurienne en fait autant
pour al et hab, quand, de lui-même, il atténue baptisla en hnhtisla. Il
écrit soliam et soliatay comme celui de 907 écrivait Aene/i //a elfaU'ant.
Il écrit pigneru m, comme celui de 908 écrivait gratenler : cette nota-
tion se retrouvera dans le pignerihus d'un autre acte viennois % du
temps de Tarchevêque Thibaud. 11 écrit Moriensis au lieu de MorÎEy-
ensis. comme celui de 908 écrivait Avionenseni au lieu de Aviyionensem,
Ces rapprochements sont assez probants pour croire que le texte de la
notice, établi par le notaire Garnier, a dû être transcrit par l'expédi-
tionnaire du précepte de 908. Que le texte transcrit au f" 202 soit une
expédition et non pas une minute, cela ressort des hésitations maté-
rielles du scribe qui écrit : ,,,in vigiliis seu vigihliis jejuniis perse-
verahant en répétant à tort vigihliis au lieu de passer hje/uniis, puis,
,,,sancloIsychio sacrare perœcepiL Dans le mol perœcepil, le premier e
est exponctué, ce qui donne prœcepit : il en ressort que le scribe,
transcrivant son texte, avait écrit d'abord per^ par erreur, au lieu de
prx. Cette erreur est une erreur de vue plutôt qu'une erreur d'ouïe :
il écrivait donc en ayant sous les yeux la minute de Garnier et on ne
la lui dictait pas. C'est la conclusion à laquelle faisait déjà arriver
l'examen des préceptes de 907 et de 908.
Ce qui achève de faire croire que le texte de la notice a été trans-
crit par l'expéditionnaire du précepte de 908 plutôt que par celui de
907, sans même en avoir la paléographie sous les yeux, c'est que le
mot vigihliis répété à tort se trouve exponctué et non pas souligné ou
eiïacé avec le doigt.
L'exponctuation a été remarquée à deux reprises dans le précepte
de 908.
Ainsi la notice consacrée à la dépendance de la Maurienne a dû être
établie pour l'archevêque de Vienne Alexandre, par le notaire Gar-
nier, et transcrite au f** 202 par l'expéditionnaire du préceï)te de 908.
Sa composition se place donc entre les années 907 et 915.
Garnier s'inspire d'un passage de Grégoire de Toui^s qui lui sert de
point de départ ; mais l'historien mérovingien ne donnait pas le nom
de la femme.
Il est curieux de constater que, précisément, le 21 avril 910 [ou
1. Ul. Chevalier, Descr. du Cart, de Sainl-Maurice, n® 87. — Sainl-André'
le-Bas, Appendix, n. 115*.
Mém, et Doc. de V École des Chartes, — VU. 33
198 LA PROVENCE DU PREMIER AV XII* SIÈCLE
ÎKH) ?^ vivait en Viennois une personne du nom de Tigris^ femme de
Rodolphe, qui, ce jour, o[)ère un échange avec l'archevêque à Chapon-
nay, localité dé[>endant du paysd'Ozon '. Cette personne ne parait pas
avoir orcuj>é un rang bien remarquable et, avant la conclusion de l'acte
concernant son mari, qui. semble-t-il. était meunier, la chancellerie
devait en ignorer l'existence. Il est très probable que le notaire Gar-
nier s*e«t emparé de son nom, assez peu répandu, pour dépouiPer de
son anonymat l'héroïne de Grégoire. Il aurait donc, dans ce cas,
rédigé la notice peu après le !21 avril 910 : de toute manière elle est
[>o^térieure au 19 mai 9(>8, puisque, dans la dernière phrase, il fait allu-
sion au faux privilège de Serge III de cette date. Dans le cas très
probable, où Vienne n'aurait osé commettre ce faux qu'après la mort
du pape, la composition de la notice par Garnier, qui en tient compte,
serait même postérieure au 23 mai 911 '. Mais elle est antérieure au
18 janvier 9I.*>.
Hii effet, sitôt les faux conimis, l'archevêque Alexandre, prêt à s'en
servir, parait s'être débarrassé de son principal complice. Le précepte
du \ avril 912 est le dernier où le diacre Garnier figure comme
notaire. Dès le 18 janvier '915' l'an 14*" du règne impérial, il a comme
successeur le prêtre Uboud ^. Celui-ci était un Viennois de Vienne,
puisqu'il était le neveu du notaire Thion *; il devint chanoine de
Saint-Maurice ^\ Jadis Thion faisait ex[)édier les préceptes pour la
Viennoise, tandis qu'Arnoux, puis Garnier, remplissaient le même
office pour la Provence. Désormais, Uboud les fait expédier, et lui
seul, pour tout le royaume.
Le style se réduit de plus en plus. Garnier, en abandonnant l'an de
l'incarnation, donnait encore Tan du règne et Tindiction : maintenant
1. Ul. Chevalier, Descr. du Cart, de Saint-Maurice ^ n* 149.
2. Dom Grospcllicr, sans utiliser les données que i>eul fournir la chan-
cellerie impériale, vient d'aboutir aux mêmes conclusions, puisqull place
u vers 912 » la fabrication du groupe des faux privilèges datés de 707 à 908,
ainsi que la rédaction de VAuctoritas relative à la Maurienne et la troi-
sième édition revue, augmentée de la liste épiscopale de Vienne {Mélanges
d'haf/iof/raphie dauphinoise, p. 64).
3. L'I. Chevalier, Descr, du Cari, de Saint-Maurice, n® 196. — Saint-
André-le-Has. Appendix, n^ 16*.
4. Précepte du 26 octobre 905 ; Saint-Maurice, n* 174. — Bouquet, VIII,
410.
5. 28 sept3mbre [942], l'an 2; Saint-Maurice, n» 110. — Saint-André-le-
Bas, Appendix, n^ 23*.
APPENDICE DIPLOMATIQUE i99
Uboud supprime Tindiclion et ne conserve ainsi que l'an du règne.
De même, il insère Tacte de lieu dans le début de la date de temps.
L'acte et la date ne font plus qu'un.
Voici les souscriptions des deux préceptes relatifs à Avignon, avec
celle du précepte relatif à Arles, joints au premier et aux deux der-
niers de ceux qui concernent Vienne :
1° Précepte de Louis, sur la demande de sa femme Alix, en faveur
de Girard, disposant de biens en Viennois ^ :
« Uboldus notarius, ad vicem Alexandri archicancellarii recognovi.
Datum est hoc preceptum Vienne publice XV. kalendas februarii,
anno XIIIL imperii domni nostri Ludovici augusti in Christi nomine
féliciter, amen. »
2^ Précepte en faveur de l'église d'Avignon, sur la demande du
comte [d'Avignon] Boson et de l'évêque d'Avignon Fouquier ' :
« Ubboldus notharius ad uicem Alexandri archicancellarii recognoui
ets[ub (jceaa)]s[cripsi] (arec ruche).
Datum est hohc preceptum vienne publice anno DCCCXXIIIL XV.
kalendas Septembris anno etiam XVII Imperii domni nostri Hluduuici
augusti. Indicione VIII. In xpisti nomine féliciter, amen. »
3* Précepte, en faveurdeS/ercAeriu*, lui concédant, sur la demande
du comte [d'Avignon] Boson, un domaine fiscal au comté d'Avignon ' :
« Uboldus notharius ad uicem Alexandri archicancellarii recognovit
(sceau) {ruche) [subscripsit *].
Datum est hoc preceptum vienne publice .II. idus maii,anno XVIIIÏ
Imperii domni nostri Luduuici serenissimi Augusti, in xpisti nomine
féliciter, amen^ »
49 Précepte en faveur de Manassès, archevêque d'Arles "' :
« Uboldus notarius ad vicem Alexandri archicancellarii recognovi.
Datum est hoc preceptum Vienne publice kalendis februarii, anno XX
imperii domni nostri Ludovici augusti in Christi nomine féliciter, amen. »
5° Précepte en faveur de Saint-Maurice de Vienne, église où sont
inhumés le père et la mère de l'empereur * :
1. Voir la note 3 de la page précédente.
2. Arch. de Vaucluse, G. 6, f» 11.
3. Arch. de Vaucluse, G. 6, f. 9.
4. Sic.
5. Albanès, Gallia Christiana novissima : Arles, col. 98-09, n® 243.
6. Chevalier, Descr, du Cari, de Saint-Maurice, n® 192. — Saint-André-lc*
Bas, Appendix, n^' 21*.
300 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll® SIÈCLE
« Uboldus nolarius, jussu domni imperatoris scripsit.
Dalum est hoc preceptum Vienne .W kalendas decembris, anno
XWII imperii domni noslri lUudovici augusti in Christi nomine,
amen. »
6*^ Précepte de Louis, sur la demande du comte [de Viennois],
Charles, son fils, et de l'archevêque de Vienne Sobon, en faveur de
réf,Hisede Vienne ^ :
« Ubboldus notarius scripsit.
Datum est hoc prœceptum Vienna; publice .VIII. Kalendas januarii,
anno XXMI Domini nostri Hludovici augusti. In Christi nomine.
Amen. »
Si l'ère impériale est bien calculée, le premier de ces préceptes est
daté de Vienne le '^mercredil 18 janvier [9151, Tan 14'; le troisième
de Vienne, le [vendredi] 14 mai [919j, l'an 19*^; le quatrième de Vienne,
le [jeudi', P*" février [021] ; le cinquième de Vienne, le [mardi] 27 no-
vembre "927 1; le sixième de la Noël [927].
Par exception aux habitudes du notaire Uboud, le second précepte
note l'indiction ; ce précepte note même Tan de l'incarnation, ce que
son prédécesseur (iarnier omettait comme lui de faire. La raison, de
ce retour anormal aux traditions des archichanceliers antérieurs, doit
se trouver dans le fait que le précepte en question a dû être considéré
comme un précepte très solennel. Par suite, Tomission habituelle de
l'année de l'incarnation dans le style d'Alexandre et l'omission acces-
soire de l'indiction par le notaire Uboud doivent être considérées, non
pas comme une preuve d'ij^norance, mais comme une preuve d'indiffé-
rence. La date de mois et l'an de rè^ne paraissaient alors être les deux
éléments essentiels et suffisants du style de la chancellerie officielle.
Le précepte serait du mercredi, 18 août 924, l'an 17**, dans l'indic-
tion 8". Mais l'an X\*Il"de l'empire s'étend, selon le style moderne, du
L") février 917 au 22 février 918; quant à la 8" indiction, prise en sep-
tembre, conformément au précédent donné par le précepte du lundi
19 octobre ilK)7], elle serait exacte, selon le style moderne, de sej)-
Icmbre 919 jusqu'en septembre 920.
L'un avec l'autre, aucun de ces trois éléments ne concorde. Ce n'est
pas la première fois que pareille difllculté se présente : avant d'accuser
la chancellerie d'ignorance ou de né^^li^^ence, il importe d'employer la
méthode naturellement suivie jusqu'à présent et d'examiner l'original.
1. Chevalier, Deacr. du Cari, de Saint-Mauricey n. 191. — Gallia Chris-
liana, t. XVI, iiislr. col. 15-16, n^ XX.
APPENDICE DIPLOMATIQUE 301
Une couche de réactif déshonore ce parchemin ; elle n'a pas servi
beaucoup les éditeurs qui Tont appliquée et elle incommode leurs suc-
cesseurs, car Tencre est toujours aussi pâle pendant que les lignes
demeurent noircies de cet insupportable badig^eon. Malgré ce voile
inopportun, Tœil attentif s'assure que les groupes de chiffres HlH- de
rindictionet XVII de Tère impériale sont absolument intacts. Pour le
millésime, il n'en est pas de même. La fin paraît en avoir clé grattée
et elle se trouve, en tout cas, assez effacée, sans que le badigeon ait
réussi à la faire ressortir. On y lit actuellement DGCCCXhHI et ce
sont les quatre derniers traits qui ont à peu près disparu. Il semble
certain que l'expéditionnaire impérial avait écrit tout d'abord
DCCCCX4ÏII, c'est-à-dire 918 avec le V figuré H selon son habitude
qui se répète dans les chiffres de l'indiction et de Tan du règne. Puis,
une main différente a substitué 920 en intercalant le second trait de X
sur le premier de H et en supprimant le second trait de H avec les
trois unités finales. Il reste donc devant l'œil le groupe DGCCCXXllII]
qu'on pouvait prendre tout d'abord pour 924. La restitution qui s'im-
pose est donc la suivante :
« Datum est hohc preceptum vienne publiée anno DGGCCXVIII .XV.
kalendas septembris anno etiam XVII. impcrii domni noslri Illudu-
vici augusti. Indicione VIII. In xpisti nomine féliciter, amen. »
L'an XVH* s'étendant, selon le style moderne, du 15 juin 917 au
22 février 918, le mardi 18 août 918, dans ce même style, ne corres-
pondrait pas à Tan XV11° mais à l'an XMII'^. La question est de savoir
quel était, sous l'archichancelier Alexandre, le style employé par la
chancellerie. Le plaid de 912 a permis, plus haut, de dire que ce style
n'était ni le style de Pâques propre à Rainfroy, ni le style florentin de
TAnnonciation, ni même celui du 1***" mars employé par la chancelle-
rie en Lombardie. Restait à choisir entre le style pisan de l'Annoncia-
tion propre à Barnoin et le style de Noël. Le précepte actuel permet
heureusement de préciser tout à fait. En raison de l'an du règne, la
date a été établie le lundi 18 août [917], selon le style actuel, et non
pas le mardi 18août[918]. Par conséquent, Tarchichancelier Alexandre
a fait revivre à la chancellerie le style pisan de l'Annonciation déjà
employé par son prédécesseur Barnoin. Le précepte est donc du lundi
18 août 918/7, l'an XVII« du règne. Le précepte étant du 18 août
918/7, Terreur sur Tindiction est de trois unités en trop, car il aurait
fallu indiquer l'indiction V® jusqu'en septembre et la VI* à partir de
502 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xli® SIÈCLE
septembre 918/7 seulement. Cette erreur est forte, mais il faut s'esti-
mer satisfait d'avoir une concordance entre deux éléments de la date
9UV trois, d'autant mieux que ces deux sont les plus importants.
Déjà le précepte de 912 avait fait constater le manque d'une unité
dans le calcul de Tindiction par le notaire Garnier lui-même : mainte-
nant, il y a surnombre de deux unités dans ce calcul, c'est-à-dire une
erreur double et inverse. Comme la chancellerie n'indiquait plus les
indiotions dans les dates des préceptes ordinaires, il n'est pas surpre-
nant que la né^^ligence ou l'incertitude existant du temps de Garnier
continue et s'accroisse. Mais le millésime est toujours exact quand on
le note. Cela va de soi; les scribes, hommes d'Église, connaissaient
l'ère du Christ, dans le style adopté, mieux que l'indiction.
Jusqu'ici, trois préceptes relatifs à Avij^non, sur sept, ont eu leur
date interpolée.
Dans le premier, on a remplacé : anni Domini ,DCCCCIII. Indi-
cione . VI. Anno lercio, par : anni Domini ,DCCCCIIIL Indicione . VI,
An no lercio.
Dans le second, on a remplacé : indicione XI, anno VIII , par Indi-
cione XI III anno VI III,
Dans le troisième, on a remplacé : anno DCCCCXVIII anno
etiam XVII,., Indicione VIII, par : anno DCCCCXX.
Ces interpolations n'ont pu avoir lieu à la chancellerie qui a
délivré les préceptes : en eifet, les modifications portent soit sur le
millésime, soit sur l'an du règne, de manière à détruire la concordance
réelle exisUint entre les divers éléments de la date. Or, les expédition-
naires de la chancellerie savaient en quelle année du règne et en quel
millésime ils se trouvaient : dans le cas oii une erreur leur eût échappé,
ils auraient rétabli la concordance entre les éléments par .une correc-
tion raisonnée au lieu de la détruire par une correction maladroite.
Puisque ces interpréUitions n'ont pas eu lieu à Vienne, elles ont eu
lieu dans Avignon. La chancellerie épiscopale aurait-elle eu la préten-
tion de corriger à sa guise, au fur et à mesure qu'elle les recevait, les
dates des préceptes impériaux qui étaient concédés à Tévêque ; c'est peu
probable, d'autant mieux qu'elle n'était pas assez ignorante pour ajou-
ter deux unités d'un coup au millésime courant. Il faut donc que ces
interpolations se soient produites dans Avignon, au bout d'un certain
temps écoulé, après la mort de Louis l'Aveugle en tout cas, quand les
scribes épiscopaux, ayant la collection tout entière des préceptes sous
APPENDICE DIPLOMATIQUE 503
leurs yeux, purent croire que leurs dates ne pouvaient se concilier
entre elles. Ce n*est pas d'aujourd'hui qu'on a la prétention de corri-
ger les documents avant d'être bien assuré qu'ils sont fautifs ; les
scribes d'Avignon étaient donc persuadés que leurs prédécesseurs de
Vienne n'y entendaient rien et qu'eux-mêmes ne se tromperaient pas
en modifiant les dates originales.
En apparence, les corrections s'imposaient. D'une part, les scribes
d'Avignon avaient le testament de l'évêque Fouquier : anno incarna-
lione Doniini DCCCCXVL Indiclione II IL VI Nonas Mail. In die
ascensionis domini^ XIII Anno Imperanle ludouuico Imperatore filio
Bosonis, Evidemment, dans l'esprit des Avignonnais, le compatriote qui
avait établi cette date savait ce qu'il écrivait et ne s'était pas trompé :
quant aux Viennois, leurs dates incohérentes et incomplètes ne
disaient rien qui vaille. Ne faisaient-ils pas cadrer, par exemple, l'an
918 avec l'an XVII du règne et l'indiction VIÏI? Il suffira de transfor-
mer 918 en 920 pour que ce nouveau millésime cadre admirablement
avec rindiction VIII et avec l'an XVII. En elfet, si Louis, ce fils de
Boson, était en 916 dans la XIII" année de son règne, il sera bien en
920 dans la XVII®. Cette concordance est tellement nette et complète,
que l'ignorance du Viennois, auteur du précepte, semble passer les
limites du vraisemblable.
On voit ainsi fort bien le motif qui a fait agir l'interpolaleur avi-
gnonnais dans le précepte de 918/7, parce qu'on possède encore le tes-
tament de 916, de date voisine, qui a servi de point de départ à ses
corrections. On voit moins pourquoi il n'a pas interpolé les préceptes
plus anciens de 912 et de 907 suivant les mêmes principes. On voit
encore moins le motif de ses interpolations dans ceux de 908 et de
903, puisqu'il laissait ceux de 912 et de 907 intacts. Mais cela importe
peu.
Ce travail d'interpolation maladroite était chose faite avant la trans-
cription du cartulaire d'Avignon et, par conséquent, avant le xii*
siècle.
Conformément à l'usage adopté depuis Alexandre, la souscription
du notaire Uboud est donnée toujours en qualité de vice-gérant de l'ar-
chichancelier, que le précepte concerne le Viennois, ce qui va de soi,
ou qu'il concerne la Provence :
tt Uboldus notarius ad vicem Alexandri archicancellarii recognovi
et subscripsi. »
504 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCXE
A celte rèfjle, il y a une exception fournie par l\'ivant-dernier pré-
cepte cité, avec une souscription notariale ainsi conçue :
a Uboldus notarius jussu domni imperatoris scripsit. »
D'abord, la substitution du mot scn'psil aux mots habituels reco-
gnovi et suhscn'psi indique que ce précepte, au lieu d'être |;rossoyé
par un expéditionnaire, a été écrit par le notaire lui-même. Si Fori^-
nal de ce précepte avait été conservé, comme l'est celui de 912, les
paléop^raphes pourraient maintenant comparer la main du notaire
Uboud avec celle de son prédécesseur Garnier.
Kn second lieu, la souscription du précepte appelle une remarque
importante. I/observateur a déjà noté que les préceptes relatifs à la
Provence, délivrés du temps de l'archevêque Rainfroy, devaient échap-
per au contrôle administratif de l'archichancelier, en raison du fait
qu'ils étaient établis jussu imperatoris. Le notaire Arnoux, promu
chancelier, devait donc diriger, sous les ordres directs du souverain, le
bureau de la chancellerie où se délivraient ces préceptes et la Provence
devait jouir, par ce fait, d'une autonomie véritable dans le royaume.
Si ces vues sont exactes, le précepte du notaire Uboud, délivré, lui
aussi, jiiMU domni imperatoris^ a dîi échapper pour la même raison au
contrôle hiérarchique de l'archichancelier et être établi sur les ordres
directs émanés du souverain. Cependant, il n'est plus question d'au-
tonomie pour la Provence depuis la venue d'Alexandre et, par surcroît,
le précepte concerne le Viennois.
Comment penser qu'un précepte relatif au Viennois ait pu ne pas
passer par les mains de l'archichancelier puisque celui-ci était préci-
sément l'archevêque de Vienne ? Il sulïit de rappeler la date de ce
précepte anormal pour voir s'évanouir toute difficulté et pour asseoir
encore plus solidement les observations précédentes relatives aux
préceptes provençaux émanés du chancelier Arnoux. Le précepte
d'L'boud fut délivré jussu imperatoris le mardi 27 novembre 927-
C'est que, à cette date, il n'y avait plus d'archichancelier. En
elîel, Alexandre, encore vivant le 13 novembre 926, était mort le
dimanche 17 décembre suivant. Son successeur, Sobon, déjà arche-
vêque le 25 décembre 927, avait été sacré le vendredi 21 décembre
précédent, en la fête de saint Thomas, apôtre, après une vacaaice d'un
an et quatre jours *. Pendant la vacance du sièf^e et à défaut d'archi-
1. G. de Maiiteyer, Les origines de la maison de Savoie en Bourgogne.
Notes additionnelles [Moyen Age, t. XIV, pp. 262-264).
APPENDICE DIPLOMATIQUE 505
chancelier, le notaire de la chancellerie se trouvait sous les ordres
directs de son souverain.
La souscription du dernier précepte, délivré solennellement le jour
de Noël 927, prouve enfin que Tarchevêque Sobon, sacré quatre jours
auparavant, n'était pas encore installé comme archichancelier à cette
date.
Les préceptes qui ont pu être délivrés depuis lors sous l'autorité de
Tarchichancelier Sobon sont inconnus.
L'empereur ne tarda d'ailleurs pas à mourir. La partie la plus
ancienne du nécrologe de Saint-André de Turin * a été, d'après son
éditeur, copiée en bloc dans la première moitié du xii® siècle sur un
nécroloj;^e plus ancien de la Novalaise ^. L'époque à laquelle ce nécro-
lof^e plus ancien avait été lui-même transcrit peut s'établir par la
suite des abbés et surtout par celle des évéques qui y possèdent leur
obit. On n'y remarque, en particulier, que trois évéques de Turin,
Ref;nimir au 27 janvier, Landolf au 12 février et Guillaume au 18 fé-
vrier ^ : le premier a vécu vers la fin du ix® siècle, le troisième dans
la première moitié du xi® et le second au début du x® siècle. Outre ces
obits d'évêques, le nécrologe plus ancien de la Novalaise transmet
à celui de Saint-André deux mentions d'empereurs : au 28 janvier,
Deposiiio domni Karoli imperaloris ^, et au 5 juin, Deposilio domni
Ludowîcî imperatoris ^,
La première est certainement un souvenir de Charlemagne et cela
se comprend, en raison de la protection spéciale accordée par lui à la
Novalaise, en raison aussi du soin particulier avec lequel on conser-
vait la mémoire du grand empereur. Dans la seconde, M. Cipolla voit
le souvenir de Louis le Pieux mort, en réalité, le 20 juin : mais rien
ne prouve que la Novalaise ait noté l'obit de tous les empereurs qui
se succédèrent après Charlemagne. Cette attribution supposerait une
erreur de quinze jours entre le Xll^des calendes de juillet et les nones
de juin ; vraiment, encore une fois, on ne saurait trop réagir contre
i. « Necrologium Sancti Andreœ Taurinensis » (Carlo Cipolla, Monu-
nienta Novaliciensia vetustiora, vol. 1, Roma, Lincei, 1898, pp. 309-346). La
fin de ce nécrologc, du 20 juillet au 31 décembre, n'a pas été retrouvée.
2. Ibid,, p. 310.
3. Ibid., pp. 319, 321, 323.
4. Ibid,, p. 319.
5. Ibid., p. 340.
306 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
cette tendance qui consiste à supposer, sans nécessité, une erreur
petite ou jurande des textes, pour éviter d'avoir à les élucider
quand ils sont embarrassants. Précisément, sur trois évêques de
Turin nommés par le nécrologe, deux sont de la fin du ix** et du début
du X** siècle. Les vraisemblances sont donc pour que ce nécroloj^e
mentionne en même temps les souverains de cette époque et non pas
ceux de l'époque antérieure. Ainsi, la mention de Tempereur Louis
s'applique forcément à Louis TAveuj^le qui a été inhumé le jeudi
5 juin [9'28]. C'est ce que M. René Poupardin a eu le mérite de soup-
çonner et de dire *, Mais le terme deposilio indique, à proprement
parler, la sépulture et non pas la mort. Le -8 janvier, date à laquelle
figure la deposilio de Charlemagne, correspond bien, sans doute, à la
date connue de la mort de celui-ci ; mais il avait été inhumé le jour
même de sa mort et le terme de deposilio reste exact en ce qui le
concerne. Pour Louis TAveugle, on ne peut aflîrmer qu'il ait été
inhumé si rapidement. A ce moment, le Viennois Hugues était roi de
Lombardie ; rien n'empêchait donc la Novalaise d'enregistrer la mort
de Louis l'Aveugle et tout l'y invitait.
Neuf jours après les obsèques de Louis, c'est-à-dire le 14 juin ^, la
vieille comtesse Alix, sa tante, veuve du duc de Bourgogne Richard,
faisait une donation pieuse pour le repos de Tâme des membres
de sa famille : elle ne dit pas expressément que son neveu soit mort,
mais il est évident que ce deuil récent est le mobile de sa libéralité.
La localité de Bougy en Genevois, d'où elle date cet acte, se trouve
entre Annecy et Genève, à environ 150 kilomètres de Vienne. C'est
sans doute le fils de l'empereur, Rodolphe, qui venait d'en arriver,
pour lui porter la nouvelle de l'événement, car sa souscription figure
à l'acte. L'empressement de Rodolphe s'explique, car Alix, tante
i. Poupardin, pp. 226, note 5.
Corriger, en ce sens, G. de Man loyer, Les orig. de /a Maison de Savoie
{MM. darch, el dhisL de C École de Borne, XIX, pp. 428-429, et ExtraU,
pp. 70-71, 208-209) qui avait le tort de s'appuyer sur Gingins la Sarra.
2. Bougy, 14 juin [928], Tan 5« de Raoul, indiction 2' (Bruel, Rec, des
Ch, de Cluny, n° 379). — Bougy, Haute-Savoie, arr. Saint-Jullien, comm.
Cruseilles. — M. Bruel date cet acie de 929, ce qui ne s'explique guère
puis(fue Raoul avait été sacré le 13 juillet 923et que l'acte est passé dans la
r»« année de son règne. L'erreur doit porter plutôt sur Tindiction (jue sur
l'an du règne (Cf. Mantoyer, Les origines de la Maison de Savoie ; MéL
d'arch. eM'/iis/., XIX, p. 429, n. 2).
APPENDICE DIPLOMATIQUE 507
de l'empereur, était aussi mère du roi de France et celui-ci devenait
l'arbitre de la situation : il n'avait à compter qu'avec le roi de Lom-
bardie. Naturellement, les fils de l'empereur recouraient à l'influence
de la vieille princesse pour chercher à sauvegarder leurs intérêts.
Le roi de Lombardie accourut aussitôt pour avoir une entrevue avec
le roi de France : il passe ensuite à Vienne, le 12 novembre \ et h
Valence le 25 ', pour rentrer en Italie par la Provence. Ce va-et-vient
combiné de princes et les préceptes délivrés par Hugues dans le
royaume de Provence et de Viennoise même, pour des abbayes de ce
royaume, indiquent bien que Louis venait de mourir.
Mais, provisoirement, la couronne reste vacante : les rois de France
et de Lombardie se reconnaissent mutuellement une zone d'influence
dans le royaume et c'est tout.
Aussi les scribes, faute de roi vivant, continuent à mentionner le
règne du souverain défunt, absolument comme s'il existait encore.
En Viennoise, cela se produit tout au moins jusqu'au 2 juillet [932] ^
et en Provence jusqu'au 18 juin [934J *.
En général, les actes privés simplifiaient encore davantage le style
de leur date, en se bornant aux trois éléments les plus usuels : ils
renoncent au quantième et indiquent simplement le jour de la semaine
avec le mois et l'an de règne. En Provence, les actes des chancelle-
ries privées, soit à Avignon, soit à Arles, soit à Marseille, rappellent
1. Vienne, i2 novembre 928. Prcccpte en faveur de Saint-Chef (Bouquet,
IX, 690).
2. Valence, 25 novembre 928. Précepte en faveur de Tabbaye de Romans
{Cart. de Saint-Barnard, 2« éd., n*» il).
3. Jeudi de décembre [928] : anno XX VIII régnante Ludovico impera-
tore. Donation en Viennois (Cart. de Saint-André-le-Bas, n^ 131). — Mardi
de mai [932] : anno XXXII régnante Ludovico imperatore. Donation en
Viennois {Ibid,, n° 132). Ces actes émanent de Bernard, notaire de l'abbaye
de Saint-André-le-Bas, connu depuis le début du règne de Louis jusqu'à
celui de Conrad, et de ses clercs. — 2 juillet [932] : anno XXXII imporii
domni Ludooici imperatoris. Donation en Viennois {Cart, de Saint-Bar-
nard de Romans, 2^ éd., n° 12). Cet acte a été écrit par Uboud, l'ancien
notaire de la chancellerie impériale.
4. Arles, [juin 933] : anno XXXIII régnante Ludoico rege et imperatore
filio Bosoni régis )k Concession par l'archevêque d'Arles (Albanès, Gallia
novissima : Arles, n* 244, daté à tort de 923, col. 99-100). — Aries, 18 juin
[934] : anno XXXIIII régnante et imperante Illudovico, plio Bosoni régis.
Concession parl'évêque de Marseille (Cart. de Saint-Victor, n<'1040; Alba-
nès, Gallia novissima, Marseille, n^ 64).
508 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xl^ SIÈCLE
que Louis était fils de Boson, pour éviter toute confusion : en Vien-
noise, la précaution est inutile, chacun y sait à quoi s'en tenir.
V. — Conclusions.
Voici les faits qui sedégaj;ent de Tétude précédente.
Les chancelleries secondaires, épiscopales et abbatiales, en Pro-
vence et en Viennoise, paraissent avoir établi correctement le millé-
sime ; elles étaient moins sûres de Tindiction et elles Tétaient encore
moins, semble-t-il, de l'ère impériale dans la dernière période du
règ^ne. L'erreur de calcul pouvait atteindre un manque de trois ans à
Avij^non, en 1)16, et de deux à Vienne, en 9"26.
Louis, fils de Boson, a été élu, puis sacré roi de Provence entre le
Ojuin et le 11 août 81K), peut-être même entre le 6 et le 22 juin, c'est-
à-dire, en définitive, le dimanche 7, le jeudi 1 1, le dimanche 14 ou le
dimanche 21 juin 890. Sa chancellerie emploie le style pisan de l'An-
nonciation sous la direction de l'archevêque de Vienne, Barnoin (•}-
UJ janvier 899; et l'autorité du notaire d'origine provençale, Arnoux,
soit pour la Viennoise, soit pour la Provence.
L'indiction parait avoir été anticipée d'un an sur le style moderne
pour continuer de cadrer avec le millésime également en avance de
neuf mois.
Le style pisan était alors également usité à Arles, mais sans antici-
pation de l'indiction.
Dès son arrivée, l'archevêque Rainfroy (28 janvier 899 ■}- 30 avril
907) fait adopter par la chancellerie du royaume le style de Pâques,
en prenant le millésime à la deuxième fête seulement, c'est-à-dire au
lundi. La date comporte généralement cinq éléments, c'est-à-dire le
quantième, le mois, le millésime. Tan de règne et l'indiction.
Louis ayant été appelé en Lombardie dont il fut couronné roi à
Pavie, le 12 octobre 900, sa chancellerie y est placée sous la direction
de l'archichancelier Liutward, évêque de Côme. Il n'y a que le
chef de la chancellerie de changé, en passant d'un royaume à l'autre.
Le souverain garde le même notaire arlésicn, Arnoux, auprès de lui.
En Lombardie, la chancellerie suit le style du 1" mars ; elle prend
l'indiction en octobre à dater de 900.
Sur ces entrefaites, Louis ayant reçu le diadème impérial à Rome,
le 15 ou le 22 février 901, le nouvel archevêque de Vienne, Rainfroy,
dirige désormais, avec le titre d'archichancelicr, la chancellerie pour
At>PENDICE DIPLOMATIQUE S09
le royaume de Provence, comme Liutward la dirigeait pour le royaume
de Lombardie. Cependant la compétence administrative de Tarchi-
chancelier se trouve limitée à la Viennoise et le notaire viennois Thion
dicte les préceptes pour ce pays sous sa direction. Le notaire Arnoux
est, de son côté, promu chancelier et il dirige, sous les ordres directs
du souverain, la chancellerie pour la Provence proprement dite, à
laquelle Louis avait, semble-t-il, annexé Turin et Asti pendant qu'il
possédait la Lombardie.
Le Valentinois dépend toujours de la Viennoise et, à ce titre, ses
affaires passent par le contrôle de Tarchichancelier, exactement comme
celles du Lyonnais et des autres cités non provençales. Kn 901, la
chancellerie impériale attend Noël pour prendre Tindiction : mais
Louis- ne tarde pas à rentrer dans le royaume de Provence et, par
suite, le style du 1*"' mars disparaît.
Rainfroy, étant mort, se trouve remplacé comme archevêque de
Vienne et comme archichancelier du royaume de Provence par
Alexandre ("J* 17 décembre 926). En même temps disparaît le chance-
lier de Provence Arnoux et Taulonomie de ce dernier pays. Toutes
les aiîaires sont désormais soumises à Tarchichancelier : il en était
ainsi sous Barnoin, mais alors Tarchevêque de Vienne avait un colla-
borateur d'origine provençale en la personne d' Arnoux. Avec
Alexandre, le notaire Thion reste préposé aux affaires viennoises ; le
chancelier Arnoux est remplacé, pour dicler les préceptes provençaux,
par le notaire (larnier, bourguignon de langue germanique. Ia\ Pro-
vence n'a plus de représentant auprès de la personne de Tcmpereur et
Tarchichancelier, avec l'aide de Garnier, crée tout un groupe de faux
destinés à faire disparaître Arles devant Vienne.
Alexandre reprend le style pisan usité précédemment par Barnoin ;
toutefois, il n'y a pas anticipation de l'indiclion qui est prise en sep-
tembre. Le notaire Garnier supprime le millésime dans la date qui
conserve, comme éléments, le quantième, le mois, l'an de règne et
l'indiction.
En somme, chaque archichancelier apporte son style à la chancel-
lerie ; sous sa direction, le notaire dicte les préceptes à ses divers
expéditionnaires : plus exactement, celui-ci établit la minute du pré-
cepte que l'un des expéditionnaires sera chargé de grossoyer. Quelque-
fois, cependant, le notaire se charge d'expédier lui-même le précepte.
Sous Rainfroy et pendant les premières années d'Alexandre, il y a
310 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll* SIÈCLE
deux notaires au lieu d'un : le premier dicte les préceptes pour la
région viennoise, le second pour la région provençale. Mais, il faut le
répéter, sous Rainfroy, le notaire de Provence était indépendant avec
le titre de chancelier; sous Alexandre, il dépend de Tarchichancelier.
Les faux à peine commis, le notaire Garnier disparait : de même,
son collègue Thion dont Tâge devait être déjà avancé. I^e neveu de
celui-ci, Uboud, les remplace tous deux. Ce dernier supprime en géné-
ral Tindiction dans la date ; il ne conserve que le quantième et le mois,
avec Tan de règne. De plus, il inscrit Vactum du lieu dans la date.
L'organisation du personnel revient à ce qu'elle était au début du
règne, sous Barnoin : mais alors, c'était un nol^aire provençal qui éta-
blissait les préceptes du royaume entier sous l'autorité de Tarchevêque
de Vienne. Maintenant, c'est un notaire viennois qui les établit sous
la même autorité. Quand l'archichancelier vient à mourir, le notaire
prend directement les ordres de l'empereur pendant l'intérim. Il les
prend de même, quand le précepte doit concerner un prince de la
famille impériale. On ne connaît aucun précepte émané de Sobon
comme archichancelier.
Louis l'Aveugle étant mort et ayant été inhumé le 5 juin ^8, sa
chancellerie disparait, bien entendu ; mais les chancelleries secon-
daires mentionnent son règne en Viennoise, jusqu'en juillet 932, et en
Provence jusqu'en juin 931.
Comme style, Barnoin a fait suivre le pisan, Rainfroy celui de
Pâques et Alexandi^, de nouveau, le pisan. La date de la chancellerie
royale comportait cinq éléments au début, puis seulement trois en
omettant le quantième et le mois. La date de la chancellerie impériale
se simplifie de plus en plus : elle comporte cinq éléments sous Rain-
froy, quatre du temps de Garnier et trois seulement du temps d'U-
boud qui fond le datum et Vaclum en une seule phrase. Les préceptes
solennels peuvent cependant recevoir une date plus complète que les
autres. Parmi les préceptes datés du quantième, qui ont été étudiés ou
mentionnés plus haut, il en est de tous les jours de la semaine, sauf
du dimanche. Par exception, un précepte solennel a été délivré le
jour de Pâques et on en a un autre du jour de Noël : le souverain
tenait évidemment à faire coïncider certaines grâces spéciales avec ces
grandes fêtes. Les préceptes ordinaires sont donc délivres tous les jours,
sauf le dimanche: mais il yen a, semble-t-il, un nombre prépondérant
qui datent soit du premier, soit du dernier jour de la semaine et, par
APPENDICE DIPLOMATIQUE 511
contre, il n'y en a presque point du vendredi. En effet, 4 datent du
lundi, 2 du mardi, 2 du mercredi, 2 du jeudi, 1 seul du vendredi et 5
du samedi.
Kn ce qui concerne le personnel, Thistoire de la chancellerie du
royaume de Provence comprend quatre phases et elle se résume en une
élimination prof^ressive de Télément provençal au profit de Tèlé-
ment viennois. De 890 à 899, il y a collaboration administrative
entre les deux pays qui composent le royaume : Tarchevéque de
Vienne contrôle et le notaire arlésien dicte tous les préceptes, soit
pour la Viennoise, soit pour la Provence.
De 899 à 907, il y a séparation administrative des deux pays et
chacun d*eux a son notariat autonome. L*archevêque de Vienne con-
trôle et un notaire viennois dicte les préceptes relatifs seulement à la
région viennoise. Le notaire arlésien, avec le titre de chancelier, dicte
les préceptes relatifs à la Provence sous les ordres directs du souve-
rain.
De 907 à 912, il y a sujétion administrative de la Provence à la
Viennoise, mais le notariat assujetti de Provence subsiste. L'arche-
vêque de Vienne contrôle tous les préceptes : un notaire viennois dicte
ceux de la région viennoise, un autre notaire, d'origine étrangère à la
Provence, dicte ceux de la Provence.
De 915 à 927, il a absorption complète de la Provence dans les ser-
vices de la chancellerie. Le notaire de Provence, même dirigé par un
étranger, n'existe plus. Un seul notaire, viennois, dicte tous les pré-
ceptes, soit pour la Viennoise, soit pour la Provence.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
I
24 novembre [979?].
Don par le comte Boubaud et son frère Guillaume, au monastère
Saint-Pierre de Psalmody et à Vahbé Garnier, de V église Notre-
Dame, au village de Vergerio, dans le pays dWix, quils tiennent
en alleu, avec son cimetière et la moitié des dîmes qui en
dépendent.
A. Original perdu. — B. Transcription du xvii« siècle : Cartulaire de
Psalmody (Arch. du Gard, Il 106, f»* 21 v«-22 r» : « Carta Rodbald
comitis de Ecclesia Sanctœ Mariœ de Vergerio. »
Dum fragilitas humani generis pertimescit vltimum vitœ tempus
subitanea Iraiispositione veiiturum, oportet ut non inveniat vnum-
quemque imparatum ne sine aliquo boni operis respeclu migret de
seculo, sed, dum in suo jure et potcslate consistit, preparet sibi viam
salutis per quam ad œternam valeat beatitudinem pervenire. Ideoque,
in Dei nomine, Rodbaldus cornes et Guillclmus frater meus, pro reme-
dium animas nostras et de genitoribus nostris et remissionem peccato-
rum nostrorum, ut veniam in futuro consequi mereamur, cedimus
alque donamus ad locum sacrum Sancti Pétri, qui est in insula Psal-
modîensi hujus monasterii vel Sancti Juliani, ubi Warnerius abbas
preesse videtur, et ad monachis ibidem Deo famulantibus, tam presen-
tibus quam futuris, nos ergo pariter donamus eadem ecclesia [
vel ad ipsos] monachos, aliquid de alo-
dem [nostrum, qui nobis legibus obvenit, in pago Aqu]ense, in villa
quap dicitur [Vergerio ] vel
ecclesias Sancta^ Maria?, cum cimeterio vel medietatem de décimas
qui ibidem pertinent, habet ipse nionasterius in circuilu ecclesia* tam
Mém. et Doc. de VÉcole des Charles, — VU, 33
31 i LA PROVENCE DU PREMIER AU XII*^ SIÈCLE
(lesuper quam et desubtus, de ambasque partes de oriente et de occi-
dente, dextros XLIlll, de cercio dextros V^I et, de meridie, dextros
XXVI II et in alio loco, subtus ipsa uilla, campum I prope uiam
publica, qui uenit de Viuarolos, qui confrontât in ipsum campum et
vadit ipsa uia ad Canelo et habet ipse campus, de oriente, dextros
LXX*V, de occidente, dextrosLII, de meridie, habet dextros C, de cir-
cio habet dextros CXVII. Ista omnia suprascripta donamus ad domno
nostro Sancto Petro [. . ^ ] et ad proprium tradimus cum
omni voce [ ], per remedium animarum
noslrarum, ut, quando venerimus ante conspectum Domini, dignam
mereamur inuenire retributionem et vos monachi pra»scntes, qui ad
ipsum altarium adstatis in seruitio vel illi qui posl obitum noslrum
successuri erunt, ipsum alodem suprascriptum eemper omnique tem-
pore habeatis uel teneatis in uestra communia et, si abbas de ipso loco
vel ullusqualisqne homo de ipsa communia abstrahere volueritvel fece-
rit, impriniis iram l)ei omnipotentis supra illum incurrat et a liminibus
sanctaî I)ci ccclesia' extrancus fiât et cum Juda Iradilore, qui Domi-
num tradidil, in infernum pcrnas habeat et substineat et cum Datan et
Abiron particcps fiat et habeat lepram sicut Naaman syrus et fiât ille
nialediclus et cxcommunicatus in secula seculorum, amen. Sic fiat et
insuper non valeat vindicare quod repetit, sed componat ipsum alodem
suprascriptum duplum melioratum et inantea presens donatio ista
firma et stabilis permaneat omnique tempore et omnem firmitatcm
cum stipulatione subnixa. Facta carta donatione ista in mense nouem-
brio, octauo calendas deccmbris, anno XL" régnante Conrado rege
Alamandorum. Signum Hodbaldus comes qui banc cartam donatione
[fecit ] et testes firmare rogauil. Signum Guillclmus.
Signum Aldeberto. Signum Bonifilio. Signum Amico. Signum Poncio.
II-III-IV-V
juin [981].
Don, par Guillaume comte de Provence et sa [première] femme
Arsinde, au monastère de Montmajour, de ce qu'il possède dans le
village de Pertuis^ comme donataire dEngelran^ évêque deCavail-
Ion y et de Nouvion, vicomte de Cavaillon.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 513
Avignon, 25 septembre 1000.
Confirmation de ce don par Alix [deuxième femme et veuve du comte
Guillaume]^ ainsi que par leur fils Guillaume^ en présence dAmal-
rie, archevêque d'Aix.
1002.
Don par Roubaud, comte de Provence^ et sa femme Ermengarde à
Montmajour, de ce quil lient à Pertuis par précepte du roi. Con-
firmation de ce don par son neveu Guillaume et sa belle-sœur la
comtesse Alix.
4 août 1018.
Don par Raynaud, Guillaume et Leufroy, à Montmajour^ de la moi-^
lié du territoire de Pertuis qu'ils tiennent en usufruit,
A. Originaux perdus, — B. Transcription du xvir siècle : Chantelou,
pp. 56-57, 90-91, 72-73, 127-128.
816
LA PROVENCE DU PREMIER AU XU^ SIECLE
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PIÈGES JUSTIFICATIVES 517
VI
[Avignon], 29 août [993].
Don, par Guillaume, comte de Provence, sa femme Alix, son frère
Roubaudy son fils Guillaume, au monastère de Psalmody et k
Vabbé Garnier, des deux églises des saints Côme et Damien et de
Notre-Dame de Candillargues au terroir de la cité de Maguelone^
dans la banlieue du château de Sustanson,
A. Original perdu. — B. Transcription du xvii« siècle : Carlulaire de
Psalmody (Arch. du Gard, H 106, f" 15, avec la rubrique : De ecciesia
sancti Cosmœ et sancti Damianiet sanctae MarUe, et, h la fin : ExplicU),
Dum quis consislet homo in hoc seculo, de futuro semper débet
tractare ut, quando ad suum venerit transilum, porta; ei aperiantur
justitiae. Quamobrem, ego Guillelmus cornes et uxor mea Adalaiz et
germanus meus Rodbaldus et filius meus Guillelmus cogitavimus ca-
sum humanaî fragilitatis, Deo propitiante, sana mente integroque
consilio, hune testamentum nostrum brevi annotatione lieri eligimus
ut, quando e rébus humanis discesserimus et debitum compleverimus,
quidquid dederimus vel in hoc testamento nominatim expresserimus,
firmum et stabilitum omni tempore permaneat. Igitur pncdictus Guil-
lelmus comes et uxor mea jam suprascripla et frater meus Rodbaldus
et filius meus Willelmus donamus, propler reniedium animas nostrjis
et propter œternam bonam retributionem, ad monasterium qui dicilur
Psalmodium, qui est situs in pago Nemausensi ubi Rodanus vel Vitu-
salus Vesterque [iterj faciunt, quod constructus in honore sanctœ Dei
genitricis virginis Mariae et sancti Pétri principis apostolorum et
sancti Johannis et sancti Victoris et sancti Marcelli vel aliorum sanc-
torum necnon et sancti Juliani Cornelianicus ubi preest vir venerabi-
lis Garnerius abbas preesse videtur, ego jamdictus Guillelmus et uxor
mea jam suprascripla et germanus meus Rodbaldus et filius meus Wil-
lelmus nos pariter donamus, ad ipsas casas Deisuprascriptas, ecclesiam
qua; est consecrata in honore sancti Cosmœ et sancti Damiani et alia
ecciesia quae est consecrata in honore sanctie Mariie quéc est in ipsa
villa cum ipso clauso et cum ipsas mansiones. Et sunt ipsas res in
territorio civitatis Magalonensis, in suburbio castri Substantionensis
in terminium de villa Calditianicas, cum cellulis vel appendiciis suis
518 lA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE
et cum appendiliis suis et cum omnibus ndjacentiis et quidquid ad
ipsas ecclesias pertinet vel ad ipsas res suprascriptas, in taie vero
ratioue ut ipsi monachi, qui ibidem Deo serviunt, habeant in commu-
nia ipsi et successores illorum tam pncseutes quam et futures. Et, quis
contra banc carlam donalione ista vencrit ad inrumpendum aut nos
donatores venerimus vei uUa amissa persona qui contra banc cartani
donationc ista infrangere aut inquietare vel de communia abstrabere
voluerit, non vindicet quod repetit sed inprimis iram Dei incurrat et
deglutiat eum terra sicut deglutivit Datan et Abiron et babeat lepram
sicut Naaman sirus abuit et cum Juda Scariotb partem abeat in infcr-
num. Et, insuper, componatad Sanctum Petrum ipsas res suprascrip-
tas duples melioratas et inantea firma et stabilia permaneat omniquc
temporecum omni stipulalione intcrposita subnixa. Facta carta dona-
tione ista Illl calendas seplembris, anno septimo quod usurpavit Ugo
ad Carolum filium Ludovici regem.
SS. Guillelmus comcs et uxor mea Adalaiz et frater meus Rodbal-
dus et niius meus Wilelmus, qui banc carta donalione ista fieri jussi>
mus et manu nostras firmavimus et testes firmare rogavimus.
S. Gaucelmo ; S. alium Gaucelmo ; S. Odone ; S. Gairan ; S. Pon
tione; S. Alcber; S. Petro ; S. (iodrannus ; S. Bernardus; S. Ugone;
S. Rostagno; S. Pontione; S. Bernardus; S. Beraldo; S. Villelmus;
S. Gigone; S. Aymarico; S. Pontione vicario; S. Hotfredo vicario; S.
Pétrone clerico ; S. Nartollum ; S. Dominicus Pomellum ; S. Duran-
lius; S. Stcpbanus; S. Domine Eguarizia.
Ranbertus monacus scripsit.
VII
998.
Don par Guillaume, comle de Toulouse, sa femme Emma et leurs
enfants, au monastère Saint-Pierre de Psalmody et à Vabbé Gar-
nier, du quart de Saint- Julien de Cornillac au comté de Nimes.
A. Original parch. : 478""* large X541"° haut. Lignes à 14^» tracées
au verso; 25°»™ de marge à droite et à gauche; lettre de 3»™. Ini-
tiale de 14™"». Arch. du Gard, H 142. — B. Transcription du xvii* siècle:
Cartulaire de Psalmody, t. I, collationné sur Toriginal en parchemin
cotté n° 2j par Loys, conseiller et commissaire. Arch. du Gard,
II 106, ff. 81 ro-v».
Omnium regnorum prouisor & gubernator Deus, preuidens cuncta
ab initio seculi ad hoc mundi terminos, uoluit dilatare atque dispo-
PIÈCES JUSTIFICATIVES 519
nere ut queque génies | atque régna prîncipibus ac polestatibus domi-
narentur proprioque dominalui jure ierreno subjacerent. Emensis
denique pluriniis annorum curriculis, cum | mundus jam iongo tem-
poris lenore senescer&, suscepla Deus Deique filius nostrç humanita-
lis forma, interrogantibus utrum deberciur Cesari solui tributa | ,
inquiens dixit : « reddite ergo que sunt Cesaris Cesari & que sunt
Dei Deo ». Sacratissimum itaque eleclionis uas & multarum gentium
prudenlissimus doc | ton, inier cetera doctrinç suç moniia, ita premo-
nuit dicens : « omnis anima polestatibus sublimioribus subdita sit »
& ilerum : « non est enim potestas nisi | a Deo ». Que autem sunt,
a Deo ordinata sunt : itaque, qui potestati resislit, Dei ordinationi
resistit. Sicque, clementia Dei ordinante, Wilelmus comes Tho | lose
priEcellentissinus, presidens amplissima terrarum régna, inter alia
possid& Nemausensem comitatum ubi habentur satis ut credimus
Deo placita mo | nachorum cenobia, inter que etiam Psalmodiacum
Beati P&ri cenobium regimen ten& monasticum, celeb[er ub] errimis
agellulis atque aliis possessionibus | monachorum stipendiis adtribuiis,
adraodum vid&urreffertum. De quibus possessionibus, prefatus Wilel-
mus & uxor eius aliquam portionem | suo dominio r&inentes, uideli-
c& quartam parlem Beati Juliani non longe ipsi moiiasterio adiacen-
tem & justicias jamdicte uille Sancti Julia | ni, assensuni prebuerunt
ut, pro amore Dei, traderent ipsam quartam parteni cum omnibus
pertinentibus adiacentiis atque cum justiciis ex integro omnibus |
prefate ville & omnium locorum ad jamdictum monasterium perli-
nentium atque firmarent adipsum cçnobium& ad abbatem Warnerium
& ad ipsius loci | cohabitantes monachos&ad alios futuros perhenni-
ter ad abenda & ad usus monachorum proprie possidenda. Pro hac
autem donatione vel fir | matione atque guirpitione, amore habendi &
patienter possidendi, donauerunt abitatores supradicti cenobii Warne-
rius abbas & Amalricus | eo tempore priore & Rodulphus & Arnaldus
& cuncta congregatio ipsius loci, ad Wilelmum comitem & ad Emam
uxorem eius Ôc ad filios eorum | uidelic& Raimundum Ôc Aialricum &
Pontium & Bertrannum mille septingentos solidos, tali &enimmodo ut,
ab hodiernodie inantea, | habeant & teneant abbates & cuncti habita-
tores ipsius loci présentes & futuri nemine contradicente. Et, si fuerit
ulla potestas, quod absit, | comes uel comitissa, filius uel filii ucl uUa
quelib& persona [uolenjs, irrumpere hanc donationem uel firmatio-
nem, ut non sit perhenniter | ad ipsum monasterium ad usus monacho-
520 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE
rum ibi cohabitancium, sit anathematizatus & excommunicaius ex
parte omiiipolentis Dei & Beati P&ri | apostoli, cuius honore conse-
cratus uid&ur ipse locus & omnium sanctorum & ex potestate collata
atque aslipulaiione Froterii episoopi, ad cujus diocesim per | tin&
ipsc locus, & ex parle omnium episcoporum, abbatum, monachorum
& ceterorum clericorum, ita ut quisquis hoc nefas perp&rare ausus
fuerit, I a liminibus Sanctç Dei ecclesie in hoc scculo extraneus & a
cetibus omnium catholicorum se^^'regatus & in futurum nullam ueniam
repericnsigniinextin^ui | bili cumJudamagistri proditore &cum omni-
bus iniquis trndatur perp&ualiter cruciandus. F'acta carta donationis
atque guirpitionis ista | anno a passione Domini nongentesimo nonage-
simo .VIII., inditionc XII, instante feria .III., régnante Rotberto rege.
Signum Wilclmo | comité & uxore sua Ema, qui cartam donationis is-
tanimanibuspropriisfirmauerunt&firraari fecerunt. Signum Raimundo
filio Wilclnii. | Signum Aianrico. Signum Pontio, Signum Bertranno.
Isti omnes sunt filii Wilelmi. Signum Ricardo uicecomite. Signum
Armando de Viuario. Signum Hugo | ne. Signum Emenone. Signum
Gaucelmo cum filiissuis. Isti omnes donationem istam & guirpitionem
oculis uiderunt & manibus propriis firmaucrunt. | Signum FROTlv
RIO episcopo. Signum Atone pâtre eius. Signum Rostagno cum filiis
suis. Signum Vgone fratrecius cum filiis suis. Signum Gauzfredo cum
nepotibus | suis. Signum P>amaldo. Signum P&rone Pontione. Signum
Bernardo & fratre suo P&rone sacresUno | RICARDUS MONACHUS
SCRIPSIT. I
VIII
1004.
Don par Amie et Lambert, frères, leurs femmes Bellelrude et Lié-
garde, leur mère Bonne fille, au monastère Saint-Pierre de Psal-
mody et à Vahbé Garnier, de Vaugines, dans le comté d'Aix,
pour le repos de Vàme de leur père Annon,
A. Original perdu. — B. Transcription du xvn« siècle : Cartulaire de
pHalmody^ l. I, collationné, sur extraict tiré du mesme liure, par
moy« lieutenant, conseiller du Roy et commissaire député soub-
signé. Peyret, lieutenant et commissaire. Ne varietur : Loys, con-
seiller et commissaire (Arch. du Gard, H 106, ff. 18 v»-19 r« :
Caria de valle Amala, hoc est valle Jouina),
Inspirante omnipotentis Dei clemenlia, cuius bonitatis sinus eo
usque dilatatur ut omnes homines cupiat saluos fîeri et ad agnitionem
PIÈCES JUSTIFICATIVES S21
veritatis venire, radiumque sui luminis non solum super justos verum
et super iniusios precipit oriri ac pluit super insontes sontesque, qui
etiam eadem inefîabili bonitate sua in tantum nos dilexit, ut unicum
filium suum pro nobis traderei, qui ore benedicto iter nobis, per quod
ad celestia scàndere valeamus, ostendere est dignatus, dicens : « facile
vobis seculos non veterescenles Ihesaurum indefîcienlem in cœlis,
ubi neque erugo neque tinea demolitur et ubi fures non effodiunt nec
furantur. » Itemque : « date », inquiens, « elemosinam et ecce omnia
munda sunt vobis. » Cuius amore succensi, ego, in Dei nomine, Bona-
filia et ego Amicus et uxor mea Belletrudes et ego Lambertus et uxor
inea Leodgarda, nos omnes, de salute animarum nostrarum solliciti
ac de instantis judicii diem pauidi, in qua omnes audituri sunt ini-
qui : f' discedite a me omnes operarii iniquitatis, quia esuriui et non
dedistis mihi manducarc, sitiui et non dedistis mihi bibcre, hospes
eram et non collegislis me » et cjctera quœ secuntur improperia, ad
ullimum : « ite maledictiin ignem a^ternum, qui paralus est diabolo et
angelis eius. » Ut banc horrendam sententiam euadere valeamus et ut
ab hoc auditu malo non timeamus, sed potius cum his qui ad dexte-
ram segregandi erunt : « Venite benedicti Patris mei, percipite
regnum quod vobis ab initio mundi prépara tum est » audire merea-
mur et cum eis in œterna illa patria regnare possimus, facimus nos
omnes suprascripti banc elcmosinariam cartam cum filiis ac filiabus
nostris, tam presentibus quam futuris, omnipotenti Domino et sancto
Petro apostolo Psalmodiensis monasterio ac domno abbati Warnerio
cuncteque congregationi sue de ipsam vallem, que est in comitatu
Aqueuse, que vocatur Amata, vbi multi fontes oriuntur et habet ter-
minationes ipsa vallis, de uno latere via publica que discurrit de cas>
tro Cucurone in valle Spéculum, de alio lalcre sicut ascendit de ipsa
via per cacumina montium vsque in superiore monte, ita vtaqua dis-
currit in ipsa valle, de alio vero latere sicut de priedicto superiori
monte descendit supra ipsam rupam quam vocant Juuinam et discur-
rit super ipsa pineta vsque in iamdicta via publica. Hhîc omnia,
id est ipsam vallcm, cum omnia quœ ad eampertincre videntur, quan-
tum nos habemus vel pro aliqua qualicumque voce habcre debemus,
pro animabus nostris et pro anima senioris ac patris nostri Annonis,
de cuius hereditari iure hec et alia nobis plura obuenerunt, aliorum-
que parentorum nostrorum, viuorum scilicct ac dcfunctorum, cum
omni integrilate cedimus, tradimus atque donamus et de noslro iure
522 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE
in omnipotentis Dei vel sancti Pétri apostolorum principis, cui col-
lata est potestas in celo et in terra ligandi et soluendi, domnique
abbatis Warnerii ac monachorum eius transfundimus ditione eadem-
que ratione eoque tenore vt idem locus ab eis construatur ad laudeni
et gloriam saluatoris nostri Jesu Xpisti domini, ita vt serui eius regu-
lariter viuentes inibi semper inhabitent prout facuUas possessionis
consenserit vel locus potuerit et ut serui Dei, abbates scilicet ac
monachi, présentes ac secuturi, pro nostra omniumque salute fide-
lium semper intercédant, quatenus penas euadere queannis inferni ac
polorum C(L*tibus, auxiliante nos Domino, mereamur interscri. Sane, si
aliquis ex nobis aut ex heredibus vel successoiibus noslris aut aliqua
potestas seu cuiuslibet generis vel ordinis Homo contra hanc scriptu-
ram insurgere voluerit vel eleemosinam ac donationem istam îrrum-
pere conatus fuerit, inprimis omnipotentis Dei iram vel maledictionem
incurrat et sancti Pétri apostolorum principis omniumque sanctorum
Dei sit extraneus ac segregatus a consortio omnium sanctorum sitque
damnatus et adgrcgatus in numéro reproborum [et maledictorumj et
hiereticorum et in inferno damnatorum, cum Juda scilicet tradi-
tore, cum Simone etiam mago cum Arrio dcnique et Sabellio, qui
sanctam TriniUitem blasphémantes perierunt, et neque in hoc seculo
neque in futuro remissionem accipiant. Amen. Et insuper reddere
rogantur in vinculo auri libras ccc*" ac de reliquo scriptura isla
(irma stabilisque permaneat in perpetuum. Facta carta ista eleemo-
sinaria, anno incarnationis Domini millesimo quarto, indictione ter-
tia, régnante Rodulpho rege Alamannorum siue Prouincia;. Signum
Amici. Signum Lamberti. Signum Bonalilia. Signum Bellitrudes.
Signum Leodgnrda. Lambertus filius Amici firmauit. Vgo firmauit.
Petrus firmnuit. Amiens firmauit. Rodulfus firmauit. Adalbertus fir-
mauit. Tcodtfanus firmauit. Hanbertus monachus scripsit.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 323
IX
1008.
Don par Engelran, évêque de Cavaillon, du conseil de ses chanoines,
à l'église Saint-Marcel sur la Sorgue, ruinée par les barbares, de
quelques biens voisins d'elle^ dépendant de Saint-Véran de Cavail-
lon^ cest'k-dire des terres et des vignes sis aux lieux dits Tovos et
Rondalone ; de plus, l'eau de la Sorgue depuis le pont jusqu'à la
roche qui domine cette eau, les dîmes dépendant de Véglise de
Saint-Saturnin et, dans Cavaillon^ une maison, avec la prébende
canoniale que tient le prêtre Christian, Venant, ensuite, dans le
monastère de Notre-Dame et Saint-Véran, t évêque prie la dame
abbesse Berthe, pour l'amour de Dieu et de saint Marcel, de
mettre, dans l'église ainsi dotée, des vierges sacrées sous la règle
du très bienheureux Césaire et de celle-ci, déférant à sa demande^
lui donne pour Saint-Marcel trois de ses vierges, dame Apollonie,
dame Fritgarde, dame Barnéoude, pour y élever un monastère de
filles, sous la règle de saint Césaire; ce monastère restera soumis
à l'autorité de V abbesse Berthe de Saint-Véran, sa vie durant, et,
après elle, il se choisira une abbesse particulière, du conseil de
f évêque de Cavaillon.
Confirmation immédiate de ce don par Pons, archevêque d'Arles, et
par le vicomte [de Cavaillon] Jsnard.
Confirmation postérieure de tout ce que dessus par les vicomtes
Bainaud, Guillaume et Leufroy, par l'illustre comte Guillaume,
Confirmations successives par les évêques de Cavaillon Clément,
Baoux, Disdier, Bertrand^ Pierre Amie,
A. Original, parchemin : 290"°* do large X 770"«« de haul. Lignes
tracées, au verso, à la pointe sèche, distantes de lO'*»". Lettres de
2mm. marges de 20™" à dextre, de 20"" à sénestre, de 30"™ en
haut. Le scribe ponctue très soigneusement. Il emploie 1\^ le plus
souvent, mais quelquefois œ, par exception; il emploie le & et lie,
en capitales, les lettres NT dans Tintérieur des mots. Au dos, cote
du xv« siècle : Fundaiio antiqua ecclesie Sancii \ Marcelli de super
Sorgia. Puis, cote du xvii* siècle : K. | 1008. Donnation faicte par
Engilram | ou Anguerran, euesque de Cavaillon. à l'église de Saint-
Marcel, scituée au bort de la Sorgue | des pièces et propriétés y
désignées | et confrontées. | Cauaillon, | n<> 2. | Fondations. |
Armoire des titres généraux, | 4* tiroir, 19* liasse » | (Arch. dépar-
tementales de Vaucluse, E. Duché de Caderousse).
In nomine DomiNI T^ostri Ihesu Xpi5^i. Dum calholica & apo^tolica
521 LA PROVENCE DU PREMIER AU XU*^ SIÈCLE
auctoritate persislimus, non acliua sed con | lemplatiua uita perscru-
tare debcmu^ [dijccnte Domino : « dum in hoc seculo uiuimus, bonomm
operum operando cessare non debcmus ». Et, ideo pc^rficiamus in hoc
présent! seculo ut, in futuro, cum sanc7is mereamurportionem habere,
I testante Salomon : « bene fac iusto& inuenies r&ributione niaf^na,si
non ab ipso, certe a Domino ; no[n] | est bene qui assidue est
malus & elcmosinam non danti ; &, qui domum Dei aedifîcat,
infernum non tini&, | certe domus Dei domus oralionis uocabi-
tur » ; Apostolo teste, qui ait : « dum tempus abemii^, quod lic&,
modo debemu* | cogitare quod non lic& » ; sicut in lege patrum
antiquorum legimus : « diHgamus domnium Deum ex toto corde &
ex I tota anima & ex om/ii mente », ut, cum exlrema dies aduenerit,
audiamus eum dicentem : « uenite bene | dicti palris mei, perci-
pite regnum quod uobi'« paratum e^^ ab origine mundi ». Tune ego
[Injgilramnus, tpiscopus sanc/e] | sedis Gauillone/isis, audiens hanc
seriem scripturarum, tactus amore diuino, cogitaui casu anime
meae, | ut Deus omnipo/ens dimittat omnia peccata mea per interces-
siones sanctoruni uel orationes sacerdotum atque sacrarum uir | gi-
num, dono aliquid, de rébus beatissimi Uerani confessons Xpi«fi, ad
aecclesiam sancd Marcelli almi martiris, | qui est sita in ripam Sor-
giae & a barbarorum gente solatio destituta. Et hec e*^ dos, in ipso
episcopatu | , iuxta ipsam aeccle^ia, terra cum orto & mansos &
clauso & molinos et exegos & plateas in circuitu pertinentes. Ab& |
ipsa terra, per longum, destros CXXX &, in uno fronte cum clauso
de uinea antiqua & prato ibidem tenente | , destros XXVII IJ. Et, de
alio fronte, destros XIII & torrente de ipso molinos usque in uia pu-
blica. Con | sortes, de uno latu5, ipsa uia, de alio latu5, fluuium Sor-
gia & in ipso monte, super ipsa aeccle^i'a, in loco que uocant |
Touos, de uinea culta, petia una qui ab&, per longum, destros LVII,
de uno fronte, destros XX, de alio uero | fronte, XVII. &, in alio
loco, ad monte que dicunt Bondalone, de uinea culta, pecias dues inier
duo I loca. Ab& una pecia, in uno latu^, destros XVIII, in uno
fronte, XIll, in alio latu5, similiter. &, in alio fron | te, similiter.
Consortes, de très partes, terra Sa/ic/a Maria, dequarta uero,Oddone
& Riculfo. & alia p&ia ab& | , per longum, destros XXI , de uno
fronte, XIII, de alio uero, similiter. Consorles, de ambos latu5, Belal-
do, de ambos | frontes, terra Sanc^a Maria; uel si quis [alii] sunt
consortes. & dono aqua Sorgia, ad opus earum, de ipso ponte usque
PIÈCES JUSTIFICATIVES
828
I ad incisa roca que est super ipsum fluuium [&] décimas que perti-
nent ad aecclesf'am Sânc^i Saiurnini. &, in ciuitate Gauillo | ne, una
mansione cooperta, cum terra, cum curte & exago. Et ab& ipse man-
sus consortes, de uno latus, Xpi«/ia | no pre^biVero, de alio latus,
Archimberto [uel] heredes suos, in uno fronte^ Albarico pre^biVero, in
alio, uia publica. | Et dono ipsa canonica, quod Xpistianu^ pre^bi-
ter tenet, cum totis apendiciis. Poslea, uero, uenit domnus epwco-
pus Ingil I ramnus in monasterio Sancte Marie & Sanc^i Uerani (?),
rogauit domna abbatissa, Berla nomine, ut, pro amore Dei omnipo-
lentis I & sancl'i Marcelli, loca eorum preslar& solatio; &, subtus
regulam sanct'i bac beatissimi Cesarii, ibi sacras uirgines con | gre-
gar&. Quam, ut audiens, domna abbatissa cessit illi p&icionem
suam. Dédit, in ipso loco Sancti Marcel | li, très de sacratas uirgi-
nes, quarum bec sunt nomina : domna Apollonia, domna Frit-
garda, domna Barnilde | ; dédit & uuirpicionem fecit, in manu domno
episcopo Ingilramno, eotenus ut ibi cenobium puellarum constru | ant
& cum régula beatissimi Cesarii diligenter uiuant ; &, du/n domna
abbatissa Berla uiuit, iugum teneat ; | post obitum suum, nullum
monasterium se subiug&, sed, ipsas inter se eligant unam qualecum-
que uoluerint, cum | consilio domno episcopo sedis sanctae Cauillo-
nensis. Sane, si quis ulla opposita persona, qui contra banc causam
do I nationis scu absolutionis locum irrugere, destruere & inqui&are
& de régula sacrarum uirginum | obicere uoluerit, prinii7us ira/n Dei
om/iipoten^is incurrat & sanclorum mérita, si episcopus^ cum luda
traditore dampn&ur & | cum Fotiiio & Sabellio, si pre^biter, cum
Arrio particip&ur, si leuita, cum Iuliano apostata, si clericus, cum
eis qui | dixerunt domino Deo : « recède a nobi5, scientiam uiarum
tuarum nolumus », si laicus, qualib& persona, cum Anania ' & Sa-
phira & cum Pilato & Cayphan. & insuper sit analema^ maranatha,
&, postea, non uindic&, sed conpo | nat in uinculum auri obtimi libras
C &, inantea, monaslerius ille, cum ip^is as res quod superius dicit,
fîrmus & I stubilis & integer permaneat omaique tempore. Rogo
Ingilramnus ego, q[ui dicte sedijs [exi]g[uu]s episcopus peccator & |
indignus, domnos possessores meos, uos qui post me eritis, ut non
tristetis de hoc, sed magis magisque gau | dete &, secundum quod
ue*^ra nobilitas est & uester decus, obtate ipsas uirgines in iilias,
1. La IcUre e est surmonléedii signe h.
326 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll' SIÈCLE
(iiligitc & honoraie cas. | Ego aulem minimus sum uobt5, fragilis et
pauper, non possum amplificarc ma gis hune locum, scd tanlumli | be-
ro & soiuo, ut nulia dominatio homini ibi liât, nisi dominis posses-
soribus meis, qui ipsum locum consiliu/)i prévient & benc studeant
ipsas sacras uirgines & doceant regulani beatissimi almi Cesarii
conîessorîs, Consi | derate, k^m^imi, quia dies illa iudicii inigna &
terribilis instat ; pretereunt dies no«/ri & uelociter aduenit | prccla-
rus aduenlus Domini. Jani, crebro sono, nos ortatiir & dicit, prius-
quam liostium paradisi claudatur, unusquis | uestrum cito proper&
ut introcat in a&ernum cum domino regn&. Pracparate uosmetipsos,
ut uidcatis inmortalem | sponsum et possideatis régna celoriim.
Ecce mater nostrà Iherusalem cum magno afrectu, clamât ad nos &
dicit I : (c uenite, fili mei dilectissimi, uenite ad me. » Ilanc uocem
mereamîni audire, ipso prestante qui cum Pâtre & SpiW/u sancio
I uiuit & régnât in secula sec/ilonim, Amen. Facta carta, ut ad
salutem pn)fîcer& animarum, firmata et coroborata | anno incarna-
tionis dominice millesimo VIII, indicione VII. I)omnii« Ingilramnus
ep/.?co/)Ms scribere | fecit, cum consi lio canon icis sa/ic^e sedis Cauil-
lonensis, & manu propria lirmauit & firmare fecit suis | canonicis :
domni Albarici, domni Rudoini, domni Teuderici, domni loba/i/ii,
domni Bertrtiudi^, domni Ger | runcH, domni Appollonii, domni
Oddoni, domni Uuigoni, domni Stephani, domni Pontioni,
domni Geyraldi, domni Xpt^dani. Domnus Pontius archiepi>co/)iis
Arelatensis lirmauit. |
Ysnardus ^ uice comes lirmauit. Rodstagnus de Opeda ùrmauiL
Siluius de Saumanna lirmaui/. KIdegerius de Corteudone ^ Virmaull.
I Ingiramnu* pre^biVer firmaui'/. Kldramnus preshiler i\rmauii, Ber-
mundu^ clcricu^ firmaui/, Rodstagnus de Auribello lirmaiiiV.
Leutfredu5 VirmauH, Bernardus iirmauit. Ingilerius firmamV.
Glemens clericus firmauiV. Vdalbertus firmaui/ ^. |
Rainaldus^ uice chomis /îrmauit. Wilelmus uice comis /îrmauit
Leufredus uice comis /îrmauit. |
4. SiCf pour Bertrandi,
2. D'abord Costeudone ; le scribe a corrigé s en r.
3. Depuis Ysnardus }usi{u'k Auribello firmauit, de la niômc encre; mais,
d'une main plus serrée.
4. Les souscriptions deClemens cl d'Udalbcr tus sont d'une encre grise
et, chacune, d*une main difTérente.
5. Les souscriptions de Bainaldus, Willelmus, Leufredus sont d'une
encre jaune.
PIÈCES JUSTIFICATIVES , 527
VVilelmus ' inclitus comis ^rmauit. |
ALbaricus preshiler scripsit. |
& ^ POSTEA DOMNUS ClEMENS EPlSCOpUS SBTlCtx SEDIS CAiriLLONENSlS
UOLUIT & CONSBNSIT & FIRMAUIT | & UUIRPITIONE/ll FECIT IN MANU DOMNA
ABBalisSA AGELRURGA IN HONORE Sanctl MaRCELLI UARtyrîS, \
DOMNUS 3 RODVLFVS Incli tus ipiscopuS voluit, consensit
ATQUe FIRMAUIT. |
DoMNUS DiSDERIUS EPlSCOpUS SIMILITer FIRMAUIT. DoMNUS BeRTRANDII5
EPlSCOpUS SIMlLITCr FIRMAUIT. DOMNU« PeTRIS I AmICUS EvisCOpUS DIGNÇ
MEMORIE FIRMAUIT. |
1. Celte souscription est d'une autre main.
2. Pour ce paragraphe, autre encre, autre main.
3. Chaque souscription de ce dernier paragraphe est d'une main diiïc-
rente.
TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE I«'
LA PROVINCE ROMAINE ET BARBARE (VERS 420 AV. J.-C.—
536 APR. J.-C).
I. La province proconsulaire et prétorienne (vers 120 av. pages
J.-C.-VERS 267 APR. J.-C.) 1-6
IL La Narbonnaise et la Viennoise (vers 267-450) 6-14
III. La Provence gothique et la Viennoise bourguignonne
(450-536) 14-25
CHAPITRE II
LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICES (536-751).
I. La Provence franco-auvergnate et la Provence franco-
boumguignonne (561-679) 26-28
§ l""*. Les Icrres adjacentes, enclaves de la Provence bour-
guignonne 28-35
§ 2. Les postes militaires auvergnats aux frontières 35-37
§ 3. Les saints auvergnats protecteurs des frontières et les
légendes provençales 37-70
II. La Provence franque et les derniers patrices (679-751) . . . 70-72
CHAPITRE III
LA PROVENCE CAROLINGIENNE (751-879).
I. Le roi-patrice et les comtes (751-840) 72-75
IL Lhs duchés carolingiens de Provence et de Lyonnais (840-
879) 75-81
CHAPITRE IV
LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS (879-948).
I. Lutte de Vienne contre Arles pour la primauté 82-90
IL Le comte viennois Thibert vicaire du roi dans le duché
DE Provence (879-908) 90-101
III. Le marquis de Viennoise Hugues, duc de Provence (911-
928) 101-124
IV. Le roi de Lombardie Hugues, duc de Provence, et le
trône de Provence vacant (928-934) 124-132
V. Le duché de Provence au royaume de Bourgogne et en
possession du roi de Lombardie Hugues (934-947) 132-150
VI. Les comtes d'Arles (926-948) 150-162
Méni. et doc, de l'Ecole des Chartes. — VIL 34
530 LA PUOVE.NCK DU PREMU:K ai: XII** SIÈCLE
ClIAPITHK V
LE HOYALME 1)K BOUHGOGNE-l^HOVKNCE (1)40-1032) ET LA
MAHCllE DE PUOVENCE i070-1174).
\. LiMITKS I)H LA PuOVENCE MKUIKVALE 1C3-166
§ l«•^ Liiniles occiclonltilos 100-108
S 2. LiiiiiU's so|)U'iilrionales 100-170
§ 3. L'uni los siurccssivrs de l'Em!)riinais 170-187
§ 4. Limilos orirnlaK-s 188-100
|5 r». Limitos nuM'idionales 100-191
S 0. Limilos des trois provinces ecclésiastiques proven-
çales 191-198
II. Les comtes d'Avkinon, li:s comtks n'Ain.Ks, i.ks comtks de
Glam»kvk (OtO-070) 108-207
III. L'oiiKiiNi: ai;veiu;natk ou .maconnaisk ni-: Hoi'baid, pkre
DES comtes h'AhLES ET D*Avi(iNON 208 -221
IV. Gril-LAIME, PHEMIEIl COMTE DE PllOVIINCE ET PHEMIEU MAR-
Qiis (07(U993).
s 1'^ Guillaume comte de Provence .070-970) 222-233
î; 2. L'érection de la marche de Provence 070) 233-236
S 3. L'expulsion des Sarrasins par le manpiis (083; 237-250
Jî 4. Le rôle administratif du manpiis 251-253
Jî ;i. Les deux femmes du manpiis Guillaume 254-258
§ 0. (juillaume, mari d'Arsinde, n'est pas dilTérent de
Guillaume, mari d'Alix 250-260
V. HornAiJD MAityris de Piiovenc:e (OOi-vers 1010; 200-268
VI. Guillaume MAiigns de Provence (vers 1010-lOiO) 268-278
VIL KoULyrES-HERTRANDD'AvKiNON ET (ïEOKFROV d'ArLES, MAR-
QUIS DE Provence (vers 1040-vers 1060) 278-294
VI IL Guillaume Hertrand et Geoffroy d'Avkinon, marquis
DE Provence (vers 1000-vers 1005) 29i-300
IX. Hertrand d'Arles, marquis de PRovENr:E (vers 1005-vers
1003) 300-303
X. Haymond de Toulouse, marquis de Provence (1004-1105} 30^-312
XL Les PARTAGES de la marche en trois marquisats, comtés de
Provence, de Forcah^uier et de Venaissin (l 105-1 17i). 321 -328
CII APITHK VI
LA HIÉHAHCIIIE ADMIMSTHATIVE DANS LE RÉGIME FÉO-
DAL (733-1 I03j.
I. Lus jr (iES DE Provence (733-lOfO| 320-344
IL Les vicomtes des cités de la récion d'Avignon ^016-1105).
§ l*»". IIu<;ues vicomte dans Avi«»;non scms Boson comte
de Vaison (010 3*4-345
§ 2. Nivion vicomte à (^availlonsous Guillaume cl Boson
comtes d'Avi^nion ;;049-900) 345-351
TABLE DES MATIÈRES 531
§ 3. Brémond vicomte sous Roubaud comte d'Avignon
(976) 3r»l -352
§ 4. Les vicomtes d'Avignon sur la rive gauche de la
Durance, seigneurs de Mézoargues (1004-4150) 353-358
§ 5. Les vicomtes d'Avignon sur la rive droite de la Du-
rance, seigneurs du Pont de Sorgues(i018-1195) 358-402
§ 6. Les Amie, seigneurs de Védène (4001-4136), et les
Sabran leurs héritiers 402-414
III. Les Renard, viguiers ou mistraux du canton d'Avignon
(1045-1125) 415-437
IV, Les CHATELAINS DU CHATEAU d'Avignon (1037-1193) 437-449
CONCLUSIONS 449
APPENDICE
LES STYLES SUCCESSIVEMENT ADOPTÉS PAR LA CHAN-
CELLERIE DE LOUIS L'AVEUGLE ET SON PER-
SONNEL.
Objet des rech erches 451-452
I. Chancelleries épiscopale et abbatiales.
§ 1". Chancellerie de l'éveque d'Avignon. 452-454
§ 2. Chancellerie de l'abbaye Saint-Barnard de Romans. 454-455
§ 3. Chancellerie de l'abbaye Saint -André -le -Bas de
Vienne 455-456
II. Chancellerie RovALE sous l'archevêque DE Vienne Barnoin. 456-460
III. Chancellerie impériale sous l'arciiichancelier Rainfroy,
archevêque de Vienne 460-477
IV. Chancellerie impériale sous l'arciiichancelier Alexandre,
ARCHEVÊQUE DE ViENNE 477 - 508
V. Conclusions 508-511
PIÈGES JUSTIFICATIVES
I. 24 NOVEMBRE [979 ?] 513-514
II-HI-IV-V. Juin [981]. — iô septembre 1000. — 1002. —
4 AOUT 1018 514-516
VI. 29 août [993' 517-518
VII. 998 518-520
VIII. 1004 520-522
IX. 1008 523-527
MAÇON, PHOTAT FRÈRES, IMPRIMEURS.
HIHLIOTIli-Qn-: DE LKCOLK DKS CIIAHTKS
lievuf tlvrndit'utn rfins.tm'f Hprcinlonu'ul à Ir/utlo thi ruof/rn ;it/e.
Or roiMieil j»:iniîl Imu> \v^ dv\\\ mois, par livr. di» Tï -i ", fiMiilIcs, ri l'omit»
Iniis li's ,mv iiii \(»|iii)h* (-tMiipiU'l •;rainl iii-S'cli' plu- dv io rciiille>.
Soixjml('lniilii'*nir aiiinM». - 190*.
Ahoimcmcnl : loir, par au. jiour Paris; \'2 IV. jxuir les dt-parl., cl
1.') IV. pour rt'lraiiiii'r.
(]lia<pH' volume <im\\' \o> aiuu'cs ('puisées 10 l'r.
Tahl.» (Il* 1H:o-70, I v<.l. in-S" :>l'r.
'l'ahlc iVMlij;ée par l\. l-cli»ui:. des aunée> I S" 0-1 S**.). »»ui\ir de ipialre
lahlrs j:éuéi'alrs souimaireN de> tome> la \\\1: I lahle alpliai>éli(pie
des arlirl«*s jiar uouis d'auleurs: *J ' lahh* mélliodi(pi<' «le> ailicio :
IV' (aille ehroiiolo!;i(|U4' dr> docuniiMiN ; \" laide de^ î'ai •>iuulr^. df»-
siu^ el |)lan»«. I vol. iu-S" .iii-'i*JO p > iV.
Table rédigée par A. hieudoiiué i\r< aiuu'e> ISSO à ISSU. sui\ie i\i'<
laMes j;ênérale> sommaiie> de»* lomes l-l\: I • l.d>li*alphal)i'!iipiepar
uoms d'aulem*- : '2' lal)le ehrf)nolo«;i(ph« d»> doeunieuls : H" lahle dtrs
rae-siniilé«*, dessiusd plans. l*.'o:^. I \<d. lu-S'' i.-!iH) p. ... •'» iV.
Livret de l'École des Chartes |n:.M-|.s*.m , pnhiir parla Soel.U'di- DjoIi'
des Charles, iionv. édil. relondne «»l aii^^inrnléc de la l»ildio|;raphie des
llièse.-.. |Si«> ISIH. Paris. !si»|. | xid. ui-U> dr .M 4 p *-' IV
Livret de rÉcole des Chartes. Siipplriumi :mi IimcI pnliliêen is'.M. I \«>l.
in- 12 H.:» p I IV.
Extraits des comptes et mômoriaux du roi René, poi.? M'r\ir ii l'iiisioirc
«les ;u*K an x\* sie«*Ie. publies daprrs N-^ iini;in;ui\ ««es arelii\es nalio-
u;des, par l.ecoN dr la Marehe. iN'.».!. | \o|. lu-N" '• iV.
Cartulaire de l'abbaye de Conques en Rouergue, pulilit- par (insiaxe
De^j.u-tiins, |n:'.i. I \m|. ui S" \1 fr.
Mémoires et documents pni>lit'>^ par la S.M'i.lr dr ll-xol»- des CliarU-s.
I. f.r i'rnrrs ,lr (iiiirh.tf/. rtrtfiii' tit' Trof/rs I .'{dS- I .'il .'i , |>ar AbelOi-
^anll, anhix islr-pal«Mi«rra|.lir, allaihr an nuni-«lire des AlVaires rlran-
*^ôvr-^, I.N'.iT. I M.ï\. ui-.S" de \ii el Hi»» |, 10 IV. li»»
Pour 1rs ahnuni's a la Oililidlli. <le l'Ileol»» il«'s ( liaih-s '» IV. '.»<>
II. /./• sniilrrrint'nt »h's frnr.tilh'urs ,'n .\n;/ii'h'rn' m i:iSL |»ar .\ndré
lirvilii', pr(j<*i'^srnr à liMisri^nciiuMil populaire supi-rienr «le Paris.
Kindrs ri dncnsniMils puhlir^ a\iM' niu> uHrodnrhon hisl(ui«pu' par (di.
l'e'il hnladiis, .-haïur d.- mnis ., Il inxtTsilé de Lillr. IM»S. I \nl.
in-^" • \\\\ I ;•. it' p. . I I ai h' . . . rpui**è.
III /..v ///■;»//»/.• r //.*//..//./•/.' /i,,/^.,/,. ,/ l'.ji., ilihi.it ths h'Ilns lUlfUii.r. iif
r.in'fnwnfnf '/>• /'hihi^j.o ,lr \ .//o/s . I.i /inthi.W' sirrlr i:i:^S-fUtO.
part). Morel. ar.|ii\ . .le r.\iu. I \ol. iu-S* mm :\'^'1\k . I I lii;.. - |d. Ii. 'iiMV.
Pour les al»<»nnes il la Pililiolliôipu- de IKi-olf drs « .harles 1*- I».
I\. I\>s:ii stir h- rrtinr ,i M, j tKi:,,,}inrnt' liiSl-IIIS . pai l'frd.Cilialandon.
nn-nd». .|«'l r.'-nlc riaïu'.j.lf Oouie. I \ . in *^' iniiTip. 2hélit»^r. I 2 IV.
Pour le^ ahruun'-. .• la pMi'.|n.|lir'.|ui' «It- ILinU' desl.harles . '. ', IV. *'•«»
\'. h'.r.i/n. n rriti'/uf r/. .s tj,:trtt'> )h-n>rini/i*'nnr:s rt t ..imiintflrnnrs «/»'
/"./AA»//«w/#'^'fi//>/.., |,;,| 1.,;,,,, |.|.\iUain.P.«'»2.l xol.iii-*^' \iii-i^^2 . I-IV. •
Pïuu- lis al.MUU.s .1 |;i p.:|,|inlh('..|ut'de- ri:.-Mli' de^ «diarle^ " IV. ••'»
VI. /'.N.sv// sur l>'s Sfiiirrrs tl,' / hisfiiin- »/.'s .Wj/;7/.»s //vwj ..;//«•.%■ / iil:ihHi i ,
par .la(M|u«'-. d«- hanipiein-, P.Hii. [ yo\. i.,S' \i-J IS n li. '»0
Pour II», aliiunu'-^ à la iJihliollM'.jur ^Jr I l^roj.- Hih Charlts. . . . a l'i . 'iO
\ W."- /.,'i tn.iisnfi ir.\rni:t;fthii' .Ht W' s/'n7i'i7 /-v •/#•/•///»'•/•»••{ hitirsiii' l.i rontLi-
lifrti'ins h' wiih »/.• li l'>;uirt\\\\:\\ xWx. Sauia-.au, P.HIS. i \f»|.in-N" \\I-
•»2» j*. . CarItM'u .nuliMirs. . . . ,* l*'» Ir.
Pi.ui 1rs alionnè^ à la Pd)liolluM|ni- .le ri:<-oli- dr- «lliarli^s P» IV.
VIII. - /../ /Vrir/'//iv iln firotnirr' .tu 'iuuzit'ith' sirrf,\ pai' (i. de Manies er,
P.'OS, I vïd. in-N" :i:il p I'» tv.
l'oui les abonnes à la P/ihliolln-ipir dt- 1 K«<di' îles (".hartes H» IV.